Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

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FLAMNET-RÉTRO: De l’identité des Haratines ! par Bara Ba

Les Haratines, cette force montante, constitueront, de plus en plus, un enjeu important  dans l’évolution future des  rapports de force inter- communautaires. Voilà pourquoi ce groupe  ne laisse personne indifférent . Voilà pourquoi, également,  le doute, la réflexion  et un questionnement qui  traversent actuellement  certains segments de ce courant  sur la meilleure voie devant mener à leur liberation interpellent chacun de nous. Lorsque j’ai lu la réponse de Samory à  Nany, suite à une lettre, naïvement, adressée aux Nations-unies, j’ai décidé,  à mon tour d’entrer dans le débat . à ma manière. Prenant d’emblée  le contre-pied  de  Ould Nany, je pose que  la  libération de l’esclave – tout esclave-  passe par une rupture ombilicale d’avec le maître , nécessairement.

Cette rupture ombilicale d’avec le maître  se justifie en raison de la nature même de la relation d’intérêt  maitre-esclave, par essence conflictuelle, antagonique; En effet  l’un cherche à asservir, à aliéner une liberté,  l’autre cherche  à  recouvrer cette liberté, à se soustraire à  l’asservissement. On  entend  souvent dire, comme par définition, que «  l’esclave  est celui-là qui manque de tout, qui fait  tout  et qui n’a aucun droit, et que le maître est celui qui a tout, qui ne fait rien et qui a tous les droits  ».

 Par ailleurs l’histoire enseigne qu’en général, l’esclave recouvre rarement sa liberté, par la volonté du maître, ou au gré de celui-ci ! L’esclave se libère ou  rompt les chaînes de servitude, par la seule  force de sa volonté, dans  certaines conditions favorables.

 Il me paraît alors  normal et tout naturel, pour revenir au cas mauritanien, que le ? “haratine -abeid ?”, pour se libérer, empruntât, lui aussi, cette  même voie  de  rupture;  il devra, pour se faire, s’affranchir du lien tribal , psychologique et économique .

J’ai dit s’affranchir du lien tribal car celui-ci participe de l’instrumentalisation du groupe Haratine par le montage, à dessein, d’une  « majorité maure », dont les bénéfices et retombées positives reviennent  presqu’exclusivement au seul sous- groupe dominant Bidhaan! La tribu, en fait, constitue un carcan subtil  qui  entretient un semblant de relations affectives inter-membres destiné, en réalité, à maintenir l’esclave dans la dépendance, sentimentalement et socialement .

Autre chaîne dont il faudrait  se défaire: ce  mensonge « religieux  », grossier, déliberement entretenu  par le maître, afin de  renforcer la dépendance psychologique de l’esclave, qui stipule que ?’ ne pas obeir à la volonté du maître conduirait au purgatoire”; que le maître  serait celui- là, seul , capable de lui garantir le paradis, chose au dessus du pouvoir même des  prophètes !

Enfin dernière dépendance à briser, et non des moindres, la dépendance économique; ?’l’autonomie  économique” de l’esclave vis-à-vis du maître est indispensable pour sa  véritable  libération. Il est heureux de constater que ce processus  est  dejà  en marche en milieu urbain,  forcé par les sécheresses des années 70; à ce niveau les Haratines qui vivent en milieu urbain ont un rôle majeur à jouer, dans le réveil de la multitude, encore  endormie dans le fin fond du pays !

Rompre donc, en conclusion, les chaînes tribale, psychologique et  économique , afin  d’accéder  à l’affranchissement définitif et irréversible, telle me paraît être la seule voie qui puisse  mener vers la liberté ;  mais attention  à ne pas tomber dans l’illusion que  cette liberté, une fois conquise,  conduirait automatiquement  à l’émancipation du haratine et surtout à sa pleine citoyenneté; il en faudrait beaucoup plus  !

Tant  que demeurera le racisme anti-Noir il serait illusoire de nourrir un tel espoir .

 Sans l’élimination de la discrimination raciale, érigée en Système, contre les Négro -mauritaniens ( Haratines et Négro- africains ), les Haratines, en se libérant  de l’esclavage, changeraient, simplement, de type de « ghetto » ; ils auront quitté  le ?’ghetto” de l’esclavage pour retomber  dans celui du racisme, ni plus ni moins !.

Voilà pourquoi  ils devront comprendre que la voie la plus courte  pour leur libération et émancipation  totale  passe, nécessairement, par la  fin du racisme d’Etat . 

Voie toute politique, on en convient !

Cette approche, on le voit,  milite, par voie de conséquence, si tant est qu’elle est bien comprise, pour un changement dans la stratégie actuelle, adoptée jusqu’ici par certains leaders Haratines, axée essentiellement sur la dimension exclusive « droits de l’homme »,  qui se mène comme  en vase clos ! L’engagement politique militant est nécessaire, qui prendrait en charge toutes les dimensions de la lutte devant mettre fin à l’esclavage …

Ici  se situe mon incompréhension à voir certains militants activistes de  cette cause, se tenir en  marge des chapelles politiques, comme par évitement, alors que les choses restent fortement  imbriquées !

Bien entendu cet « engagement politique » ne se fera pas sans un choix .difficile, voire douloureux !

En effet cet engagement politique et militant  suppose,  au  préalable, une clarification  sur « l’identité des Haratines » !

 Qui sont -ils ? Négro-africains ? Arabo-berbéres ? Une entité spéciale à part ? ou encore juste une classe sociale tout court ?

Il leur appartiendra de se définir, de  déterminer leur identité ou ce qu’ils souhaitent devenir. Alors seulement se dégagerait  une  stratégie claire et adaptée, pour leur libération et émancipation !

Nous avons dit que ces choix ne seront pas sans douleur, ni sans  passion et  sans  heurts, car le front Haratine n’est plus ce qu’il paraît , c’est- à -dire uni .

J’ai encore en mémoire certains propos de leaders Haratines, teintés d’une sorte de dilemme douloureux  qui définit le Hartaani comme  objet d’un double rejet, coincé  entre « le mépris des uns et l’esclavage  des autres  »,  coincé entre« un  déni de statut dans un cas, et un déni d’humanité dans l’autre », pour emprunter cette formule à quelqu’un.

J’avoue pour ma part ne pas bien comprendre ce dilemme, fondé sur des termes aux effets négatifs certains , mais dont les  préjudices moraux et sociaux respectifs sont sans commune mesure, l’un de l’autre  !

J’ai aussi entendu parler d’une certaine terminologie, comme de  « Hartaani arabe », assumée de surcroît , que je trouve doublement absurde .

En s’identifiant au maître,  l’esclave, quelque part, ne retardait-il pas ou pire, n’hypothéquait-il pas  par là  même, les chances mêmes de  sa  libération?

 En second lieu, il m’avait  toujours semblé que, biologiquement, l’Arabe était de race sémitique et le Hartaani  nègre!

Hartaani arabe** ? Peulh arabe ? ces notions étaient pour moi un non sens, et cachaient  une vaste tromperie !

J’affirme qu’il est faux de prétendre que le Hartaani « est essentiellement de culture arabe ».

Le fond culturel du Hartaani est nègre, encore une fois, fait de vestiges sur lesquels se sont  déposés, progressivement,  des éléments de culture arabe.

 Il suffit pour s’en convaincre d’observer l’habitat du Hartaani, d’observer son pas de danse rythmé par la “Taballa”, ses cérémonies festives qui rappellent étrangement celles de  fin des  travaux  champêtres, cette manière bruyante et joyeuse de s’éclater, toute sédentaire, ces  coeurs de l’Est  qui vibraient  au moindre grincement des cordes « noires » de Banzouman Sissoko, et j’en  passe .

Ce sont là, sans aucun doute, des débris de culture négro- africaine, ensevelie sous le limon de l’apport arabo-berbère .

Le Hartaani  est donc de culture hybride ; il n’est pas culturellement arabe mais « linguistiquement » arabe, comme le soutenait à juste titre  quelqu’un, récemment à Flamnet. Et la nuance est de taille !

Ce fond culturel nègre est si présent chez le Hartaani, que l’intégration des Haratines en milieu négro- africain ne posait pas de problème. Cela est prouvé au  Sénégal voisin, et cela a également été prouvé dans la région du Tooro où les évènements de 86 /89  ont révélé des  groupes entiers insoupçonnés de Haratines qui s’étaient complétement fondus dans les populations Négro-africaines locales ; ces « Hartaanis assimilés » , se sont vus forcés de se démarquer, de s’expurger des villages  sur exigence de  l’Armée , afin  d’éviter de se  faire réprimer ou déporter .

Si l’intégration a pu être ainsi  possible et même aisée  dans ces milieux, c’est bien parce que le fond culturel nègre était là, enfoui dans leur inconscient collectif, qui ne demandait peut-être qu’à revivre !.

Alors, Hartaanis arabes ? Hartaanis nègres , ou « awlad hartaani » tout court ?

