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MAURITANIE : Un recensement périlleux par BABACAR JUSTIN NDIAYE
Pourquoi la fragile Mauritanie, encore convalescente de la grave crise des années 89-90, s’évertue-t-elle dangereusement à titiller ses vieux démons ; notamment celui de la fracture raciale ? Difficile de comprendre cette auto-fragilisation au moment où le pays est confronté au défi de la démocratie et à la menace du terrorisme. Le besoin de statistiques fiables pour un aménagement optimal du territoire et une planification économique, n’expliquent pas tout. Dans ce pays sociologiquement en fusion heurtée, le recensement national est plus qu’un exercice administratif de routine. Il est un enjeu politique. Pas étonnant donc que la Mauritanie reste, depuis plus de trente ans, le seul pays au monde où les chiffres liés à démographie, relève du secret-défense.
« Le plus grand danger qui menace présentement la cohésion nationale est le recensement en cours. Il faut revoir cette affaire qui suscite d’innombrables interrogations et de protestations dans certaines de nos villes ». Ces propos du Président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, sont le meilleur baromètre de la montée des périls découlant de l’enrôlement lancé, en mai dernier, pour officiellement mettre en place un nouveau système d’identification des Mauritaniens.
Administratif, technique et routinier dans tous les pays du monde, le recensement démographique est, en Mauritanie, une opération grandement redoutée. Tant ses résultats (données chiffrées et fiables sur la population) conditionnent le destin politique de ce pays multiracial, multiethnique et multiculturel.
D’où la contestation anti-recensement qui fait vibrer, sur une grande échelle, les fondations de l’entité mauritanienne. A juste raison. Car les modalités de l’enrôlement sont diablement inflammables. Singulièrement le libellé des questions réservées aux populations négro-mauritaniennes. Et, surtout, la nature des pièces introuvables qui leur sont fortement exigées. Exemples surréalistes et provocateurs : le lieu de naissance du père du père ; les extraits ou bulletins de naissance de l’arrière grand-père etc. Comme si la colonie de Mauritanie –administrée depuis Saint-Louis du Sénégal – ne faisait pas partie de l’Afrique Occidentale Française (AOF) jusqu’à son indépendance obtenue le 28 novembre 1960.
Paradoxalement, le recensement ne pose aucune difficulté aux centaines de Touaregs (anciennement réfugiés maliens) que le régime du Président Ould Taya avait fixés sur la vallée du Fleuve, afin de « dénégrifier » le sud mauritanien, par un rééquilibrage des données démographiques. Par ailleurs, l’enrôlement ne connaît bizarrement aucun hic dans les deux Hodh, c’est-à-dire les régions de Néma et d’Ayoun-el-Atrouss (le grand Est frontalier du Mali) amputé du Soudan français, et tardivement rattaché à la Mauritanie vers les années 40 par le gouverneur Christian Laigret.
Pourtant, ces zones sont peuplées de gens à la nationalité ambiguë ou fluctuante. Feu le Colonel Cheikh Ould Boyde, longtemps patron de la gendarmerie mauritanienne, né de mère bambara, serait-il, aujourd’hui, éconduit ou accepté par les agents de recensement ? Sa fille, Mme Cissé Khady Mint Cheikh Ould Boyde, actuelle ministre de la Culture, est-elle de nationalité clairement mauritanienne ou équivoque ? Et que dire de l’ex-maire d’Akjoujt, Maurice Benza né de père antillais ? Décidément, les opérations d’enrôlement du Général Abdelaziz ont un caractère ubuesque.
Si l’on y ajoute le fait que la majorité des enquêteurs sont en majorité maures, on saisit bien la fureur sans bornes des Toucouleurs, Ouolofs et autres Soninkés de Mauritanie. Eux qui, aux heures sombres de l’Histoire récente de la Mauritanie (guerre du Sahara 1976-1978), ont quitté le Gorgol, le Guidimakha et le Brakna, pour aller jusqu’au Guelta Zemmour, défendre jusqu’au sacrifice suprême, la souveraineté de leur patrie pluriethnique et multilinguistique.
Ce n’est alors guère surprenant que les Mauritaniens issus des trois ethnies précitées soient les animateurs du mouvement « Touche pas à ma nationalité » qui fait barrage à ce recensement dont le but ultimement visé, est d’exclure administrativement les Noirs de leur pays. Sinistre répétition ou bégaiement de l’Histoire : après la déportation hors des frontières ; c’est désormais le ghetto qui fait du citoyen, un métèque chez lui. On en arrive à admettre – même si la balkanisation à la soudanaise est inacceptable et inappropriée – que les théoriciens et fondateurs du Front de Libération du Walo, du Fouta et du Guidimakha (WALFOUGUI) n’avaient pas tort dans l’absolu.
