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Ould Haidalla : « Le géant qui a semé la terreur dans tous les foyers et tenté de fuir la “prison du pouvoir” »
Premier journaliste à rencontrer l’ancien président mauritanien Mohamed Khouna Ould Haidalla après la chute de son régime, Cheikh Bekaye évoque dans le récit qui suit son entretien avec celui qu’il a décrit comme « Le géant ayant semé la terreur dans tous les foyers et tenté de fuir la “prison du pouvoir”
Nouakchott – par Cheikh Bekaye*
Traduit de l’arabe Initiatives News avec IA.
Porté par les hasards de l’histoire au sommet de l’État en 1980, l’officier mauritanien Mohamed Khouna Ould Haidalla s’est retrouvé à diriger un pays pour lequel, selon ses propres mots, il n’était « ni préparé ni demandeur ».
Héritier à la fois de la rudesse du désert, de la discipline militaire et de la simplicité bédouine, il a dû assumer un pouvoir qu’il décrit comme lourd et contraignant.
Dès ses débuts, il s’attelle à la lutte contre la corruption et les dysfonctionnements administratifs, tout en tentant de répondre aux attentes sociales. Mais progressivement, son exercice du pouvoir se durcit, jusqu’à instaurer un climat de crainte au sein de la société. À un moment charnière, il envisage même de se retirer « avec honneur », sans y parvenir.
Isolé, lâché par ses propres services de sécurité qui l’avaient induit en erreur et en conflit avec de nombreux acteurs, il connaît ensuite la chute, la prison, puis une forme de retrait presque ascétique : vivant sous une tente, renouant avec une existence pastorale rythmée par le désert.
Installé dans la petite villa modeste où vit sa famille dans l’un des quartiers de Nouakchott, l’ancien président mauritanien accorde un entretien au journal Al-Hayat. Il revient sur son expérience du pouvoir, ses erreurs, la vie bédouine, son retour à la politique et sa vision de l’avenir.
Son retour à la politique s’est fait tardivement. «Je n’avais d’autre choix que le silence, car depuis ma sortie de prison (…) je suis placé sous surveillance et interdit d’accès aux villes de Nouakchott, Zouerate et Nouadhibou, sauf autorisation spéciale et pour des raisons médicales. » Explique-t-il.
Aspirait-il à gouverner à nouveau la Mauritanie ?
Le Colonel Haidalla répond par la négative :« J’ai gouverné à une autre époque, et mon temps est passé. Le peuple mauritanien compte des hommes dignes d’assumer cette responsabilité et qui en ont le droit. »
À propos de la démocratie et du rôle de l’armée, il déclare :« Indépendamment de ses aspects positifs ou négatifs, la démocratie est une exigence de tous et l’air du temps. Je pense qu’il est désormais temps que les forces armées retournent dans leurs casernes. »
Il ajoute :« J’ai tenté une sortie honorable pour moi et pour l’armée en 1980, en instaurant une constitution fondée sur une démocratie multipartite. »
Haidalla fut nommé Premier ministre un an après le coup d’État contre le président civil Moktar Ould Daddah en 1978, tandis que deux officiers — Mustapha Ould Salek et Mohamed Mahmoud Ould Louly — se succédaient à la tête de l’État et du gouvernement. La faiblesse de ces deux officiers et les luttes internes entre militaires pour le pouvoir firent de Haidalla le dirigeant réel, jusqu’à sa prise complète du pouvoir en 1980 à la faveur d’un « quasi-coup d’État ».
Il décrit cette période comme « une phase de grand chaos et de conflit entre jeunes officiers et hauts gradés ».
L’ancien président considère sa période au pouvoir comme « une grande prison dans laquelle j’ai été conduit contre ma volonté, les circonstances m’ayant imposé un pouvoir dont je n’ai jamais rêvé ni que je n’ai aimé ».
