Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

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FLAMNET-RÉTRO: Oualata : chronologie funèbre par Boye Alassane Harouna- Écrivain et rescapé de Oualata.

altSeptembre 1986. L’arrestation, le jugement et l’emprisonnement des cadres et militants des FLAM marquent le début d’une répressionn systématique des Négro-africains. Octobre 1987. Arrestation d’officiers et sous-officiers négro-africains pour tentative de coup d’État.
18 novembre 1987. Ouverture de leur procès. Ils sont jugés, trois d’entre eux, les lieutenants Sarr Amadou, Bâ Seïdy et Sy Saïdou, exécutés le 6 décembre 1987. Radicalisation de la répression systématique du pouvoir raciste de Nouakchott. Elle connaîtra son apogée en 1989-1990, avec les massacres et les déportations des Négro-africains vers le Sénégal et le Mali.

8 décembre 1987, vers 23 heures 30. Les 33 cadres et militants des FLAM emprisonnés depuis 1986 à la prison de Nouakchott et les 35 militaires qui viennent d’être jugés et condamnés à de lourdes peines sont regroupés au Centre émetteur de Nouakchott. Ils sont transportés, menottés, au fort de Oualata où ils seront incarcérés.

9 décembre 1987, dans la nuit. Les 68 détenus politiques Négro-africains (auxquels on a «adjoint» une poignée de détenus de droit commun) débarquent dans le Fort mouroir de Oualata.

Après seulement 8 mois et 17 jours de détention, commence, consécutive à des conditions de détention inhumaines, la «série noire». En 33 jours, quatre de nos compagnons vont mourir. Soit un mort tous les huit jours.

26 août 1988, à 15 heures 5 : mort de Bâ Alassane Oumar ;
2 septembre 1988 : mort de Ten Youssouf Guéye ;
13 septembre 1988 : mort de Bâ Abdoul Khoudouss ;
28 septembre 1988 : mort de Djigo Tabssirou ;

Voilà 18 ans que sont morts nos compagnons d’infortune. Morts pour avoir dénoncé le racisme d’État ; morts pour avoir affirmé la volonté d’instaurer une Mauritanie égalitaire ; morts à cause des conditions de détention bestiales, d’un système carcéral raciste ; morts loin des leurs, de leurs parents, familles, amis et proches ; morts sans que ces êtres qui leur sont chers aient eu la possibilité de poser sur eux un dernier regard d’adieu, de leur rendre les derniers devoirs…

À ces morts, morts dans de telles conditions, morts pour de telles raisons, que leur doivent leurs anciens compagnons rescapés, encore vivants !? Au moins une chose : le devoir de mémoire ; maigre consolation – pourrait-on dire – pour les parents et proches des défunts qui s’en seraient volontiers passés ; devoir auquel nous ne pourrions nous dérober, mais dont l’accomplissement ne nous procure guère de réjouissance : car l’instant de souvenir réservé aux morts qui nous sont chers s’accompagne toujours d’un pincement au coeur. Pincement au coeur d’autant plus vif qu’abominables furent le plus souvent les conditions dans lesquelles ces êtres chers trouvèrent la mort.. Ils leur doivent, leurs compagnons rescapés, de perpétuer leur souvenir, de leur rendre hommage, de rappeler les causes et les conditions de leur mort. Et à bon escient, car le processus démocratique en cours, aussi loin qu’on veuille remonter dans le passé pour en cerner les facteurs déclencheurs, tire ses origines aussi, et sans doute surtout, de ces morts et de toutes celles qui, à l’échelle du pays, eurent lieu du fait de la répression raciste.

Août -septembre 1988, août-septembre 2006 : à l’occasion du 18ème anniversaire de la mort de nos quatre compagnons de détention, Bâ Alassane Oumar, Ten Youssouf Guéye, Bâ Abdoul Ghoudouss et Djigo Tabssirou, nous publions, en quatre parties, les extraits de J’ÉTAIS À OUALATA – Le racisme d’État en Mauritanie, relatifs aux circonstances de leur décès.

