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Flamnet-Agora: Génocide et délits de complicité en Mauritanie
Le sang noir a beaucoup coulé en Mauritanie. Les noirs ont subi toutes les animosités dans les casernes militaires et dans les villages de la vallée du fleuve Sénégal. Tous les citoyens ont encore en mémoire les dérives du système raciste commises par ses sbires anti-négros du régime de Maouiya Ould Sid Ahmed Taya. Mais avant d’aborder quelques détails concernant des exactions tragiques, il est nécessaire de signaler quelques points significatifs.
Le Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz avait déclaré, lors de sa dernière tournée à Nouadhibou, connaitre « nominativement les véritables coupables » de toutes les exactions extrajudiciaires perpétuées par des officiers de l’armée contre leurs frères d’armes issus de la communauté noire du pays. C’est un secret de polichinelle. Les bourreaux sont connus de tous, il oublie que les peines des victimes sont devenues une part de l’héritage que l’on partage désormais dans les familles. Le problème ne se situe pas au niveau de la connaissance des véritables tortionnaires, il réside dans le fait que l’Etat les a toujours projetés en instituant des projets pour sauvegarder leur immunité. La preuve la plus illustrative est celle d’un officier qui est reconnu unanimement tortionnaire, a été promu au grade de Général au sein des forces de l’armée. Donc, le discours du Président n’était qu’un trompe-œil, autrement dit une mise en garde destinée à son « cousin-ennemi » l’ex-chef de l’Etat, le colonel Ely Ould Mohamed Vall.
La volonté du Président à clore ce douloureux dossier ne sera pris en considération que lorsqu’il s’engage en premier lieu à revoir des lois complices, telles que la loi d’Amnistie du 12 juin 1993 rendant irrecevable toute plainte contre des agents des forces armées entre le 15 Avril 1990 et le 15 Avril 1991. Aucun dénouement ne se profile tant que l’Etat continue de protéger des assassins au sein de la grande muette. Maintenant, au Président de choisir entre la justice rendue à son peuple, et la protection de ces derniers au grand dam des instructions religieuses et constitutionnelles de notre pays. Je pense que quelque soit le risque à prendre, le Président Mohamed Ould Abdel Aziz souhaite inscrire son nom dans les grandes pages de l’histoire de ce pays. Il faut rendre la justice aux éternels opprimés. Tel était son crédo et son cheval de bataille depuis le 06 Août 2008. S’il réussit ce pacte : son nom sera psalmodié avec celui de l’érudit feu Boudhaha Ould Bouseri et du Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi . Le premier avait refusé de cautionner la tuerie des noirs et le second était le seul qui avait eu le courage d’affronter le dossier du passif humanitaire à branle-le-corps en organisant le retour des réfugiés.
Vous ne revendiquerez point vos droits!
Lorsque les autorités d’un Etat désirent éliminer une composante de son peuple, ils commencent par bafouer les droits les plus fondamentaux en les limitant. C’est le phénomène que l’on constate dans tous les pays dans lesquels il eut des génocides à savoir : les violations massives des droits civils. Mais lorsqu’un Etat s’acharne arbitrairement et fait de cet acharnement une priorité nationale, la finalité ne peut-être qu’à la fois horrible et hallucinante. Cependant, 1989 constitue l’aboutissement de la programmation du meurtre du peuple noir par les autorités mauritaniennes.
Les signes annonciateurs des pogroms ont été bien aperçus et ignorés au milieu des années 60. Et jusqu’à présent, l’Etat mauritanien s’est distingué à travers la prise des décisions unilatérales à l’encontre des revendications des citoyens noirs. Les révoltes des élèves noirs contre des réformes éducatives discriminatoires au milieu des années 60 en est une illustration convaincante. Mais la matraque du chamelier était traumatisante dans les rangs des élèves de la vallée. Et depuis, ce fut un projet étatique de tuer l’œuf, toute organisation de masse issue des communautés noires, subissait une exclusion progressive par le biais des appareils étatiques.
Nous avons récemment vécu le procès des étudiants noirs du SNEM accusés à tort de la profanation, alors qu’au départ ils n’étaient que des grévistes exigeants de manière globale un enseignement de qualité. Les militants de l’Initiative pour la Résurgence Abolitionniste sont considérés comme des potentiels ennemis de l’Etat mauritanien parce qu’ils combattent l’exploitation esclavagiste du Hartani par l’homme maure. C’est cette politique qui conduira l’Etat vers une transformation des droits humains aboutissant à des injustices : Exclusion massive des élèves noirs, exil forcé des élèves, limogeage des cadres noirs et maures solidaires, chasse aux sorcières, viols des femmes, emprisonnements arbitraires…
Mentir pour exterminer : « La terreur raciste »[1]
En septembre 1986, une répression sans précédant s’abat sur la communauté négro-africaine de Mauritanie. Des centaines de cadres civils issus de cette communauté sont arrêtés, torturés, jugés et condamnés à de lourdes peines de prison. Ces peines sont accompagnées de bannissements, de pertes de droits civils et politiques. Ils sont accusés de réunions non autorisées et de diffusion de documents illégaux, alors qu’ils sont tous arrêtés à domicile, au bureau ou en voyage.
