Category Archives: Les FPC et la Presse
Kaaw Touré, porte-parole des FLAM: « En Mauritanie, l’esclavage et le racisme d’Etat continuent à sévir » .
Mohamadou Touré dit Kaaw Touré est un réfugié politique mauritanien résidant en Suède. Originaire de Djéol dans le Sud de la Mauritanie, il est le Porte-parole des Forces de Libération des Africains de Mauritanie (FLAM), un mouvement créé le 14 mars 1983. Il a été arrêté en 1986 et condamné suite à la publication du manifeste du Négro-mauritanien opprimé. Poursuivi en 1987 pour avoir dirigé des soulèvements scolaires à Kaédi après l´exécution de trois officiers noirs, il s´exile au Sénégal jusqu’en 1999 après son expulsion. Depuis, il vit en Suède. Dans cet entretien, il revient sur le sens du combat que mène leur mouvement et l’actualité politique mauritanienne.
1. Vous êtes le porte-parole des Forces de libération africaines de Mauritanie (FLAM), un mouvement créé en mars 1983 et vous vivez en exil depuis 1991 en Suède. Quel est le sens du combat que vous menez contre l’establishment en Mauritanie depuis 30 ans?
D´abord je tiens à préciser que j´ai vécu mes 12 premières années sur les 25 ans d´exil au Sénégal jusqu’à mon expulsion de ce pays-frère, que je considère toujours comme ma seconde patrie, en juillet 1999 pour la Suède suite aux pressions diplomatiques des autorités de Nouakchott. Depuis, et bien avant notre exil, nous dénonçons et combattons le racisme d´Etat et l´esclavage en Mauritanie. Ce que nous mettons en cause en Mauritanie c´est le système raciste mis en place depuis l´indépendance qui opprime la communauté Négro-mauritanienne. Ce Système repose sur des mécanismes bien conçus:
– Le contrôle de la réalité du pouvoir politique, militaire et économique par l´élément arabo-berbère.
– Une arabisation sélective visant à éliminer les écoliers Négro-mauritaniens de la compétition;
– Une option fondamentale de tous les régimes pour une Mauritanie exclusivement arabe.- L’exacerbation par ce Système des problèmes de cohabitation entre les deux communautés racio-culturelles dont les rapports historiques ont toujours été jalonnés à la fois de conflits et de serments d´amitié.
Pour les FLAM, il faut changer ce système vicié à la base parce que ne prenant pas en compte les Négro-Mauritaniens dans la vie de la nation. Il faut œuvrer pour l’unité et non pour l´unitarisme; une unité qui tienne compte de la réalité sociologique, historique et géographique du pays qui est un carrefour culturel-;une unité qui respecte la dignité de chaque Mauritanien et garantisse l’équilibre entre les grandes composantes nationales. Oui pour l’unité, mais qui soit assise sur des fondements inébranlables parce que intrinsèquement justes et égalitaires, afin de construire “le mieux vivre ensemble”, dans une Mauritanie viable, parce que réconciliée avec elle-même. Grâce à notre combat, grâce à la pression internationale et au rôle non négligeable d’acteurs politiques, de la société civile de l´intérieur, le Système a vacillé se parant d´un vernis démocratique, sans changer dans ses fondements. Nous ne nous arrêterons pas avant sa destruction complète, condition nécessaire pour la mise en place d’un Etat de droit, égalitaire et démocratique. Voilà le sens de notre combat.
2. Votre mouvement se définit comme une force de libération, est-ce que dans votre plan d’action la lutte armée est une option ?
N’allez pas croire que «libération» rime forcément avec lute armé! Nous voulons libérer le peuple mauritanien de la misère, de l’obscurantisme, du racisme, de l´esclavage, du joug des militaires; en particulier libérer ses composantes les plus opprimées que sont les Négro-africains et les Harratines.