 

1ère partie : la mort de Bâ Alassane Oumar

«Ce sera le 26… » ou le début de la série noire 

   

alt«Le béribéri avait littéralement investi notre dortoir. Presque tous les détenus en présentaient les signes. Une quinzaine en était gravement victime. Incapables du moindre effort, ceux-ci étaient cloués sur place. Défigurés par le gonflement pour certains, par la maigreur pour d’autres, tous étaient presque méconnaissables. Sans assistance, ils étaient incapables de se mouvoir. Pour se déplacer, y compris pour aller aux W-C, il leur fallait s’appuyer sur l’épaule de l’un de leurs camarades.
Parfois, en raison de la faiblesse extrême des malades, il fallait s’y mettre à deux pour les assister. Le détenu avait beau être malade au point d’en être paralysé, son état, fût-il manifestement critique, il n’était jamais acquis d’avance qu’il fût transféré par les geôliers, comme nous le verrons avec la mort de Bâ Abdoul Ghoudouss.
 

Par rapport à notre régime carcéral, aucune lueur de changement n’était visible à l’horizon. L’alimentation demeurait la même au plan quantité et qualité. Le «Gnankata» de plus en plus exécrable était toujours là. Les soins n’existaient toujours pas. Malgré tout, les travaux étaient maintenus. Le béribéri et autres maladies qui rongeaient les détenus, les malades dont le nombre augmentait sans cesse, l’inexistence de médicaments, tout ceci semblait être la dernière des préoccupations de nos geôliers. Dans de telles conditions, à moins d’un miracle peu probable, il devenait de plus en plus clair que la mort n’allait plus tarder à frapper. Il fallait, pour ne pas percevoir une telle perspective morbide, être aveuglé par de folles espérances. En réalité, pour beaucoup d’entre nous, la question de savoir s’il y aurait des morts ne se posait plus.
Elle était dépassée. Il s’agissait présentement de savoir quand et combien de morts il y aurait au bout de l’épreuve ? Mais s’il est vrai que pour bon nombre d’entre nous, nos conditions de détention suggéraient de telles questions, nous étions loin de penser que huit mois et seize jours après notre arrivée dans le fort de Oualata, nous serions frappés, dans l’espace d’un mois seulement, par plusieurs deuils. Cela commença le 26 août 1988. Ce jour, à 16 heures5, Bâ Alassane Oumar rendit l’âme.

L’homme était naturellement agréable, sympathique et plein de noblesse. Il était de cette espèce humaine, capable d’entretenir de bons rapports avec des personnes aussi variées qu’antinomiques. Qu’on soit chaleureux, expansif, taciturne ou volubile, courtois ou vulgaire, patient ou irascible, on trouvait toujours auprès de Bâ Alassane Oumar compréhension, douceur et agréable compagnie. Ainsi il vécut en liberté. Ainsi il vécut en détention. La prison, malgré ses rigueurs, ses privations, n’y changea rien. Il s’éteignit comme il vécut : avec douceur et noblesse.

Comme beaucoup de détenus, l’adjudant-chef Bâ Alassane Oumar avait fait une méchante diarrhée à Jreïda. Cependant la sienne avait refusé de le lâcher. Il en avait beaucoup dépéri. Il traînera cette diarrhée avec lui jusqu’au fort-mouroir de Oualata. Là où le «bien-portant» se consumait inexorablement, que pouvait devenir l’organisme déjà si fébrile de Bâ Alassane Oumar ? À cette diarrhée qui le pressait étaient venus s’ajouter le béribéri et sans doute d’autres maladies. Il maigrissait de jour en jour. Son état était tel que, dès le début, nous l’exemptâmes de tous les travaux. Mais pour qu’il recouvrât sa santé et qu’il retrouvât ses forces, il lui fallait des soins appropriés et suivis. Ils ne lui furent pas donnés. Il lui fallait une alimentation saine.