En octobre 1987, à peine une année, c’est au tour des soldats, sous-officiers, officiers de la même communauté qui sont soumis à la même logique répressive du régime dictatorial et raciste de Ould Taya. Accusés d’atteinte à la sûreté de l’Etat. Ils sont jugés par une cour spéciale qui n’a pu présenter aucune preuve univoque à ce chef d’accusation infondé. Cela n’empêchera pas les autorités judiciaires de prononcer une sentence lourde de conséquences et dictée par une volonté programmée de réprimer les cadres militaires de cette communauté. Trois condamnations à la peine capitale, dix-huit aux travaux forcés à perpétuité, et d’autres peines de vingt ans, dix ans et cinq ans de réclusion criminelle sont prononcées.
Les détenus civils qui, jusque là, purgeaient leur peine à Nouakchott sont regroupés le lendemain de l’exécution, avec leurs frères militaires pour être déportés au mouroir de Oualata. Dans ce fort colonial transformé en prison, les nouveaux arrivants y subirent des conditions de détention inhumaines, dégradantes et avilissantes. Ces mauvais traitements provoquèrent la mort de Tène Youssouf Gueye, Tafsirou Djigo, Abdoul Khoudouss Ba et Alassane Oumar Ba.
En 1989, sous prétexte, un conflit anodin entre éleveurs et cultivateurs à Diawara causa une mort d’homme. L’irresponsabilité des propos désobligeants de certaines autorités devant cet incident, sera la goutte qui fera déborder le vase : des hordes hystériques enivrées par la haine à Dakar et à Nouakchott pour des mobiles différents, déclenchèrent des pillages et la chasse au voisin devenu ennemi ; les uns profitant de la confusion pour le gain matériel facile, et les autres pour assouvir un dessein génocidaire et d’épuration ethnique.
De 1990 à 1991, des militaires restés encore dans l’armée malgré les complots permanents et imaginaires sont torturés, assassinés et jetés dans des fosses communes à Azlat-Bouhdida (Aleg), Inal, Jreida.
Il faut signaler qu’au début du mois d’octobre 1991, un télégramme parvint aux responsables militaires de la base de la 7 éme Région située à Brakna (Sud de la Mauritanie) pour leur aviser de la visite prochaine d’une commission d’investigation financière en provenance de Nouakchott. Mais comme la transparence dans la gestion budgétaire et des fonds n’était pas de mise, ces derniers ont très vite trouvé des faux alibis pour sauver leur carrière. En tout d’état de cause cette enquête constaterait un coup fatal. Le colonel Mohamed Ould Mohamed Salah n’a pas tersivergé, il a improvisé une réponse dans laquelle il déclare : « La région s’excuse de recevoir l’équipe d’investigation et cela à cause de ses préoccupations très urgentes liées aux enquêtes que ses responsables mènent à propos de la tentative d’un coup d’Etat que préparaient par les noirs de la dite région ». Convaincu ou complice, l’État-major des forces armées a laissé faire sans chercher amplement la véracité des propos de ce dernier. Ainsi le colonel Ould Salah mis aux arrêts son propre chauffeur, il fut parmi les premiers militaires noirs arrêtés. Il imposa une sorte d’embargo sur la base en ordonnant la confiscation des armes de tous les soldats et officiers noirs. Une équipe d’investigation et d’interrogatoire composée d’Ely Ould Dah et Hassen Ould Maguet, fut aussitôt dépêchée par l’État-major sur les lieux.
Les arrestations sont amplifiées dans les rangs des officiers noirs sous l’ordre du chef d’Etat Major le colonel Mohamed Emine. Les militaires noirs mis aux arrêts furent au départ parqués dans des bases militaires avant d’être transférés dans des camps militaires notamment à Nouakchott, à Nouadhibou, à Inal, à Assalat et à Jreida. Très vite, Taya bénéficia de l’aide des mains étrangères pour réussir son projet d’épuration ethnique. Saddam Hussein (Président de l’Irak) et Khaddafi (le Guide Lybien) ont soutenu l’armée mauritanienne. Certains tortionnaires ont fait des séjours de stage dans ces deux pays. Par ailleurs, faut-il signaler que certains théoriciens nationalistes maures ont vendu l’arabité du pays au moment des faits à ces deux présidents. Le camp de la mort avait ses théoriciens et ses praticiens sous le slogan : Tuer le noir, le sang est souillé donc licite.
C’est ainsi que commença la torture aveugle des militaires noirs. Les tortionnaires s’appliquaient dans leur sale besogne. Ils utilisaient tous les moyens pour extorquer des aveux bon gré malgré afin de justifier un coup d’Etat fantôme. Même pour achever un agonisant, ils le faisaient avec précision pour que la victime retienne la portée de leur haine raciste.
Les scènes étaient horribles : Pendaisons massives, mort sous les coups des barres de fer, mutilations des organes génitaux, mort par noyade (la tête trempée dans une eau chaude)… les tortionnaires récitaient le coran et buvaient du thé devant le sang noir qui coulait sans arrêt sur un agonisant. Voilà ce que me disait un rescapé : « On regardait des hommes mourir comme des bêtes pendues, il ne maquait qu’on les dépèce. On ne lisait aucune consternation de la part des bourreaux. Ceux-là nous obligèrent d’aller enterrer nos miens sous leur surveillance. J’ai perdu mes qualités et mes moyens lorsque j’ai vu un soldat abattre son frère d’arme en récitant quelques versets du Coran. Je suis scandalisé toutes les fois que je repense aux tortures les yeux bandés et les mains ligotées ou les pieds liés comme un mouton. J’avais perdu confiance lorsque j’ai vaincu les scènes où l’on voyait un homme mourir devant nous comme s’il ne s’agissait pas d’une personne ». [2]
Des camps comme celui d’Inal, il n’y avait que la mort, le sang ou les gémissements des hommes retenus sous la torture. Pour les tortionnaires, il fallait faire le mieux pour nettoyer les Kwars[3] ( noirs) de l’armée mauritanienne. ” Ces gens là n’étaient pas entièrement conscients de ce qu’ils faisaient. Ils devraient être psychologiquement anormaux ou du moins sous la pression car la brutalité a des limites”. A Inal, elle était un mot d’ordre national notamment ” Kittlou lekhwar el vrouka” ” Tuer les noirs … ces batards » me confia un rescapé.