Enfin, précisions que si, par le passé, l’action armée fut une option, aujourd’hui cette option reste loin derrière nous. Nous nous inscrivons résolument dans la lute politique, pacifique. Nous sommes porteurs d’idées et de projets novateurs que nous souhaitons faire connaitre au people mauritanien, qui seul sera juge.
Bref les FLAM sont un mouvement pacifiste qui privilégie la lutte politique, le dialogue et la concertation, et entendent inscrire leur action dans la confrontation des idées.
3. Votre mouvement dont la plupart des membres ont été contraint à l’exil n’est-il pas coupé des réalités mauritaniennes ?
Comme vous l’avez bien dit, nous avons été contraints à l´exil. Hier, on ne pouvait pas s’exprimer et agir de l´intérieur, sans risquer la prison et même la mort; ce droit à l´expression nous a valu la dénonciation, la répression jusqu’à l’élimination physique de ceux que nous comptions de plus chers dans notre mouvement. L’exil ne peut être une orientation politique parce qu´il n’y a rien de plus pénible que de vivre loin des siens et de sa patrie. L’exil doré n´est qu´un fantasme pour ceux qui n´ont jamais subi les affres de cette contrainte. Mais depuis notre dernier congrès ordinaire, tenu à Paris, notre mouvement a décidé de se redéployer à l´intérieur et de poursuivre notre lutte dans la légalité, pour le règlement de la question nationale et sociale, en vue de l´instauration d´un Etat de droit garant de l´épanouissement économique, social et culturel de toutes nos communautés. Le retour au pays natal se prépare sérieusement et certains de nos camarades anciens déportés au Sénégal sont déjà sur place.
J’ajoute que notre mouvement n’a jamais été, à vrai dire, totalement absent de notre pays, ni socialement, ni politiquement. Nous allons donc reprendre notre place dans notre milieu naturel, entièrement, très bientôt.
4. L’actualité récente a été marquée par l’affaire dite « des tirs amis » qui ont blessé le président Ould Abdel Aziz qui est en convalescence en France. Quel commentaire en faites-vous ?
Nous avons suivi comme tout le monde l´accident subit du président ou « l´erreur des tirs amis » comme le dit la version officielle. Nous déplorons comme tous les Mauritaniens l´opacité qui entoure aussi bien cette hospitalisation que les circonstances réelles du prétendu accident. Nous pensons que le peuple a droit à l´information sur l´état de santé du président de la République. Le Conseil constitutionnel devait se saisir du dossier et statuer s´il y a vacance du pouvoir ou si le président est capable de diriger le pays et préparer la transition le cas échéant.
Puisque de plus en plus on entend parler de transition, la classe politique devra prendre garde de reconduire celle, désastreuse, du Colonel Ely Ould Mohamed Vall, qui avait occulté les problèmes essentiels du pays, tel le problème de la cohabitation. Il ne faudrait surtout pas que cette transition, si elle avait lieu, se réduise, une fois de plus à un changement de régime ou d’homme. C’est le système qu’il faut changer.!
5. En Mauritanie, Messaoud Ould Boulkheir, le président de l’Assemblée nationale, est issu de la communauté Haratine. N’est-ce pas là une avancée remarquable ?
Les nominations des présidents du Sénat, Ba Mbaré, et de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir entrent dans le cadre de la politique de réconciliation qu´avait initiée le président déchu Sidi Ould Cheikh Abdallah et ses engagements pendant les négociations du 2ème tour des élections de 2007. Ces deux personnalités Négro-mauritaniennes n´ont malheureusement pas le pouvoir de décision, ils sont maintenus seulement pour banaliser la question noire et tromper l´œil de l´observateur étranger. La réalité du pouvoir est ailleurs. Depuis le putsch du mois d´août 2008, la page de réconciliation ouverte par le président Sidi a été mise sous le boisseau malgré les larmes de crocodile du nouveau président à travers la prière de Kaédi. Le dossier du passif humanitaire reste entier, l´esclavage continue à sévir, le racisme d´Etat continue de plus belle au vu des nominations de chaque conseil de ministres sous l´ère du Général-président. Tout cela vient montrer qu’on n´est pas encore sorti de l´auberge.