Quand le choix sera fait, les leaders du mouvement se devront alors d’identifier le camp des forces-partenaires  ou  des  alliés naturels   .

Il est à  penser qu’ils se rangeront  au coté de ceux  avec qui ils partageaient cette commune discrimination profonde, cette commune oppression subie, cette commune exclusion imposée, côtoyant  les forces  avec lesquelles  ils partageaient aussi, «  cette communauté de résistance  continue et de lutte opiniâtre pour la liberté et l’indomptable esperance » , pour citer Césaire .

Alliance du camp des opprimés dans leur marche pour l’émancipation et la conquête d’une pleine citoyenneté , non pas pour opprimer, à leur tour, qui que ce soit, mais pour jeter les bases d’un Etat de droit , respectueux de la dignité des uns et des autres, sans distinguo.

Une nation  ne peut pas vivre moitié libre, moitié esclave, disait A Lincoln .

J’ai déjà dit  que ces choix ne seraient pas sans passion, ni sans heurts.

De jeunes loups  émergeaient enfin, au discours controversé, et dont la virulence du propos dérange les cercles du  pouvoir, agace les figures de proue du mouvement . 

Entre autres,  Biram Ould  Dah Ould Abeid – sorte de Malcom X des Haratines -.

Ould Abeid  qui se voit accusé de précipiter la violence alors qu’il est, lui même, la victime première de cette violence exercée par ceux- là mêmes qui l’accablent aujourd’hui, et pourtant le condamnent  à l’inhumaine indignité de l’esclavage  !

Ould Abeid fait face, présentement, à la même situation qu’avait vécue Martin Luther King Junior, auprès des Blancs du Sud ( Etats-Unis), pendant les campagnes chaudes du “Civil rights movement”.

Je crois que Ould Abeid, tout comme Samory ( en plus timide ), tente d’une certaine manière, de s’inspirer  de  la  méthode et des  justifications du Dr King.

King rappelait, à travers une lettre écrite à partir de sa cellule de prison à Birmingham, la nécessité de ?’créer la tension?’, seule façon, disait -il, « d’amener en surface l’injustice vécue par les négros, et d’aider les honnêtes gens à se hisser au dessus de l’esclavage et du racisme, et à tendre vers la fraternité ».

Une différence essentielle toutefois entre les deux hommes, King, lui , bénéficia d’une complicité interne de taille à la maison blanche, en la personne de Lyndon B Johnson qui incita  au  jeu de  rôle «  inside-outside »*** ; circonstance favorable très éloigné de Ould Abeid, quand on sait que le « Président des pauvres » tergiversait et hésitait encore à s’attaquer aux problèmes de fond , en s’offrant  quelque diversion !                                                                                                                                         

King , songeur , soulignait par ailleurs sa déception à l’endroit « des Whites moderate »( Blancs modérés )  qui  restaient plus dévoués à l’ordre qu’à  la justice ; qui préferaient  la paix négative -qui est absence de tension -, à la paix positive -ou présence de justice.  Whites moderate qui, constamment, vous disent, ajoutait -il,«  je suis d’accord avec vous sur vos objectifs, mais je ne puis être d’accord avec vos méthodes » !

Ces « whites moderate » sont symbolisés, chez nous, par Ould Nany et ce type de professeurs  à l’image des Ould Bilal, Ould Maouloud et consort et qui sont légion …

Miské , Yehdih Bredeleil , Babaha, Mohameden Ould Babah symbolisaient le KKK !

Daddah et Jemil, eux, avancaient, masqués . mais non loin des seconds.

Ould Abeid, Samory, et tous ces jeunes loups, se devraient, je crois , de méditer cette maxime de Césaire   , « une révolte qui n’est que révolte conduit à une impasse historique » !

Hartaanis arabes, Hartaanis-négro-africains ou « awlad Hartaani » tout court ?

La problématique est  posée, qu’il  appartiendra  aux haratines  de  trancher !

Bara Ba – Militant FLAM- Dakar Sénégal

Le 30 Mars 2010

www.flamonline.com

www.flamnet.info

Notes

** Certains esprit retors se plaisent à arguer que « tous les Haratines ne sont pas noirs, et que tous les Bidhaans ne sont pas blancs » !… Nous fondons nos assertions sur l’immense majorité, et n’avons que faire de quelques rares cas d’exception isolés !

Aussi, ces quelques  Bidhaans qui sont noirs de peau, se sentaient-ils ou se considéraient-ils  dans leur tête , comme Noirs ? certainement pas !  

*** « role inside -outside » .le Président Johnson s’etait entendu secrétement avec M L King dans la distribution des rôles : King devait agiter le système de l’exterieur en lui donnant le pretexte d’apporter les changements de l’interieur !

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FLAMNET- RETRO: Où allons-nous ? Par Samba THIAM président des FPC

Quand des tentatives de parjure se profilent  à l’horizon et que les Ulémas observent sans rien dire,

Quand un Chief –justice encourage  de vive voix la violation de la loi  fondamentale  dont il est censé être le garant,

Quand la sacralisation de « l’avoir »l’emporte sur tout, alliée à la fourberie, à l’hypocrisie, au  mensonge,

Quand  l’honnêteté cesse  d’être  une valeur cardinale, que la société se délite  pour  hisser  au pinacle  ceux  qui  pillent l’Etat,

Quand nos bouches convoquent  sans  arrêt  l’Islam  pendant  que ses principes essentiels ( honnêteté,  probité , hygiène , amour du prochain) sont à tous les instants foulés au pied,

Quand l’Unité nationale  est scandée en toute occasion , à chaque ‘’ Ifthar ’’ comme une cantique, sans  en crever l’abcès , et que  persiste cyniquement   ‘’l’unité du cavalier et de sa monture’’,

Quand la mère de famille  chérit  plus le fils qui  rapporte de l’argent  aux sources douteuses  que le fils  diplômé, mais  hélas au chômage,

Quand le traditionnel respect  dû aux  personnes âgées, aux parents, aux  aînés lentement  s’évanouit,

Quand de pauvres patients des hopitaux nationaux se voient cyniquement  réorientés  vers des cliniques privées de ceux-là mêmes  qui les traitent , pourtant fonctionnaires de l’Etat -,  

Quand  une ‘’épaulette’’ intimide le citoyen lambda, et même  porte la main sur un fonctionnaire dans l’exercice de ses  fonctions, dans l’impunité  totale,

Quand la jeunesse, se détourne des idéaux d’antan et se laisse porter par la frénésie de l’enrichissement  à tout prix, tout de suite, le souci de nomination  du compte en banque, de la villa, de la voiture, 

Quand des plaintes ici  ou là sont mises sous le coude  parcequ’un  puissant serait  passé par là,

Quand l’élite arabo-berbère continue de garder le silence  devant la voie dangereuse  et  sans issue, jusqu’ici empruntée, et que l’autre élite – la plus concernée – choisit de se coucher,  

Quand la loi est considérée comme une contrainte inutile à contourner, sans valeur aucune, juste  bonne pour les autres,

Quand cette loi et le Prince ne font qu’un, la loi c’est le Prince, le Prince la loi,

Quand l’Etat reste perçu  comme une fiction , au mieux comme une vache à lait  au service du clan, de la tribu,

Quand, en toute impunité, chaque portion de  l’espace public est squattée,  transformée en boutique, en mosquée  pour piéger ou capturer, en prédateurs, la manne  du Golfe,    

Quand des cours de l’Ecole publique sont bâclés, voire  séchés  au profit d’une course à toute vitesse vers les Ecoles privées, ou  que des infirmiers refusent des gardes nocturnes au détriment des malades pour ces mêmes  cliniques,  

Quand la détention préventive devient parfois plus longue  que celle des condamnés eux- mêmes,

 Quand l’Administration tombe en déliquescence,  que chacun porte sous le bras  son dossier d’une administration à l’autre , ou le gage aux démarcheurs,

Quand pour le moindre droit  auprès de cette Administration  le bakchich  semble devenu de  règle,

Quand on crache sur les murs  de l’hôpital et que l’on s’étale sur le perron devant la salle de consultation sans remontrances  aucune,  

Quand des ordures partout jonchent les rues , les coins des maisons, que des fosses septiques à ciel ouvert empestent l’air,

Quand des détenus de droit commun encombrent les prisons alors que les villes  ploient  sous les déchets,

Quand la circulation routière, des plus anarchiques, en rajoute par des  infractions à deux  vitesses de caractère sexiste,

Quand les mendiants envahissent les rues  et se plantent au beau milieu de la chaussée en toute liberté,

Quand des malades mentaux, armés de gourdin, se dressent menaçants sur la chaussée, comme pour forcer l’ aumône  des conducteurs,

Quand, sans scrupules, on brûle  le feu rouge, ou passe un taxi au coffre ouvert chargé de passagers sous l’oeil indifférent de jeunes agents qui dévisent à l’ombre des arbres,

Quand  Nouakchott envahie par des hordes  de chiens errant, d’ânes, de chèvres et de vaches  devient la norme, 

Quand partout, enfin, règne la chienlit, le désordre total qui ne semble  plus géner personne,

Quand personne ne se sent ni indisposé ni concerné , personne ne se sent fautif, que seul  l’Etat –providence-est  tenu pour responsable,

Quand………

Où donc allons-nous pardi ?

