Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Category Archives: Agora

Conséquences de la néo-dictature du pouvoir et de l’immobilisme de l’opposition

alt“Nul n’a le droit d’effacer une page de l’Histoire d’un peuple car un peuple sans histoire est un monde sans âme.” Alain Foka 

 

Problématique Générale

 Aziz « persiste et signe » comme dit l’autre. Cette attitude nous attriste parce qu’Aziz à tort. Mais Aziz n’est-il pas finalement le président qu’il nous faut ? Aziz s’est trompé en plein mois de ramadan a cause surement des mauvais conseils et/ou de son entêtement. Le président devait regarder dans le rétroviseur pour contempler l’histoire politique du pays.

A-t-il consulté le passé politique récent de la Mauritanie ? A-t-il réellement saisi les dangers qui guettent le pays ? Nous pensons que NON. Une telle posture s’avère dangereuse pour quelqu’un qui prétend être le premier magistrat du pays et à qui on prête des ambitions de réconciliation nationale.

Nous ne reviendrons, pas outre mesure, sur le discours du président avec tous les sous-entendus anthropologiques et l’espèce de banalisation insultante de la question nationale symbolisée, hélas, par le racisme d’état dont les victimes mauritaniennes et africaines sont ensevelies dans les terres dans la biomasse de notre vallée, dans le sous-sol d’Inal, dans celui de Oualata, d’aleg, de Boghe, de Ould Yenge pour ne citer que ces quelques lieux. Nous sommes attristés de constater que le rais n’a pas refroidi ses ardeurs : «Il persiste et signe » ; Malgré les questions à relents racistes que soulèvent son « recensement », il n’est point dérangé. De surcroit l’appel de son allié, par ailleurs patron de l’AJD/MR à renoncer à son recensement, tombe éloquemment dans les oreilles d’un sourd ! Notre «président» pense, et nous pensons exactement comme lui (seul point de convergence !!!!!!), que ce recensement est un épiphénomène !!!! En effet des actes odieux et des pratiques plus graves ont été bel bien commis par les régimes qui l’ont précédé mais qu’il a servis loyalement. Mais le rais n’a cure de l’Histoire de notre peuple ; Il s’en moque. Et pourtant cette histoire parsemée d’actes odieux et de pratiques racistes que cet épiphénomène ne fait que rappeler. Tel est le point de divergence entre le rais et nous.

Nous pensions naïvement que le tombeur de SIDIOCA était déterminé a dégraisser la machine fortement asphyxiée ; Lui a qui on prête des qualités de mécanicien diplômé des écoles huppées du royaume chérifien. Mais ce qui est encore grave est qu’Aziz n’est pas le seul qui banalise l’Histoire politique de notre pays. Le sont également l’ensemble des leaders politiques et certaines sommités intellectuelles qui n’ont pas joué ou qui jouent très mal leur vrai rôle. Et c’est là le drame et la chose la plus choquante qui explique le paradoxe politique de la Mauritanie. A regarder de près, il nous semble que la Mauritanie contemporaine est sujette à ce paradoxe qui pourrait certainement servir à provoquer une éventuelle révolution.

Et pour se convaincre de ce paradoxe faisons une lecture rapide de la carte politique dans laquelle il est aisé de détecter ce que nus appelons des pathologies, des espèces de maladie chronique qui, d’une manière ou d’une autre, donnent aux autorités une espèce d’assurance à ne reculer devant aucune injustice et d’agir comme si tout été acquis d’avance.

Revenons à cette carte politique. D’abord l’AJD/MR qui se retrouve au sein de la majorité ! Dans un cercle très bizarre. C’est une position politique invraisemblable et insensée ; C’est une erreur stratégique de taille. Immense compte tenu du projet de société que ce parti défend. L’AJD/MR a toujours fait preuve d’une intransigeance, justifiée d’ailleurs, de son engagement irréversible a se battre pour la question de la cohabitation ; Ce combat part du constat des injustices de toutes sortes infligées aux composantes noires ; Injustice institutionnelles, politiques, économiques, administratives, éducatives, sociales, humanitaires et autres.

Que vient faire donc un tel parti dans une majorité qui, non seulement ne fait pas du règlement de ses injustices une priorité mais pose des actes qui révèle son insouciance par rapport aux préoccupations de l’AJD/MR ? Le péril sur la vallée, le recensement sélectif, la question des réfugiés sont autant d’invites à quitter le cercle de la majorité où seuls des partis comme le PRDR devaient se sentir a l’aise. Il est impossible de régler la question nationale « sous tutelle » ou « sous-direction » surtout lorsque le partenaire partage des valeurs différentes!!!!!

Ensuite l’APP qui est à la tête de l’assemblée la plus impopulaire du siècle. Tantôt défendant le «général limogé» contre la violence, tantôt revendiquant son ancrage dans une opposition charcutée et sans boussole, l’APP joue avec son avenir. Finalement ce parti agit à l’image de l’UFP à l’époque de Taya. Cette attitude bizarre ne correspond plus à son projet de société.

 En adoptant cette position mitoyenne, La Hoouna Wala Houna (Ni là ni ailleurs) l’APP ne fait qu’aider le système à s’enraciner au détriment des victimes de racisme et de l’esclavage. Cette Position nous semble anormale et pathologique tellement qu’elle va en contradiction grave avec les ambitions très bien théorisées par son leader Ould Boulkheir ! Mr Ladji TRAORE a bien raison d’être déçu !! Triste sort d’un parti qui « gouverne » une assemblée avec seulement 3 ou 4 députés ! Que peut signifier un président d’une assemblée nationale si ce dernier ne peut en aucun cas infléchir la décision des gouvernants ? A la place d’un jeu démocratique réel, L’APP est de temps a autre convoqué au palais pour « discuter » sans que personne ne sache les substances des « discussions » menées au palais au milieu de l’or de la république !!! Triste sort qui arrive à un combattant qui, à notre avis, devait simplement renoncer à ce poste surtout lorsqu’on se remémore du rôle qu’il a joué pour refuser l’arrivée du « général limoge » au pouvoir ! Avec l’usure, Messaoud sert de la plus belle manière la néo-dictature dirigée par un homme qu’il a combattu il y’a quelques semaines, un homme accusé de tous les torts. Devant l’Histoire l’APP est entrain de nous révéler l’énorme responsabilité qu’elle a dans la résurgence des pratiques racistes d’un état en perpétuel recyclage.