Elle ne lui fut jamais donnée malgré nos demandes répétées. Pour résister au mal qui le rongeait, ne pas se laisser abattre par lui, Bâ Alassane Oumar n’avait que son courage moral. Quand sa douleur se faisait moindre, il se déplaçait dans la salle. C’est dans le cadre de ses déplacements qu’un jour, à notre place, Bâ Mamadou Sidi et moi, il raconta son rêve déjà évoqué, dans lequel le vieil homme en blanc lui disait : «ce sera le 26… ». Quand il s’en sentait capable, il aimait sortir avec les groupes de travail, pour se dégourdir les jambes. Mais ces moments où l’envie et la force lui permettaient de tels déplacements étaient éphémères. Et ils se raréfiaient à mesure que le temps s’écoulait et que le mal le tenaillait. Alors Bâ Alassane s’alitait. Sa maladie fut longue et pénible. Il la développa dans un dénuement total, sans alimentation, sans soins, sans même une perspective de guérison. Sans doute que pendant les derniers jours qui précédèrent sa mort, lui-même avait pressenti que sa fin était proche. Et pourtant, jamais il ne s’est départi de son calme. Pas un instant il ne prit prétexte de sa maladie pour faire prévaloir une quelconque exigence. Quelle dignité ! Quelle noblesse ! Que celles de Bâ Alassane Oumar. Noblesse dans la privation, dans la douleur. Dignité devant la maladie et la perspective presque certaine d’une mort imminente. Pendant les huit mois et seize jours qu’il vécut dans le fort-mouroir de Oualata, il resta plus assis, couché que debout. Marcher ? Il ne le fit que très rarement.
Dans la dernière semaine du mois d’août, il nous sembla que son état s’empirait. Nous pensions que c’était passager et qu’il allait se rétablir. Mais le 26 août 1988 dans l’après-midi, sa respiration devint si difficile qu’un groupe de camarades vint à son chevet. Ses difficultés respiratoires croissaient de plus en plus. Visiblement Bâ Alassane Oumar agonisait. Et puis, au terme d’un ultime effort pour respirer, il rendit l’âme. Il était 15 heures 5. Aussitôt la nouvelle fit le tour de toute la salle. Elle nous plongea dans une profonde tristesse. Nous informâmes nos geôliers.

En même temps, nous leur demandâmes, après qu’ils eurent constaté le décès de notre camarade, l’autorisation de nous occuper de toute la cérémonie funéraire : le lavage et l’enterrement du défunt selon les prescriptions islamiques.
Notre demande fut acceptée. Une liste définissant nos besoins pour l’exécution de la cérémonie funéraire fut établie. Elle comprenait sept mètres de tissu de percale pour le linceul, du parfum pour parfumer le linceul, une aiguille et du fil pour coudre les différentes parties du linceul, du savon pour laver le corps du défunt.

Cette liste fut remise au brigadier Moustapha, bras droit du régisseur. Le nécessaire, aussitôt réalisé sur le marché de la ville, fut remis à notre imam Djigo Tabssirou qui dirigera toute la cérémonie funéraire.

Pendant ce temps, il régnait dans le fort une grande agitation. Nos geôliers semblaient déboussolés par la mort de notre camarade. Ils nous parurent avoir perdu subitement de leur superbe. Leurs gestes devinrent mesurés, leurs voix calmes, leurs propos sans agressivité. Était-ce par respect pour la mémoire du défunt et notre deuil ? Ou était-ce le résultat d’un événement inattendu pour eux, et pour lequel ils n’étaient pas préparés ? Aussitôt le constat du changement d’attitude de nos geôliers fait, nous ne nous attardâmes point à en savoir les causes réelles.
Nous étions convaincus que de toutes les façons, il n’était que passager.

Le corps du défunt fut transporté dans l’antichambre qui menait aux WC. Là, il fut déposé sur une large planche. Djigo Tabssirou, notre imam, renforcé par un groupe de camarades, effectua la toilette funéraire du défunt. Quand la séance de lavage du défunt fut achevée, quand son corps fut enveloppé dans le linceul et que celui-ci fut abondamment parfumé, nous informâmes nos geôliers que nous étions prêts à accompagner notre camarade dans sa dernière demeure.

À cent mètres au nord-est du fort se trouve un cimetière. Y reposent dans l’anonymat le plus complet quelques détenus de droit commun. Ce cimetière nous fut indiqué par les geôliers. C’est là que devait être inhumé le corps de notre compagnon. Nous l’y transportâmes.
Excepté les malades incapables de se déplacer, tous les détenus formèrent une colonne. Et dans un silence tout religieux, escortés par les gardes, ils prirent la direction du cimetière. Quelques camarades chargés de creuser la tombe du défunt s’y trouvaient déjà. Une fois au cimetière, le corps du défunt fut déposé sur une couverture. Face à lui, nous formâmes plusieurs rangées. Et, sous la direction de notre imam Djigo Tabssirou, la prière à l’intention des morts fut accomplie. Un garde l’effectua avec nous. Lorsque celle-ci fut terminée, le corps du défunt fut introduit dans la tombe qui fut entièrement recouverte de terre. Ensuite, tous regroupés autour de la tombe de notre compagnon, et toujours sous la direction de notre imam Djigo Tabssirou, nous récitâmes quelques versets coraniques pour le repos de l’âme du défunt.