N’deye Khady Lo
Slateafrique
Interview de Sow Ibrahima Mifo Vice-président et chargé à l´organisation et à l´orientation politique des FLAM
« La place des Flam est naturellement du côté de ceux et celles qui posent la question nationale et sociale comme une priorité absolue à résoudre ».
Les forces de libération africaines de Mauritanie (FLAM) après des décennies d’exil, ont décidé de regagner leur pays pour continuer le combat. Comment se fera ce retour, comment les FLAM vont se positionner sur la scène politique, quelles sont les implications humaines de ce retour….Nous avons interrogé, Sow Ibrahima Mifo, Vice-président et chargé à l´organisation et à l´orientation politique des FLAM.
LQN: Quand sera effectif le retour annoncé des FLAM en Mauritanie?
IBRA: Les Flam ont déjà commencé à reprendre effectivement pied sur le sol national avec le retour de notre section sénégalaise conduite par notre camarade Mamadou Wane. Avant cela, nos émissaires s’étaient rendus en Mauritanie pour y engager des missions de terrain, de contacts. Notre retour est désormais un processus irréversible mais nous tenons à le mener en bon ordre, en étapes contrôlées. L’enjeu de cet évènement est si important que nous devons en maitriser tous les facteurs concourants. Et ils sont aussi divers que complexes, allant des préjugés et des appréhensions à apaiser, des exigences politiques et administratives à ménager jusqu’aux carrières et des vies de familles à réorganiser. Mais je peux vous assurer que nous sommes à l’oeuvre, et qu’il ne s’agit plus qu’une question de mois jusqu’au parchèvement de notre redéploiement dont le couronnement sera le retour de notre Président en compagnie d’un nombre important de nos militants.
LQN: Entre l’opposition degagiste, qui demande le depart de Ould Abdel Aziz du pouvoir, l’opposition dialoguiste, qui a pris langue avec le pouvoir, la majorite presidentielle …Une fois en Mauritanie, où se situeront les Flam dans la scene politique?
IBRA: La place des Flam est naturellement du côté de ceux et celles qui posent la question nationale et sociale comme une priorité absolue à résoudre. Nous nous allierons avec les Mauritaniens, de quelque bord qu’ils soient, qui se préoccupent de débarrasser notre pays du plus grand danger qui menace son existence et compromet son avenir, à savoir les discriminations raciales et sociales érigées en régles immuables de gestion de la Mauritanie. Nous avons bon espoir que notre retour impulsera l’émergence d’un vaste pôle patriotique dont l’ambition première sera de guérir la Mauritanie de sa perilleuse fuite en avant en la réconciliant avec avec sa diversité.
LQN: La première option pour les Flam, c’est la creation d’un parti politique. Y a-t-il une seconde option comme la fusion avec un parti politique.
IBRA: La seule option absolument intangible pour les Flam est le devoir de poursuivre en Mauritanie le combat qu’elles ont initié, il y a bientôt 30 ans, et pour lequel nous restons plus mobilisés que jamais. Il s’agit de déconstruire le système raciste et esclavagiste qui aliène et assujettit la vaste majorité de nos populations pour offrir, en lieu et place, un nouveau contrat d’unité nationale fondé sur les principes de liberté, de justice et d’égale dignité de nos identités. C’est un sacerdoce pour nous, une mission vitale pour la Mauritanie, et pour la mener à son terme, les Flam ne lésineront sur aucune opportunité.
