Category Archives: Agora
Existence et coexistence : Qui veut être Mauritanien ?
Fallait-il vraiment un recensement administratif en Mauritanie ? La réponse est non. Nous l’avions dit ici très tôt, bien avant que des victimes ne tombent sous les balles Si l’on nous avait écoutés, des vies auraient été épargnées et bien des familles ne pleureraient pas leurs enfants. Hélas ! La bêtise, dit-on n’épargne pas les rois. Si ce recensement administratif est vicié à la base, c’est parce qu’il est bâti sur des idées préconçues qui sont les suivantes : Il y a des « mauritaniens » qui ne sont pas mauritaniens ;
- Il y a des sénégalais, des maliens et autres clandestins qui veulent devenir mauritaniens;
- On ne distingue pas les mauritaniens des étrangers.
Et si on veut trouver, à travers le recensement, des réponses à ces idées préconçues c’est pour une même et simple raison : on ne veut plus que les étrangers (particulièrement les sénégalais) mangent le pain des mauritaniens et convoiter leur nationalité.
Or ces idées sont basées sur des postulats qui sont faux (I) et veulent utiliser un outil inadapté (le recensement administratif) pour trouver une solution à ce qui demande d’autres outils plus efficaces. Il faut renverser le raisonnement et raisonner non pas du côté du national (« qui est national et qui ne l’est pas ») comme le fait si égoïstement l’Etat, mais de faire que celui qui n’est pas national, n’ait pas besoin de recourir à la nationalité mauritanienne (II).
I- Des préjugés et de la mauvaise foi
Ce qui est curieux (et que personne ne peut contester puisque c’est notoire) le recensement est présenté comme un moyen de séparer la graine de l’ivraie. Tamiser le peuple pour en extraire le « vrai » mauritanien du « faux », l’étranger « travesti en Mauritanien », « l’apatride » qui vient de l’autre côté du fleuve (comme s’il venait de Mars !), le « mécanicien » forcément sénégalais (ou président de la République), le « blanchisseur » forcément malien, le « banabana » forcément non mauritanien, le boutiquier sans culotte forcément mauritanien, le forgeron forcément mauritanien, le Président de la République qui est forcément mauritanien et personne ne sait comment, etc.
Que de préjugés qui sous-tendent ce recensement et qui en font une mascarade à nulle autre pareille !
Qu’on le sache, le Sénégalais n’a pas envie d’être mauritanien ! Tout comme les autres ressortissants de pays voisins, il tient à la sienne. Pourquoi irait-il se présenter à un bureau de recensement pour avoir la nationalité mauritanienne ?
Il ne le fera que pour deux raisons :
- soit qu’il se considère Mauritanien, alors il a forcément les preuves pour cela;
- soit il veut obtenir la nationalité en dissimulant la sienne.
Dans le premier cas c’est un mauritanien et il n’a donc pas à le prouver devant un comité de recensement qui est redondant, puisque le registre de la mairie suffit pour lui renouveler ses documents.
Soit, dans le second cas, il veut dissimuler sa nationalité pour avoir la nationalité mauritanienne et à ce moment-là, il faut savoir pourquoi. Et ce n’est pas le recensement qui va y apporter une réponse.
La question n’est donc pas de savoir qui EST Mauritanien mais de savoir qui VEUT l’être.
Le recensement administratif est donc l’anti-solution à cette question, et il aggrave la situation car il cherche à démontrer l’existence de ce qui existe et l’inexistence de ce qui n’existe pas. D’où son inestimable inutilité.
Aussi curieusement que cela puisse paraitre, le Mauritanien n’aura droit à sa nationalité que si l’étranger en Mauritanie a droit à un statut d’étranger respectable et respecté.
La solution ce n’est donc pas de mettre des barrières à la nationalité, c’est de faire que les étrangers en Mauritanie ne sentent pas le besoin de l’acquérir. Et ce n’est pas le recensement qui apporte les solutions.