La torture a conduit bon nombre d’officiers noirs à reconnaitre placidement leur participation à un coup d’Etat fantôme pour sauver leur vie, même s’il fallait croupir le restant de leur vie en prison.
Selon des témoignages dignes de foi, un haut gradé chargé de fournir des renseignements, aujourd’hui promu au grade de général, s’était rendu à Akjoujt pour liquider sommairement un officier noir avec lequel il avait un différend. Il dégaina son arme, un pistolet (PA) à bout portant sur l’homme en proférant ces mots : « En enfer le bâtard, tu apporteras ton dossier le jour de la résurrection ! ».
Le Général Felix Negri, un rescapé du camp d’Inal, porte jusqu’à ce jour des traces laissées par les scènes de tortures. Ses bourreaux avaient versé sur lui de l’eau bouillonnante. Il est resté malade pendant longtemps après sa libération. Il a vécu toutes sortes d’animosités relatées par le rescapé Sy Mohamadou dans son livre l’Enfer d’Inal[4].
Mais à coté des tueurs de noirs, il y’avait des officiers dignes et patriotiques qui ont refusé de collaborer. Pour ces derniers, ces vagues d’arrestations arbitraires n’étaient fondées que sur un pur mensonge dans le but de régler des comptes. Leur argument était le suivant : en 1990, il n’y avait aucune tentative de coup d’Etat de la part des officiers noirs. Et parmi eux, on peut citer le colonel feu Mohamed Ould Jayan. On considère aussi que le commandant Oumar Ould Abou Bekr(garde nationale) fut le premier qui refusa d’arrêter ses propres hommes à Néma. L’homme disait que ces arrestations sont arbitraires et il ne cessait de mettre en garde contre le résultat désastreux.
Le Colonel Ould Chein a sauvé plus de 600 militaires noirs à Jeirdra. Il les sauva de la mort imminente car ces derniers croupissaient dans la soif et la faim. Il leur procura de l’eau, de la nourriture et des couvertures. Et mieux, il ordonna à ce qu’on retire immédiatement leurs chaines. Ould Chein disait aux tortionnaires que ces gens sont-là pour être entendus, et non plus, pour être soumis à la torture sauvage. Mais lorsque le camp de la haine a pris de l’ampleur, étant seul devant les « gens de la mort », Ould Chein n’avait que sa voix pour créer : C’est Injuste… c’est injuste. Il disait à ces derniers « Même les juifs ne font pas pareil sur le territoire occupé ». Et le monde a entendu sa voix, lorsqu’il criait désespérément que « la Mauritanie n’est pas le Liberia ».
Certaines révélations ont été faites lors du procès des « Chevaliers du Changement » en 2005 à Wade-Ngua sur la portée du génocide et la complicité des hauts gradés de l’armée nationale. Salah Ould Hanena a confié lors de son jugement, d’avoir refusé d’obéir à l’ordre de son supérieur le colonel Mohamed Mahmoud Ould Mokhtar lequel l’ordonnait de tuer l’ensemble des noirs qui se trouvaient dans un camion militaire à Jerdra. Selon lui, ces derniers furent assassinés et enterrés dans une fosse commune à quelques encablures du fort militaire.
A coté de la bêtise humaine, le bon sens nous oblige à rendre un hommage à tous les hommes et femmes, qui ont au péril de leur vie, ont sauvé des vies humaines. Nous ne pouvons oublier les officiers maures qui faisaient des colis aux familles des prisonniers. Ceux-là sont aujourd’hui à la marge de la mémoire collective nationale, après avoir essuyé toutes ces décennies la malédiction des officines de Taya notamment ses actuels héritiers.
On estime que 542 militaires noirs ont été tués dont la majorité prés de 200 à inal, 130 à Jreida , prés de 100 à Bababé et les autres ont sombré dans d’autres mouroirs notamment à Azalat et à Sori-Malé. Les victimes ont légué leurs noms : souvenirs horribles de leur mort, des photos justifiants leur rangs militaires, des fosses communes. Tout comme ils ont laissé des veuves et des orphelins endeuillés qui côtoient quotidiennement les bourreaux leurs familles dans la rue sans être inquiétés.
Bâ Sileye (Pour le texte en Français) et Diallo Djibril (pour le texte en Arabe).
FLAMNET-AGORA: LE COURAGE D´ETRE FLAMISTE ET MAURITANIEN Par feu Docteur Mamadou Amadou Sow – FLAM-Europe de l´Ouest
La perception que l’homme se fait d’un engagement politique est-elle seulement inhérente à ses convictions ou plutôt aliénée à sa propre expérience existentielle ? Si ces deux moteurs du militantisme prennent source dans la dialectique philosophique, elles n’en sont pas moins enracinées dans notre émoi. Il en résulte que malgré la mise en oeuvre des réformes sanctifiées par des lois, les phases de transition ressemblent étrangement à des voies sans issues. Et cela tant que les changements attendus ne procèderont pas au renoncement de tout relent xénophobe.
