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Crise à l’Assemblée : des députés dénoncent un “règlement de caserne”
Nouakchott :L’adoption du nouveau règlement intérieur de l’Assemblée nationale a suscité une vive contestation parmi plusieurs députés de l’opposition, qui dénoncent un texte liberticide réduisant drastiquement leurs prérogatives.
Selon eux, ces modifications restreignent la liberté d’expression parlementaire, musèlent le débat démocratique et entravent la mission de contrôle du pouvoir exécutif.
Le député Khaly Diallo a appelé le Conseil constitutionnel à invalider ce qu’il qualifie d’atteinte flagrante à la Constitution. Il a comparé le nouveau règlement à un “code disciplinaire militaire”, estimant qu’il transforme l’hémicycle en caserne.
Même son de cloche du côté de Mohamed El Amine Sidi Maouloud, qui y voit “une vague de répression et de tyrannie” orchestrée par un régime se réclamant du consensus national. Il a promis un recours devant le Conseil constitutionnel.
La députée Mariam mint Cheikh déplore un durcissement des mesures disciplinaires et des restrictions à la parole. Elle s’interroge sur l’absence de référence à l’article 90 de la Constitution, garantissant l’immunité et la liberté du parlementaire.
Mohamed Bouye Ould Mohamed Fadel, choqué par le soutien du parti d’opposition Tewassoul au texte, estime que le Parlement a été “tué” et devrait céder son budget à des causes plus utiles.
Pour Yahya Ould El Wedd, le texte vient clore un long processus d’affaiblissement de l’institution parlementaire, dominée désormais par des ministres qui ignorent les interpellations.
Enfin, Ghamoi Achour, résolue, affirme qu’aucune menace ne l’empêchera de dénoncer “un ministre traître ou voleur”, rappelant le rôle des députés dans la défense des plus vulnérables.
#senalioune
Lettre ouverte à Son Excellence le Président Mohamed Cheikh El Ghazouani : Pour une Mauritanie Forte, Unie et Juste
(يَا أَيُّهَا النَّاسُ إِنَّا خَلَقْنَاكُم مِّن ذَكَرٍ وَأُنثَىٰ وَجَعَلْنَاكُمْ شُعُوبًا وَقَبَائِلَ لِتَعَارَفُوا ۚ إِنَّ أَكْرَمَكُمْ عِندَ اللَّهِ أَتْقَاكُمْ ۚ إِنَّ اللَّهَ عَلِيمٌ خَبِيرٌ)
Excellence Monsieur le Président de la République,
En ma qualité de membre de la Coordination Nationale des Amis du Président Mohamed Cheikh El Ghazouani, j’ai sillonné les quatre coins de la Mauritanie, des grandes villes aux zones les plus enclavées, pour expliquer à nos concitoyens la portée et la vision de votre programme. Cette immersion au cœur du pays profond m’a permis de mesurer l’adhésion sincère de nombreux Mauritaniens à votre démarche, mais aussi de percevoir les attentes urgentes, les souffrances silencieuses et les espoirs exprimés avec dignité.
À la lumière de cette expérience, je me permets, avec humilité et responsabilité, de vous adresser ces quelques réflexions pour renforcer votre action et consolider notre vivre-ensemble.
1. L’unité nationale, une urgence existentielle
Notre diversité n’est pas une faiblesse, elle est notre force. Pourtant, trop de fractures – sociales, ethniques, culturelles – demeurent vivaces. Le racisme, sous ses formes visibles ou sournoises, continue d’empoisonner les rapports entre Mauritaniens. Il n’est plus acceptable qu’un citoyen se sente marginalisé du seul fait de son origine ou de sa couleur.
Il est temps de poser des actes courageux : reconnaître les réalités, ouvrir un dialogue national sincère, et mettre en œuvre des politiques de réparation, d’égalité des chances et d’inclusion réelle.
2. Gouverner autrement : la méritocratie au cœur de l’État
L’administration doit être le miroir de la nation : plurielle, compétente et équitable. Pour cela, il faut rompre avec les nominations de complaisance et promouvoir une gouvernance fondée sur le mérite, la compétence et l’intégrité.
