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Aziz, l’Etat, le peuple, la démocratie : chronique d’un rendez-vous avec l’histoire !
Il est des rencontres où il est difficile de séparer la part du destin de celle de la volonté.Mais quand une telle liaison se fait il devient nécessaire de remonter les causes pour situer les mobiles et d’en tirer les enseignements qu’il faut.Cet exercice est d’autant plus possible, qu’après les moments de l’euphorie, est venu le temps de l’angoisse.Qu’en est –il de cette ascension fulgurante d’un ancien homme de caserne appelé Mohamed Ould Abdel Aziz ?L’homme par qui la Mauritanie se délivrera d’une dictature implacable de deux décennies. La chute de Taya n’est pas l’événement le plus tonitruant pour les mauritaniens même si les prévisions sur son départ étaient en décalage par rapport à la date. C’est l’après Taya qui polarisera encore l’attention. Cette parenthèse « post-tayienne » est pleine de rebondissement. Elle s’ouvrit d’abord sur une transition militaire sous la houlette du CMJD pour se refermer sur une lucarne démocratique présidée par Sidi Ould Cheikh Abdallahi. De nouveau une deuxième transition militaire s’ouvrit pour enfanter une élection présidentielle. Fin nette de la partie ou le début d’une ère qui n’a pas encore révélé toutes ses surprises ? Les mauritaniens veulent bien y croire mais ont-ils toutes les raisons de retrouver espoir ? Les avis ne semblent pas beaucoup diverger sur la sortie de Taya. Dire que cela n’était pas nécessaire serait prendre le parti pour l’autocratie sur la démocratie. Un anathème monstrueux ! Mais à quel prix, pour quelle fin et pour quelle finalité doit se faire cette rupture ? Le rendez-vous de Aziz avec l’Etat est un accident, celui avec le peuple une surprise devenue aujourd’hui une réalité. Sa rencontre avec l’histoire est une fatalité. Ould Taya lui-même aurait manifesté son étonnement que ce soit à Ely qu’on déroula le tapis rouge et qu’Aziz soit aujourd’hui à la tête du pays. Ce qui devrait arriver est pourtant arrivé. Nous voilà donc en plein dans la logique du destin. Un destin que le nouvel homme fort dit pouvoir assumer, un lourd fardeau qu’il a de la peine toujours à porter sur ses épaules à deux ans seulement d’un mandat. Face au triptyque : Etat, peuple, démocratie, ce rendez-vous devenue antithétique car à la fois plaisir et douleur ne fait que commencer. Le mystère est dans la suite de ce processus. L’après Taya que les mauritaniens souhaitent voir s’instaurer doit impérativement se faire dans la reconstruction de l’Etat, la restauration de son image ternie par des années « d’absence de sa présence », et de sa vocation régalienne. Là les faits de ces derniers jours survenus dans le pays à cause d’un enrôlement dont l’arrêt serait plus salvateur pour le pays que sa poursuite. A ce titre, Aziz ferait mieux de prendre soin de son apprentissage avec l’exercice du pouvoir pour ne pas tomber dans les mêmes travers que son ancien patron qu’il a envoyé loin, à Qatar. Puisque cette rencontre avec l’Etat était un jeu de hasard, il doit positiver ce hasard pour l’objectiver. Sachant aussi que le destin a aussi joué pour cette ascension fulgurante de l’ancien commandant du Basep, la volonté peut bien être une arme en mesure de transformer le cours de l’histoire dans un pays à la recherche d’un dirigeant providentiel. L’une de ces passerelles capables de faciliter ce travail laborieux et sauver la Mauritanie s’appelle la démocratie. Mais c’est quoi la démocratie sans l’expression de la volonté du peuple. Et c’est quoi l’Etat sans cette volonté de tous les mauritaniens de vivre ensemble dans la paix et le respect mutuel ? Entre l’Etat, le peuple et la démocratie, Aziz est au confluent de l’histoire. Une histoire qui ne se lassera pas d’inscrire dans ses annales les grandeurs et les bassesses des hommes…
A suivre…
Cheikh Tidiane Dia- Le Rénovateur.
Aziz, êtes vous mieux informé ?