Lorsqu’on lui rappelle qu’il est lui-même revenu sur cette constitution, renoncé à restituer le pouvoir aux civils et restreint les libertés, il répond simplement :« J’ai échoué à fuir, car le pire défaut pour un officier est d’être lâche. »
Il explique que la tentative de coup d’État du 16 mars 1981, menée par des officiers mauritaniens venus du Maroc, ainsi que l’état de tension qui l’accompagnait et « les pratiques du gouvernement civil dirigé par Sidi Ahmed Ould Bneijara », rendirent impossible le transfert du pouvoir aux civils à cette époque. Il évoque l’émergence d’un courant puissant dans l’armée appelant à renforcer la mainmise militaire sur le pays :« Nous avons d’abord refusé leurs exigences, mais nous avons fini par céder, car il n’y avait pas d’autre choix. »
« J’avais le choix entre me sauver de cette prison et quitter le champ de bataille, ou céder aux exigences des jeunes officiers et rester… J’ai choisi le courage. »Sans aucun doute, la tentative du 16 mars fut un tournant pour Haidalla, qui fut envahi à la fois par la peur et la colère. Il fit arrêter et disperser la plupart de ceux soupçonnés de sympathies pro-marocaines, dans un contexte de relations tendues avec le Maroc, accusé de soutenir le putsch, tandis que Rabat accusait Haidalla de soutenir le Front Polisario.Il poursuivit ensuite une série d’arrestations qui touchèrent de nombreuses personnes durant ses cinq années de pouvoir.
Il rejette toute comparaison avec le président suivant Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya :« Si les Mauritaniens noirs s’étaient opposés à moi, je n’aurais pas agi comme d’autres… J’ai affronté les baassistes, mais je n’ai pas puni leurs familles ni pris des innocents pour des crimes qu’ils n’avaient pas commis. »
Il reconnaît avoir commis des erreurs :« Beaucoup de vérités m’ont été révélées que je ne connaissais pas. J’admets avoir commis des erreurs », mais il ajoute :« J’agissais de bonne foi, et d’autres me poussaient à commettre ces erreurs pour les exploiter contre moi ou servir leurs propres intérêts. »Il s’arrête longuement sur les arrestations sanglantes de mars 1984 contre les nassériens, qu’il considère comme une préparation à son renversement neuf mois plus tard.Bien que le mouvement nassérien ait diffusé des tracts, inscrit des slogans hostiles sur les murs dans la plupart des grandes villes, mené des grèves et des troubles, il entretenait en même temps des liens avec le régime de Haidalla, en raison de ses positions proches des pays arabes dits « progressistes » de l’époque : l’Algérie, la Libye, la Syrie et le Yémen du Sud. La question du Sahara occidental constituait également un point de convergence entre Haidalla et les nassériens.Ironie du sort, ces arrestations coïncidèrent avec la décision de Haidalla de reconnaître la « République arabe sahraouie ».
Il fut surpris de constater que tous les services de renseignement s’accordaient à évoquer un complot nassérien visant à renverser le régime, soutenu par les Libyens et les Marocains dans le cadre de leur rapprochement au sein de « l’Union arabo-africaine ».
Mais la surprise fut plus grande encore lorsque les noms de membres de son propre camp au sein du comité militaire apparurent dans les procès-verbaux d’enquête : parmi eux, Moulay Ould Boughreiss, Mohamed El Amin Ould Zein, Sidi Ahmed Ould Ahmed Aïda, Moulay Hachem Ould Moulay Ahmed et Atiyeh Hemat.Le président entra dans une grande colère :« Si je devais douter du colonel Boughreiss, je ne douterais pas des autres », déclara-t-il. Il contacta alors un détenu, lui demandant de préciser les dates de recrutement de ces officiers et leurs recruteurs.
Sa joie fut grande lorsque le détenu répondit :« Si j’ai dit cela, c’est que je n’étais pas conscient. »Bien qu’il apparût que les services de renseignement avaient falsifié les procès-verbaux et fabriqué le complot, et malgré son refus d’arrêter ses partisans, les centaines de détenus restèrent un problème qu’il ne put — ou n’eut pas le courage — de résoudre rapidement.
