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Recensement et double nationalité Par Ousmane Ba des FLAM-Europe de l´Ouest
Même si les Mauritaniens naturalisés en France ou ailleurs sont responsables de leurs décisions de naturalisation après plusieurs années d’exil politique, je voudrais quand même faire une analyse entre cette conséquence et le recensement en cours au pays.
Lorsque le recensement dit « fiable » a été lancé au mois de Mai dernier en Mauritanie, on a observé au paravent la fermeture, pour des raisons douteuses, des consulats mauritaniens à Dakar et à Paris qui enregistrent de fortes concentrations de communautés noires mauritaniennes.
Le recensement sera fait à l’ambassade ; mais pour se faire recenser, on doit présenter, en plus des papiers d’Etat civil mauritaniens, le titre de séjour français pour le cas de l’enrôlement en France. En exigeant le titre de séjour français les autorités mauritaniennes ont voulu écarter délibérément des milliers de Noirs mauritaniens exilés en France à cause de la répression et la terreur qui les avaient frappés, à l’époque du régime assassin de Moawiya Ould Sidi Ahmed Taya en Mauritanie. Il y’a une autre tracasserie administrative que les Mauritaniens ayant obtenu la nationalité française subissent à l’ambassade de Mauritanie à Paris quand ils s’y rendent pour demander un visa d’entrée : Au-delà des frais de visas qu’il faut payer, on leur exige aussi une pièce d’Etat civil prouvant qu’ils sont ou qu’ils étaient mauritaniens.
Pourquoi exiger un acte de naissance en plus du passeport pour établir un visa à quelqu’un ? Les autorités plénipotentiaires mauritaniennes ne chercheraient-elles pas à établir une liste rouge des Mauritaniens ayant une autre nationalité dans le but de les priver définitivement de la nationalité mauritanienne en les empêchant de se faire recenser ? Les mauritaniens naturalisés français et refugiés politiques ne disposant pas de la carte d’identité mauritanienne ne peuvent pas se faire recenser.
Ce recensement est fait malheureusement dans le but de diviser les Mauritaniens les uns contre les autres. Le critère de recensement n’est pas le même selon qu’on vit en exil (un exil qu’on n’a pas choisi) ou qu’on est né à l’étranger. Ce critère devrait être simple et unique pour tous les Mauritaniens.
Quand Mohamed Ould Abdel Aziz traitait les manifestants mauritaniens à Paris contre le recensement de Français et quand il répondait que les Mauritaniens ne demandent pas de visas pour se rendre en Mauritanie suite à une question de Kassataya sur les tracasseries de visas pour les Mauritaniens qui veulent se rendre en Mauritanie, ce n’était pas fortuit.... Et pourtant il connait parfaitement l’existence de la double nationalité à travers la Mauritanie et tous ses pays limitrophes. Il y’a des millions d’Algériens qui font chaque année des allers et retours entre la France et l’Algérie sans aucune tracasserie administrative et participent à toutes les élections algériennes en France. Pourquoi ? Parce que les autorités algériennes aiment et protègent leurs concitoyens quels qu’ils soient partout dans le monde. Elles savent que la double nationalité est une opportunité sociale et économique pour l’Algérie et non une tare. On voit la même chose à travers les immigrés maliens, sénégalais, marocains, tunisiens, togolaise, etc. Ce qui n’est pas le cas des autorités mauritaniennes vis-à-vis des Noirs mauritaniens qu’ils massacrent ou vouent à la servilité sociale. Si le gouvernement actuel est réellement démocratique, il aurait dû faire une rupture totale des pratiques des régimes militaires qui l’ont précédé en favorisant l’ouverture et le dialogue avec les exilés mauritaniens au lieu de les stigmatiser.
De mon point de vue la nationalité est un fait naturel, inné et inaliénable. Car, on appartient naturellement à un pays (le village, la région) comme on appartient à une famille (avec les parents, les frères et sœurs, la tribu…). Le décret présidentiel qui consisterait à dire que tel citoyen ou telle citoyenne pourrait ou pas conserver sa nationalité mauritanienne est un non sens pour moi.
Les Mauritaniens de la diaspora doivent rester mobilisés et vigilants face au système de gouvernement raciste mauritanien qui cherche vaille que vaille à déposséder des Noirs mauritaniens de tout acquis naturel soit-il ou de toute possibilité d’améliorer leurs conditions de vie
Si du point de vue philosophique on définit l’Etat comme un instrument de domination économique et sociale, on voit bien que l’Etat mauritanien joue ce rôle à merveille contre les Noirs mauritaniens.