La marche de TPMN organisée hier samedi dans la capitale, a le mérite de révéler au moins une chose essentielle: les jeunes qui ont arpenté les rue ne sont pas des délinquants, ni des gens manipulés par des politiques, ni par des extrémistes comme certains se plaisent à désigner ceux qui se battent pour l’égalité et la justice.Ce sont des citoyens comme tout citoyen attaché à ses droits ayant mesuré la gravité de cette opération d’enrôlement pour leur présent et leur avenir qui se sont mobilisés pacifiquement pour demander justice. Lorsque l’Etat a opposé une fin de non recevoir à leurs marches pacifiques, des affrontements ont éclaté à cause de la brutalité des forces de sécurité.
Les débordements qui ont eu lieu à Kaëdi et Maghama sont bel et bien l’œuvre des forces de sécurité aveugles qui ont usé de la violence pour mater les manifestants. Avec des consignes dignes d’un autre âge, la police a tiré sur des jeunes sans défense. A Nouakchott, les scènes de violences des jours passés ont été aussi favorisées par les mêmes ordres de disperser par la force, le mouvement des contestataires. L’Etat, au lieu d’adopter une attitude responsable et sereine s’est contenté de brandir la menace « du tout sécuritaire » pour réprimer dans le sang la moindre marche pacifique. En changeant de tactique, les résultats ont donné des effets contraires. Pas un coup de projectile, ni de tentative de pillage n’ont été signalés. C’est la preuve que le mouvement TPMN est bien au –dessus de toute provocation. Si dès le départ de faux préjugés n’avaient pas été entretenus par les barbouzes dus système répressif dans le but de semer la confusion et dresser les communautés entre elles (heureusement que cela n’a pas eu lieu), des dérapages n’auraient pas été notées dans tout le pays. Monsieur le président peut maintenant tirer les conclusions lui-même et renvoyer loin ses mauvais conseillers ainsi que ses services de désinformation. Aussi, le président doit savoir que les temps ont changé pour qu’il s’entoure non pas de petits mouchards morveux, mais par des individus respectables et décomplexés. Il est fort à parier que Aziz ait trop tôt cédé aux faux pas de son ministre de l’intérieur lui –même dépassé et noyé dans le flot des BR produits par des commandants de brigades et des commissaires de police zélés et nostalgiques de la période sinistre. Le président a été induit en erreur et dupé par les marchands de la propagande fumeuse. A moins que Mohamed Ould Abdel Aziz veuille cracher dans sa soupe- et pour quel intérêt-, il ne doit pas écouter ces prêcheurs de la division qui le poussent à broyer du noir s’il veut ramener l’ordre. Si tel est le cas, tant que l’injustice est érigée en règle et utilisée comme mécanisme d’exclusion, on broiera du noir dans ce pays. Non , Aziz, vous n’allez pas dire que personne ne vous a prévenu dès votre arrivée au pouvoir. Vous n’allez pas dire que des plumes averties et objectives n’ont pas alerté son excellence sur le danger qui couvait depuis longtemps. L’enrôlement n’est pas la seule menace qui plane sur l’unité nationale. Les nominations à caractère népotistes et racial opérés en conseil des ministres vous échappent –elles Monsieur ? La « dénégrification » de l’armée dans son ensemble, l’occupation du sud par une administration totalement blanche est-ce une vue de l’esprit ? Les expropriations des terres de la vallée par des chasseurs de trésor n’est –il pas encore un autre danger qui pèse sur le pays. Monsieur le président, on ne peut pas continuer à opprimer un peuple et lui demander de la fermer. Vous avez le temps de réfléchir et bien agir pour éviter l’irréparable, car personne ne veut voir ce pays voler en fumée…
Cheikh Tidiane Dia – Le Rénovateur.
Lettre ouverte aux parlementaires remise ce matin à l’issue de la manifestation pacifique par le coordonnateur du mouvement “TOUCHE PAS A MA NATIONALITE” Abdoul Birane Wane.
Depuis le mois de mai 2011,le régime de Mohamed Ould Abdel Aziz a démarré, de façon unilatérale et sans consultations, les opérations d’enrôlement qui sont aujourd’hui contestées par une bonne partie de la population mauritanienne. Devant cette situation, des jeunes appartenant à des organisations de différentes obédiences politiques ont constitué le mouvement “TOUCHE PAS A MA NATIONALITE” qui se veut à l’avant-garde du combat contre cet enrôlement qui a montré ses limites et sa gravité par des pratiques discriminatoires et racistes.Dés le 30 juin dernier, le mouvement a initié, une série de sit in devant les différents centres de recensement de la capitale en protestation contre la manière par laquelle l’opération d’enrôlement est menée, notamment vis-à-vis des populations de souche négro-mauritaniennes.Devant le mutisme des autorités, le mouvement décide mener des actions plus engagées en instituant à partir du 10 septembre 2011, des marches hebdomadaires les samedis. Ces marches ont toujours été brutalement et sauvagement réprimées par les forces de sécurité.