Un pays ne peut avancer sans une élite crédible, capable de traduire sur le terrain votre vision de réforme, de justice sociale et de développement durable.
3. Justice sociale et cohésion : le fondement de la stabilité
Aucun discours ne remplacera une justice équitable, accessible à tous, sans discrimination. Le foncier, l’éducation, la santé, l’emploi… doivent cesser d’être des privilèges d’une minorité pour devenir des droits garantis à tous.
Il est impératif d’identifier et de corriger les déséquilibres structurels hérités du passé pour bâtir une paix durable.
4. Revaloriser le contrat national : une refondation à mener
Votre mandat peut entrer dans l’Histoire si vous engagez une refondation du contrat national, basée sur la vérité, la justice et la reconnaissance mutuelle. Il s’agit de construire une Mauritanie où chaque citoyen, quelles que soient ses origines, puisse dire fièrement : ce pays est aussi le mien.
Conclusion
Excellence Monsieur le Président,
L’Histoire vous offre une opportunité rare : celle de réconcilier la Mauritanie avec elle-même. Cela exige du courage, de la lucidité et une volonté politique forte. Le peuple vous suivra, pour peu qu’il se reconnaisse dans vos décisions.
Nous, membres engagés de la Coordination des Amis du Président, restons à vos côtés pour bâtir ensemble cette Mauritanie solidaire, juste et unie.
Abdallahi Sarr / 46 50 03 02
Administrateur de Régie Financière
Quand les frontières trahissent la fraternité
Plaidoyer pour la dignité, la mémoire et la justice
Jamais notre peuple n’a connu une blessure aussi profonde.
Imposer la carte de séjour des deux côtés de la frontière, c’est ériger une barrière dans les entrailles d’une communauté qui partage la même langue, la même histoire, le même sang. C’est séparer des frères nés d’une même mère. C’est déchirer un tissu social ancestral, séculaire, bâti bien avant l’existence des États modernes.
Le fleuve Sénégal n’a jamais divisé, il a uni. Il fut et reste un pont entre les peuples, un carrefour d’échanges, un berceau commun pour les Soninkés, les Peuls, les Wolofs, les Halpulaar, les Bambara, les Maures, les Haratines… Pourtant, aujourd’hui, certains veulent faire de cette frontière naturelle un mur d’exclusion, une barrière identitaire.
Le Sénégal, pour la Mauritanie, n’est pas une terre étrangère, mais une terre sœur. Il fait partie de notre histoire, de notre culture, de nos racines les plus profondes. Et dans cette rupture imposée, c’est la Mauritanie qui perd le plus :
1- Nos enfants partent au Sénégal pour étudier, car l’enseignement y est accessible, structuré, et plus ouvert.
2- Nos malades y cherchent soin et guérison, car nos structures sanitaires manquent cruellement de moyens et d’humanité.
3- Nos familles y retrouvent les leurs, nos artistes s’y expriment librement, nos commerçantes s’y approvisionnent, surtout en période de fête.
4- Nos grands commerçants y prospèrent, dans un climat d’affaires plus stable, plus juste.
Mais au-delà de ces échanges concrets, il faut rappeler une vérité que l’on tait trop souvent : la Mauritanie moderne ne fonctionnerait pas sans la main-d’œuvre sénégalaise. De Nouakchott à Rosso, de Kaédi à Sélibaby, ce sont des Sénégalais qui posent les briques, qui tracent les routes, qui cuisinent, qui soignent, qui enseignent. Plombiers, maçons, tailleurs, aides-ménagères, chauffeurs, agriculteurs… leur présence est vitale.
** Et pourtant, ils sont maltraités.
– Le système mauritanien ne cherche pas à sécuriser son territoire, mais à humilier, à dominer, à effacer ceux qu’il ne veut pas voir : les Noirs, les Subsahariens.
– La carte de séjour devient un outil de contrôle, d’exclusion, et parfois de chantage.
– Derrière cette façade légale, c’est un mépris profond qui s’exprime.