Ousmane BA
Le Pecq France
30/11/11
Flamnet-Agora: Séminaire international sur la constitution: Dakar navigue entre Droit et décadence Par Babacar Justin Ndiaye
Après avoir qualifié les spécialistes sénégalais – en désaccord avec de lui – de « constitutionnalistes de bazar », le Président Abdoulaye Wade a mis au travail, des constitutionnalistes… de palace. Là-bas, dans une salle de l’hôtel Méridien. Une initiative du chef de l’Etat et de ses Forces alliées pour 2012 (plus féales qu’alliées), qui a conduit le Sénégal, au carrefour du cocasse et du loufoque.
Curieux Sénégal, en effet, où l’on importe, 60 ans après l’indépendance, une kyrielle d’experts étrangers (avec un bon lot de Français) pour interpréter une Constitution nationale entièrement rédigée par des nationaux, et votée – que dis-je ? – plébiscitée en janvier 2001, par le peuple souverain.
Plus kafkaïen encore, le Professeur Jean-Yves de Cara a eu l’outrecuidance de désosser, au plan du lexique, l’article transitoire 104, devant un auditoire constitué majoritairement de concitoyens du Professeur agrégé et académicien Léopold Sédar Senghor. Une brève leçon de grammaire donnée au moment (mauvais) où l’Elysée rend hommage, dans un communiqué truffé de fautes d’orthographe (selon une dépêche de l’AFP) à la défunte Danielle Mitterrand.
Est-il nécessaire de rappeler, à ces experts sexagénaires, que le Général De Gaulle avait ordonné, en 1958, au futur Premier ministre Michel Debré, de coopter Senghor (le non juriste) dans le comité de rédaction de la Constitution de la Cinquième République ? Devant le silence et le regard interrogateurs du Président du comité de rédaction, Charles de Gaulle expliqua, en substance, que l’agrégé sénégalais se chargera du volet grammatical du travail des juristes. On peut alors croire que, le 21 novembre dernier, vers midi, le premier Président du Sénégal a bougé dans sa tombe de Bel-Air, eu égard aux échos désobligeants du séminaire.
Que diantre, pourquoi le ciel a-t-il ouvert ses vannes pour doucher si abondamment de honte, le Sénégal ? La faute incombe évidemment à cette République des juristes (Abdoulaye Wade, Souleymane Ndéné Ndiaye, Madické Niang et Ousmane Ngom) qui n’a pas été capable de s’auto-défendre. Au point d’organiser un conclave de mercenaires du Droit – pardon de professeurs de Droit – sur lequel a plané l’ombre du contrat juteux. Bizarre et blessant.
Question : est-ce que l’élite politique et la crème universitaire du Sénégal valent-elles moins, en termes de clairvoyance et de patriotisme, que leurs homologues du Burkina qui ont résolu – sans assistance étrangère ni apocalypse national – une équation identique, avant la dernière présidentielle au « Pays des hommes intègres », et farouchement nationalistes ?
Mais le plus renversant, c’est que Babacar Guèye et Pape Demba Sy, hier mobilisés comme de très bons rédacteurs, sont, aujourd’hui catalogués voire calomniés comme de très mauvais interprètes de la même Constitution. C’est à n’y rien comprendre. Sauf que dans le camp présidentiel, la logique fout… le camp. Cette logique, en perpétuelle culbute, qui veut que le panafricaniste Wade – dans une démarche bruyamment souverainiste – ferme les bases militaires de la France, mais ouvre les portes de la vie institutionnelle du Sénégal, à l’expertise universitaire de l’ex-Métropole.
En tout état de cause, ce séminaire international pue davantage la décadence que le Droit. Car il consacre avec la bénédiction du gouvernement (c’est le ministre de la Justice qui a invité par lettre l’ex-recteur Seydou Madani Sy) une fâcheuse catégorisation des agrégations.
D’un côté, une agrégation au rabais dont sont titulaires « les constitutionnalistes de bazar » (Ismaila Madior Fall, Ahmet Ndiaye et Mody Gadiaga) et de l’autre, une agrégation (au-dessus de tout soupçon) dont le Professeur Charles Zorgbibe et son collègue Michel de Guiilenchmidt ont l’étrenne.
