Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

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FLAMNET-AGORA: Etats Généraux de l’Education : allons-nous , encore une fois, faire fausse route ? par Bara Ba

altJ´ai lu récemment  un communiqué de Presse émanant de la Commission chargée de tenir  les Etats généraux de l’Education et de la formation. Il est  à craindre que nous nous  fourvoyions , de nouveau ! Cette commission pose les buts à atteindre , entre autres,  s’ouvrir sur les expériences universelles afin d’enrichir la culture  nationale dans sa diversité ,  valoriser la productivité ,  stimuler la mobilité sociale , l’émancipation du citoyen ,  renforcer  les valeurs de citoyenneté, de tolérance , d’égalité et d’équité !

 Fort bien !

Mais il  n’y a  là , à mon sens ,  rien de nouveau, ou presque , au regard  des finalités  comparées des  réformes précédentes . La seule nouveauté résiderait , peut –être, dans la démarche, visant  à associer le plus grand nombre possible d’acteurs à ce projet ; ce qui , du reste, n’est pas, en soi , forcement positif  ou synonyme de réussite au bout , si l’on en croit  ‘’Mani’’-  personnage  de  A Maalouf- , qui disait que : « une foule  de gens cultivent les plus absurdes superstitions ; leur grand nombre ajoute-t-il quelque valeur à leur croyance ? »  

Bref,  si  les buts  ultimes déclarés dans ce communiqué  semblent généreux et louables , les voies et moyens évoqués, pour les atteindre, à travers les thématiques retenues,-essentiellement techniques-  me paraissent  inappropriés  .

 En effet les thèmes  répertoriés , comme  les ressources humaines –( .. on dissertera à loisir et en longueur  sur la valeur du capital humain )-, les  programmes et manuels scolaires , la  formation professionnelle , le suivi et l’Evaluation , les  infrastructures  sont  importants, certes, dans la chaîne des causes , mais  ne constituent pas le facteur déterminant dans le diagnostique du mal ; même s’ils participent de l’échec  du système éducatif , ils  n’en  constituent pas cependant  la cause première !

C’est par le bon bout qu’il faut prendre le problème pour éviter de faire fausse route !

 Quel est  le mal en fait ?  Un système éducatif  à genoux , malade , malgré six réformes successives  qui ont toutes échoué ; des Elèves , des Etudiants et des Enseignants d’une  baisse de niveau sans  précédent , des  élites francisantes ou arabisantes en extinction  !  

 Et quelle est la cause de ce mal ? l’Arabisation, fondamentalement !

Une  arabisation  à outrance, à toute vitesse , sous le couvert d’une pseudo-repersonnalisation,  à  l’origine  de tous les dégâts! l’instrumentalisation  de  la langue arabe  à des fins d’assimilation ou de marginalisation , voire de domination ethnique, tout court !

Voilà la cause véritable de notre échec qui ne doit pas être recherchée du coté des programmes , des manuels ou du suivi  ! Et ce mal , hélas!, empire  chaque jour que Dieu fait, en raison de  notre mauvaise foi ou de notre  manque de courage (c’est selon ) à reconnaître la cause profonde de cet échec  .

Quel serait le remède ?   il résidera , essentiellement , dans la réponse  à  certaines  questions, centrales , délicates , incontournables  dont nous ne pourrions faire l’économie : Quel sera le statut, la place  de l’Arabe , des langues négro-africaines, du Français ? quel but , attendu, dans l’enseignement de chacune de ces langues ?

Voilà le nœud du problème !

Tout le reste , beaucoup moins compliqué , suivra sans grande difficulté, pour relever de  pratique administrative ou d’application technique !

Nos hommes politiques , nos gouvernants,  qui ont tenu à imposer, coute que coute, la langue arabe , à des franges  importantes de la société  qui ne se reconnaissaient pas  comme arabes , ethniquement, ces gouvernants qui , par idéologie , ont  étouffé le Hassanya  et les langues negro- africaines ( Pulaar , Soninké , Wolof, bambara )  et , par réaction de rejet enfin , poussé au  recul du Français – langue d’accès direct au savoir scientifique -, perçue comme  langue du colonisateur, honni ,  portent donc la responsabilité  de ce désastre !

La réforme qui sera issue de ces Etats généraux en préparation , va  probablement  échouer , à son  tour, comme toutes les réformes précédentes, si l’on y prend garde , car l’on est entrain de reproduire  les mêmes erreurs du passé   .

D’abord au vu  de la reconduction des mêmes réflexes , – quotas et dosage- qui  refont surface  dans la composition de la commission de pilotage et vont , sûrement , se reproduire  au niveau  régional et national  .

Ensuite au regard du  contexte interne , agité , marqué par des tensions , des frustations en tous genres ,  peu  propice  à la tenue de telles assises qui requièrent,  plutôt , un climat  serein  et apaisé  !

Et , en arrière plan à  tout ça , cette apparente politique en cours, éclatée , décousue ,  frisant le coq-à-l’âne , avec cette  propension  à tout  mener  au  pas de course ou par forcing’’, qui n’est pas pour  rassurer !

Mais au-delà de ces réserves,- optimisme oblige!- , disons que  l’échec ou le succès de ces rencontres dépendra, essentiellement de notre volonté affirmée de changement, de notre capacité  à porter un regard neuf sur les choses et sur nous-mêmes,  sans a-priori .

 Nous réussirons si nous abordons  cette problématique  dans un esprit  exempt  de tout  calcul  partisan , départi  de tout chauvinisme ou de tout  complexe de superiorité sous-jacent  . Nous réussirons à condition que  nous restions  mùs par le seul désir  de  construire, une fois pour toute , un système éducatif performant , fonctionnel, efficient , au service  et  pour le bien- être d’un peuple , dans toute sa diversité culturelle et ethnique!.

Mais de grâce, ne  mêlons pas l’Islam à  ça ,- souvent convoqué pour mystifier – qui doit rester une affaire strictement personnelle de conviction intime , et relever  des foyers ;  les valeurs de tolérance, de justice , d’égalité , de respect d’autrui  que certains ont tendance à  prêter à l’Islam sont , en  réalité, des valeurs  universelles qui transcendent celui-ci !

De grâce, enfin,  n’y mêlons pas  ces  Oulemas et Imams  porteurs du conservatisme le plus arriéré qui nous tirerait vers le bas!

 C’est à ces conditions, et à ces conditions seulement, que nous réussirons cette nième réforme qui renforcerait notre unité en en redressant les bases , et ouvrirait ainsi  la voie à notre développement !

La lutte continue !

Dakar Le 19 février 2012

 Bara Ba- Dakar- Sénégal

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Quelle ecole pour la Mauritanie?

altLes Etats généraux de l’éducation en cours actuellement en Mauritanie, présentent  un fort relent de déjà vu. En effet de l’indépendance a nos jours, notre pays a connu au moins quatre reformes éducatives. Soit une reforme tous les dix ans ; avec les résultats catastrophiques que l’on connait ! Et on continu a cogiter encore.

La Mauritanie est l’un des rares, sinon l’unique pays au monde où l’école a produit exactement l’effet contraire. Sensée raffermir la cohésion sociale, elle est le lieu d’exacerbation de toutes les différences. Supposée inculquer les vertus de la dure labeur, on y cultive le népotisme le plus primaire. Au lieu de l’idéal républicain, on y initie aux idéologies les plus abjectes.

Si les différentes reformes n’ont pas permis a l’école de remplir sa mission, on est en droit de se demander si le problème a une fois, été bien pose. En effet le mal de l’école mauritanienne ne se pose pas seulement en termes de moyens, motivation des enseignants ou de contenu des programmes… Des pays à niveau de développement comparable au notre ont réalisé des prouesses en matière d’éducation; jusqu’aux années 80, le système éducatif malien était parmi les plus performants de la sous-région.

Pour appréhender la problématique du système éducatif mauritanien on ne doit pas faire fi de sa dimension politique et idéologique. Elle doit être la pierre angulaire de toute reforme. En effet, le produit final que l’école met sur la marche découle d’une intention émise par l’autorité politique à travers sa profession de foi. Laquelle intention est transformée en plan par l’exécutif puis en programmes par le département de l’éducation et enfin en objectifs par les enseignants. Il y a donc tout un cheminement qui met en jeux plusieurs protagonistes et aucune révision ne peut prospérer sans s’attaquer à la source du problème. Il s’agit dans un premier temps de se poser toute une série de questions liées les unes aux autres. Quel type de citoyen veut- on forger ? Quel pays veut-on bâtir ? Et enfin dans quel environnement évoluons-nous?

Pour l’UNESCO : << l'éducation doit être un moyen de donner aux enfants comme aux adultes la possibilité de devenir participants actifs de la transformation des sociétés dans lesquelles ils vivent.>> Or, en Mauritanie après un demi siècle, notre société n’a connu aucune mutation: elle reproduit de génération en génération les mêmes particularismes et réplique les mêmes contradictions. 

En réalité, chez nous, plus que partout ailleurs l’école est seulement un moyen de promotion sociale avec cette particularité en Mauritanie, d’être en plus un terreau du chauvinisme arabe.