Pendant que certains camarades cassaient quelques branches d’arbres pour les mettre sur la tombe du défunt, les autres, assis par petits groupes, attendaient. À les voir ainsi attendre, on eut dit qu’ils auraient aimé prolonger leur attente pour tenir plus longuement compagnie à leur camarade défunt qu’ils ne reverront plus, et sur la tombe de qui, il était peu sûr qu’ils eussent la possibilité de revenir prier.

Assis à côté de Bâ Mamadou Sidi, je méditais. Sur quoi pouvait-on méditer en pareille circonstance, face à la mort ? Sur ce constat simple et limpide mais dont l’évidence ne semble frapper l’esprit, comme pour le rappeler à la réalité, que lorsqu’on y fait face, lorsqu’on s’y trouve confronté : sur ce que la vie a de passager et d’éphémère. Sur ce constat que, qu’ils soient riches ou pauvres, savants ou incultes, souverains ou sujets, quel que soit leur statut social, morts, tous les individus demeurent égaux quant aux traitements dont ils bénéficient en ce bas monde : prières et enterrement. Je pensais aussi au défunt, aux siens qui ne le reverront plus. C’est alors que, par association de pensées, je constatai que nous étions le 26 août 1988. Or, dans le rêve qu’avait fait Bâ Alassane Oumar, on se rappelle que le vieil homme en blanc lui avait dit : « ce sera le 26… ». Sa mort eut lieu le 26 août 1988. J’interrompis mes pensées et, m’adressant à Bâ Mamadou Sidi, je lui dis : «Te rappelles-tu le rêve de Bâ Alassane dans lequel, nous disait-il, un vieil homme s’était présenté à lui et lui avait dit “ce sera le 26…” » ?- Oui, je m’en souviens bien, me répondit Bâ Mamadou Sidi.

– As-tu fait la comparaison entre cette date et celle d’aujourd’hui : 26 août 1988 ?
– En effet nous sommes bien le 26 août, me dit Bâ Mamadou Sidi.

Nous nous tûmes. L’étrangeté de la coïncidence des dates se passait de commentaires. Était-ce cette mort que par insinuation le vieil homme en blanc voulait annoncer à Bâ Alassane Oumar quand il lui dit : « ce sera le 26… » ? Étrange rêve ! Étrange coïncidence de dates !

Le soleil s’apprêtait à se coucher quand nous regagnâmes notre salle. Le lendemain matin, tous les maigres effets du défunt : vêtements, couverture, etc., furent rassemblés. Une équipe de détenus se chargea de laver ce qui devait l’être. Le tout fut arrangé dans un sac qui devait attendre des jours meilleurs pour être remis aux parents du défunt.

Le décès de notre camarade, conséquence directe des conditions de détention épouvantables, ne semblait pas engendrer dans l’immédiat une quelconque amélioration de notre situation ni sur le plan alimentaire, ni sur le plan sanitaire.

La vie carcérale reprit son cours habituel : travaux chaque jour, «Gnankata» matin et soir. Mais, même si cela ne se disait pas à très haute voix, il était clair pour beaucoup de détenus que la mort de l’adjudant-chef Bâ Alassane Oumar n’était, hélas, que le début d’une série noire qui pouvait être très longue. À moins que des améliorations significatives et durables soient introduites dans notre régime carcéral.».
 
 
Boye Alassane Harouna

Le 25 août 2006. www.flamnet.info

[1] J’ÉTAIS À OULATA- LE RACISME d’État EN MAURITANIE- Page 124 à 129.
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Gaye Silly SOUMARE (1930 – 2012) : Un acteur majeur de la construction nationale s’est éteint

altGaye Silly Soumaré s’est éteint le mercredi 18 juillet 2012 à Nouakchott dans l’indifférence presque totale. Pourtant, l’homme fut un des acteurs majeurs de la construction de la Mauritanie. Si les propositions relatives à la cohabitation nationale du comité paritaire qu’il a présidé en 1958, après le congrès d’Aleg, avaient été explorées et prises en compte par les politiques, notre pays aurait peut être fait l’économie des tragédies connues.

