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RIM-Sénégal : Retour sur les événements de 89
ALAKHBAR (Noukchott)-«C’est quoi (les événements de 89)? Un incident presque banal entre des bergers et des cultivateurs, des bergers venant de Mauritanie et des cultivateurs étant des Sénégalais. Et sur la base de cet incident le ton a monté, les affrontements ont eu lieu, la situation s’est dégradée, a dit Ibrahima Fall candidat déclaré à la présidentielle sénégalaise de 2012. Ibrahima Fall , ministre sénégalais des affaires étrangères sous Abdou Diouf, au moment des «événements douloureux entre le Sénégal et la Mauritanie», était interviewé par le quotidien sénégalais, Le Populaire. Pour lui, «le point d’achoppement, c’est où se trouve la frontière entre la Mauritanie et le Sénégal. Le Sénégal se fondant sur la délimitation coloniale qui place la frontière sur la rive droite du fleuve Sénégal défendant la position selon laquelle le fleuve appartenait au Sénégal, la Mauritanie se fondant sur d’autres considérations estimait que la frontière se trouvait au milieu du fleuve Sénégal».
Le candidat a rappelé «j’ai reçu un mandat de m’impliquer dans la recherche de solutions. J’ai dirigé la délégation sénégalaise qui a rencontré la délégation mauritanienne conduite par le ministre de l’Intérieur, à Bamako où nous avons négocié. Nous avons effectué plusieurs négociations».
En outre, Ibrahima Fall dit avoir « vécu douloureusement cette affaire pour trois raisons. Un parce que je suis convaincu qu’une frontière constituée par un fleuve dans une région sahélienne où le principal problème est où trouver de l’eau, doit unir plutôt que séparer. Ce n’est pas pour rien d’ailleurs que ce fleuve a servi pour créer l’Omvs. Deux, je considérais historiquement que les peuples sénégalais et mauritaniens avaient partagé tant de choses que tout devait être fait pour fructifier les relations et non remettre en cause ces relations. Trois, je suis panafricaniste et que je considère les frontières héritées de notre colonisation doivent être dépassées pour construire l’unité africaine».
Flamnet-Agora : Enrôlement des populations : les dessous de l’opération par Bara Ba(Suite et fin )
Dans cette deuxième partie je voudrais examiner, avec vous chers lecteurs, cette opération, plus en profondeur, en en montrant les aspects absurdes voire irrationnels, en même temps que les soubassements véritables!
Rappelons, pour commencer, que cet enrôlement est basé, comme nous le constatons, principalement sur l’acte de naissance (de l’ascendant) -pièce maîtresse de tout le montage ! C’est-à-dire que lorsque vous êtes agé de 44 , 45 ans, vous êtes tenu de présenter le certificat de naissance d’un de vos ascendants, à défaut, son certificat de décès!
Dans le cas d’un père décédé, le requérant devra obtenir du cadi, du juge , ou du médecin, un certificat de décès; notez le ridicule : un juge vous établira, contre une taxe de 10.000um, un certificat de décès pour un défunt qui n’a jamais été enregistré nulle part, puisqu’il n’existe pas de registres de décès !
Où est la fiabilité d’un fichier qu’on prétend vouloir assainir, si à a chaque fois que quelqu’un décroche un certificat de décès il est assuré d’être enrôlé ?
-Autre aspect, non moins absurde, dans la conception de cette opération :
Vous êtes âgé de 44 ou 45 ans , et l’on vous demande de fournir un acte de naissance de votre père censé être âgé, au moins de 65 ans ( si l’on considère 20 ans comme différence minimale entre père et fils ), dans une Mauritanie, qui n’existe, officiellement, que depuis 1960 ! N’est-ce pas incohérent ?… à moins de chercher à rendre la vie impossible à certains, pour les besoins d’un alibi que requiert l’application d’un plan secret !
Mais si c’est à la Mauritanie de 1904 que l’ on se réfère et non à la Mauritanie post-indépendance , alors, il n’y avait qu’à revenir aux registres des impôts établis par le colon dans les années 40-50 , si tant est qu’on tient, vraiment, à remonter aux ascendants ! A condition bien entendu que les archives n’aient pas été encore détruites par l’administration arabo-berbère , à son habitude, comme pour effacer toute trace du passé dans le Sud !