Dans ce tumulte autour de la Constitution, les experts et les politiques oublient ou feignent d’oublier la leçon limpide du sociologue et philosophe Jean Baudrillard : « Le Droit vient après la bataille ». Autrement dit, il est le résultat d’un rapport de forces. Ce que le Roi Hassan II – monarque absolu mais génie politique – a compris et bien résumé, le 7 mai 1996, devant l’Assemblée nationale française : « En matière de constitutions, il n’y a pas de procédés industriels permettant de livrer des usines constitutionnelles, clé en main. Dans ce domaine, la copie n’est jamais féconde ». Magistrale évidence de… sa Majesté.
Quelle pénible répétition ou grimace de l’Histoire ! Le séminaire rappelle inévitablement, le système colonial qui avait forgé deux catégories d’administrateurs civils. La première était moulée par l’Ecole Nationale d’Administration (Ena) de Paris. Et avait pour vocation d’administrer les Alpes Maritimes et le Languedoc-Roussillon. La seconde sortait de l’Ecole Nationale de la France d’Outremer (Enfom) toujours à Paris, avec une feuille de route sans équivoque : commander – et non administrer – le pays lobi dans le cercle de Bobo-Dioulasso ou le quadrilatère mouride qui va de Lambaye à Touba, dans le cercle de Diourbel.
Comme quoi, si le vent l’indépendance n’avait pas soufflé fort sur l’Empire colonial, en 1960, Daniel Cabou et Abdou Diouf auraient pu commander les cercles de Bouaké et de Sikasso ; mais n’auraient jamais été Préfets de Nice ou de Strasbourg. Tel est, entre autres effets, le désagréable souvenir que réveille le séminaire du 21 novembre.
Toutefois, les leçons de ce passé choquant n’ont guère empêché les aberrations surprenantes du présent. Sinon comment comprendre l’organisation, par le Conseil constitutionnel, d’un séminaire dit « interne » durant les journées des 6 et 7 septembre dernier ? Difficilement. Le Conseil constitutionnel créé par la Loi organique du 30 mai 1992 (presque 20 ans d’existence) a-t-il sérieusement besoin de panélistes extérieurs pour l’épauler dans la compréhension de sa mission ? Sûrement pas ; puisque les cinq sages de cet organe juridictionnel sont des magistrats chevronnés. Et non des stagiaires. Donc anguille sous roche. Qui côtoie certainement sous la même roche, la nouvelle anguille que le séminaire de Wade et des Fal 2012, vient d’y déposer.
En effet, la prestation de cette escouade multinationale d’experts, légitime d’avance l’enfer policier qu’on envisage de faire tomber sur la tête des futurs manifestants qui voudront empêcher le régime de valider en rond. Et Wade qui n’est plus enclin à faire l’Histoire (mais des histoires) a d’ores et déjà meublé ses pensées et arrières pensées. En clair, ce séminaire est le premier jalon de la chronique d’une victoire annoncée et… enceinte d’un mode de dévolution monarchique ou libérale du pouvoir, durant ce long mandat (7 ans) dont il n’a besoin que de la moitié de la moitié.
Après la victoire de 2007, le Président était secrètement dans une logique de demi-mandat. Le sommet de l’OCI et les locales de 2009 étaient, à la fois, les perspectives structurantes et les points d’ancrage de son schéma de passage du relais. Mais le demi-succès du premier et le fiasco des dernières, ont entrainé les ultimes et radicaux réajustements qui ont conduit jusqu’à ce fameux séminaire.
Mais attention aux querelles phosphorescentes et byzantines autour des articles 27 et 104 qui nous fixent dans le cosmos douillet des théories juridiques ! Pendant ce temps, le MFDC qui est au sol (par opposition au cosmos) arrose la Casamance de sang. Et nous rappelle qu’un symposium sur la Défense nationale est plus urgent qu’un séminaire sur le Droit, la Constitution et les cabales politiques.
Ps : Certes Idrissa Seck a consulté, avant Wade, le constitutionnaliste français Guy Carcassonne ; mais Idy n’est ni chef de l’Etat ni gardien de la Constitution. Laquelle est bien au-dessus de la mairie provinciale de Thiès.
Nouvelles d’ailleurs: Etats Généraux de l’Education: garde-à-vous!
