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FRANCE24 : Mauritanie : un recensement controversé
En Mauritanie, la communauté noire est en colère contre les autorités et le recensement qui est en cours. En Libye, après la chute de Kadhafi, les juifs commencent à rentrer chez eux. Enfin, gros plan en France sur ces immigrés tunisiens sans papiers qui vivent souvent dans des conditions sordides.
Regardez le reportage au lien :
http://www.france24.com/fr/20111008-mauritanie-libye-tunisie-immigration-maroc
La presse africaine: Mauritanie : L’Unité nationale en panne
La question identitaire en Mauritanie reste d’une brûlante actualité. Les Négros-Mauritaniens et les arabophones sont certes couchés sur la même natte, mais n’ont aucunement les mêmes rêves. Ces deux communautés ne semblent plus s’ignorer seulement, elles s’affrontent, par petites touches faites de sauts d’humeur d’où fusent les pierres, les gaz lacrymogènes, des saccages et des incendies de véhicules. Et pour taper sur du «négro», le pouvoir ne semble pas faire dans la dentelle. Rien que lundi 10 octobre dernier, le tribunal correctionnel de Nouakchott condamnait 15 Négro-Mauritaniens accusés d’avoir participé à une manifestation organisée par le mouvement «touche pas à ma nationalité».
Considérés déjà dans leur propre pays comme des citoyens de seconde zone, ils n’ont cessé de vouloir mettre un frein à cette «dérive des autorités de Nouakchott». Et le casus belli aura été un recensement commandité par le pouvoir et que les Négros- Mauritaniens jugent discriminatoire à l’endroit de leur communauté. C’est pour cela qu’ils exigent l’arrêt de ce recensement, qui pourrait être un instrument pour mieux envelopper les prochaines consultations électorales du voile de l’opacité. Mais au-delà de tout cela, les Négro- Mauritaniens s’estiment considérés pour du beurre et ce, depuis bien longtemps.
On se souvient que, dès janvier 1966, le régime mauritanien appliquait la loi imposant l’enseignement secondaire en arabe, ce qui avait entraîné un mouvement de grève de lycéens avec à la clé, 6 morts et 70 blessés. Sous l’impulsion des extrémistes au pouvoir, cette politique atteindra son apogée dans les années 90 avec l’épuration ethnique dont ont été victimes les Noirs dans ce pays.
Etat multiethnique et multiculturel, s’y côtoient des arabophones et l’immense majorité, composée de fulbé, de wolof, de soninké et de harratine, qui forment ceux qu’on appelle les Négro-Mauritaniens.
Après avoir introduit une arabisation forcée dans le système éducatif, les autorités inscriront clairement le pays dans le bloc du Maghreb. Et sous l’ère du président Ould Taya (victime depuis de coup d’Etat et qui vit au Qatar), le pouvoir se dépêcha de dénégrifier l’armée et d’en faire la chasse gardée des arabophones ; tout comme la haute administration. Autant dire que l’unité nationale est en panne dans ce pays, car loin d’être un mouvement d’humeur, ce qui s’y passe traduit un mal profond. Il faut sauver la Mauritanie.
Boureima Diallo –L´Observateur Paalga(Burkina Faso).
Recensement: Ahmedou Ould Abdellah: «…Si on n’y fait pas attention, un pays peut se diviser à l’infini…»
Par rapport à un autre sujet brûlant de l’actualité nationale, comment voyez-vous le recensement administratif en cours et qui provoque beaucoup de bruit dans la communauté négro-africaine?
D’abord, il faut être clair. Procéder à un recensement national est tout à fait normal et même obligatoire. Certains pays le font tous les 10 ans. Un recensement aide les responsables nationaux à préparer les grandes lignes de la politique nationale actuelle et future, à partir d’informations chiffrées relatives à sa démographie – pyramide des âges, migrations internes, urbanisation, scolarisation, santé, emploi, retraite, etc. Etant donné notre peu d’expérience administrative en ce domaine (des administrateurs expérimentés sont soit à la retraite soit non utilisés) et la disparition des archives d’état civil, nous aurions pu demander de bénéficier d’expertises nationales et internationales. Ce qui donc est grave en la matière, ce n’est pas le recensement en soi, mais la perception qu’il est dirigé contre une communauté. Dans les cas d’espèce, la perception est souvent plus importante que la réalité. En d’autres termes, sur ce sujet comme dans d’autres, les responsables doivent expliquer et informer les populations avant la mise en œuvre de leurs politiques. Une campagne d’ information, l’établissement d’un comité de sages et l’appui technique d’experts auraient permis d’éviter tout ce gâchis, y compris la perte d’une vie humaine, les destructions matérielles et la publicité négative qui l’accompagne.