Reformer notre système éducatif est une urgence ; mais pour ne pas retomber dans les mêmes travers, un diagnostic sans complaisance s’impose. De prime abord il faudra faire un état des lieux .Dans un second temps définir une politique éducative efficiente, sans arrière-pensées hégémonistes, mue seulement par la volonté de relever les défis qui nous interpellent. C’est à dire penser une école capable de combler le déficit citoyen, produire des compétences aptes a nous sortir du sous-développement et prêtes à competir dans le contexte de la mondialisation.

Les différentes reformes déjà opérées sont caractérisées par la place de plus en plus prépondérante accordée a la langue arabe. Et vu le résultat obtenu, ne serait il pas temps de remettre en cause cette prééminence? Il est toute a fait légitime qu’une communauté défende l’enseignement de sa langue mais il faut faire preuve de pragmatisme. Dans ce monde globalisé ; l’arabe en dépit de son passé glorieux n’est plus une langue de savoir. Elle est tout au plus un identifiant culturel ou religieux. A ce titre elle doit être traitée au même titre que les autres langues nationales: le bamana, le soninko, le pulaar et le wolof. C’est à dire instrument d’acquisition de savoir-être.

Profiter de ces états généraux pour consacrer une culture sur les autres ne fera que nous ramener a la case de départ.

Aujourd’hui ,la chute de Saddam, la révolution libyenne et la révolte syrienne ont sonne le glas du panarabisme, il serait judicieux pour nos décideurs de cesser de s’accrocher a des chimeres.La pertinence leur recommande de recentrer leur énergie pour rendre à la Mauritanie sa véritable identité : un pays africain ou cohabitent des Négro-Africains et des Arabo-Berbères à l’instar du Mali ,du Niger ,du Tchad…

Abou H. Sy

Tampa,FL

 

 

 

 

 

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Il était une fois, le 10 Juillet