LQN: Après des decennies d’exil, une integration dans les pays d’accueil, le retour au pays pour y mener le combat politique, humainement, ça pose des difficultés…
Et comment pouvait-il en être autrement quand on sait que pour beaucoup cela dure plus d’un quart de siècle! Pendant ce temps, il a fallu vivre, s’adopter à de nouvelles réalités. Mais rassurez-vous, il n’y aura pas de drame car les Flamistes, en hommes et femmes de foi et de convictions, ont toujours su mettre l’appel du devoir militant au dessus des situations de convenances personnelles. Pour nos militants, les moyens de l’exil ne peuvent servir qu’à assurer le succès du retour.
Propos recueillis par Khalilou Diagana- Le Quotidien de Nouakchott du jeudi 26 juillet 2012.
Quelle place pour les FLAM ?
Le mouvement des « Forces de Libération Africaine de Mauritanie » (FLAM) a annoncé son prochain retour au pays pour continuer la lutte de l’intérieur. Et ce, après 30 années de combat politique mené de l’extérieur. Quelle sera sa place au sein d’un échiquier politique très éclaté ?
Retour sur l’histoire. En 1986, des cadres négro-africains publièrent un document intitulé : « Manifeste du négro-mauritanien opprimé ». La découverte de ce document par le pouvoir que dirigeait, à l’époque, le Colonel Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya, entraînera une répression féroce. Djibril Ould Abdallahi, nommé ministre de l’Intérieur, en remplacement d’Anne Amadou Babaly, limogé pour avoir refusé de sévir, y jouera le premier rôle. Un procès expéditif fut organisé et certains des cadres auteurs du document comme Bâ Abdoul Ghoudouss, Bâ Alassane Oumar, Djigo Tafsirou, ancien ministre, Tène Youssouf Guèye, éminent intellectuel, seront envoyés au sinistre fort d’Oualata où ils périront des suites de mauvais traitements. Certains y sortiront miraculeusement vivants à la faveur d’une amnistie : Ibrahima Sarr, Bâ Fara… D’autres prendront le chemin de l’exil, à l’image de Samba Thiam, l’actuel président des FLAM.
L’annonce de la démocratisation par le régime d’Ould Taya, suite aux injonctions du président François Mitterrand, dans son fameux discours de La Baule, en 1990, mettra les FLAM, comme d’autres mouvements d’opposition africains en exil, dans des situations des plus difficiles. Dans le cas mauritanien, la France fera, sans états d’âme, abstraction de tous les crimes du régime. Chemin de croix pour les FLAM qui n’auront plus l’oreille des politiciens français, à l’image du Conseiller de Mitterrand pour Affaires africaines, Bruno Délaye, qui qualifiera, lors d’un passage éclair en Mauritanie, les violations massives des droits de l’homme de «détail» jusqu’à susciter l’indignation de l’opposition, mais créant l’euphorie chez les tenants du pouvoir.
Printemps arabes
L’usure du temps et les revers de l’exil aboutiront donc à une profonde réflexion sur l’avenir du mouvement. Le temps de l’aggiornamento était venu. Au dernier Congrès, tenu en France, en mai 2011, les Forces de Libération Africaine de Mauritanie (FLAM), dans une de leurs résolutions, décideront leur redéploiement en terre mauritanienne. Soit peu de temps avant le déclenchement des printemps arabes.
Ceux-ci auraient-ils finalement inspiré les dirigeants des FLAM, au point qu’ils décidèrent de précipiter leur retour au pays pour mener la lutte de l’intérieur ? En partie, certainement. Mais la raison de ce retour s’expliquerait surtout par le fait que le combat mené de l’extérieur n’a plus l’attraction d’antan. Le soutien international s’est amenuisé, au fur et à mesure que le temps passait. Les vicissitudes politiques liées aux évolutions démocratiques en Afrique, en Asie et dans le Monde arabe ont fait que, désormais, les luttes internes sont plus que privilégiées. D’autant plus que la lutte des FLAM était centrée sur le renversement du régime de l’ex président Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya, à qui elles imputaient la dégradation de la cohabitation des communautés nationales. Avec le départ de ce dernier du pouvoir et le tassement de l’intérêt accordé aux violations massives des droits, surtout celles de 1989-90, les FLAM en sont arrivées à la conclusion que, pour continuer d’exister, voire survivre, il leur faudra un redéploiement en terre nationale.
