Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

« Ce n’est pas l’apartheid, mais cela y ressemble étrangement »

« Ce n’est pas l’apartheid, mais cela y ressemble étrangement »

Ah, la belle trouvaille !

Dès qu’on évoque le mot apartheid, nos contradicteurs se précipitent, dictionnaire en main, pour nous expliquer que non, voyons, la Mauritanie n’entre pas dans cette définition.

Il ne s’agit pas de ségrégation raciale institutionnalisée, mais simplement de « déséquilibres historiques », de « sensibilités communautaires », voire d’un « déficit de gouvernance ».

En somme, le racisme existe, mais sans le mot.

L’exclusion, oui, mais dans le respect du vocabulaire.

Nous ne sommes donc pas dans l’apartheid.

Nous sommes juste dans un pays où les Noirs ne dirigent pas l’armée, ne président pas les universités, ne contrôlent ni la monnaie, ni la diplomatie, ni la justice.

Mais attention, ne confondons pas tout : c’est de la coïncidence sociologique, pas de la ségrégation.

Et quand les langues africaines sont bannies de l’école publique, ce n’est pas de l’exclusion culturelle, c’est de la préservation de l’unité linguistique nationale.

Le génie du déni, en Mauritanie, réside justement là : il se cache derrière la syntaxe.

On ne conteste pas les faits, on les reformule.

On ne nie pas les pratiques, on discute les mots.

Ainsi, pendant que les uns comptent les humiliations, les autres comptent les syllabes.

Un débat sémantique pour étouffer un débat moral

Ce glissement permanent du fond vers la forme est notre spécialité nationale.

Dès que la question de la discrimination raciale surgit, les gardiens du statu quo se transforment en linguistes :

« Attention, apartheid, c’est trop fort ! »

Comme si le problème n’était pas dans la réalité, mais dans le dictionnaire.

On dirait qu’ils craignent davantage les mots que les injustices.

Ils préfèrent qu’on parle d’“inégalités de traitement”, d’“asymétries d’accès”, d’“écarts de représentativité”.

Bref, tout sauf ce qui dérange vraiment.

Parce que, voyez-vous, dans leur logique, tant qu’on maquille la douleur, elle n’existe pas.

Et ainsi, la question essentielle — celle du fond — est évacuée.

Au lieu de se demander pourquoi certaines communautés sont systématiquement marginalisées, on préfère débattre du comment on les nomme.

C’est comme si un médecin refusait de diagnostiquer un cancer sous prétexte que le mot est trop dur à entendre.

Ce que cache le confort du mot

Ce refus du mot apartheid n’est pas anodin.

Il sert à dépolitiser une réalité profondément politique.

Dire « apartheid », c’est désigner un système.

Dire « inégalités », c’est évoquer des malchances.

Et entre un système à démanteler et une malchance à déplorer, il y a tout l’écart entre l’action et la résignation.

Or, nos élites préfèrent la résignation : elle ne coûte rien, elle ne dérange personne, elle permet de continuer à profiter tranquillement d’un ordre social bâti sur l’exclusion.

Alors elles corrigent les mots pour mieux conserver les privilèges.

Elles polissent la surface pendant que la fracture s’approfondit.

Tranchons donc le débat sémantique

Oui, disons-le clairement : ce n’est pas l’apartheid au sens sud-africain du terme.

Mais cela lui ressemble terriblement par ses logiques, ses effets et ses symboles.

Ce n’est pas un apartheid officiel, c’est un apartheid officieux.

Pas inscrit dans la loi, mais gravé dans les pratiques.

Pas proclamé, mais assumé en silence.

Et si les mots choquent, c’est peut-être parce qu’ils réveillent les consciences.

Tranchons donc le débat sémantique :

« Le problème n’est pas dans le mot apartheid, il est dans ce qu’il décrit — et ce qu’il décrit, nous le vivons tous les jours. »

Alors oui, si ce n’est pas l’apartheid, c’est sa copie conforme, avec une touche mauritanienne :

le racisme d’État sans loi raciale,

l’exclusion sans pancarte,

l’humiliation dans la politesse.

Un apartheid sans pancarte, mais avec costume, sourire et discours sur l’unité nationale…..Wetov

Sy mamadou

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