altJe vais vous conter le 10 juillet 1978, et on est toujours à l’aise lorsque ce que l’on relate a des témoins encore vivants ; Dieu merci il y en a et ils me serviront de censeurs. Comme je le disais dans un article passé dans le n°de Nouakchott Info du…… ; avec moi seuls le Colonel Moustapha Ould Mohamed Saleck et le Capitaine Cimper Gabriel (j’ai préféré garder les appellations d’alors) peuvent dire ce qui s’est passé entre le 9 juillet de 6 heures du matin au lendemain à 9 heures. En effet, le coup d’Etat initial devait avoir lieu dans la nuit du 8 au 9 juillet 1978 et pour ce dernier tous les acteurs qui y étaient impliqués étaient naturellement au courant. Je ne vais pas parler dans le présent propos de ce qui a amené les officiers de l’Armée Nationale alors Armée républicaine à prendre le pouvoir, presque malgré eux, ceci fera peut-être l’objet d’un écrit plus tard.
Je dirai tout de même que ce coup d’Etat n’était pas spécifiquement dirigé contre le Président Mokhtar Ould Daddah que nous respections tous, mais plutôt contre ceux qui, autour de lui, faisant fi de nos réalités et de nos possibilités ont entraîné le pays dans une guerre dans laquelle les forces armées se sont engagées corps et âmes sans moyens ; aucun soldat, aucun sous officier, aucun officier n’a hésité à aller se battre comme on dit « sans hésitation ni murmure ».
Avec le temps, la lucidité qui aurait dû prévaloir a fait place à l’irrationalité et à l’entêtement des hommes politiques qui n’avaient d’égal que l’engagement des militaires au front, au prix de pertes sévères en vies humaines et de centaines de blessés ; parallèlement, les financements destinés au bien-être du peuple et au développement du pays étaient engloutis dans l’achat de véhicules et d’avions de combats, d’armes et de munitions pour soutenir l’effort de guerre.
Pendant que cela se passait au front, l’arrière pays (qui seul permet à un front de tenir) baignait dans la fiesta et la propagande et les soldats permissionnaires qui venaient à Nouakchott étaient déboussolés et le moral en prenait un grand coup.
Le PPM (Parti du Peuple Mauritanien), monolithe usant de la dialectique des régimes totalitaires, de BPN en congrès assénait « Cette guerre qui nous est imposée », « Le Sahara est Mauritanien » et plus tard « Le Ouad Dheheb est Mauritanien « malgré les promenades de santé des sahraouis chez nous arrivant par deux fois jusqu’à Nouakchott, continuait à ne pas comprendre que c’est l’existence même de la Mauritanie qui était en jeu et c’est cette existence qu’il fallait défendre en arrêtant la guerre…
Je reviens au 8 juillet 1978. Ce jour là devait avoir lieu le coup d’Etat, plus précisément dans la nuit du 8 au 9 ou le 9 à l’aube.
Pour ce faire, les régions militaires du Nord et de l’Ouest avaient fait mouvement sur Nouakchott où elles devaient arriver dans la matinée du 9 pour sécuriser le coup d’Etat et faire face à toute opposition intérieure ou intervention extérieure ; dans la même nuit du 8 au 9 ces forces se trouvaient au Nord d’Akjoujt.
Sur un autre plan, des personnalités civiles, membres du BPN qui étaient de connivence avec les concepteurs du coup d’Etat étaient chargés de faire traîner les travaux du BPN (bureau politique national) jusque tard dans la nuit ou au mieux jusqu’à l’aube, ce qui permettait aux éléments de la 6ème région militaire de Nouakchott (super équipée suite aux attaques du Polisario jusqu’à la capitale par deux fois) de réaliser le coup de force ; cette aile civile a retardé les travaux le plus longtemps possible et la séance du BPN a pris fin vers trois heures du matin. Certains amis et moi qui attendions avec impatience (n’ayant pas dormi depuis 48 heures et les troupes étant consignées au quartier) avons vu le jour se lever sans qu’il ne soit rien passé du côté de l’action militaire.
A partir de mon PC au génie militaire (garnison située à 6 kilomètres de la capitale sur la route de Toujounine), j’ai appelé le Capitaine Cimper vers 07 heures le dimanche pour m’enquérir de nouvelles ; il est passé me prendre au Génie et nous sommes allés au domicile du Colonel Moustapha, chef d’Etat Major national à la « cité cadre », sur la route de la plage afin de puiser l’information à la source. Nous l’avons trouvé en grande discussion avec un officier supérieur et étant Cimper et mois des Capitaines, nous nous sommes tenus à distance mais des échos des propos échangés nous parvenaient quand même.
Lorsque le Colonel Moustapha se trouva seul, nous le saluâmes et il nous voyait à peine, tellement il était hors de lui. Il nous fit comprendre que l’action prévue n’avait pas eu lieu, qu’il avait ordonné aux forces du Nord et de l’Ouest de rester sur place jusqu’à nouvel ordre ; ce qui nous travaillait tous, c’est que le président Moktar Ould Daddah devait aller à Khartoum au Soudan pour un sommet de Chefs d’Etat le lundi 10 juillet à 06 heures du matin.
Après les explications succinctes que le Colonel Moustapha a eu la gentillesse de nous donner avec un visage soucieux, j’ai eu l’outrecuidance de lui dire que nous allons essayer de rattraper cela ; il ne jugea même pas utile de répondre ou de commenter une réflexion venant du Capitaine Athié directeur du génie militaire commandant environ 250 soldats certes mais plus aptes à manier la pelle, la pioche et les engins de travaux publics que les armes lourdes ; il oubliait peut-être que lors de mes formations (Ecole d’application du génie à Angers, Ecole d’application de l’infanterie à Montpellier, école supérieure du génie à Versailles), la stratégie et les tactiques de combat occupaient une place centrale dans les cours et les exercices et manœuvres.
Lorsque Cimper et moi repartîmes dans sa voiture, je lui précisai ma pensée et il me dit que c’est jouable. Nous nous rendîmes d’abord à la 6 (comme on appelle la 6ème région militaire) sur la route du 1er, après le Garim et nous rencontrâmes les soldats en tenues de sortie (c’était cela à l’époque) qui allaient en permission car on leur avait donné quartier libre jusqu’au lundi. Etonnant ! Mais cela arrangeait nos desseins d’autant que même les officiers étaient en tenue civile.
Après quoi nous nous rendîmes au Génie et autour d’un petit déjeuner dans mon salon, nous avons commencé à ébaucher les grandes lignes des actions à mener.
Il me quitta vers 11 heures pour se rendre à ses bureaux à l’Etat Major (il était directeur du matériel) pour préparer le côté matériel de l’opération que nous avions arrêtée ensemble et pour ce faire il disait pouvoir compter sur son adjoint, le lieutenant Thuriaf qui lui était très fidèle.
En effet, pour le peu de temps dont nous disposions et la discrétion absolue indispensable pour une action que Cimper et moi appelions « Opération Kamikaze », il fallait reposer sur des officiers sûrs que nous avions recensés mais qu’il fallait impliquer le moment venu et il était même convenu que tout officier contacté hésitant ou refusant serait « mis au frais » au génie jusqu’à la fin de l’action ; il est heureux que je n’ai pas eu à le faire tellement les officiers d’alors étaient des hommes d’honneur et de courage.
Vers 13 heures, je quittai le Génie avec ma famille pour un déjeuner prévu chez ma sœur qui habitait le Ksar, tout en renouvelant la consigne au quartier de mes soldats en rappelant que l’alerte était toujours maintenue.
A 16 heures, Cimper nous rejoint au Ksar et nous fîmes un tour en ville pour voir l’ambiance qui y régnait notamment autour des Etats Majors et unités des autres corps (gendarmerie, garde nationale, police) et à la 6ème région militaire.
C’était la routine et n’eussent été les clameurs et les applaudissements venant du stade de la capitale (où se tenait un meeting du PPM), ce dimanche fut comme les autres.
Je récupérai ma famille et nous rentrâmes au Génie et sur le chemin, je m’arrêta à la guérite du poste de police sur la route de Toujounine pour dire au factionnaire que des véhicules militaires passeraient pour se rendre au Génie ; je l’avais fait pour enlever toute méfiance de sa part.
Au Génie, je convoquai les deux officiers que je pensais associer et les informai du matériel allait arriver de l’Etat major et qu’il fallait me monter deux compagnies de combat prêtes pour 21 heures pour un renfort éventuel à Idini dans la nuit.
Quelques minutes plus tard, arrivaient les premières land Rover équipées en armes, munitions, carburants, radios envoyés par Cimper au rythme de deux à trois tous les quarts d’heure.
Cimper me téléphone vers 17 heures pour me dire avoir eu l’adhésion du Lieutenant Boylil Cdt de la CQG (compagnie du quartier général dont les deux unités se relayaient chaque nuit pour la protection extérieure de la présidence) et que dans le cadre d’une opération à la querelle la CQG allait être engagée, il fallait réduire l’effectif à envoyer à la présidence et qu’il passera (le lieutenant Boylil) me voir au génie pour prendre les consignes le moment venu.
A 18 heures 30, j’ai appelé mon jeune frère, le lieutenant Moktar Ould Saleck (frère de Jiddou Ould Saleck) au génie et comme je savais qu’il serait partant, je lui ai tout dévoilé et lui ai confié la mission principale, celle de se rendre dès que je lui dirai (il commandait un sous groupement chargé de la protection des émetteurs) à la Présidence, récupérer le Président Mokhtar Ould Daddah et le remettre à un élément que j’enverrai au carrefour qui est devenu le carrefour Madrid. Pour l’accès et l’opération à l’intérieur de la Présidence, il me dit pouvoir compter sur son ami le Lieutenant Moulay Hachim, ce qu’il me confirma plus tard ; (le lieutenant Moulaye Hachim était aide de camp du Président Mokhtar Ould Daddah). Ensuite ce fut le tour du Lieutenant Boylil qui reçut pour mission d’interdire tout moument au niveau de l’Escadron d’escorte et de sécurité, ainsi qu’au niveau de l’Etat Major de la garde nationale et de la centrale téléphonique.
Au niveau du génie, les deux compagnies étaient constituées et les hommes rassemblées par équipages à côté de leurs véhicules à partir de 22 heures.
A 23 heures, j’informai les Lieutenants Kébé Abdoulaye et El Arby Ould Sidi Ely de nos vraies intentions et comme je m’y attendais, ils y ont adhéré totalement et je leur donnai les ordres en conséquence à savoir :
– Lieutenant Kébé – le moment venu, avec une compagnie, aller investir la tour de contrôle de l’aéroport de Nouakchott, bloquer le Garim et mettre les canons de 23 m/m (que j’avais au génie pour aider à la défense du camp, des stocks de munitions et des prisonniers sahraouis) face à la 6ème région militaire pour stopper toute réaction, notamment celle des blindés et faire face à la route Nouakchott-Akjoujt.
– Lieutenant El Arbu – empêcher avec sa compagnie toute réaction des flancs Est et Sud de l’Etat Major de la gendarmerie, faire face à tout renfort qui viendrait de la route de Rosso ou du Port.
J’ai formé sous les ordres de l’adjudant Sidibé Moussa un élément composé d’hommes sélectionnés chargés de récupérer le président Mokhtar Ould Daddah au carrefour (dit carrefour de Madrid), de le conduire avec tous les égards dans mon bureau aménagé à cet effet et qu’ils répondraient de leur vie à tout ce qui arriverait à notre hôte.
C’est vers minuit que j’ai appelé le Colonel Moustapha pour lui dire que j’ai tenu la promesse que je lui avais faite le matin à savoir la reprise du coup d’Etat manqué du 8 ; sa réponse montrait un certain scepticisme mais il promit de faire immédiatement démarrer les forces en attente (les régions militaires du Nord et de Nouadhibou), bloquées au Nord d’Akjoujt dans la nuit du 8 au 9, afin que les premiers éléments arrivent très tôt le matin à Nouakchott ; j’avais des appréhensions surtout par rapport aux forces alliées de la Mauritanie basées à Akjojt et celles aéroportées cantonnées à Nouadhibou.
Il fallait sécuriser au plus vite le coup d’Etat en cas de réussite, vu la faiblesse des moyens engagés pour l’exécuter. Dans le même temps, j’ai demandé que nos amis sectionnent le câble téléphonique reliant Nouakchott à Akjoujt et que le sous groupement du Lieutenant Ely Ould Mohamed Vall « mettre toute la gomme » afin de venir renforcer le Génie militaire ; le Colonel Moustapha acceptait tout cela et je sentais qu’il commençait à y croire.
Ensuite, j’ai informé mon ami Cimper que les dés étaient jetés et que j’avais fait un compte rendu au chef d’Etat Major. J’ai fait un dernier tour en ville et tout y était calme.
A 4 heures, j’ai contacté chacun des officiers chargés de l’action et tous étaient prêts ; les Lieutenants Kébé et El Arby prenant du thé avec moi au bureau ayant déjà fait embarqué le personnel à bord des véhicules et informé les sous officiers chefs de groupes que l’on allait se rendre en renfort à Idini.
A 5 heures du matin, j’ai dit au Lieutenant Mokhtar Ould Saleck par radio de démarrer, il s’était rapproché de son objectif dans la nuit et les rues étaient désertes, il a fait vite car à 5 heures 20, il me dit : « Mon Capitaine, mission accomplie », je me dirige vers le lieu de rendez-vous.
J’ai fait démarrer aussitôt l’adjudant Sidibé Moussa et ses éléments et simultanément, j’ordonnance au Lieutenant Boylil, aux Lieutenants Kébé et El Arby d’aller chacun remplir les missions qui leur étaient confiées.
Avec mes éléments de commandement, je passais à côté de l’adjudant Sidibé qui venait de récupérer le Président Mokhtar et j’en avisai aussitôt le Colonel Moustapha. Je me rendis avec mon PC à côté de la mosquée et mit des éléments face à l’Etat Major de la gendarmerie pour pallier à toute sortie possible.
Je reçus avant 6 heures le compte rendu des officiers chargés de l’action et tout avait parfaitement marché et ce, sans un coup de feu car la consigne que j’avais donnée (de ne tirer que si on est attaqué) a été respectée par tous.
En cette belle matinée du 10 juillet, le Président Mokhtar était en sécurité, les Etats Majors neutralisés, l’aéroport et le Garim sous contrôle et les axes Nouakchott-Rosso, Nouakchott-Akjoujt et Nouakchott-Boutilimit sous le feu des mitrailleuses et des mortiers. La 6ème région se réveille avec les canons de 23m/m pointés vers elle au moment où les premiers permissionnaires rentraient de la ville.
Je fis un compte rendu complet du Colonel Moustapha qui était arrivé à l’Etat Major national et j’informai le Capitaine Cimper de la réussite de l’opération sur toute la ligne.
Je me rendis rapidement au Génie et je fis transférer le président Mokhtar de mon bureau à une chambre de passage confortable aménagée à cet effet dans mon logement de Directeur du Génie et je donnai des ordres afin que l’on satisfasse toutes ses demandes.
Je fis porter dans la chambre des habits qu’il m’avait demandés ainsi qu’une peau de prière et un livre de Coran. Je le saluais respectueusement et lui montrais tous les égards dus à celui qui sera toujours le père fondateur d’une Mauritanie qu’il a toujours aimée.
Ma famille qui n’était au courant de rien de tout ce qui s’était passé sous son nez n’en revenait pas après avoir écouté RFI.
On est venu m’annoncer l’arrivée du lieutenant Ely Ould Mohamed Vall et son sous groupement ; je lui souhaitai la bienvenue et il mit en place ses troupes.
Je fus convoqué à l’Etat Major où je retrouvai entre autres Haidalla, Boukhreiss, Jiddou Ould Saleck (les commandants des régions Nord et Ouest) et nous nous congratulâmes ; ils étaient heureux mais fourbus et les yeux rougis de sommeil d’avoir roulé toute la nuit.
Après nous fîmes la première réunion du Comité Militaire de Redressement National et commença alors une autre histoire !…
C’est cela qui fait la différence avec toutes les « légendes » que j’ai déjà entendues sur le 10 juillet 1978.
On a entendu par ci et par là certains dire qu’ils savaient qu’il y avait un coup d’Etat en préparation ; c’est peut-être possible par rapport au coup d’Etat manqué du 08 juillet.
Quant à celui du 10 juillet, conçu, préparé et exécuté en moins de 24 heures, personne ne pouvait l’imaginer et encore moins le savoir.
Enfin, c’est pour garder l’unité des Forces Armées et de Sécurité (qui étaient encore en guerre) et maintenir la cohésion nationale que le CMRN a été constitué comme il l’a été, afin que tout le monde s’y reconnaisse.

