La « guerre » des langues refait surface, après la publication par une association, d’une déclaration exigeant la fin de l’usage du français dans les documents officiels, provoquant de nombreuses réactions.
Cette semaine, dans les médias locaux comme dans les réseaux sociaux, c’est la foire d’empoignade entre une partie des arabophones et les 30% de Mauritaniens qui sont originaires des rives du fleuve Sénégal et dont les langues maternelles sont le Soninké, le Wolof et le Pular.
La «la guerre» des langues est donc de retour en Mauritanie à cause d’un communiqué de l’Association pour la protection et de la diffusion de l’arabe en Mauritanie, protestant contre l’usage du français dans les documents administratifs officiels, rendu public en début de semaine.
Une sortie médiatique à l’origine de cette inflation de réactions. Cette organisation rappelle que «le français est la langue du colonisateur, alors que l’arabe est la langue officielle de la République islamique de Mauritanie au terme de la constitution».
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La déclaration parle aussi des langues nationales «des dialectes utilisés par les communautés négro-africaines : le peul, le soninké et le wolof ». Elle appelle «à mettre fin à l’usage du français, car s’adresser délibérément aux gens dans une langue qu’ils ne comprennent pas constitue un acte prémédité qui ressemble à un défi».
Cette demande relève d’une revendication récurrente de certains arabophones en Mauritanie, pays anciennement colonisé par la France dans lequel l’usage de la langue Molière reste une réalité, en dépit de l’absence de toute référence dans la Constitution.
«Depuis 1967, l’enseignement en Mauritanie a fait l’objet de plusieurs réformes, avec pour objectif principal l’arabisation, en vue d’une plus grande indépendance culturelle. Ces différentes initiatives ont débouché sur des échecs créant un système éducatif médiocre, fortement décrié pourvoyeur d’une école à plusieurs vitesses. Les plus fortunés envoient leurs enfants à l’étranger ou dans des établissements privés jouissant d’une certaine réputation, alors que le public (l’enseignement public, Ndlr) est devenu inexistant du point de vue de la qualité», se désole un spécialiste de l’éducation.
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Un constat face auquel les nouvelles autorités semblent sensibles, si on se réfère au communiqué sanctionnant la réunion du gouvernement du jeudi 12 septembre 2019, qui annonce «une concertation élargie avec toutes les compétences, en même temps qu’une action à deux niveaux pour une nouvelle politique éducative capable de redonner confiance à l’école républicaine et restaurer son respect».
Incitation à la discrimination ?
Réagissant à la déclaration de la Défense et la diffusion de la langue arabe, Ciré Ba, un cadre et activiste des Forces de libération africaines de Mauritanie (FLAM), exilé en France depuis plusieurs dizaines d’années, affirme dans une contribution publiée sur le forum «ridem.org » que l’organisation «devrait tomber sous le coup de la loi 023/2018, pénalisant la discrimination ».
Il ouvre le feu sur les auteurs de la déclaration publiée en début de semaine, qualifiés « d’illuminés racistes, partisans du repli identitaire, de l’exclusion et de la décadence ».
La contribution s’insurge contre «une posture à teinte idéologique qui ne fait plus recette dans les pays arabes, lesquels maintiennent et renforcent les langues anglaise et française, qui ne sont plus «étrangères» ou le mandarin pour le commerce. Mieux, au Maghreb, la langue berbère est reconnue et bénéficie de promotion officielle.
Le Maroc, par exemple, dont la population berbère est estimée entre 15 et 20 millions de personnes vivant souvent dans l’Atlas ou en campagne, et n’apprenant l’arabe qu’à l’école comme les populations de notre vallée du fleuve, a officialisé la langue amazighe (berbère) en 2011.
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Une loi généralisant l’usage de cette langue dans les administrations et à l’école, a été votée à l’unanimité par les députés le 10 juin 2019. Celle-ci permettra la délivrance de nombreux documents administratifs en langue amazighe ou l’inscription de celle dans tous les documents de première importance comme la carte d’identité nationale ou le passeport. Une chaîne de télévision Tamazight est consacrée à la culture berbère. Cas de figure impensable en Mauritanie.
Retournant à l’association son propre argument, Ciré Bâ ajoute que cette dernière s’adresse délibérément aux populations du fleuve dans une langue qu’ils ne comprennent pas, ce qui est une manière de les défier de manière préméditée. « Alors il faudrait demander à ces défenseurs d’une Mauritanie exclusivement arabe, quelle est la place des autres gens », explique-t-il.
« Fait nouveau aggravant, ils assimilent des langues nationales reconnues à des dialectes de communautés négro-africaines. Si les mots ont un sens, c’est le retour de l’indigénat », ajoute-t-il.