Il ne sera manifestement pas aisé de redresser cette Mauritanie  profondément en crise qui a perdu ses repères, à  moins que Dieu nous dote  d’un  homme d’Etat, un vrai; des « épaulettes » ? surtout pas !

La lutte continue ! 

                                                                Samba   Thiam

Nouakchott  18 –Juin- 2016.

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FLAMNET-RETRO: A  Propos de la loi d’orientation …Par Samba Thiam. 

J’ai lu attentivement la loi d’orientation du ministre de l’Education nationale portant sur la réforme du système éducatif. L’appréciation que j’en fait est qu’elle constitue un recul net par rapport aux ambitions du Comité Militaire de Salut National (CMSN), pour reconduire et renforcer les aspects négatifs et désastreux de l’arabisation, issue de la réforme de 1999. Elle consacre, de facto, une ‘’folklorisation’’ de nos langues nationales pulaar, sooninke et wolof, ni plus, ni moins. Et c’est inacceptable !
Le CMSN prônait, à travers l’exposé de motifs et le décret 81017/Pg/MEN, ceci : ‘’ Elaborer un système éducatif {…} qui se fondera sur l’officialisation de toutes nos langues nationales, la transcription en caractères latins et l’enseignement du pulaar, sooninke et wolofs qui devront donner les mêmes débouchés que l’arabe ‘’. Le ministre choisit de passer sous silence toute éventualité ‘’d’officialisation’’ de ces langues. Le CMSN poursuit : « les langues nationales doivent prendre place et être utilisées comme véhicules du savoir, sous toutes ses formes… », à quoi ce ministre oppose qu’elles seront des langues de communication ; que la langue ’arabe sera enseignée à tous les enfants non arabophones comme véhicule d’apprentissage des sciences et autres disciplines, que ‘’l’apprentissage des connaissances et aptitudes de compréhension et les disciplines scientifiques se fera dans la langue arabe’ ’. Le CMSN insiste et rappelle « qu’il ne s’agit pas d’utiliser ces langues nationales comme relais ayant pour fonction de faciliter les apprentissages dans une autre langue – c’est exactement ce que fait ce ministre -, mais de les installer d’emblée dans une dynamique propre à assurer leur plein développement et leur insertion dans tous les secteurs de la vie sociale », tout le contraire de ce projet ! Enfin  le CMSN  met  en garde : «  il est  indispensable que vous compreniez tous que cette décision  n’est pas une mesure ‘’politicienne’’ qui cache un calcul sordide  et sans lendemain». Exactement le cas d’espèce qui nous occupe avec cette loi d’orientation scélérate ! A la clarté de langage du CMSN dans les choix opérés, le ministre oppose des calculs et des agendas inavoués, l’ambiguïté et le flou le plus total sur bien des aspects …Flou sur le statut des langues ; tantôt l’arabe est langue véhicule de toutes les disciplines pour tous, tantôt elle est langue de communication ; tantôt ce sont les langues pulaar, sooninke et wolof qui le sont, tantôt c’est le français ! Flou sur les caractères arabes de l’alphabet introduits au préscolaire  sans en fixer les limites, ce qui , par glissement et par stratégie, pourrait s’installer et signifier, sans le dire, une remise en cause même des caractères latins, acquis …Ce texte  parle de généraliser l’enseignement des langues nationales mais à la carte ! On fait preuve de  cynisme, lorsqu’on  pose  qu’il faut   ‘’capitaliser l’expérience réussie de l’ILN  qui a été abandonnée sans justification valable’’ et, qu’en même temps, on annihile  la substance et l’essence même de ce qui  ‘faisait de  cette expérience une réussite’, à savoir l’érection du pulaar , sooninke et  wolof en  langues d’enseignement , langues véhicules du savoir, et non  comme  langues de ‘’facilitation pour l’apprentissage d’autres langues’’ comme c’est le cas proposé ici ; c’est-à-dire comme langues d’appoint et d’appui essentiellement à l’arabe,  ici dans ce projet. C’est hors de question ! C’est faire fi des raisons cognitives et pédagogiques qui sont à la base même de la théorie du recours aux langues maternelles dans l’approche nouvelle de l’apprentissage ! Non seulement ce projet fait abstraction de toute idée d’officialisation, mais remet en cause et le statut de langues véhicules et le choix des caractères latins acquis depuis les années 70. Nous faisons face à un choix partisan qui installe les enfants d’un même pays dans des conditions de départ inégales et injustes d’acquisition du savoir. C’est inique et immoral ! L’injustice semble inscrite dans l’ADN des pouvoirs mauritaniens ! Enfin et surtout, les auteurs du projet de loi  parlent ‘’d’égalité des langues comme patrimoine national ‘’, mais   refusent  le caractère officiel à toutes .  C’est inacceptable ! Ce sera Identité contre Identité !                 Pour divertir l’opinion on continue, bien sûr, à travers ce projet, à jouer sur l’opposition, fictive, entre le Français et l’arabe, disparue depuis longtemps à l’école ! Même stratégie de dupe qui s’exprime par : ‘’ la généralisation interviendra aussitôt que l’expérience aura été jugée probante’’ …Un piège à con !  Comme si nous n’avions pas vécu similaire promesse, envolée en pleine expérimentation de l’ILN !  Seule l’officialisation de nos langues pourrait nous garantir la pérennité de leur usage, et nous prémunir des humeurs capricieuses de plaisantins, légion…Toute la problématique du système éducatif mauritanien réside dans son inégalité et dans son iniquité structurelle entre enfants devant l’acquisition du savoir. « La crise identitaire en mauritanie existe, nous dit Maitre Taleb Khyar, en raison de plusieurs facteurs dont le plus important est l’école républicaine {…} dans laquelle un enseignement suprématiste faisant l’apologie de la supériorité d’une culture, d’une race, d’une langue sur les autres est dispensé ». C’est exactement le cas qui nous occupe précisément, mais exprimée de façon sournoise et cynique à travers  cette loi  d’orientation  … La culture continue ‘’ d’être pensée, en mauritanie, comme un instrument de conquête et de confiscation du pouvoir’’, soulignait-il ; à des fins de domination, d’assimilation et de prolétarisation des négro mauritaniens, devrait-il ajouter… L’agenda d’assimiler les négro-africains n’est pas abandonné, loin s’en faut ! Il explique cette résistance acharnée et obstinée de nos gouvernements successifs à refuser toute officialisation de nos langues nationales, à l’image du berbère -Tamazight au Maroc et en Algérie. C’est Identité contre Identité.
Nous sommes face à un projet non viable, qui va accentuer davantage les inégalités, sécréter deux sociétés parallèles. Nos partenaires doivent comprendre qu’il y a toujours un écart entre ce qui se dit et ce qui se fait chez nous … Nous excellons dans le faire-semblant et dans l’art de mystifier nos partenaires ou le reste du monde, même si certains partenaires internationaux ne sont pas dupes, mais optent pour la complaisance. Ces journées nationales de concertations et toute la suite sont  de la poudre aux yeux, un maquillage destiné  à faire  valider et légitimer, par un semblant  de  cachet populaire , un projet concocté et ficelé, en amont, par le ministère .La réforme scolaire préconisée  dans cette loi d’orientation  s’inscrit en droite ligne d’un  Système qui  cherche à imiter l’ordre social au  maghreb , où des  millions de  noirs, assimilés, sont relégués aux basses besognes, à la culture de l’olive ,au  creusement de diguettes d’irrigation, au travail  de la forge ou au  débouchage d’égouts, comme en Algérie avec près de 6 millions de noirs . Des millions de noirs, quasiment invisibles dans la superstructure, dans tout le Maghreb… Voilà le projet en gestation, voilà le destin, à moins et long terme, qui nous guette dans notre pays et que nous réservent les tenants du Système. Nous ne l’accepterons pas ! Comme nous n’accepterons pas l’unité du cavalier et de sa monture …Nous affirmons notre choix pour un pays qui accepte réellement et franchement son identité plurielle, sa diversité culturelle et ethnique. C’est feu Yehdih qui disait, plaidant pour l’Azawad, – ‘’ que si l’on ne peut vivre ensemble qu’au prix de l’oppression à l’égard d’une composante, c’est une position pas raisonnable qui, surtout, n’est pas tenable’’. Trop d’injustices de nos gouvernements ! Un racisme d’Etat chaque jour plus accentué, affirmé et assumé ! Nous sommes poussés dans nos derniers retranchements. L’entêtement à vouloir poursuivre et préserver un ordre inique, un Système où un seul groupe ethnique a contrôle sur tout, la main mise sur tout, est dangereux à terme. C’est le bon sens qui nous le souffle. ..Notre pays est à la croisée des chemins , à chacune et à chacun  de prendre ses responsabilités aux fins de redresser sa trajectoire , pour  un devenir en commun plus sain et plus équilibré .
Propositions concrètes de réajustement , pour la paix sociale :Revenir à l’esprit et à la lettre de la réforme du CMSN , à ses ambitions pour  l’enseignement de toutes nos  langues nationales  ; s’en tenir à ce principe : ‘’ le choix des langues d’enseignement dans l’Ecole repensée, au service d’une cohésion nationale apaisée, doit obéir à l’impératif d’offrir l’accès le plus efficace, surtout le plus équitable au savoir’’. D’où lever le flou et les ambiguïtés qui entourent ce projet sur le statut des langues, en posant clairement les options ci-après :    

           -Toutes les langues nationales sont officielles et toutes sont des langues véhicules de savoir ou d’enseignement              

           – Que chaque enfant démarre ses apprentissages dans sa langue maternelle.