Et enfin plus au centre de cette carte, l’infatigable UFP toujours fidèle à un discours équilibriste malgré le feu qui ronge la case. Le parti de Maouloud très présent dans l’échiquier nous semble parfaitement bien imprégné pour rompre finalement avec leur équilibrisme bizarre, véritable pathologie que ses stratèges  doivent tenter d’éradiquer.

Toutes ces forces politiques et tant d’autres n’ont plus une position tranchée par rapport à la question nationale ; Nous pensons que leurs positions et leur manière de pratiquer la politique ajoutent autant que le pouvoir au paradoxe qui affecte notre pays.

Nous pensons humblement que ces partis devaient et doivent se déterminer et se positionner autrement  au lieu d’afficher une espèce de suivisme politique sans lendemains surtout face à une crise devenue symptomatique d’un pays qui chemine probablement vers le pire.

 Le fantasme du dialogue au rabais pour une question nationale mal entamée que pratique l’AJD/MR et/ou celui d’un dialogue que prône la COD NE SONT NI VIABLES ENCORE MOINS COHERENTS ET LOGIQUES face à un régime têtu qui, pour nous diriger, préfère ne jamais mettre l’histoire politique en face de lui ; L’impunité, l’oubli et la banalisation sont le credo auquel s’adonne le régime actuel qui a fini de se confondre avec celui de Taya. Conséquemment les attitudes très conciliatrices voire même complices dont bénéficie le régime qui n’a reculé encore devant aucune pratique sectaire et divisionniste ne sont que malheureuses et attristantes.

Et comme si cela ne suffisait pas, notre tristesse est exacerbée avec l’attitude de la diaspora. Notre déception est grande de voir, comme une loi, que la diaspora, ou ce qui en reste, ne s’agite que de façon informelle donc sans aucune organisation ; Il est des évènements (manifestations, marches etc.) dans lesquels certaines organisations et sommités sont absentes révélant la profondeur des contradictions, non pas philosophiques, mais crypto-personnelles qui minent cette diaspora.

Avec tout ce que nous comptons d’hommes et de femmes bien instruits et des politiques, Il est frustrant de constater que notre population diasporisee agit presque toujours en rangs dispersés et se querelle sur des questions organisationnelles mineures exactement à l’image des forces politiques internes. Les 21 ans de souffrances et humiliations ont-ils réellement servi pour nous assagir ? L’heure du bilan de notre cheminement n’a-t-il pas sonné pour agir autrement et mieux ?

 

Solution radicale : Aux Grands maux les grands remèdes

Si le pouvoir s’entête à pratiquer le racisme, l’opposition responsable n’a aucun intérêt à le suivre dans cette pédagogie ! Si la dictature est l’idéologie gouvernante, l’opposition doit s’approprier les méthodes de débat et de réflexion et d’organisation pour battre le régime. Nous devons d’abord évoluer de l’informel pour nous inscrire au formel, l’organisé et le pragmatisme politique. Que peut-faire une opposition qui ne fait pas jamais son bilan ? Que peut faire une opposition charcutée ? Rien. Absolument rien.

En effet le meilleur service que nous rendrons à notre pays et donc aux générations futures est d’inscrire nos activités politiques dans la durée avec des actions programmées intelligibles, des réflexions continues et une critique documentée des 50 ans d’indépendance mais aussi des 50 ans d’opposition ; En adoptant une telle démarche nous arriverons certainement à mettre face-à-face les bilans de l’état (un bilan chaotique) à celui mitigé d’une opposition qui n’a pas toujours été à la hauteur ; Et pour aller de l’avant des ajustements via une union sacrée comme le proposait quelqu’un est seul capable de servir de précurseur d’un dialogue politique inclusif assorti de propositions concrètes pour un gouvernement d’alternative qui passera inéluctablement par le renversement de l’actuel. Mais l’attitude des forces politiques ressemble à une démission. Entre droits et devoirs il y’ a débat. Si nous pouvons renoncer à notre droit de nous recenser, il n’en est pas ainsi de nos devoirs pour paraphraser Feu Mamadou DIA du Sénégal. Feu Mamadou DIA répondait à Senghor dans la tentative de ce dernier de le “libérer” après le mensonge de coup d’état de 1962 inventée pour liquider un homme politique rigoureux et un économiste révolutionnaire. Mamadou DIA, devenu gênant pour la classe parlementaire corrompue, pour la justice instrumentalisée, pour une classe maraboutique apeurée par les reformes agricoles et enfin pour les milieux commerciaux, véritables vassaux d’une puissance coloniale qui ne voulait pas de l’indépendance, le père de l’indépendance sénégalaise succombera au complot de la majorité des hommes politiques de cette époque…………..Bref un véritable gâchis qui semble suivre encore le Sénégal d’aujourd’hui parce que beaucoup d’intellectuels qui ont analysé objectivement cette période de l’Histoire sénégalaise se rendent à l’évidence que le complot contre Mamadou DIA est un complot contre le Sénégal des reformes révolutionnaires durables……………qui auraient protéger le Sénégal contre la « domestication » présente de l’état entre une classe politique corrompue et « une société civile maraboutique » bizarre convoitée au détriment des fondements même d’un état de droit………….Nous fermons la parenthèse sénégalaise…….

C’est justement cette espèce d’environnement qui nous enlise et nous guette. En effet le péril sur les terres arables, le passif humanitaire, l’esclavage, la corruption à tous les niveaux, le vol de l’argent public à des fins de promotion sociale, familiale, tribale et régionale, LE SABOTAGE DU SYSTEME EDUCATIF AVEC UNE BANALISATION DE nos langues nationales (dc de notre humanité….), le drôle de recensement sont des questions liées les unes aux autres et qui, somme toutes, sont le RESULTAT d’un système politique inique ; Ce système est fortifié par la présence des vassaux que sont les parlementaires, les agents de l’état qui doivent aux peuples ses ressources publiques blanchies via des infrastructures insolentes, par la présence aussi d’une opposition «tétanisée» pour reprendre Feu Saidou KANE(Rahima Hou Allah) et bien sûr d’une classe intellectuelle inerte dans sa majorité.

C’est au contraire les « intellectuels alimentaires» qui font la loi et qui jouent un rôle terrible dans la pérennisation du système actuel prêts qu’ils sont à soutenir les nouveaux régimes et prêts à verser des sommes énormes pour animer les Ziarras annuelles ; Ces dernières sont devenues de véritables retrouvailles inventées pour détourner les populations de leur chance de se doter d’une conscience politique qui les aiderait à saisir la responsabilité de l’état dans les crises quotidiennes auxquelles elles font face.  Ces «intellectuels alimentaires» qui se comportent comme des «domestiques» sont malheureusement les plus nombreux et ne reculent devant aucune initiative pour soutenir l’état dans ses ambitions suicidaires de continuer ses pratiques racistes, esclavagistes et féodales dont les corollaires sont dramatiques.

