Daily Archives: 11/10/2025
<<Un pays riche, une population de miséreux », Samba Thiam dénonce le pillage d’État en Mauritanie
Le président des Forces Progressistes pour le Changement (FPC) dénonce un “pillage d’État organisé” et pointe la responsabilité directe du pouvoir dans la misère sociale qui frappe la population mauritanienne.
Le rapport de la Cour des comptes continue de provoquer des secousses dans le paysage politique mauritanien. Après la publication du document qui met en lumière de graves irrégularités dans la gestion des finances publiques, la réaction du leader politique Samba Thiam ne s’est pas fait attendre. Dans un message publié sur sa page Facebook, le président des Forces Progressistes pour le Changement (FPC) et figure de la Coalition anti-système signe l’une des critiques les plus dures adressées au régime de Nouakchott depuis le début du mandat du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani.
Selon Samba Thiam, le rapport de la Cour des comptes révèle que plus de 13 000 milliards d’ouguiyas auraient été dilapidés ou détournés sans qu’aucune suite judiciaire ne soit donnée. Un constat qu’il résume d’une phrase tranchante : « Impunité totale ! On prend les mêmes et on recommence. » Pour le leader progressiste, cette situation traduit une culture d’impunité institutionnalisée, où les mêmes cercles de pouvoir se succèdent et reproduisent les mêmes dérives, sans rendre de comptes à la justice ni au peuple.
Samba Thiam ne se contente pas de dénoncer les chiffres : il met en parallèle les sommes colossales détournées et la souffrance quotidienne des Mauritaniens. Il rappelle que pendant que des milliards disparaissent dans les circuits opaques de la corruption, Nouakchott et plusieurs régions vivent dans la soif et les délestages permanents. Une réalité que les habitants connaissent bien : pénurie d’eau, coupures d’électricité et précarité croissante rythment le quotidien des ménages. Le leader des FPC s’indigne : « Beaucoup d’argent volé alors que la pauvreté, voire la misère, gagne du terrain ; de nombreuses familles se contentent d’un repas par jour. »
Dans sa publication, Samba Thiam dresse un tableau saisissant de la capitale mauritanienne : des dizaines de milliers de familles haratines entassées dans des quartiers insalubres, vivant dans des conditions indignes, souvent sur des terrains inondables en période de grande marée. Ce portrait brut de la capitale révèle selon lui l’échec total des politiques publiques censées réduire la pauvreté et améliorer les conditions de vie des plus vulnérables. Pour Thiam, cette situation n’est pas le fruit du hasard, mais la conséquence directe d’une gouvernance prédatrice : « Un pays riche, une population de miséreux, par la seule faute de ses gouvernants. »
Cette sortie virulente de Samba Thiam s’inscrit dans une offensive politique plus large de la Coalition anti-système, qui réclame depuis plusieurs mois une refondation complète de l’État et une rupture avec les pratiques de corruption qui minent le pays. Le leader des FPC met en cause l’ensemble du système politique, estimant que les institutions de contrôle, bien qu’elles dénoncent les dérives, restent dépourvues de moyens coercitifs réels pour mettre fin au détournement des deniers publics.
Au-delà du ton de la colère, la déclaration de Samba Thiam reflète une frustration partagée par une large partie de la société mauritanienne : la conviction que le pays, riche en ressources naturelles, reste condamné à la pauvreté en raison de la corruption et de l’impunité. Ce cri du cœur vise à réveiller les consciences et à pousser le pouvoir à agir, alors que le rapport de la Cour des comptes a déjà jeté une lumière crue sur les failles de la gouvernance nationale.
Dans un climat social tendu, où les appels à la réforme se multiplient sur les réseaux et dans la rue, la sortie de Samba Thiam vient amplifier la pression sur le gouvernement. Les Mauritaniens attendent désormais des actes concrets, pas de nouvelles promesses. Le rapport de la Cour des comptes et les réactions qu’il suscite pourraient bien marquer un tournant politique majeur, si le chef de l’État décide ou non d’y répondre avec fermeté.