II- Renverser le raisonnement : rendre l’acquisition de la nationalité une non-nécessité pour l’étranger.
Au lieu de chercher à identifier le Mauritanien qui lui ne saurait renier sa nationalité ni y renoncer (n’en déplaise à l’Etat, fusse-t-il par le sacrifice en manifestant) au nom des liens du “jus solis” ou du “jus sanguinis” (voir nos articles précédents : l’Etat sans nation et Le président mauritanien est-il Mauritanien ? ), il convient de mettre en place des structures qui sont les véritables outils de préservation de la nationalité.
On ne protége la nationalité dans un pays que lorsque l’étranger s’y sent aussi bien respecté dans ses droits, sa personne et ses biens que le national lui-même.
Aucun étranger, à moins qu’il tisse des liens locaux nouveaux ( famille, liens sanguins ou du sol), ne cherchera à acquérir la nationalité de son pays d’accueil s’il y trouve les conditions nécessaires à son épanouissement économique et social. Dans de telle conditions il contribuera de la même manière, sinon mieux que le national, à la prospérité du pays, à sa sécurité et son développement.
Comment faire pour arriver à une telle situation ?
Ce n’est, certes, pas à travers un recensement administratif d’exclusion ou l’on cherche des poux sur la tête d’un chauve. Mais à travers une politique de l’immigration claire et appliquée.
Cette politique de l’immigration devra permettre :
- De créer des structures administratives encadrant les étrangers en Mauritanie afin de leur dispenser l’accueil nécessaire, les orienter et les informer.
- De délivrer des cartes de séjours et des contrats adaptés à la demande de séjours temporaires, permanents, de travail, d’investissement, de coopérations etc.
- D’assurer une veille sur les flux migratoires, sur leur contribution au développement du pays.
- De faciliter leurs actes administratifs (pour leurs familles), financiers (leurs comptes, transferts, investissement etc.)
- de leur garantir leurs droits, les protéger dans leurs personnes, leurs biens et leur dignité.
Bref, les traiter tout comme des nationaux. Et c’est ainsi qu’ils n’auront pas besoin d’être des nationaux. Car pourquoi vouloir être Mauritanien, si ce n’est bénéficier de ce dont bénéficie le Mauritanien ?
Et de quoi veut-il bénéficier ?
Le séjour, la stabilité du travail, la protection, la sécurité et la reconnaissance de ses droits.
Si cela n’est pas assuré, l’étranger cherchera pour y arriver à acquérir une nationalité mauritanienne, sans rejeter la sienne. Et à cela aucun recensement n’y pourra rien.
Le recensement actuel même s’il devait arriver (et le doute est permis) à séparer la graine de l’ivraie, n’effacera jamais la nature corrompue de l’actuelle administration mauritanienne. Et demain les certificats de nationalité se vendront comme des petits pains. Car si les soi-disant documents délivrés sont « infalsifiables », il n’en est pas de même de l’intégrité de notre administration ni de ceux qui la dirigent.
Alors au lieu de vouloir identifier le « Mauritanien », dans un recensement dont l’inefficacité est criante, il serait plus efficace de développer une politique de l’immigration respectueuse et protectrice des droits des immigrés. C’est à ce prix que la Mauritanie :
- Bénéficiera de l’inestimable apport économique et financier des investisseurs étrangers;
- Mettra à contribution pour son développement une force de travail étrangère qualifié pour son développement.
Et ultime objectif (que ce recensement administratif n’a pu réaliser) :
- Protéger la nationalité de ses ressortissants, que nul ne voudra contester ou acquérir pour des raisons économiques, financières ou sociales.
Mais qui en Mauritanie parmi nos dirigeants a pu un jour penser que l’étranger n’a pas besoin de la nationalité mauritanienne, si ce n’est pour ce qu’elle lui offre ; et qu’en lui offrant ce qu’elle offre aux nationaux (en termes de droits et d’obligations), il ne la demandera pas.