-Poursuivons :
Il n’échappe à personne que nous, mauritaniens, n’avons pas encore intégré la pratique du recours à l’acte de naissance, dès que le bébé naissait .
En 1960 , et jusque dans les années 70, personne ne semblait en éprouver le besoin ; c’était le cadet de nos soucis ! A à nos jours , combien de bébés naissaient et grandissaient sans papiers , dans nos campagnes, dans nos villes et à leur périphérie ? S’il en est ainsi, à l’heure actuelle , que dire , à fortiori, de la génération de la soixantaine , essentiellement concernée , puisqu’étant choisie comme base de départ dans cette fameuse opération d’enrôlement ?
Les Bidhaans, nomades, et les Peulhs, nomades, en majorité , ne possèdent toujours pas d’actes de naissance! chez les Haratines, c’est encore pire, car dans leurs adwabas on ne connaît ni certificat de mariage, ni acte de naissance. Ils sont comptés comme des « biens » de la tribu, pris en charge par le chef tribal.
Bref nos populations étaient et demeurent, dans leur écrasante majorité, dépourvues de pièces d’état civil , même en milieu sédentaire . La minorité qui sollicitait la pièce d’acte de naissance auprès de l’Administration le faisait, généralement, en cas de projet de voyage ; lorsqu’on était candidat à l’immigration lointaine.
La pratique du recours à l’établissement de l’acte de naissance ne s’est généralisée, qu’avec la catégorie des fonctionnaires de l’Etat et des ouvriers , pour des besoins administratifs ; pour des allocations familiales. L´acte de naissance était également établi dans les centres urbains ou dans les gros bourgs pour l’enfant qu’on s’apprêtait à inscrire à l’école, ou pour l’élève, à la veille des examens ou concours à passer , en fin du cycle primaire.
Comme on le voit donc, la pratique d’établissement de l’acte de naissance n’est pas entrée dans les mœurs et traditions des mauritaniens.
Concernant l’acte de décès il reste complètement méconnu, à nos jours, jusque dans le milieu urbain ; seules les veuves de fonctionnaires y recourent pour constituer des dossiers administratifs, afin de percevoir la pension de leurs maris défunts . Pour tous les autres cas, quand le conjoint décédait “il était parti , c’est tout …rappelé à Dieu”! Dans ce pays , ne l’oublions pas , face à la mort la mentalité reposait et repose encore , largement, sur la formule que « Dieu avait crée … il a repris » !
Comment, dès lors, avec une telle mentalité et face à une telle réalité , se réveiller un beau matin , et baser un recensement , aussi important que celui des populations, sur des critères aussi évanescents, voire inexistants ? Comment exiger la présentation d’une pièce administrative à une population qui n’en possédait pas, au moins pour les trois quarts (¾ ) ?
Le gouvernement, à travers ses commissions, demandait des papiers qu’il était assuré, par avance, de ne pouvoir obtenir d’une population qui ne pouvait les lui fournir , puisqu’elle n’en possédait pas !!!
Tous ces Bidhaans de la ‘’Badya’’, tous ces Peulh nomades et tous ces Haratines des adwabas, seraient laissés en rade, soit les ¾ de la population exclus, si ce critère était appliqué !
Quelle était donc la logique, derrière cette démarche , qui ne menait nulle part ?
La seule logique cohérente qui , à mon sens , s’offrait à l’esprit est celle-ci : tout ce à quoi nous assistons était une mise en scène destinée à noyer le poisson ; un prétexte !
La réalité est que ce critère (présentation exigée de l’acte de naissance de l’ascendant ) ne sera pas appliqué à tout le monde ; l’application se fera sélectivement, et ne concernera que les indésirables, c’est-à-dire les Négro -africains, et les Haratines insoumis !
Car ceux qui gèrent et contrôlent ces commissions , en amont et en aval , sont ceux- là mêmes qui contrôlent l’office des statistiques , interdit d’accès ! Dans le secret de leurs bureaux ils auront les coudées franches pour retenir ou gommer qui ils voudront !
Ce projet est mis en œuvre, en vérité , parce que la marche inexorable du pays vers la démocratie fait resurgir la peur ; peur de voir le pouvoir changer de mains ; d’où la nécessité de prendre des dispositions , – entre autre cet enrôlement- , pour prévenir cette inquiétante perspective .
