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Déclaration du regroupement des victimes des évènements89/91
Bientôt vingt trois années après les déportations de 1989/91, des milliers de mauritaniens continuent de vivre les misères de la déportation.
Aujourd’hui le “REVE 89/91” conscient de ses objectifs, s’adresse au peuple mauritanien, à ses instances dirigeantes pour leur rappeler que des mauritaniens, dont le seul tort en 1989, a été d’être « noirs» continuent de vivre dans l’indifférence, le mépris, l’arbitraire, l’injustice et la misère chez eux.Le REVE 89/91 attire encore une fois l’attention du pouvoir sur le sort de ces milliers de mauritaniens constitués de :
– des auto-rapatriés de 1996-2005 : plus de 35.000,
– des rapatriés sous l’égide du H.C.R. et l’Etat : près de 25 000
– des révoqués et licenciés : plus d’un millier, issus de tous les secteurs.
Et qui vivent la même situation douloureuse et continuent d’être des déportés, réfugiés chez eux; aucune action respectant le droit n’a été entreprise à leur égard, à savoir :
– La restitution de l’ensemble des terres confisquées,
– La restitution du bétail spolié ou indemnisation,
– La réintégration dans leurs droits de tous les travailleurs victimes,
– La réhabilitation des villages détruits,
– L’insertion des jeunes
– Le retour des 15000 réfugiés au Mali
Ces victimes, dans leur ensemble, ont montré à l’opinion nationale et internationale, par leur comportement pacifique, leur degré de maturité, de patience, de nationalisme. Ils ont entrepris de multiples démarches auprès des différents pouvoirs qui se sont succédés pour trouver des solutions consensuelles dans le droit et la justice afin d’épargner un climat d’insécurité au peuple.
Face à cette situation, le REVE s’engage à poursuivre son plan d’action pour que Justice soit rétablie par:
– La libération de toutes les terres confisquées,
– L’intégration de tous les travailleurs du Public et Para public, avec la reconstitution de leur carrière
– L’instauration d’un programme d’insertion rapide pour le secteur Privé et le secteur informel victimes,
– L’insertion des diplômés, étudiants et élèves victimes,
– L’établissement des pièces d’Etat – Civil pour l’ensemble des victimes,
– Un programme d’insertion pour les agriculteurs et éleveurs,
– Le rapatriement des réfugiés restés encore au Sénégal et au Mali.
En ces moments de turbulences sous- régionales et pour éviter le pire, nous aurions souhaité que l’Etat revoit dans la plus grande lucidité avec l’ensemble des concernés le règlement raisonnable et définitif du passif au lieu de clôturer prématurément, donc activement ce lancinant dossier.
La Mauritanie mérite que ses fils, dans leurs diversités, se retrouvent et se réconcilient.
Fait à Nouakchott, le 24 Mars 2012
Le Président
Lô Souleymane
Quand Ould Dogui rendait hommage aux FLAM
Ils ont, pour la plupart, échappé de justesse à la mort,
Ils ont presque tous vu leurs frères mourir, ou subir l’humiliation d’être chassés de leur pays,
Ils ont vu les souffrances des veuves, des orphelins, des vieillards…
Et ils ont réagi contre l’injustice, la discrimination raciale, l’exclusion et la marginalisation.
Les FLAM UN COMBAT
Publié par des intellectuels négro-africains le manifeste du négro-mauritanien opprimé , demandait rencontre et négociation entre les différentes composantes du pays, pour l’égalité et l’entente, nous vous proposons certains extraits :
” Les problèmes mauritaniens doivent être posés par des Mauritaniens, discutés entre Mauritaniens et solutionnés par les Mauritaniens eux-mêmes. Notre amour pour ce pays nous commande à inviter toutes nos nationalités à un dialogue des races et des cultures, dans lequel nous nous dirons la Vérité pour guérir nos maux.