Athié Hamath

Date publication : 16-07-2008

 

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Flamnet-Agora: La réaction d´Ahmed Jiddou Ould Aly et le texte hommage à nos martyrs de Boye Alassane par Mamadou Sy

altDans son récent posting, Ahmed Jiddou Ould Aly fait erreur par oubli quand dit ceci:
” Enfin, je me permets de rappeler à l´auteur de l´article que l´exécution des principaux auteurs de la tentative de putsch de 1987 n´est pas « la seule fois où des Mauritaniens sont tués pour une tentative de coup d´Etat, sans doute parce qu´ils étaient noirs ». En 1981, les principaux auteurs de la tentative de prise de pouvoir des Colonels Ahmed Salem et Kader le 16 Mars, s´est terminée par leur exécution en compagnie de Niang. Et seul Niang était noir ! “
En réalité Monsieur Ould Jiddou, voici les faits et ils confirment le propos de Bâ Mamadou Kalidou:
1. La tentative de coup d’État des Officier Négro-Africains n’a jamais connu un début d’exécution.
2. Abdoul Aziz president de L’ODH (http://http://www.odh-mauritanie.com) a failliUne balle dans la jambe la jambe de Soumaré Abdoul Aziz a interrompu la poursuite contre Kader. Pour la petite histoire, Kader avait fini par prendre le chef d’Etat Major en Otage. La poule mouillée a failli faire réussir le Putsh en coopérant avec son agresseur pour sauver sa vie. La poule mouillée s’appelait Maaouya ould Sid Ahmed Taya futur président de Mauritanie et futur auteur de nettoyage ethnique et de crimes contre l’humanité. Bref, s’il faut s’en tenir aux faits, retenons plutôt le constat de Bâ Mamadou Kalidou: Sarr Amadou, Sy Saïdou et Bâ Seydi ont été exécutés le 6 décembre 1987sur la base d’un projet de putsh… Sans doute parce qu’ils étaient noirs?
J’invite les lecteurs à lire un témoignage/hommage de Boye Alassane qui a échapé de peu à l’exécution des officiers négro-africains le 6 Décembre 1987. Un autre texte riche et profond dans la lignée de celui de Bâ Mamadou Kalidou.
 
Mamadou SY-FLAMNET

HOMMAGE À NOS TROIS PREMIERS MARTYRS Par Boye Alassane
Harouna

 
 