Le recensement administratif, c’est vouloir apporter une solution à un problème qui est mal posé. Le problème n’est pas de savoir qui est Mauritanien. Le problème est de savoir qui veut le devenir et pourquoi.
Or le recensement administratif, réponse à une préoccupation politique, n’apporte pas de solutions à ce qui, au-delà du politique, est une interrogation sur la coexistence avec l’étranger et l’existence d’une nationalité. L’erreur du recensement est de vouloir établir l’existence (de la nationalité) au détriment de la coexistence (avec l’étranger). Or aucune ne vaut sans l’autre. Et c’est en assurant d’abord la bonne coexistence, que l’existence devient possible.
C’est autant dire que l’Etat a saisi le problème à l’envers. Le recensement ne s’en trouve donc que plus renversé. Renversant.
Pr ELY Mustapha
MAURITANIE : Au pays du vagabondage intellectuel, ils parlent de “récupération”, on récupére ce qui était déjà perdu!!!
“Croire au mieux, c´est un devoir d´évolution” Gérard Demuth
Le philosophe italien Ottavio Moravia, disait que l´intellectuel, pour jouer son rôle à l´exemple de ses prédecesseurs athéniens, doit “viser l´absolu et non le relatif “. L´absolu, on ne l´atteint jamais. Mais le chemin des ronces et de boue qu´on parcourt à l´occasion est celui du progrés. En Mauritanie, au pays de millions d´habitants et de millions de poètes, les petits “intellos” parce que n´est pas intellectuel qui le veut , visent plutôt le relatif (être ministres, ambassadeurs, porte-documents, léches-cyber, chambellan, prestige…etc. .) ils préférent les honneurs à l´honneur, du coup ils renoncent à assumer leur rôle. A être le phare de l´elite. Ils commencent par renoncer à dire la vérité car “dire la vérité est utile à celui à qui on la dit, mais désavantageux à ceux qui la disent, parcequ´ils se font haïr” (B.Pascal). Ils se font haïr par ceux-là que la révélation de la vérité déshabillent.
On se mure dans le silence ou dans les complaisances dès qu´un sujet d´intérêt national est abordé: le racisme d´Etat ou la question nationale, le “passif humanitaire”ou le génocide, les déportés, l´esclavage. Certains se réfugient derrière les équilibrismes dignes des “machiaveliques”, se convertissent en francs-tireurs contre même ces adversaires génants, “diseurs”de vérité . D´autres nagent dans des phraséologies, alignent des superlatifs comme si on était à un concours de “prix nobel” des fadaises, ils cherchent à séduire par le style que par le fond. Et quand ces messieurs débitent leurs galéjades et se débattent, godiches, dans les toiles de leur contradictions, ce n´est plus du comique, mais du pitoyable. On en pleure à force d´en rire. Au lieu de prôner l´unité de tous les opprimés face aux enjeux et au destin de notre communauté menacé, ils voient déjà des complots et des petits calculs mesquins qui ne révèlent que leur étroitesse d´esprit, sinon leur complexe intellectuel et marginalisation dans notre société.
A la première lecture sérieuse de leurs écrits ou à l´écoute de leurs sorties on découvre des écrans de fumée qui révélent leur imposture intellectuelle et leur véritable “identité” ou “idéologie” qu´ils ont tenté vainement par leur carapace “d´intellos”- auto-proclamés de masquer. Leurs textes et idées c´est du rechauffé, des propos de Merlan, du barati de maquignon. La réalité aussi est que nos “intellos-auto- proclamés” n´ont jamais été des foudres de guerre en réflexion sérieuse mais plutôt des tartarins plus tartes que le vrai. C´est un truisme de dire que certains “intellos” méritaient le qualificatif de cancres indécrottables virtuoses de la borgnette. Ils sont spécialistes de tout et de rien. Emportés par leur désir hypocrite de défendre le diable, le monstre, le pouvoir, le Système ils en font un chouille trop et versent facilo dans des absurdités impossibles. Ensuite, quand ils ont déféqué à satiété ses salmigondis de critiques, ils s´erigent en donneurs de lecons et y vont leur panacée sociale d´analyses “socio-politiches” , parfois si absurdes qu´on se demande s´il ne prennent pas les gens pour des perturbés de la coiffe.
