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Flamnet-Agora: De Téne Youssouf Guéye à Lamine Mangane : Le Septembre Noir
Tous les mois appartiennent à Dieu, il y a de ces mois au cours desquels les démons s’allient avec les hommes pour verser le sang des innocents. Dieu a, Lui-même, du haut de Son Trône interdit l’injustice, mais les hommes s’entêtent en arrachant la vie de leurs semblables. Que l’on soit en septembre 1988 ou en septembre 2011, les autorités mauritaniennes avaient décidé d’appliquer ces pactes pour que coule le sang noir. Désormais, septembre est devenu noir.
Téne Youssouf Guéye est né en mai 1923 à Kaëdi et décédé le 02 septembre 1988 à Walata. Le célèbre écrivain, père de neuf enfants, a été arrêté en 1986, à la suite de la publication du manifeste du négro-mauritanien, lequel fut largement distribué à Adis-Abeda. L’Etat l’avait condamné à une peine de quatre ans ferme. L’homme avait osé dénoncer le racisme de l’Etat en soutenant la cause des élèves noirs. L’Etat voulait arabiser à outrance le pays aux dépens des noirs qui n’étaient pas préparés vu les programmes scolaires en vigueur. Devant une répression inouïe et aveugle partout dans la vallée, il fallait lever le petit doigt pour interpeller le dirigeant injuste. Téne Youssouf Guéye l’a fait à travers ses écrits et à travers la conscientisation de ses miens. Accusé de fomenter un coup d’Etat et d’être parmi les rédacteurs du manifeste du Négro-mauritanien opprimé, il ne survivra pas à la torture. Voilà l’une des facettes des supplices : « On nous mettait dans un trou et on nous ruait de coups. Des fois, on bandait nos yeux et on nous emmenait dans un endroit pour nous signifier qu’on allait nous exécuter. Les menottes aux mains et aux pieds, chacun de nous était attaché à un autre prisonnier. Sans compter les violences corporelles ». L’écrivain a été arrêté, soumis à la torture, sa famille humiliée, sa personnalité vilipendée par les sbires du système raciste. Et, lorsqu’il fut transféré avec d’autres grands intellectuels noirs au bagne de Walata, Téne Youssouf Guéye savait que la suite ne présageait pas bonne augure : il n’était pas parti pour purger sa peine mais pour périr. L’Etat savait qu’en exécutant les intellectuels et les officiers, il tuait tout un peuple. Aujourd’hui, ils ont presque réussi leur projet, l’héritage de Taya est la haine qui exacerbe par les agissements de son dauphin Mohamed Ould Abdel Aziz et sa bande des tortionnaires.
C’est un autre écrivain-rescapé, Boye Alassane Harouna qui immortalisera les sévices. Son livre, J’étais à Oualata, est une bible qui traduit la haine noire en dévoilant le projet de l’Etat mauritanien destiné à l’abrutissement du peuple noir notamment en tuant ses plus grands intellectuels.
Téne Youssouf Guéye n’était pas le seul, Ibrahima Mocktar Sarr, Djiguo Tapsirou, Ba Abdoul Ghoudouss mort les chaines aux pieds… Les familles revendiquent les sépultures des fils, même si le sable de la haine les a engloutis.
La mort de Lamine Mangane le 27 septembre 2011 s’inscrit dans le même esprit criminel de l’Etat mauritanien. Les hommes ont changé, mais les intentions ont subsisté. Nous sommes dirigés par des assassins étouffeurs, par des militaires aux mains ensanglantées, ils sont des hommes sans vergogne. Comment, l’on ordonne de tirer sur un adolescent de 19 ans et puis on dépêche une délégation pour acheter la famille de la victime : c’est d’être d’une ignoble moralité humaine. Notre dirigeant et ceux qui se sont rendus à Magama racheter la peine des Mangane sont d’une bassesse humaine. Au lieu d’obliger la traduction du gendarme criminel, ils ont démontré à tous les citoyens leur haine envers les opprimés et les faibles. Les meurtriers de Téne Youssouf Guéye et de Lamine Mangane, comme de milliers de noirs, se pavanent encore sous nos cieux, ils entretiennent même des rapports privilégiés avec nos dirigeants. Pour sauvegarder sa pérennité, nous disons qu’un Etat juste et droit ne doit pas favoriser l’impunité. Jugez celui qui a assassiné L. Mangane, il se trouve à Rosso. Jugez les assassins de Walata, d’Inal et de Jreida avant que le peuple ne s’empare des palais de justice et vide les prisons pour y conduire les complices.