Le 22 octobre 1987, pour avoir tenté de renverser le Pouvoir raciste du Colonel Taya, voulu mettre fin au racisme d’État et instaurer une égalité communautaire dans le pays, plusieurs dizaines d’officiers et sous-officiers négro-africains sont arrêtés à Nouakchott, Nouadhibou, Zoueïratt. Regroupés à Jreïda, ils y sont jugés par une cour spéciale de justice. Le 3 décembre 1987, à l’issue d’une audience de 16 jours, la cour spéciale rend son verdict. Il est sans appel ; de très lourdes condamnations sont prononcées ; trois peines capitales sont retenues contre les lieutenants Sarr Amadou, Sy Saïdou et Bâ Seydi. Tous les efforts déployés par diverses personnalités étrangères pour surseoir à leur exécution, ou obtenir la commutation de leurs peines, ayant rencontré une fin de non recevoir du Colonel Taya, ils furent passés par les armes le 06 décembre 1987, à l’aube, à quelques mètres au sud-ouest de la base militaire de Jreïda.
Ils étaient à la fleur de l’âge. Comme beaucoup le firent avant eux et après eux, ils auraient pu, à pas feutrés, «construire leur carrière! Mais entre les deux termes de l’alternative qui se présentait à eux : la satisfaction du «Moi » et l’avènement d’une cohabitation sur des bases égalitaires entre Noirs et Arabo-berbères, ils avaient choisi le second terme. Car ils avaient conscience que l’épanouissement de leur « Moi » ne pouvait pas être réel, effectif et durable, dans la négation de fait, de l’ensemble que constitue la communauté négro-africaine dont leur « Moi » faisait justement partie intégrante. Les dangers auxquels leur vie était exposée dans l’éventualité d’un échec du putsch, ils en parlaient en septembre 1987 ; soit un mois avant les arrestations, et seulement deux mois avant leur exécution. Ces dangers, ils en avaient donc pleinement conscience ; et ils les assumaient avec une sérénité toute éblouissante. Nous ne nous lasserons jamais de le souligner : sur un plan strictement juridique, et en dehors de tout constat objectif d’un début d’exécution, la seule réalité incontestable du coup d’État et l’implication certaine dans sa conception, des lieutenants Sarr Amadou, Sy Saïdou et Bâ Seydi, ne justifiaient pas qu’ils fussent exécutés. Pour autant, était-il possible, dans le contexte historique de l’époque, que le peloton d’exécution leur fût épargné par le Colonel Taya ? Quelle est la signification politico-historique du coup d’État d’octobre 1987 des militaires négro-africains ? En quoi fut-il, par rapport à l’exercice du pouvoir politique et à la coexistence entre Arabo-berbères et Négro-africains, un facteur générateur d’une révolution des mentalités ? En
quoi, et dans quel sens peut-on dire que l’ « ouverture démocratique » amorcée en 1991/1992, on la doit aussi à nos trois premiers martyrs (Sarr Amadou, Sy Saïdou, Bâ Seydi) tombés sous les balles du peloton d’exécution, et au sang de toutes les victimes négro-africaines de 1989 à 1991 ? 6 décembre 1987, 6 décembre 2001 : 14 ans après l’exécution de nos trois premiers martyrs, nous tenterons, en guise de commémoration, et pour leur rendre un ultime hommage, d’apporter quelques éléments de réponse à ces questions et à certaines autres qui leur sont connexes.
La dimension politico-historique du coup d’État d’octobre 1987 des militaires négro-africains.
1. Dimension politique
Le 10 juillet 1978 l’armée prend le pouvoir. Le Colonel Salek dirige l’État mauritanien. De cette date à nos jours, les statistiques dont nous disposons
révèlent pas moins de douze coups d’État conduits avec succès ou déjoués avant ou en cours d’exécution ; connus ou inconnus du grand public ; opérés avec force ou en douceur sous forme de révolution de palais. De ces douze putschs, retenons-en les cinq qui ont été conduits jusqu’au bout, et qui ont abouti à un changement à la direction de l’État mauritanien. Il s’agit de ceux qui ont vu l’accession au pouvoir des Colonels Salek, Louly, Bouceïf, Haïdallah et Taya. Excepté le Colonel Moustapha ould Salek (qui ne conserva pas longtemps le pouvoir), aucun de ces hommes portés au pouvoir par un putsch n’était véritablement porteur ni d’un projet de société ni d’un programme politique nouveau. Les véritables mobiles de leur putsch, ne se posaient donc pas en termes de rupture avec une orientation politique de leur prédécesseur. Il ne s’agissait ni plus ni moins que d’un changement dans la continuité. Changement ? Changement d’hommes – très souvent accompagné d’un changement de leur identité tribale ou régionale – à la direction de l’État. Continuité ? Dans le sens du maintien, dans ce qu’elles avaient de fondamental, des options politiques du prédécesseur ; de ses pratiques et méthodes de gouvernement. Ainsi, en termes de nouvelle orientation politique, il n’y eut réellement de rupture significative avec le passé qu’en 1978, avec la prise du pouvoir du colonel Salek. Son programme politique proclamé et mis en Å“uvre, même s’il ne s’attaquait pas au racisme d’État, avait le mérite d’exister. On s’en souvient, il s’articulait autour de trois points dont les deux principaux étaient : « Arrêt de la guerre » contre le Front Polisario, (Guerre absurde à laquelle ni l’armée ni le pays n’étaient préparés). « Redressement de l’économie » (qui était à genoux au bout de trois années de guerre). Le changement des hommes à la tête du pays ainsi que celui de l’appartenance tribale ou régionale du nouveau maître du pays s’opéraient et s’inscrivaient dans une logique de continuité absolue par rapport au monopole du pouvoir politique par les Arabo-berbères. Autrement dit, il restait maintenu et sauvegardé, ce statu quo qui consacre de fait la domination écrasante des Arabo-berbères et l’exclusion des Négro-africains. Telles étaient les caractéristiques principales des coups d’État qui eurent lieu dans le pays. Le coup d’État des militaires noirs, déjoué en octobre 1987, met fin à cette tradition de changement dans la continuité. Lui, se présentait en termes de rupture absolue avec tout ce que, en matière de coup d’État, le pays avait connu jusque là. L’expression de cette rupture se définissait par l’originalité de sa conception technique et opérationnelle, mais aussi et surtout par son contenu politique dont ses auteurs étaient porteurs. En effet, pour la première fois dans l’histoire politique du pays, par le biais d’un putsch, l’alternance au sommet de l’État était envisagée, et en voie d’être réalisée. Il va sans dire qu’il ne s’agissait point d’une alternance au sens d’un renouvellement des hommes à la tête de l’État ; renouvellement toujours confiné au sein de la communauté arabo-berbères ; il s’agissait plutôt, disons-le clairement, d’une alternance perçue sous forme d’un transfert du contrôle politique de l’État, de la communauté arabo-berbère vers la communauté négro-africaine. Ne s’agissait-il pas alors, pourrait-on dire, d’instaurer un nouveau monopole du pouvoir politique, qui, cette fois, serait au profit des Négro-africains ?Non, parce que ce serait substituer une aberration politique à une autre ; une injustice à une autre.
Cette alternance politique, précisons-le aussi, n’était pas considérée comme une fin en soi. Elle devait tout naturellement constituer une transition devant
aboutir à un exercice conjoint, et non unidimensionnel du pouvoir politique en Mauritanie. Dès lors, il apparaît clairement que ce qui était mis en cause et
ciblé, c’était bien le statu quo politique patiemment élaboré et établi depuis l’indépendance ; c’était le caractère raciste de l’État mauritanien. C’est en
cela, nous semble-t-il, que réside la véritable dimension politique du coup d’État du 22 octobre 1987. Et c’est parce que les lieutenants Sarr Amadou, Sy
Saïdou, et Bâ Seïdy symbolisaient cette dimension politique du coup d’État d’octobre 1987, qu’il était difficile que Taya leur épargnât le peloton d’exécution. Il eut fallu, pour qu’il en fût autrement, qu’il fût animé par la double volonté politique suivante : remettre en question le monopole du pouvoir
politique par les Arabo-berbères. Mettre en perspective une cohabitation des deux communautés sur la base d’un partage du pouvoir politique.
2. Dimension historique
Mais la mise en cause du système politique raciste en Mauritanie a un passé, une histoire. Son processus a connu trois phases majeures.
Acte I : Il se situe à la veille de l’indépendance (déjà !). Des voix s’élèvent, au sein de certaines organisations négro-africaines, pour exprimer des appréhensions quant à une cohabitation entre Arabo-berbères et Négro-africains dans le cadre d’un État unitaire.
Acte II : 1966. Un peu plus de 6 ans après la prophétie de leurs aînés sur le devenir de l’entité négro-africaine en Mauritanie, et comme pour leur donner
raison a posteriori, 19 cadres négro-africains publient un document historique. Ils y dénoncent systématiquement la discrimination raciale déjà en oeuvre,
notamment dans l’enseignement.
Acte III. Vingt ans après, en 1986, les Flam publient le Manifeste du Négro-mauritanien opprimé. Il actualise et approfondit la dénonciation du
système politique raciste, à la lumière des données nouvelles nées de la généralisation et de l’accentuation de l’exclusion des Négro-africains.
Le coup d’État des militaires négro-africains, déjoué le 22 octobre 1987, ne peut donc pas être perçu comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Il n’est pas un phénomène fortuit. Il est le produit de la généralisation et de l’enracinement du racisme d’État. Aussi s’inscrit-il tout naturellement dans une continuité historique de la campagne de dénonciation et de lutte contre le système politique raciste, lancée 21 ans plus tôt. Il en constitue à la fois l’aboutissement et le prolongement.
 Il en est l’Acte IV. C’est tout cela qui lui confère sa dimension historique. Le coup d’État du 22 octobre 1987 en tant que vecteur d’une révolution des
mentalités. L’injustice et l’oppression appellent toujours la résistance. Cela est amplement attesté par l’histoire. Dans le contexte mauritanien, cette loi s’est vérifiée aussi. D’abord pressenti, le racisme d’État fut aussitôt dénoncé, dès son instauration ; ainsi que nous venons de le voir plus haut. Mais le paradoxe
dans le cas mauritanien fut que la résistance est restée longtemps sans être, en termes d’intensité et de continuité, à la mesure de l’ampleur de la discrimination raciale. En d’autres termes, tandis que le racisme d’État s’installait, se généralisait, s’enracinait, la résistance qu’il appelait, elle, quand elle n’était pas absente (de 1967 à la fin des années 1970), ne se manifestait que sporadiquement (1966 et 1986) à travers le document des «19» et le Manifeste des Flam. Ponctuée par des moments de silence, d’éclipse, la lutte contre le racisme d’État a revêtu, jusqu’en 1986, un caractère à la fois « pacifique » et « défensif ». Son caractère « pacifique » consistait en ce qu’elle ne s’exprimait que sous la forme de stigmatisation du racisme d’État à travers des documents. Son caractère « défensif » consistait en ce qu’elle réagissait beaucoup plus à l’enracinement du racisme d’État qu’elle n’anticipait son évolution.
Si cet état de choses perturbait le sommeil des tenants du système raciste, il ne les empêchait pas pour autant de dormir ; le contrôle de l’État restait
entre leurs mains ; il assurait la pérennité du racisme d’État. Les choses, sur ce plan, changent en 1987. La lutte contre le racisme monte d’un cran. Elle
enregistre un bon qualitatif. Elle se présente en termes « violents », étant entendu que même mené en douceur, sans effusion de sang, un coup d’État
comporte toujours un aspect contraignant, coercitif. Dès lors, nous n’avons plus, ici, affaire à une dénonciation du racisme d’État. Il s’agit de conquérir
le Pouvoir, pour débarrasser l’État de son caractère raciste.  Ce passage inattendu, « brusque », de l’étape de dénonciation du racisme, à la volonté
affichée de prendre le pouvoir, fut la nouvelle donnée qui, soudainement, bouleversa la perception que les uns et les autres, au sein des deux communautés, avaient du droit à l’exercice du Pouvoir en Mauritanie.BEn effet, une loi non écrite, mais bien établie dans le subconscient de bon nombre de Mauritaniens (y compris l’élite) des deux communautés, présentait l’État comme la propriété exclusive des Arabo-berbères, auxquels revenait le «droit» de le diriger. Dans les faits, nous l’avons vu, l’exercice du pouvoir politique s’est toujours effectué conformément à cette loi non écrite. A cet égard la réflexion qui, en 1992, échappe de la bouche du chef d’un parti politique, est fort édifiante : « Les Négro-africains, disait-il, ne représentent que 20 % de la population, par conséquent, ils ne doivent pas diriger le pays. » Par ces propos, ce responsable politique obtus montre qu’il n’a rien compris à la signification politique du coup d’État d’octobre 1987 ; en même temps, il confirme la réalité de cette loi non écrite qui fait du Négro-africain un citoyen dépossédé du droit d’accéder à la plus haute charge de l’État. C’est précisément cette loi tacite que le coup d’État des militaires noirs d’octobre 1987 a tuée. En effet, par rapport à cette loi tacite, le putsch du 22 octobre 1987, même déjoué, constituait un message clair. Il signifiait aux uns que l’État devait être au service de tous les mauritaniens ; que sa direction devait être, soit légalement ouverte à tous les Mauritaniens quelle que fût leur appartenance communautaire, soit conquise par la force. Aux autres, il signifiait qu’en matière d’exercice du pouvoir, il n’y avait pas de fatalité ; qu’en Mauritanie, il ne devait pas y avoir une communauté faite pour gouverner et une autre née pour être gouvernée. C’est le contenu de ce message qui, passé les moments d’effroi, d’émoi et de stupeur, s’est incrusté dans les esprits, au lendemain du coup d’État du 22 octobre 1987.
Une nouvelle perception du pouvoir, de son exercice, était brusquement née ; un nouvel état d’esprit aussi même si on ne l’avouait pas. Les lieutenants Sarr
Amadou, Sy Saïdou et Bâ Seydi furent crucifiés, et leurs compagnons damnés, parce que le coup d’État du 22 octobre 1987, dont ils étaient les auteurs,
marquait la naissance d’un processus qui tuait brutalement ce qui, dans le système politique raciste, faisait de l’État en Mauritanie, la « chose héréditaire » au sein de la communauté arabo-berbère ; c’est-à-dire cette idée, cette mentalité selon laquelle, seul l’Arabo-berbère devait gouverner la Mauritanie. Et ce processus-là, il fallait l’arrêter. Il ne fallait pas qu’il eût des continuateurs.
« L’ouverture démocratique » en cours en Mauritanie tire ses racines d’un contexte fertilisé par le sang de nos martyrs et arrosé par les larmes de la
communauté négro-africaine. À partir du 22 octobre 1987, le régime du colonel Taya s’employa farouchement à dissuader, à décourager toute tentative
d’éradication du racisme d’État. La logique macabre d’extermination des Négro-africains est mise en marche. Elle ne s’arrêtera plus, pendant quatre
ans. 6 décembre 1987. Les lieutenants Sarr, Sy et Bâ sont exécutés. À Oualata, entre le 26 août et le 13 septembre 1988, Bâ Alassane Oumar, Ten Youssouf
Guéye, Bâ Abdoul Khoudouss et Djigo Tabssirou meurent dans des conditions de détention inhumaines. 1989. Le conflit sénégalo-mauritanien, s’il na pas été délibérément provoqué par le régime de Taya, fut largement mis à profit pour déporter des milliers négro-africains au Sénégal et au Mali. 1990/1991. Accusés de complot, des centaines de militaires noirs sont arrêtés, torturés, écartelés, tués froidement. Au sein des forces armées et de l’administration,
les Noirs sont épiés, traqués, ciblés. Pendant quatre ans, les Noirs subiront le martyre du fait de la logique d’extermination du colonel Taya. Or, cette
politique d’extermination impliquait nécessairement des violations des droits humains à une grande échelle. Elles eurent lieu, et furent si massives et
graves qu’elles suscitèrent la ferme condamnation de la communauté internationale. En effet, les violations des droits humains, l’environnement
international ne les supportait plus. Les temps avaient changé. Il n’y avait que les despotes tournés vers le passé qui ne l’avaient pas compris. L’empire
soviétique s’engageait dans l’éclatement, entraînant la fin de la guerre froide et le déclin des autres régimes totalitaires. Le principe de non-ingérence dans
les affaires intérieures des États cédait peu à peu la place à la notion naissante du devoir d’ingérence. Le vent de la démocratisation balayait tous
les continents. Tout, tant sur le plan intérieur, qu’international, était réuni, pour isoler, étouffer le régime raciste et tyrannique du colonel Taya.
Pour desserrer l’étau, il n’avait d’autres choix que celui de se mettre à la « mode » du temps : amorcer une « ouverture démocratique ». C’est ce qu’il fit.
Pas par conviction ni par adhésion aux valeurs de la démocratie. Il le fit pour préserver son trône, pour reculer l’échéance de sa chute.
Le 14ème anniversaire de l’exécution des lieutenants Sarr Amadou, Sy Saïdou et Bâ Seydi intervient juste après les élections législatives et municipales. Avec plus de dix sièges, l’opposition fait une entrée remarquée à l’assemblée nationale. Elle gagne aussi plusieurs communes importantes. Ces victoires de
l’opposition (une partie de l’opposition) , sont-elles le fait d’un dysfonctionnement du mécanisme de la fraude ? Ont-elles été programmées par le
régime pour crédibiliser les élections et justifier la stratégie de participation de l’opposition à ces élections. Il est encore trop tôt pour apporter des réponses à ces questions. En tout état de cause, le régime du colonel Taya reste fondamentalement raciste, esclavagiste et despotique. Il ne peut pas conduire une véritable démocratisation du pays. La preuve : dix ans après sa mise en oeuvre, l’ « ouverture démocratique » balbutie toujours. Et les problèmes majeurs, à l’origine de cette « ouverture démocratique » restent entiers : le racisme d’État ; la cohabitation entre Arabo-berbères et Négro-africains ; le partage du pouvoir ; l’État unitaire, ou l’autonomie dans le cadre d’un État fédéral ; l’enquête sur les violations des droits de l’homme
; le sort des auteurs de ces violations des droits de l’homme. L’exécution, le 6 décembre 1987, des lieutenants Sarr Amadou, Sy Saïdou, Bâ Seydi, et le massacre de plusieurs centaines de Noirs, civils et militaires, entre 1989 et 1991, ont actualisé certaines de ces questions et posé d’autres.
Il nous appartient, à défaut de les résoudre, de nous prononcer clairement sur ces questions. Nous devons le faire par devoir de mémoire. Nous devons le faire par amour pour la Mauritanie et pour son devenir. Car tant que ces questions ne sont pas résolues sur des bases justes, le pays est en danger. Qu’Allah
accueille dans son paradis tous ceux qui, de 1987 à 199, sont morts à cause de ces problèmes. Pour louer les qualités d’une personne ou ses faits d’armes, nous avons coutume, dans nos sociétés négro-africaines, de prononcer de façon appuyée et répétitive son nom de famille.
A l’adresse de nos trois premiers martyrs, je dis : Sarr Amadou, « seydi » Sarr ! Sy Saïdou, «seydi» Sy ! Bâ Seydi, «seydi» Bâ ! Que vos âmes reposent en paix.
BOYE ALASSANE HAROUNA

