Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

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DEVOIR DE MÉMOIRE ET REFUS DE L´OUBLI_ LE SEPTEMBRE DE NOS MARTYRS.

Image may contain: 1 personFLAMNET-RÉTRO: L’ écrivain et diplomate Téne Youssouf Guéye mort en détention à Oualata
le 2 septembre 1988.

Le Monde (France).
L’ écrivain et diplomate Téne Youssouf Guéye mort en détention à Oualata
Mauritanie, plusieurs opposants seraient décédés dans la ” prison- mouroir ” de Walata.

Plusieurs détenus négro africains- condamnés au mois d’octobre dernier des peines de plusieurs années d’emprisonnement pour participation à un complot contre le gouvernement- seraient décédés ces jours derniers, apprend -on de diverses sources concordantes à Dakar.

Situé au Sud-est du pays, la prison de Walata, véritable mouroir, selon certains, surpeuplée de l’avis général, utilise les infrastructures- jamais rénovés- d’un ancien fortin militaire français datant du début du siècle. Les conditions de détention y seraient impitoyables. Les prisonniers seraient à peine nourris, soumis à des conditions climatiques extrêmes, notamment en cette période de pluies abondantes, et seraient aux fers l’essentiel du temps pour pallier l’insuffisance en nombre de gardiens. Les Forces de Libération Africaines de Mauritanie ( FLAM, principal animateur clandestin de la lutte des Négro- Mauritaniens contre ceux qu’ils qualifient ” d’oppresseurs blancs “, les Beydanes arabisants actuellement au pouvoir) avaient, pour leur part, annoncé le 1er septembre le décès de six de ces détenus. Plusieurs sources avaient fait état la semaine dernière à Nouakchott du départ d’une mission gouvernementale, dirigée par un officier supérieur de la Garde nationale pour Walata, afin d’y enquêter sur les conditions d’incarcération des détenus. La dénonciation des conditions de détention en Mauritanie n’est pas toujours le fait d’opposants politiques, mais parfois de Mauritaniens animés d’un sentiment humanitaire.

Ainsi ce serait un nouvel arrivé dans le corps des officiers de la prison de Walata qui aurait constaté le très mauvais état de santé de l’écrivain Tene youssouf Gueye quelques jours avant sa mort et qui aurait pris sur lui – en l’absence de toute liaison téléphonique ou radio avec la capitale- de le faire transférer à l’hôpital de Néma, à une centaine de kilomètres au sud de Walata, où l’écrivain, arrivé tard pour être soigné, serait décédé – (AFP).

Le Monde, du 24 septembre 1988, page 4

 
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Communiqué de presse des Forces Progressistes du Changement (FPC)

altLe pouvoir du général Aziz a usé de la force brutale pour déguerpir des populations issues des couches défavorisées qui occupaient un bidonville aux alentours de la fondation Bouamatou. Il faut soustraire au plus vite la misère noire du regard des prochains hôtes arabes !
Comme à son habitude, il a fallu trouver des boucs émissaires tout désignés, que sont les membres  de la Direction de l’IRA. Cette arrestation est  à mettre, en réalité, sous le coup de l’irritation  résultant du  geste de Washington d’une part, et du besoin de ‘’sécuriser’’  par précaution, sur la base de simples rumeurs, le sommet arabe en perspective d’autre part.


Les Forces Progressistes du Changement  exigent la  mise en liberté immédiate des responsables de l’IRA.


Elles rappellent au Gouvernement son devoir de respect des libertés en général, mises à mal ces derniers mois. En effet la tendance répressive du pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz n’épargne ni la Presse, ni les organisations syndicales ni les formations politiques ; la liberté de réunion, d’association, de manifestation,  garanties par la constitution, sont chaque jour, malmenées, restreintes. Si elles sont accordées c’est  à la carte, au bénéfice  exclusif des partisans qui servent les intérêts du régime.


Les FPC  invitent  le régime à quitter sa posture répressive, intimidatrice et de déni  pour une attitude plus ouverte,  portée vers plus d’écoute et de dialogue .


Elles expriment enfin toute leur solidarité aux victimes de l’arbitraire.

 

 

Departement de communication

 

Nouakchott, le 02 juillet 2016

La lutte continue!