Homme d’Etat au parcours exceptionnel, un des premiers administrateurs civils mauritaniens, militant anticolonial dans sa jeunesse, Gaye Silly Soumaré mérite un hommage national.                                                                                                                                            

 Le contexte politique de son engagement

Né en 1930 à Wompou, au Guidimakha, il a effectué sa scolarité au collège de Rosso avant d’intégrer l’école Normale William Ponty au Sénégal où il a obtenu le baccalauréat en 1951, puis un Certificat d’Aptitudes Pédagogiques (CAP) en 1953. Il exercera le métier d’instituteur jusqu’en 1957. Il fit ses premiers pas politiques, la même année, comme membre du bureau politique de l’Association de la Jeunesse Mauritanienne (AJM) fondée le 24 novembre 1955 à Rosso.

L’AJM était animée par des jeunes comme Mohamed Ould Cheikh, Ahmed Baba Ould Ahmed Miské, Tiécoura Dembelé, Yacoub Ould Boumédiana…, en rupture de banc avec les adultes de la maison mère, l’Union Progressiste Mauritanienne. Sensibles aux luttes de libération dans les colonies, les jeunes militants de l’AJM s’étaient fixés comme programme : « réaliser l’unité de tous les jeunes mauritaniens sans discrimination…. en vue de contribuer à l’éducation culturelle et civique des populations , de réaliser les objectifs et les aspirations légitimes du peuple à la dignité, au savoir, à la liberté et à l’égalité sociale, de combattre le népotisme, l’ignorance, le régionalisme, les séquelles de l’impérialisme et les visées du néocolonialisme ». L’AJM ne survivra pas aux coups de l’UPM et donnera naissance à la Nahda.

Cette expérience forgera la future carrière de Gaye Silly Soumaré lorsque souffle le vent des reformes politiques instituées par la Loi – Cadre en 1957 (loi dite Defferre, adoptée le 23 juin 1956) accordant l’autonomie interne aux territoires d’Outre–mer. Il répondra en 1958 à l’appel de regroupement de Mokhtar Ould Daddah élu Vice – Président du Conseil de Gouvernement (premier gouvernement de Mauritanie) en Mai 1957. L’existence de la Mauritanie, dans ses frontières actuelles, était menacée surtout par des visées territoriales du royaume chérifien qui avait trouvé un allié en  la personne de Horma Ould Babana. Le président de l’Entente Mauritanienne, après sa défaite à la législative de 1956, trouva refuge au Maroc d’où il mena des attaques armées contre la Mauritanie jusqu’à la veille de l’indépendance.

Le Congrès d’Aleg qui lui a confié une mission de consolidation de l’unité nationale révèle un homme de dialogue et de consensus   

C’est dans ce contexte que fut convoqué et organisé le congrès d’Aleg du 2 au 5 mai 1958 pour préparer l’indépendance de la Mauritanie dans sa forme actuelle. Pour cela, Mokhtar Ould Daddah, chef du parti de l’Union Progressiste Mauritanie (UPM), pris soin d’inviter toute l’opposition intérieure – y compris ce qu’il reste de l’Entente Mauritanienne – à créer un rassemblement à travers sa formule restée célèbre « Faisons ensemble la patrie mauritanienne ».

Ce congrès verra donc la participation de tous les poids lourds de la politique de l’époque qui optent pour :

–          participer à la communauté française avec option pour l’indépendance

–           créer un nouveau parti, le Parti du Regroupement  Mauritanien (PRM), qui remplace l’UPM, et deviendra le Parti du Peuple Mauritanien (PPM)

–          désigner un comité paritaire (quatre noirs et quatre maures) chargé de faire des propositions sur la cohabitation nationale, présidé par Gaye Silly Soumaré et Mohamed Ould Cheikh. Les conclusions de ce comité sont restées lettres mortes, enfouies dans les tiroirs du PPM.

La non application de ces recommandations, conjuguée à une volonté politique de non prise en compte la lancinante question de la cohabitation, eurent pour conséquences à court, moyen et long termes :

–          La création en juillet 1959 et en 1960 de deux partis à assises régionalistes. D’un côté l’Union Nationale Mauritanienne (UNM) qui entendait « préserver les liens historiques avec la Fédération du Mali » et de l’autre l’Union Socialiste des Musulmans Mauritaniens (USMM), une formation politique plutôt implantée à Atar.