Le drame est là, la QUESTION NATIONALE reste entière et n’est même pas évoquer dans ses aspects les plus élémentaires. Cette Question nationale qui correspond aux injustices de toutes sortes et qui affectent les noirs ne bénéficient pas de l’attention philosophique de la part de la classe politique et des intellectuels. Or les nombreuses inégalités politiques, administratives (la carte électorale), institutionnelles, économiques, sociales, éducatives, culturelles pour ne citer que celles-là, exige un nouvel ordonnancement de l’état longtemps revendiqué par plusieurs acteurs politiques. Notre grande tristesse, est que les acteurs qui devaient jouer le rôle de pression manquent à l’appel et sont noyés dans des querelles essentiellement de survie bureaucratique donc de promotion éphémère et non pas idéaliste renvoyant à cet idéal de cohabitation réelle.

Nous devons changer d’idéal politique et pour ce faire une FORTE CONSCIENCE POLITIQUE….doit aider à en arriver là. La psychologie des dominés que nous sommes doit absolument changer. Hélas ! Dans notre majorité écrasante, le commun des mauritaniens cherche à SURVIVRE et/ou à régler le problème de la “pauvreté” ou de la marmite comme si cette pauvreté était métaphysique!!!!!! N’est-il pas courant d’entendre le commun des mauritaniens lancer des propos du genre: « Je vais partir à l’école pour avoir tel diplôme parce qu’il sera plus de facile de trouver du boulot » ;ou des propos du genre : « Chercher à réussir au lieu de faire la politique » ; ou encore : « Occupez-vous de votre avenir parce que ce pays ne changera jamais » ; « Construisez des maisons d’abord et faites-vous des terrains et chercher à économiser pour visiter la Mecque »……………autant de propos qui renseignent sur le sentiment de démission et de défaite consommée et en même temps de culpabilité terrible d’une génération qui refuse de se prendre en charge et qui, sans le savoir, reprend la logique du pouvoir et des « pouvoiristes » qui ont toujours milité pour la politique du ventre.

Or cette “pauvreté” a des causes; Elle est généré essentiellement par des politiques sans vision, des pratiques de corruption systémique et le vol organisé des ressources publiques accompagnés de violation des droits humains manifestement symbolisées par une justice inféodée totalement à l’exécutif.

Aujourd’hui les mauritaniens souffrent des effets de la néo-dictature et de l’immobilisme de l’opposition très désorganisée et il sera ainsi impossible de faire l’économie d’une transformation RADICALE ; autrement la majorité d’entre nous sera réduite en esclaves si nous ne le sommes déjà.

Les forces politiques significatives (sociologiquement et/ou politiquement) doivent faire des ruptures pour quittaient leur état d’immobilisme suicidaire et surtout engager des débats de philosophie politique a la place des querelles de préséance qui nous ont tant minées. Les populations sont encouragées à bouger et à créer la pression en organisant des sit-in, des grèves, des journées villes mortes avec l’appui des forces politiques significatives qui doivent impérativement se démettre de leurs querelles. La mise en place d’un cadre autour d’une union sacrée comme disait l’autre, à la place de l’isolement des forces politiques et l’éparpillement aussi bien au niveau national qu’au sein de la diaspora, devient une condition sine qua non pour contrarier le pouvoir actuel.

Nous prônons et nous encourageons les oppositions mauritaniennes à faire un bilan exhaustif a l’image de l’opposition sénégalaise qui a eu la grande intelligence de créer un cadre d’unité appelée « Beno Siggil Senegal » sous la direction d’un Homme de consensus de la grandeur du professeur Amadou Mokhtar MBOW. Si la Mauritanie n’a pas un Homme de sa carrure, ce dont je doute,  alors faisons appel à un ou deux anciens présidents africains, ou à un ou deux anciens fonctionnaires internationaux africains pour résoudre la question de neutralité dans les débats et les réflexions qui doivent être rigoureuses et scientifiques donc dénuées de toute subjectivité politicienne. Et dans ce débat politique inclusif un code d’éthique politique pourrait être élaboré qui comporterait entre autres l’ouverture du dialogue a toutes les parties même le pouvoir, mener les débats dans toutes les langues nationales. En effet les paysans, les éleveurs doivent être tous associés à ce débat politique pour donner leurs avis sur ce qu’ils pensent être meilleurs pour leur développement de leur terroir naturel. Des commissions scientifiques seront créées et dans lesquelles toutes les parties seront associées (Commission Education, Culture, Economie, Politique etc..)

Une espèce de « Beno Siggil Senegal » est nécessaire à la Mauritanie sinon la seule alternative qui sera viable s’imposera d’elle-même des que nous arriverons a la maturation : C’est la VIOLENCE dans laquelle personne ne sera gagnant.

 

Adama NGAIDE. DESS ENVIRONEMENT.

 

Partagez

Ce que je pense de la prestation radiotélévisée du Président Aziz

altA l’instar de beaucoup de nos compatriotes, j’ai suivi aussi avec intérêt la prestation radiotélévisée du Président Aziz d’il y a quelques jours. Je n’ai malheureusement pas pu suivre l’intégralité de ladite conférence de presse, faite très largement en arabe, du fait que la traduction, délibérément ou par négligence, n’a été assurée ni dans les langues nationales ni en français. Il s’agit là d’un manquement extrêmement grave pour un pays multilingue et pluriculturel comme le nôtre. J’ai cependant noté l’effort fourni pour procurer aux malentendants et aux muets une modeste interprétation des propos du Président. Si seulement on avait assuré ce même type de service minimum aux non malentendants/muets, cela aurait été très bénéfique à plusieurs milliers de mauritaniens à travers le monde qui ne parlent forcement pas l’arabe.

A mon humble avis ; le Président a complètement raté sa sortie. J’ai été très choqué et même peiné par certains de ses propos. Au lieu d’utiliser cette plateforme pour rassembler tous les mauritaniens autour d’idéaux fondamentaux communs, Il a plutôt saisi l’occasion pour diaboliser certains de ses compatriotes.