Deux personnes moururent sous la torture, d’autres eurent la peau brûlée par des décharges électriques. Les médias amplifièrent « le complot ignoble contre la patrie », et la télévision officielle montra de nombreux chèques bancaires présentés comme des fonds versés par la Libye à ses agents.
Bien que l’opinion publique comprît rapidement que l’affaire était fabriquée, il était difficile pour l’État d’en reconnaître le mensonge.
Neuf mois plus tard, alors qu’il avançait prudemment vers une résolution de la « crise des nassériens » en libérant progressivement les détenus sous contrôle judiciaire en attendant un procès qui ne devait jamais avoir lieu, la musique militaire retentit le 12 décembre 1984, mettant fin à « l’ère du pouvoir individuel », selon le communiqué n°1.
Le colonel Ould Taya commença là où Haidalla s’était arrêté, en annonçant « l’abandon des poursuites judiciaires contre nos enfants innocents ». Une dizaine de nassériens avaient déjà été libérés dans le cadre du plan de Haidalla.
L’ancien président se souvient de son angoisse après son arrestation à l’aéroport, à son retour d’un voyage où il assistait à une conférence :« J’étais très inquiet pour ma famille, car je ne leur avais laissé que 3000 ouguiyas (38 dollars), nos chameaux étaient loin et nous n’avions pas de maison… Je me rassurais en me disant que l’État leur donnerait un logement et de l’argent, mais cela ne s’est malheureusement pas produit : ma famille a été expulsée et n’a reçu aucune aide. »Il ajoute :« J’avais sur mon compte 80 000 ouguiyas (environ 1000 dollars).
J’ai écrit au directeur de la sécurité pour les retirer, mais ma demande a été refusée, et on m’a informé qu’il ne restait que 11 000. »— Pourquoi n’aviez-vous pas de maison alors que vous possédiez des troupeaux de chameaux ?— « Avant d’arriver au pouvoir, j’avais obtenu un terrain pour lequel j’avais payé les droits à l’État.
Mais une fois devenu président, j’ai refusé de construire ce que je ne possédais pas auparavant. Nous avions décidé au sein du comité militaire que les officiers ne devaient pas construire. »

Il ajoute : « Mais malheureusement, il s’est avéré que de nombreux officiers ont amassé d’énormes fortunes. »Haidalla rend hommage aux Mauritaniens qui ont soutenu financièrement sa famille durant sa détention, mais se souvient avec amertume d’un ami proche qui entrait chez lui sans autorisation lorsqu’il était président, mais qui, après sa chute, n’a même pas salué sa famille.Malgré sa mauvaise réputation en matière de droits de l’homme, beaucoup lui reconnaissent une probité personnelle.


Haidalla est un véritable homme du désert, resté lié à la vie bédouine et à ses troupeaux de chameaux acquis avant son arrivée au pouvoir. Il n’a connu la vie urbaine que durant ses études dans une académie militaire française ou pendant ses cinq années de pouvoir. Ses adversaires racontent qu’alors qu’il était président, il se rendait dans le désert, attrapait la queue de son chameau le plus robuste et courait derrière lui jusqu’à épuisement, avant de se laver les mains et d’ordonner à son cortège de repartir.
(« Al-Hayat », Londres)(De mon livre : #Ornements_sur_le_visage_du_sable)
*Écrivain et journaliste mauritanien.
Il a travaillé comme correspondant pour BBC, Associated Press, le journal Al-Hayat et la chaîne LBC.
Il a évolué au sein de plusieurs médias mauritaniens, occupant notamment les fonctions de :
Directeur de la rédaction de l’agence,
Directeur de la rédaction du journal Echaab,
Directeur du secteur de la radio.
Il a enseigné à Université de Nouakchott et à l’École nationale d’administration.
Kassataya
Et « les veuves aussi » ! / Par Tijane BAL
La mort d’un adversaire politique n’est un sujet facile ni à évoquer ni à « gérer ». Surtout lorsque l’opposition excède le débat d’idées pour toucher à l’existentiel. La difficulté tient aussi, en l’espèce, à la réalité d’un pays où la religiosité enveloppe la vie et le débat publics. C’est ce dont on s’est rendu compte une fois encore ces jours-ci.