Il faut que nous traduisons dans la réalité nos appels au Salut National et au Redressement de notre pays, au lieu de dépenser toutes nos ressources et toutes nos potentialités humaines dans des querelles raciales et culturelles dont les principaux bénéficiaires ne seraient certainement pas les Mauritaniens”
” … Il faudrait que tous les véritables nationalistes mauritaniens (Noirs et Arabo-berbères), épris de paix, de justice et soucieux de voir instaurer une Unité Nationale véritable, acceptent de s’unir afin que tous ensembles combattent pour la suppression de ce système raciste, chauvin, aussi pernicieux que l’Apartheid. Car cela est possible. Il faudrait que le Négro-mauritanien comprenne qu’il ne doit pas s’insurger contre le Beydane en soi, mais contre l’appareil d’Etat arabo-berbère raciste et oppresseur, afin que Blancs et Noirs puissent enfin dialoguer à égalité, se battre ensemble pour des lendemains plus certains. “(avril 1986).
La réponse du régime raciste fut :
– la déportation des négro-africains du pays en 1989,
– l´extermination massive des cadres civils et militaires noirs ,
– l´Etat d´urgence permanent dans les régions du Sud qui continue d’exister à ce jour,
– les obstructions dans l´octroi des pièces d´état-civils ou des bourses d´études à des négro-africains,
– Sélectivité dans le recrutement ou la nomination dans les postes de responsabilité.
Le tout doublé d’une propagande mensongère sur les FLAM, propagande que le gouvernement s’appliquait par tous les moyens à inculquer aux populations. Une fausse traduction du manifeste du négro-mauritanien opprimé, fut éditée et diffusée, suivie d’une campagne de diabolisation de ce mouvement et le tour était joué.
C’était sans compter que cette supercherie et ces mensonges ne pouvaient faire long feu, car la vérité finit par triompher à tous les coups.
Acculés à la violence, bien qu’ils ne la désiraient pas les FLAM ont pris les armes, puis ils ont réalisé qu’il fallait lutter contre l’injustice par des moyens justes donc non-violents. Ils ont changé de stratégie de lutte sans changer de camp ni d’âme.
Ce faisant ils ont pris à contre-pied le régime et ses valets, mais surtout ils ont réussi à faire connaître leur combat juste et noble pour la dignité, à leurs autres compatriotes de différentes communautés.
Ils ont agréablement surpris et séduit plus d’un, en publiant leur mémorandum qui appelle au débat et propose des solutions : ” Je voudrais, d’abord faire une observation sur un segment de votre dernière question, qui infère que l’unité du pays et l’Autonomie sont antithétiques. Il n’en est rien ; simplement vous faites une mauvaise lecture de l’Autonomie qui est un des principes cardinaux du Fédéralisme. Et le Fédéralisme n’est pas la sécession ni l’indépendance. Dés lors, on peut comprendre que l’Autonomie ne s’oppose en rien à l’unité du pays, encore moins à la réconciliation nationale. Cela étant, je reconnais avec vous que nous avons, quelque peu, anticipé sur les solutions ; mais comme vous avez dû le remarquer, dans ce mémorandum nous ne nous sommes pas seulement contentés de soulever les questions. Nous avons aussi apporté à chaque fois, non pas la réponse, mais une réponse, à chaque question posée.Cette démarche, à mon sens, semble plus opératoire, pour permettre une économie de temps ; on va directement aux propositions qui pourraient être améliorées, si toutefois elles sont retenues. Mais naturellement, comme toute démarche, elle ne peut-être exempte d’inconvénients. “
” … Notre objectif, à travers ce mémorandum est d’abord de tenter de secouer la classe politique de sa torpeur, d’amener l’opposition à s’interroger sur l’absurdité du statut quo actuel, qui ne profite qu’au régime. Nous croyons, après cela, que l’opposition prendra naturellement des initiatives de nature à prouver sa capacité à s’organiser, ou plutôt à se réorganiser. Aux dernières nouvelles, je crois que c’est en voie. Pour ce qui concerne les réactions, nous les souhaitons nombreuses et variées. J’en profite au passage, pour saluer la réaction de M.CHBIH Président du FRONT POPULAIRE, éminemment positive. Il serait illusoire, toutefois, de s’attendre à une unanimité ; car l’unanimité n’est plus de ce monde”.