Dans le sillage de Nouakchott, des localités de l’intérieur décident de marcher pour dire non à l’enrôlement raciste. A Kaédi, les forces de police ont fait un usage excessif de grenades et ont brutalement réprimé nos manifestants pacifiques. Elles seront plus tard appuyées dans la Besogne par des éléments de la garde avant d’être renforcées par les forces armées. Durant deux jours, les populations de Kaédi furent soumises à la violence et à l’humiliation. L’armée nationale y agissait comme en territoire conquis. Résultat : plusieurs blessés et plus d’une trentaine d’arrestations. Pendant que Kaédi brulait, les autorités, (jouant comme à leur habitude la carte de la division des mauritaniens) appelaient les commerçants arabes de la ville à l’auto-défense, les incitant et les encourageant à s’armer.
A Maghama, le 26 septembre, la police et la gendarmerie dispersent des manifestants qui marchaient pacifiquement contre l’opération d’enrôlement.
Dans la journée du 27, la police et la gendarmerie tirent à balles réelles sur de jeunes manifestants désarmés. Le bilan fut lourd : un mort et sept blessés graves.
Nouakchott voit la spirale de la violence s’intensifier le jeudi 29, quand la garde et la police empêchent les militants du mouvement de se regrouper pour manifester en solidarité avec les habitants de Kaédi et pour dénoncer le meurtre du jeune Lamine Mangane à Maghama. La aussi, les forces censées maintenir l’ordre infiltrent des voyous notoirement connus de tout Nouakchott parmi les manifestants pour piller et saccager les biens de paisibles citoyens dans le but de discréditer “TOUCHE PAS A MA NATIONALITE” et de ternir la nature pacifique de son combat. L’objectif dérisoire du pouvoir est de nous présenter comme un mouvement sectaire visant et menaçant les intérêts de la communauté arabe.
Ce faisant, les autorités jouent à un jeu dangereux en montant les communautés nationales les unes contre les autres. Elles doivent cependant savoir que les humiliations, les exécutions sommaires, les massacres et déportations des années de braise ne pourront plus se répéter aujourd’hui, car les mauritaniens ne sont pas dupes et n’acceptent plus d’être divisés pour prolonger les jours d’un pouvoir anti-national.
Nous tenons pour responsable, le régime de Ould Abdel Aziz de la tournure grave et violente qu’ont prises les évenements à Kaédi, Maghama, Nouakchott et ailleurs.
Nous exigeons que la lumière soit faite sur ces événements graves qui sont de nature à compromettre jusqu’à l’existence même de notre pays.
Aussi, nous lançons un appel aux élus du peuple afin qu’ils fassent preuve de solidarité sans faille avec les revendications légitimes, exprimées par une importante frange de notre peuple et exiger l’arrêt des opérations d’enrôlement en cours.
En un mot, nous demandons aux élus de prendre leurs responsabilités pour éviter le pire à la Mauritanie.
Tous unis, nous ferons échouer ce projet cynique de diviser notre peuple et de détruire notre nation.
Nouakchott, le 08 octobre 2011.
Taisez-vous, vous n´avez aucune leçon de patriotisme ou de civisme à donner !
Depuis quelques jours, la presse écrite, électronique et audio – visuelle ne cesse de transmettre des messages, avis et commentaires, relatifs aux manifestations des jeunes Négro-Africains, qui protestent contre l’enrôlement, organisé depuis mai 2011 par les nouvelles autorités mauritaniennes. Le plus souvent, les auteurs se présentent en donneurs de leçons de civisme et / ou de patriotisme. Presque personne ne se pose la question de la cause profonde. Pourquoi ces jeunes gens, au risque de leur vie –on compte déjà des morts -, s’en prennent – ils à cette opération ? Tous ces donneurs de leçons sont – ils frappés d’amnésie ou bien ont – ils décidé d’enterrer définitivement les évènements de 1989, avec tous les drames qui continuent de persécuter les familles de milliers de Négro-Africains, en Mauritanie même et à travers le monde ?