Dans le domaine du baratin à un sou la phrase, nos “objecteurs de conscience”professionnels ou “littérétheurs “, quand ils enfourchent leur dada favori appelé “fadaises” et tricotent dans le décor, pour leur faire revenir dans le circuit, c´est pas millefeuille.
J´aurais voulu bombarder ici toutes mes vérités, laisser exploser toute ma “rage”et décocher sur ces petits “politicards” ou “politichiens”, “arrivistes”, militants de la 25ème heure, opportunistes plusieurs salves après leurs sorties funestes et si insipides que cet espace n´aurait suffi. Et puis à quoi bon? Car j´ai le sentiment qu´avec ces messieurs c´est du “chasser le naturel, il revient au galop”. Il n´est plus aveugle que celui qui ne veut pas voir, il n´est plus sourd que celui qui ne veut pas entendre. En voulant faire des vrais démocrates et patriotes mauritaniens des “adeptes du satan” , “des nationalistes étroits” ils tombent dans leurs propres fosses et nous on s´en délécte.
La contradiction intellectuelle comme disait l´autre n´est pas mortelle comme tout le monde le sait, mais elle peut logiquement conduire à la retraite. Malheureusement pour nous ces messieurs sont même la “contradiction” en chair et en os. Vous conviendrez avec nous -que le domaine théorique ne supporte pas certaines légéretés même quand on choisit son camp (celui du mal et du chauvinisme primaire) c´est pourquoi je n´ai même pas le temps pour relever leurs contradictions dans leurs “pamphlets” tellement elles sont nombreuses. Vous conviendrez avec nous aussi qu´il y a plusieurs manières de voir. Il y a entre autres, ceux qui voient les réalités et les rapportent objectivement et ceux qui fabriquent de toutes pièces leurs “bases de données” et rapportent leurs propres chiméres pour justifier leur forfaiture. Ils ne comprennent pas que la tâche de l´intellectuel comme disait Martin Luther KING ce “n´est pas de distribuer l´aménité mais d´essayer d´énoncer ce qui est, son propos n´est pas de séduire mais d´armer”. En Mauritanie, au pays des “rêves et des merveilles” où l´engouement pour le mot “intellectuel” est la “chose la mieux partagée”, la simple véracité des faits n´intérésse “personne” observait un camarade; ce qui, au contraire trouve beaucoup de serviteurs, ce sont les “investissements” avec des taux d´intérêts élevés”.
À la prochaine. Et La lutte continue.
Elimane Bilbassi.
L’heure est la résistance active à l´oppression par Appoline Aïcha Diop
Il ne peut y avoir unité nationale sans égalité et justice sociale, cet état de fait est incontournable. Lorsque nous observons le déroulement des opérations d’enrôlement dans notre pays, force est de constater que l’amoncèlement des lois qui régissent le recensement par essence, ont démontré les insuffisances et les faiblesses du système fasciste et raciste du gouvernement irresponsable. Dénoncer cela, c’est appréhender la mise en perspective de la spirale de l’engrenage de notre unité nationale pour ne substituer d’autres liens de causalité qu’engendre la domination. Obéir aux lois d’un gouvernement qui enfreint et viole lui même ses lois, c’est se mettre sur la posture du chien en laisse, leste à fléchir son maitre par seule crainte de sanction. Refusons la tyrannie, se traduisant par la peur, la persécution et l’oppression. Un gouvernement digne est un gouvernement responsable juste et représentatif dont le principe fondateur est de servir ses citoyens équitablement. Tout gouvernement à le devoir de diriger au mieux, en se fondant sur la raison d’être et non sur le soubassement de ses passions. Saint Augustin disait « À une Loi injuste, nul n’est tenu d’obéir, la résistance à l’oppression est le plus saint des devoirs ». Le citoyen responsable se définit par sa capacité à revendiquer et défendre ses droits vitaux primordiaux et non à se contenter d’obéir et de se soumettre aveuglement aux lois d’un gouvernement despotique ou le pouvoir d’un seul ou d’une seule tribu n’engendre que mépris, humiliation et l’injustice des plus forts sur les plus faibles. Citoyens, l’heure est la résistance active à l’oppression, c’est le minimum pour que nous puissions réellement jouir de nos droits, donc il va falloir redoubler d’efforts, revendiquer, défendre, et promouvoir nos droits. La vigueur de cette revendication est ainsi la caution même de la sauvegarde perpétuelle de nos droits tangibles. La Lutte Continue!