Chez nous, question éducation nationale, un ami me répète, à l’envi: «il y a ceux qui ont eu la chance d’apprendre sous Mokhtar ould Daddah et il y a les autres. Notre école, aujourd’hui, est une usine à fabriquer des bourricots». Passons le côté quelque peu outrancier, provocateur et cliché d’une telle affirmation et reconnaissons qu’elle n’est pas dénuée de fondements.
Notre PM a dressé un constat, amer, sur le système éducatif des Nous Z’Autres. Que ce soit lui qui dise les choses qui fâchent est, en soi, un buzz, vu que notre PM est l’homme de l’Absence, l’Invisible, le Muet, l’Ombre du grand Patron, tellement dans l’ombre qu’il est, pour la plupart d’entre nous, un inconnu. Alors, quand notre PM à temps partiel vient nous parler, il faut savourer le moment et se dire que nous avons un PM… El hamdoullilah !
Dans son discours mettant en place la commission qui va plancher sur le cadavre Education nationale, notre apparition fantomatique – je veux dire: notre PM – n’y est pas allé de main morte: notre système est dégradé, manque de crédibilité, en totale inadéquation avec le monde du travail. Il aurait pu rajouter (ça, c’est la faute à ses assistants, ceux qui pondent les discours des VIP): notre système des Nous Z’Autres est minable, obsolète, exclusif, fade, irresponsable, destructeur, formateur de semi-analphabètes, sans perspectives, idéologique avant d’être éducatif, chasse-gardée de nationalismes réducteurs, laminé, ratatiné, pauvre… J’en ai, sûrement oublié mais, bref, c’est l’exemple même de tous les ratés de nos sociétés et image des Nous Z’Autres peu flatteuse. Car notre système est notre miroir. Cinquante ans d’existence et nous avons réussi le casse du siècle: enterrer les rêves de celles et ceux qui avaient rêvé une Mauritanie nouvelle. Chaque gouvernement s’est empressé, soit de masquer les défauts, à coups de replâtrages bidons, soit de pondre des réformes qui ont accéléré la mort du mammouth Education nationale.
1979 sonnait le glas des Indépendances. Les Nous Z’Autres, «peuple de héros», découvraient le ridicule du ridicule: les classes à couleur, concept mauritano-mauritanien de l’identité. D’un côté, les Noirs, considérés comme francisants, «suspects» donc, et de l’autre, dans des classes séparées de toute «pollution» linguistique, les Blancs, porteurs de la «survie identitaire» de notre pays. Et au milieu, ceux qui parlaient et le français et l’arabe et qui se sont tapé d’incessants va-et-vient. Pour corser le tout, on a pratiqué un découpage, tout militaire, pour décider quelle langue pour quelle matière! Les sciences dans telle langue, l’imrs en arabe, etc. Je me demande même pourquoi on n’a pas promulgué une langue pour les cours de sport!!!!
Alors, notre Manitou et son chaman (Aziz et Laghdaf, pour les intimes) ont décidé que, cette fois, on allait voir ce qu’on allait voir! Fini le vieux système «fabrique de bourricots» et bienvenue à la Mauritanie du XXIème siècle, moderne, en adéquation avec son temps et la mondialisation, Mère de tous, et Père de l’Espoir. Notre PM par intermittence l’a dit: il nous faut une école qui soit un modèle de conservation des valeurs et des mœurs.
Sur le modèle du Dialogue National, couteuse et pathétique grand-messe d’automédication, des personnalités, désignées volontaires, doivent s’enfermer et penser, réfléchir, se torturer les méninges, accoucher d’un plan, de directives, de conseils, de recommandations. Jusque-là, rien que de très louable: oui, il faut réformer notre école qui fabrique, depuis des années, des semi-analphabètes (car savoir lire et écrire ne fait pas de vous un «citoyen» non????).
Mais, comme d’habitude dans notre République dattière, tout se fait dans l’urgence et dans le désordre. Comment mettre en place des Etats Généraux de l’Education, sans réfléchir, d’abord, au vivre ensemble? Comment, quand on sait les blessures béantes de notre histoire, susciter un citoyen et une identité, sans se pencher sur «qu’est-ce que la Mauritanie; qui sont les mauritaniens; quel citoyen pour quel pays?». Pourquoi refondre un système délabré et inefficace si l’on ne prend pas le temps de poser les bonnes questions?