Les Forces Progressistes du Changement.

www.flamonline.com

 

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La Nuit des Martyrs : 28 Novembre 2015 à New York.

altEn coordination avec les Mauritaniens á l’intérieur á l’ extérieur du pays, la Diaspora Mauritanienne des Etats Unis a organisé la Cérémonie Annuelle Honorant la Mémoire des Martyrs du 28 Novembre, ainsi que tous les Officiers lâchement assassines en détention par le gouvernement. Apres la prière, l audience attendu les témoignages poignants de Youssouf Athie et Aissata Niang, respectivement militaire rescapé et représentante des veuves. Il est á noter qu’il y a eu une exhibition des photos des victimes, ce qui a permis aux participants de saisir la magnitude de la souffrance qu’ ils ont subie. 
La cérémonie a été présentée comme journée de   recueillement, de souvenirs sombres et de prière, mais aussi et surtout comme une journée d’honneur aux Martyrs, de dénonciation de l’impunité et de lutte pour la justice.
A cet effet l amnistie adoptée en 1993 et la prière organisée á Kaédi ont été caractérisées de manœuvres abjectes visant á protéger les criminels au mépris des droits fondamentaux des victimes et de leurs ayant droits. En conséquence ces actes n’ont ni valeur légale, ni substance morale.
S’ inspirant du succès des organisations qui ont eu á faire face á des situations similaires, les participants   ont renouvelé leur engagement á poursuivre le combat de la liberté et de la justice. Par exemple, grâce á la détermination de  l’Association des Victimes de Crimes du Régime de Hussein Habré (AVCRHH), la justice a fini par rattraper Hussein Habré dont le procès est en cours á Dakar. De la même manière, les auteurs des crimes commis en Mauritanie doivent répondre de leurs actes. D’ ailleurs Mr. Souleymane Guengueng, le fondateur de cette association et principal plaignant devait intervenir durant la cérémonie pour partager son expérience avec les participants. Mais á cause des problèmes techniques ceci n’ a pas pu avoir lieu. Egalement l’ audience a salué le courage de Grandmothers of the Plaza de Mayo en Argentine (GPM), une association formée pendant les années de dictature pour lutter contre la disparution des bébés dont les mères avaient assassinées en détention. Fondée par Madame Estela Carlotto, l’ association continue ses recherches pour aider les familles á retrouver leurs enfants disparus. Madame Carlotto elle même n’ a retrouvé son petit fils né en 1978, qu’ en Avril 1984, grâce a une a banque ADN qu’ elles ont créée.
Les participants ont décidé de se focaliser sur les actions légales á engager au niveau international et á développer des stratégies adéquates pour atteindre les objectifs visés
Enfin the Planning Comite a vivement remercié les participants pour l’intérêt qu’ils portent á la Cérémonie Annuelle Honorant la Mémoire des Martyrs. Une mention spéciale a été faite aux militants venus de Columbus et de Baltimore. En parcourant des milliers de miles pour être présents á la cérémonie, ils ont donné la meilleure évidence de leur engagement inconditionnel á la lutte pour la justice. Les remerciements vont également á tous ceux pour des raisons diverses n’ ont pas pu effectuer le déplacement.
En plus des photos prises au cours de la cérémonie, nous avons inclut la photo de Mr. Souleymane Guengueng qui témoigne devant la cour á Dakar et la photo montrant l’ heureuse réunion de Madame Estela Carlotto avec son petit fils.
Le succès de leurs expériences doit nous renforcer dans nos convictions á continuer la lutte jusqu’ á la victoire.
La lutte continue!
B. Tandia
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Message du collectif des Veuves à AZIZ : L’Impunité Érigée en Système de Gouvernement

altNous les représentantes du Collectif des Veuves en Europe et aux Etats Unis, avons suivi avec une attention particulière l ‘ interview  du Président Mohamed Ould Abdel Aziz portant sur le passif humanitaire et l’ esclavage, publiée sur CRIDEM le 30 Novembre 2015. Si nous avons hautement apprécié les questions pertinentes bien articulées et intelligemment posées par le journaliste que nous félicitons pour son courage, nous sommes par contre profondément choquées par les propos tenus par Mr. Ould Abdel Aziz. Sans nous engager dans une analyse profonde du langage corporel du présidant, on peut se rendre compte aisément qu’il était visiblement mal à l’aise avec ses propos décousus et ses expressions inappropriées.  En déclarant la question du passif humanitaire réglée, il n’ a fait que remuer le couteau dans une plaie béante. Les actes auxquels  se réfère Mr. Ould Abdel Aziz, à savoir les réparations pécuniaires payées aux parents des victimes et la prière aux Morts de Kaédi, ne sont que des manœuvres trompeuses dont le seul but est de protéger les auteurs des crimes contre les officiers noirs froidement assassinés en détention par les forces de sécurité nationales.

