Forces libération africaines de Mauritanie : Grandes manœuvres politiques avant le retour
Ould Abdel Aziz a rencontré au palais présidentiel, le 28 avril dernier, le vice-président des FLAM, Ibrahima Mifo Sow et le membre de son bureau exécutif National chargé de la jeunesse et des droits de l’homme, Mamadou Wane.
A en croire la note d’information publiée par le site du mouvement, «les échanges francs et respectueux entre les parties ont porté, d’une part, sur la situation sociale, politique et économique du pays, et d’autre part, sur les préoccupations de sécurité et de liberté des Flam et de leurs militants». Le mouvement s’est félicité de la «diligence avec laquelle le Président de la République a bien voulu recevoir leur délégation» indiquant au passage que ses représentants animeront très prochainement une conférence de presse à Nouakchott.
Samba Thiam aurait-il amorcé le retour des Flam en Mauritanie ? Sans doute ! Et cela conformément aux décisions du 7ème congrès des flam tenu en France les 28,29 et 30 Mai 2011 en France. Ce congrès, venait après celui de Cincinnati (USA) de 2005, pour se pencher sur le redéploiement du mouvement en Mauritanie.
Car beaucoup de militants grinçaient des dents puisqu’ils se posaient des questions. En effet, ils pensaient que l’exil du mouvement ne se justifiait plus, même si les candidats au retour ne vont pas se bousculer, alors que sur le terrain en Mauritanie, des organisations politiques égrènent de plus en plus le chapelet de revendications des FLAM, cohabitation, esclavage, langues nationales, passif humanitaire, partage équitable du pouvoir, problème des terres…
On l’aura d’ailleurs noté, à l’ouverture de ce congrès, Samba Thiam très remonté contre le président Mohamed Ould Abdel Aziz, dénonçait l’absence d’équilibre dans la représentativité dans la haute administration, l’évacuation de la question du passif humanitaire, l’arrêt brutal du retour des réfugiés, la spoliation des terres de la Vallée, et le laxisme dans la gestion de la question de l’esclavage. Pour le président des FLAM, le constat est clair et amer : « le régime, par toutes ces pratiques, est entrain de révéler sa vraie nature : une dictature camouflée, arrogante, répressive et raciste, qui œuvre à préserver le même Système discriminatoire, à l’origine des régimes militaires arabo-berbères qui l’avaient précédé !
Comme ces derniers, le régime du président Mohamed Ould Abdel Aziz élude les questions centrales pour n’aborder, au petit bonheur la chance, que les questions périphériques, techniques, secondaires ». Il reviendra ensuite sur les violences contre les étudiants noirs à l’université de Nouakchott avant de minimiser la portée de la décision prise par les autorités mauritaniennes de répertorier les tombes des disparus depuis l’indépendance. La charge est violente contre le régime en place durant ce congrès de 2011. Elle le sera à peine moins pour « les forces de la résistance ».
Samba Thiam ne se montre pas tendre en effet avec ces organisations, les FLAM comprises, qui se livrent à une querelle de clochers, « jouant au leader », organisant leurs propres manifestations… Il fustigera également la gestion des sites électroniques sur fond de chasse aux visiteurs, regrettant qu’elles donnent dans l’auto flagellation au lieu de s’attaquer au Système.
« A situation nouvelle, stratégie nouvelle »
Le fantôme du congrès de Cincinnati a-t-il été conjuré ? Congrès qui a vu l’organisation traverser une sévère crise qui semble s’éloigner. Samba Thiam a poursuivit en appelant à l’unité la plus large possible avec les forces patriotiques, démocratiques et progressistes qui partagent, avec eux, les mêmes aspirations. « S’unir ou périr tel est le sens et l’alternative de l’instant, tel est l’enjeu du moment ». Les lignes semblent bouger. Et le président des FLAM de déplorer l’autosatisfaction et la condescendance auxquelles son organisation a pu céder par moments.
C’est qu’après avoir rendu un hommage appuyé aux martyrs qui ont donné leur vie et aux militants qui font preuve de persévérance, Samba Thiam en est arrivé à la conclusion qu’ « il serait illusoire de croire qu’une seule organisation, même toute puissante, au vu des conditions internes de plus en plus difficiles et complexes, fut en mesure de venir à bout, toute seule, du Système en cours ». L’auditoire saisit la portée de la déflagration et la couvre de ses applaudissements.
Un véritable tournant s’annonce. Ce congrès ne ressemblera décidément pas aux autres. Pour ceux qui ne l’auraient pas compris, le président des FLAM martèle qu’il faudra se préparer à « prendre les décisions courageuses qu’impose l’évolution de notre organisation, voire sa survie ». Un autre tabou va tomber : le mouvement va se redéployer en Mauritanie. C’est l’objet d’une vieille querelle qui vole en éclats.
Désormais, plus rien ne sera comme avant. En se débarrassant de ces écueils, les FLAM renvoient habilement la balle dans le camp des autres organisations et partis. Les FLAM se disent prêtes pour le rassemblement et le combat sur le terrain.
Enfin que le mouvement de Samba Thiam ait opté pour cette stratégie du retour au bercail. Flam rénovation de Bâ Mamadou Bocar l’avait compris très tôt en décidant de quitter le mouvement et de créer un parti avec l’AJD devenu AJD/MR dirigée par Ibrahima Moctar Sarr. L’homme fût cofondateur du Flam en 1983. Vivement un regroupement d’anciens camarades de combat au sein d’un même parti plutôt que la dispersion des forces.
Moussa Diop- Quotidien de Nouakchott