En décidant d’enfoncer le clou sur un certain nombre de questions importantes du moment, dont notamment celles relatives à l’enrôlement des populations en cours, la question centrale de l’existence ou non de l’esclavage dans notre pays ou encore la non résolution du problème des refugiés,

le Président a préféré la fuite en avant au détriment du compromis constructif. En ce qui concerne l’enrôlement des populations par exemple, j’avoue que ce n’est qu’après avoir suivi ladite conférence presse que j’ai réellement compris les vraies motivations et les enjeux autour de celui-ci.

En fait, la situation s’est révélée encore plus grave que je pensais. En effet, j’avais auparavant compris qu’il s’agissait d’un recensement classique des populations mauritaniennes.

Mais le Président nous a plutôt révélé au cours de sa prestation radiotélévisée qu’il était en gros question d’établir la « mauritanité » de tous ceux et celles qui prétendent être des citoyens mauritaniens.

De toute évidence ; l’approche ressemble étrangement au scenario à l’ivoirienne où le concept de « l’ivoirité » avait été introduite dans la foulée par le Président Henri Konan Bédié, alors au pouvoir en Cote d’Ivoire, pour entre autres éliminer certains de ses opposants en leur extirpant de leur nationalité ivoirienne.

Nous savons, et l’Histoire a répertorié, ce que le concept d’ivoirité a engendré comme résultats : une longue, douloureuse et extrêmement coûteuse (autant en vies humaines qu’en biens matériels) guerre civile.

Ce qui est pire c’est qu’ailleurs on a au moins fait des débats publics sur les tenants et les aboutissants d’un tel concept; mais Chez nous tout est entrain de s’opérer selon des critères complètement méconnus du grand public d’autant plus qu’aucune campagne de sensibilisation n’a eu lieu, pour entre autres expliquer au citoyen ordinaire lambda qu’il s’agit d’une table-rase au sens cartésien.

En gros, ce que le Président Aziz veut faire et dire est en substance ceci : « si vous étiez mauritanien depuis votre naissance, cela n’a aucune espèce d’importance désormais. Ce qui est important, c’est ce qui se passera dorénavant avec l’enrôlement. J’utiliserai des procédés propres à moi pour déterminer votre mauritanité ou non-mauritanité. Et à partir de là, un nouveau état civil fiable sera constitué ».

En opérant de cette manière, le Président mauritanien est entrain de fouler aux pieds la loi fondamentale mauritanienne qui définit le droit à la citoyenneté. C’est une approche extrêmement dangereuse parce qu’elle crée des problèmes la ou il n’y avait pas. Pour preuve, même si le Président Aziz ne veut l’admettre, les populations mauritaniennes dont notamment celles issues des milieux les plus modestes sont assujetties à l’humiliation et à la discrimination au quotidien.

Ce ne sont certainement pas des paroles en l’air : pour s’en convaincre il suffit de se référer aux nombreux récents témoignages pour se rendre compte du calvaire de certains de nos compatriotes. C’est cette réalité-là qui pose problème à certains d’entres nous dont ma modeste personne ; même si le Président Aziz ne veut l’admettre.

Les accusations de discriminations notoires émanant des communautés précitées ne devraient pas être balayées d’un revers de la main : elles nécessitent au contraire humilité, courage et justice de la part du Chef de l’Etat pour qu’il exige d’en connaitre les tenants et les aboutissants, pour une solution juste et durable.

Encore une fois, la procédure en cours est très dangereuse, et si elle n’est pas justement suspendue pour être repensée et corrigée, elle pourrait constituer un « turning point » pour une éventuelle implosion du pays comme ce fut le cas en Côte d’Ivoire.

Toka Diagana –
Washington DC – USA

Partagez

Mohamed ould Abdel Aziz continue d’appliquer la même feuille de route que Taya

altMohamed Ould Abdel Aziz continue d’appliquer la même feuille de route que Taya pour les mêmes   objectifs (en si prenant autrement).

Compte tenu des hésitations de l’opposition de mettre le peuple dans la rue. A l’heure où les peuples du continent africain et du monde arabe se révoltent pour en finir avec les régimes dictatoriaux (Tunisie, Egypte, Niger, Lybie, Syrie, etc.….), nous ne pouvons pas nous contenter de la politique d’exclusion communautaire érigée en mode de gestion de notre pays. Comme j’ai l’habitude de le dire, nous aimons trop la Mauritanie pour la laisser finir comme la Lybie ou la Syrie. Il faut pour cela que l’opposition et quelques partis (AJD/MR et MRP) qui n’ont rien n’à faire dans la coalition présidentielle prennent leurs responsabilités. Le président AZIZ ne cache plus son jeu. Il a réussi à transformer l’armée nationale en une armée dont le seul rôle est la lutte contre le terrorisme d’Al Qaida au Maghreb. IL a par ce fait réussi à rassurer l’opinion occidentale et la France en particulier de sa véritable coopération.

 

Je rappelle à c’eux qui sont tentés de l’oublier : il ya un an jour pour jour Kadhafi était reçu comme un roi à Paris avec tous les honneurs, Ben Aly, Moubarak et Bechar el Assad félicités et encouragés pour leur soit disant rôle de rempart contre le terrorisme. Avec les propos tenus dans la presse dans un style arrogant ne laissant aucune place à la concertation. Le président Aziz nous laisse envisager deux possibilités :

-1- Il revendique le programme de taya et promet d’aller plus loin et rapidement car il est prêt stratégiquement et militairement à en découdre avec l’opposition et les noirs (Haratins et toute autre ethnie confondue).

-2- Il veut se faire éjecter en douceur comme ce fut le cas pour ould Taya (ainsi Mr et les siens n’en perdront pas beaucoup comme Ben Aly et sa famille).

 Le président AZIZ rappelle des postures déjà vues (Oumar el Béchir, Kadhafi, Saddam Hossein, Bechar el Assad, Mamadou Tandja, etc. Il est temps d’arrêter cet apprenti sorcier.

 

J’en appelle à ceux la même qui avaient signé les accords de Dakar avec AZIZ sous le parrainage du président Wade (qui avait voulu faire signer les mêmes accords entre DADIS Camara et l’opposition Guinéenne)

 

J’en appelle aux Haratins (I R A) qui sont de nouveau insultés quand Mr le président dit que l’esclavage n’existe pas en Mauritanie.

 

J’en appelle à ces noirs eternels victimes du système toutes ethnies confondues, ces noirs étrangers dans leur propre pays, ces noirs que Mr le président veut transformer en sans papiers dans leur propre pays, ces noirs qui croupissent dans les camps de refugiés au Sénégal et au Mali, ces noirs qui n’ont fait de mal que d’être noirs dans un pays que ce nationaliste arabe attardé veut blanc.