Mourir dignement, il y a certainement un prix à payer. C’est mourir lorsque tout le monde espère en nous et que l’on meurt pour eux. La Mauritanie a tué un intellectuel père de famille, comme elle a arraché la vie d’un adolescent qui se construisait un destin. Dorénavant, si réfléchir est un acte criminel, nos intellectuels sont avisés. Et si brandir une pancarte pour revendiquer ses droits est un délit, nos adolescents sont prévus. S’il faut mourir à tout prix, le choix s’impose. Ne les oublions pas, ils sont morts pour nous.
Bâ Silèye.
Flamnet-Agora: A Boghé, la politique a-t-elle encore un sens ?
Boghé est un espace qui a offert aux acteurs politiques, à leurs actions, à leurs paroles un lieu d’attache, d’action de concert, une force effective d’entière confiance. Il a assuré aux hommes politiques de fervents partisans ; car il est impossible de faire la politique correctement sans partisans fideles. Ce lien étroit avec une ville est donc extrêmement important.Il fournit des leviers sociaux qui sont, en politique, de formidables atouts. Cette opportunité suffisamment exploitée a offert des positions privilégiées, a produit une élite politique qui est en scène, depuis bientôt 30 ans.
Boghe a, par conséquent, accordé à ses fils l’attention, l’écoute, l’admiration, le suffrage qui garantit une gloire politique. Boghé a fait mieux : elle a suivit ses enfants dans toute leur volte – face et « retournement de veste » : Maaouya, Sidi, et aujourd’hui Aziz. Mais faute d’une qualité suffisante de projection politique, de stratégie politique qui tient compte d’un certain nombre de services rendus, il en résulta une dégradation de l’engouement, une désaffection du sens de la politique caractérisée par une indifférence généralisée. A quoi bon la politique, se demande l’opinion populaire, puisqu’elle n’est ni vecteur de relais ni de l’esprit de réciprocité ? NAFATA est le leitmotiv chanté en chœur chaque fois que le nom d’un leader politique est évoqué ! C’est cela le sentiment le plus partagé. Ils habitent tous les cœurs. Le tarissement de l’espoir et l’immobilisme installe des brèches, des transgressions, expose à la perte de crédibilité. Lorsqu’une base ne trouve aucun compte dans une allégeance elle enclenche un processus de réaction, de rouspétance, d’agressivité, d’arrogance. C’est ce sort qui a était réservé à nos éminences grises de la politique au lendemain de la chute de Maaouya : tout un processus de production politique, avec lui un corpus de méthode se voit contesté. D’une manière générale, la valeur d’une ville tire son origine du commerce de ses fils avec l’espace national ; surtout, lorsque l’acte politique, simultanément vire de la promesse à l’effectivité. Les grandes actions constituent une force enthousiasmante pour une ville et exerce un effet de persuasion sur une communauté. La conviction de l’utilité de la politique qui s’en dégage établit une véritable relation politique entre sympathisant et leaders : un espace où prévaut quelque chose de grand, quelque chose de digne de mémoire est un espace où les hommes s’écoutent et se meuvent ensemble. L’espace politique n’est ni un campement militaire qui, une fois sa mission terminée lève le camp, ni une constellation de cadres incapables de regarder au-delà d’eux-mêmes. Le politicien doit agir en protecteur permanent de sa maisonnée : répondre aux nécessités vitales des supporteurs est un présupposé indispensable à la stabilité des partisans. De cette façon, la sphère politique est déterminée pour son existence politique par la multitude : être pauvre en monde, être sans monde ravale au statut de parias politique. Et puisque le politicien ne peut pas se tenir debout en dehors des liaisons sociales, il doit payer le prix de sa visibilité politique : constituer un espoir fondé sur une attente. Le leader politique est en ce sens un « produit », au sens économique, de son interaction avec son environnement sociale. En ce sens comme tous produit, il doit être « rentable ». Porte d’entrée pour sa base, l’acteur