Si l’opération vise à fournir au pays un état civil fiable et donc à extirper des registres les noms de tous ceux qui ont « frauduleusement acquis la nationalité mauritanienne » (citation d’un ministre d’Ould Taya en 1989), on comprend aisément la crainte des milliers de Négro – Africains, brutalement expulsés de leur pays en 1989, sous le fallacieux prétexte de « nationalité frauduleusement acquise ». Or donc, « chat échaudé craint l’eau froide ». Pourquoi ces personnes, leurs enfants et petits enfants feraient-ils confiance à un Etat, qui tout en faisant semblant de reconnaitre la faute, n’en continue pas moins de sévir.
On a écrit ici et là qu’il ne faut pas réveiller le démon de 1989. La vraie question est : est-il endormi ? Je soutiens que non ! En effet, si les « Journées Nationales de Concertation et de Mobilisation pour le Retour des Réfugiés et le Règlement du Passif Humanitaire » de novembre 2007 avaient suscité de l’espoir et un certain enthousiasme, force est de noter qu’elles n’ont pas été l’occasion d’une véritable catharsis, qui aurait permis une meilleure compréhension des véritables causes de ces douloureux évènements.
Qui, en effet, peut dire pourquoi des citoyens ont été déportés ? Qui en est le donneur d’ordre ? En outre, si l’opération de rapatriement des réfugiés s’est poursuivie, avec des interruptions, depuis 2008, personne n’ignore que nulle part un rapatrié n’a récupéré un champ de culture, ni même une maison en ruine…
D’ailleurs, le fait même qu’une structure aussi importante que la « Commission Nationale d’Orientation et de concertation » créée en même temps que les commissions d’identification (locales, départementales, régionales et nationale) –véritables tamis-, n’ait jamais fonctionné, depuis 2008est assez éloquent pour montrer l’état d’esprit des représentants de l’Autorité…
Depuis bientôt 22 ans, aucun des auteurs des crimes de faciès et des déportations n’a exprimé ne serait-ce qu’un regret. Hormis le discours du Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, du 29 juin 2007 et la prière à Kaédi, le 25 mars 2009, de l’actuel Président, M. Mohamed Ould Abdel Aziz, aucune voix de repentance n’est audible.
Or, les auteurs de ces crimes sont connus et circulent librement à côté de leurs victimes encore vivantes et des ayants droit de celles qui ne sont plus de ce monde. Cela ne permet pas à tous ceux qui prétendaient ignorer l’ampleur des violations des droits humains des années dites de braise, de se débarrasser de leurs préjugés. Il n’est pas rare d’entendre dire des rapatriés, que ce sont des Sénégalais, y compris par des représentants de l’Autorité.
En fait, aux yeux de beaucoup de compatriotes arabes, tous les Négro – Africains seraient des Sénégalais. Il est banal d’affirmer que tous les originaires de la vallée du fleuve (des deux rives) sont effectivement un même peuple : chaque famille d’une rive a effectivement une parentèle sur l’autre rive. Est-ce leur faute si le colonialisme a décidé de les séparer ?
Le Waalo, le Fuuta Tooro et le Guidimakha / Gadiaga, ont constitué des états souverains bien avant que ne se constituent les colonies françaises érigées en Etas indépendants aujourd’hui. Ces préjugés sont renforcés par une propagande exclusiviste véhiculée jusqu’au sein de la jeunesse, qu’une « école à deux vitesses » a contribué à entretenir.
C’est pourquoi depuis au moins trois décennies, le Négro-Africain est « translucide » -selon l’expression d’un chercheur mauritanien- au sein d’une communauté nationale, qui se « hassanise » de plus en plus : ne pas parler hassania, s’habiller autrement qu’en boubou à la manière maure, etc. constituent des signes extérieurs de non appartenance nationale…L’affirmation de la multi ethnicité de la Mauritanie dans des discours officiels n’annihile en rien cet état de fait.
Ce sont toutes ces brimades réprimées, toutes ces frustrations bues et cette marginalisation sans retenue, entre autres, qui expliquent la colère des jeunes Négro-Africains. C’est dire que la Mauritanie ne peut pas faire l’économie d’un débat national, franc et sérieux, sur la coexistence nationale. En attendant, que ceux qui se sont tus pendant les années de braise, par opportunisme ou par peur se taisent! Ils n’ont aucune leçon de patriotisme ou de civisme à donner !