(M. SAMBA THIAM Président des FLAM- Extrait d’une interview accordée à la revue le Refus.) “
Les réactions à ce mémorandum ne se firent pas attendre, Le FPM et son courageux Président M.CHBIH OULD CHEIKH MELAININE, puis LE PLEJ, le FAAS, le MRC (AFR) réagirent positivement à cette heureuse initiative, le débat sur la question nationale a bien pris forme en dépit des nombreuses réticences, il fera son chemin envers et contre tous les anathèmes.
Mohamed ould Dogui- LE REFUS- 27 DECEMBRE 2002
Hommage au camarade feu Mohamed Dogui, un homme du refus, premier invité du site Flamnet
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Pour rendre hommage à l´ami qui fut pour la petite histoire le premier invité de la rubrique de Flamnet: “Invité du site”, nous reproduisons l´entretien enregistré le 08 novembre 2000 à l´occasion du premier anniversaire du site Flamnet.
Adieu le combattant! Et la lutte continue!
Mohamed Dogui du FAAS A COEUR OUVERT AVEC FLAMNET
“Nous refusons d’insulter l’histoire et nous demandons aux autres de ne pas insulter le présent et l’avenir. Pour nous la ligne de démarcation était et sera toujours entre le camp du progrès, de la liberté et de la justice, et le camp de la réaction, de l’opportunisme et de l’injustice.”
Mohamed DOGUI
Qui est Mohamed Dogui, pouvez vous, camarade, vous présenter à nos lecteurs?
DOGUI: Tout d’abord, permettez-moi de vous remercier de l’opportunité que vous m’offrez en me permettant de répondre à des questions sur la situation que traverse notre pays, je salue au passage tous les démocrates, les membres de la société civile et les journalistes qui se battent pour l’avènement d’un Etat de Droit dans notre pays.
Militant du FAAS, je suis chargé des relations extérieures de ce mouvement. Né à Nouakchott, j’ai poursuivi mes études au Maroc (Gestion d’entreprises, Marketing, Informatique : Programmation et réseaux).
Qu’est ce que le FAAS, quelle est votre particularité en tant que mouvement sur la scène politique mauritanienne?
DOGUI: Le FAAS est un mouvement d’opposition non-violent dont l’objectif est d’apporter une modeste mais réelle contribution à la lutte contre l’injustice et l’exclusion sous toutes leurs formes dans notre pays. Le FAAS c’est aussi des militants et militantes ouverts aux autres, tolérants, solidaires, libres, différents, remuants, indépendants et unis par les liens sacrés de l’engagement désintéressé.
Notre aspiration sincère à la modernité et au progrès de notre pays et notre adhésion convaincue aux grandes valeurs de l’humanisme constituent les fondements de notre engagement.
Quelle est votre appréciation de la situation politique nationale?
DOGUI: La situation dans notre pays est catastrophique : Une accumulation de toutes les horreurs, les meurtres, les déportations, l’esclavage, les humiliations en tous genres, les exclusions, les mépris, les détournements, le népotisme éhonté, la censure, la répression, la misère et la famine qui tue aujourd’hui dans plusieurs régions du pays.
La situation chez nous, c’est aussi des silences, des lâchetés, des compromissions qui ne laissent aucun doute sur la terrible solitude de l’idéal et des valeurs démocratiques.
Nos partis sont à l’image de la société, ils sont handicapés par les archaïsmes qui ont vieilli leur mode de fonctionnement. Ils doivent évoluer pour continuer. Et c’est à cela que les démocrates et tous les citoyens doivent les aider. Car ce sont ces partis qui feront vivre la démocratie et ses institutions.
Quels sont vos rapports avec les autres composantes de l’opposition dite radicale?
DOGUI: Ils sont bons et nous travaillons à les renforcer, nous ferons des propositions dans ce sens à nos partenaires dans un avenir proche.