FLAMNET-AGORA: Etats Généraux de l’Education : allons-nous , encore une fois, faire fausse route ? par Bara Ba
J´ai lu récemment un communiqué de Presse émanant de la Commission chargée de tenir les Etats généraux de l’Education et de la formation. Il est à craindre que nous nous fourvoyions , de nouveau ! Cette commission pose les buts à atteindre , entre autres, s’ouvrir sur les expériences universelles afin d’enrichir la culture nationale dans sa diversité , valoriser la productivité , stimuler la mobilité sociale , l’émancipation du citoyen , renforcer les valeurs de citoyenneté, de tolérance , d’égalité et d’équité !
Fort bien !
Mais il n’y a là , à mon sens , rien de nouveau, ou presque , au regard des finalités comparées des réformes précédentes . La seule nouveauté résiderait , peut –être, dans la démarche, visant à associer le plus grand nombre possible d’acteurs à ce projet ; ce qui , du reste, n’est pas, en soi , forcement positif ou synonyme de réussite au bout , si l’on en croit ‘’Mani’’- personnage de A Maalouf- , qui disait que : « une foule de gens cultivent les plus absurdes superstitions ; leur grand nombre ajoute-t-il quelque valeur à leur croyance ? »
Bref, si les buts ultimes déclarés dans ce communiqué semblent généreux et louables , les voies et moyens évoqués, pour les atteindre, à travers les thématiques retenues,-essentiellement techniques- me paraissent inappropriés .
En effet les thèmes répertoriés , comme les ressources humaines –( .. on dissertera à loisir et en longueur sur la valeur du capital humain )-, les programmes et manuels scolaires , la formation professionnelle , le suivi et l’Evaluation , les infrastructures sont importants, certes, dans la chaîne des causes , mais ne constituent pas le facteur déterminant dans le diagnostique du mal ; même s’ils participent de l’échec du système éducatif , ils n’en constituent pas cependant la cause première !
C’est par le bon bout qu’il faut prendre le problème pour éviter de faire fausse route !
Quel est le mal en fait ? Un système éducatif à genoux , malade , malgré six réformes successives qui ont toutes échoué ; des Elèves , des Etudiants et des Enseignants d’une baisse de niveau sans précédent , des élites francisantes ou arabisantes en extinction !
Et quelle est la cause de ce mal ? l’Arabisation, fondamentalement !
Une arabisation à outrance, à toute vitesse , sous le couvert d’une pseudo-repersonnalisation, à l’origine de tous les dégâts! l’instrumentalisation de la langue arabe à des fins d’assimilation ou de marginalisation , voire de domination ethnique, tout court !
Voilà la cause véritable de notre échec qui ne doit pas être recherchée du coté des programmes , des manuels ou du suivi ! Et ce mal , hélas!, empire chaque jour que Dieu fait, en raison de notre mauvaise foi ou de notre manque de courage (c’est selon ) à reconnaître la cause profonde de cet échec .
Quel serait le remède ? il résidera , essentiellement , dans la réponse à certaines questions, centrales , délicates , incontournables dont nous ne pourrions faire l’économie : Quel sera le statut, la place de l’Arabe , des langues négro-africaines, du Français ? quel but , attendu, dans l’enseignement de chacune de ces langues ?
Voilà le nœud du problème !
Tout le reste , beaucoup moins compliqué , suivra sans grande difficulté, pour relever de pratique administrative ou d’application technique !
Nos hommes politiques , nos gouvernants, qui ont tenu à imposer, coute que coute, la langue arabe , à des franges importantes de la société qui ne se reconnaissaient pas comme arabes , ethniquement, ces gouvernants qui , par idéologie , ont étouffé le Hassanya et les langues negro- africaines ( Pulaar , Soninké , Wolof, bambara ) et , par réaction de rejet enfin , poussé au recul du Français – langue d’accès direct au savoir scientifique -, perçue comme langue du colonisateur, honni , portent donc la responsabilité de ce désastre !
La réforme qui sera issue de ces Etats généraux en préparation , va probablement échouer , à son tour, comme toutes les réformes précédentes, si l’on y prend garde , car l’on est entrain de reproduire les mêmes erreurs du passé .
D’abord au vu de la reconduction des mêmes réflexes , – quotas et dosage- qui refont surface dans la composition de la commission de pilotage et vont , sûrement , se reproduire au niveau régional et national .
Ensuite au regard du contexte interne , agité , marqué par des tensions , des frustations en tous genres , peu propice à la tenue de telles assises qui requièrent, plutôt , un climat serein et apaisé !
Et , en arrière plan à tout ça , cette apparente politique en cours, éclatée , décousue , frisant le coq-à-l’âne , avec cette propension à tout mener au pas de course ou par forcing’’, qui n’est pas pour rassurer !
Mais au-delà de ces réserves,- optimisme oblige!- , disons que l’échec ou le succès de ces rencontres dépendra, essentiellement de notre volonté affirmée de changement, de notre capacité à porter un regard neuf sur les choses et sur nous-mêmes, sans a-priori .
Nous réussirons si nous abordons cette problématique dans un esprit exempt de tout calcul partisan , départi de tout chauvinisme ou de tout complexe de superiorité sous-jacent . Nous réussirons à condition que nous restions mùs par le seul désir de construire, une fois pour toute , un système éducatif performant , fonctionnel, efficient , au service et pour le bien- être d’un peuple , dans toute sa diversité culturelle et ethnique!.
Mais de grâce, ne mêlons pas l’Islam à ça ,- souvent convoqué pour mystifier – qui doit rester une affaire strictement personnelle de conviction intime , et relever des foyers ; les valeurs de tolérance, de justice , d’égalité , de respect d’autrui que certains ont tendance à prêter à l’Islam sont , en réalité, des valeurs universelles qui transcendent celui-ci !