Entre « la mort n’excuse rien » et « la mort efface tout », la marge est réduite. La situation se complique quand le disparu, en l’occurrence la disparue, ne fait pas à proprement parler figure d’adversaire. Tel est le cas de l’épouse, récemment décédée, de l’ancien chef de l’Etat mauritanien (de décembre 1984 à août 2005). Un président dont la gouvernance est à jamais associée à une répression sans précédent ciblant une communauté du pays : les haalpulaar. Répression dont l’ampleur et le caractère systématique ont inspiré à certains le mot génocide. Cette tragédie, plus enfouie que surmontée, continue de hanter la vie du pays et les esprits de certains de ses citoyens. L’ancien président, pas nécessairement ses proches, en restera, probablement pour toujours, l’incarnation.
Dès lors, les funérailles officielles, fait le plus marquant parmi diverses autres initiatives étatiques développées en parallèle, n’ont pas manqué de faire débat, bien que par ricochet, est-il nécessaire de le préciser.
Ainsi, du déplacement de l’ambassadeur de Mauritanie au domicile qatari de l’ancien président pour y présenter les condoléances des dirigeants de l’Etat. Il ne semble pas que ce soient les condoléances elles-mêmes qui posent problème mais la publicité qui les a entourées. (On doit par ailleurs à la vérité de noter que la disparue n’était pas l’épouse du président au moment des événements susmentionnés).
Que penser de tout cela une fois salué la mémoire de la défunte (dont il ne semble pas qu’elle ait à aucun moment assuré des fonctions officielles) ? Limitons-nous à deux ou trois choses simples.
– Observer que le débat de ces derniers jours a pris une tournure singulière quoique compréhensible à certains égards. Ce n’est pas tant la disparue qui en est le sujet que l’ancien dirigeant et c’est bien ainsi.
– Le caractère officiel des obsèques peut, pour des raisons évidentes, être questionnée en toute neutralité d’un strict point de vue institutionnel. Certains semblent y voir un appel de phares en direction de l’ancien président voire l’expression (renouvelée ?) d’une offre de réhabilitation. « Du passé, faisons table rase » en quelque sorte. Ce qui, on le comprend, ne peut être du goût de tous.
– Vient incidemment à l’esprit un parallèle. Les funérailles de Mme Marième Daddah, l’épouse du premier président mauritanien-dont la disparition avait ému par-delà les différences et clivages-avaient-elles revêtu cet aspect solennel ?
– S’impose enfin un effet miroir. Celui que tend depuis des décennies, un Collectif de femmes baptisées collectivement d’une expression un peu « dépersonnalisante » à force, mais si parlante et significative « Les Veuves ».
Les courageuses n’ont eu de cesse de se battre sans faiblir pour faire reconnaître la mémoire et les droits de leurs époux disparus sous le régime de l’ancien président. Il ne s’agit pas, là non plus, de comparaison déplacée mais de l’affirmation qu’elles auraient, elles aussi, mérité un minimum de sollicitude dans un tout autre registre. Est-il besoin de rappeler que leurs époux ne sont pas morts de mort naturelle ?
Tijane BAL pour Kassataya.com
DECLARATION
Déclaration
Depuis plusieurs mois des militants de l’organisation anti-esclavagiste –IRA sont victimes de brimades, d’empri sonnement ,d’arrestations répétées, placés sous contrôles judiciaires vexatoires, sans raisons objectives valables.
Ce fut d’abord des lanceurs et lanceuses d’alerte qui avaient été pris pour cibles. Récemment c’est au tour de MARIEM CHEIKH et GHAMOU ACHOUR – députés de leur Etat, en exercice -, qui tombent sous le coup de cette loi scélérate sur les symboles.
D’un côté on arrête avec célérité en application d’une loi ,de l’autre, on fait délibérement fi d’une autre loi qui, pourtant, exige la levée de l’immunité parlementaire pour le faire . Double standard !