 

J’en appelle aux différentes organisations politiques et humanitaires : AFMAF, AHME, APP, ARMEPES, CAMME, FLAM, IRA, PLEJ, MAPROM, OCVIDH, OTMF, UFP, AVOMM, ‘IMEJ, CONCIENCE CITOYENNE, etc.…

 J’en appelle aux personnalités indépendantes ou encartées  qui par leurs engagements ont protesté depuis le début de ce qui ressemble à la « SOLUTION FINALE »

Kadiata Malik Diallo

Biram Dah ould Abeïd

Hamdou Raby Sy

Ba ciré

Diagana Boubacar

Mariame Kane

Boye Alassane

Ngaïdé Abderrahmane (la liste est longue).

 

Ma pensée va à ces hommes et femmes que le président AZIZ a décidé d’ignorer et particulièrement à l’humiliation de cet ancien député de Nouadhibou représentant d’AJD/MR à qui on a refusé l’enrôlement parce que sa mère est née au Sénégal.

 

 Ba Mamadou Amadou -Paris-France.

 

www.flamonline.com

 

Partagez

Nouvelles d’ailleurs : La Diaspora expliquée aux Nuls….

altIl est de bon ton, dans certains milieux intellectuels et « branchés » de nos microcosmes de société, de se gausser, entre 2 bouchées de gâteaux et quelques lampées de boisson gazeuse ou de café, de La Diaspora. Du « ils ne connaissent rien à la situation sur place » ( à savoir la vie terriblement trépidante de NKTT city et de la Rim en général), à « ils ne sont pas sur place, ils n’ont donc aucun mot à dire », en passant par le sempiternel « ils sont loin donc ils ne voient rien », et en faisant un petit détour par « ils ne sont plus tout à fait mauritaniens », sont lancées les mille et une piques et banderilles à l’encontre du fantasme Diaspora.

Le mammouth, que dis-je, le Monstre Diaspora devient, le temps de discussions animées, le truc du moment, à savoir qui connait quoi que ce soit à la situation au bled.

De bien entendu ces pugilats verbaux ne peuvent aller sans la moue légèrement méprisante des « nous nous sommes au bled donc on connait » et la moue plus que dépitée du « je vis à l’étranger mais je connais ce qui se passe chez nous ». Le pseudo dialogue tourne vite au dialogue de sourds.

Le combat se termine toujours de la même façon : les locaux, entendez par là ceux qui ont les babouches bien ancrées dans les goudrons de NKTT, gagnent par KO technique et le « diasporé » finit par se taire tout en bouillant au fond de lui de colère.

Bref : entre Diaspora et Local, rien n’est jamais simple. C’est une histoire d’amour tendance « je t’aime, moi non plus » qui, par delà l’imbécilité des reproches faits par les « Locaux régionaux », permet, au moins, de ne pas s’ennuyer certains jours dans cette capitale, NKTT Plage, championne toute catégorie de l’ennui et de la médisance (l’un cultivant l’autre avec perversité et passion).

En tant que « diasporée » moi-même, j’en ai perdu de la salive dans ces débats stériles!

Pourtant il ne me semble pas, qu’en arrivant au bled, je sois la plus ignare des ignares en matière de « k’estcequisestpasséchez nous? ».

Il me semble aussi, que le premier réflexe des Locaux/Régional de l’étape du Jour, est de sauter (au sens propre comme au figuré) sur l’ordinateur portable pour aller apprendre la politique des Nous Z’Autres sur Internet !

En écoutant toutes ces voix patriotiques, je me disais qu’il devait exister dans notre République une sorte de téléphone arabe relié directement aux Locaux et qui bipait dès lors qu’un politique bougeait un cil, ou qu’un fonctionnaire détournait de l’argent, ou qu’un gabegiste faisait un chèque en bois, que le Président posait sa royale babouche sur sa encore plus royale descente de lit… Du producteur au consommateur, quoi! Ce fil magique de LA connaissance des us et coutumes locaux à usage de ceux qui ont le bon ton et la bienséance de vivre au bled. De bien entendu, en écoutant les Locaux vitupérer après les Nous Z’Autres Diasporés et Compagnie, ce fil magique ne nous atteignait pas, trop éloignés que nous sommes nous Z’Autres « ânes Diasporés ».

Bref, je vais passer sur cet aspect du Local pur jus qui, comme son cousin de la Diaspora, s’enquiert de ce qui se passe pas très loin de chez lui en allant surfer sur les sites électroniques d’informations (ou de désinformation).

Je passerai aussi sur le fait que, miracle des miracles, j’étais parfois, moi la diasporée, au courant avant eux de choses qui se passent au bled! Combien de fois ai-je appelé notre pays en disant « c’est quoi la manif en ce moment? » ou « Tu as entendu ce que vient de déclarer tel ou tel homme politique? », etc… et n’ai récolté, au bout du fil, de la part de ceux qui sont sur place, « Ben non suis pas au courant? Qu’est ce qui se passe? » !!!!

Je passerai aussi sur le fait que la Diaspora, comme toute chose, est souvent un vase clos, qui n’a jamais coupé les liens affectifs avec le pays et que les nouvelles qui ont parfois du mal à arriver aux oreilles des Locaux (sûrement histoire de chaleur ou de goudron mal foutu) arrivent à l’étranger avant d’arriver aux Régionaux Locaux.

Je passerai (bien entendu car il n’est pas question d’argent entre amis n’est ce pas?), sur le fait que sans la Diaspora et ses diasporés, l’économie mauritanienne se trouverait encore plus mal qu’elle ne l’est. Et que grâce à la Diaspora et à ses toujours diasporés, l’Etat a pu faire plein d’économies en matière de développement local car ces mêmes diasporés ont envoyé de l’argent au village et y ont construit, des écoles, des pharmacies, des mosquées… tout cet argent durement gagné dans ces paradis que sont l’Europe ou les States, cet argent de la douleur, économisé sou après sou et envoyé au pays afin de le construire.

Je passerai sur le fait que le Local, quand il économise ou qu’il investit, ouvre soit une boutique soit fait dans la pêche.

Je passerai aussi sur le fait que beaucoup n’ont pas choisi d’être « disaporés » de gaîté de cœur. Beaucoup ont fui notre merveilleuse République des Sables Moutannants et Rectifiés (ah les belles années 1989, 1990 et plus!). Beaucoup sont partis parce que dans leurs villages ils crevaient de faim.

Beaucoup sont partis pour faire des études et obtenir un diplôme qui soit reconnu dans le monde.