L’épicentre prévisible de la révolte (la vallée du Fleuve Sénégal) est évidemment la zone la plus quadrillée et la plus violemment traitée par les forces de l’ordre. Toute la willaya du Gorgol, c’est-à-dire la région de Kaédi, est sous contrôle policier. Outre le chef-lieu Kaédi, les villes de Maghama et de Mouqata ont été calcinées par la spirale révolte-répression. Même la ville très métissée de Rosso, capitale du Trarza, est touchée par la bourrasque anti-recensement.
De facto, l’autorité civile (gouverneurs et préfets) s’est liquéfiée au profit de l’appareil militaro sécuritaire. Preuve que l’Etat républicain du Général Mohamed Ould Abdelaziz est un vernis qui craquelle au moindre choc. Preuve également que l’option sécuritaire est privilégiée : le commissaire directeur de la Sûreté régionale de Kaédi a été limogé puis remplacé au pied levé, par le commissaire Ely Ould Moktar de la Sûreté de l’Air qui coiffe l’aéroport de Nouakchott.
Plus visible encore, est la navrante distribution raciale des responsabilités dans la répression en cours dans la vallée. Par un cynisme innommable, le Président Aziz a envoyé contre les militants de « Touche pas à ma nationalité », les deux corps paramilitaires (gendarmerie et garde nationale) commandées par les Généraux Ndiaga Dieng et Félix Nigri. Deux officiers généraux (noirs) natifs de la ville de Boghé. Conséquence, la vieille recette du « diviser pour régner » a marché parfaitement ; puisque la ville n’a pas bougé. Ironie du sort – pardon, du jeu du gouvernement de Nouakchott – le Général Ndiaga Dieng est le fils d’un tailleur originaire de Saint-Louis ; tandis que le Général Félix Nigri descend d’un grand-père italien et d’une maman toucouleur de Podor. Question : ces deux Généraux qui répriment les manifestants du « Touche pas à ma Nationalité » sont-ils, eux-mêmes, recensables ?
En dehors de son caractère attentatoire à l’unité et à la stabilité, le recensement cache subsidiairement une orientation anti-sénégalaise. De plus en plus appuyée, avec la rafle des Sénégalais du quartier Médina 3 que le ministre de l’Intérieur Sid’Ahmed Ould Boilil présente comme des éléments étrangers qui manipulent les révoltés du « Touche pas à ma nationalité ». Tout se passe comme si le Président Aziz cherche à transposer la dégradation de ses relations avec Wade, sur les péripéties d’un recensement périlleusement amorcé.
A l’intérieur comme à l’extérieur de la Mauritanie, le recensement diffuse ses ondes de choc. En effet, l’opération d’identification constitue du pain béni pour une opposition (toutes sensibilités confondues) secrètement contente de voir l’homme fort de Nouakchott s’en mêler fatalement les pinceaux dans une affaire politiquement explosive.
Hors des frontières, cette crise est, bien entendu, suivie avec une grande attention par les Occidentaux qui épaulent la Mauritanie dans sa guerre contre Al Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) que la chute de Kadhafi a matériellement renforcée. En plein recensement, le Général Carter F. Han du commandement américain pour l’Afrique (AFRICOM) a débarqué, le 11 juillet, à Nouakchott, pour échanger avec le chef d’Etat-major mauritanien, le Général Ghazouani. Dans le sillage d’AFRICOM, l’Union européenne a dépêché, le 23 septembre, son émissaire Manuel Lopez qui a annoncé le décaissement prochain par Bruxelles, de la somme colossale de 100 millions d’euros pour les trois pays (Mali, Mauritanie et Niger) en butte aux attaques d’AQMI. Quant aux décideurs sénégalais, ils ont l’œil rivé sur l’horizon électoral 2012. Et non sur les rives du Fleuve éponyme.