La leçon du recensement n’a, visiblement pas, porté ses fruits et aura vécu le temps de la mort dramatique du jeune Lamine Mangane. Notre pays s’est forgé une histoire douloureuse et a laissé les politiques et les idéologues nationalistes s’emparer de l’Education, sans écouter les enseignants, les historiens, les parents d’élèves, les jeunes… La Mauritanie se devait d’être arabe et on a massacré l’école, au nom de cette idéologie d’exclusion. On a fabriqué des générations de jeunes sans esprit critique, sans saveur, sans réelles connaissances. Des jeunes qui savaient juste se débrouiller en écriture. Des jeunes à la culture proche du zéro.
On a surnoté, souvent. On a dézingué, toujours. On a envoyé nos enfants dans des universités étrangères – ce n’est pourtant plus à la mode – où la majorité a dû ramer, dur, pour se mettre à niveau: tandis que les francisants cravachaient, les arabisants, envoyés dans les universités prestigieuses du monde arabe, découvraient que, sans anglais, impossible de suivre une filière scientifique! Seuls les meilleurs, les plus acharnés, tiraient leur épingle du jeu, en se collant à leurs livres, comme un bébé au sein maternel. Les autres sont revenus… Puis on a décidé de fonder nos propres universités. Elles sont pleines à craquer. C’est normal: la manne des bourses étrangères s’étant tarie, celui qui veut étudier est coincé à la fac de NKTT. On a creusé le fossé entre toutes les Mauritanies. On a laminé le français, perçu comme langue du colon, en oubliant que, de fait, cet idiome faisait partie, par la force des choses, de nos histoires, plurielles. Qu’elle nous appartient, désormais. On a ouvert un Institut des Langues Nationales, quasiment mort-né. On a arabisé, à tour de bras, sans prendre le temps d’étudier comment les pays arabes géraient cette langue, en matière d’éducation.
Aujourd’hui la louable intention de réformer notre système éducatif va se concrétiser, comme tout chez nous, sans respecter le chemin logique qu’il faudrait: avoir le courage de dire, d’abord, que, dans la Mauritanie d’aujourd’hui, une partie des citoyens ne se reconnaissent plus; que la Mauritanie d’aujourd’hui a une vilaine couleur uniforme; que la Mauritanie d’aujourd’hui n’a pas expurgé sa mémoire; que la Mauritanie d’aujourd’hui n’a seulement besoin du politique mais de citoyens ouverts au monde, critiques et «savants». Que les politiques, dès lors qu’on leur laisse le droit de décider de nos vies, ne font, de l’école, qu’un outil de propagande idéologique, pour formater des générations à une Histoire officielle, un mode de pensée officiel, des comportements raidis et figés. Que notre école n’a pas besoin des religieux, comme le réclame l’imam de la Grande Mosquée de NKTT: elle a besoin de courage, pas de barrières. Que nous méritons, que nos enfants méritent, le rêve. Que, dans ce pays à pensée quasi unique, idéologisé, arabisé, sans vision claire de l’avenir, les riches et les politiques envoient leurs enfants dans les écoles françaises, laissant, au peuple, l’école de «ceux d’en bas», moins que médiocre. Que ce pays mérite l’arabe ET le français. Que ce pays est une charnière, la main entre le Maghreb et l’Afrique dite noire. C’est ça, notre identité et celle de nos enfants. Ce qui fut une fierté est devenu une honte officielle. Alors on va blablater, pendant quelques semaines, et s’auto-glorifier de conclusions officielles. Sans avoir répondu à la question primordiale : qui sommes-nous? Et que voulons-nous? Salut,
Mariem mint DERWICH –LE CALAME
RIM-Sénégal : Retour sur les événements de 89
ALAKHBAR (Noukchott)-«C’est quoi (les événements de 89)? Un incident presque banal entre des bergers et des cultivateurs, des bergers venant de Mauritanie et des cultivateurs étant des Sénégalais. Et sur la base de cet incident le ton a monté, les affrontements ont eu lieu, la situation s’est dégradée, a dit Ibrahima Fall candidat déclaré à la présidentielle sénégalaise de 2012. Ibrahima Fall , ministre sénégalais des affaires étrangères sous Abdou Diouf, au moment des «événements douloureux entre le Sénégal et la Mauritanie», était interviewé par le quotidien sénégalais, Le Populaire. Pour lui, «le point d’achoppement, c’est où se trouve la frontière entre la Mauritanie et le Sénégal. Le Sénégal se fondant sur la délimitation coloniale qui place la frontière sur la rive droite du fleuve Sénégal défendant la position selon laquelle le fleuve appartenait au Sénégal, la Mauritanie se fondant sur d’autres considérations estimait que la frontière se trouvait au milieu du fleuve Sénégal».