Beaucoup sont partis et sont restés parce qu’ils ont trouvé l’amour.

Beaucoup sont partis parce qu’ils ne trouvaient pas de travail chez les Locaux et beaucoup représentent la RIM mieux que les Locaux/Régionaux : Ould Hamidoun, Toka Diagana, pour ne citer qu’eux, qui ont fait et qui continue, pour Toka Diagana, à illuminer le panthéon des sommités en Mathématiques et dans la Recherche. De Brahim Ould Boihy, qui entraîne les pilotes d’une des compagnies les plus prestigieuses du monde, Air France… De Myriam Soumaré, d’origine mauritanienne, qui a brillé dans l’athlétisme. De Med Hondo. Etc, etc…

Je passerai aussi sur le fait que c’est dans la Diaspora et par elle qu’est née la première web radio libre de Mauritanie, Kassataya, qui existe depuis plus de 2 ans maintenant et qui, à sa manière, lutte pour la libéralisation des ondes et la liberté tout court. Née, rêvée, maintenue à bout de bras sans financements par la..diaspora.

Eh oui, rêves de Diaspora….

Alors, puisque les diasporés sont souvent méprisés, raillés, dénigrés, rabaissés au rang d’aveugles ignares, je veux rappeler que la Diaspora aujourd’hui, ce sont des centaines de milliers de mauritaniens qui n’ont jamais tout à fait quitté le pays, qui l’aiment, qui tentent de le construire, de participer, d’ériger.

Ce sont des hommes, des femmes, des enfants, qui transportent avec eux un bout de cette terre de déchirements.

Ce sont des mauritaniens comme les autres, qui se tiennent encore plus au courant de ce qui se passe chez nous parce qu’ils sont loin. Et qui ont l’avantage « d’avoir vu du pays » et de connaître autre chose. Et c’est ça la richesse non? L’ouverture aux Autres…

Ce ne sont pas seulement ceux que les Locaux appellent quand ils ont besoin d’argent ou de la dernière cafetière à la mode….

 Mariem Mint Derwich- LE CALAME

Partagez

Un présent qui s’explique à partir d’un passé récent (« Election présidentielle du 18 juillet 2009 ») par Boye Alassane Harouna

altLe 29 août 2009 je publiais le texte  ci-dessus : « Election présidentielle du 18 juillet 2009 ». Celle-là même qui porta au pouvoir le Général Mohamed Ould Abdel Aziz, paré cette fois-ci d’un costume. « Cette fois-ci » ? Parce que le 6 août 2008, le Général Mohamed Ould Abdel Aziz prenait le pouvoir en destituant le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi.

Le pouvoir usurpé le 6 août 2008 porte ainsi dans ses entrailles ce péché originel qui résulte de l’illégalité de son mode d’acquisition — le coup d’Etat du 6 août 2008 —, et de l’arrêt brutal, qui s’ensuivit, du processus d’ouverture démocratique et des réformes importantes qui étaient en cours. Or, c’est le 6 août 2008 qui rendit possibles l’élection présidentielle du 18 juillet 2009 et son résultat, le sacre de Mohamed Ould Abdel Aziz. Aussi, le 18 juillet 2009 en soi n’expie pas le péché qui entache le 6 août 2008. Il le capte par héritage, et le porte. La présidence de Mohamed Ould Abdel Aziz en sera toujours imprégnée.

Que les amis lecteurs me pardonnent de leur soumettre, pour lecture ou relecture, un texte publié il y a deux ans. A ma décharge, qu’ils me permettent de faire valoir que, de mon point de vue, plusieurs faits et évènements que le pays a vécus depuis l’élection du 18 juillet 2009, et d’autres qui font l’actualité tiennent leur source, pour l’essentiel, de cette élection du 18 juillet 2009 et des conditions qui l’ont rendue possible.

En effet, la configuration politique actuelle, la composition et la recomposition — par addition ou soustraction — des principaux camps politiques (celui de la majorité et celui de la coalition de l’opposition démocratique, notamment), les va-et vient de certains partis politiques entre le camp de l’opposition et ce qui est improprement appelé ici majorité présidentielle, va-et-vient qui dénotent sinon un manque de conviction et de projet cohérent, du moins une absence de vision tactique ; certaines alliances ou affinités politiques ; certains positionnements par rapport à des questions fondamentales ayant trait au devenir du pays, etc. ; à y regarder de près, on s’aperçoit aisément que tous ces faits et agissements trouvent bien leurs esquisses dans la longue période préélectorale qui se boucle le 18 juillet 2009.

Dans ce texte, j’y soulignais que 1) la stabilité et la sécurité du pays, 2) les rapports pouvoir/opposition, 3) la Question nationale… étaient au nombre des dossiers brûlants et urgents auxquels il importait d’apporter rune solution juste et durable. Deux ans après l’élection présidentielle du 18 juillet 2009, quelle évolution significative peut-on raisonnablement relever quant au traitement de ces questions ? Aucune. Pire, les choses se sont dangereusement aggravées. Retenons la Question nationale, pour illustration.

1) Mars 2010 (Sauf erreur de date). « Que voulez-vous, la Mauritanie est un pays arabe ! », affirmait sans gêne le Premier ministre Moulaye Ould Mohamed Laghdaf en réponse à un journaliste. La ministre de la culture, dans son sillage, dissertera dans le sens de la suprématie de la langue arabe sur les autres langues nationales.

2) Premier semestre 2011. L’Etat, ou ce qui en tient lieu, s’abrite derrière différents montages et manœuvres pour déposséder les populations négro-africaines du sud de leurs terres en vue de les vendre à des investisseurs étrangers, saoudiens notamment. Aucune région du sud n’échappe à cette expropriation, selon les informations dont nous disposons. La cession des terres serait même effective. C’est, dit-on, pour éviter des révoltes massives et coordonnées des populations de la vallée que les cessionnaires, avec la bénédiction de l’Etat, ne prendraient que progressivement possession des terres ainsi acquises.

3) Le fameux recensement à «vocation d’Etat civil » en cours. Véritable tragi-comédie, illustration non pas de l’effacement ou de la démission de l’Etat mais de son extinction quasi complète. A sa place opèrent des lobbies, groupuscules racistes, idéologiquement marqués par des pratiques et discours discriminatoires. Groupuscules, érigés en institutions, qui font leurs lois, couverts par les hautes autorités du pays. Par leur composition, leurs méthodes et règles de travail, les commissions de recensement excluent à partir de critères ethniques plus qu’elles ne recensent les citoyens en tant que tels.