Évidemment, il n’est jamais trop tard pour bien faire. Ce n’est pas nous rendre service à nous-même et notre pays, que de penser que les événements de 1989 n’ont pas été traumatisants pour tous. Nous avons un pays ouvert sur la mer et sur le reste du continent, plein de promesses et des populations entreprenantes, généreuses et endurantes.
Bâtir sur ces atouts est plus sûr que de chercher un héroïsme d’un autre âge et fondé sur les divisions. Si on n’y fait pas attention, un pays peut se diviser à l’infini: en riches et pauvres, en régions, en ethnies, en confréries, etc. Face à la méfiance, à la peur et aux égoïsmes des hommes, l’unicité religieuse ne suffit pas à elle seule pour maintenir la cohésion nationale. Les Somaliens sont tous musulmans, parlent et écrivent la même langue. La religion n’a pas empêché ou arrêté une guerre atroce qui y perdure depuis deux décennies et largement du fait des leaders. S’agit-il uniquement d’ingérence extérieure? Aucune interférence étrangère ne peut réussir dans un pays où les élites assument leurs responsabilités avec courage et dans la tolérance. De plus, 50 ans après, continuer à blâmer le colonialisme pour nos difficultés actuelles a peu d’effets.
Propos recueillis par Moussa Ould Hamed– Biladi
“Touche Pas à ma Nationalité” :porte-étendard d’une communauté meurtrie
Finalement, le mouvement “Touche Pas à ma Nationalité” (TPN) a battu le macadam, le samedi 8 octobre dernier, à Nouakchott, pour protester contre l’enrôlement discriminatoire à l’encontre de la communauté négro-mauritanienne. La mobilisation s’est, ainsi, accentuée, espérant fléchir la position du gouvernement, peu enclin à la prise en compte de la revendication des jeunes protestataires Les manifestants, fortement mobilisés, ont tenu à afficher leur détermination à poursuivre le mouvement de protestation, jusqu’à satisfaction complète de leurs doléances.
Tout au long de la procession, les manifestants ont exigé la mise sur pied d’une commission indépendante d’enquête pour faire la lumière sur la mort du jeune Lamine Mangane ; la mise en branle de poursuites judiciaires à l’encontre de l’ancien directeur régional de la sûreté du Gorgol, du commandant de brigade de gendarmerie de Maghma. Sur leurs banderoles et pancartes, on pouvait lire leurs appels à la “fin de cette opération” et à la “prise en compte de l’identité plurielle des communautés”, dénonçant “le racisme, la discrimination et l’exclusion” dont les Négros-mauritaniens sont victimes. “La composition des commission doit être revue, de façon à ce qu’elle prenne en compte la diversité de la population et mette en place les interlocuteurs qu’il faut”.
En clair, “le message adressé aux autorités”, renseigne Abdoul Birane Wane, coordinateur du mouvement, “est la suspension de l’enrôlement, en attendant la révision des procédures et de la composition des commissions chargées de cette opération”. Les manifestants ont scandé, du centre d’enrôlement de Tevragh Zeïna, jusqu’à l’Assemblée nationale: “Touche pas à ma nationalité”, “Aziz Louga” – “Aziz mécanicien” et brandi leurs slogans: “Aziz Zéro”, “libérez les prisonniers”, “recensement raciste” ; « zéro Boilil », « zéro Mrabih ».
Les protestataires ont, vigoureusement, fustigé l’attitude des autorités qui refusent de prendre en compte cette donne et ont entrepris la répression, violente, de ce mouvement pacifique, notamment à Kaédi et à Maghama, où, dans la journée du 27 septembre dernier, la gendarmerie a tiré, à balles réelles, sur des manifestants désarmés. TPN souligne: “Nous tenons pour responsable le régime d’Ould Abdel Aziz de la tournure, grave et violente, qu’ont prise les choses à Kaédi, à Maghama, à Nouakchott et ailleurs”. Les sympathisants ont remis une lettre de protestation aux députés Saleck Ould Sidi Mahmoud, de Tawassoul, Khadiata Malick Diallo, de l’UFP, et de Yacoub Ould Moïne, du RFD, venus les accueillir devant l’Assemblée nationale. Les jeunes protestataires ont lancé un appel, à l’endroit des parlementaires, afin “qu’ils fassent preuve d’une solidarité, sans faille, avec les revendications légitimes, exprimées par une importante frange de notre peuple, et exigent l’arrêt des opérations d’enrôlement en cours”.