Le candidat a rappelé «j’ai reçu un mandat de m’impliquer dans la recherche de solutions. J’ai dirigé la délégation sénégalaise qui a rencontré la délégation mauritanienne conduite par le ministre de l’Intérieur, à Bamako où nous avons négocié. Nous avons effectué plusieurs négociations».
En outre, Ibrahima Fall dit avoir « vécu douloureusement cette affaire pour trois raisons. Un parce que je suis convaincu qu’une frontière constituée par un fleuve dans une région sahélienne où le principal problème est où trouver de l’eau, doit unir plutôt que séparer. Ce n’est pas pour rien d’ailleurs que ce fleuve a servi pour créer l’Omvs. Deux, je considérais historiquement que les peuples sénégalais et mauritaniens avaient partagé tant de choses que tout devait être fait pour fructifier les relations et non remettre en cause ces relations. Trois, je suis panafricaniste et que je considère les frontières héritées de notre colonisation doivent être dépassées pour construire l’unité africaine».
Flamnet-Agora : Enrôlement des populations : les dessous de l’opération par Bara Ba(Suite et fin )
Dans cette deuxième partie je voudrais examiner, avec vous chers lecteurs, cette opération, plus en profondeur, en en montrant les aspects absurdes voire irrationnels, en même temps que les soubassements véritables!
Rappelons, pour commencer, que cet enrôlement est basé, comme nous le constatons, principalement sur l’acte de naissance (de l’ascendant) -pièce maîtresse de tout le montage ! C’est-à-dire que lorsque vous êtes agé de 44 , 45 ans, vous êtes tenu de présenter le certificat de naissance d’un de vos ascendants, à défaut, son certificat de décès!
Dans le cas d’un père décédé, le requérant devra obtenir du cadi, du juge , ou du médecin, un certificat de décès; notez le ridicule : un juge vous établira, contre une taxe de 10.000um, un certificat de décès pour un défunt qui n’a jamais été enregistré nulle part, puisqu’il n’existe pas de registres de décès !
Où est la fiabilité d’un fichier qu’on prétend vouloir assainir, si à a chaque fois que quelqu’un décroche un certificat de décès il est assuré d’être enrôlé ?
-Autre aspect, non moins absurde, dans la conception de cette opération :
Vous êtes âgé de 44 ou 45 ans , et l’on vous demande de fournir un acte de naissance de votre père censé être âgé, au moins de 65 ans ( si l’on considère 20 ans comme différence minimale entre père et fils ), dans une Mauritanie, qui n’existe, officiellement, que depuis 1960 ! N’est-ce pas incohérent ?… à moins de chercher à rendre la vie impossible à certains, pour les besoins d’un alibi que requiert l’application d’un plan secret !
Mais si c’est à la Mauritanie de 1904 que l’ on se réfère et non à la Mauritanie post-indépendance , alors, il n’y avait qu’à revenir aux registres des impôts établis par le colon dans les années 40-50 , si tant est qu’on tient, vraiment, à remonter aux ascendants ! A condition bien entendu que les archives n’aient pas été encore détruites par l’administration arabo-berbère , à son habitude, comme pour effacer toute trace du passé dans le Sud !
-Poursuivons :
Il n’échappe à personne que nous, mauritaniens, n’avons pas encore intégré la pratique du recours à l’acte de naissance, dès que le bébé naissait .
En 1960 , et jusque dans les années 70, personne ne semblait en éprouver le besoin ; c’était le cadet de nos soucis ! A à nos jours , combien de bébés naissaient et grandissaient sans papiers , dans nos campagnes, dans nos villes et à leur périphérie ? S’il en est ainsi, à l’heure actuelle , que dire , à fortiori, de la génération de la soixantaine , essentiellement concernée , puisqu’étant choisie comme base de départ dans cette fameuse opération d’enrôlement ?
Les Bidhaans, nomades, et les Peulhs, nomades, en majorité , ne possèdent toujours pas d’actes de naissance! chez les Haratines, c’est encore pire, car dans leurs adwabas on ne connaît ni certificat de mariage, ni acte de naissance. Ils sont comptés comme des « biens » de la tribu, pris en charge par le chef tribal.