Apolline Aïcha Diop- Ottawa-Canada.
MAURITANIE : Un recensement périlleux par BABACAR JUSTIN NDIAYE
Pourquoi la fragile Mauritanie, encore convalescente de la grave crise des années 89-90, s’évertue-t-elle dangereusement à titiller ses vieux démons ; notamment celui de la fracture raciale ? Difficile de comprendre cette auto-fragilisation au moment où le pays est confronté au défi de la démocratie et à la menace du terrorisme. Le besoin de statistiques fiables pour un aménagement optimal du territoire et une planification économique, n’expliquent pas tout. Dans ce pays sociologiquement en fusion heurtée, le recensement national est plus qu’un exercice administratif de routine. Il est un enjeu politique. Pas étonnant donc que la Mauritanie reste, depuis plus de trente ans, le seul pays au monde où les chiffres liés à démographie, relève du secret-défense.
« Le plus grand danger qui menace présentement la cohésion nationale est le recensement en cours. Il faut revoir cette affaire qui suscite d’innombrables interrogations et de protestations dans certaines de nos villes ». Ces propos du Président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, sont le meilleur baromètre de la montée des périls découlant de l’enrôlement lancé, en mai dernier, pour officiellement mettre en place un nouveau système d’identification des Mauritaniens.
Administratif, technique et routinier dans tous les pays du monde, le recensement démographique est, en Mauritanie, une opération grandement redoutée. Tant ses résultats (données chiffrées et fiables sur la population) conditionnent le destin politique de ce pays multiracial, multiethnique et multiculturel.
D’où la contestation anti-recensement qui fait vibrer, sur une grande échelle, les fondations de l’entité mauritanienne. A juste raison. Car les modalités de l’enrôlement sont diablement inflammables. Singulièrement le libellé des questions réservées aux populations négro-mauritaniennes. Et, surtout, la nature des pièces introuvables qui leur sont fortement exigées. Exemples surréalistes et provocateurs : le lieu de naissance du père du père ; les extraits ou bulletins de naissance de l’arrière grand-père etc. Comme si la colonie de Mauritanie –administrée depuis Saint-Louis du Sénégal – ne faisait pas partie de l’Afrique Occidentale Française (AOF) jusqu’à son indépendance obtenue le 28 novembre 1960.
Paradoxalement, le recensement ne pose aucune difficulté aux centaines de Touaregs (anciennement réfugiés maliens) que le régime du Président Ould Taya avait fixés sur la vallée du Fleuve, afin de « dénégrifier » le sud mauritanien, par un rééquilibrage des données démographiques. Par ailleurs, l’enrôlement ne connaît bizarrement aucun hic dans les deux Hodh, c’est-à-dire les régions de Néma et d’Ayoun-el-Atrouss (le grand Est frontalier du Mali) amputé du Soudan français, et tardivement rattaché à la Mauritanie vers les années 40 par le gouverneur Christian Laigret.
Pourtant, ces zones sont peuplées de gens à la nationalité ambiguë ou fluctuante. Feu le Colonel Cheikh Ould Boyde, longtemps patron de la gendarmerie mauritanienne, né de mère bambara, serait-il, aujourd’hui, éconduit ou accepté par les agents de recensement ? Sa fille, Mme Cissé Khady Mint Cheikh Ould Boyde, actuelle ministre de la Culture, est-elle de nationalité clairement mauritanienne ou équivoque ? Et que dire de l’ex-maire d’Akjoujt, Maurice Benza né de père antillais ? Décidément, les opérations d’enrôlement du Général Abdelaziz ont un caractère ubuesque.