Que pensez vous des FLAM, de leur discours et de leur combat, pensez vous comme certains que les FLAM “exagèrent un peu” pour ne pas dire que c´est « un mouvement extrémiste »?
DOGUI: Nous avons beaucoup de sympathie et de respect pour les FLAM, et pour leur noble combat contre l’injustice et le racisme. Nous l’avons toujours dit sans détours. Pour nous les FLAM sont un mouvement mauritanien authentique qui incarne l’aspiration d’une communauté à la justice, à un traitement égale, à la dignité et au respect, une communauté qui fut longtemps exclue humiliée et marginalisée, C’est pourquoi nous pensons qu’ils ont un rôle important à jouer aux côtés des autres partis politiques mauritaniens, pour ramener la paix, la réconciliation et le progrès pour notre pays, notre Mauritanie digne de tous. Ensemble et différents. Il y a quelques années lorsque nous avons crée notre site internet, nous avons dédié une page web à ce mouvement, comme nous l’avons fait pour d’autres.
Enfin, nous nous battons pour la même cause et nous appartenons au même camp.
Quant aux clichés réducteurs du genre “extrémistes” et autres qui ont servi à la propagande mensongère du régime et de certains milieux, ils avaient déjà commencé à s’effriter pour disparaître définitivement chez beaucoup, après la publication du mémorandum des FLAM. Les efforts consentis en matière de communication ont permis de démystifier la réalité.
Quel jugement portez-vous sur les tentations de « collaboration » d’une certaine opposition mauritanienne avec le pouvoir de Taya?
DOGUI: Nous avons pour principe de respecter le choix des autres, même si nous le partageons pas. Nous refusons d’insulter l’histoire et nous demandons aux autres de ne pas insulter le présent et l’avenir. Pour nous la ligne de démarcation était et sera toujours entre le camp du progrès de la liberté et de la justice, et le camp de la réaction de l’opportunisme et de l’injustice.
Dialoguer avec le régime de Ould Taya est une aventure porteuse de tous les périls. A-t-on oublié que ce même régime est responsable de tueries de ses propres citoyens, de déportations honteuses, de la persistance de l’esclavage et de pillage des richesses de ce pays?
Négocier avec ce régime c’est bafouer la mémoire des victimes et légitimer la barbarie. Plus grave, c’est donner à ce régime une légitimité qu’il n’a jamais eu et qu’il n’aura jamais.
Quand on a comme interlocuteur une véritable machine à produire du vent, de l’absurde et du faux on ne peut récolter que la désillusion et les mirages.
Quelle devrait-être la stratégie de l’opposition radicale compte tenu du contexte évoqué plus haut?
DOGUI: L’opposition radicale doit se préparer à l’affrontement et à la confrontation ouverte avec ce régime. Pour cela elle doit travailler à mobiliser les populations à la désobéissance civile non-violente, celle qui a eu raison des dictateurs de la trempe de Ould Taya ( Misolevic et le Général Guei). Parallèlement elle doit continuer le travail de dénonciation à l’extérieur en vue de couper les derniers soutiens dont bénéficie ce dictateur.
En agissant ainsi l’opposition pourra isoler ce criminel et créer les conditions nécessaires pour précipiter sa chute.
L’unité d’action des composantes de l’opposition radicale devrait-elle à votre avis déboucher sur une alliance structurelle?
DOGUI: Nous pensons que la création d’une structure sous forme d’alliance ou de pôle des forces progressistes est nécessaire pour, d’une part rendre plus efficace tous les actions et d’autre part faire échec à toutes les manœuvres du pouvoir. Le but recherché est de se retrouver ensemble pour faire triompher l’idéal collectif, tout en gardant chacun son identité et ses convictions politiques pour le grand bien du pluralisme.