Voilà pourquoi cet enrôlement a été conçu.
Voilà pourquoi il ne pouvait être que de nature , foncièrement, discriminatoire et raciste !
Voilà qui justifie que dans une Mauritanie qui se définit comme un pays multi-culturel et pluri-ethnique, des agents recenseurs interrogeaient Negro africains ( Pulaars Soninkés ,Wolofs ) en arabe ! comme si parler arabe constitue le critère essentiel pour déterminer la mauritanité ! on rejetait ces populations , on doutait de leur mauritanité, parce qu’elles ne parlaient pas cette langue ? combien d’arabo-berbères parlaient pulaar ou soninké?
Ces agents s’amusaient , en outre , à exiger des Négro-africains la récitation d’une sourate , comme pour tester leur foi , alors que le rapport de Dieu avec chacun est d’ordre strictement privé, personnel !
Cette attitude de mépris des agents recenseurs vient s’ajouter à une autre , devenue habituelle, qui s’exerce pendant les contrôles routiers opérés au faciès , au cours desquels seuls les Negro -africains sont sommés de présenter la pièce d’identité au gendarme !
Votre mauritanité est affichée au visage , suivant que vous serez Blanc ou Noir !
Autre pratique vexatoire de ces mêmes commissions : obliger les villageois à se rendre au chef-lieu de préfecture ou de région pour se faire enrôler ; La moitié ne s’y rend pas , faute de moyens pour transporter des familles nombreuses . L’autre moitié qui s’y rend finit , lassée après des semaines voire des mois d’attente , par repartir pour ne plus revenir , profondément déçue ! Même situation pour les réfugiés , complètement démunis , auxquels il est demandé de se prendre en charge, pour se transporter avec leurs familles, vers les centres urbains .
L’objectif du gouvernement arabo-berbère, à travers ces conditions contraignantes, est , manifestement , de susciter un découragement généralisé, qui amènera la moitié de la population Négro-africaine à renoncer à l’enrôlement !
Si parler aux gens une langue qu’ils ne comprennent pas , ou tester leur foi passe encore , en dépit du caractère provocateur, ce qui est inacceptable et qu’on ne peut laisser passer , c’est la composition de ces commissions, qui montre à quel point le régime du Président Ould Abdel Aziz est un régime raciste . Plus que ces comportements vexatoires il y’a , par-dessus tout , cette façon inacceptable, de constituer ces commissions , composées et dirigées par la seule composante arabo-berbère . La commission centrale de supervision , composée de 13 membres compte un seul Negro -africain et un seul Haratine ; la centaine de commissions régionales, composées essentiellement par des Arabo-berbères restent dirigées par eux !
Le Système d’Apartheid n’aurait pas fait mieux !
S’il est admis que la Mauritanie est un pays bi-racial , pluri-ethnique et multi-culturel , dont tous les fils sont , dit-on , égaux en droits et en devoirs , au nom de quelle logique , une composante nationale s’arrogerait –elle, toute seule , le droit et le privilège de décompter les autres ?
D’aucuns nous parlent de déficit de communication de la part du gouvernement , comme pour mettre de l’eau dans son moulin, mais ils passent sous silence que ces mêmes commissions refusent de s’entourer d’interprètes pour, justement, communiquer avec ces populations !
Sur ce point précis portant sur le déséquilibre , il n’y a rien n’à communiquer !- rien qui puisse le rendre tolérable ! La seule communication qu’il faille sur ce point là est sa correction ou sa suppression pure et simple !
Voilà le point, nodal, sur lequel le Mouvement MTPN devra mettre l’accent , en exigeant la restructuration ou la recomposition, équilibrée, de ces commissions !
On nous parle aussi d’améliorations apportées ! mais quel sens ou quelle portée leur donner tant que ce déséquilibre ou cette anomalie majeure persiste ?
Et pas géné, outre mesure, par ces iniquités et toutes ces provocations, voilà que le directeur de l’agence chargé de l’enrôlement en rajoute, par cette réponse à une question portant, justement sur ce déséquilibre: « moi j’ engage selon les compétences» !
Propos très graves!
Car c’est prétendre que seuls les Bidhaans étaient compétents ! Que certaines races seraient supérieures à d’autres; Que la race Bidhaani serait supérieure à la race noire…
On croirait entendre Gobineau !