           – le pulaar, le sooninke, le wolof sont des langues d’enseignement au primaire pour les enfants non arabes, en attendant leur plein développement pour l’expansion au secondaire et au supérieur.     

          – l ’arabe est enseignée à tous les enfants non arabophones, comme langue de communication et inversement.

           –  la langue arabe sera la langue d’enseignement pour enfants arabophones.

          – le Français est enseigné comme langue de communication au primaire.

          – Dans les Examens et Concours il sera introduit, dès à présent, une épreuve en langues nationales ( pulaar, sooninke ,wolof).


Au préscolaire, poser clairement   

        – que Les enfants apprendront dans leurs langues maternelles (1ere et 2ème année), en alphabet latin pour les non arabophones.        

        – que l’apprentissage du Coran se fera dans des mahadras, librement choisies par les parents d’élèves.


Pour les mesures administratives et juridiques, 

  – Réhabiliter immédiatement l’ILN et le détacher du Supérieur

  – Associer, au plus près, la Direction première de l’ILN aux préparatifs de démarrage des travaux d’implémentation de la réforme. 

  – Convoquer et réemployer, à titre transitoire, l’ensemble du personnel enseignant et technique disponible, impliqué dans l’expérience de 1979 de l’ILN.

  – Sur le plan législatif, s’appuyer sur les textes initiaux de 1979, à réactualiser au besoin.

En période transitoire :  

   _opérer un réajustement des coefficients, fantaisistes, affectés aux matières en arabes qui pénalisent les enfants non arabophones. 

   _Délester les élèves de matières et contenus de tout ce qui n’est pas indispensable pour la formation personnelle, professionnelle, ou pour la poursuite des études, et consacrer l’essentiel du temps à la formation de l’esprit critique, d’analyse et de raisonnement.


Samba Thiam, Inspecteur de l’Enseignement Fondamental, Président des FPC.

Nouakchott, le 15 mars 2022.

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FLAMNET-RETRO : Problématique du Système Educatif National : Contribution | Par Samba Thiam

Voilà bien des années que l’Ecole mauritanienne est malade, secouée par des crises récurrentes.

Au lieu de procéder à un diagnostique approfondi, sans complaisance du corps malade, l’on s’est contenté, à chaque fois, d’une auscultation superficielle pour lui administrer un traitement symptomatique. Six réformes successives qui ont toutes échoué ! Notre Ecole est malade, notre système éducatif en crise depuis 56 ans, tout le monde en convient !

Plus que des raisons de surface ( effectif pléthorique, manuels scolaires insuffisants ou désuets, mobilier brinquebalant, locaux vétustes et inéquipés ) nous nous attarderons plutôt sur les raisons de fond.

*Quel est le mal ?

Des élèves, des étudiants, des Enseignants sans niveau aucun, des élites francisantes ou arabisantes en extinction progressive, un produit inadapté…Un observateur, averti, ramassait la situation par cette formule : “En voulant rendre notre Enseignement authentique nous avons sacrifié l’essentiel: aucune considération pour la qualité, aucune pour la perspective d’emploi, aucune pour le développement”.

* Quelle est la cause du mal ou quelles en sont les raisons ?

– Raison d’ordre psychologique, affectant le corps enseignant :

L’Enseignant a perdu son statut d’antan, par contagion du milieu social dans lequel il baigne, où les valeurs universelles de référence habituelle, telle l’honnêteté, le respect du travail –du travail bien fait-, la moralité, l’admiration pour le détenteur du Savoir, ont cédé la place à la course effrénée pour l’argent ; l’enrichissement à tout prix, tout de suite, a pris le pas sur la conscience professionnelle, d’où cette flopée d’Enseignants-boutiquiers !

Le terme “garraaye”, devenu fortement connoté, négativement, suscite un demi-sourire pincé chez l’autre, au point qu’il devient gênant de se présenter comme tel…On est désormais Instituteur ou professeur à défaut de mieux, mais certainement pas par vocation .On est là, pour un temps provisoire, transitoire, en attendant de trouver mieux , de “monter” sa boutique, ou de partir pour des cieux plus cléments.

Cette dévalorisation du métier d’enseignant s’explique (ou s’accompagne) aussi par la dépréciation du Savoir et/ou de la Culture, censé être un des attributs majeurs de l’Enseignant. Aller à l’école, accumuler des diplômes, lire, simplement, est perçu aujourd’hui dans la société mauritanienne au mieux, comme une perte de temps, au pire comme une absurdité ; avoir de l’argent c’est mieux !

Pour corriger cet état des choses il faudra rendre à l’Enseignant sa dignité et son auréole d’antan par la revalorisation du métier, et restituer au Savoir l’admiration qui lui était attachée.

*Notre Ecole souffre, par ailleurs, d’une crise d’orientation. Au lieu d’une orientation technique et pragmatique on a opté pour l’élitisme. A la place d’une Ecole qui produit des plombiers, des électriciens, des frigoristes, des maçons, des mécaniciens, des menuisiers, des agriculteurs modernes, on a préféré celle qui fabrique des littéraires, des philosophes, c’est –à-dire des fonctionnaires aux mains propres, des “cols blancs”…

Il faut changer cet état de chose, en orientant les 60 % des cohortes vers la formation professionnelle et technique des cols bleus, et les 40% vers la formation de l’élite…

*Autre cause non moins importante, l’administration et la gestion chaotique du corps Enseignant, où l’on constate l’absence de rigueur dans la sélection et le recrutement des maîtres d’école, l’absence de contrôle sérieux et de suivi qui fait le lit du laxisme et de l’affairisme, l’absence d’émulation, de sanction et de récompense systématiques, l’absence d’ordre en un mot, qui ne se trouve pas, hélas, que dans l’Enseignement !

*Mais de toutes les causes à l’origine des crises de notre système éducatif, la plus fondamentale – entre toutes – d’ordre idéologique – demeure l’Arabisation à outrance, genèse véritable des problèmes !

Dès les années 50 les réformes débutèrent, en série, toutes à caractère linguistique ! Toutes les réformes opérées des années 50 aux années 80 portèrent sur la langue …l’objectif déclaré, hier et aujourd’hui, était et demeure de rendre notre enseignement “national” , “authentique”…l’élite arabo-berbère ne pouvait accepter, disait-on, que son identité culturelle –dont la langue est un élément essentiel- fusse occultée au profit d’une langue et culture étrangère, de surcroît héritée du colonisateur…C’était l’argument de surface, classique… Si, en soi , cette aspiration semble juste et légitime, elle cesse cependant de l’être dès lors que cette même élite imposa, paradoxalement, sa langue et sa culture à des non arabes. N’était-ce pas reproduire à l’identique le comportement du colon ?

En réalité cette revendication, nationaliste en apparence, était un écran de fumée, une supercherie visant d’abord et surtout à renverser le rapport de force, hérité du legs colonial, entre arabo-berbères et Négro-africains. Sous le couvert de “l’indépendance culturelle”, on cherchait, en réalité, à créer un autre “équilibre” …

L’argument “authenticité ou repersonnalisation” ayant servi -pour masquer les choses- est fallacieux. Nous avions tous résisté au colon, nous nous sommes tous opposés à sa langue, à l’entrée. Elle nous a été imposée à tous … Dès lors qu’il s’est agi de réhabiliter langues et cultures pourquoi le fit-on de manière sélective ? Pourquoi n’avoir pas réhabilité et promu également les langues et culture négro-africaines ?

Repersonnalisation contre repersonnalisation, Identité contre Identité, pourquoi une réhabilitation pour les uns et pas pour les autres, étant entendu que chacun reste fier de ses racines et de sa culture, et si tant est, comme le soutient Mohamed M. Abdalhaye, “chaque individu est porteur d’une dignité inaliénable” ?