C’est précisément la conjoncture internationale et régionale qui pourrait fournir le filet de sauvetage au chef de l’Etat mauritanien en apesanteur dans cette affaire très corsée du recensement. Son engagement farouche à assumer, avec enthousiasme, sa mission de Gurkha (soldat népalais de l’armée britannique des Indes) de la France et des Etats-Unis dans la bande saharo sahélienne, lui vaut un soutien non encore érodé des pays du Nord, obsédés par le péril vert : l’islamisme armé. Mais le salut personnel d’Aziz rime-t-il avec la sauvegarde d’une Mauritanie intacte ? C’est d’autant moins sûr que les gouvernements d’Europe et d’outre-atlantique restent largement tributaires de leurs opinions publiques. Qui, elles, sont sensibilisées par moult ONG qui dénoncent les incongruités périlleuses du recensement. Le dernier exemple en date, étant la manifestation anti-enrôlement du 2 octobre, à la place Trocadéro de Paris.
Babacar Justin N’diaye- Journaliste-Politologue sénégalais
Du dialogue « national » à la résistance populaire ou quand le principe de réalité rattrape les illusionnistes.
Il y a quelques jours, s’est déroulée à Nouakchott une rencontre des partis politiques de la majorité et de certains partis dits de l’opposition, des assises dénommées « dialogue national ». Il y a lieu de rappeler que le principe du dialogue national , en dépit de ce que le pouvoir veut en faire croire, s’inscrit dans sa lettre et dans son esprit dans les accords dits de Dakar qui mirent en œuvre le processus ayant abouti à la légitimation du putsch azizien.
Ces rencontres avaient pour objet, nous dit-on, d’approfondir la démocratie et de résoudre, de manière consensuelle, les graves problèmes qui se posent au pays.
Même si dans l’absolu, on ne peut rejeter le principe du dialogue pour faire évoluer la démocratie, instaurer la bonne gouvernance et s’orienter vers la résolution des graves questions qui se posent au pays ; on est cependant en droit de s’interroger légitimement sur la forme et sur le fond de ces assises.
Aussi bien dans leur forme( choix des participants, modalités d’exécution, délai etc.…) que dans leur objet et finalité (trouver des solutions largement acceptées aux questions qui empoisonnent la vie du pays et menacent sa stabilité, définition des questions majeures…) ces assises ont été conçues, organisées, mise à exécution et pilotées de manière unilatérale voire arbitraire par le pouvoir en place, sans consultation d’aucune sorte avec les protagonistes réelles et potentiels de l’autre camp.
Le dialogue « national » a exclu superbement certaines formations politiques, les organisations humanitaires et de la société civile pourtant actrices majeures et actives du politique et éléments incontournables dans tout processus démocratique digne de ce nom.
L’absence d’un processus concerté et d’une dynamique d’ inclusion réelle est , à n’en pas douter un élément qui risque d’ôter aux éventuelles conclusions de ces assises une large adhésion populaire qui leur est pourtant essentielle pour ne pas dire nécessaire au sens philosophique du terme. L’histoire nous apprend qu’en politique, Le déficit de représentativité peut équivaloir au péché originel en religion !
Autre objection majeure quant à ce « dialogue national » est l’élucidation des questions brûlantes que sont la question de l’unité nationale et celle de l’esclavage. Il est vrai qu’en Mauritanie, l’identification des questions brûlantes est en soi une question brûlante mais il est illusoire de vouloir concevoir une Mauritanie stable et en paix avec elle-même en fermant les yeux sur les constantes sources de frictions.
La question nationale et sociale constitue la contradiction principale du pays, en ce sens que de sa résolution dépend la résolution des autres problèmes de la nation. La survie, à terme, de la Mauritanie est liée intrinsèquement à la volonté et à la capacité des acteurs de lui trouver une solution fondée sur un large consensus national.
La question de l’unité nationale n’est pas un concept fumeux ou intellectualiste ! Pour les Négros- Africains menacés dans leur présence culturelle et physique sur le sol mauritanien, discriminés dans tous les rouages de l’appareil politico-administratif d’Etat et dans le processus de prise de décisions relatives à la vie du pays, la question nationale est réalité palpable, quotidienne, constamment vécue.
En témoignent les manifestations contre l’enrôlement discriminatoire observées aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de la Mauritanie depuis quelques mois ; ces manifestations ont atteint leur paroxysme avec les violentes répressions enregistrées à Maghama, Kaëdi et Nouakchott ; Ce tournant est venu rappeler, si besoin en était, aux dialoguistes et nihilistes de tous bords, les préoccupations de la Mauritanie réelle. Ces manifestations organisées par une jeunesse noire courageuse, consciente et déterminée mais politiquement orpheline méritent notre respect et notre admiration.