Balla Thierno Cissé.
Existence et coexistence : Qui veut être Mauritanien ?
Fallait-il vraiment un recensement administratif en Mauritanie ? La réponse est non. Nous l’avions dit ici très tôt, bien avant que des victimes ne tombent sous les balles Si l’on nous avait écoutés, des vies auraient été épargnées et bien des familles ne pleureraient pas leurs enfants. Hélas ! La bêtise, dit-on n’épargne pas les rois. Si ce recensement administratif est vicié à la base, c’est parce qu’il est bâti sur des idées préconçues qui sont les suivantes : Il y a des « mauritaniens » qui ne sont pas mauritaniens ;
- Il y a des sénégalais, des maliens et autres clandestins qui veulent devenir mauritaniens;
- On ne distingue pas les mauritaniens des étrangers.
Et si on veut trouver, à travers le recensement, des réponses à ces idées préconçues c’est pour une même et simple raison : on ne veut plus que les étrangers (particulièrement les sénégalais) mangent le pain des mauritaniens et convoiter leur nationalité.
Or ces idées sont basées sur des postulats qui sont faux (I) et veulent utiliser un outil inadapté (le recensement administratif) pour trouver une solution à ce qui demande d’autres outils plus efficaces. Il faut renverser le raisonnement et raisonner non pas du côté du national (« qui est national et qui ne l’est pas ») comme le fait si égoïstement l’Etat, mais de faire que celui qui n’est pas national, n’ait pas besoin de recourir à la nationalité mauritanienne (II).
I- Des préjugés et de la mauvaise foi
Ce qui est curieux (et que personne ne peut contester puisque c’est notoire) le recensement est présenté comme un moyen de séparer la graine de l’ivraie. Tamiser le peuple pour en extraire le « vrai » mauritanien du « faux », l’étranger « travesti en Mauritanien », « l’apatride » qui vient de l’autre côté du fleuve (comme s’il venait de Mars !), le « mécanicien » forcément sénégalais (ou président de la République), le « blanchisseur » forcément malien, le « banabana » forcément non mauritanien, le boutiquier sans culotte forcément mauritanien, le forgeron forcément mauritanien, le Président de la République qui est forcément mauritanien et personne ne sait comment, etc.
Que de préjugés qui sous-tendent ce recensement et qui en font une mascarade à nulle autre pareille !
Qu’on le sache, le Sénégalais n’a pas envie d’être mauritanien ! Tout comme les autres ressortissants de pays voisins, il tient à la sienne. Pourquoi irait-il se présenter à un bureau de recensement pour avoir la nationalité mauritanienne ?
Il ne le fera que pour deux raisons :
- soit qu’il se considère Mauritanien, alors il a forcément les preuves pour cela;
- soit il veut obtenir la nationalité en dissimulant la sienne.
Dans le premier cas c’est un mauritanien et il n’a donc pas à le prouver devant un comité de recensement qui est redondant, puisque le registre de la mairie suffit pour lui renouveler ses documents.
Soit, dans le second cas, il veut dissimuler sa nationalité pour avoir la nationalité mauritanienne et à ce moment-là, il faut savoir pourquoi. Et ce n’est pas le recensement qui va y apporter une réponse.
La question n’est donc pas de savoir qui EST Mauritanien mais de savoir qui VEUT l’être.
Le recensement administratif est donc l’anti-solution à cette question, et il aggrave la situation car il cherche à démontrer l’existence de ce qui existe et l’inexistence de ce qui n’existe pas. D’où son inestimable inutilité.
Aussi curieusement que cela puisse paraitre, le Mauritanien n’aura droit à sa nationalité que si l’étranger en Mauritanie a droit à un statut d’étranger respectable et respecté.
La solution ce n’est donc pas de mettre des barrières à la nationalité, c’est de faire que les étrangers en Mauritanie ne sentent pas le besoin de l’acquérir. Et ce n’est pas le recensement qui apporte les solutions.
II- Renverser le raisonnement : rendre l’acquisition de la nationalité une non-nécessité pour l’étranger.
Au lieu de chercher à identifier le Mauritanien qui lui ne saurait renier sa nationalité ni y renoncer (n’en déplaise à l’Etat, fusse-t-il par le sacrifice en manifestant) au nom des liens du “jus solis” ou du “jus sanguinis” (voir nos articles précédents : l’Etat sans nation et Le président mauritanien est-il Mauritanien ? ), il convient de mettre en place des structures qui sont les véritables outils de préservation de la nationalité.