Jeunesse désabusée face à un système exclusionniste
TPN, en pointe dans le combat contre la discrimination, se positionne, de plus en plus, comme le porte-étendard d’une communauté meurtrie, durant les années de plomb et évoluant à la périphérie d’un système exclusionniste. Face à l’échec, patent, des leaders politiques négromauritaniens, plus soucieux de leur politique alimentaire que du sort de leurs frères de couleur, TPN a réussi à reléguer dans l’ombre, voire aux oubliettes, ces politicards en mal de discernement ou de vision de rupture. Le collectif a mis à nu les carences d’une classe politique négro-mauritanienne plus prompte à s’aligner sur un système étatique exclusionniste que sur les revendications, légitimes, de leur communauté.
La recomposition politique en marche clouera, au pilori, la vieille garde corrompue, composant une classe politique sans âme, toujours avide d’une ascension, d’un strapontin, d’un dessous de table et, jamais, d’une attention active aux problèmes des gens. L’enrôlement discriminatoire a accentué le fossé. Pour la quête des plus élémentaires droits citoyens, c’est une jeunesse désabusée, meurtrie par l’absence de toutes perspectives d’avenir, qui a pris, à bras le corps, le problème d’une communauté qui exige une redistribution, équitable, des richesses et réaffirme son appartenance au pays. Ce n’est plus un secret de polichinelle, le malaise est profond.
Dans le Fouta, les horizons sont bouchés. Des milliers de jeunes “galèrent” et vivent dans de misérables conditions d’existence. Et cette jeunesse désabusée est prête à en découdre, avec des forces d’occupation, toujours promptes à tirer sur le nègre. Le dernier mouvement de fronde révèle un très profond malaise. Les différentes manifestations d’exclusion sont légion, au-delà du recensement, comme, par exemple, les derniers concours de l’ENAJM et de la SNIM. En brousse, des terres ancestrales du waalo sont expropriées et “cédées”, moyennent des sommes colossales, à des saoudiens et autres émirs richissimes. De quel droit? Au nom de quels principes? Les vieilles habitudes ont la peau dure.
Des touaregs ont envahi la Mauritanie, en 1992, à la faveur de la guerre civile au Nord du Mali, tandis que des sahraouis étaient, déjà, omniprésents, dans le pays. Personne n’a osé rien dire. Depuis quelques temps, on voit ressurgir, au grand jour, des décisions et des comportements qu’on pensait, à jamais, révolus, avec la chute du régime génocidaire et ségrégationniste d’Ould Taya. Cette résurgence nous ramène, malheureusement, à la pénible raison. Politique arbitraire d’exclusions, de vexations quotidiennes, de discriminations à l’embauche et de contrôle de faciès, à tous les check points…
La Mauritanie pouvait, pourtant, se passer de cette mauvaise publicité qui ne témoigne que de la dangereuse immaturité citoyenne de nos dirigeants, sinon de leur incapacité à contrôler le sectarisme de fonctionnaires, affectés, sans discernement, à des tâches éminemment sensibles. Mais voilà: les enfants impuissants de 89 ont grandi et TPN est devenu le symbole de la lutte pour la liberté et l’égalité de tous les Mauritaniens. C’est un vent puissant, qui vient de loin et qui voit loin.
THIAM Mamadou – LE CALAME
Communiqué de Touche pas à ma nationalité
Lundi 10 Octobre la justice Mauritanienne a condamné huit(8)militants du mouvement “Touche pas à ma nationalité” à trois mois d’emprisonnement à la suite d’un procès bâclé et expéditif. Ce simulacre de procès montre que la justice Mauritanienne est inféodée à l’exécutif etqu’elle demeure partiale, une justice monopolisée par la seule communauté Arabo-berbère et dont la mission consiste à frapper fort quand il s’agit de sanctionner les noirs.
Ce procès de honte qui rappelle celui de Oualata est destiné à museler les négro-Mauritaniens, mais la lutte pour nos droits est un devoir sacré auquel nous ne renoncerons jamais.
Nous dénonçons le caractère xénophobe du régime dont les agissements envers les étrangers montre le mépris affiché à l’égard des noirs.
Le mouvement “Touche pas à ma nationalité”considère ses militants emprisonnés comme des détenus d’opinion, arrêtés pour des raisons politiques.
Nous demandons ainsi à nos militants de se mobiliser pour exiger la libération de nos camarades et lutter contre cette justice formée uniquement pour sanctionner injustement les Négro-Mauritaniens.
Nouakchott le 11 octobre 2011.
Abdoul Birane Wane.