Non, la motivation n’était pas que toute culturelle…

Je me permets ici une petite digression ; La thèse selon laquelle les Négro-africains seraient plus attachés à la langue française est spécieuse et de mauvaise foi. Ils ne sont, ni plus ni moins, attachés à cette langue que l’élite arabo-berbère francisante, qui joue et gagne sur les deux tableaux ! En effet, n’est-ce pas cette même élite qui envoyait en cachette ses enfants dans la filière bilingue des années 80, et continue de le faire à l’Ecole Française, à nos jours ?

Non, encore une fois, la motivation n’était pas que toute culturelle…l’Arabe ne devait servir, hier comme aujourd’hui, de moyen de promotion et d’épanouissement pour tous, comme proclamé, mais de gangue protectrice, de garantie pour la préservation et la perpétuation du Système, dicté par des peurs enfouies et des complexes Aryens… Dans “crise mauritano-sénégalaise : la rupture d’une alliance inter- ethnique” de Marion Fresia, M. Ould Bédredine confessait ceci : “les Negro- africains représentaient 80% des cadres de l’Etat mauritanien naissant. Alors les maures ont voulu rétablir les rapports de force en leur faveur en utilisant deux instruments : la langue et l’Ecole”.

C’est on ne peut plus clair !

La langue arabe a été, bel et bien, instrumentalisée à cette fin, et uniquement à cette fin. Un rééquilibrage des rapports de force, normal et légitime certes, mais qui versa hélas, dans l’excès, aboutissant, aujourd’hui à la liquidation totale de la communauté non arabe…

Notre système éducatif est donc à genoux. Des générations d’écoliers issus des milieux défavorisés ont été sacrifiées sous l’autel du slogan de la “repersonnalisation” factice et démagogique.

Pour changer les choses il nous faut, si nous sommes sincères, procéder à une véritable réforme structurelle qui conduise à une Ecole moderne, efficiente, avec comme préalable le renoncement à toute idée, à tout projet assimilationniste et hégémonique, sous-jacent.

*Il nous faudra , après cela, articuler certains facteurs :

-Adaptation de l’output aux besoins nationaux et du marché en général ( adéquation formation /emploi )

-Association des communautés villageoises à la prise en charge partagée de l’Ecole,

-Instauration d’une continuité entre formation initiale et formation continue, en paliers

-Adoption de certaines mesures d’accompagnement : (régulation du mouvement des Enseignants du public vers le privé à réorganiser et responsabiliser ; lutte ferme contre le désordre général qui prévaut – à supposer qu’on puisse le faire dans une Administration générale où le désordre et l’absence quasi systématique de suivi sont érigés en norme – , respect de la hiérarchie, de l’ancienneté, restauration de la promotion et du contrôle rigoureux des Enseignants, régulation des détachements abusifs et anarchiques, sanction sévère des absences fantaisistes, rationalisation des moyens etc ).

-Vigilance sur le corps de contrôle ( contrôle, fiche de suivi , formation du personnel , identification des Enseignants fictifs … )

-Mais surtout, procéder au rétablissement des bases de justice à l’école en supprimant l’iniquité actuellement en cours entre enfants dans l’acquisition du Savoir ; les Psycho-pédagogues s’accordent unanimement pour dire qu’un enfant qui commence par une langue étrangère accuse six (6) années de retard de scolarité. Les Ecoliers négro-africains faisant face à deux langues étrangères, au sens pédagogique terme, subissent donc un double handicap qui équivaut, logiquement, à 12 années de retard.

Il faut corriger ça !

*-Il nous faut, par ailleurs, clarifier le statut et le rôle attendu de chaque langue dans notre Ecole, à court, moyen et long terme. Pour ma part, je suis pour une Ecole qui parle plusieurs langues, comme la nation mauritanienne – pour un Etat multi-nations fédérateur des langues et cultures- . Les langues maternelles, toutes les langues maternelles, comme facteur d’apaisement des frustrations et tensions, et aussi comme facteur de développement ; le Français ou/et l’Anglais – comme porteur de pensée scientifique –( à un certain niveau), le chinois… Mohamed ould Abdalhaye disait que “la langue maternelle constitue pour tout un chacun l’outil irremplaçable de toute production scientifique effective et le socle de tout esprit créatif”.

-Je suis de ceux qui proposent que chaque enfant commence sa scolarité dans sa langue maternelle, pour aborder dans un 2eme temps une langue nationale seconde, qui serait enseignée comme langue de communication tout court ; L’arabe pour les Ecoliers Negro-africains, le wolof ou le pulaar, ou le soninke, le bambara pour l’arabo- berbère. Cette seconde langue serait affectée d’un coefficient faible de manière à ne pas gêner ou compromettre la progression de l’enfant.

L’instruction civique, morale ou religieuse, l’histoire, seraient enseignées en langues nationales. La philosophie, apte à former la pensée critique, serait enseignée en Français ; Il ne serait pas sain, ni judicieux au regard de l’évolution actuelle des choses, de faire porter l’enseignement de cette discipline par la langue Arabe –tant que celle -ci “n’est pas réformée”, et parce qu’elle est en ce moment “récupérée par le courant dogmatique et conservateur en Islam qui rejette la pensée critique et privilégie la répétition à l’identique”, selon le linguiste Algérien A Dourari. En effet, ce qui se passe autour de nous et dans le monde actuellement, n’est pas pour rassurer et n’incline pas à la pensée libre, telle que nous la connaissons chez Al Kindi, Averroes, Mohamed Abdou, Mohamed Iqbal…

Il y aurait lieu de procéder également à des réaménagements pratiques, en supprimant certaines anomalies aberrantes qui ne répondent à aucune logique objective : qu’est-ce que, par exemple, l’instruction civique, morale et religieuse en arabe (coeff 4 ) vient chercher, objectivement, en classe terminale série D ou C, si ce n’est pour pénaliser les uns et constituer un bonus pour les autres ?

Si la baisse de niveau est un phénomène général, elle est davantage plus accusée chez nous, à cause de nos pesanteurs propres ; ce phénomène est davantage accentué, ces dernières années, à cause en particulier, de la dernière réforme porteuse de tous les maux et de toutes les anomalies, sur laquelle il nous faut revenir …

Sous le couvert d’uniformisation de l’Ecole mauritanienne “qui divise” disait-on ( système à filière -Arabe/bilingue -) , cette réforme fut conçue et mise en œuvre en 2000. Son objectif déclaré était “d’unir” les Ecoliers en leur faisant suivre une seule et même filière ; plus de filière arabe où se retrouvaient quasiment tous les écoliers arabo- berbères, plus de filière bilingue, fréquentée exclusivement par les enfants négro-africains …

Autre attente exprimée à travers cette réforme, la nouvelle Ecole favoriserait la rencontre d’enfants issus de milieu social ou ethnique différent, qui déboucherait sur l’esprit de solidarité, de camaraderie retrouvée, de gestation de la citoyenneté ou du sentiment d’appartenance commune à un même pays, comme par le passé …

Derrière ces ambitions nobles, mais combien trompeuses, se cachaient, en réalité, des considérations et préoccupations bassement partisanes et claniques. Le souci n’était pas de s’attaquer aux dysfonctionnements du Système en général, mais essentiellement, de trouver une solution, à l’impasse de la filière arabe : Il fallait sauver les Ecoliers, naufragés, de la filière arabe, sans issue ! Filière qui consacrait un échec massif des enfants, sans réels débouchés ni perspectives de réinsertion dans le tissu économique.

En effet, chez nous la langue française – à la vie dure- était loin d’être morte et ailleurs l’anglais et le Français étaient de rigueur. Pour un étudiant formé donc uniquement en arabe, l’horizon interne et externe était assez rétréci, le champ des possibilités fortement restreint…

Cet échec de la filière arabe – le seul à l’origine de la réforme scolaire actuelle-, s’est illustré, on s’en souvient, par le renvoi dans les années 2000 d’un bon nombre de Professeurs de Sciences et de Mathématique, arabophones, reversés dans la diplomatie, ou affectés à d’autres tâches et fonctions administratives. Soit donc le corps arabophone, soit le médium était mis en cause dans l’enseignement des sciences, soit dit en passant …

La solution choisie fut donc de revenir à l’enseignement de certaines matières de base en Français (sciences et Mathématique ), qui était, jusque- là, réservé à la filière bilingue où se retrouvaient les écoliers négro- africains. D’un coté on levait un écueil – retour du français -, de l’autre on en créait, délibérément, par l’imposition de la langue arabe aux écoliers non arabes, avec de surcroît une langue éclatée en matières multiples affectées de coefficients accrus, accentuant ainsi leur handicap et leur échec massif, à travers une série littéraire totalement arabisée ! L’histoire, la géographie, la philosophie, la langue, l’instruction civique, l’instruction morale religieuse sont dispensées en arabe ! Appliquée brutalement, cette réforme allait pousser des milliers d’enfants négro-africains, pris de court et désorientés, à abandonner massivement l’Ecole.