Ces actes de résistance légitime s’inscrivent dans la foulée de celles initiées par nos vaillants étudiants l’année dernière. Il est heureux de voir que la jeunesse négro-mauritanienne a décidé de prendre en charge son propre destin et celui de la communauté toute entière.
Il serait cependant souhaitable, pour ne pas dire vital, que ces différentes actions courageuses se conjuguent et se rejoignent dans un vaste projet politique global et cohérent qui prenne en charge et combatte à la racine la question principale du racisme d’Etat dont le recensement discriminatoire et raciste n’en est que la dernière manifestation.
Il y a certes des organisations politiques et des personnalités de la majorité présidentielle qui se battent pour faire bouger les lignes dans le bon sens, mais les faits sont têtus. Il faudra d’avantage de clarté et de cohérence entre le discours et les actes , de plus de constance dans la lutte, de plus d’engagement et de détermination pour faire comprendre au pouvoir en place que la persistance de la discrimination et de l’exclusion des Noirs constitue le facteur principal d’une éventuelle implosion de la Mauritanie.
Sous cet angle, il ya manifestement place pour et besoin d’une organisation politique négro-africaine ouverte au dialogue mais ferme sur les principes, radicale mais non violente, autonomiste mais non sécessionniste.
Certains esprits bien intentionnés mais naïfs ont attendu, les résultats de ces rencontres avec un grain d’espoir. Hélas, Comme craint ou prévu, le dialogue national a accouché d’une souris et ses conclusions iront gésir au panthéon des résolutions et autres décisions sans effets qui se bousculent, pour ainsi dire, dans les archives de notre jeune république.
La lutte continue !
Abdoulaye Thiongane- Copenhague-Danemark. FLAM-Europe du Nord.
octobre 2011.
Plus jamais ça !!! Il faut calmer les esprits !
Ce qui se passe depuis quelques jours dans certaines localités sud du pays suffit comme images choquantes témoignant d’une tragédie aveugle, implacable et inacceptable qui porte atteinte à la paix et à l’unité nationale.Il ne s’agit pas d’une guerre d’une communauté contre une autre mais d’une situation voulue et provoquée par l’Etat et ses institutions bancales.Les appels à l’endroit des autorités n’ont cessé d’être réitérés partout pour mettre le pouvoir devant ses responsabilités. Peine perdue! C’est à croire que tout ce que ce beau monde n’a cessé de crier haut et fort pour avertir est tombé finalement dans des oreilles sourdes à la voix de la raison.
Les manifestants pacifiques qui arpentent chaque semaine les avenues ont fait ce qu’ils ont pu pour solliciter les autorités, en vain. Comme qui dirait avec désinvolture méprisante : « le chien aboie, la caravane passe » ! Et cette bombe n’a pas tardé d’exploser malencontreusement. L’Etat a failli à ses responsabilités. La tutelle n’a plus d’explications à donner autre que d’assumer une situation qu’elle a entretenue. Aucun coup de grenade lacrymogène à plus raison qu’une balle réelle ne devaient péter si des ordres de réprimer des manifestants pacifiques n’avaient été donnés. Mieux, si l’autorité avait daigné écouter les revendications du reste légitimes des populations, aucune confrontation n’aurait eu lieu. Aujourd’hui il y a eu mort d’homme et des blessés graves à Maghama. La balle d’un gendarme a atterri dans le thorax d’un adolescent de 19 ans. Pour quelle raison tuer de cette façon sauvage un être humain aux mains nues ? Ce tueur en série, indigne de porter une arme doit être arrêté et réponde de ses crimes. Plus que jamais cette situation ne doit continuer. Les forces de l’ordre n’ont aucun mandat de tirer sur de paisibles citoyens sans défense. Les incidents qui émaillent le sud du pays ne sont pas seulement à mettre sur le compte d’un problème ponctuel mais d’un malaise général ressenti par une communauté victime de toutes sortes d’injustices tant au niveau local que central. Les différents pouvoirs ont géré de la même manière laxiste et nonchalante la question de l’unité nationale.