Saisir les véritables enjeux pour les populations
Pour sa part, le Pr Lô Gourmo vice-président de l’Union des Forces de Progrès (UFP-opposition), invite les mauritaniens à appréhender les véritables enjeux auxquels fait face le pays. Ce spécialiste du droit signale que «ceux qui font du combat immédiat contre l’usage du français dans la vie administrative du pays un caprice récurrent, sont les mêmes qui cherchent à amplifier le racisme et les discriminations ethniques, sachant que l’arabe, comme langue unique de travail-englobant le Hassanya, un dialecte tiré de cette langue, sera un handicap insurmontable pour les locuteurs du français, pour la plupart appartenant aux communautés négro-africaines».
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Et d’ajouter : «Cette guerre des langues qu’on tente de mettre en chantier n’a pour seul effet que de détourner notre peuple multinational de son combat unitaire pour une démocratie pluraliste apaisée et pour un partage équitable des ressources immenses de notre pays».
Enfin, il conclut qu’il «est un droit pour chaque citoyen mauritanien «de converser» avec l’Etat dans sa langue maternelle et dans la langue apprise à travers le système d’éducation national comme langue d’enseignement. Que ce soit le français ou l’ourdou».
Cheikh Sidya
Correspondant à Nouakchott
Source : Le 360.ma (Maroc)

Le porte-parole des FPC ne démord pas et monte au créneau cette semaine sur les réseaux sociaux en persistant et signant que la Mauritanie est un pays d’apartheid. Kaaw Bilbassi Toure pointe la domination des maures blancs ou « Beydanes » de leur commandement et de leur suprématie sur les autres composantes nationales : les afro-mauritaniens et les Hratines.

La Mauritanie, voilà un pays où certains ont réussi à usurper à leur propre profit notre bien commun, “LA MAURITANIÉ”, et à partir de leur position de simples citoyens “bien nés”, dictent pourtant aujourd´hui celui qui est Mauritanien et celui qui ne l´est pas. Ils définissent pour leurs propres concitoyens Noirs ce que veut dire la “Mauritanité”. La particularité de cette singulière dictée est dans sa manifestation concrète pendant les années de braise avec la déportation manu militari de plusieurs dizaines de milliers de leurs propres concitoyens au Sénégal et au Mali et l´exil forcé de centaines d´autres en Europe, en Afrique et en Amérique. L´enrôlement biométrique du Général-putschiste Mohamed ould Abdel Aziz vient de boucler la boucle de l´extermination civile et civique ou l’exclusion définitive des Négro-mauritaniens dans leur “Mauritanité” qui rime plus avec mauritude. N´avons-nous pas le droit de dénoncer ces injustices flagrantes sans être accusés injustement de “séparatistes” ou ” de rebelles à l´unité nationale”! N´avons-nous pas le droit de penser la Mauritanie autrement, autre que cette politique raciste, assimilationniste, ethno-génocidaires et aventuriste qui a montré ses limites? Si tous les Mauritaniens sont officiellement musulmans, ils ne sont pas tous arabes. Le droit d´exister et de vivre en tant que Mauritaniens ne peut passer avant celui d´être Soninké, Wolof, Haratine, Haal-pulaar, Arabe, Berbère, Bambara. Et tout ce qui concerne cette question doit-être constitutionnellement reconnu. La Mauritanie n´est pas un Etat arabe à moins qu’elle ne veuille être un Etat raciste. La Mauritanie est arabo-berbère et négro-africaine voilà la réalité historique, politique, géographique et sociologique du pays. Que ceux qui ont une mémoire courte sachent que La Mauritanie actuelle se situe sur les ruines du berceau impérial du Ghana et du Tekrour. Nos adeptes tropicaux de l´excroissance moyen-orientale du national socialisme nazi (baathisme) doivent réviser leurs doctrines et tirer des leçons sur la défaite de leur héros Sadolf Hutssein. La Mauritanie de nos rêves c´est ce pays arc en ciel. La Mauritanie de nos rêves est cette cohabitation du « noir et du blanc de l´oeil » comme le disait bien le sage Deyloul. La Mauritanie de nos rêves, on ne le dira jamais assez , est un pays où le fait d´être arabe, noir, haratine, znega ne serait ipso-facto une condition rédhibitoire. C´est ce combat qui est le sens de notre lutte de toujours pour une cohabitation pacifique et juste. Nous voulons d’une unité qui respecte la dignité de chaque Mauritanien et garantisse l’équilibre entre les grandes composantes nationales. En effet, la Mauritanie est condamnée à s´unir sans s´unifier en lieu et place de l´étouffante uniformisation assimilée à l´unité. Pour nous, sauver la Mauritanie ne passe pas forcément par l’imposition d’une langue, d’une unité coûte que coûte mais par la mise en place de fondements inébranlables parce que intrinsèquement justes et égalitaires. L’unité, en soi, n’est pas une fin mais un moyen pour construire” le mieux vivre ensemble”, dans une Mauritanie viable parce que réconciliée avec elle même.