¥¥ Le noir mauritanien, quand il rêve d’avenir pour son enfant, ne peut compter ni sur son État, ni sur sa société. C’est au Sénégal qu’il trouve un espoir. Une université, une formation, une porte ouverte, même modeste. Car le Sénégal n’a jamais érigé son hospitalité en privilège réservé à certains.
£££ La haine que subissent les Noirs dans certaines sphères de pouvoir mauritaniennes n’est pas seulement un problème interne. Elle s’exporte, se manifeste dans les rues, dans les commissariats, dans les décisions administratives. Pendant ce temps, les ressortissants syriens, maghrébins, libanais, ou même européens jouissent de privilèges et de respect. Deux poids, deux mesures.
### Le Sénégal a enfin pris une décision courageuse : répondre par la réciprocité. Mais cette décision, aussi symbolique soit-elle, ne changera pas fondamentalement les comportements racistes ancrés dans les mentalités et les institutions mauritaniennes.
– Car ce n’est pas d’un papier que le peuple sénégalais a besoin, mais de respect.
– Ce n’est pas d’un visa, mais d’une reconnaissance mutuelle de la dignité humaine.
++ Le Sénégal devrait aller plus loin :
A- Exiger un accord bilatéral clair sur le respect des droits humains et la protection des ressortissants.
B- Condamner officiellement les exactions et humiliations subies par ses citoyens sur le sol mauritanien.
C – Suspendre les privilèges et facilités offertes aux dirigeants et commerçants mauritaniens tant que le respect n’est pas réciproque.
D- Et surtout, créer un observatoire indépendant des droits des Africains en Mauritanie, *avec l’appui d’organisations panafricaines et internationales.
Car au Sénégal, tous les Mauritaniens sont accueillis sans distinction. On n’y demande pas l’ethnie avant d’ouvrir une porte, on n’y interdit pas un commerce parce qu’on est Haratine ou Peul, on n’y brutalise pas pour un simple contrôle.
Le Sénégal, c’est la Teranga.
Une terre de paix, d’hospitalité, d’humanité.
C’est ce qui attire des centaines de milliers de visiteurs, d’étudiants, de réfugiés, de commerçants.
Mais la Teranga n’est pas synonyme de naïveté.
Elle doit aujourd’hui se dresser, s’affirmer, se protéger.
Car la dignité d’un peuple n’est pas négociable.
Et la fraternité, elle, ne se déclare pas par décret : elle se vit, ou elle se trahit.
Berlin, le 27 juillet 2025 _
Djeynaba Dramane Kamara.
J’ai eu le plaisir de lire sur cette page ce texte de Nana Mt Cheikh Laghdaf.
J’ai eu le plaisir de lire sur cette page ce texte de Nana Mt Cheikh Laghdaf à la belle plume, femme politique avisée, aux idées saines et à la réflexion dynamique. Elle trace un boulevard de questionnement, qui pourrait être la trame et la toile de fond du dialogue national. Si nous voulons récolter les fruits murs de ce forum pour le developpement de notre pays dans l’intérêt de tous.
Merci, Nana Cheikhna pour l’amour que vous portez à ce pays.
Récit d’un brillant texte de Nana Mohamed Laghdaf ! Tu as tout dit la guerrière! :
“Dans l’immensité du Sahara occidental que l’on nomme aujourd’hui Mauritanie, il n’existait, avant la conquête, ni État centralisé ni autorité politique unificatrice . Aucune structure ne fédérait les tribus nomades, les communautés sédentaires ou les chefferies locales qui coexistaient sur ce vaste territoire, à la croisée du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne. La notion même de frontière relevait d’une géographie mouvante, définie moins par des lignes fixes que par l’extension fluctuante de l’autorité d’un chef, d’une tribu ou d’une ethnie.
Le tissu social mauritanien s’est historiquement structuré autour de logiques d’allégeance lignagère, tribale et religieuse. Le pouvoir se fondait sur la naissance, l’appartenance à un lignage prestigieux ou à une caste reconnue, qu’il s’agisse de grandes tribus ou d’ethnies dominantes. Ces hiérarchies sociales, profondément enracinées dans toutes nos communautés, continuent encore aujourd’hui de marquer la vie quotidienne, là où l’école républicaine, les services publics et l’égalité formelle des droits n’ont pas suffisamment pénétré. Or, aucune nation ne peut se bâtir durablement sans ancrer la notion de citoyenneté dans l’égalité de statut, loin des classements absurdes et injustes hérités des castes et des hiérarchies traditionnelles.