La problématique des diversités culturelles et linguistiques n’a jamais voulu être abordée de façon directe ni posée en vue de trouver des solutions pour l’intérêt du pays. A l’intérieur du pays notamment au sud, l’administration locale se comporte à l’égard des populations comme des colons n’hésitant pas à réprimer, exproprier, emprisonner de paisibles citoyens autochtones. Les terres de la vallée ont été redistribuées à des arrivistes alors que les anciens propriétaires observent fatalement leur héritage séculaire tomber entre des mains bien protégées. Les forces de sécurité n’ont d’autre mission que d’intimider les populations riveraines considérées comme des citoyens de seconde zone. Un Etat qui se respecte doit traiter ses citoyens devant la loi avec les mêmes droits. La première mesure doit consister à faire la lumière sur les violences perpétrées contre les manifestants, situer les responsables et prendre des sanctions à l’endroit des auteurs des fusillades. L’arrêt immédiat des opérations d’enrôlement est une condition pour le retour au calme dans les localités du sud du pays. Personne, sauf des ennemis de la paix ne souhaite à la Mauritanie une situation chaotique.
Cheikh Tidiane Dia- LE RÉNOVATEUR QUOTIDIEN
Quand l’absurde gouverne et tue : la mort de Lamine Mangane par Jamal Sow
Une détonation déchire la clameur, dans la matinée estivale une balle arrête et rompe une vie. Sous un ciel d’azur, des hommes effacent et anéantissent une existence. De leur feu, la vitalité, les projets, et les aspirations d’un garçon se dissipent et s’estompent comme le brouillard d’une matinée d’hiver. De part leurs gestes, de part leur cœur, ils jettent à jamais, un père et une mère dans les profondeurs de la misère. D’une seule matinée, d’un seul un instant, ils sèment à jamais dans les cœurs des sœurs, des frères et des amis, la douleur et l’amertume. Dans la poussière et dans le sang, LAMINE MANGANE est mort sans savoir pourquoi. Entre les pleurs, dans les mains des proches, au fond de sa tombe, LAMINE MANGANE a quitté ce bas monde, sans avoir eu le temps de découvrir les visages de ses tueurs. Comme hier à Sory malé, comme hier à Sylla, comme hier à Touldé-Kaedi, comme hier à Giraye, comme hier à Djéol, comme hier à Koundel, comme hier à Sare ndoongu, comme hier, comme hier…!!!
Les jours se lèvent, se succèdent et se ressemblent. Les horizons sont sombres, le ciel est désert, les mêmes vents brulent toujours les mêmes cœurs. AH! les mêmes escadrons de la mort, les mêmes vampires de la vie qui continuent de commettre et d’encourager des ACTIONS ABSURDES à l’encontre de la communauté négro-africaine. Au moment sous d’autres cieux, l’humanité toute entière s’agenouille et implore le pardon à d’autres hommes victimes de la cruauté de ses semblables, cette autre Mauritanie n’éprouve aucun remord, aucun regret et aucune inquiétude face aux événements de l’histoire. Dans chaque pas de sa vie, elle s’active pleinement pour enrichir la culture de la haine, la civilisation du mépris des valeurs humaines et aux droits de la différence sociale, culturelle, linguistique. Ces partisans d’une hégémonie arabe et blanche savent-ils que la mort n’est point absurde? savent-ils que c’est l’acte qui fonde le geste du tueur qui est absurde? Car la mort en soi est source de sens et signification. Elle pousse à l’interrogation, elle nous fait découvrir les limites de nos possibilités. Elle révèle notre être de finitude dans l’infinitude de L’ETRE. Mais à quoi peut répondre, l’acte qui fonde le geste d’un tueur? Son acte ne répond ni à une exigence rationnelle ni à une objectivité éthique. Par conséquent, l’acte d’un tueur est l’absurde. L’absurde ne se justifie pas, elle n’a pas de justification.
Quand une société, une nation laisse et banalise la réalisation d’actions absurdes, elle s’éloigne de son essence humaine, elle s’abstient à se réaliser comme être doué de conscience. Dans cet élan ,elle ne se ramènera pas seulement au stade de l’animalité mais plutôt à une existence “chosale” . L’acte absurde est destructeur, négatif, et il sape les normes qui fondent et déterminent la paix, la justice et l’égalité au sein de la société. Pour l’intérêt de notre peuple, et de celui de notre nation toute entière, il est un impératif pour chaque citoyen, de s’opposer de toutes ses forces, pour arrêter la programmation et la réalisation d’actions absurdes. La communauté négro-africaine a trop souffert de ces dérives préméditées, de ces idéologies génocidaires et de ces actions meurtrières. Aujourd’hui, dans son âme git la souffrance, la douleur, et le désespoir. Elle ne ressent plus les joies de la vie, elle ne jouit plus les plaisirs de l’existence. L’oppression dans toutes ses formes doivent cesser: le nègre veut vivre!!!!