On a donc réformé, mais en veillant à préserver soigneusement la nature discriminatoire du système qui opérait comme un filtre…Faisant déjà face à deux langues étrangères, -double handicap à surmonter- voilà qu’on multipliait de nouveau les obstacles sur leur chemin, ce qui, nécessairement, affecte négativement, fortement et durablement leur réussite scolaire. Voilà pourquoi , à titre d’exemple, au baccalauréat 2016, niveau national, série C, sur 100 admis on compte deux (2) Négro –africains ! A Kaédi sur 1061 candidats au bac toutes séries confondues il y a 37 admis négro -africains …Djeol compte zéro admis ! Voilà pourquoi dans les examens et concours d’accès à l’emploi les enfants et jeunes négro-africains sont recalés. De 2000 à 2016 les résultats sont tous les ans plus catastrophiques que jamais. L’Equité a déserté notre Ecole dès notre accession à l’indépendance …

Enseigner nos langues négro- africaines -gage de l’équité et de l’égalité des chances à l’Ecole et en société – n’a jamais, réellement, effleuré l’esprit des réformateurs. Ce fut –et ça le demeure – le cadet des soucis de nos gouvernants ; Il ne le fallait surtout pas, car ce serait “ouvrir la boite à Pandore, affaiblir la suprématie consacrée de la langue arabe, remettre en cause l’arabité de la Mauritanie”, compromettre le “rééquilibrage” du rapport de force, en voie de parachèvement …

Tel est l’esprit qui nous gouverne toujours !

Cette actuelle réforme, sabordant au passage l’Institut –performant – des langues nationales, n’a pas moins divisé et l’Ecole et la société mauritanienne. Par ses conséquences directes, des Profs de fac francophones, négro- africains, sont entrain d’être poussés vers la sortie, en voie de chômage technique…Les Profs de Droit, et d’histoire sont actuellement touchés, demain ce sera au tour des Profs de lettres. On devine la suite logique du processus sur l’Université… (et lorsque je parle de l’autre Elite- qui a choisi , pour l’essentiel, de se coucher, je note des grincements de dents !!!

En conclusion, l’uniformisation du Système scolaire actuel, à travers cette réforme dernière, s’est faite au détriment des enfants négro africains, au détriment de l’Unité nationale. En lieu et place de la réconciliation, elle a reconduit et accentué la fracture entre Ecoliers et entre communautés, par ses inégalités. Peut –il, du reste, y avoir réconciliation, restauration de l’esprit de camaraderie sur le socle de l’injustice ?

La baisse de niveau est, il est vrai, à l’échelle régionale, africaine et mondiale, mais elle est particulièrement aiguë chez nous à cause de la série de réformes à caractère idéologique et partisan…

“Notre pays dont l’unité s’est forgée dans l’épreuve entend sauvegarder cette unité comme son patrimoine le plus précieux. La diversité est une source d’enrichissement, elle ne doit jamais devenir une source de division. Unité dans la diversité, sans doute, unité dans une stricte égalité, des droits de chacun, sans discrimination d’aucune sorte. C’est ce que nous commande une vision de la réalité, une analyse sans complaisance des faits”.

Ce sont là des propos que tenait M. ould Daddah, mais quel usage en fit-il ? Nous pouvons réussir si nous abordons notre problématique dans un esprit exempt de tout calcul, de tout esprit partisan ou hégémoniste. Nous réussirons à condition d’être mus par le seul désir de construire, une fois pour toute, un système éducatif performant, fonctionnel, efficient , qui servirait l’égalité des chances , offrirait les mêmes opportunités et assurerait au peuple , dans toute sa diversité, développement, bien-être, et harmonie.

Samba Thiam
Inspecteur de L’Enseignement Fondamental

4 septembre 2014

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FLAMNET-RETRO: Mauritanie: Nous voulons nos langes nationales, par Samba Thiam

-Plaidoyer pour l’Officialisation des langues nationales pulaar, sooninke ,wolof

 ‘’ Les leaders historiques de la Mauritanie ont pensé la culture comme un instrument de conquête et de confiscation du pouvoir’’, maître Taleb Khyar .

Cette posture explique, peut-être, pourquoi la question des langues  est toujours abordée avec passion , sans l’objectivité minimale requise . Dès qu’on évoque l’officialisation des langues nationales pulaar , sooninke , wolof , bambara  c’est la levée de boucliers . Cette Officialisation répond cependant à la raison , à une nécéssité , à des impératifs de plusieurs ordres :

– d’ordre éthique  et de droit :

En se fondant sur  la position principielle ou du droit,  nous ne pouvons dénier à personne le droit  d’apprendre et parler sa langue, si nous admettons que ‘’tous les hommes sont porteurs d’une dignité qui ne peut être aliénée’’, et donc que ‘’ toutes les langues ont droit au respect de leur dignité’’,dira A Maalouf .‘’L’islandais et  l’anglais remplissent exactement le même rôle du point de vue du besoin d’identité ;C’est dans’’ leur rôle d’instrument d’échange qu’elles cessent d’être égales’’ précise -t-il…Par ailleurs, l’officialisation des langues nationales renvoie à un double souci d’équité et de justice sociale. Elle corrige l’inégalité structurelle persistante de notre système éducatif , pour restaurer l’égalité des chances à l’école et l’opportunité pour chaque enfant  de s’enraciner et de s’épanouir dans sa propre culture…’’La langue maternelle , nous rappelle  Mohamed Abdel  Haye, constitue pour tout un chacun l’outil irremplaçable de toute production scientifique effective et le socle de tout esprit créatif ‘’.

Cette officialisation restitue l’esprit de justice tel que préconisé dans la réforme initiée par le CMSN ,qui avait été dévoyé par celle , inique, de 1999, en vigueur, opérée sous le prétexte, fallacieux, d’unifier le système. Avec cette réforme, vicieuse, de 1999 , l’Ecole mauritaniènne cessa ,depuis , de constituer un creuset par lequel les enfants accèdent aux mêmes chances de promotion culturelle et sociale …L’Ecole républicaine, tant ressassée actuellement, n’a de sens que pour autant qu’elle garantit l’égalité des chances ; or il y a inégalité structurelle à la base de notre Ecole que l’officialisation de ces langues redressera, encore une fois. 

d’ordre didactique et psycho-pédagogique

Les spécialistes de l’apprentissage admettent que la compréhension ou la maîtrise de la langue maternelle est capitale dans le processus cognitif ; Cela signifie que l’apprenant ( l’enfant) progresse plus vite dans l’apprentissage, parcequ’il réfléchit et communique dans sa langue maternelle; par images visuelles, interposées, des symboles et l’appropriation des concepts facilitées, en raison de l’élimination  de la  barrière  linguistique. Differentes évaluations menées, à travers plusieurs pays, ont montré  que les enseignements  dispensés  dans la langue maternelle sont , de loin, plus faciles à assimiler ; ils augmentent, notablement, les chances de réussite scolaire, donnent de meilleurs résultats . L’appreneur, à son tour, communique plus facilement son message  grâce à  la suppression de la barrière de la langue. Dans la même veine, ces mêmes spécialistes s’accordent  à dire que, ‘’un enfant qui démarre ses apprentissages par une langue étrangère accuse un retard de  six ans dans sa scolarité’’ . On en déduit que les écoliers négro-africains qui font face, dans le système actuel, à deux ‘’langues étrangères’’, au sens pédagogique du terme, accusent donc 12 années de retard…Pour des raisons cognitives , d’efficacité et de justice sociale , il nous faut adresser cette situation…’’ Il faut liberer et non pas inhiber le génie créateur de chaque peuple’’,(-et donc de chaque enfant-), nous dit  le chercheur burkinabé Guissou.

L’ officialisation des langues répond surtout à un impératif d’ordre psychopédagogique, pour ‘’jouer un rôle capital dans le développement psychomoteur, affectif et cognitif de l’enfant, qui ‘’réfléchit , compare, évalue et verbalise à travers sa langue maternelle, condition nécessaire de construction abstraite ‘’. Bien des chercheurs en science de l’éducation soulignent que la langue maternelle constitue un facteur puissant  d’affirmation de l’identité et de construction de la personnalité. Les écoliers négro-africains sont pénalisés depuis 60 ans , par un système scolaire assis sur une inégalité structurelle, que nous devons corriger pour être justes …

  -Impératif  d’ordre politique ou de cohésion nationale et sociale

 L’école est censée offrir  à tous les enfant qui la fréquentent les mêmes chances de promotion sociale .Par la discrimination opérée au niveau des langues ,on a crée, de facto ,un filtre qui élimine les uns et favorise les autres .Le mépris, affiché, pour les langues et la culture des uns s’oppose à la consolidation de l’Unité nationale, tant  prônée ; l’Unité ne saurait se construire et se consolider que dans une diversité qui s’appuierait sur le respect des identités respectives … .’’La langue est le pivot de l’identité et la diversité linguistique le pivot de la diversité’’, nous rappelle  A Maalouf. Cette officialisation de nos langues  renforce et consolide l’unité nationale en instaurant une sereine diversité pour créer  une empathie entre des locuteurs de plusieurs  langues nationales que seront nos enfants .L’Unité, comme la diversité, ne se comprend, bien évidemment,que dans le respect des identités respectives. L’Unité nationale doit découler du respect du principe d’équité ( même chances offertes à tous, même  respect et  dignité pour  tous et chacun ). ‘’La crise identitaire existe, nous dit maître Taleb Khyar, à cause de plusieurs facteurs , dont le plus important est l’école républicaine {…} dans laquelle est dispensé un enseignement suprématiste faisant l’apologie de la superiorité d’une culture, d’une race , d’une  langue sur les autres ‘’. Or ,  ’’Il n’y a pas de majorité en matière de vérité ‘’, tout comme il n’y a pas de majorité en matière d’identité.