Depuis quelques temps nous assistons à un discours “réformiste” sur la question nationale et qui tente à minimiser le caractère ethno-raciste du système et le problème de l´esclavage dans notre pays que pensez vous de ces deux problèmes ? sont-ils des réalités aujourd´hui en Mauritanie ou des “simples fond de commerce d´une certaine opposition en perte de thèmes de campagne ” comme disent les partisans du Système ?
DOGUI: Tout changement qui n’apporte pas des solutions radicales aux problèmes majeurs qui minent notre pays, à savoir le racisme et l’esclavage n’est pas un changement !
En Mauritanie, le vrai débat sur le changement est là. Maintenant que l’on soit d’accord ou pas c’est une toute autre affaire. Chacun juge selon ses affinités, ses convictions quand il en a ou selon ses intérêts. Seulement voilà la politique politicienne, elle, se poursuit sous nos yeux, indifférente aux appels, sourde au débat, fixée uniquement sur ses ridicules réflexes et ses petits calculs.
Ceci dit et afin de donner un sens et une véritable chance de réussite à l’idée de changement, des démocrates sincères ont déjà engagé ce débat, il s’agit maintenant de lui assurer la mobilisation dont il a besoin : la participation de tous.
Que vous inspire aujourd´hui la situation des déportés mauritaniens au Sénégal et au Mali.
DOGUI: Une profonde indignation devant cette conspiration du silence qui tente de banaliser l’intolérable, de cacher l’immonde et d’installer l’oubli et l’indifférence. Un régime qui dépossède, humilie et déporte ses propres citoyens commet la plus haute abomination contre l’Homme, la pire et la plus irréversible des atteintes aux Droits de l’Homme. Nous continuerons à lutter pour leur retour dans la dignité. Tout comme nous continuerons à lutter pour traduire le sinistre criminel Ould Taya devant la justice afin qu’il serve de leçon aux apprentis barbares. Une lutte pour les droits de la vie, le droit à la vie digne de tous. Ensembles et différents.
Avez-vous un dernier mot à dire à nos compatriotes et à nos militants?
DOGUI: j’aimerais exprimer ici toute ma solidarité, ainsi que celle de mes compagnons de lutte, avec nos soeurs et nos frères des FLAM, ainsi que tous les démocrates sincères, les militants des Droits de l’Homme en Mauritanie (AMDH, SOS-ESCLAVES…), les journalistes, les syndicalistes qui mènent, chacun à sa manière, la lutte pour l’intérêt suprême de ce pays que nous aimons tant.
Je vous remercie.
La lutte continue.
Propos recueillis par K. Touré et A. Thiongane
www.flamnet.info
Archives FLAMNET : 08 novembre 2000.
Hommage à mon frère Youssouf DIAGANA (1958 – 2012) Par Boubacar DIAGANA[1]
You. C’est ainsi que l’appelaient ses innombrables connaissances de toutes nationalités du campus universitaire de Dakar où il a atterri en septembre 1980, nanti d’un baccalauréat Série A pour suivre des études de Lettres. L’homme était simple, jovial, accessible de tous. Tous sont frappés par son côté relationnel, chacun le partageant de façon particulière. Après l’obtention d’une maitrise, il postule en été 1984 auprès du Ministère de l’Education Nationale à la fois pour un poste d’enseignant du secondaire et pour une bourse de troisième cycle. Le Ministère de tutelle opte pour le second choix et Youssouf embraye alors pour des études de troisième cycle. S’en est suivi donc logiquement un DEA en littérature africaine en 1985 et une inscription en thèse en 1986.
Cette période correspondra avec la venue à Dakar d’un premier contingent d’élèves et étudiants noirs Mauritaniens fuyant le régime de Maawiya Ould TAYA pour trouver refuge au Sénégal. Pour ceux qui ont été accueillis à la cité universitaire, la chambre de Youssouf sera un lieu de convergence. La politique n’est pas son truc, mais la détresse des siens ne le laissait point indifférent. Il leur apportera tout ce qu’il pourra comme aide et soutien.