On ne protége la nationalité dans un pays que lorsque l’étranger s’y sent aussi bien respecté dans ses droits, sa personne et ses biens que le national lui-même.
Aucun étranger, à moins qu’il tisse des liens locaux nouveaux ( famille, liens sanguins ou du sol), ne cherchera à acquérir la nationalité de son pays d’accueil s’il y trouve les conditions nécessaires à son épanouissement économique et social. Dans de telle conditions il contribuera de la même manière, sinon mieux que le national, à la prospérité du pays, à sa sécurité et son développement.
Comment faire pour arriver à une telle situation ?
Ce n’est, certes, pas à travers un recensement administratif d’exclusion ou l’on cherche des poux sur la tête d’un chauve. Mais à travers une politique de l’immigration claire et appliquée.
Cette politique de l’immigration devra permettre :
- De créer des structures administratives encadrant les étrangers en Mauritanie afin de leur dispenser l’accueil nécessaire, les orienter et les informer.
- De délivrer des cartes de séjours et des contrats adaptés à la demande de séjours temporaires, permanents, de travail, d’investissement, de coopérations etc.
- D’assurer une veille sur les flux migratoires, sur leur contribution au développement du pays.
- De faciliter leurs actes administratifs (pour leurs familles), financiers (leurs comptes, transferts, investissement etc.)
- de leur garantir leurs droits, les protéger dans leurs personnes, leurs biens et leur dignité.
Bref, les traiter tout comme des nationaux. Et c’est ainsi qu’ils n’auront pas besoin d’être des nationaux. Car pourquoi vouloir être Mauritanien, si ce n’est bénéficier de ce dont bénéficie le Mauritanien ?
Et de quoi veut-il bénéficier ?
Le séjour, la stabilité du travail, la protection, la sécurité et la reconnaissance de ses droits.
Si cela n’est pas assuré, l’étranger cherchera pour y arriver à acquérir une nationalité mauritanienne, sans rejeter la sienne. Et à cela aucun recensement n’y pourra rien.
Le recensement actuel même s’il devait arriver (et le doute est permis) à séparer la graine de l’ivraie, n’effacera jamais la nature corrompue de l’actuelle administration mauritanienne. Et demain les certificats de nationalité se vendront comme des petits pains. Car si les soi-disant documents délivrés sont « infalsifiables », il n’en est pas de même de l’intégrité de notre administration ni de ceux qui la dirigent.
Alors au lieu de vouloir identifier le « Mauritanien », dans un recensement dont l’inefficacité est criante, il serait plus efficace de développer une politique de l’immigration respectueuse et protectrice des droits des immigrés. C’est à ce prix que la Mauritanie :
- Bénéficiera de l’inestimable apport économique et financier des investisseurs étrangers;
- Mettra à contribution pour son développement une force de travail étrangère qualifié pour son développement.
Et ultime objectif (que ce recensement administratif n’a pu réaliser) :
- Protéger la nationalité de ses ressortissants, que nul ne voudra contester ou acquérir pour des raisons économiques, financières ou sociales.
Mais qui en Mauritanie parmi nos dirigeants a pu un jour penser que l’étranger n’a pas besoin de la nationalité mauritanienne, si ce n’est pour ce qu’elle lui offre ; et qu’en lui offrant ce qu’elle offre aux nationaux (en termes de droits et d’obligations), il ne la demandera pas.
Le recensement administratif, c’est vouloir apporter une solution à un problème qui est mal posé. Le problème n’est pas de savoir qui est Mauritanien. Le problème est de savoir qui veut le devenir et pourquoi.
Or le recensement administratif, réponse à une préoccupation politique, n’apporte pas de solutions à ce qui, au-delà du politique, est une interrogation sur la coexistence avec l’étranger et l’existence d’une nationalité. L’erreur du recensement est de vouloir établir l’existence (de la nationalité) au détriment de la coexistence (avec l’étranger). Or aucune ne vaut sans l’autre. Et c’est en assurant d’abord la bonne coexistence, que l’existence devient possible.
C’est autant dire que l’Etat a saisi le problème à l’envers. Le recensement ne s’en trouve donc que plus renversé. Renversant.
Pr ELY Mustapha