Cependant, ce redéploiement risquerait d’être mouvementé. Le créneau, sur lequel se fondait le programme des FLAM, est déjà occupé par des partis qui ont derrière eux des années d’existence officielle. A commencer par l’AJD/MR et le PLJEJ. D’où cette interrogation : les FLAM, une fois au pays, chercheront-elles à fédérer avec ces partis ? Si oui, à quelles conditions ? Si Kaw Touré, le porte-parole du mouvement a tenu à déblayer le terrain, en esquissant une réponse, en ces termes : « Nous ne rentrons pas pour faire concurrence aux autres qui ont eu le mérite de rester sur le terrain pour poursuivre le même combat que nous. Nous allons rechercher le rassemblement de toute la mouvance, mais en cas d’échec, nous estimons qu’il y a suffisamment de place pour une nouvelle structure politique. Beaucoup de Mauritaniens ne sont pas structurés et pourraient se retrouver dans notre combat : des noirs déçus des différentes orientations, des beïdanes progressistes», la donne est plus compliquée. Il emploie, certes, une jolie métaphore, mais l’approche risque de s’avérer plus ardue que prévue, tant que les relations entre les FLAM et l’AJD/MR resteront mouvementées. Seul le PLEJ pourrait se targuer de n’avoir pas d’atomes crochus avec les FLAM, mais celles-ci ont en mémoire le rôle qu’avait joué le président de ce parti pendant le règne de Mokhar Ould Daddah. Autant dire que le terrain est miné ! A moins que l’on fasse abstraction d’une éventuelle guerre des égos pour trouver un terrain d’entente, afin d’éviter toute lutte fratricide.
Quel positionnement pour les FLAM ?
Du côté du pouvoir, même si le retour d’un mouvement qui prônait la lutte armée et l’autonomie du sud pourrait être source d’inquiétude, il n’en demeure pas moins que la perspective de voir cesser les attaques contre lui, à partir de l’extérieur, le réjouirait. Reste à savoir quelle sera le positionnement des FLAM sur la scène politique nationale. Se rangeront-elles du côté de la COD ? Dans l’affirmative, arriveront-elles à surmonter leur contentieux avec l’Ufp et le Rfd, leurs bêtes noires ? Ou adopteront-elles la ligne centriste du CAP ? Au risque de brouiller leur discours politique, comme leur sœur siamoise, l’AJD/MR, dont l’amère expérience au sein de la Majorité présidentielle lui est restée en travers de la gorge ?
Les FLAM gardent sûrement en mémoire leur rencontre, aux Etats-Unis, avec Sidi Ould Cheikh Abdallahi, fraîchement élu président de la République, qui tentait beaucoup à les convaincre de renter au pays pour y mener leur combat politique. C’est cette rencontre qui sera, sans aucun doute, le prélude à la mutation du mouvement qui ira même jusqu’à soutenir le Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD) qui combattait le coup de force du Général Mohamed Ould Abdel Aziz qui deviendra, entre temps, président de la République, après avoir remporté l’élection de 2007. Continueront-elles encore à s’opposer à la politique de ce dernier, une fois au pays ?
THIAM Mamadou pour GPS
Mauritanie- FLAM : 30 ans après, retour au pays natal
Les Forces de Libération Africaines de Mauritanie sont un mouvement qui prôna la lutte armée jusqu’à la chute de M. Ould Taya en 2005. Leur objectif est de mettre au cœur du débat politique en Mauritanie la question de la cohabitation entre les différentes communautés qui composent le pays. Préoccupé par l’irrédentisme Touareg au Mali et des contestations politiques sur le front intérieur, le régime de M. Mohamed Ould Abdel Aziz va devoir composer avec le retour d’une organisation qui maintient l’option de l’autonomie des régions du sud du pays.