Deux députés sont jetées en prison comme de vulgaires individus,en violation flagrante des règles et procédures en vigueur dans l’hémicyle et dans le mépris total du principe de séparation des pouvoirs.
Des sources dignes de foi indiquent que ces deux députés auraient surtout dénoncé le ‘’ deux poids deux mesures ‘’ dans le traitement réservé en général aux détenus par la police et la justice suivant la couleur; une autre lanceuse d’alerte avait été arrêtée pour des motifs similaires ,mais s’est vue bien traitée et vite relâchée, pour appartenir à cette race des élus – citoyens à part entière- Voilà le ‘’ deux poids deux mesures ‘’ , assez courant , qui a porté la colère et l’indignation des deux députés à leur comble .
Toutefois, la Coalition rappelle que même dans la plus vive dénonciation de l’adversaire, l’on ne saurait se départir de l’éthique et de la morale insufflées par nos valeurs africaines ancestrales .Dénoncer n’est pas insulter…
Cette opération qui a foulé aux pieds l’immunité des deux parlementaires et violé le principe de séparation des pouvoirs, encore une fois, constitue une dérive inquiétante et un nouvel épisode dans le baillonnement des libertés fondamentales garanties par notre constitution. Elle demeure un précédent dangereux pour tout député de l’Opposition car la loi est devenue manifestement un jouet aux mains du ministre de l’intérieur et de la justice inféodée.
La Coalition anti-système met en garde le pouvoir contre ce genre de pratiques irresponsables qui sont de nature à polluer le climat social et à attiser des tensions de toutes sortes qui ne servent pas la paix sociale.
La Coalition anti-système souligne que le régime en proie aux difficultés de toutes sortes , cherche en réalité ,pour masquer son échec, à détourner l’opinion des véritables problèmes de l’heure que sont la flambée des prix et la mauvaise gouvernance, aux conséquences désastreuses sur les populations en situation de survie.
La Coalition exprime enfin sa solidarité à tous les détenus et exige leur libération immédiate et sans condition.
Nouakchott le 13 avril 2026
La Coalition anti -système
*L’éditorial de La Nouvelle Expression : Samba Thiam : Refuser l’assimilation, et être accusé de racisme*
En Mauritanie, il existe une règle non écrite, mais solidement ancrée : tu peux exister, à condition de te diluer. Tu peux appartenir, à condition de t’effacer. Et surtout, tu peux parler… à condition de ne rien déranger.
Samba Thiam a choisi l’inverse. Et il en paie le prix.
Depuis les années de braises — celles des fractures, des expulsions, des silences organisés — jusqu’aux arènes contemporaines du dialogue politique, il n’a pas changé de cap. Membre-fondateur des FLAM, il a porté une parole constante, y compris pendant plus de trente ans d’exil. Trente ans sans reniement. Trente ans sans ajustement opportuniste. Trente ans sans ce réflexe si répandu qui consiste à édulcorer ses convictions pour rester audible.
Et c’est peut-être cela, au fond, qui dérange le plus.
Car dans un environnement politique souvent marqué par les repositionnements, les silences tactiques et les revirements discrets, Samba Thiam apparaît comme une anomalie : il est resté le même.
Même discours.
Même ligne.
Même exigence.
Lorsqu’il revient au pays sous Mohamed Ould Abdelaziz, certains espéraient une inflexion, une adaptation, une forme d’alignement. Mais non. Il revient avec ce qu’il n’a jamais quitté : une parole droite, sans détour, sans compromis sur l’essentiel.
Il dit : Je suis noir, je suis Mauritanien.
Et derrière cette affirmation, il y a plus qu’une identité — il y a un refus : celui de se conformer à un modèle unique imposé comme norme nationale.
C’est ici que le débat bascule.
Car ce refus de l’assimilation est immédiatement requalifié.
Non pas comme une revendication légitime, mais comme une menace.
Non pas comme une exigence d’égalité, mais comme une forme de radicalité.
Et le mot tombe, commode, disqualifiant : raciste.
Mais de quel racisme parle-t-on ?