6 décembre 2001 sur FLAMNET

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Réponse à la réponse d´Ahmed Jiddou Ould Aly sur le putsch de 1987

Dans son récent posting, Ahmed Jiddou Ould Aly fait erreur par oubli quand dit ceci : ” Enfin, je me permets de rappeler à l’auteur de l’article
que l’exécution
des principaux auteurs de la tentative de putsch de 1987 n’est pas « la seule fois où des Mauritaniens sont tués pour une tentative de coup d’Etat, sans doute parce qu’ils étaient noirs ».  En 1981, les principaux auteurs de la tentative de prise de pouvoir des Colonels Ahmed Salem et Kader le 16 Mars, s’est terminée par leur exécution en compagnie de Niang. Et seul Niang était noir ! “
En réalité Monsieur Ould Jiddou, voici les faits et ils confirment le propos de Bâ Mamadou Kalidou:
1.  La tentative de coup d’État des Officier Négro-Africains n’a jamais connu un début d’exécution.

2.  En revanche, les opérations du Pustsh manqué du 16 mars a bel et bien été exécuté par le groupe de Kader et Ahmed Salem ould Sidi. Notre ami Soumaré Abdoul Aziz president de L’ODH a failli y laisser sa vie en poursuivant Kader dans les escaliers au CQG de l’État Major National. Une balle dans la jambe la jambe de Soumaré Abdoul Aziz a interrompu la poursuite contre Kader.  Pour la petite histoire, Kader avait fini par prendre le chef d’Etat Major en Otage.  La poule mouillée a failli faire réussir le Putsh en coopérant avec son agresseur pour sauver sa vie.  La poule mouillée s’appelait Maaouya ould Sid Ahmed Taya futur président de Mauritanie et futur auteur de nettoyage ethnique et de crimes contre l’humanité Bref, s’il faut s’en tenir aux faits, retenons plutôt le constat de Bâ Mamadou Kalidou: Sarr Amadou, Sy Saïdou et Bâ Seydi ont été exécutés le 6 décembre 1987 sur la base d’un projet de putsh… Sans doute parce qu’ils étaient noirs?

J’invite les lecteurs à lire un témoignage/hommage de Boye Alassane qui a échapé de peu à l’exécution des officiers négro-africains le 6 Décembre
1987.  Un autre texte riche et profond dans la lignée de celui de Bâ Mamadou Kalidou.