Dans le camp de nos intellectuels et hommes politiques, personne pour dénoncer, sérieusement , ces attitudes et cette situation de racisme flagrant , excepté les journalistes Ould Beja et Ahmed Ould Jiddou Aly !
Et lorsque des jeunes du MTPN , indignés , se révoltent et brûlent des pneus , des intellectuels arabo-berbères de …Clermont F et d’ailleurs, avec leurs compères , s’empressent d’appeler au calme !
Cet enrôlement, en conclusion, foncièrement raciste, a pour pour but de fonder, légalement, le déni de citoyenneté des Noirs mauritaniens, dont le poids démographique est perçu comme une menace à la pérennité du Pouvoir arabo-berbère ! Lorsqu’il sera terminé , si rien n’est entrepris d’ici là pour le stopper , des milliers de Négro –mauritaniens se retrouveront apatrides, dans leur propre pays !
Voilà pourquoi j’appelle les jeunes à continuer de résister ; voilà pourquoi je les invite à s’approprier ces paroles du célèbre penseur américain F Douglass : « there are only three ways to make changes : « agitate , agitate , agitate » !
Il n’y a que trois manières pour susciter des changements : agiter , agiter , agiter (le Système ) !
La lutte continue.
BARA BA
Dakar –Sénégal
Novembre 2011
Des Etats généraux de l’Education, Opinion d´un flamiste !
A l’heure où l’on parle d’états généraux de l’Education, de nouveau, au moment où la question de la place de la langue arabe ressurgit, suscitant au passage remous et controverse *, il me plaît de re-proposer au lecteur cet article (légèrement remanié ), écrit il y’a plusieurs mois déjà.
Notre Ecole est malade, notre système éducatif en crise, tout le monde en convient ; Il nous revient donc de marquer,sagement, un temps d’arrêt, d’y jeter un regard critique afin de lui ‘apporter ce remède de cheval dont il a besoin, puisque le mal persiste depuis 40 ans ! Voilà pourquoi cette crise de notre Ecole, très profonde et multidimensionnelle, devra être diagnostiquée sans complaisance.
Au-delà des raisons que j’appelerai de surface , comme la dégradation des conditions d’étude ( effectif pléthorique, manuels scolaires insuffisants, voire inadaptés, mobilier brinquebelant, locaux vétustes et inéquipés) je crois, plutôt, que les raisons profondes de cette crise sont ailleurs, et d’ordre psychologique, administratif et politique .
D’ordre psychologique, dis-je, par la perte de statut du corps Enseignant, conduisant à sa démotivation complète, par contagion du milieu social dans lequel il baigne, où les valeurs universelles de réference habituelles, telle l’honnêteté, le respect du travail- du travail bien fait-, la moralité, ont cédé la place à la course effrénée vers l’argent . L’enrichissement, à tout prix, tout de suite, a pris pas le pas sur la “conscience professionnelle”, d’où la flopée d’enseignants -boutiquiers !
Le terme « garraaye », devenu fortement connoté négativement, suscite presque, chez l’autre, un demi-sourire, et fait qu’il est presque honteux de se présenter comme tel ! On est désormais instituteur ou professeur, à défaut de mieux , mais certainement pas. par vocation .
On est là, pour un temps provisoire, transitoire, en attendant de trouver mieux, ou de ?’monter” sa boutique, ou encore de partir pour des cieux plus cléments.
Cette dévalorisation du métier d’enseignant s’accompagne ( ou s’explique ?) naturellement de la dépréciation du Savoir, censé être un des attributs majeurs de l’Enseignant. Aller à l’école, accumuler des diplômes, lire tout simplement , est perçu aujourd’hui, au mieux comme une perte de temps, au pire comme une absurdité. Avoir l’argent c’est mieux !
Pour corriger cet état de chose il faudra donc rendre à l’Enseignant sa dignité et son auréole d’antan par la revalorisation du métier, et restituer au Savoir l’admiration qui lui était attachée.
Autre cause des problèmes de notre Enseignement , son administration et sa gestion … où l’on constate l’absence de rigueur dans la sélection et le recrutement des maîtres d’école, l’absence de contrôle et de suivi qui fait le lit du laxisme et de l’affairisme, l’absence d’application systématique du principe d’émulation, de récompense et de sanction , l’absence d’équité dans les promotions , l’absence d’ordre , en un mot , au niveau le plus élevé .