Jamal Sow-Paris-France
Kaëdi, ville martyre, nous appelons l’armée à renverser Mohamed Ould Abdel AZIZ
Les forces armées mauritaniennes ont réprimé, avec une extrême violence, les récentes manifestations pacifiques organisées par des jeunes mobilisés contre l’opération d’enrôlement au sein du mouvement « Touche Pas à ma Nationalité ». Durant trois jours, elles ont fait de cette ville un terrain de jeu favorable, un champ de bataille, un front de guerre. Rien, ni personne n’a été épargnée. Au-delà de cette intervention particulièrement massive et disproportionnelle, il y a là le signe évident du retour de l’Etat oppresseur, raciste et esclavagiste dans cette ville. La méthode n’est pas sans rappeler celle de sinistre mémoire d’une Algérie de veille d’indépendance quand une certaine armée d’occupation poursuivait les militants de la libération dans les rues de la Kasbah et jusque dans les manâzils qu’elle fouillait systématiquement et tirant à vue sur leurs occupants. A Kaédi, l’armée du Général Mohammed Ould Abdel AZIZ s’est comportée comme en territoire conquis et occupé, guerroyant, poursuivant les manifestants dans les ruelles de la vieille ville, lançant aveuglément des grenades dans les concessions, dépassant ainsi les limites de l’acceptable.
Tout cela pourquoi ?
Parce que le peuple en général, sa jeunesse avant-gardiste en particulier, a exprimé son opposition à une opération d’enrôlement qui s’apparente à un génocide démographique imposée par l’Etat. Comment ne l’auraient-ils pas fait tant les motivations et la portée d’une telle opération manquent de clarté. La jeunesse ne demandait ni plus ni moins, en raison de l’enjeu, que l’arrêt de l’opération en attendant que le peuple soit édifié sur ses tenants et aboutissants. En faisant cela, elle use d’un droit fondamental et accomplit un devoir, celui d’alerter la société sur les risques, et c’en est un, qui la guettent. C’est-à-dire tout le contraire de ce que font les politiques véreux : Manipuler, tromper.
Mais ce faisant, elle savait qu’elle bousculait des habitudes dans ce pays où les seules manifestations autorisées sont celles de soutiens aux régimes, fussent ils dictatoriaux et sanguinaires. Elle attendait une explication, celle-ci fut musclée. Il est vrai que c’est trop demander au soldat en chef de faire œuvre de pédagogie, lui qui reconnaissait dans une interview accordée à la radio Kassataya que les conditions qui ont présidé au lancement de l’opération de d’enrôlement, manquaient d’explications. On sait désormais ce que recouvre pour lui ce concept.
La responsabilité de Mohammed Ould ABDEL AZIZ dans ce qui se passe à Kaédi depuis le 24 septembre est pleine et entière. Il devra en répondre ; et ses soutiens de la cité du Sud, s’en expliquer.
Face à cette agression, n’est-il pas indécent de parler de violence des manifestants et de ces femmes déterminées à faire libérer leurs enfants ? Ils se sont défendus avec des moyens de bord rudimentaires. Cela s’appelle RESISTANCE. La peur a changé de camp. La résistance doit se poursuivre partout en Mauritanie, avec tous les Mauritaniens qui le souhaitent.
Au nom de cette résistance, du droit à la résistance et à une existence digne, nous réfutons le principe de l’unité nationale fondée sur l’unité du cavalier et du cheval. Nous ne serons plus le cheval. Désormais, nous posons la question du statut des noirs Mauritaniens.
Avec Ould Abdel AZIZ, la Mauritanie ne sait pas où elle va, mais elle y va en courant à grande vitesse. Il usurpe le pouvoir, décide d’élections unilatérales avant de les reporter au prétexte de les élargir à l’ensemble de l’opposition, mais en réalité pour mieux les truquer et se faire élire. Depuis, il s’est assis sur tous ses engagements, à commencer par les accords de Dakar et leur application. Aujourd’hui, le pays vit dans un vide juridique sans précédant : tous les mandats électifs ont expiré ; des Sénateurs aux Maires et Conseillers Municipaux, en passant par les Députés à l’Assemblée Nationale. Il reste seul maître à bord. Mais il n’a plus la confiance du peuple, qu’il a trompé, trahi. Il doit PARTIR peut importe comment.
Notre Nationalité n’est pas négociable.
Si l’assassinat du jeune Lamine MANGANE se confirmait, nous appelons l’armée à renverser Mohamed Ould Abdel AZIZ.
Mariame KANE, Boubacar DIAGANA et Ciré BA