politique doit se positionner pour positionner ses ressources humaines. Sa productivité politique en dépend : un acteur politique qui ne produit rien, n’améliore rien, ne couvre ni besoins culturels ni besoins sociaux et économiques n’engendre qu’un désert politique. Car quel est le sens de la politique ? Décharger les hommes de leurs soucis. Elle est un moyen d’assurer la satisfaction des besoins de la société ; C’est-à-dire, assurer la simple possibilité de vie meilleure. Mais hélas à Boghé, elle est une aporie réelle, une vision étriquée engoncée dans des égos centrés sur eux-mêmes dont nous pouvons faire l’expérience quotidienne lorsque nous nous donnons la peine de lire la physionomie du paysage politique mais encore en contemplant la morosité en cours dans toute les activités politiques. Il ya, a mon avis, un non sens du politique qui est attesté par le désespoir, le NAFATA ambiant ! le désenchantement, et la désillusion qui ont jaillit des « régimes » politiques Bogheins a renforcé l’idée que la politique est en son fond un tissus de mensonge au service des intérêts et rayonnement familiaux ; d’autant plus qu’a Boghé, la politique s’est développé à partir des familles. Or, la politique est essentiellement mise en relation, un espace de rassemblement, un espace public pluriel dominé par la contrainte non réductible aux affinités reductrices fondées sur la parenté. D’où tout le monde pense qu’il faut se débarrasser de la politique avant qu’elle ne fasse périr toute la communauté. Alternative ? Prendre un nouveau commencement, introduire quelque chose de nouveau, prendre de l’initiative. La jeunesse doit poser un commencement ainsi non seulement elle va contourner le principe de feuillage et l’amensalisme politique régnant mais aussi poser une nouvelle perspective. L’injonction est faite à la jeunesse d’inventer un futur politique si possible avec originalité, de sortir des cadres imposées. Elle doit faire quelque chose sortant de l’ordinaire laissant une trace faisant une pièce au temps. Dés lors le renouvellement de la classe politique de Boghe est une, condition Sine qua non de réussite. En un sens d’ailleurs, l’âge politique est un obstacle épistémologique. Il rouille le dynamisme, aiguillon pour une nouvelle forme de rapports. Ignorer ce phénomène, en minorer les effets c’est simplement s’habituer à se mouler dans le conformisme ou dans le politiquement correcte.
Sy Alassane Adama
Philosophe.
Flamnet-Agora: Confession politique : une intellegentsia qui a perdu ses repères
I- Le passé qui préparait l’avenir.
Il y a très longtemps, ceux qui faisaient la politique dans ce pays avaient des motivations uniquement patriotiques sous tendues par des idéaux de justice sociale, de meilleure conduite des institutions de l’Etat, de recherche d’une politique étrangère souveraine, d’optimalisation des retombées de notre potentiel économique.
Aucune pensée relative à la carrière personnelle, aux règlements de compte entre personnes ne venait assombrir cet idéal. L’engagement était total, le choc frontal mais les codes d’éthique étaient respectés par tous les protagonistes mêmes ceux qui, à l’époque, étaient taxés de gauchisme.
Le paysage politique d’opposition comptait à l’époque : Le mouvement national des ressortissants de la Vallée, les baathistes, les nassériens et le MND originel qui avait des liens avec l’opposition traditionnelle au régime.
Celle-ci était composée d’hommes de toutes les ethnies et régions du pays et ses animateurs étaient plus âgés que notre génération. L’opposition et le pouvoir avaient chacun des programmes écrits très élaborés qu’ils proposaient aux citoyens. Le pouvoir le faisait par la voix officielle de son parti et sa presse. L’opposition avait ses cellules, sa presse clandestine, ses relais à l’intérieur du pays et ses manifestations. Aucune des parties n’avait de rancune individualisée vis-à-vis de l’autre. Les liens sociaux et les amitiés personnelles étaient maintenus malgré la diversité des opinions. Chacune des parties respectait l’autre.