Ainsi, malgré l’indépendance formelle acquise en 1960, la construction de l’État s’est greffée sur un socle fragmenté, sans qu’un véritable processus d’unification nationale n’ait été mené. L’État postcolonial, en dépit d’efforts considérables et de réalisations particulièrement audacieuses pour l’époque — nationalisation de la Miferma, révision des accords avec la France, création de notre monnaie nationale — s’est d’abord présenté comme la continuité bureaucratique de l’appareil colonial, reconverti aux exigences de la souveraineté, mais sans refondation profonde du lien civique entre les citoyens. Il n’est pas né d’un contrat social endogène, mûri par les populations elles-mêmes, mais d’une transition de forme, imposée par l’urgence de l’indépendance, empêchant ainsi l’émergence progressive d’un élan populaire capable d’accoucher d’une véritable nation.
L’islam, certes, a constitué un socle spirituel commun. Mais en l’absence d’unification politique durable dans l’histoire musulmane de la région, ce legs religieux ne s’est pas traduit par une convergence institutionnelle, ni par l’émergence d’une conscience nationale intégrée. Il a fondé des valeurs partagées, sans pour autant déboucher sur une structure politique unitaire.
Ce passé, loin d’être figé, continue de peser lourdement sur notre présent. Les inégalités héritées des structures traditionnelles, les clivages identitaires latents, l’absence d’un récit national commun, et les dysfonctionnements persistants de l’appareil étatique constituent autant d’obstacles à la cohésion nationale. L’État mauritanien peine encore à s’imposer comme le garant impartial du bien commun, équitablement distribué entre toutes ses composantes.
Il est donc devenu impératif d’ouvrir une réflexion nationale profonde, lucide et inclusive sur les fondements mêmes de notre vivre-ensemble. Quelle structure étatique unitaire , efficace et adaptée pour une société orientée vers le progrès et le développement ?
Comment refonder nos institutions sur des bases véritablement démocratiques et représentatives ? Quels mécanismes mettre en place pour garantir l’égalité réelle des droits, des chances et des devoirs ? Ces questions ne relèvent pas de l’utopie. Elles sont au cœur de la survie même de notre communauté politique.
Faute de les affronter avec courage, la Mauritanie risque de s’enliser durablement dans un entre-deux : ni pleinement unie, ni franchement fragmentée , une société suspendue, tiraillée entre des passés qui résistent et un avenir qui hésite à se dessiner. Et chacun sait que, dans toute société multiethnique, le clair-obscur signifie une zone d’ombre, d’ambiguïté — et, pour tout dire, un risque permanent.
Il est temps d’ouvrir un nouveau cycle. Non pas en niant les héritages, mais en les dépassant vers un horizon commun. Non pas en reproduisant les anciennes hiérarchies sous des formes modernisées, mais en bâtissant un État équitable, porteur d’un projet collectif assumé.
Le temps est venu d’inventer la nation.
Et si nous le voulons vraiment, les fondations existent déjà. Nous partageons un socle commun, souvent oublié mais toujours vivant. Nous sommes tous musulmans. Nous célébrons les mêmes fêtes, prions dans la même langue, et nous reconnaissons dans une même éthique de vie. Nos cultures, bien que diverses, résonnent entre elles. Nos musiques, nos boubous, nos contes populaires, nos proverbes, nos manières d’habiter le désert ou la vallée tissent une trame d’expériences partagées. Nos mémoires, parfois douloureuses, parfois glorieuses, racontent les mêmes croisements de peuples, les mêmes épreuves historiques, les mêmes aspirations à la dignité.
C’est là notre richesse, à condition de la reconnaître, de l’assumer, et d’en faire le socle d’un nouvel imaginaire collectif. Mais cela ne pourra se faire sans un regard lucide sur ce que nous sommes. Sans préjugés. Sans complaisance. Sans méfiance. Si nous avons le courage d’ouvrir les yeux sur nos blessures, de les nommer, de les comprendre, alors nous pourrons les soigner. Et ce pays, que certains croient encore condamné à l’échec, montrera au contraire qu’il est porteur de promesses, capable de surmonter ses blocages et d’écrire une autre histoire.