Cela parait dérisoire, mais nombreux sont ceux qu’il introduira au resto U malgré l’absence du bénéfice de la codification de leur carte d’étudiant pour pouvoir se restaurer avec un ticket subventionné que Youssouf leur offrait gracieusement en réussissant au passage à déjouer la vigilance du contrôleur à l’entrée de ce lieu. Quand le contrôle devenait plus rigoureux, il trouvait toujours le moyen d’externaliser son plateau personnel pour le partager avec le, voire les invités du jour. Ce qui fait dire à mon ami Ciré BA que Youssouf était notre « Abbé Pierre ».
Bref, chez lui, c’était la graille en continu et le thé coulait à flot. Vu de l’extérieur, l’atmosphère dans sa chambre sur le temps du midi, donnait de lui l’image d’un « ambianceur », d’un bon vivant. En réalité, l’homme était simplement un humaniste, traduisant dans les faits le devoir qu’a tout bon croyant d’assister son prochain nécessiteux. Pas étonnant, car ce caractère reflète l’éducation maraboutique qu’il a reçue de son père dans son Kaédi natal, alternant enseignement coranique et école moderne. Il eut le temps de parcourir deux fois le texte du Saint Coran et d’étudier les fondamentaux du droit et de la jurisprudence islamique : Al Aqdari, Al Mouqaddamatoul Al Iziyya, Al Rissala 1 et 2.
Les agréments de la vie d’étudiant ainsi que la rigueur demandée par les études dans la prestigieuse Université Cheikh Anta Diop ne l’ont pas pour autant dévié de sa voie éducationnelle. Ainsi dormait-il le soir bercé par les sonorités des plus beaux lecteurs du Saint Coran. Tout comme, il paracheva lui-même l’enseignement islamique reçu : il revisita notamment Al Mouqaddamatoul Al Iziyya en 1987 pour en tirer la quintessence. Fin connaisseur du Saint Coran, il aimait en psalmodier des morceaux choisis à la mode Soudeïss ou Abdel Basset Abdessamad presque à la perfection. La Waaqiâ (l’Echéante ou l’Evènement selon les traductions, en tout cas la sourate 56 du Saint Coran) était peut être sa préférée. Il aimait la réciter souvent lors de la dernière prière du soir.
Son érudition frappera son directeur de thèse, le Pr. Madior DIOUF qui, concluant son propos liminaire à la suite de la soutenance de Youssouf, reprend pour le public et les membres du jury une citation tirée du Coran et couchée par l’auteur sur la première page de son document : « ALHAMDOU LILLAHI LéZI HADA NA LIHâZA. WA MA KOUNNA LI NAHTADIYYA, LAW Lâ AN HADâNA ALLAH » (Louange à Allah, qui nous a guidé à ceci. Nous n’y serions parvenus si Allah ne nous avait guidé, aidé). Et M. DIOUF d’en déduire que cette citation à elle seule traduisait la grande capacité de son étudiant à décrypter les textes y compris les plus chargés en contenu. Cette capacité valide par la même occasion le travail scientifique qu’il soumettait à leur appréciation du jour.
Youssouf était un esprit sain dans un corps sain. Grand sportif devant l’éternel, il s’adonnait pèle-mêle au footing matinal sur la corniche, au football, à la pétanque comme au handball. Dans cette dernière discipline, il intègrera même l’équipe du Dakar Université Club pour les entraînements.
Diabolique. C’est le qualificatif que lui vaut, de la part de ses camarades du lycée, sa capacité à se sortir des situations les plus complexes.
Youssouf exerça le métier d’enseignant dans plusieurs établissements de Dakar et sa région avant que ne lui soit ouverte la perspective cap-verdienne où il enseigna la littérature africaine à l’Université de Praia. C’est dans ce pays, qu’il fut rappelé à Allah. Il laisse une veuve, deux enfants et un grand vide dans nos cœurs.
Puisse Allah, le Très Miséricordieux lui accorder Son pardon et lui ouvrir grandes les portes de Son paradis. Amine
BOUBACAR DIAGANA
Source: BA CIRÉ.