Pour consolider l’unité du pays et convaincu que certaines propositions de l’opposition étaient pertinentes, Le Président Moktar, paix à son âme, décida, malgré les réticences d’une partie de son camp, la révision des accords avec la France en 1972, la création de la monnaie en 1973 et, finalement, la nationalisation de la Miferma et de la Somima en 1974. Il mauritanisa 70 % du capital de la BIMA, première banque du pays détenue par un actionnariat étranger. C’était en 1975.
Il est évident que dès la révision des accords en 1972, la création de la monnaie et surtout la nationalisation de la Miferma et de la Somima, l’opposition, qui s’opposait par idéal, commença à reconnaitre les bienfaits de telles réformes pour le pays. Le dialogue s’engagea entre les deux parties avec respect et détermination, sans marchandages d’aucune sorte. Certes, quelques cadres de l’opposition étaient réticents, pas parce qu’ils considéraient que les décisions n’étaient pas pertinentes mais simplement parce qu’ils jugeaient que les prémices d’une future guerre au Sahara annihileraient les effets positifs des réformes entreprises. Personne ne pouvait les blâmer pour ces appréhensions raisonnables mais la guerre n’était pas encore déclenchée et tout le monde espérait une issue heureuse au problème du Sahara.
Les négociations engagées portaient uniquement sur les thèmes politiques. Jamais l’aspect relatif à des places n’a été évoqué ni directement ni indirectement. Après les négociations et sans concertation, le Président coopta un universitaire de l’opposition, surtout pour renforcer le groupe qu’on appelait alors “les techno” qu’il avait déjà au sein de son gouvernement.
L’administration publique fut ouverte à toutes les compétences d’où qu’elles viennent. Le 10 juillet 1978, l’intelligentsia du pays était essentiellement composée des cadres du régime déposé et des groupes idéologiques qui avaient une grande expérience de la lutte politique et disposaient de structures organisationnelles rodées.
Si j’ai voulu faire ce rappel historique, c’est surtout pour marquer la profondeur de la rupture mentale entre cette période – où les hommes étaient uniquement mus par des idéaux pour le pays – et celles qui vont suivre – beaucoup moins glorieuses – et qui seront entachées par le reniement des idées généreuses, le délabrement des mœurs politiques et administratives, le repli sur des concepts primaires d’ethnies, de tribus, de régions. Elle sera marquée par toute une culture nouvelle qui surprendra plus d’un et en premier lieu les classes moyennes et un peuple auxquels nous avons fait miroiter un monde meilleur.
Jusqu’aujourd’hui, ils n’ont jamais compris ni la rapidité de notre métamorphose, ni notre nouvelle propension au pillage à ciel ouvert, ni notre participation au dévoiement des structures de l’Etat de leur noble mission de services publics et finalement notre engouement nouveau – et sans limite – pour cet “argent roi” que nous méprisions tant et qui est devenu tout d’un coup la seule finalité dans la vie. Il nous fallait désormais l’avoir et a n’importe quel prix.
Les premiers à avoir murmuré aux oreilles des militaires leurs premières décisions malheureuses ce furent bien nous qui étions les anciens porte-étendards des grands idéaux, les défenseurs de la veuve, du pauvre et de l’opprimé. Puisqu’ils buvaient nos paroles et puisqu’on était leurs « souffleurs » attitrés pourquoi n’avons-nous pas essayé de prime abord de leur conseiller la consolidation des acquis légués, la redynamisation de l’administration publique et profiter de la crainte qu’ils inspiraient à l’époque pour instaurer la bonne gouvernance et la démocratie qu’ils s’étaient engagés à promouvoir ?
Je me souviens que le premier conseil que certains ont donné au Premier président militaire, homme intègre, patriote et digne, était un décret qui changea la numérotation des régions pour revenir aux noms à connotation régionale: Hodh, Trarza, Zemmour etc. Après ce décret, ce fut le retour rapide et irrévocable à un passé que nous avons mis des années à combattre avec des succès probants. Sur ce plan, notre politique et celle du régime déposé se rejoignaient.
Depuis cette date, chaque tribu, puis plus tard chaque région, a commencé à réunir tous ses chefs traditionnels et ses cadres qui établissaient leur plateforme revendicative que le plus en vue des notables devrait transmettre au chef de l’Etat, en insistant surtout sur le caractère urgent des nominations demandées. Peu importait la compétence des postulants pourvu que la région soit bien représentée. Le poste était souvent spécifié alors qu’il peut être occupé par un cadre qui n’a pas démérité mais dont le « tort » est d’appartenir à une autre région.