De grâce, enfin, n’y mêlons pas ces Oulemas et Imams porteurs du conservatisme le plus arriéré qui nous tirerait vers le bas!
C’est à ces conditions, et à ces conditions seulement, que nous réussirons cette nième réforme qui renforcerait notre unité en en redressant les bases , et ouvrirait ainsi la voie à notre développement !
La lutte continue !
Dakar Le 19 février 2012
Bara Ba- Dakar- Sénégal
Quelle ecole pour la Mauritanie?
Les Etats généraux de l’éducation en cours actuellement en Mauritanie, présentent un fort relent de déjà vu. En effet de l’indépendance a nos jours, notre pays a connu au moins quatre reformes éducatives. Soit une reforme tous les dix ans ; avec les résultats catastrophiques que l’on connait ! Et on continu a cogiter encore.
La Mauritanie est l’un des rares, sinon l’unique pays au monde où l’école a produit exactement l’effet contraire. Sensée raffermir la cohésion sociale, elle est le lieu d’exacerbation de toutes les différences. Supposée inculquer les vertus de la dure labeur, on y cultive le népotisme le plus primaire. Au lieu de l’idéal républicain, on y initie aux idéologies les plus abjectes.
Si les différentes reformes n’ont pas permis a l’école de remplir sa mission, on est en droit de se demander si le problème a une fois, été bien pose. En effet le mal de l’école mauritanienne ne se pose pas seulement en termes de moyens, motivation des enseignants ou de contenu des programmes… Des pays à niveau de développement comparable au notre ont réalisé des prouesses en matière d’éducation; jusqu’aux années 80, le système éducatif malien était parmi les plus performants de la sous-région.
Pour appréhender la problématique du système éducatif mauritanien on ne doit pas faire fi de sa dimension politique et idéologique. Elle doit être la pierre angulaire de toute reforme. En effet, le produit final que l’école met sur la marche découle d’une intention émise par l’autorité politique à travers sa profession de foi. Laquelle intention est transformée en plan par l’exécutif puis en programmes par le département de l’éducation et enfin en objectifs par les enseignants. Il y a donc tout un cheminement qui met en jeux plusieurs protagonistes et aucune révision ne peut prospérer sans s’attaquer à la source du problème. Il s’agit dans un premier temps de se poser toute une série de questions liées les unes aux autres. Quel type de citoyen veut- on forger ? Quel pays veut-on bâtir ? Et enfin dans quel environnement évoluons-nous?
Pour l’UNESCO : << l'éducation doit être un moyen de donner aux enfants comme aux adultes la possibilité de devenir participants actifs de la transformation des sociétés dans lesquelles ils vivent.>> Or, en Mauritanie après un demi siècle, notre société n’a connu aucune mutation: elle reproduit de génération en génération les mêmes particularismes et réplique les mêmes contradictions.
En réalité, chez nous, plus que partout ailleurs l’école est seulement un moyen de promotion sociale avec cette particularité en Mauritanie, d’être en plus un terreau du chauvinisme arabe.
Reformer notre système éducatif est une urgence ; mais pour ne pas retomber dans les mêmes travers, un diagnostic sans complaisance s’impose. De prime abord il faudra faire un état des lieux .Dans un second temps définir une politique éducative efficiente, sans arrière-pensées hégémonistes, mue seulement par la volonté de relever les défis qui nous interpellent. C’est à dire penser une école capable de combler le déficit citoyen, produire des compétences aptes a nous sortir du sous-développement et prêtes à competir dans le contexte de la mondialisation.
Les différentes reformes déjà opérées sont caractérisées par la place de plus en plus prépondérante accordée a la langue arabe. Et vu le résultat obtenu, ne serait il pas temps de remettre en cause cette prééminence? Il est toute a fait légitime qu’une communauté défende l’enseignement de sa langue mais il faut faire preuve de pragmatisme. Dans ce monde globalisé ; l’arabe en dépit de son passé glorieux n’est plus une langue de savoir. Elle est tout au plus un identifiant culturel ou religieux. A ce titre elle doit être traitée au même titre que les autres langues nationales: le bamana, le soninko, le pulaar et le wolof. C’est à dire instrument d’acquisition de savoir-être.
Profiter de ces états généraux pour consacrer une culture sur les autres ne fera que nous ramener a la case de départ.
Aujourd’hui ,la chute de Saddam, la révolution libyenne et la révolte syrienne ont sonne le glas du panarabisme, il serait judicieux pour nos décideurs de cesser de s’accrocher a des chimeres.La pertinence leur recommande de recentrer leur énergie pour rendre à la Mauritanie sa véritable identité : un pays africain ou cohabitent des Négro-Africains et des Arabo-Berbères à l’instar du Mali ,du Niger ,du Tchad…
Abou H. Sy
Tampa,FL
Il était une fois, le 10 Juillet
Je vais vous conter le 10 juillet 1978, et on est toujours à l’aise lorsque ce que l’on relate a des témoins encore vivants ; Dieu merci il y en a et ils me serviront de censeurs. Comme je le disais dans un article passé dans le n°de Nouakchott Info du…… ; avec moi seuls le Colonel Moustapha Ould Mohamed Saleck et le Capitaine Cimper Gabriel (j’ai préféré garder les appellations d’alors) peuvent dire ce qui s’est passé entre le 9 juillet de 6 heures du matin au lendemain à 9 heures. En effet, le coup d’Etat initial devait avoir lieu dans la nuit du 8 au 9 juillet 1978 et pour ce dernier tous les acteurs qui y étaient impliqués étaient naturellement au courant. Je ne vais pas parler dans le présent propos de ce qui a amené les officiers de l’Armée Nationale alors Armée républicaine à prendre le pouvoir, presque malgré eux, ceci fera peut-être l’objet d’un écrit plus tard.