Un an presque jour pour jour après leur dernier Congrès tenu en France (fin mai 2011), les Forces de Libérations Africaines de Mauritanie (FLAM) sont en passe de concrétiser une des plus importantes résolutions dudit congrès : le redéploiement en terres mauritaniennes.
Rétrospective
Eté 1986 : La Mauritanie est en effervescence. Le gouvernement de Mouawiya Ould Taya venait de découvrir un document, le Manifeste du négro-mauritanien opprimé, qui faisait le procès de la cohabitation entre les différentes nationalités du pays (officiellement : Arabes, Peuls, Soninkés Wolofs). Si le constat est sans concession, le document ne manque pas d’appeler au dialogue entre « Mauritaniens, pour se dire la Vérité ». Le pouvoir réagit alors par la répression : des cadres négro-africains sont arrêtés et d’autres activement recherchés. Après un procès rapidement expédié, les principaux animateurs de l’organisation sont envoyés au fort de Walata où quelques uns (Ba Abdoul Ghoudous, Ba Alassane Oumar, Djigo Tafsirou et l’écrivain Tène Youssouf Guèye,) décéderont des conséquences d’une détention éprouvante. Commence alors le long exil des FLAM.
Le long exil
Dans le chaudron sénégalais, les exilés avaient mis à profit le rassemblement des victimes, la proximité des camps et la disponibilité des cadres pour se restructurer. Au point que pour certains, même si politiquement l’organisation n’a pas harcelé le pouvoir mauritanien au point de lui imposer un dialogue sur « la question nationale », elle mit à profit ce passage pour affuter ses armes.
Le soutien espéré des autorités sénégalaises a-t-il tardé à se matérialiser ? L’organisation a-t-elle fait les frais de la realpolitik ? Toujours est-il qu’en juillet 1999 son porte-parole M. Kaw Touré est expulsé vers la Suède. Première désillusion. Dans le même temps, l’appui de la Communauté Internationale s’amenuise. Le HCR réduit progressivement son appui aux réfugiés Mauritaniens. Deuxième coup dur : des cadres du mouvement sont envoyés aux USA. Certains y voient la main du pouvoir de Nouakchott de moins en moins rassuré de savoir à ses portes ses ennemis irréductibles. Pour l’organisation, la décision n’est pas sans risques : en s’éloignant encore un peu plus du pays, ne risquait-elle pas de se couper des réalités du terrain et des militants ? Désormais écartelée entre l’Afrique, l’Amérique et l’Europe, l’organisation assista à l’émergence de nouvelles structures qui se positionnent sur les mêmes thématiques : AJD, PLEJ voire, par certains aspects, l’UFP, héritière du MND, un ancien mouvement clandestin de gauche.
La secousse de 2005
La chute du dictateur Ould Taya en 2005 surprend l’organisation dans son exil. Convaincus de l’opportunité de porter le combat sur le terrain, des cadres du mouvement font scission après le très agité congrès de Cincinnati en décembre 2005. Des figures de proue décident de créer alors FLAM/Rénovation avant de rejoindre AJD pour former AJD/MR à la tête de laquelle est porté Ibrahima Moctar Sarr, un négro-mauritanien candidat à l’élection présidentielle de 2007. Malgré la rudesse du coup, le mouvement tangue sans sombrer. Mais de plus en plus, la question du redéploiement sur le territoire national devient incontournable.
2011, le congrès du tournant
Au VIIème congrès tenu à Paris en 2011, le président du mouvement M. Samba Thiam pose des actes forts et annonce que son organisation n’est pas « … en mesure de venir à bout, toute seule, du Système en cours ». Il en appelle au rassemblement des forces patriotiques qui poursuivent le même but et annonce le prochain redéploiement de l’organisation en Mauritanie. Un an après, les FLAM semblent prêtes pour embarquer vers de nouvelles aventures.