Voila comment commença la fin de la défense des intérêts des masses déshéritées, de la lutte contre le tribalisme, le régionalisme, le sectarisme et le combat pour le renforcement de l’unité nationale. Cette attitude s’est doublée d’une mise dos à dos des ethnies, des régions et des tribus avec une dose d’ostracisme rarement atteinte dans le pays, presque une chasse “aux sorcières“.
Historiquement, il faut avouer que peu de cadres de la Vallée ont participé à cette phase de déstructuration collective de l’Etat. Cela arrivera plus tard. Chaque groupe idéologique commençait à faire le décompte des officiers qui peuvent avoir pour lui des sympathies anciennes ou nouvelles. Il réunissait tout son monde et choisissait un membre du comité qui serait son mentor. La guerre des anciens groupes idéologiques commença avec ses effets parfois pervers sans que les officiers très peu avertis de la chose politique ne comprennent que leur perte de cohésion n’est pas due à des problèmes inhérents à eux mais qu’ils sont manipulés par des forces extérieures qui veulent, chacune, contrôler une parcelle du pouvoir.
Les limogeages, les radiations commencèrent. Les observateurs avertis comptaient les coups. Tout le temps que dureront les régimes militaires, les anciens groupes idéologiques sont restés leur interface visible ou cachée. Leurs gourous que le lexique politique de l’époque appelait les “notables” siégeaient dans tous les gouvernements. Leur présence était très visible dans toutes les activités à caractère politique.
Malgré leur cooptation dans les sphères de décision et leur adaptation au contexte nouveau, avec ses mœurs morales et politiques, ils ont continué à se livrer des guerres intestines où tous les coups sont permis. Pendant que certains sont condamnés à la prison à vie, radiés ou en résidence surveillée, les autres étaient sans gêne sous les lampions de la République. Seule une partie du groupe nationaliste de la Vallée avait accompli sa rupture définitive avec les régimes successifs et a préféré l’exil.
Une précision s’impose : En relatant ce processus, je ne cherche nullement à absoudre les erreurs des militaires – et Dieu sait qu’elles ont été nombreuses – mais surtout pour dire qu’ils n’en sont pas les seuls responsables. Ils ont toujours bénéficié de nos “conseils avisés“. Nous étions par rapport à eux des gens rompus à la politique, capables de concevoir des stratégies propres à ce genre de groupes dans tous les pays où ils existent: Nos méthodes sont d’une efficacité redoutable pour noyauter, désinformer ou discréditer un régime, un groupe ou lyncher une personne.
“LE VIOL DES FOULES PAR LA PROPAGANDE” était quelques années avant le bréviaire de tous les groupes idéologiques.
Cette mue dans les mœurs morales et politiques des groupes, leur proximité avec les différents pouvoirs militaires leur ont permis de drainer une grande faune politique qu’ils n’avaient pas avant le coup d’Etat de 1978. La jonction avec le pouvoir militaire qui n’était pas accessible à tout le monde combinée à un changement de leur lexique politique : alliance tactique avec les forces traditionnelles, moins de recours aux concepts idéologiques et des alliances avec l’étranger au grand jour ont facilité grandement l’élargissement de leur base ainsi que leur poids politique.
Heureusement tout le monde n’a pas suivi cette trajectoire mais la déception est restée très grande. Des hommes qui furent parmi les pères fondateurs de ces mouvements ont préféré quitter carrément la scène politique. Ils continuent à s’intéresser au destin de leur pays tout en évitant le militantisme de quelque nature qu’il soit. Certains ont fait des études sur le tard et ont choisi d’être des serviteurs de l’Etat, d’autres ont eu de grandes carrières au niveau international et quelques-uns, peu nombreux, se sont engagés dans les forces armées.
Les plus braves, les plus engagés – et qui furent malheureusement les plus déçus – ont végété dans des postes subalternes mais continuent à incarner ”la dignité personnifiée“. Malgré l’âge, ils continuent de rêver d’un monde meilleur où règnent la justice sociale et l’égalité des chances.