 
Par ses propos, non seulement, Mr. Ould Abdel Aziz a porté une grave atteinte à la MÉMOIRE de ces victimes innocentes, mais il a fait montre d’ une insensibilité démesurée par rapport à la souffrance des veuves et des orphelins qui continuent à demander justice. En qualifiant leur demande de justice contre l’ impunité d’ “incitation à la haine, à la vengeance et à la division,” il a sans équivoque, officiellement choisi  le camp des criminels qu’il continue à défendre et à protéger.
 
De notre avis, les véritables  incitateurs à la haine, à la division et à la vengeance sont ceux qui s’ évertuent à ériger  l’ impunité en système de gouvernement,  en protégeant des criminels contre les principes fondamentaux de la justice. Le président Mr. Ould Abdel Aziz doit s’ inspirer des bonnes pratiques des pays qui ont eu malheureusement  à connaitre des tragédies similaires. En plus, la justice transitionnelle devient un outil indispensable pour trouver une solution satisfaisante à des situations pareilles qui nécessitent à la fois des mécanismes juridictionnels et non juridictionnels, et exige un leadership ayant un sens élevé de la justice et un véritable courage politique.
 
Par ailleurs, nous sommes profondément indignées par les arguments sans substance á travers lesquels le président  a dénié d’ une manière plate l’existence de l’esclavage en Mauritanie. Comme le journaliste l’a si bien fait remarquer, les législations successives abolissant l’ esclavage sont des évidences irréfutables et une reconnaissance de facto de son existence. Orchestrer des crimes pour jeter en prison les abolitionnistes est une pratique inhumaine devant être dénoncée par toutes les personnes éprises de liberté et de justice.
 
Enfin, en collaboration avec les militants, nous sommes résolues à continuer le combat de la liberté en vue de trouver une solution juste à la question du passif humanitaire et aux pratiques esclavagistes, deux maux qui continuent à mettre en danger la paix sociale en Mauritanie.
 
Par le Collectif des Veuves
Aux Etats Unis et en Europe
New York-Paris 05, Décembre 2015
 
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Nous les représentantes du Collectif des Veuves en Europe et aux Etats Unis, avons suivi avec une attention particulière l ‘ interview  du Président Mohamed Ould Abdel Aziz portant sur le passif humanitaire et l’ esclavage, publiée sur CRIDEM le 30 Novembre 2015. Si nous avons hautement apprécié les questions pertinentes bien articulées et intelligemment posées par le journaliste que nous félicitons pour son courage, nous sommes par contre profondément choquées par les propos tenus par Mr. Ould Abdel Aziz. Sans nous engager dans une analyse profonde du langage corporel du présidant, on peut se rendre compte aisément qu’il était visiblement mal à l’aise avec ses propos décousus et ses expressions inappropriées.  En déclarant la question du passif humanitaire réglée, il n’ a fait que remuer le couteau dans une plaie béante. Les actes auxquels  se réfère Mr. Ould Abdel Aziz, à savoir les réparations pécuniaires payées aux parents des victimes et la prière aux Morts de Kaédi, ne sont que des manœuvres trompeuses dont le seul but est de protéger les auteurs des crimes contre les officiers noirs froidement assassinés en détention par les forces de sécurité nationales.

 

Par ses propos, non seulement, Mr. Ould Abdel Aziz a porté une grave atteinte à la MÉMOIRE de ces victimes innocentes, mais il a fait montre d’ une insensibilité démesurée par rapport à la souffrance des veuves et des orphelins qui continuent à demander justice. En qualifiant leur demande de justice contre l’ impunité d’ “incitation à la haine, à la vengeance et à la division,” il a sans équivoque, officiellement choisi  le camp des criminels qu’il continue à défendre et à protéger.