-Impératif  d’ordre du développement  et de la citoyenneté  

Il est maintenant admis ‘’qu’un peuple ne peut s’épanouir et accéder au développement que dans sa propre langue’’.Le Japon, la Malaisie , la Norvège, entre autres, en sont l’illustration parfaite .L’usage des langues nationales – toutes les langues nationales – constitue donc un facteur puissant de développement économique et social, dès lors qu’il permet de former des adultes, pour en faire de bons paysans, de bons éléveurs et pêcheurs, des parents d’élèves capables de  suivre et encadrer leurs progénitures dans leur scolarité, de bons citoyens enfin puisque , comme dit l’adage, ‘’l’instruction favorise et élève la citoyenneté responsable ‘’.

Raison d’ordre pragmatique, enfin …

L’experience mauritaniènne, menée entre 1980 et 1999,  à été une réussite incontestable, au vu des résultats des differentes évaluations menées; celle du BREDA (Bureau régional pour l’Education-Unesco-basé à Dakar) qui retient un taux de réussite de 82,10 % en milieu rural, 93,15% en milieu semi-urbain, et 81,52 pour le milieu urbain, et celle du ministère de l’éducation nationale( MEN), un taux de réussite de 71% pour les enfants de langue maternelle arabe qui apprenaient une 2eme langue négro-africaine…Réussite manifeste, visible de cette expérience sur bien des aspects ; telle est  la  réalité factuelle, indéniable, des choses …

Pour lever des méprises, dissiper des malentendus et certaines croyances ténaces et erronées

‘’Croire que les communautés linguistiques, ethno-culturelles et réligieuses finiront par converger de sitôt vers une communauté homogène est une illusion grossière ‘’. Voilà pourquoi ‘’spéculer que le temps simplifiera la configuration linguistique actuelle dans le sens de l’unilinguisme constitue une erreur tragique’’,avertit Samba Diouldé Thiam, homme politique sénégalais .  Si le facteur religieux constitue, certes, quelque chose   d’important dans  l’unité des peuples , le facteur ethnique- et donc culturel – reste plus dominant, plus déterminant dans leur rapport de coexistence ; à titre illustratif on pourrait citer les cas  de l’Inde et du Pakistan, des Turks  et des kurdes, des kurdes et des arabes, des Wallons et des flamands, un Soudan du nord arabe et le Darfur etc .)

Cessons  de penser l’enseignement de ces langues nationales (pulaar , soninke ,wolof) en termes d’opposition à l’arabe ou au français’’,car il est communément admis, en milieu scolaire, que la langue maternelle agit comme un accélerateur dans l’apprentissage de la langue no 2 ou ‘’langue étrangère’’. Il y a richesse et complémentarité et non pas opposition et adversité dans la relation.

 Cessons également de croire que le  plurilinguisme ou la diversité linguistique mène au séparatisme,car c’est une grossière erreur…En réalité, les germes de la division ou de la séparation , partout, naissent et prospèrent sur le terreau d’une longue tradition d’injustices accumulées et du déni des identités .

_Débarrassons-nous, enfin, de cette conception pernicieuse de la culture – toujours vivace dans nos esprits- qui fait dire à Taleb Khyar – que la culture  est perçue  par nos leaders historiques (et pas seulement qu’eux ) comme un instrument de conquête et de confiscation du pouvoir; ce que  M ould Bedrédine – connu pour son franc-parler – attestait en ces termes, lors d’un entretien accordé à Marion Fresia, : ‘’ les Maures  ont voulu rétablir les rapports de force en leur faveur en utilisant deux instruments : la langue et l’Ecole’’. Paix à son âme .

II-Quelques points d’éclairage sur l’expérience de l’enseignement de ces langues menée par l’Institut entre 1982 -1999  ( 2eme partie ).  

Elle démarre en 1980 avec la création de l’institut des langues nationales suivie de  l’ouverture de classes experimentales ,sous l’ère du CMSN ;elle  perdure jusqu’en 1999, où elle est brutalement interrompue sans raison objective explicite valable. L’expérience portera  sur  52 classes  réparties dans cinq  régions , -ayant pour langue 1ere  le pulaar, le sooninke et le wolof ,et l’arabe comme seconde langue-, avec un effectif de  2268 élèves et 77 Enseignants-chercheurs. La  date retenue pour la  généralisation de l’experience  est  fixée  à l’horizon  1987- 1988* .

Quel était l’exposé des motifs du CMSN et que disent les évaluateurs de l’expérience ?

–  ‘’ démocratisation objective de l’option linguistique pour les élèves  dont la langue arabe n’est pas la langue maternelle et  volonté  d’indépendance culturelle   où l’arabe sera la langue unitaire  parlée par l’ensemble des mauritaniens’’ ; Option à l’horizon, ‘’ l’ officialisation  de toutes les langues nationales, qu’il s’agira  d’ utiliser comme véhicule du savoir, sous toutes ses formes{…} et  d’installer d’emblée  une dynamique propre à assurer leur plein développement et leur insertion , sans restriction, dans tous les secteurs de la vie sociale’’, lit-on dans l’exposé des motifs .

   L’expérience fera l’objet de deux évaluations , externe et interne                                                  

– Celle  du BREDA , portait sur la performance de 9 classes observées sur 14, à travers une mission qui conclut en ces termes :

«  A l’oral comme à l’écrit les résultats restent satisfaisants dans l’ensemble {…}  Les élèves s’expriment  sans difficulté, et la majeur partie d’entre eux ont déjà atteint un niveau de lecture expressive qui dépasse nettement  celui  qu’on pourrait attendre d’un èlève  de 3e voire de 4e année des classes traditionnelles.  Les mécanismes opératoires de calcul ( addition , soustraction , multiplication et division )semblent bien maîtrisés . Aux tests ( opérations avec retenue et énoncés de problèmes )  qui leur ont été administrés sous nos yeux, les classes ont réalisé des succès  intéressants : 70 à 80 % des élèves  ». La mission poursuit ,en conclusion partielle : ‘’ malgré quelques imperfections liées surtout à la qualité des outils didactiques et au métalangage pédagogique, les élèves des classes observées{…} ont un niveau ,à tout point de vue, comparable, sinon superieur à celui qu’on peut attendre des classes traditionnelles **».  Au titre d’observations annexes, cette mission  note :

‘’-impact  socio-culturel positif  de l’experience sur le milieu scolaire et villageois.

– réelle motivation des élèves qui , dans certaines classes, se livraient à des exercices scolaires en l’absence du maître .

-rapidité inattendue des progrès réalisés par les élèves en avance sur leurs camarades des classes traditionnelles**

– le climat des classes  témoigne des conditions d’épanouissement et d’apprentissage  hautement favorable.

– les maîtres rencontrés font preuve d’un engagement réel pour ces langues nationales et s’impliquent dans l’alphabétisation des adultes et l’animation socio-culturelle

– dans certains villages où les cours d’alphabétisation n’existaient pas, les élèves se chargeaient eux-mêmes d’enseigner leurs camarades ou certains adultes .

– disposition très favorable des collectivités locales enthousiastes  à l’égard de l’experience  en mileu pulaar et wolof surtout qui, volontairement , anticipent la construction de salles de classes .

En conclusion générale , cette mission du BREDA retient : ‘’au double point de vue pédagogique et sociologique l’expérience mauritanienne en matière de revalorisation des langues nationales laisse l’impression d’une opération réussie.’’ 

  Et quelle a été la conclusion des évaluations  internes (Ministère de l’Education Nationale et  l’ILN) ?

-Voici les termes  du rapport de la commission créée en janvier 1988 par le MEN, chargée d’évaluer les travaux réalisés par l’ILN depuis son démarrage jusqu’en 1988 : « Si nous admettons le principe selon lequel la qualité d’un enseignement , pour ne pas dire l’efficacité d’un système éducatif se mesure par rapport au taux de réussite scolaire, force nous est de conclure d’une manière générale que l’expérience de l’enseignement des langues Pulaar , Sooninke et Wolof, dans l’ensemble des classes  qui ont  fait l’objet de notre évaluation , a connu un succès honorable avec un pourcentage  moyen de réussite de 61%  pour les filières de langue 1, et 71 % pour les classes de filière arabe du système traditionnel qui font pulaar , sooninke , wolof  comme langue seconde » .