Je dirai tout de même que ce coup d’Etat n’était pas spécifiquement dirigé contre le Président Mokhtar Ould Daddah que nous respections tous, mais plutôt contre ceux qui, autour de lui, faisant fi de nos réalités et de nos possibilités ont entraîné le pays dans une guerre dans laquelle les forces armées se sont engagées corps et âmes sans moyens ; aucun soldat, aucun sous officier, aucun officier n’a hésité à aller se battre comme on dit « sans hésitation ni murmure ».
Avec le temps, la lucidité qui aurait dû prévaloir a fait place à l’irrationalité et à l’entêtement des hommes politiques qui n’avaient d’égal que l’engagement des militaires au front, au prix de pertes sévères en vies humaines et de centaines de blessés ; parallèlement, les financements destinés au bien-être du peuple et au développement du pays étaient engloutis dans l’achat de véhicules et d’avions de combats, d’armes et de munitions pour soutenir l’effort de guerre.
Pendant que cela se passait au front, l’arrière pays (qui seul permet à un front de tenir) baignait dans la fiesta et la propagande et les soldats permissionnaires qui venaient à Nouakchott étaient déboussolés et le moral en prenait un grand coup.
Le PPM (Parti du Peuple Mauritanien), monolithe usant de la dialectique des régimes totalitaires, de BPN en congrès assénait « Cette guerre qui nous est imposée », « Le Sahara est Mauritanien » et plus tard « Le Ouad Dheheb est Mauritanien « malgré les promenades de santé des sahraouis chez nous arrivant par deux fois jusqu’à Nouakchott, continuait à ne pas comprendre que c’est l’existence même de la Mauritanie qui était en jeu et c’est cette existence qu’il fallait défendre en arrêtant la guerre…
Je reviens au 8 juillet 1978. Ce jour là devait avoir lieu le coup d’Etat, plus précisément dans la nuit du 8 au 9 ou le 9 à l’aube.
Pour ce faire, les régions militaires du Nord et de l’Ouest avaient fait mouvement sur Nouakchott où elles devaient arriver dans la matinée du 9 pour sécuriser le coup d’Etat et faire face à toute opposition intérieure ou intervention extérieure ; dans la même nuit du 8 au 9 ces forces se trouvaient au Nord d’Akjoujt.
Sur un autre plan, des personnalités civiles, membres du BPN qui étaient de connivence avec les concepteurs du coup d’Etat étaient chargés de faire traîner les travaux du BPN (bureau politique national) jusque tard dans la nuit ou au mieux jusqu’à l’aube, ce qui permettait aux éléments de la 6ème région militaire de Nouakchott (super équipée suite aux attaques du Polisario jusqu’à la capitale par deux fois) de réaliser le coup de force ; cette aile civile a retardé les travaux le plus longtemps possible et la séance du BPN a pris fin vers trois heures du matin. Certains amis et moi qui attendions avec impatience (n’ayant pas dormi depuis 48 heures et les troupes étant consignées au quartier) avons vu le jour se lever sans qu’il ne soit rien passé du côté de l’action militaire.
A partir de mon PC au génie militaire (garnison située à 6 kilomètres de la capitale sur la route de Toujounine), j’ai appelé le Capitaine Cimper vers 07 heures le dimanche pour m’enquérir de nouvelles ; il est passé me prendre au Génie et nous sommes allés au domicile du Colonel Moustapha, chef d’Etat Major national à la « cité cadre », sur la route de la plage afin de puiser l’information à la source. Nous l’avons trouvé en grande discussion avec un officier supérieur et étant Cimper et mois des Capitaines, nous nous sommes tenus à distance mais des échos des propos échangés nous parvenaient quand même.
Lorsque le Colonel Moustapha se trouva seul, nous le saluâmes et il nous voyait à peine, tellement il était hors de lui. Il nous fit comprendre que l’action prévue n’avait pas eu lieu, qu’il avait ordonné aux forces du Nord et de l’Ouest de rester sur place jusqu’à nouvel ordre ; ce qui nous travaillait tous, c’est que le président Moktar Ould Daddah devait aller à Khartoum au Soudan pour un sommet de Chefs d’Etat le lundi 10 juillet à 06 heures du matin.
Après les explications succinctes que le Colonel Moustapha a eu la gentillesse de nous donner avec un visage soucieux, j’ai eu l’outrecuidance de lui dire que nous allons essayer de rattraper cela ; il ne jugea même pas utile de répondre ou de commenter une réflexion venant du Capitaine Athié directeur du génie militaire commandant environ 250 soldats certes mais plus aptes à manier la pelle, la pioche et les engins de travaux publics que les armes lourdes ; il oubliait peut-être que lors de mes formations (Ecole d’application du génie à Angers, Ecole d’application de l’infanterie à Montpellier, école supérieure du génie à Versailles), la stratégie et les tactiques de combat occupaient une place centrale dans les cours et les exercices et manœuvres.