Mamadou SY.
HOMMAGE À NOS TROIS PREMIERS MARTYRS Par Boye Alassane Harouna
Le 22 octobre 1987, pour avoir tenté de renverser le Pouvoir raciste du Colonel
Taya, voulu mettre fin au racisme d’État et instaurer une égalité communautaire
dans le pays, plusieurs dizaines d’officiers et sous-officiers négro-africains
sont arrêtés à Nouakchott, Nouadhibou, Zoueïratt. Regroupés à Jreïda, ils y
sont jugés par une cour spéciale de justice. Le 3 décembre 1987, à l’issue
d’une audience de 16 jours, la cour spéciale rend son verdict. Il est sans
appel ; de très lourdes condamnations sont prononcées ; trois peines capitales
sont retenues contre les
lieutenants Sarr Amadou, Sy Saïdou et Bâ
Seydi. Tous les efforts déployés par diverses personnalités étrangères pour
surseoir à leur exécution, ou obtenir la commutation de leurs peines, ayant
rencontré une fin de non recevoir du Colonel Taya, ils furent passés par les
armes le 06 décembre 1987, à l’aube, à quelques mètres au sud-ouest de la base
militaire de Jreïda.
Ils étaient à la fleur de l’âge. Comme beaucoup le firent avant eux et après
eux, ils auraient pu, à pas feutrés, «construire leur carrière »… Mais entre
les deux termes de l’alternative qui se présentait à eux : la satisfaction du
«Moi » et l’avènement d’une cohabitation sur des bases égalitaires entre Noirs
et Arabo-berbères, ils avaient choisi le second terme. Car ils avaient
conscience que l’épanouissement de leur « Moi » ne pouvait pas être réel,
effectif et durable, dans la négation de fait, de l’ensemble que constitue la
communauté négro-africaine dont leur « Moi » faisait justement partie
intégrante. Les dangers auxquels leur vie était exposée dans l’éventualité d’un
échec du putsch, ils en parlaient en septembre 1987 ; soit un mois avant les
arrestations, et seulement deux mois avant leur exécution. Ces dangers, ils en
avaient donc pleinement conscience ; et ils les assumaient avec une sérénité
toute éblouissante.
Nous ne nous lasserons jamais de le souligner : sur un plan strictement
juridique, et en dehors de tout constat objectif d’un début d’exécution, la
seule réalité incontestable du coup d’État et l’implication certaine dans sa
conception, des lieutenants Sarr Amadou, Sy Saïdou et Bâ Seydi, ne justifiaient
pas qu’ils fussent exécutés. Pour autant, était-il possible, dans le contexte
historique de l’époque, que le peloton d’exécution leur fût épargné par le
Colonel Taya ? Quelle est la signification politico-historique du coup d’État
d’octobre 1987 des militaires
négro-africains ? En quoi fut-il, par rapport à l’exercice du pouvoir politique
et à la coexistence entre Arabo-berbères et Négro-africains, un facteur
générateur d’une révolution des mentalités ? En quoi, et dans quel sens peut-on
dire que l’ « ouverture démocratique » amorcée en 1991/1992, on la doit aussi à
nos trois premiers martyrs (Sarr Amoudou, Sy Saïdou, Bâ Seydi) tombés sous les
balles du peloton d’exécution, et au sang de toutes les victimes
négro-africaines de 1989 à 1991 ?
6 décembre 1987, 6 décembre 2001 : 14 ans après l’exécution de nos trois
premiers martyrs, nous tenterons, en guise de commémoration, et pour leur
rendre un ultime hommage, d’apporter quelques éléments de réponse à ces
questions et à certaines autres qui leur sont connexes.
La dimension politico-historique du coup d’État d’octobre 1987 des militaires négro-africains.
1. Dimension politique
Le 10 juillet 1978 l’armée prend le pouvoir. Le Colonel Salek dirige l’État
mauritanien. De cette date à nos jours, les statistiques dont nous disposons
révèlent pas moins de douze coups d’État conduits avec succès ou déjoués avant
ou en cours d’exécution ; connus ou inconnus du grand public ; opérés avec
force ou en douceur sous forme de révolution de palais. De ces douze putschs,
retenons-en les cinq qui ont été conduits jusqu’au bout, et qui ont abouti à un
changement à la direction de l’État mauritanien. Il s’agit de ceux qui ont vu
l’accession au pouvoir des Colonels Salek, Louly, Bouceïf, Haïdallah et Taya.
Excepté le Colonel Moustapha ould Salek (qui ne conserva pas longtemps le
pouvoir), aucun de ces hommes portés au pouvoir par un putsch n’était
véritablement porteur ni d’un projet de société ni d’un programme politique
nouveau. Les véritables mobiles de leur putsch, ne se posaient donc pas en
termes de rupture avec une orientation politique de leur prédécesseur. Il ne
s’agissait ni plus ni moins que d’un changement dans la continuité. Changement
? Changement d’hommes – très souvent accompagné d’un changement de leur
identité tribale ou régionale – à la direction de l’État. Continuité ? Dans le
sens du maintien, dans ce qu’elles avaient de fondamental, des options
politiques du prédécesseur ; de ses pratiques et méthodes de gouvernement.
Ainsi, en termes de nouvelle orientation politique, il n’y eut réellement de
rupture significative avec le passé qu’en 1978, avec la prise du pouvoir du
colonel Salek. Son programme politique proclamé et mis en œuvre, même s’il ne
s’attaquait pas au racisme d’État, avait le mérite d’exister. On s’en souvient,
il s’articulait autour de trois points dont les deux principaux étaient : «
Arrêt de la guerre » contre le Front Polisario, (Guerre absurde à laquelle ni
l’armée ni le pays
n’étaient préparés). « Redressement de
l’économie » (qui était à genoux au bout de trois années de guerre).
Le changement des hommes à la tête du pays ainsi que celui de l’appartenance
tribale ou régionale du nouveau maître du pays s’opéraient et s’inscrivaient
dans une logique de continuité absolue par rapport au monopole du pouvoir
politique par les Arabo-berbères. Autrement dit, il restait maintenu et
sauvegardé, ce statu quo qui consacre de fait la domination écrasante des
Arabo-berbères et l’exclusion des Négro-africains. Telles étaient les
caractéristiques principales des coups d’État qui eurent lieu dans le pays. Le
coup d’État des militaires noirs, déjoué en octobre 1987, met fin à cette
tradition de changement dans la continuité. Lui, se présentait en termes de
rupture absolue avec tout ce que, en matière de coup d’État, le pays avait connu
jusque là. L’expression de cette rupture se définissait par
l’originalité de sa conception technique
et opérationnelle, mais aussi et surtout par son contenu politique dont ses
auteurs étaient porteurs. En effet, pour la première fois dans l’histoire politique
du pays, par le biais d’un putsch, l’alternance au sommet de l’État était
envisagée, et en voie d’être réalisée. Il va sans dire qu’il ne s’agissait
point d’une alternance au sens d’un renouvellement des hommes à la tête de
l’État ; renouvellement toujours confiné au sein de la communauté
arabo-berbères ; il s’agissait plutôt, disons-le clairement, d’une alternance
perçue sous forme d’un transfert du contrôle politique de l’État, de la
communauté arabo-berbère vers la communauté négro-africaine. Ne s’agissait-il
pas alors, pourrait-on dire, d’instaurer un nouveau monopole du pouvoir
politique, qui, cette fois, serait au profit des Négro-africains ?Non, parce
que ce serait substituer une aberration politique à une autre ; une
injustice à une autre.
Cette alternance politique, précisons-le aussi, n’était pas considérée comme
une fin en soi. Elle devait tout naturellement constituer une transition devant
aboutir à un exercice conjoint, et non unidimensionnel du pouvoir politique en
Mauritanie. Dès lors, il apparaît clairement que ce qui était mis en cause et
ciblé, c’était bien le statu quo politique patiemment élaboré et établi depuis
l’indépendance ; c’était le caractère raciste de l’État mauritanien. C’est en
cela, nous semble-t-il, que réside la véritable dimension politique du coup
d’État du 22 octobre 1987. Et c’est parce que les lieutenants Sarr Amadou, Sy
Saïdou, et Bâ Seïdy symbolisaient cette dimension politique du coup d’État
d’octobre 1987, qu’il était difficile que Taya leur épargnât le peloton
d’exécution. Il eut fallu, pour qu’il en fût autrement, qu’il fût animé par la
double volonté politique suivante : remettre en
question le monopole du pouvoir
politique par les Arabo-berbères. Mettre en perspective une cohabitation des
deux communautés sur la base d’un partage du pouvoir politique
2. Dimension historique
Mais la mise en cause du système politique raciste en Mauritanie a un passé,
une histoire. Son processus a connu trois phases majeures.
Acte I : Il se situe à la veille de l’indépendance (déjà !). Des voix
s’élèvent, au sein de certaines organisations négro-africaines, pour exprimer
des appréhensions quant à une cohabitation entre Arabo-berbères et
Négro-africains dans le cadre d’un État unitaire.
Acte II : 1966. Un peu plus de 6 ans après la prophétie de leurs aînés sur le
devenir de l’entité négro-africaine en Mauritanie, et comme pour leur donner
raison a posteriori, 19 cadres négro-africains publient un document historique.
Ils y dénoncent systématiquement la discrimination raciale déjà en œuvre, notamment
dans l’enseignement.
Acte III. Vingt ans après, en 1986, les Flam publient le Manifeste du
Négro-mauritanien opprimé. Il actualise et approfondit la dénonciation du
système politique raciste, à la lumière des données nouvelles nées de la
généralisation et de l’accentuation de l’exclusion des Négro-africains.
Le coup d’État des militaires négro-africains, déjoué le 22 octobre 1987, ne
peut donc pas être perçu comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Il
n’est pas un phénomène fortuit. Il est le produit de la généralisation et de
l’enracinement du racisme d’État. Aussi s’inscrit-il tout naturellement dans
une continuité historique de la campagne de dénonciation et de lutte contre le
système politique raciste, lancée 21 ans plus tôt. Il en constitue à la fois