Il nous faudra donc, repenser la gestion administrative des Enseignants, ce qui suppose la restauration du principe d’ordre au niveau de l’Etat et de son Administration, en général .
Crise enfin, d’orientation et surtout d’ordre politique.
Au lieu d’une orientation technique et pragmatique on a choisi l’élitisme ; à la place d’une Ecole qui produit des plombiers, des électriciens, des soudeurs, des maçons et des menuisiers, des agriculteurs modernes, on a préféré celle qui produit des littéraires, des philosophe, c’est -à -dire des fonctionnaires aux mains propres .
Il faut changer cet état de chose !
Enfin , l’aspect le plus important de la crise scolaire-il faut le souligner- renvoie au problème de langues, qui lui-même découle de la lutte sourde pour le contrôle du pouvoir .
Dès les années 50 on débuta des réformes, en série,.toutes linguistiques. Toutes les réformes des années 50 aux années 80 portèrent exclusivement sur la langue Arabe.
On a prétendu, à l’époque, recourir à cette langue arabe pour rendre notre Enseignement « authentique »,« national» ; mais en réalité ceci n’était qu’une supercherie, un écran de fumée , destiné d’abord, à renverser le rapport de force, ou l’ordre colonial existant, en faveur des négro -africains ; sous le couvert d’une prétendue « indépendance culturelle », Moctar ould Daddah ne visait, en réalité , rien d’autre ; ce que , du reste, honnêtement , confirme Moustapha Ould Bedredine de l’Ufp-mnd, par ce témoignage accordé, en1998, à Fresia Marion ² : ” Les Négro-africains représentaient 80% des cadres de l’Etat mauritanien naissant . Alors les maures ont voulu rétablir les rapports de force en leur faveur en utilisant deux instruments: la langue et l’école”.
On ne peut être plus clair ! La langue arabe a été, on le voit, bel et bien, instrumentalisée à cette fin !
Voilà pourquoi donc on permit, dès cette période, à des talibés coraniques et à des hommes à la mentalité de commerçants-?’epiciers” de sauter, à pieds joints, dans le système, et d’envahir le corps.
La préocupation première, majeure, des régimes arabo-berberes était donc, d’abord et surtout , de corriger ce déséquilibre à toute vitesse, n’importe comment, sans se préocuper de l’efficience, cadet de leur souci .
Un rééquilibrage de l’ordre colonial, normal et légitime certes, mais qui se fit hélas , dans l’excès ; nos Gouvernants arabo -berbères, se prirent au jeu, et sous l’instigation de leurs idéologues nasseriens et baassistes , décidèrent alors , dans la foulée, de « liquider une bonne fois les négro -africains par un nettoyage ethnique » en règle , afin de rendre l’arabité exclusive de la Mauritanie décisive et irréversible, pour citer quelqu’un. Le plus stupide de tous les présidents prit le mot à la lettre et, s’ensuivirent alors les déportations, l’épuration ethnique de la fonction publique, les éxecutions extra- judiciaires massives, simultanément à la radicalisation de l’Arabisation !
Le recours passionné et passionnel à cette langue arabe, en réalité , a pour visée le maintien du monopole du pouvoir par les Arabo -berbères, dicté par « des peurs enfouies »; le recours à la langue arabe ne servira pas de ferment d’unité, ou de moyen de promotion et d’épanouissement pour tous, mais de gangue protectrice, de garantie pour la préservation et la perpétuation du monopole du pouvoir par un seul groupe ethnique . Peu importait donc qu’elle se fît bien ou mal, pourvu qu’elle protégeât et pérennisât le Système ou l’hégémonie Bidhaan .
Voilà pourquoi l’Arabisation se fit dans la passion et la précipitation, caractérisée par l’impréparation et l’improvisation totale, sans préocupation aucune, pour l’efficacité, sacrifiant l’essentiel,c’est-à-dire n’accordant aucune considération pour la qualité , aucune pour la perspective d’emploi, aucune pour le développement , comme le résumait si bien quelqu’un.
Le résultat au bout ? un gâchis énorme et l’impasse totale !