Ci-dessous le communiqué officiel publié par les autorités de l’Université de Praia annonçant le décès, avec traduction en français.[3]
Comunicado de Falecimento[4]
Terça, 06 Março 2012 16:06
O Conselho Directivo do Departamento de Ciências Sociais e Humanas da Universidade de Cabo Verde (Uni-CV) tem o doloroso dever de comunicar a toda a Comunidade Académica, bem assim a Comunidade Mauritaniana residente no País, que faleceu esta manhã, no Hospital Dr. Agostinho Neto, Praia, o DOUTOR YOUSSOUF BOUBACAR DIAGANA, natural da Mauritânia, docente do Curso de Francês desde 2008.
O Funeral partirá às 17 horas desta terça-feira, 06 de Março, da Casa Mortuária em direcção ao Cemitério da Várzea.
TRADUCTION:
Communiqué de décès Mardi 06 mars 2012 Le conseil directif du département de sciences sociales et humaines de l’Université de Cap Vert (Uni-CV)A la douleur d’annoncer à toute la communauté Académique, ainsi qu’à la communauté Mauritanienne résident dans le pays. Le décès, intervenu ce matin à l’hôpital Dr. AGOSTINHO Neto, Praia, du Docteur YOUSSOUF BOUBACAR DIAGANA, ressortissant Mauritanien, Professeur de français depuis 2008. Les funérailles partiront à 17h ce mardi 06/03/2012 de la morgue en direction du cimetière de VARZEA.
«L’enfer du Ksar» : Témoignage des étudiants négro-mauritaniens ex-détenus au commissariat du Ksar
ALAKHBAR (Nouakchott) – «Tuez les, jetez les au diable, éloignez moi de cette bande» hurlait, comme un drogué, le commissaire du Ksar I à ses tortionnaires. Obéissants, ces bêtes féroces nous infligeaient toute sorte de tortures. On en avait droit cinq fois par jour. Tordus de douleurs, on criait pleurait et les menottes de plus en plus resserrées autour de nos bras», raconte Kebe, un étudiant de la 4ème année Droit entouré de cinq de ses camarades qui, amaigris, affirment tous avoir vécu «L’enfer du Ksar».
«L’enfer du Ksar» a débuté le 12 février à Nouakchott avec des arrestations ciblées contre les étudiants négro-mauritaniens, selon les étudiants «Ils ont perquisitionné des domiciles des étudiants et fouillé de fond en comble le registre des membres du SNEM, syndicat national des étudiants mauritaniens. Pourtant nous étions une coalition de syndicats composée de maures et de noirs de garçons et de filles», poursuit Kebe, qui promet de dire toute la vérité défiant au passage «les éventuels agents secrets dans la salle.» Et Kebe de souligner : «Tout s’est passé avec la complicité du Recteur de l’Université, qui a fourni des informations sur nous et du directeur de la sûreté régionale, qui a transmis nos dossiers au commissaire de police du Ksar I, ce tortionnaire qui date de l’Epoque Ould Taya.»
«Les tortionnaires étaient composés essentiellement de Harratin et de maure blancs, nous avons retenus quelque noms : Cheikh, Doudou, Oumar Gueye, Dolf et Didi, le chef de la Brigade de Recherche des Bandits. Ses noms et d’autres nous les dénonceront dans un rapport aux représentants diplomatiques et aux ONG de Droit de l’homme. Comment un pays signataire des conventions contre la torture, puisse procéder à de tels actes de barbaries», s’insurge Kebe.
Kebe d’ailleurs qui a été cueilli devant le commissariat de Dar Naïm, se souvient : «Pendant qu’on formait un groupe devant le commissariat, quelqu’un vient me demander d’entrer saluer une camarade détenue. J’ai hésité avant d’entrer. Une fois à l’intérieur, un numéro privé m’appelle ; je décroche mais la personne ne parlait pas. Subitement un policier me prend par la main et conduit au commissaire. Et vers une heure du matin, un autre membre du SNEM, Bocar Diagana, menotté, arrive au commissariat avant qu’on soit transférés au commissariat du Ksar I. il y avait déjà Ilot et Samba Soumaré très fatigués.»