l’aboutissement et le prolongement. Il en est l’Acte IV. C’est tout cela qui
lui confère sa dimension historique.
Le coup d’État du 22 octobre 1987 en
tant que vecteur d’une révolution des mentalités…
L’injustice et l’oppression appellent toujours la résistance. Cela est
amplement attesté par l’histoire. Dans le contexte mauritanien, cette loi s’est
vérifiée aussi. D’abord pressenti, le racisme d’État fut aussitôt dénoncé, dès
son instauration ; ainsi que nous venons de le voir plus haut. Mais le paradoxe
dans le cas mauritanien fut que la résistance est restée longtemps sans être,
en termes d’intensité et de continuité, à la mesure de l’ampleur de la
discrimination raciale. En d’autres termes, tandis que le racisme d’État
s’installait, se généralisait, s’enracinait, la résistance qu’il appelait,
elle, quand elle n’était pas absente (de 1967 à la fin des années 1970), ne se
manifestait que sporadiquement (1966 et 1986) à travers le document des «19» et
le Manifeste des Flam. Ponctuée par des moments de silence, d’éclipse, la lutte
contre le racisme d’État a revêtu, jusqu’en 1986, un caractère à la fois «
pacifique » et « défensif ». Son caractère « pacifique » consistait en ce
qu’elle ne s’exprimait que sous la forme de stigmatisation du racisme d’État à
travers des documents. Son caractère « défensif » consistait en ce qu’elle
réagissait beaucoup plus à l’enracinement du racisme d’État qu’elle
n’anticipait son évolution.
Si cet état de choses perturbait le sommeil des tenants du système raciste, il
ne les empêchait pas pour autant de dormir ; le contrôle de l’État restait
entre leurs mains ; il assurait la pérennité du racisme d’État. Les choses, sur
ce plan, changent en 1987. La lutte contre le racisme monte d’un cran. Elle
enregistre un bon qualitatif. Elle se présente en termes « violents », étant
entendu que même mené en douceur, sans effusion de sang, un coup d’État
comporte toujours un aspect contraignant, coercitif. Dès lors, nous  n’avons plus, ici, affaire à une dénonciation
du racisme d’État. Il s’agit de conquérir le Pouvoir, pour débarrasser l’État
de son caractère raciste… Ce passage inattendu, « brusque », de l’étape de
dénonciation du racisme, à la volonté affichée de prendre le pouvoir, fut la
nouvelle donnée qui, soudainement, bouleversa la perception que les uns et les
autres, au sein des deux communautés, avaient du droit à l’exercice du Pouvoir
en Mauritanie.
En effet, une loi non écrite, mais bien établie dans le subconscient de bon
nombre de Mauritaniens (y compris l’élite) des deux communautés, présentait
l’État comme la propriété exclusive des Arabo-berbères, auxquels revenait le «
droit » de le diriger. Dans les faits, nous l’avons vu, l’exercice du pouvoir
politique s’est toujours effectué conformément à cette loi non écrite. A cet
égard la réflexion qui, en 1992, échappe de la bouche du chef d’un parti
politique, est fort édifiante : « Les Négro-africains, disait-il, ne
représentent que 20 % de la population, par conséquent, ils ne doivent pas
diriger le pays. » Par ces propos, ce responsable politique obtus montre qu’il
n’a rien compris à la signification politique du coup d’État d’octobre 1987 ;
en même temps, il confirme la réalité de cette loi non écrite qui fait du
Négro-africain un citoyen dépossédé du droit d’accéder à la plus haute charge
de l’État. C’est précisément cette loi tacite que le coup d’État des militaires
noirs d’octobre 1987 a tuée. En effet, par rapport à cette loi tacite, le
putsch du 22 octobre 1987, même déjoué, constituait un message clair. Il
signifiait aux uns que l’État devait être au service de tous les mauritaniens ;
que sa direction devait être, soit légalement ouverte à tous les Mauritaniens
quelle que fût leur appartenance communautaire, soit conquise par la force. Aux
autres, il signifiait qu’en
matière d’exercice du pouvoir, il n’y
avait pas de fatalité ; qu’en Mauritanie, il ne devait pas y avoir une
communauté faite pour gouverner et une autre née pour être gouvernée. C’est le
contenu de ce message qui, passé les moments d’effroi, d’émoi et de stupeur,
s’est incrusté dans les esprits, au lendemain du coup d’État du 22 octobre
1987.
Une nouvelle perception du pouvoir, de son exercice, était brusquement née ; un
nouvel état d’esprit aussi… même si on ne l’avouait pas. Les lieutenants Sarr
Amadou, Sy Saïdou et Bâ Seydi furent crucifiés, et leurs compagnons damnés,
parce que le coup d’État du 22 octobre 1987, dont ils étaient les auteurs,
marquait la naissance d’un processus qui tuait brutalement ce qui, dans le
système politique raciste, faisait de l’État en Mauritanie, la « chose
héréditaire » au sein de la communauté arabo-berbère ; c’est-à-dire cette idée,
cette mentalité selon laquelle, seul
l’Arabo-berbè re devait gouverner la
Mauritanie… Et ce processus-là, il fallait l’arrêter. Il ne fallait pas qu’il
eût des continuateurs.
« L’ouverture démocratique » en cours en Mauritanie tire ses racines d’un
contexte fertilisé par le sang de nos martyrs et arrosé par les larmes de la
communauté négro-africaine. À partir du 22 octobre 1987, le régime du colonel
Taya s’employa farouchement à dissuader, à décourager toute tentative
d’éradication du racisme d’État. La logique macabre d’extermination des
Négro-africains est mise en marche. Elle ne s’arrêtera plus, pendant quatre
ans. 6 décembre 1987. Les lieutenants Sarr, Sy et Bâ sont exécutés. À Oualata,
entre le 26 août et le 13 septembre 1988, Bâ Alassane Oumar, Ten Youssouf
Guéye, Bâ Abdoul Khoudouss et Djigo Tabssirou meurent dans des conditions de
détention inhumaines. 1989. Le conflit sénégalo-mauritanien, s’il na pas été
délibérément provoqué par le
régime de Taya, fut largement mis à
profit pour déporter des milliers négro-africains au Sénégal et au Mali.
1990/1991. Accusés de complot, des centaines de militaires noirs sont arrêtés,
torturés, écartelés, tués froidement. Au sein des forces armées et de
l’administration, les Noirs sont épiés, traqués, ciblés. Pendant quatre ans,
les Noirs subiront le martyre du fait de la logique d’extermination du colonel
Taya. Or, cette politique d’extermination impliquait nécessairement des
violations des droits humains à une grande échelle. Elles eurent lieu, et
furent si massives et graves qu’elles suscitèrent la ferme condamnation de la
communauté internationale. En effet, les violations des droits humains,
l’environnement international ne les supportait plus. Les temps avaient changé.
Il n’y avait que les despotes tournés vers le passé qui ne l’avaient pas
compris… L’empire soviétique s’engageait dans l’éclatement, entraînant la fin
de la guerre froide et le déclin des autres régimes totalitaires. Le principe
de non-ingérence dans les affaires intérieures des États cédait peu à peu la
place à la notion naissante du devoir d’ingérence. Le vent de la
démocratisation balayait tous les continents. Tout, tant sur le plan intérieur,
qu’international, était réuni, pour isoler, étouffer le régime raciste et
tyrannique du colonel Taya. Pour desserrer l’étau, il n’avait d’autres choix
que celui de se mettre à la « mode » du temps : amorcer une « ouverture
démocratique ». C’est ce qu’il fit. Pas par conviction ni par adhésion aux
valeurs de la démocratie. Il le fit pour préserver son trône, pour reculer
l’échéance de sa chute.
Le 14ème anniversaire de l’exécution des lieutenants Sarr Amadou, Sy Saïdou et
Bâ Seydi intervient juste après les élections législatives et municipales. Avec
plus de dix sièges, l’opposition fait une entrée remarquée à  l’assemblée nationale. Elle gagne aussi
plusieurs communes importantes. Ces victoires de l’opposition (une partie de
l’opposition) , sont-elles le fait d’un dysfonctionnement du mécanisme de la
fraude ? Ont-elles été programmées par le régime pour crédibiliser les
élections et justifier la stratégie de participation de l’opposition à ces
élections. Il est encore trop tôt pour apporter des réponses à ces questions.
En tout état de cause, le régime du colonel Taya reste fondamentalement
raciste, esclavagiste et despotique. Il ne peut pas conduire une véritable
démocratisation du pays. La preuve : dix ans après sa mise en œuvre, l’ «
ouverture démocratique » balbutie toujours…Et les problèmes majeurs, à
l’origine de cette « ouverture démocratique » restent entiers : le racisme
d’État ; la cohabitation entre Arabo-berbères et Négro-africains ; le partage
du pouvoir ; l’État unitaire, ou l’autonomie dans le cadre d’un État fédéral ;
l’enquête sur les violations des droits de l’homme ; le sort des auteurs de ces
violations des droits de l’homme…
L’exécution, le 6 décembre 1987, des lieutenants Sarr Amadou, Sy Saïdou, Bâ
Seydi, et le massacre de plusieurs centaines de Noirs, civils et militaires,
entre 1989 et 1991, ont actualisé certaines de ces questions et posé d’autres.
Il nous appartient, à défaut de les résoudre, de nous prononcer clairement sur
ces questions. Nous devons le faire par devoir de mémoire. Nous devons le faire
par amour pour la Mauritanie et pour son devenir. Car tant que ces questions ne
sont pas résolues sur des bases justes, le pays est en danger…Qu’Allah
accueille dans son paradis tous ceux qui, de 1987 à 199, sont morts à cause de
ces problèmes.
Pour louer les qualités d’une personne ou ses faits d’armes, nous avons
coutume, dans nos sociétés négro-africaines, de prononcer de façon appuyée et
répétitive son nom de famille.
A l’adresse de nos trois premiers martyrs, je dis : Sarr Amadou, « seydi » Sarr
! Sy Saïdou, «seydi» Sy ! Bâ Seydi, «seydi» Bâ ! Que vos âmes reposent en paix.
BOYE ALASSANE HAROUNA

6 décembre 2001 sur FLAMNET

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