Du côté Maure on assista à des générations d’enfants des masses populaires défavorisées sacrifiés à vie, sur l’autel du slogan de la « repersonnalisation » factice et démagogique de Moctar ould Daddah . Les enfants du peuple seront les seuls grands perdants. Les fils de Hasni ould Didi , de Mohameden Ould Babah , de Salah ou de Hamdi Ould Moukhnass, ces petits fils d’Emirs comme ceux, privilégiés, des colonels , gouverneurs et préfets, se verront assistés, après cours, à domicile, par des Maîtres francophones, payés à l’heure .
Du côté Négro Africain ce fut l’échec scolaire le plus massif, depuis1960 . Cette perception de l’arabe comme facteur d’échec et d’exclusion combinés ,conduira au rejet de l’Arabe, même par les arabisants négro-africains , perçue, à juste titre, comme instrument discriminatoire de sélection et de pénalisation .
Il faudrait être un génie pour réussir dans un tel système, pour ces écoliers négro-africains qui entamaient leur scolarité avec une double langue étrangère, au sens pédagogique du terme ! Seul le génie, disait Alain, n’a pas besoin d’aide , « au moindre appel, il bondit et perce la broussaille !».
Quelle solution, à quelle condition pour aboutir à des réformes adaptées et efficientes, au service du développement et de l’épanouissement pour tous ?
Une volonté déterminée, clairement affirmée, d’un devenir en commun, librement choisi, en constitue une pré-condition, essentielle, à mon sens, mais aussi et surtout un esprit nouveau, une mentalité nouvelle débarrassée du complexe ”du peuple supérieur”, tournée vers le respect de l’autre.
En ramassé , il nous faudrait , concernant l’orientation à donner à notre Système éducatif, en perspective de notre développement , opter pour une ligne médiane entre l’Enseignement technique et l’Enseignement Général , entre l’Enseignement de masse et l’élitisme; au niveau des langues , l’arabe devra être enseignée aux négro-africains, comme langue de communication tout court , et réciproquement pour le Pulaar, le Soninke et le Wolof en milieu Arabo-berbère, sans avoir, bien sûr, à renier le Français. Débarrasser cette langue arabe du dessein inavoué que l’on a voulu lui faire jouer, en l’instrumentalisant à des fins d’assimilation et d’exclusion, pour lui restituer son statut et son rôle de communication entre les peuples.
Un changement de mentalité, impératif et primordial à mon sens enfin, qui devra s’operer, en passant par la restauration, dans les langues maternelles, des cours de morale et de civisme fondés sur les valeurs de Justice, d’honneteté, de générosité, de partage, et sur la tolérance et le respect des différences.
C’est à ces conditions que l’on pourra reconstruire ou bâtir un Système éducatif, neutre, juste et effiscient, débarrassé de calculs partisans, qui servirait l’unité dans l’égalité des chances, et assurerait à tous le développement et le plein épanouissement !
Lorsque pendant 40 ans, on a essayé ou pratiqué quelque chose qui ne marche pas, ne fonctionne pas, le bon sens commande de changer !
Dakar le 10 juin 2008.
La lutte continue!
Bara Ba -FLAM-Sénégal.
http://www.flamnet.info/
A propos de nos langues nationales
Le problème des langues, à l´instar de tous les problèmes inhérents à la nature même du Système d´Etat mauritanien, ne peut trouver de solution durable que dans le cadre de le décentralisation poussée de l´Etat mauritanien pour ne pas dire de l´AUTONOMIE. C´est par l´application des principes de l´autonomie que se résoudront du coup les problèmes linguistiques.
Une langue est un instrument, créée pour les besoins de communication par une communauté donnée. Dans un espace où cohabitent des langues différentes, la paix, la stabilité et le développement ne sont possibles que s´il est institué un multilinguisme qui correspond à une répartition spatiale et socio-politique juste de l´épanouissement de ces mêmes langues.
La régle de la compétition loyale verra une langue s´imposer au fil du temps par son dynamisme propre, ou alors la densité des interférences en créera une nouvelle. Dans tous les cas, ce n´est pas par des pratiques moyennâgeuses telles que celles adoptées par l´Etat mauritanien qu´une langue s´imposera sur les autres. On connait depuis longtemps l´étendue de l´arrogance bornée de Ould Taya qui croyait pouvoir décréter l´arabité de la Mauritanie et s´employer à parachever l´oeuvre_ en tout état de cause bancale puisqu´incapable d´arriver à ses fins_ de ses prédécesseurs.