–          En 1963, plusieurs cadres noirs, déçus de la suite réservée aux résolutions du congrès fondateur d’Aleg, regroupés au sein de l’Union Générale des Originaires de la Mauritanie du Sud (UGOMS) écrivent en substance ceci au Président de la République « Nous ressortissants de la Mauritanie noire, adjurons le Congrès, le Parlement et le Chef de l’Etat de réviser immédiatement les structures de l’Etat, dans un sens Fédéral pour répondre à la volonté du pays ».

–          En février 1966 c’est au tour de 19 cadres noirs de rédiger le manifeste dit des 19, un manifeste qui inspire un autre vingt ans plus tard ….. Puis 1986, 1989……..

Conscient de la situation, Gaye Silly Soumaré sera un des rares Maires à protester officiellement en 1989, en écrivant au Président de la République de l’époque pour dénoncer et demander l’arrêt des exactions commises contre ces administrés du village de Wompou.

 

Un homme d’Etat, à la carrière bien remplie, paradoxalement peu connu

Ayant répondu à l’appel au rassemblement, Gaye Silly Soumaré fut nommé en mai 1958 chef de cabinet du Ministre de l’Urbanisme. Il a occupé depuis de hautes fonctions de l’Etat en rapport avec son diplôme de droit et d’administration publique (cadre des administrateurs civils)  obtenu au tout début des années 60 à la prestigieuse Ecole Nationale de la France d’Outre–mer qui devient l’Institut des Hautes Etudes d’Outre–mer.

A son retour en Mauritanie, il exerce tour à tour dans l’administration territoriale les fonctions de :

–          Chef de Subdivision (Préfet) de Boutilimit

–          Commandant de Cercle (Gouverneur) du Trarza, du Brakna et du Tagant d’où il est rappelé pour avoir  refusé d’exécuter certains ordres contre les 19 signataires du Manifeste cité plus haut. La sanction ne se fait pas attendre, il est affecté à l’administration judiciaire

Dans l’administration centrale, entre 1962 et 1969, il est nommé :

–          Directeur de l’administration judiciaire

–          Directeur de cabinet du Ministre de l’Intérieur et Directeur de l’Administration Territoriale

–          Inspecteur Général de l’administration

–          Inspecteur Général des Finances auprès de la Présidence de la République, un poste qui est devenu le Contrôle Général de l’Etat.

–          Secrétaire Général du Ministère de la Défense puis du Ministère des Finances.

Il quitte l’administration centrale en 1971 pour entrer dans la diplomatie :

–          Conseiller à Bonn, Allemagne, à ce titre, il représente la Mauritanie aux Assemblées Générales des Nations Unies.

–          Ambassadeur en Tunisie (1973–1976) accrédité en Turquie, Grèce et Yougoslavie

–          Ambassadeur en URSS (1975–1980) accrédité dans chacun des pays européens membres du Pacte de Varsovie.     

 

Il mettra ses qualités de dialogue et de négociateur à nouveau au service de son pays en 1975-1976 comme membre de la délégation mauritanienne à la Cour Internationale de la Haye qui devait se prononcer sur le litige qui a opposé la Mauritanie au Maroc sur le Sahara Occidental.

Admis à faire valoir ses droits la retraite en 1984, il se consacra aux siens, à son village, Wompou qui l’élit Maire en 1989 et en 1991. En 1994 puis en 1998, il est élu Sénateur, représentant les Mauritaniens de l’étranger (zone Europe).

Gaye Silly Soumaré est parti comme il a vécu, discrètement. La patrie doit lui être reconnaissante. A l’image de ses compagnons historiques, la Mauritanie doit se souvenir d’eux et inscrire dans la mémoire collective de nos concitoyens des hommes et des femmes qui ont construit notre pays, parti de rien. A ce titre, la Mairie de Nouakchott en association avec les autorités centrales qui ont hérité de son savoir faire, devrait consacrer une artère de la capitale à son nom.

Que son âme repose en paix dans la terre de Mauritanie pour laquelle il s’est investi. Amine.

 

Ciré BA et Boubacar DIAGANA – Paris.

Source: ODH.