Alors, oui : si nous acceptons d’aller de l’avant ensemble, nous ferons mentir ceux qui prétendent que rien ne changera. Que tout est joué d’avance. Il suffira que les gouvernants et la classe politique comprennent qu’aucune œuvre commune ne peut naître sans concessions partagées, sans un effort sincère pour construire du commun à partir de nos différences. Le sursaut viendra, non d’un pouvoir imposé, ni d’une contestation éparse, mais d’une volonté collective d’unir nos mémoires, d’harmoniser nos aspirations, et de refonder nos institutions sur une base juste. C’est ainsi que la Mauritanie pourra se réconcilier avec elle-même et choisir, enfin, son avenir.
Un avenir sûr et prometteur.”
Nana M. CHEIKNA
Parle-moi de Mauritanie : Terre des hommes, de grandeur. Par Pr ELY Mustapha
À la Mauritanie,
grande par sa géographie, mais plus encore par son âme.
À ses peuples du sable et du fleuve,
à ses voix plurielles, ses langues entremêlées,
ses silences chargés d’histoire et ses chants de résistance.
À celles et ceux
qui croient encore à l’intelligence, à la beauté,
à la justice et à l’avenir.
Ce livre est pour vous –
pour que la Mauritanie cesse d’être racontée à voix basse,
et commence enfin à se dire debout.
“La Mauritanie ? Qu’est-ce que c’est ?” demanda le petit prince, penchant légèrement sa tête blonde. L’aviateur sourit, se remémorant ses vols au-dessus de ces vastes étendues désertiques qui l’avaient tant marqué. Comment expliquer ce pays à un enfant qui voyageait d’astéroïde en astéroïde et qui cherchait toujours l’essentiel des choses ?
“La Mauritanie,” commença-t-il, “est un grand pays du désert, où le sable s’étend à perte de vue, comme une mer figée.”
“Une mer de sable ? Est-ce qu’on peut y voir des couchers de soleil ?” s’enquit le petit prince qui, sur sa minuscule planète, pouvait observer jusqu’à quarante-quatre couchers de soleil en une journée. “Oui, et ils sont parmi les plus beaux du monde. Quand le soleil descend sur les dunes dorées, tout le ciel s’embrase de couleurs que l’on ne peut décrire avec des mots.”
Le petit prince réfléchit un moment. “Et y a-t-il des gens qui y vivent ?”
“Oui. Des hommes vivent là-bas, et c’est pourquoi on l’appelle parfois ‘Terre des hommes’. Des hommes qui ont appris à vivre dans un environnement où d’autres ne verraient qu’hostilité et désolation.” “Ce n’est pas facile de vivre dans le désert,” remarqua le petit prince, qui connaissait bien la solitude.
“Non, ce n’est pas facile,” acquiesça l’aviateur. “Mais c’est dans cette difficulté que les hommes du désert ont développé une sagesse particulière. Ils savent, par exemple, que l’eau est plus précieuse que l’or et que l’hospitalité envers l’étranger est sacrée.”
“Dans le désert, on est à la fois loin de tout et proche de l’essentiel,” ajouta-t-il, se souvenant de ses propres expériences à Cap Juby, non loin de la Mauritanie actuelle.
Le petit prince semblait méditer ces paroles. “Et ces hommes du désert, sont-ils heureux ?”
“Ils connaissent un bonheur différent de celui que recherchent souvent les habitants des grandes villes. Un bonheur fait de simplicité, de silence et de contemplation. Ce petit poste de Mauritanie était alors aussi isolé de toute vie qu’un îlot perdu dans la mer,” se rappela l’aviateur, citant presque mot pour mot ce qu’il avait écrit dans “Terre des hommes”.