Ainsi le matraquage intempestif à la radio, à la télévision et à l´école de l´arabe au mépris de toutes les autres langues nationales a provoqué le rejet en bloc non de cette langue, mais de l´utilisation qui en est faite, par tous les mauritaniens, y compris tous les arabes réfléchis et patriotes qui, à l´opposé de quelques inconditionnels du Baathisme et du Nassérisme, comprennent la nécessité pour le progrès et la paix du pays, l´épanouissement de chaque citoyen dans sa propre langue.
Les contre-performances chroniques de l´école et de l´administration mauritanienne ne suffisent-elles pas de montrer l´échec de la politique bornée d´arabisation à outrance? Il est vrai que c´était plus pour “beydaniser” ses institutions que le triste colonel s´est engagé pour l´aventure que l´on connait.
L´institut des Langues Nationales, fruit de la lutte héroïque du mouvement noir a été chroniquement saboté par le gouvernement, avec des moyens de fonctionnement dérisoires et des activités limitées. Il est cependant la base de la réhabilitation des langues nationales. L´alphabétisation des populations et la transcription des concepts scientifiques dans ces langues sont une nécessité impérieuses.
Des langues comme le Français doivent progressivement perdre leur statut actuel pour celui plus conforme de langue de communication. L´arabe, le Bambara, le Pulaar, le Soninké et le Wolof doivent quant à eux aussi bénéficier du même statut et par conséquent jouir des mêmes DROITS dans tous les domaines en vertu de l´ÉGALITÉ absolue des nationalités.
En fait le problème Négro-Africain est un problème d’exclusion globale; exclusion sur le plan politique, économique, culturel et social. Ils réclament l’Enseignement des Langues Nationales garant de leur identité, en toute légitimité, sans exclure ni l’Arabe ni le Français.
Tel est l’enjeu et la véritable dimension du problème!
La lutte continue.
Elimane Bilbassi.
Flamnet-Agora : Enrôlement des populations : les dessous de l’opération! Par Bara Ba (Première partie)
Je me propose, à travers cet article, de montrer les côtés absurdes, incohérents voire irrationnels de bien des aspects de cette opération d’enrôlement, et d’en cerner les véritables soubassements et motivations.
Mais d’abord balayons certaines objections superficielles que nous oppose le pouvoir, entre autres, le cas de Bocar Alpha Ba et Anne Amadou Babaly, l’ampleur du recensement dans la vallée du fleuve, ou encore le propos selon lequel « l’enrôlement » n’était pas un recensement…
Lorsque des voix s’étaient élevées pour dire que Ba Bocar Alpha, ancien ministre des Finances, et Anne Amadou Babaly- Colonel de l’Armée, avaient été rejetés par les commissions chargées de l’enrôlement, d’autres voix, issues des cercles du régime et des griots zélés, avaient crié au scandale, à la désinformation, à l’intoxication des « pécheurs en eau trouble »!
Abdel Aziz dit, à Kassataya, que cette rumeur diffusée était erronée parce qu’il avait fait convoquer Anne et Bocar par le Ministre de l’intérieur… ; que ce dernier lui aurait affirmé que l’information ou la rumeur était fausse …
Avouez que c’est un peu court !
Puisque Aziz a dit que …, et que le ministre de l’intérieur a soutenu que… c’était donc forcément vrai ! cette rumeur n’était pas fondée; l’information véhiculée était fausse, fabriquée de toutes pièces, se dépêchèrent de conclure certains, qui tapèrent sur les informateurs et leur organisation !
Quelle naïveté ou quel griotisme !
Au regard des critères stricts établis, initialement , au départ des commissions d’enrôlement, il eût été logique que Bocar Alpha et Anne Amadou fussent rejetés s’il avait été établi qu’ils étaient nés au Sénégal; ce qui, du reste, n’aurait rien de surprenant pour qui connaît l’histoire de la vallée du fleuve et de ses habitants !