II- Présent Handicapé par le passé
Le passé évoqué aura de grandes conséquences sur les générations qui suivront. L’aura qu’ont eu ces groupes idéologiques à l’époque antérieure est due au fait qu’ils ont mis la barre très haut pour tout ce qui a trait aux aspects moraux qui font le prototype du vrai patriote. On est presque entré dans les mythes du visionnaire et même de l’infaillibilité. Quand les générations futures furent confrontées à ces personnages de légendes, elles tomberont de très haut.
En venant dans la vie active, l’occasion leur sera offerte de côtoyer ces noms mythiques dont on leur a rabattu les oreilles dans les lycées et les universités. Ils comprendront que les idéaux dont se réclamaient les générations précédentes sont en train de battre de l’aile. Personne ne peut mesurer la portée psychologique que peut avoir ce phénomène sur le destin d’un jeune plein de fougue, bardé de diplômes et qui commence sa carrière.
C’est le moment de se poser la question essentielle d’une vie : que faire? La question qui le taraudera sera de se dire quel chemin vais-je prendre, quel modèle sera le mien? Le référentiel de valeurs qu’il voulait incarner et le modèle d’homme qu’il voulait être n’existent plus. La digue morale est rompue, il ne se sent plus bridé par des principes. Il se dit, je ne serais pas un Don Quichotte. « Je ferais comme tout le monde ».
III – L’avenir : espoirs et incertitudes
1- Rappel historique
Il n’y a que cinquante ans que la Mauritanie existe en tant qu’Etat souverain. A la veille de l’indépendance, les régions de l’ouest et du sud mauritaniens étaient des populations sans administration centrale unifiée et entretenaient de puissants liens commerciaux, sociaux, culturels et de sang avec le Sénégal depuis au moins quatre siècles. Les régions de l’est entretenaient des liens de la même nature avec le Mali voisin auxquelles elles furent administrativement rattachées jusqu’en 1945.
Les actuelles régions du centre et le nord entretenaient des relations du même type avec les voisins marocains et algériens. Toutes les ethnies et tribus de Mauritanie ont des prolongements dans ces différents pays. C’est dire combien l’enfantement de cet Etat a été réalisé aux forceps et parfois au bout de très grandes fâcheries et difficultés avec nos voisins. Une équipe de patriotes au-delà de ses différences ethniques, tribales, régionales et les handicaps ci-dessus cités a, contre vents et marées, décidé de porter sur les fonds baptismaux ce pays comme un enfant congénitalement fragile.
Chacun a su taire certains particularismes comme cadeau à cette naissance. La conception de la première constitution, de l’hymne national, des armoiries de la République, du type de régime, du nom du pays, du drapeau ne se sont faits que grâce à la volonté de tous de faire des concessions douloureuses mais dynamiques et patriotiques.
Si je suis revenu sur cette genèse c’est pour dire combien ce pays est fragile et combien les pères fondateurs ont toujours tenu à sa cohésion, malgré tous les écueils rencontrés au cours de la période où ils en avaient la charge. Pourquoi me dira-t-on la Mauritanie est plus fragile que ses voisins? Je dirais que c’est uniquement pour des raisons historiques.
Au nord, l’Etat ottoman a toujours maintenu en Algérie et en Tunisie des administrations centralisées qui sont devenues des Etats sous protectorat avec la colonisation. Au Maroc et en Libye, des pouvoirs dynastiques très anciens avaient des makhzens ou administrations comme bras séculiers qui contrôlaient leurs territoires et leurs frontières. Les pays africains voisins étaient fortement administrés par les puissances coloniales pendant plusieurs siècles parce qu’ils constituaient des réserves de richesses économiques importantes. Tout le contraire de « L’ensemble mauritanien », selon la terminologie de la cour de la Haye, qui ne présentait aucun avantage économique.
Sa colonisation tardive n’a commencé qu’avec le début du siècle précédent et pour des raisons uniquement stratégiques puisqu’il est devenu un no man’s land dangereux constituant un foyer de tensions entre les colonies du nord et celles du sud. De 1920 à 1960, le territoire était administré à partir de la colonie voisine. Une simple police nomade commandée par des officiers qui se déplaçaient sous forme de groupements montés et quelques subdivisions greffées aux vieux ksour du pays administraient cet immense territoire.