Après près de trois décennies, quel bilan tirer de ce long exil ? Pour Kaw Touré, « l’organisation a pu étendre son réseau de relations et dispose de plus de visibilité et de poids. Elle a accru son aura internationale. Sur un plan plus individuel, ses cadres se sont formés et sont financièrement à l’abri du besoin ».
Mais des questions demeurent.
La décision tombe à un moment où les positions se cristallisent entre le pouvoir et l’opposition. Sur le front des thématiques chères aux FLAM, l’AJD/MR est revenue de son compagnonnage avec le président Ould Abdel Aziz. D’autre part, le recensement engagé depuis mai 2011 a favorisé l’éclosion du mouvement Touche Pas à Ma Nationalité, essentiellement composé de jeunes negro-mauritaniens s’estimant victimes de discriminations et d’une volonté d’exclusion de la part du pouvoir. Les mêmes inquiétudes qu’en 1966 et qu’en 1986. C’est dire si la question reste actuelle.
Les FLAM devront donc gérer la question du positionnement sur l’échiquier politique ainsi que les incontournables jeux d’alliances à élaborer : quels seront leurs rapports avec ceux qui ont entretenu la flamme sur le terrain pendant les années d’exil ? Sur ce point, Kaw Touré, le porte-parole du mouvement rassure : « Nous ne rentrons pas pour faire concurrence aux autres qui ont eu le mérite de rester sur le terrain pour poursuivre le même combat que nous. Nous allons rechercher le rassemblement de toute la mouvance mais en cas d’échec, nous estimons qu’il y a suffisamment de place pour une nouvelle structure politique. Beaucoup de Mauritaniens ne sont pas structurés et pourraient se retrouver dans notre combat : des noirs déçus des différentes orientations, des beydanes progressistes… ».
Victimes d’une vaste campagne de diabolisation par le régime de Ould Taya au point de passer pour « infréquentables », les FLAM devront surtout réussir le test de la décontamination des esprits habitués à les percevoir comme des extrémistes antis arabes et ne cherchant que la partition du pays. Kaw Touré se montre optimiste : « Nous avons quand même été reçus par l’ancien président Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Après son renversement par le coup d’Etat de Ould Abdel Aziz en 2008, nous avons renoncé à notre redéploiement qui était déjà à l’ordre du jour. Nous avons alors travaillé avec certaines formations mauritaniennes pour faire échouer le coup d’Etat. Nous avons appris à nous connaître. Enfin, certains partis et des organisations de la société civile ont répondu à notre invitation lors de la conférence de presse de la semaine dernière. Même avec l’UFP [Union des Forces du Progrès, progressisteinvitée au congrès de Paris NDLR], les relations sont apaisées et nous arrivons à trouver des points de convergence ».
M. Ould Abdel Aziz qui trouve légitimes les revendications des indépendantistes Maliens sera-t-il rassuré par ce retour d’un mouvement qui ne fait pas mystère de ses revendications autonomistes ? Pour briser la glace, l’organisation sait qu’elle devra en faire plus afin de rendre audibles ces passages du Manifeste du Négro-mauritanien opprimé : «…Il faudrait que le Négro-mauritanien comprenne qu’il ne doit pas s’insurger contre le Beydane en soi, mais contre l’appareil d’Etat arabo-berbère raciste et oppresseur, afin que Blancs et Noirs puissent enfin dialoguer à égalité, se battre ensemble pour des lendemains plus certains[…] Les problèmes mauritaniens doivent être posés par des Mauritaniens, discutés entre Mauritaniens et solutionnés par les Mauritaniens eux-mêmes. Notre amour pour ce pays nous commande à inviter toutes nos nationalités à un dialogue des races et des cultures, dans lequel nous nous dirons la Vérité pour guérir nos maux. Il faut que nous traduisions dans la réalité nos appels au Salut National et au Redressement de notre pays, au lieu de dépenser toutes nos ressources et toutes nos potentialités humaines dans des querelles raciales et culturelles dont les principaux bénéficiaires ne seraient certainement pas les Mauritaniens ». Tout un programme.