Pour ma part, je crois plutôt que s’ils ont été convoqués par le ministre, sur injonction de Aziz, c’était pour rattraper une gaffe; le bruit fait autour constituait une mauvaise « pub » pour le gouvernement qui risquait de ternir son imag ! Le ministre et son président s’étaient donc rattrapés, comme ils l’avaient fait avec Lalla Aicha Ouadraogo qui rameuta la presse et l’opinion !
Sinon, qu’est- ce qui coûtait à Ould Boilil, pour se rendre crédible, de mettre Anne et Bocar face à la presse, à la fin de leur entrevue au Ministère? rien n’était plus facile !
Pourquoi , du reste, la Presse ne s’était pas saisi du dossier ? pourquoi ne s’autorisait-elle pas à fouiner dans cette opération d’enrôlement, pour lever les équivoques, éclairer les zones d’ombre?
Bref, sur ce point, je continue à croire, mordicus, qu’ils avaient été bel bien rejetés comme le stipule l’information première; rien, objectivement, ne vient prouver le contraire.
Le second point, controversé, était relatif à la thèse du directeur en charge de l’enrôlement et de son président, qui soutiennent, en guise d’argument pour convaincre les sceptiques ou dissiper les appréhensions, que « le nombre d’enrôlés est beaucoup plus important dans la vallée du fleuve que partout ailleurs dans le pays . … » ; entendez …qu’il n’y avait donc rien à craindre !
A supposer, comme ils le posent, que les Négro- africains aient été recensés en grand nombre, ils ont aussi été victimes de rejets, en masse! Leur réaction indignée, continue, le prouve, manifestement!
Le cas de Néma, invoqué par Aziz- en guise de contre – exemple, n’est, à son tour, ni pertinent, ni convaincant; car ce qui a pu se produire à Néma était, soit que les populations Bidhaan ne se sont pas présentées massivement dans les centres d’enrôlement, auquel cas elles ne pouvaient donc être recensées avec la même ampleur que dans le Sud; soit elles s’y sont présentées massivement, mais sans faire objet de rejets massifs ! C’est l’un ou l’autre cas !
Voilà pourquoi ce contre-exemple était mauvais puisqu’il ne nous avançait en rien !
Ils disent, enfin, qu’il s’agissait d’enrôlement et non de recensement! Quelle différence, si dans les deux cas on finissait par décompter la population?
Pour rajouter à la confusion et abuser l’opinion, certains esprits malins se dépêchèrent de rappeler que cet enrôlement ne pénalisait pas que les Négro-africains; et qu’il ne fallait donc pas poser le problème sous l’angle du racisme ou de la discrimination! Mais dans quelle proportion pénalisait-il les Bidhaans ? à un contre cent, un contre mille, voire plus? les quelques cas signalés, ici ou là, étaient insignifiants , négligeables, comparativement à ce qui se passe dans les villes comme Boghé, Sélibaby , Kaëdi etc… !
Je reste persuadé que si les Bidhan avaient subi les mêmes tracasseries en cours dans le sud, s’ils avaient été victimes de discrimination, on aurait assisté à une réaction indignée , beaucoup plus forte … les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets !
Non , il faut arrêter cet amalgame !
Il ne faut pas que par souci d’équilibrisme on atténue ou masque la réalité grossière des choses; comme on l’observe avec le cas de l’esclavage ou « la théorie des deux extrémismes » – ressortie à chaque crise -, dont les tenants, en vérité, manquaient simplement de courage ou d’honnêteté; car il n’y a qu’un extrémisme, et l’on sait de quel côté le trouver !
La réalité est que ce recensement affecte essentiellement les Négro-africains, perçus comme un obstacle et comme une menace à l’édification d’une Mauritanie, exclusivement arabe! Il affecte aussi les Haratines, bien entendu, mais dans une moindre proportion, car seuls les Haratines, insoumis, en révolte contre le Système sont pénalisés; la masse Haratine encore sous le joug, infantilisée, sera prise en charge par les chefs tribaux, comme d’habitude !
Osons le reconnaître et osons le dire, cette opération d’enrôlement demeure foncièrement raciste, et dans sa conception et dans son exécution.
Les objections soulevées plus haut étant battues en brèches, nous montrerons, dans une seconde partie à suivre, certains côtés absurdes et les dessous véritables de cette opération d’enrôlement.
(A suivre….)
La lutte continue !
Bara Ba –Dakar- Sénégal
Novembre 2011