Si l’on y ajoute le fait que la majorité des enquêteurs sont en majorité maures, on saisit bien la fureur sans bornes des Toucouleurs, Ouolofs et autres Soninkés de Mauritanie. Eux qui, aux heures sombres de l’Histoire récente de la Mauritanie (guerre du Sahara 1976-1978), ont quitté le Gorgol, le Guidimakha et le Brakna, pour aller jusqu’au Guelta Zemmour, défendre jusqu’au sacrifice suprême, la souveraineté de leur patrie pluriethnique et multilinguistique.
Ce n’est alors guère surprenant que les Mauritaniens issus des trois ethnies précitées soient les animateurs du mouvement « Touche pas à ma nationalité » qui fait barrage à ce recensement dont le but ultimement visé, est d’exclure administrativement les Noirs de leur pays. Sinistre répétition ou bégaiement de l’Histoire : après la déportation hors des frontières ; c’est désormais le ghetto qui fait du citoyen, un métèque chez lui. On en arrive à admettre – même si la balkanisation à la soudanaise est inacceptable et inappropriée – que les théoriciens et fondateurs du Front de Libération du Walo, du Fouta et du Guidimakha (WALFOUGUI) n’avaient pas tort dans l’absolu.
L’épicentre prévisible de la révolte (la vallée du Fleuve Sénégal) est évidemment la zone la plus quadrillée et la plus violemment traitée par les forces de l’ordre. Toute la willaya du Gorgol, c’est-à-dire la région de Kaédi, est sous contrôle policier. Outre le chef-lieu Kaédi, les villes de Maghama et de Mouqata ont été calcinées par la spirale révolte-répression. Même la ville très métissée de Rosso, capitale du Trarza, est touchée par la bourrasque anti-recensement.
De facto, l’autorité civile (gouverneurs et préfets) s’est liquéfiée au profit de l’appareil militaro sécuritaire. Preuve que l’Etat républicain du Général Mohamed Ould Abdelaziz est un vernis qui craquelle au moindre choc. Preuve également que l’option sécuritaire est privilégiée : le commissaire directeur de la Sûreté régionale de Kaédi a été limogé puis remplacé au pied levé, par le commissaire Ely Ould Moktar de la Sûreté de l’Air qui coiffe l’aéroport de Nouakchott.
Plus visible encore, est la navrante distribution raciale des responsabilités dans la répression en cours dans la vallée. Par un cynisme innommable, le Président Aziz a envoyé contre les militants de « Touche pas à ma nationalité », les deux corps paramilitaires (gendarmerie et garde nationale) commandées par les Généraux Ndiaga Dieng et Félix Nigri. Deux officiers généraux (noirs) natifs de la ville de Boghé. Conséquence, la vieille recette du « diviser pour régner » a marché parfaitement ; puisque la ville n’a pas bougé. Ironie du sort – pardon, du jeu du gouvernement de Nouakchott – le Général Ndiaga Dieng est le fils d’un tailleur originaire de Saint-Louis ; tandis que le Général Félix Nigri descend d’un grand-père italien et d’une maman toucouleur de Podor. Question : ces deux Généraux qui répriment les manifestants du « Touche pas à ma Nationalité » sont-ils, eux-mêmes, recensables ?
En dehors de son caractère attentatoire à l’unité et à la stabilité, le recensement cache subsidiairement une orientation anti-sénégalaise. De plus en plus appuyée, avec la rafle des Sénégalais du quartier Médina 3 que le ministre de l’Intérieur Sid’Ahmed Ould Boilil présente comme des éléments étrangers qui manipulent les révoltés du « Touche pas à ma nationalité ». Tout se passe comme si le Président Aziz cherche à transposer la dégradation de ses relations avec Wade, sur les péripéties d’un recensement périlleusement amorcé.