«Nous étions tous les six déshabillés, jetés dans deux cellules obscures, remplies de déchets et puant d’urine. Ils avaient enlevé les menottes à notre arrivée, pour les remettre plus tard avec les mains derrière. Là ça faisait très mal ; on voulait qu’ils desserrent un peu, on s’est mis donc à taper à la porte, mais personne n’est venue à notre secours, c’est ainsi qu’on est resté debout jusqu’au matin.»
Le lendemain au moment de l’interrogation, Didi et son équipe passent aux choses sérieuses : on était couchés sur le ventre, les yeux bandés, les jambes attachées par un turban noir et les mains menottées dans le dos. Il y a avait quelqu’un dont le seul rôle était de resserrer les menottes à chaque instant. Et après chaque phase de torture, on était de nouveau présentés au commissaire qui demandait toujours si nous avions brûlé les bus. Finalement ils nous obligeaient de rester debout de 18 heures jusqu’au lendemain, ce en nous menottant et accrochés aux grilles.»
«Après le ton bédouin et raciste du commissaire, une voix intellectuelle mais trompeuse retentit, c’était celle du directeur de la sûreté régionale. Il venait tard dans la nuit nous dire : ‘’je vous considérerai de simple enfants si vous dites la vérité que vous avez brûlé les bus, sinon on vous considérerez comme des hommes et on vous fera subir le même traitement qu’aux adultes.»
«Venu le jour où on devait nous déférer au Parquet, le directeur de la sûreté et le commissaire nous forcent de signer un procès-verbal dont on ignore jusqu’à présent le contenu, parce qu’il était écrit en Arabe. Ils nous ont par la suite lu une soi-disant liste des noms de ceux, parmi les étudiants, qui auraient brûlé les bus, pour nous demander de rester cohérents et répéter les mêmes noms des devant le Procureur. À ce dernier nous avons plutôt fait savoir que des mégots de cigarettes ont été écrasés sur nous. Mais il ne s’est pas donné la peine de noter cela. Il a en revanche libéré les 19 étudiants sauf nous six avant de dire qu’il nous envoie en prison conformément aux articles 90 et 91 du Code pénal.»
On nous a amené donc à la prison centrale où on est accueillis par le capitaine qui nous a promis de préserver notre dignité et nous a demandé ceci : «Ne vous approchez de ces Salafiste et de ces drogués qui sont là.» A la fin de l’accueil, on est jeté dans une cellule où se trouvaient des gens bizarres intrigants. On avait tous les six la trouille au ventre ; on a donc décidés de rester en bloc même pour faire nos besoins. Après c’était le défilé des autres détenus devant nous ; l’un deux nous raconte son histoire : «Je suis là, parce que j’ai tué un Sénégalais quelque part». Un autre meurtrier qui depuis onze longues année est en prison se présent à nous. Mais il y avait également d’autres, frappés par l’injustice, et les salafiste qui entretenaient de bonnes relations avec nous. Certains nous conseillaient, on a même reçu des Droit dans cette prison.»
Enfin le jour de la liberté ! Le directeur de l’administration pénitentiaire nous demande de signer notre liberté provisoire. On a exigé la présence d’abord de nos avocats. «Vos avocats ne sont intéressés que par l’argent», réplique-il en accusant notre syndicat le SNEM d’être affilé aux FLAM, TPMN et à IRA-Mauritanie. Et notre réponse était : «Nous feront toujours appel à eux quand les choses nous dépassent.»
Nous venons d´apprendre avec une grande tristesse le décès de notre compatriote, ami et camarade Mohamed Ould DOGUI, membre-fondateur du FAAS (Front arabo-africain du salut), un des pionniers de la lutte électronique en Mauritanie pendant les années de braise sous Ould Taya, un opposant acharné au Système, un homme du refus et militant infatigable des droits humains.