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Abdoul Aziz Ba, Président des “19”, est décédé!

altPremier magistrat mauritanien, sortant de l’Ecole Nationale d’Administration de Paris, Abdoul Aziz Ba dit “Zeus” est né officiellement en 1937. A son retour en Mauritanie, il est nommé Président du Tribunal de Première Instance de Nouakchott ce qui ne l’empêcha pas de s’opposer ouvertement à la politique de mise à l’écart des noirs.
– En Février 1966, il préside le mouvement des “19” qui publie le celèbre Manifeste du même nom. Ils (les 19) sont arrêtés et mis en prison à N’Beika puis à l’école de police de Nouakchott. Ils sont libérés suite à l’intervention du Président Senghor. Il s’exile alors au Sénégal qui l’accueille à bras ouverts. Depuis et jusqu’aujourd’hui, il occupe les plus hauts postes dans la justice sénégalaise:
– Président de la Commission de Transparence et de lutte contre la Corruption
– Président du Conseil d’Etat
– Vice – Président du Conseil Constitutionel
– Conseiller au Conseil d’Etat
– Conseiller à la Cour Suprême
– Président du Tribunal Régional de Thiès
– Substitut du Procureur de Dakar

Ses relations avec le Président Abdou Diouf, son camarade de promotion, furent tendues puis distantes à partir de 1989. Reprochant à Diouf sa gestion laxiste des événements de 1989, il n’hésita pas à outrepasser son obligation de réserve en publiant des articles dans la presse sous le pseudonyme de Guéladio Ba.

Depuis, il est devenu un ami intime, un très proche du Président Abdoulaye Wade. La mort vient de les séparer. Qu’Allah l’accueille en son paradis.

Ciré Ba et Mamadou Bocar Ba.

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flamnet-rétro: Hommage à nos Martyrs, Tene Youssouf Gueye

Aprés des années de dictature, de terreur, de mensonges et de divisions entre nous,voici le moment venu, d’ édifier ensemble une Mauritanie nouvelle, dans l’unité, le respect de tous et la justice.Fondée sur les héritages trés divers et trés riches que nous ont laissé nos péres, et que nous allons ici partager, dans le respect et l’amitié. Ce faisant nous allons nous réapproprier notre histoire qui nous a été volée. Chacun peut et doit apporter sa pierre: temoignage, document, passage d’un livre,etc….Voici d’abord, sur l’un des trés grands hommes de notre nation, un hommage au poéte et historien Téne Youssouf Guéye. Le témoignage trés touchant d’un jeune militant, proche de sa famille.

 

Téne Youssouf Guéye historien et poète décédé dans le “mouroir” prison de Walata, des suites de mauvais traitement et de torture dans le cadre de l’épuration éthnique ordonnée par le président ould Taya

Je n’ai pas la prétention de parler de l’homme car je suis jeune et je ne l’ai pas “connu” . J‘ai par contre été de la même promotion que l’un de ses fils et j’ai beaucoup côtoyé ses enfants. Je l’ai vu à plusieurs reprises et je crois avoir retenu de lui, principalement deux souvenirs, encore flous dans mon esprit. Le premier c’est lorsqu’un jour je suis parti rendre visite à l’un de ses fils( je devais avoir14 ans et ils habitaient à cette époque à l’ ILOT K derrière l’hôpital national);c’était le crépuscule.

Il était assis au salon et sur ses genoux un de ses enfants en bas âge(ou un de ses petits enfants, je ne me souviens pas très bien). D’une main, il essayait paternellement, de contenir les ardeurs de l’enfant turbulent, de l’autre, il entamait un morceau de gâteau qu’il devait partager entre sa progéniture dispersée aux quatre coins de la maison; il me rappelait mon père, votre père, nos pères; ces pères de famille austères qui étaient doux comme des agneaux, une fois entouré de leurs enfants. J‘ai été frappé par la tendresse qui se dégageait de son petit corps(il n’était pas très grand).

Le second souvenir remonte au jour de son procès en septembre 86(je n’avais pas vingt ans et je revenais d’un voyage du Sénégal ). A son nom, il s’avançât, fatigué certes mais humble dans son attitude. Machinalement, mais tout aussi poétiquement, il répondait aux seules questions qui leur ont étés posés lors du procès(êtes-vous raciste? faites-vous partie des FLAM? avez vous écrit le manifeste du nègro-mauritanien opprimé? ).Ici, c’est par la dignité de l’homme que j’ai été frappé.

Aujourd’hui encore, quand je rends visite à la famille à la SOCOGIM PS, que je dépasse Mariata(sa première épouse)en train de teindre des habits au “goobu kayhaydi”, que je dépasse ses belles filles assises dans la cour sur leurs “taara” avec tout autour les cris joyeux de ses petits-enfants, que j’entre au salon parler un moment avec Tène Daouda ou Alassane, que je passe dans la chambre de Birome et de Djiby pour écouter un morceau de Funk et qu’enfin en repartant je “taquine” Haby, je me demande pourquoi avoir privé tène youssouf de ce bonheur qu’il a passé tant d’années à bâtir.