A l’intérieur comme à l’extérieur de la Mauritanie, le recensement diffuse ses ondes de choc. En effet, l’opération d’identification constitue du pain béni pour une opposition (toutes sensibilités confondues) secrètement contente de voir l’homme fort de Nouakchott s’en mêler fatalement les pinceaux dans une affaire politiquement explosive.
Hors des frontières, cette crise est, bien entendu, suivie avec une grande attention par les Occidentaux qui épaulent la Mauritanie dans sa guerre contre Al Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) que la chute de Kadhafi a matériellement renforcée. En plein recensement, le Général Carter F. Han du commandement américain pour l’Afrique (AFRICOM) a débarqué, le 11 juillet, à Nouakchott, pour échanger avec le chef d’Etat-major mauritanien, le Général Ghazouani. Dans le sillage d’AFRICOM, l’Union européenne a dépêché, le 23 septembre, son émissaire Manuel Lopez qui a annoncé le décaissement prochain par Bruxelles, de la somme colossale de 100 millions d’euros pour les trois pays (Mali, Mauritanie et Niger) en butte aux attaques d’AQMI. Quant aux décideurs sénégalais, ils ont l’œil rivé sur l’horizon électoral 2012. Et non sur les rives du Fleuve éponyme.
C’est précisément la conjoncture internationale et régionale qui pourrait fournir le filet de sauvetage au chef de l’Etat mauritanien en apesanteur dans cette affaire très corsée du recensement. Son engagement farouche à assumer, avec enthousiasme, sa mission de Gurkha (soldat népalais de l’armée britannique des Indes) de la France et des Etats-Unis dans la bande saharo sahélienne, lui vaut un soutien non encore érodé des pays du Nord, obsédés par le péril vert : l’islamisme armé. Mais le salut personnel d’Aziz rime-t-il avec la sauvegarde d’une Mauritanie intacte ? C’est d’autant moins sûr que les gouvernements d’Europe et d’outre-atlantique restent largement tributaires de leurs opinions publiques. Qui, elles, sont sensibilisées par moult ONG qui dénoncent les incongruités périlleuses du recensement. Le dernier exemple en date, étant la manifestation anti-enrôlement du 2 octobre, à la place Trocadéro de Paris.
Babacar Justin N’diaye- Journaliste-Politologue sénégalais
Du dialogue « national » à la résistance populaire ou quand le principe de réalité rattrape les illusionnistes.
Il y a quelques jours, s’est déroulée à Nouakchott une rencontre des partis politiques de la majorité et de certains partis dits de l’opposition, des assises dénommées « dialogue national ». Il y a lieu de rappeler que le principe du dialogue national , en dépit de ce que le pouvoir veut en faire croire, s’inscrit dans sa lettre et dans son esprit dans les accords dits de Dakar qui mirent en œuvre le processus ayant abouti à la légitimation du putsch azizien.
Ces rencontres avaient pour objet, nous dit-on, d’approfondir la démocratie et de résoudre, de manière consensuelle, les graves problèmes qui se posent au pays.
Même si dans l’absolu, on ne peut rejeter le principe du dialogue pour faire évoluer la démocratie, instaurer la bonne gouvernance et s’orienter vers la résolution des graves questions qui se posent au pays ; on est cependant en droit de s’interroger légitimement sur la forme et sur le fond de ces assises.
Aussi bien dans leur forme( choix des participants, modalités d’exécution, délai etc.…) que dans leur objet et finalité (trouver des solutions largement acceptées aux questions qui empoisonnent la vie du pays et menacent sa stabilité, définition des questions majeures…) ces assises ont été conçues, organisées, mise à exécution et pilotées de manière unilatérale voire arbitraire par le pouvoir en place, sans consultation d’aucune sorte avec les protagonistes réelles et potentiels de l’autre camp.