Lorsque Cimper et moi repartîmes dans sa voiture, je lui précisai ma pensée et il me dit que c’est jouable. Nous nous rendîmes d’abord à la 6 (comme on appelle la 6ème région militaire) sur la route du 1er, après le Garim et nous rencontrâmes les soldats en tenues de sortie (c’était cela à l’époque) qui allaient en permission car on leur avait donné quartier libre jusqu’au lundi. Etonnant ! Mais cela arrangeait nos desseins d’autant que même les officiers étaient en tenue civile.
Après quoi nous nous rendîmes au Génie et autour d’un petit déjeuner dans mon salon, nous avons commencé à ébaucher les grandes lignes des actions à mener.
Il me quitta vers 11 heures pour se rendre à ses bureaux à l’Etat Major (il était directeur du matériel) pour préparer le côté matériel de l’opération que nous avions arrêtée ensemble et pour ce faire il disait pouvoir compter sur son adjoint, le lieutenant Thuriaf qui lui était très fidèle.
En effet, pour le peu de temps dont nous disposions et la discrétion absolue indispensable pour une action que Cimper et moi appelions « Opération Kamikaze », il fallait reposer sur des officiers sûrs que nous avions recensés mais qu’il fallait impliquer le moment venu et il était même convenu que tout officier contacté hésitant ou refusant serait « mis au frais » au génie jusqu’à la fin de l’action ; il est heureux que je n’ai pas eu à le faire tellement les officiers d’alors étaient des hommes d’honneur et de courage.
Vers 13 heures, je quittai le Génie avec ma famille pour un déjeuner prévu chez ma sœur qui habitait le Ksar, tout en renouvelant la consigne au quartier de mes soldats en rappelant que l’alerte était toujours maintenue.
A 16 heures, Cimper nous rejoint au Ksar et nous fîmes un tour en ville pour voir l’ambiance qui y régnait notamment autour des Etats Majors et unités des autres corps (gendarmerie, garde nationale, police) et à la 6ème région militaire.
C’était la routine et n’eussent été les clameurs et les applaudissements venant du stade de la capitale (où se tenait un meeting du PPM), ce dimanche fut comme les autres.
Je récupérai ma famille et nous rentrâmes au Génie et sur le chemin, je m’arrêta à la guérite du poste de police sur la route de Toujounine pour dire au factionnaire que des véhicules militaires passeraient pour se rendre au Génie ; je l’avais fait pour enlever toute méfiance de sa part.
Au Génie, je convoquai les deux officiers que je pensais associer et les informai du matériel allait arriver de l’Etat major et qu’il fallait me monter deux compagnies de combat prêtes pour 21 heures pour un renfort éventuel à Idini dans la nuit.
Quelques minutes plus tard, arrivaient les premières land Rover équipées en armes, munitions, carburants, radios envoyés par Cimper au rythme de deux à trois tous les quarts d’heure.
Cimper me téléphone vers 17 heures pour me dire avoir eu l’adhésion du Lieutenant Boylil Cdt de la CQG (compagnie du quartier général dont les deux unités se relayaient chaque nuit pour la protection extérieure de la présidence) et que dans le cadre d’une opération à la querelle la CQG allait être engagée, il fallait réduire l’effectif à envoyer à la présidence et qu’il passera (le lieutenant Boylil) me voir au génie pour prendre les consignes le moment venu.
A 18 heures 30, j’ai appelé mon jeune frère, le lieutenant Moktar Ould Saleck (frère de Jiddou Ould Saleck) au génie et comme je savais qu’il serait partant, je lui ai tout dévoilé et lui ai confié la mission principale, celle de se rendre dès que je lui dirai (il commandait un sous groupement chargé de la protection des émetteurs) à la Présidence, récupérer le Président Mokhtar Ould Daddah et le remettre à un élément que j’enverrai au carrefour qui est devenu le carrefour Madrid. Pour l’accès et l’opération à l’intérieur de la Présidence, il me dit pouvoir compter sur son ami le Lieutenant Moulay Hachim, ce qu’il me confirma plus tard ; (le lieutenant Moulaye Hachim était aide de camp du Président Mokhtar Ould Daddah). Ensuite ce fut le tour du Lieutenant Boylil qui reçut pour mission d’interdire tout moument au niveau de l’Escadron d’escorte et de sécurité, ainsi qu’au niveau de l’Etat Major de la garde nationale et de la centrale téléphonique.
Au niveau du génie, les deux compagnies étaient constituées et les hommes rassemblées par équipages à côté de leurs véhicules à partir de 22 heures.
A 23 heures, j’informai les Lieutenants Kébé Abdoulaye et El Arby Ould Sidi Ely de nos vraies intentions et comme je m’y attendais, ils y ont adhéré totalement et je leur donnai les ordres en conséquence à savoir :
– Lieutenant Kébé – le moment venu, avec une compagnie, aller investir la tour de contrôle de l’aéroport de Nouakchott, bloquer le Garim et mettre les canons de 23 m/m (que j’avais au génie pour aider à la défense du camp, des stocks de munitions et des prisonniers sahraouis) face à la 6ème région militaire pour stopper toute réaction, notamment celle des blindés et faire face à la route Nouakchott-Akjoujt.
– Lieutenant El Arbu – empêcher avec sa compagnie toute réaction des flancs Est et Sud de l’Etat Major de la gendarmerie, faire face à tout renfort qui viendrait de la route de Rosso ou du Port.
J’ai formé sous les ordres de l’adjudant Sidibé Moussa un élément composé d’hommes sélectionnés chargés de récupérer le président Mokhtar Ould Daddah au carrefour (dit carrefour de Madrid), de le conduire avec tous les égards dans mon bureau aménagé à cet effet et qu’ils répondraient de leur vie à tout ce qui arriverait à notre hôte.