 

De notre avis, les véritables  incitateurs à la haine, à la division et à la vengeance sont ceux qui s’ évertuent à ériger  l’ impunité en système de gouvernement,  en protégeant des criminels contre les principes fondamentaux de la justice. Le président Mr. Ould Abdel Aziz doit s’ inspirer des bonnes pratiques des pays qui ont eu malheureusement  à connaitre des tragédies similaires. En plus, la justice transitionnelle devient un outil indispensable pour trouver une solution satisfaisante à des situations pareilles qui nécessitent à la fois des mécanismes juridictionnels et non juridictionnels, et exige un leadership ayant un sens élevé de la justice et un véritable courage politique.

 

Par ailleurs, nous sommes profondément indignées par les arguments sans substance á travers lesquels le président  a dénié d’ une manière plate l’existence de l’esclavage en Mauritanie. Comme le journaliste l’a si bien fait remarquer, les législations successives abolissant l’ esclavage sont des évidences irréfutables et une reconnaissance de facto de son existence. Orchestrer des crimes pour jeter en prison les abolitionnistes est une pratique inhumaine devant être dénoncée par toutes les personnes éprises de liberté et de justice.

 

Enfin, en collaboration avec les militants, nous sommes résolues à continuer le combat de la liberté en vue de trouver une solution juste à la question du passif humanitaire et aux pratiques esclavagistes, deux maux qui continuent à mettre en danger la paix sociale en Mauritanie.

 

Par le Collectif des Veuves

 Aux  Etats Unis et en Europe

New York-Paris 05, Décembre 2015
 

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FLAMNET RETRO : 28 novembre : INAL, la face sanglante de l’indépendance mauritanienne

Les 28 pendus d'Inal. Crédit : DR

Difficile d’évoquer les festivités qui s’annoncent pour le 28 novembre 2014, jour de l’accession au pouvoir de la Mauritanie. Ce jour rappelle à toute une communauté du pays un moment de son histoire, où le système d’état à sa tête a tenté, littéralement d’oblitérer les forces vives, militaires et intellectuelles noires mauritaniennes. Le 28 novembre 1990, 28 militaires, marins et policiers, tous noirs et pulaars, sont pendus à Inal près de Nouadhibou, après d’innommables séances de tortures rapportées par un des rescapés, Mahamadou Sy, dans son témoignage biographique, “L’enfer d’Inal”.

 

Il y a un an et demi, j’étais invité au Lycée français Théodore Monod à présenter mon dernier recueil de poèmes, «Les musulmans d’Inal» à des élèves de Première L. Devant l’assistance, sera lue le poème éponyme, lecture suivie d’une mise en perspective de ces éléments. Quel choc terrible et inoubliable, de la bouche d’un gamin de 17 ans, à la fin de la présentation :

 

«S’ils ont été pendus c’est qu’ils le méritaient» juge-t-il laconique et visiblement énervé.

 

Cet enfant n’était pas né au moment de cet événement intervenu le 28 novembre 1990, un an et demi après le début des «évènements». Mais j’entendais plutôt son père, et son discours qui reflétait le déni d’une élite du système politico-tribalo-financier en place depuis l’avènement des militaires, qui le lui a inculqué dans la tête. Et le refus de mémoire, donc le refus de cautériser une plaie, parmi d’autres qui tâche le contrat social entre concitoyens, qui pose la question de la cohabitation, qui n’est qu’une question au final politisée par une minorité d’un système.

 

«En quoi le méritaient-ils?» demandai-je, essayant de le pousser dans ses retranchements. Autour de lui ses camarades le regardaient ahuris. Dans l’assistance d’une vingtaine d’élèves, seule une avait entendu parler des pendus d’Inal. «Un ami de mon père y a été pendu» explique-t-elle simplement.

 

«Ils ont voulu faire un coup d’état !» s’enhardit le jeune homme. «Mon père est colonel ; il me l’a dit» continue-t-il. «Et puis les sénégalais nous faisaient la guerre» ajoute-t-il, comme pour paraître informé devant ses camarades qui le regardaient avec gêne.

 

«Laissez-le monsieur, il dit n’importe quoi» soupire une de ses camarades.