Le dialogue « national » a exclu superbement certaines formations politiques, les organisations humanitaires et de la société civile pourtant actrices majeures et actives du politique et éléments incontournables dans tout processus démocratique digne de ce nom.
L’absence d’un processus concerté et d’une dynamique d’ inclusion réelle est , à n’en pas douter un élément qui risque d’ôter aux éventuelles conclusions de ces assises une large adhésion populaire qui leur est pourtant essentielle pour ne pas dire nécessaire au sens philosophique du terme. L’histoire nous apprend qu’en politique, Le déficit de représentativité peut équivaloir au péché originel en religion !
Autre objection majeure quant à ce « dialogue national » est l’élucidation des questions brûlantes que sont la question de l’unité nationale et celle de l’esclavage. Il est vrai qu’en Mauritanie, l’identification des questions brûlantes est en soi une question brûlante mais il est illusoire de vouloir concevoir une Mauritanie stable et en paix avec elle-même en fermant les yeux sur les constantes sources de frictions.
La question nationale et sociale constitue la contradiction principale du pays, en ce sens que de sa résolution dépend la résolution des autres problèmes de la nation. La survie, à terme, de la Mauritanie est liée intrinsèquement à la volonté et à la capacité des acteurs de lui trouver une solution fondée sur un large consensus national.
La question de l’unité nationale n’est pas un concept fumeux ou intellectualiste ! Pour les Négros- Africains menacés dans leur présence culturelle et physique sur le sol mauritanien, discriminés dans tous les rouages de l’appareil politico-administratif d’Etat et dans le processus de prise de décisions relatives à la vie du pays, la question nationale est réalité palpable, quotidienne, constamment vécue.
En témoignent les manifestations contre l’enrôlement discriminatoire observées aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de la Mauritanie depuis quelques mois ; ces manifestations ont atteint leur paroxysme avec les violentes répressions enregistrées à Maghama, Kaëdi et Nouakchott ; Ce tournant est venu rappeler, si besoin en était, aux dialoguistes et nihilistes de tous bords, les préoccupations de la Mauritanie réelle. Ces manifestations organisées par une jeunesse noire courageuse, consciente et déterminée mais politiquement orpheline méritent notre respect et notre admiration.
Ces actes de résistance légitime s’inscrivent dans la foulée de celles initiées par nos vaillants étudiants l’année dernière. Il est heureux de voir que la jeunesse négro-mauritanienne a décidé de prendre en charge son propre destin et celui de la communauté toute entière.
Il serait cependant souhaitable, pour ne pas dire vital, que ces différentes actions courageuses se conjuguent et se rejoignent dans un vaste projet politique global et cohérent qui prenne en charge et combatte à la racine la question principale du racisme d’Etat dont le recensement discriminatoire et raciste n’en est que la dernière manifestation.
Il y a certes des organisations politiques et des personnalités de la majorité présidentielle qui se battent pour faire bouger les lignes dans le bon sens, mais les faits sont têtus. Il faudra d’avantage de clarté et de cohérence entre le discours et les actes , de plus de constance dans la lutte, de plus d’engagement et de détermination pour faire comprendre au pouvoir en place que la persistance de la discrimination et de l’exclusion des Noirs constitue le facteur principal d’une éventuelle implosion de la Mauritanie.
Sous cet angle, il ya manifestement place pour et besoin d’une organisation politique négro-africaine ouverte au dialogue mais ferme sur les principes, radicale mais non violente, autonomiste mais non sécessionniste.
Certains esprits bien intentionnés mais naïfs ont attendu, les résultats de ces rencontres avec un grain d’espoir. Hélas, Comme craint ou prévu, le dialogue national a accouché d’une souris et ses conclusions iront gésir au panthéon des résolutions et autres décisions sans effets qui se bousculent, pour ainsi dire, dans les archives de notre jeune république.
La lutte continue !
Abdoulaye Thiongane- Copenhague-Danemark. FLAM-Europe du Nord.
octobre 2011.