“J’ai appris beaucoup de choses en volant au-dessus de ces terres. J’y ai rencontré des Maures, ces hommes du désert enveloppés dans leurs grands voiles bleus, qui émergeaient des territoires interdits que nous franchissions dans nos vols. J’ai compris là-bas que ce n’est pas la distance qui est difficile, mais le premier pas.”
Le petit prince hocha la tête, comprenant parfaitement ce langage. “Chez moi aussi, l’espace est immense comparé à la taille de ma planète. Droit devant soi, on ne peut pas aller bien loin…” “En Mauritanie,” poursuivit l’aviateur, “j’ai découvert que le désert ne ment pas. Il te montre qui tu es vraiment, sans fard ni artifice. C’est un pays où la lumière est si pure qu’elle révèle l’âme des choses.”
“Est-ce qu’il y a des fleurs en Mauritanie ?” demanda le petit prince, pensant sûrement à sa rose. “Elles sont rares, mais quand elles apparaissent après une pluie, elles transforment momentanément le désert en jardin. Leur beauté est d’autant plus précieuse qu’elles sont éphémères. Comme ta rose, elles sont uniques par le temps qu’on a ‘perdu’ pour elles.”
Le petit prince sourit, satisfait de cette comparaison.
“Et sais-tu ce qui est le plus extraordinaire en Mauritanie ?” ajouta l’aviateur. “C’est que dans ce pays à la frontière du Maghreb et de l’Afrique noire, différentes cultures se rencontrent et s’entremêlent. C’est un pays où l’on parle le hassanya, une langue que l’on retrouve aussi au Sahara occidental, au sud du Maroc et au nord du Sénégal.”
“Une langue que tu ne connais pas ?” s’étonna le petit prince.
“Je la connaissais peu, mais j’ai appris à échanger avec ceux qui la parlaient. Et figure-toi que ton histoire, ‘Le Petit Prince’, a été traduite dans cette langue. C’est la 300e langue dans laquelle ton aventure est racontée.”
Le petit prince parut impressionné, mais il revint vite à l’essentiel : “Alors, la Mauritanie est une terre des hommes parce que des hommes y vivent malgré les difficultés ?”
“C’est plus que cela,” expliqua l’aviateur. “C’est une terre des hommes parce que là-bas, j’ai compris ce qui fait la grandeur de l’humanité : la capacité à créer des liens, à trouver du sens même dans l’adversité, à voir avec le cœur ce qui est invisible pour les yeux. En Mauritanie, j’ai appris que ‘l’essentiel est invisible pour les yeux’, tout comme tu me l’as enseigné.”
Le petit prince médita longuement ces paroles, dessinant du doigt des dunes imaginaires sur le sol. Puis il leva les yeux vers l’aviateur et dit avec cette simplicité désarmante qui le caractérisait : “Je crois que j’aimerais visiter la Mauritanie un jour. Pour voir si les étoiles y brillent aussi fort que dans mon désert, et pour rencontrer ces hommes qui ont appris à lire le langage du sable et du vent.”
L’aviateur sourit. Le petit prince avait, une fois de plus, saisi l’essentiel. Car la Mauritanie n’était pas seulement un pays sur une carte, mais un état d’esprit, une façon de voir le monde avec émerveillement et profondeur, tout comme le faisait son jeune ami venu des étoiles.
Présentation du livre
À travers un dialogue vivant entre un maître et un disciple, se dresse une fresque magistrale de la Mauritanie qui traverse les époques, déconstruit les héritages postcoloniaux, interroge les politiques passées, mais surtout appelle à relever la tête.
Refusant les discours fatalistes, ce livre affirme :
La Mauritanie est une nation noble, née d’une histoire millénaire, forgée par le désert, les lettrés, les résistances, et les rencontres.
Chaque chapitre éclaire une facette de cette grandeur: la richesse des langues et des identités, la dignité des peuples du fleuve et du désert, la vitalité des traditions, la profondeur spirituelle, les potentiels de jeunesse, de terre, de mer, de lumière. C’est un livre qui rend fier. Un livre qui redresse. Un livre qui construit. C’est un livre de réveil. Un appel à réenchanter l’idée de nation, à bâtir une prospérité partagée, une culture d’excellence, une justice réelle, une démocratie enracinée.
Pr ELY Mustapha
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