 

Mais c’était révélateur d’un malaise social : comment admettre, honnêtement, justement, sans aucun parti pris, que l’horreur a déferlé sur les consciences lors de cet événement. Que tout ce qui s’est passé à Inal durant cette période, était la même forme de manifestation haineuse que ce qu’on a vu quatre ans seulement après au Rwanda, dans des proportions beaucoup plus atroces : la déshumanisation d’un groupe ethnique, social ou culturel, sur la base d’une «infériorité» supposée, pour mieux la liquider. Des «cafards» au Rwanda, des «juifs» à Inal, comme en témoigne Mahamdou Sy dans «L’enfer d’Inal».

 

«Ue civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte. (…) … Que déférée à la barre de la conscience, comme à la barre de la raison, cette Europe-là est impuissante à se justifier ; et que de plus en plus elle se réfugie dans une hypocrisie d’autant plus odieuse qu’elle a de moins en moins de chance de tromper. L’Europe est INDEFENDABLE» commence Aimé Césaire dans «Discours sur le colonialisme». Remplacez «Civilisation» et «Europe» par «système d’état mauritanien» ou «groupe politique criminel» et vous pouvez transvaser ces propos en Mauritanie par rapport à cette question de 1989, qui n’était en réalité, et il faut le dire de temps à autres, par honnêteté historique et intellectuelle, qu’une tentative avortée d’épuration ethnique.

 

Il n’y a pas d’argumentaire à cela, de propos justificatifs. Il y a cette froide et horrible réalité. Il faut l’accepter, en faire la catharsis et avancer, pour le salut du pays entier. Mais la politique de l’autruche, le déni, le mensonge ne sont pas possibles. Comment faire un deuil sans corps ? Comment pardonner sans accusés ? Comment pardonner sans dire la faute ? Une chimère religieuse, morale, sociale et intellectuelle : ça ne passe pas dans le monde réel que l’on vit. Comment justifier cela ? Il n’y a pas de justification, sinon une haine terrible, qui a donné la démence de faire, ce que peu d’êtres humains doués de conscience pourraient faire, chapelets à la main, ablutions apprêtées…

 

C’est le même hébétement qui touche Mahamadou Sy rescapé de cet «enfer d’Inal», au moment même où il assiste à des pendaisons :

 

«Entre deux pendaisons, Khattra s’assoit sur un cadavre pour siroter son verrre de thé ou au pied d’un pendu en récitant le coran. Il va d’un pendu à l’autre, achevant ceux qui tardent à mourir à coups de barre de fer, s’appliquant à porter les coups dans la région du cou. Pendant ce temps Souleymane et les autres préparent les prochaines victimes tout en veillant à respecter l’ordre des numéros.

 

Quand arrive le tour du numéro onze, Diallo Sileye Beye ne peut s’empêcher de pousser un cri. Il recoit un violent coup de pied pour avoir osé perturber le déroulement de la cérémonie. Ses yeux ne se détachent plus de cet homme à qui on est en train de passer la corde au cou. Cet homme qui n’est autre que son petit frère, le matelot Diallo Abdoul Beye, qui cessera d’exister dans moins de trois minutes et que plus jamais il ne reverra. Abdoul Beye ne proteste même pas, il est hissé au bout de la corde sous le regard ahuri de son frère. Il n’y a pas de mots pour exprimer la douleur de Diallo Silèye Beye. Quand arrive le tour de Diallo Oumar Demba et son frère le soldat Diallo Ibrahima Demba (le hasard a voulu qu’ils soient,tous les deux séléctionnés pour les pendaisons et que leurs numéros se suivent, ils ont toujours tenu à rester ensemble), chacun d’eux, ne voulant pas assister à la mort de l’autre, demande à passer en premier.

 

Un tirage au sort organisé par les bourreaux les départage, Ibrahima Demba l’ainé, passe le premier. Le soldat de première classe, Ndiaye Samba Oumar, le chauffeur qui conduisait le véhicule le jour de mon arrstation, fait partie du lot. Le deuxième classe Samba Demba Coulibaly de Djeol, un soldat de mon escadron, qui porte le numéro 28 ferme cette macabre liste. Les pendaisons durent plus d´une heure. Après cela, tel des bêtes excités par l´odeur du sang, le groupe de bourreaux, pris d´une euphorie collective, s´acharne sur les autres prisonniers et tape sur tout ce qui bouge.