TRUST MAGAZINE
« Ce n’est pas l’apartheid, mais cela y ressemble étrangement »
« Ce n’est pas l’apartheid, mais cela y ressemble étrangement »
Ah, la belle trouvaille !
Dès qu’on évoque le mot apartheid, nos contradicteurs se précipitent, dictionnaire en main, pour nous expliquer que non, voyons, la Mauritanie n’entre pas dans cette définition.
Il ne s’agit pas de ségrégation raciale institutionnalisée, mais simplement de « déséquilibres historiques », de « sensibilités communautaires », voire d’un « déficit de gouvernance ».
En somme, le racisme existe, mais sans le mot.
L’exclusion, oui, mais dans le respect du vocabulaire.
Nous ne sommes donc pas dans l’apartheid.
Nous sommes juste dans un pays où les Noirs ne dirigent pas l’armée, ne président pas les universités, ne contrôlent ni la monnaie, ni la diplomatie, ni la justice.
Mais attention, ne confondons pas tout : c’est de la coïncidence sociologique, pas de la ségrégation.
Et quand les langues africaines sont bannies de l’école publique, ce n’est pas de l’exclusion culturelle, c’est de la préservation de l’unité linguistique nationale.
Le génie du déni, en Mauritanie, réside justement là : il se cache derrière la syntaxe.
On ne conteste pas les faits, on les reformule.
On ne nie pas les pratiques, on discute les mots.
Ainsi, pendant que les uns comptent les humiliations, les autres comptent les syllabes.
Un débat sémantique pour étouffer un débat moral
Ce glissement permanent du fond vers la forme est notre spécialité nationale.
Dès que la question de la discrimination raciale surgit, les gardiens du statu quo se transforment en linguistes :
« Attention, apartheid, c’est trop fort ! »
Comme si le problème n’était pas dans la réalité, mais dans le dictionnaire.
On dirait qu’ils craignent davantage les mots que les injustices.
Ils préfèrent qu’on parle d’“inégalités de traitement”, d’“asymétries d’accès”, d’“écarts de représentativité”.
Bref, tout sauf ce qui dérange vraiment.
Parce que, voyez-vous, dans leur logique, tant qu’on maquille la douleur, elle n’existe pas.
Et ainsi, la question essentielle — celle du fond — est évacuée.
Au lieu de se demander pourquoi certaines communautés sont systématiquement marginalisées, on préfère débattre du comment on les nomme.
C’est comme si un médecin refusait de diagnostiquer un cancer sous prétexte que le mot est trop dur à entendre.
Ce que cache le confort du mot
Ce refus du mot apartheid n’est pas anodin.
Il sert à dépolitiser une réalité profondément politique.
Dire « apartheid », c’est désigner un système.
Dire « inégalités », c’est évoquer des malchances.
Et entre un système à démanteler et une malchance à déplorer, il y a tout l’écart entre l’action et la résignation.
Or, nos élites préfèrent la résignation : elle ne coûte rien, elle ne dérange personne, elle permet de continuer à profiter tranquillement d’un ordre social bâti sur l’exclusion.
Alors elles corrigent les mots pour mieux conserver les privilèges.
Elles polissent la surface pendant que la fracture s’approfondit.
Tranchons donc le débat sémantique
Oui, disons-le clairement : ce n’est pas l’apartheid au sens sud-africain du terme.
Mais cela lui ressemble terriblement par ses logiques, ses effets et ses symboles.
Ce n’est pas un apartheid officiel, c’est un apartheid officieux.
Pas inscrit dans la loi, mais gravé dans les pratiques.
Pas proclamé, mais assumé en silence.
Et si les mots choquent, c’est peut-être parce qu’ils réveillent les consciences.
Tranchons donc le débat sémantique :
« Le problème n’est pas dans le mot apartheid, il est dans ce qu’il décrit — et ce qu’il décrit, nous le vivons tous les jours. »
Alors oui, si ce n’est pas l’apartheid, c’est sa copie conforme, avec une touche mauritanienne :
le racisme d’État sans loi raciale,
l’exclusion sans pancarte,
l’humiliation dans la politesse.
Un apartheid sans pancarte, mais avec costume, sourire et discours sur l’unité nationale…..Wetov
Sy mamadou