Le soir à la maison ,avant de me coucher, je relis encore son “Rella où les voies de l’honneur” qui me donne à chaque fois envie de me marier à l’ancienne. “A l’orée du Sahel” me fait redécouvrir un Gorgol et un Guidimakha que je ne connaissais pas.Ses “Sahéliennes” me percent toujours le flanc(comme si je dansais avec une négresse envoûtante). Cet “exilé de Goumel” est parti, mort de Béribéri(j’ai toujours pensé que c’était une maladie d’oiseaux, pas d’Homme, et de Quel homme).

Parti parce que sa plume avait quelque chose de révoltant, quelque chose de conscientisant, quelque chose de réveillant. J’ai toujours trouvé dommage que les mauritaniens ne le lisent pas assez; ils peuvent pourtant trouver dans son œuvre des réponses à leurs questions. Le lire est le plus grand hommage que l’on puisses lui rendre.

Il aurait eu 82 ans aujourdh’ui et il aurait pu, paisiblement prendre le chemin du paradis avec Oumar Bâ.

 

N’gaidé Mourtada dit Soulé.

cordialement.

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Commémoration des déportations contre pluie et marées à Paris

altVingt-trois  années de souffrance et de privation de leur patrie. Tout cela, du seul fait d’un système idéologique raciste. Voici 23 ans que des femmes, des hommes, des enfants et des hommes ont été chassés de chez-eux, de leur chère patrie. Leur seul crime étant la couleur de leur peau, leur culture et leur langue.  

Le 24 avril 1989 dans les villes de Nouakchott, Nouadhibou, Aleg, Boutilimit, Zouerat, Akjoujt, Atar, Kiffa, Aïoun, Guérou, Tikjikja, Moudjeria, Kaédi, Sélibaby, Maghama, Gouraye, Ould Yengé, Kankossa, Téthiane, Patoukone, entre autres des hordes bien quadrillées par une police, une gendarmerie et une armée triées sur une base à la fois raciale et ethnique s’adonnaient à une chasse à l’homme bien particulière aidé par des collaborateurs de tout bord.  

En deux mois, près ou plus de 200 000 Noirs mauritaniens vont être déportés vers le Sénégal et le Mali.

Cette oeuvre a été orchestrée par l’Etat, ses agents et les Nationalistes arabes et berbères.

Des milliers de Négro-mauritaniens vont être torturés, humiliés, expropriés et jetés hors de leur pays.

23 ans après, le sentiment d’injustice est toujours là, plus nauséabond, plus insidieux, plus amer. C’est cela la vie de ces centaines de milliers de Négro-mauritaniens.

En novembre 2007, des suites des journées nationales de concertation, l’Etat mauritanien avait reconnu ce grand drame et s’était empressé à rapatrier dans une impréparation totale ceux désireux de regagner leur terre dans un délai de 6 à 12 mois sans rien mettre en oeuvre pour leur réinsertion.

Aujourd’hui, des 200 000 déportés, ceux qui ont survécu aux tortures et séquelles de la déportation ont repris le chemin du pays d’exil après des années de croupissement dans l’indignité la plus absolue dans des camps d’infortune. Ceux du Sénégal sont presque tous rentrés au pays après plus de deux décennies d’exil mais on parle rarement de ceux du Mali.

 

Nous, Collectif des organisations mauritaniennes :alt

 

– Exigeons que le retour effectué soit officialisé par des actes et le rétablissement plein et entier, de tous ceux qui sont revenus, dans leur droit et une indemnisation de tous les préjudices subis.

– Demandons à la communauté internationale d’user de tous les moyens en sa possession pour amener la Mauritanie, dès lors qu’elle a reconnue sa pleine responsabilité dans les déportations d’avril 1989, à assumer concrètement les engagements pris devant les communautés nationales et internationales

– Appelons tous nos compatriotes à un réel sursaut patriotique contre cette injustice qui n’a que trop duré.

Et disons: – Si le silence est complice, l’inaction est coupable.

 

 Avril 2012.

 

Les signataires du Collectif :

AFMAF, AHME, APP, CAMME, CSDM, FLAM, GMR, IRA -France, OCVIDH, MAPROM, OTMF, PLEJ.

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