 

Conséquences de cette folie collective, cinq morts supplémentaires. Parmi eux, le soldat de première classe Ly Mamadou Ousmane, le seul spécialiste de l´arme antiaérienne de calibre 14,5mm de toute la région militaire.(…) La démence a été poussée jusqu´à symboliser la date du trentième anniversaire du pays par 28 pendaisons. Vingt -huit vies humaines sacrifiées sur l´autel de la bêtise humaine. Plus jamais 28 novembre n´aura la même signification pour les Mauritaniens. Quand certains sortiront dans les rues des villes ou dans les campagnes brandissant fièrement les couleurs nationales sous les youyous des mauritaniens, pour d´autres, ce sera un jour de deuil et de recueillement à la mémoire de ces 28 militaires pendus.»

 

Cet événement doit être rappelé à tous les mauritaniens, pour leur montrer que malgré cette horreur, les choses peuvent être dépassées mais pas, jamais, sans justice. Quelle justice sans vérité ? Quel pardon sans identification de la faute et des tenants de celle-ci ? Ni en droit humain, ni dans le Saint Coran. Le refus d’une telle justice, donc d’une telle réconciliation des cœurs, l’un n’allant pas sans l’autre, a été légalisé par la loi de 1993.

 

La loi d'amnistie de 1993 empêche les familles des victimes de voir leurs plaintes recevables par la justice mauritanienne. Crédit : MLKLa loi d’amnistie de 1993 empêche les familles des victimes de voir leurs plaintes recevables par la justice mauritanienne. Crédit : MLK

 

La loi «scélérate» de 1993

 

La loi «N° 93-23 du 14 juin 1993 portant amnistie» dont l’article 1er disposait qu’une «amnistie pleine et entière est accordée aux membres des forces armées et de sécurité auteurs des infractions commises entre le 1er janvier 1989 et le 18 avril 1992 et relatives aux événements qui se sont déroulés au sein de ces forces et ayant engendré des actions armées et des actes de violence».

 

Pourtant cette loi est reconnue par les avocats qu’elle n’est pas valable. «Elle repose sur une conception erronée de la notion même d’amnistie et viole des normes impératives du droit international auxquelles il ne peut être dérogé. Elle ne peut, donc, faire obstacle à la recevabilité de plaintes, l’investigation des faits, la poursuite, l’arrestation et la punition des auteurs de ces violations» explique l’avocat Omar Ould Dedde Ould Hamady.

 

Le président du collectif des victimes de la répression (COVIRE), Mamadou Kane, victime lui-même de la répression d’état de 1992, va au-delà de cet aspect illégal de cette loi d’amnistie : «On parle d’unité depuis quelques années maintenant dans ce pays. Allez voir ces orphelins et veuves qui sont à dix mètres de nous, qui n’ont jamais pu prier sur le corps de leur parent. Allez leur dire qu’il n’y aura ni vérité, ni justice, ni réparation décente, ni mémoire pour le mal innommable qui leur a été fait. C’est cela que cette loi empêche : déposer des plaintes pour mettre en branle ces quatre points qui constituent la base de la réconciliation dans ce pays».

 

Le cas symbolique d’El Arby Ould Sidi Aly Ould Jiddeine

 

L’ex-colonel El Arby Ould Sidi Aly Ould Jiddeine, ancien vice-président de l’assemblée nationale, est symbolique et significatif à plus d’un titre : il est un des rouages essentiels de l’institution qui devrait permettre l’abrogation de cette loi d’amnistie, et dans le même temps, leCOVIRE le dénonçait clairement et précisément par rapport aux officiers torturés et abattus, dans une liste de ses victimes parue il y a trois ans. «Il a sur les mains le sang de 89 personnes. 89 Bon Dieu ! Et il se trémousse librement sur son fauteuil à chaque session de l’assemblée nationale !» enrageait l’an passé Aboubacri Sy, représentant du collectif des rescapés militaires, (COREMI), lors d’une marche pour l’abrogation de la loi de 1993.

 

Mamoudou Lamine Kane

 

 

 

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