Qu’est-ce qui ressort de tout ce qui a été dit sur le comportement et les pratiques de ces commissions de « recensement » qui rappellent étrangement ces autres lugubres « commissions de listes » constituées lors des évènements de 89/90, et qui avaient vocation de définir quel Négro-africain devait être exproprié avant d’être déporté ? Humiliation, mépris, dédain, agressivité, désinvolture, arrogance, absence totale de la plus élémentaire attitude de correction et de courtoisie que chaque citoyen est en droit d’attendre des autorités de son pays, de son administration et de ses agents dont la raison d’être première est précisément d’être à l’écoute et à la disposition des citoyens, des administrés. Cette correction et cette courtoisie qui sont le propre de nos traditions africaines, que l’on doit aux personnes âgées en particulier, et que recommande l’islam dont on se réclame, ce sont bien elles qui sont piétinées par les commissions de recensement tantôt avec une allégresse gamine, tantôt avec un cynisme sans nom. (Demander à des sexagénaires ou à des octogénaires de présenter le certificat de décès de leurs parents, dans un pays où jusqu’à un passé encore récent le certificat de décès et l’autopsie n’étaient guère des pratiques administratives systématiques, cela procède-t-il d’une logique de recensement ou d’une volonté d’exclure ?)

La récurrence de la négation du caractère multiethnique de la Mauritanie qui s’exprime ici au travers de l’exclamation du Premier ministre : « Que voulez-vous, la Mauritanie est un pays arabe ! » (D’où la logique de la suprématie de la langue arabe.) ; l’expropriation en cours des terres de la vallée ; Le fameux et tragi-comique « recensement à vocation d’état civil » toujours en cours ; qu’est-ce qui relie ces trois actes qui sont le fait des pouvoirs publics et qui n’auraient pu être conduits et aboutir sans l’aval du chef de l’Etat ? La mise en cause de l’identité intrinsèque de la communauté négro-africaine de Mauritanie, ou, dit autrement, la logique de son exclusion ou de son effacement par assimilation (la déformation des prénoms négro-africains pour leur donner une consonance arabo-islamique et l’imposition de l’arabe comme langue officielle en sont une illustration). Examinons rapidement ces trois questions qui nous mènent directement à la Question nationale ou à la définition des normes du vivre-ensemble entre les différentes composantes nationales du pays.

La langue, marqueur identitaire par excellence s’il en est, sa négation par sa dépréciation constante conduit à terme à asphyxier le groupe ethnique qui l’utilise, à freiner son épanouissement en réduisant ses membres au rang de citoyens de seconde zone. Dis-moi ta langue de naissance, je te dirai qui tu es. Elle est sans doute l’un des principaux signes distinctifs de l’identité de la personne, de son appartenance (nationale, ethnique, voire religieuse). « …Sur ces trois qualités cependant [celles essentielles qui définissent un individu], la qualité essentielle est le langage…», nous dit Amadou Hampâté Bâ (“Aspects de la civilisation africaine”).

Les terres constituent, dans le milieu négro-africain de Mauritanie plus qu’ailleurs sans doute, plus qu’un moyen de production et de subsistance ; leurs histoires se confondent souvent avec celles des familles ; elles symbolisent un passé, désignent une ascendance ; elles sont un legs sacré, un patrimoine inaliénable dont le mode de transmission de génération en génération est régi par le droit coutumier. Pour tout dire, elles sont une partie constitutive de l’identité de leurs propriétaires. Dis-moi ta zone de culture, dis-moi où se situent tes champs, je te dirai qui tu es et qui sont les propriétaires des champs qui sont contigus aux tiens. Ignorer les liens indéfectibles qui lient, ici plus qu’ailleurs, le paysan noir à ses terres, c’est ne rien connaître au b.a.-ba en matière d’histoire ou de culture négro-africaine du pays. Ou vouloir délibérément précariser davantage des populations déjà dépourvues du minimum nécessaire pour une existence décente.

Le recensement « à vocation d’état civil ». Il vise donc, par définition, à formaliser l’identité du citoyen, à fixer son appartenance nationale, qui le distinguera des citoyens d’autres pays. Le lui refuser pour des motifs aussi grotesques que ceux qu’on entend, c’est lui refuser sa citoyenneté, c’est nier son identité, c’est en faire un paria sur sa terre natale, celle de ses aïeux, c’est l’exclure de la communauté nationale.

La question linguistique, la question des terres, la problématique du « recensement à vocation d’état civil », toutes ces questions posent ouvertement ou en filigrane l’incontournable Question nationale via la question identitaire qui en constitue le substrat. Vieille question, consubstantielle à l’avènement de l’Etat mauritanien, polluée et rendue explosive par le racisme d’Etat au point de mettre en péril l’existence même du pays à plusieurs reprises. Pour dire les choses rapidement, hier, sous les régimes précédents, celui de Taya notamment, pour marginaliser, pour exclure, pour massacrer, pour déporter les populations négro-africaines du pays, on biaisait, on construisait des prétextes, etc. Ce qu’il y a aujourd’hui d’inédit et d’extrêmement grave que révèle ce  « recensement », c’est qu’on ne se contente plus de faire du Noir un citoyen de seconde zone, on en fait plutôt et ouvertement un apatride. Résultat : on n’aura plus besoin de le déporter. Il suffira de l’expulser, le cas échéant, parce qu’on aura construit les instruments « légaux » de cette expulsion : son absence des registres d’état civil ; son nouveau statut de sans-papiers. Pas de citoyenneté, donc. Les autres, ceux qui auront provisoirement échappé à l’usurpation ou à la déconstruction de leur nationalité, ceux-là se verront davantage fragilisés quand viendra à terme le processus de dépossession de ce qu’il leur restait comme moyen de subsistance : leurs terres, par exemple. Et avant cette échéance, inéluctable en raison de la logique d’exclusion du racisme d’Etat, ils auront été réduits en masse anonyme et invisible, noyée dans la communauté arabo-berbère, par étouffement de leurs langues et de leurs cultures. En somme, la mort programmée de la communauté négro-africaine, pas nécessairement dans le sens de son extinction physique en tant que communauté ; mais par dépossessions successives de ses droits, par la réduction de son poids démographique, par extinction de ce qui fonde son identité et fait sa spécificité (langues, histoire, cultures, etc.)