Celui de l’homme qui demande à être reconnu tel qu’il est ?
Ou celui, plus insidieux, qui exige que certains cessent d’être eux-mêmes pour être acceptés ?
Samba Thiam ne varie pas, et c’est précisément cette invariance qui dérange.
Parce qu’elle empêche la récupération.
Parce qu’elle déjoue les stratégies d’usure.
Parce qu’elle expose, dans sa nudité, le décalage entre les discours officiels et les réalités vécues.
Traqué, caricaturé, diabolisé — oui. Mais jamais dévié.
Là où d’autres ajustent, il maintient.
Là où d’autres négocient, il affirme.
Là où d’autres s’effacent, il insiste.
Dans les dialogues nationaux, il ne vient pas pour accompagner. Il vient pour dire. Et dire, dans ce contexte, est déjà une forme de rupture.
Alors non, Samba n’est pas un accident du paysage politique.
Il en est une ligne de fracture.
Et s’il dérange autant, ce n’est pas seulement pour ce qu’il dit.
C’est pour ce qu’il incarne : une cohérence que le temps n’a pas entamée, et une constance que les pressions n’ont pas brisée.
Dans un pays où l’on pardonne souvent les contradictions mais rarement la fidélité à soi-même, cela suffit à faire de lui une cible.
Et pourtant, c’est peut-être précisément de cela que manque le plus le débat national : des hommes qui, malgré tout, restent debout dans ce qu’ils ont toujours été.
*Camara Seydi Moussa*
Mauritanie : reprise prévue de négociations entre pouvoir et oppositions autour d’un dialogue national
RFI – En Mauritanie, les représentants de la majorité présidentielle et de deux coalitions de l’opposition sont censées reprendre ce 6 avril 2026 à Nouakchott des discussions autour d’un dialogue national. Des discussions qui bloquent, pour le moment, sur la question du nombre de mandats présidentiels. Cette reprise des réunions préparatoires intervient par ailleurs dans un climat social lourd, marqué par des manifestations contre la vie chère dans la capitale.
En Mauritanie, y aura-t-il un dialogue national ? Ces dernières semaines, plusieurs réunions préparatoires ont eu lieu entre la majorité et l’opposition, mais les discussions sont bloquées : l’opposition accuse le pouvoir de vouloir modifier la Constitution pour permettre un troisième mandat du chef de l’État.
Les trois pôles de l’échiquier politique – majorité et deux coalitions de l’opposition – se retrouvent ce lundi 6 avril 2026, à 11h.
C’est un Palais des Congrès sous haute surveillance qui accueille ce 6 avril 2026 la poursuite de ces réunions. Pour le coordinateur du dialogue, Moussa Fall, l’objectif est de lever le blocage sur la question des mandats présidentiels. Ce point de discorde a provoqué l’arrêt brutal des discussions lundi dernier, entre la majorité et l’opposition.
Implication personnelle du chef de l’État
Pour sauver ce processus, le président Mohamed Ould Ghazouani s’est impliqué personnellement. Le chef de l’État, réélu il y a 2 ans pour un second mandat, a multiplié les consultations directes avec les leaders politiques.
Du côté du parti au pouvoir, l’Insaf, l’heure est à l’apaisement. Ses responsables assurent que la révision de la Constitution pour un troisième mandat n’a jamais été à l’ordre du jour. La majorité pointe un « procès d’intention » de l’opposition. Pour l’Insaf, le dialogue est l’occasion de « consolider l’unité nationale » et d’aborder les questions de gouvernance et de lutte contre la corruption.
L’opposition espère mettre sur la table la transparence du processus électoral et la question des réparations pour les victimes des exactions des années 1989 et 1991, période de grandes violences qui ont visé les Négro-Mauritaniens.
Plusieurs formations, comme la Refondation pour une action globale (RAG) de Biram Dah Abeid, ont choisi de boycotter ces assises. Elles dénoncent un processus « partiel » et « non-inclusif ».
Notre correspondant à Nouakchott, Oumar Elhadj Thiam
Source : RFI