Bref nos populations étaient et demeurent, dans leur écrasante majorité, dépourvues de pièces d’état civil , même en milieu sédentaire . La minorité qui sollicitait la pièce d’acte de naissance auprès de l’Administration le faisait, généralement, en cas de projet de voyage ; lorsqu’on était candidat à l’immigration lointaine.
La pratique du recours à l’établissement de l’acte de naissance ne s’est généralisée, qu’avec la catégorie des fonctionnaires de l’Etat et des ouvriers , pour des besoins administratifs ; pour des allocations familiales. L´acte de naissance était également établi dans les centres urbains ou dans les gros bourgs pour l’enfant qu’on s’apprêtait à inscrire à l’école, ou pour l’élève, à la veille des examens ou concours à passer , en fin du cycle primaire.
Comme on le voit donc, la pratique d’établissement de l’acte de naissance n’est pas entrée dans les mœurs et traditions des mauritaniens.
Concernant l’acte de décès il reste complètement méconnu, à nos jours, jusque dans le milieu urbain ; seules les veuves de fonctionnaires y recourent pour constituer des dossiers administratifs, afin de percevoir la pension de leurs maris défunts . Pour tous les autres cas, quand le conjoint décédait “il était parti , c’est tout …rappelé à Dieu”! Dans ce pays , ne l’oublions pas , face à la mort la mentalité reposait et repose encore , largement, sur la formule que « Dieu avait crée … il a repris » !
Comment, dès lors, avec une telle mentalité et face à une telle réalité , se réveiller un beau matin , et baser un recensement , aussi important que celui des populations, sur des critères aussi évanescents, voire inexistants ? Comment exiger la présentation d’une pièce administrative à une population qui n’en possédait pas, au moins pour les trois quarts (¾ ) ?
Le gouvernement, à travers ses commissions, demandait des papiers qu’il était assuré, par avance, de ne pouvoir obtenir d’une population qui ne pouvait les lui fournir , puisqu’elle n’en possédait pas !!!
Tous ces Bidhaans de la ‘’Badya’’, tous ces Peulh nomades et tous ces Haratines des adwabas, seraient laissés en rade, soit les ¾ de la population exclus, si ce critère était appliqué !
Quelle était donc la logique, derrière cette démarche , qui ne menait nulle part ?
La seule logique cohérente qui , à mon sens , s’offrait à l’esprit est celle-ci : tout ce à quoi nous assistons était une mise en scène destinée à noyer le poisson ; un prétexte !
La réalité est que ce critère (présentation exigée de l’acte de naissance de l’ascendant ) ne sera pas appliqué à tout le monde ; l’application se fera sélectivement, et ne concernera que les indésirables, c’est-à-dire les Négro -africains, et les Haratines insoumis !
Car ceux qui gèrent et contrôlent ces commissions , en amont et en aval , sont ceux- là mêmes qui contrôlent l’office des statistiques , interdit d’accès ! Dans le secret de leurs bureaux ils auront les coudées franches pour retenir ou gommer qui ils voudront !
Ce projet est mis en œuvre, en vérité , parce que la marche inexorable du pays vers la démocratie fait resurgir la peur ; peur de voir le pouvoir changer de mains ; d’où la nécessité de prendre des dispositions , – entre autre cet enrôlement- , pour prévenir cette inquiétante perspective .
Voilà pourquoi cet enrôlement a été conçu.
Voilà pourquoi il ne pouvait être que de nature , foncièrement, discriminatoire et raciste !
Voilà qui justifie que dans une Mauritanie qui se définit comme un pays multi-culturel et pluri-ethnique, des agents recenseurs interrogeaient Negro africains ( Pulaars Soninkés ,Wolofs ) en arabe ! comme si parler arabe constitue le critère essentiel pour déterminer la mauritanité ! on rejetait ces populations , on doutait de leur mauritanité, parce qu’elles ne parlaient pas cette langue ? combien d’arabo-berbères parlaient pulaar ou soninké?
Ces agents s’amusaient , en outre , à exiger des Négro-africains la récitation d’une sourate , comme pour tester leur foi , alors que le rapport de Dieu avec chacun est d’ordre strictement privé, personnel !
Cette attitude de mépris des agents recenseurs vient s’ajouter à une autre , devenue habituelle, qui s’exerce pendant les contrôles routiers opérés au faciès , au cours desquels seuls les Negro -africains sont sommés de présenter la pièce d’identité au gendarme !
Votre mauritanité est affichée au visage , suivant que vous serez Blanc ou Noir !