C’est vers minuit que j’ai appelé le Colonel Moustapha pour lui dire que j’ai tenu la promesse que je lui avais faite le matin à savoir la reprise du coup d’Etat manqué du 8 ; sa réponse montrait un certain scepticisme mais il promit de faire immédiatement démarrer les forces en attente (les régions militaires du Nord et de Nouadhibou), bloquées au Nord d’Akjoujt dans la nuit du 8 au 9, afin que les premiers éléments arrivent très tôt le matin à Nouakchott ; j’avais des appréhensions surtout par rapport aux forces alliées de la Mauritanie basées à Akjojt et celles aéroportées cantonnées à Nouadhibou.
Il fallait sécuriser au plus vite le coup d’Etat en cas de réussite, vu la faiblesse des moyens engagés pour l’exécuter. Dans le même temps, j’ai demandé que nos amis sectionnent le câble téléphonique reliant Nouakchott à Akjoujt et que le sous groupement du Lieutenant Ely Ould Mohamed Vall « mettre toute la gomme » afin de venir renforcer le Génie militaire ; le Colonel Moustapha acceptait tout cela et je sentais qu’il commençait à y croire.
Ensuite, j’ai informé mon ami Cimper que les dés étaient jetés et que j’avais fait un compte rendu au chef d’Etat Major. J’ai fait un dernier tour en ville et tout y était calme.
A 4 heures, j’ai contacté chacun des officiers chargés de l’action et tous étaient prêts ; les Lieutenants Kébé et El Arby prenant du thé avec moi au bureau ayant déjà fait embarqué le personnel à bord des véhicules et informé les sous officiers chefs de groupes que l’on allait se rendre en renfort à Idini.
A 5 heures du matin, j’ai dit au Lieutenant Mokhtar Ould Saleck par radio de démarrer, il s’était rapproché de son objectif dans la nuit et les rues étaient désertes, il a fait vite car à 5 heures 20, il me dit : « Mon Capitaine, mission accomplie », je me dirige vers le lieu de rendez-vous.
J’ai fait démarrer aussitôt l’adjudant Sidibé Moussa et ses éléments et simultanément, j’ordonnance au Lieutenant Boylil, aux Lieutenants Kébé et El Arby d’aller chacun remplir les missions qui leur étaient confiées.
Avec mes éléments de commandement, je passais à côté de l’adjudant Sidibé qui venait de récupérer le Président Mokhtar et j’en avisai aussitôt le Colonel Moustapha. Je me rendis avec mon PC à côté de la mosquée et mit des éléments face à l’Etat Major de la gendarmerie pour pallier à toute sortie possible.
Je reçus avant 6 heures le compte rendu des officiers chargés de l’action et tout avait parfaitement marché et ce, sans un coup de feu car la consigne que j’avais donnée (de ne tirer que si on est attaqué) a été respectée par tous.
En cette belle matinée du 10 juillet, le Président Mokhtar était en sécurité, les Etats Majors neutralisés, l’aéroport et le Garim sous contrôle et les axes Nouakchott-Rosso, Nouakchott-Akjoujt et Nouakchott-Boutilimit sous le feu des mitrailleuses et des mortiers. La 6ème région se réveille avec les canons de 23m/m pointés vers elle au moment où les premiers permissionnaires rentraient de la ville.
Je fis un compte rendu complet du Colonel Moustapha qui était arrivé à l’Etat Major national et j’informai le Capitaine Cimper de la réussite de l’opération sur toute la ligne.
Je me rendis rapidement au Génie et je fis transférer le président Mokhtar de mon bureau à une chambre de passage confortable aménagée à cet effet dans mon logement de Directeur du Génie et je donnai des ordres afin que l’on satisfasse toutes ses demandes.
Je fis porter dans la chambre des habits qu’il m’avait demandés ainsi qu’une peau de prière et un livre de Coran. Je le saluais respectueusement et lui montrais tous les égards dus à celui qui sera toujours le père fondateur d’une Mauritanie qu’il a toujours aimée.
Ma famille qui n’était au courant de rien de tout ce qui s’était passé sous son nez n’en revenait pas après avoir écouté RFI.
On est venu m’annoncer l’arrivée du lieutenant Ely Ould Mohamed Vall et son sous groupement ; je lui souhaitai la bienvenue et il mit en place ses troupes.
Je fus convoqué à l’Etat Major où je retrouvai entre autres Haidalla, Boukhreiss, Jiddou Ould Saleck (les commandants des régions Nord et Ouest) et nous nous congratulâmes ; ils étaient heureux mais fourbus et les yeux rougis de sommeil d’avoir roulé toute la nuit.
Après nous fîmes la première réunion du Comité Militaire de Redressement National et commença alors une autre histoire !…
C’est cela qui fait la différence avec toutes les « légendes » que j’ai déjà entendues sur le 10 juillet 1978.
On a entendu par ci et par là certains dire qu’ils savaient qu’il y avait un coup d’Etat en préparation ; c’est peut-être possible par rapport au coup d’Etat manqué du 08 juillet.
Quant à celui du 10 juillet, conçu, préparé et exécuté en moins de 24 heures, personne ne pouvait l’imaginer et encore moins le savoir.
Enfin, c’est pour garder l’unité des Forces Armées et de Sécurité (qui étaient encore en guerre) et maintenir la cohésion nationale que le CMRN a été constitué comme il l’a été, afin que tout le monde s’y reconnaisse.
Athié Hamath
Date publication : 16-07-2008