De retour au pays, les FLAM seront sans doute accueillies par ceux dont elles ont porté les revendications au prix de privations en tous genres. Seront peut-être aussi au bas de la passerelle leurs compatriotes Beydanes dont elles sont réputées si éloignées. Mais après les premières effusions et les premières accolades, le plus dur restera à faire.
Abdoulaye DIAGANA-KASSATAYA.COM
Retour au bercail des FLAM:Un parti politique en gestation
Après 29 ans d’exil, les forces de libération africaine de Mauritanie (FLAM) ont décidé de rentrer au bercail, avec dans leur carton un parti politique. La révélation a été faite par Mamadou Wane, responsable de la jeunesse et des droits de l’homme au sein du mouvement, au cours d’un point de presse organisé, le samedi dernier, à l’hôtel IKRAMA. Dans une déclaration lue devant la presse, du président du PLEJ, des secrétaires généraux de Tawassoul, APP et un important public, les FLAM justifient leur décision par l’évolution de la situation politique et sociale en Mauritanie, notamment sur le dossier du passif humanitaire. Créées en mars 1983, les FLAM avaient publié « les manifeste du négro mauritanien opprimé » en 1986, dans lequel le mouvement dénonçait l’édification par ould Taya d’un système racial. La réponse fut sans commune mesure. Les principaux responsables furent embastillés à Oualata où certains comme Tène Youssouf Gueye, Bâ Abdoul Khoudous, Djigo Tapsir, Bâ Alassane laisseront leur vie. Quelques années après, comme pour donner raison aux FLAM, le régime de Ould Taya déporte des milliers de négro mauritaniens au Sénégal et au Mali avant d’exécuter des centaines pour ne pas dire un milliers de soldats négro-mauritaniens dans les différentes casernes. Il s’en suit une diabolisation du mouvement accusé par le système de Ould Taya de vouloir « tuer les maures». Suite à cette répression féroce, de nombreux cadres et étudiants se réfugient à l’étranger. Il faudra attendre l’accession du pouvoir de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, en 2007, pour voir s’amorcer le règlement de ce douloureux passif. L’ancien président démocratiquement élu rencontre, pour la première fois, Samba Thiam, le président des FLAM, aux USA, annonce le retour organisé des déportés, ce qui constituait un pas en avant dans la reconnaissance du tort fait à la négro mauritanienne. Le silence est rompu sur ce qui constitue un tabou, mis à part le retour volontaire proposé par Ould Taya. En prenant le pouvoir en 2008, Mohamed Ould Abdel Aziz s’engouffre dans la brèche, reconnaît les atrocités faites à la communauté négro mauritanienne, octroie quelques subsides aux ayants droits et rescapés. C’est semble-t-il l’une des raisons qui a décidé les FLAM à revoir leur sa position. Mais, comme le dit Wane, toutes les conditions, le mouvement est conscient que beaucoup reste à faire pour pacifier les tensions liées à la cohabitation des différentes composantes raciales du pays, à l’instauration d’un état de droit.Wane nous apprend que les fondamentaux demeurent. Il s’agit de la lutte pour une Mauritanie égalitaire, débarrassée du racisme d’état et de l’esclavage.
Vaste et ambitieux programme sur lequel travaillent beaucoup de partis politiques. D’ailleurs, M Wane a saisi l’occasion de sa conférence de presse pour remercier l’ensemble des formations politiques qui se sont battus de l’intérieur pour défendre la cause des FLAM. Mais, pour marquer sa différence, le mouvement entend créer sa propre formation politiqu. Un gros challenge pour certains qui expriment déjà leur crainte de voir naître un parti politique de plus. C’est la raison pour laquelle certains suggèrent au mouvement plutôt que de créer leur propre parti, ’intégrer l’une des formations politiques de la place.