 -l’ILN , quant à lui, conclut ainsi : «  performance positive des élèves  des classes expérimentales (-cours d’initiation 1ere année-) qui indique que, dans une large majorité, ceux- ci ont  maitrisé les acquisitions instrumentales (lecture, écriture, calcul) » ;  «  un taux d’abandon scolaire très faible ». L’ILN relève les taux d’admission aux examens et concours –en 1ere ASB, de plusieurs années ainsi (données disponibles )  :

                        –1988-89 : 11,49%   –       – 1989-90 : 51,61 %-        -1990-91 : 14,28%

                         -1991-92 :23,6%     –      -1995-96 : 61,90% .  

Visiblement , efficacité nettement supérieure à celle du système en cours , hérité de la  réforme désastreuse de 1999 , qui tourne autour de 8% , réforme à la base des maux de  notre Ecole  actuelle,  complétement  par  terre…

En terme de coût financier l’expérience n’a  pas coûté grand-chose,  481 .000.000um  en tout et pour tout , en 19 ans, selon nos  sources  ; une misère !

Au regard de tout ce qui précède l’expérience apparaît, visiblement, comme un succès indiscutable. Malgré tout,  elle est brutalement interrompue par l’autorité de tutelle en 1999 ;  l’Institut est  fermé  pour être  rattaché à l’Université, affecté aux disciplines des spécialités, délaissé, abandonné  à lui-même .

Qu’est-ce qui justifiait l’abandon d’une telle expérience à succès , à tout point de vue ? Quelles étaient  les raisons véritables ou les motivations  souterraines  ayant conduit à l’arrêt, arbitraire, sans explications de cette belle expérience qui n’avait que des avantages ?

  Les inspirateurs et promoteurs de la réforme de 1999 qui arrêtèrent cette expérience nouvelle, prometteuse , proclamaient, mensongèrement , vouloir unifier un système à filière qui divise …Ils n’ignoraient pourtant pas que ce système à filière en vigueur était provisoire, et qu’il serait bientôt remplacé par celui issu de  l’experience de l’Institut en cours, dès qu’elle serait généralisée! Ils feignaient d’ignorer que cette expérience nouvelle unirait, puisque nos enfants communiquaient déjà entre eux dans au moins deux langues nationales ! En vérité les réformateurs nous cachaient leur jeu ou leur agenda, dissimulant une double motivation: Ils voulaient, d’une part, sauver les écoliers arabo-berbères naufragés de la filière arabe, engagés dans une impasse, sans débouchés  internes ou externes et d’autre part, surtout  arrêter l’experience de l’enseignement des langues nationales au  taux de réussite fulgurant ; Il fallait freiner cette tendance qui allait créer un réel équilibre pour la première fois dans le système éducatif , en rendant les  chances de réussite identiques et égales pour tous .La crise identitaire existe, nous rappelait maître Taleb Khyar, en raison de plusieurs facteurs dont le plus important est l’Ecole républicaine{…} dans laquelle un enseignement suprémaciste  faisant l’apologie de la supériorité d’une culture , d’une race , d’une langue sur les autres est dispensé » ; restaurer cette suprématie d’une langue et d’une culture ‘’, c’était leur agenda secret . Ces réformateurs, partisans du statu-quo décrit , mus par un esprit cynique et machiavélique, décidèrent non seulement de freiner le projet, mais de tisser cette réforme de 1999 de telle sorte  à assurer  un échec collectif, certain, des écoliers non-arabes . Ainsi, d’un côté ils levaient un écueil*** -retour du Français négligé dans la filière arabe-, de l’autre, ils multipliaient les écueils en imposant la langue arabe aux écoliers non arabes; langue  éclatée, de surcroît, en matières multiples affectées de coefficients accrus que rien objectivement ne justifie : l’histoire, la géographie, la philosophie, la langue ,l’instruction civique, l’instruction réligieuse sont dispensées en arabe. D’où l’échec catastrophique, massif, persistant, observé ces 20 dernières années, consécutif au découragement de ces enfants non arabes désorientés, qui abandonnèrent et abandonnent encore  massivement l’école ! Instrumentalisation manifeste de la langue arabe à des fins de domination et d’assimilation,ayant conduit au blanchissement**** méthodique, appliqué et continue de l’Administration, à partir des années 80 ; comme pour copier le Maghreb…                                                                                                                                                                                    L’élite négro-africaine ne s’oppose pas à la langue arabe en tant que telle ,mais à son instrumentalisation de plus en plus affirmée et assumée.

Par esprit de sabotage , par absence de volonté politique affirmée, à cause des résistances sourdes,  il avait été mis fin , sans explications, à une expérience qui  était une réussite totale  et qui , de surcroît, ne coûtait pas tant que ça …

Faut-il reprendre l’expérience immédiatement ? Cela est-il possible ?

Oui, car les textes juridiques de base existent , les acteurs  d’hier sont encore disponibles pour la plupart , le contexte politique et  social , plus récéptif, le réclame avec force , aujourd’hui plus qu’hier ! Pour toutes ces raisons, il est bon de noter, d’ores et déjà, que  toute réforme du ministère de l’enseignement fondamental à venir , qui ne tiendrait pas compte de  – l’officialisation des langues – ferait fausse route pour  reconduire les mêmes problèmes ,et  risquerait , en conséquence , de faire objet d’un rejet massif…Des lobbies chauvins sont, de nouveau, à l’œuvre  dans l’ombre, pour tout  dévier, tentant une réédition du scénario de la circulaire 02  qui ne  passera plus…

Nous voulons nos Langues !

Concluons pour dire que la problématique des langues n’existe pas que chez nous, mais  partout ailleurs où  coexistent des peuples aux habitudes mentales et  mœurs differents ; Elle se pose parcequ’elle renvoie à cette notion  ultra-sensible et irréductible que constitue l’identité; et parceque la langue – elle aussi – peut devenir un instrument idéologique puissant de domination et d’oppression …Que des pays comme la Belgique ,la Suisse , l’Afrique du Sud , entre autres, aient pu venir à bout de cette problématique devrait nous inspirer , nous inciter à plus d’optimisme et nous encourager enfin à essayer .

Nous réussirons à condition, toutefois, d’être mus par le seul désir de construire, une fois pour toutes, un système éducatif fonctionnel, efficient et juste, qui servirait l’égalité des chances , offrirait les mêmes opportunités à tous, et assurerait au peuple , dans toute sa diversité, développement, bien-être et harmonie.

                                                                                                                                                   27 Octobre -2020

       Samba Thiam

Inspecteur de l’Enseignement Fondamental

Notes

* intermède ou  anecdote  à  noter  :

en 1987-88, au bout des 6 ans requis du Fondamental , la 1ere promotion devait passer le concours d’entrée en 6e année ; elle en est empêchée par décision  du ministre, sans explications ,et sans raison objective apparente. Année perdue . 1988-89 ,ces élèves sont forcés de  se reconvertir  pour passer les examens , et  composer obligatoirement en arabe ou en français pour toutes  les épreuves , à l’exception  de celle des  mathématiques qui sera  en langue nationale. ( On imagine les énormes les difficultés  auxquelles ces enfants  ont dû faire face  pour  suivre  un enseignement au secondaire dispensé  en  Français  et en arabe ; malgré ce handicap , le taux de réussite sera  de  11,49% ! )  Toutes les cohortes suivantes seront soumises cette reconversion subite, avec désormais des langues maternelles  réléguées , tout juste, au rang de matière …).  Et pourtant dans sa note de présentation le Decret no 81017/PG/MEN dit : ’’{ …} Ce système qui entrera en vigueur dans un délai maximum de six ans se fondera sur une officialisation de toutes nos langues nationales, la transcription en caractères latins et l’enseignement du pulaar , sooninke et wolof qui devront donner les mêmes débouchés que l’arabe’’ :

** Par classes traditionnelles il faut entendre le système à  2 filières (option arabe et option bilingue alors en vigueur ). L’option Arabe totalisait 20 h de français , et l’option bilingue 55h d’arabe. Le français n’est introduit qu’en 2e année dans les deux  filières. Le choix  de l’une ou l’autre langue est , de fait, ethnique .

*** Tous les maîtres et Prof d’arabe scientifiques furent relévés , recyclés ,affectés à des tâches administratives ou reversés dans la diplomatie .

**** L’Armée -dans son corps de commandement- , l’Administration , les  Ecoles spéciales ( L’Ecole des mines , de la magistrature , l’Ecole polytechnique , de medecine ,le Prytanée militaire , l’Ecole des officiers , d’Etat major,d’Aeronavale, L’Eni de Nouakchott,) sont totalement  blanchies.

Un Système qui fait des Négro mauritaniens des ‘’citoyens’’ de seconde zone, quasiment invisibles dans les médias,  sans pouvoir politique, sans pouvoir financier ,sans pouvoir militaire , sans possibilité d’éducation… Une Unité nationale véritable ne saurait se construire de cette façon-là !

Oct   2020

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