Autre pratique vexatoire de ces mêmes commissions : obliger les villageois à se rendre au chef-lieu de préfecture ou de région pour se faire enrôler ; La moitié ne s’y rend pas , faute de moyens pour transporter des familles nombreuses . L’autre moitié qui s’y rend finit , lassée après des semaines voire des mois d’attente , par repartir pour ne plus revenir , profondément déçue ! Même situation pour les réfugiés , complètement démunis , auxquels il est demandé de se prendre en charge, pour se transporter avec leurs familles, vers les centres urbains .
L’objectif du gouvernement arabo-berbère, à travers ces conditions contraignantes, est , manifestement , de susciter un découragement généralisé, qui amènera la moitié de la population Négro-africaine à renoncer à l’enrôlement !
Si parler aux gens une langue qu’ils ne comprennent pas , ou tester leur foi passe encore , en dépit du caractère provocateur, ce qui est inacceptable et qu’on ne peut laisser passer , c’est la composition de ces commissions, qui montre à quel point le régime du Président Ould Abdel Aziz est un régime raciste . Plus que ces comportements vexatoires il y’a , par-dessus tout , cette façon inacceptable, de constituer ces commissions , composées et dirigées par la seule composante arabo-berbère . La commission centrale de supervision , composée de 13 membres compte un seul Negro -africain et un seul Haratine ; la centaine de commissions régionales, composées essentiellement par des Arabo-berbères restent dirigées par eux !
Le Système d’Apartheid n’aurait pas fait mieux !
S’il est admis que la Mauritanie est un pays bi-racial , pluri-ethnique et multi-culturel , dont tous les fils sont , dit-on , égaux en droits et en devoirs , au nom de quelle logique , une composante nationale s’arrogerait –elle, toute seule , le droit et le privilège de décompter les autres ?
D’aucuns nous parlent de déficit de communication de la part du gouvernement , comme pour mettre de l’eau dans son moulin, mais ils passent sous silence que ces mêmes commissions refusent de s’entourer d’interprètes pour, justement, communiquer avec ces populations !
Sur ce point précis portant sur le déséquilibre , il n’y a rien n’à communiquer !- rien qui puisse le rendre tolérable ! La seule communication qu’il faille sur ce point là est sa correction ou sa suppression pure et simple !
Voilà le point, nodal, sur lequel le Mouvement MTPN devra mettre l’accent , en exigeant la restructuration ou la recomposition, équilibrée, de ces commissions !
On nous parle aussi d’améliorations apportées ! mais quel sens ou quelle portée leur donner tant que ce déséquilibre ou cette anomalie majeure persiste ?
Et pas géné, outre mesure, par ces iniquités et toutes ces provocations, voilà que le directeur de l’agence chargé de l’enrôlement en rajoute, par cette réponse à une question portant, justement sur ce déséquilibre: « moi j’ engage selon les compétences» !
Propos très graves!
Car c’est prétendre que seuls les Bidhaans étaient compétents ! Que certaines races seraient supérieures à d’autres; Que la race Bidhaani serait supérieure à la race noire…
On croirait entendre Gobineau !
Dans le camp de nos intellectuels et hommes politiques, personne pour dénoncer, sérieusement , ces attitudes et cette situation de racisme flagrant , excepté les journalistes Ould Beja et Ahmed Ould Jiddou Aly !
Et lorsque des jeunes du MTPN , indignés , se révoltent et brûlent des pneus , des intellectuels arabo-berbères de …Clermont F et d’ailleurs, avec leurs compères , s’empressent d’appeler au calme !
Cet enrôlement, en conclusion, foncièrement raciste, a pour pour but de fonder, légalement, le déni de citoyenneté des Noirs mauritaniens, dont le poids démographique est perçu comme une menace à la pérennité du Pouvoir arabo-berbère ! Lorsqu’il sera terminé , si rien n’est entrepris d’ici là pour le stopper , des milliers de Négro –mauritaniens se retrouveront apatrides, dans leur propre pays !
Voilà pourquoi j’appelle les jeunes à continuer de résister ; voilà pourquoi je les invite à s’approprier ces paroles du célèbre penseur américain F Douglass : « there are only three ways to make changes : « agitate , agitate , agitate » !
Il n’y a que trois manières pour susciter des changements : agiter , agiter , agiter (le Système ) !
La lutte continue.
BARA BA
Dakar –Sénégal
Novembre 2011