Ainsi intégré, en tant qu’étape, dans le processus global d’exclusion et d’étouffement des Négro-africains, le « recensement à vocation d’état civil » apparaît ici avec tout son caractère  scandaleux et odieux. C’est l’appréhension de la vraie nature de cette opération « recensement » » et ses conséquences dévastatrices pour la cohésion nationale qui a suscité l’indignation et la réprobation que traduisent les réactions massives et presque instantanées enregistrées aussi bien en Mauritanie qu’à l’extérieur. La jeunesse dont le slogan-programme « Touche pas à ma nationalité… » restera sans doute un repère historique de ce moment tragi-comique dans la gestion de ce qui a directement trait à la Question nationale (le « recensement à vocation d’Etat civil ») ; quelques partis et organisations ; la société civile ; quelques personnalités éminentes, responsables d’associations ou cadres de partis politiques ; tous firent entendre leurs voix avec véhémence à travers diverses manifestations et déclarations. Digne réaction à soutenir, à encourager, à amplifier davantage. Mais qui reste une gouttelette d’eau qui ne couvrira pas, hélas, le silence pour ne pas dire l’indifférence incroyable de la majorité de la classe politique, des intellectuels, des cadres, des personnalités religieuses, des notables…

Qu’attendre de l’élite, de l’avant-garde, des citoyens responsables face à ce qui conduit inexorablement à l’implosion de leur pays, ce recensement en l’occurrence ? Qu’ils transcendent leurs clivages politiques, ethniques…, se rassemblent en un front unique pour s’opposer énergiquement à toute entreprise qui vise à saper les fondements du pays et de la nation encore fragile. C’est en ces circonstances que se fait l’apprentissage du vivre-ensemble, que se construit la solidarité nationale face à l’épreuve que traverse une région du pays ou une de ses composantes nationales ; c’est là que doit d’abord commencer la construction de l’unité nationale.

Quelles perspectives ?

« Pour une Mauritanie unie et indivisible. », soutiennent certains.

Dans ces conditions, et au regard des nouvelles variantes du développement du racisme d’Etat, des slogans du genre « Pour une Mauritanie unie et indivisible » laissent un écho pathétique et traduisent une forme de résignation, une certaine utopie, du genre de celles qui ne se réalisent jamais.

L’aspiration à une « Mauritanie unie et indivisible » est sans conteste noble et légitime. Mais la question est dépassée. Elle ne doit pas, aujourd’hui, sans modification fondamentale des données politiques actuelles en matière de cohabitation nationale, être posée en ces termes. Car l’unité suppose 1) qu’on soit au minimum deux, 2) que l’envie et la volonté de s’unir et de vivre ensemble soient partagées, réciproques. Or, l’Etat censé mettre en œuvre les conditions de cette « Mauritanie unie et indivisible » développe depuis sa naissance des politiques contraires à l’émergence d’une « Mauritanie unie et indivisible ». Aussi, la seule question d’actualité qui vaille d’être posée c’est « Comment bâtir une Mauritanie unie et indivisible ? ». Et la question, dès qu’elle est posée, il se comprend vite qu’elle constitue plus l’expression d’un doute ou une attestation supplémentaire de la disposition à vivre ensemble qu’une conviction quant à une possible réalisation de cette « …Mauritanie unie et indivisible ». La question « Comment bâtir une Mauritanie unie et indivisible ? » restera sans réponse, donc incongrue, tant qu’on n’aura pas en face un pouvoir avec une volonté politique réelle de trouver une juste solution au problème de la cohabitation. 

Autonomie du sud, Sécession… ?

C’est pour toutes ces considérations, et à la faveur de cette aberration que constitue ce recensement, que la tendance favorable à l’Autonomie ou à la sécession commence à gagner du terrain. A bien observer la chose, on note qu’il s’agit moins d’une lubie ou d’un coup de sang que d’une option revendiquée et assumée. Option longtemps perçue par des aînés, reprise et développée par les FLAM depuis plusieurs années.

Mieux, d’autres vont plus loin et n’excluent guère une sécession pure et simple du Sud. L’adhésion à ces options politiques comme solution à la cohabitation deviendra de plus en plus massive et populaire à mesure que s’accentueront des pratiques discriminatoires (comme le recensement actuel) portant gravement atteinte à l’intégrité et aux droits fondamentaux de la communauté négro-africaine. Voilà qui doit interpeller l’ensemble de la classe politique, les autorités actuelles du pays et les citoyens soucieux de l’avenir du pays. Il y a bien là de quoi inciter à une vaste concertation nationale transparente, à laquelle doivent prendre part toutes les forces politiques, tous les acteurs de la société civile et les populations, pour définir une solution juste et respectueuse des droits de toutes les composantes nationales du pays. Car, il ne faut pas se bercer d’illusions et croire utopique l’évolution possible et même probable du pays vers une Autonomie du sud, voire une séparation. Il s’agit donc d’éviter  — avant qu’il ne soit tard — que cette hypothèse ne se vérifie par volonté unilatérale et sous n’importe quelle forme…

Le Sud Soudan, ce n’est pas le Sud de la Mauritanie, certes. Le Soudan, ce n’est pas la Mauritanie, bien sûr. Mais un point commun de taille, tout de même : une discrimination et une exclusion anachroniques, à base confessionnelle et ethnique au Soudan, à base ethnique en Mauritanie. C’est ce dénominateur commun qui fit basculer le sud Soudan dans la longue résistance armée qui déboucha sur son indépendance récente. Si — aujourd’hui — en Mauritanie on est loin d’une issue semblable à celle que vient de connaître la crise soudanaise, absolument rien n’exclut qu’elle advienne dans 20 ou 30 ans. Les Mauritaniens, la classe politique et les autorités du pays seraient bien inspirés de faire de cette question l’objet de leurs réflexions et de bien méditer l’expérience soudanaise.

 Quant aux formations politiques, Associations, personnalités indépendantes qui affirment mettre au cœur de leur combat politique l’émancipation de la communauté noire et la sauvegarde de ses droits, si elles sont sincères et conséquentes, il est grand temps pour elles, tout en conservant au besoin leurs spécificités en tant que formations politiques (ou personnalités indépendantes), de travailler à construire un front vaste, uni, solide et durable, à élaborer des programmes d’actions communs sur la base d’une vision stratégique claire. La sensibilisation, l’encadrement et la mobilisation des populations du sud notamment, doivent être au centre de cette alliance politique. Ce front devra ensuite s’élargir à toutes les forces démocratiques et progressistes du pays qui militent franchement pour une Mauritanie égalitaire.

 

Boye Alassane Harouna

Le 5 août 2011

WWW.FLAMONLINE.COM

 

Partagez