Certaines populations n’auront jamais vu un Européen jusqu’au départ de ces derniers de Mauritanie ! Aucune infrastructure n’a été léguée au pays, pas même une ville suffisamment urbanisée qui pourrait devenir une future capitale. Cette dernière fut créée ex nihilo après la proclamation de l’indépendance du pays.
Depuis la première République, et à moins de vouloir occulter l’histoire ou rêver debout, on peut dire que tous les ingrédients et sous tous les régimes ont été réunis pour que le pays disparaisse de la carte. Je ne ménage pas mes méninges mais je n’arrive pas à trouver une raison cartésienne – une seule – au fait qu’il soit encore debout et par quel miracle. Une succession de putschs de courte ou de longue durée ont émaillé notre vécu quotidien au point que les Mauritaniens eux-mêmes, les pays voisins, les partenaires au développement ne pouvaient jamais parier sur la vie d’un régime. Jusqu’aujourd’hui, le pays a résisté miraculeusement à tous les coups de buttoir que nous lui avions assené.
Le travail de sape de ces quatre dernières décennies a été fait par une oligarchie de moins de cinq mille personnes. Il est le fruit d’une jonction entre une élite intellectuellement, moralement corrompue, irresponsable, une administration illettrée et avide et une classe d’hommes d’affaires parasite et non productive et dont la seule fonction a été de faire la courte échelle pour fournir des justificatifs à tous les détournements auxquels l’administration publique s’est livrée sur toutes les ressources du pays.
Certains me diront où étais –tu pendant ce temps? La réponse est toute simple : je m’étais aplati comme tout le monde ! Si je n’assume pas une responsabilité directe dans le pillage, j’assume au moins le silence coupable et celui d’avoir continué à servir sous les régimes successifs sans états d’âme. J’étais un fonctionnaire de service public, pas un homme politique. Que m’excusent ici les quelques cadres de l’administration publique et les quelques hommes d’affaires qui ont réussi, par je ne sais quel miracle, à échapper à cette chape mise sur tout le monde pour ne pas sortir du cercle.
2- La situation politique actuelle: La politique est l’art du possible
Si on ne fait pas sienne cette maxime, il faut cesser de faire de la politique.”L’art du possible ce n’est pas la compromission, c’est avoir les ressources intellectuelles et morales pour trouver des solutions adéquates aux problèmes qui se posent au pays et qui prennent en compte les réalités internationales, régionales et surtout notre propre contexte en toute objectivite, abstraction faite de nos intérêts et ambitions personnels. La seule chose qu’on doit avoir à cœur, c’est l’intérêt supérieur de la nation“.
Après les élections issues de l’Accord de Dakar, et surtout depuis les agitations qu’ont connues les pays voisins, une kyrielle d’organisations et de groupes prétendant parler au nom de tous les particularismes font feu de tout bois pour chauffer à blanc les populations qui, heureusement, ont d’autres chats à fouetter.
En plus de la crise économique internationale, le pays est confronté à une guerre imposée par des groupes sans visage et dont les seuls traits déchiffrables sont la violence aveugle véhiculée par des concepts religieux qui ne sont pas les nôtres, le trafic de drogue, l’enlèvement d’êtres humains paisibles pour être échangés contre de “bons euros ou dollars“.
Tout autour de nous et à nos frontières un pays frère, le Mali, n’existe pratiquement plus. Un autre pays frère et proche, le Sénégal, a été à deux doigts de le suivre dans cette voie et c’est bien son élite, ses chefs traditionnels et religieux, son peuple entier et un dernier sursaut de clairvoyance de son vieux chef de revenir à la raison qui ont évité la catastrophe.
Un autre pays voisin frère et cher à tous les Africains, la Côte d’Ivoire, et malgré les efforts immenses faits par son président continue à ne pas connaitre la paix totale après plusieurs années de guerres civiles. Sur notre flanc nord, les foules qui ont fait le vrai printemps arabe contre de vieilles dictatures corrompues ont été lâchement spoliées de leur victoire et sont devenues les victimes d’une coalition contre nature entre les rescapés des régimes anciens et des barbus peu au fait des us et coutumes des républiques. Un jeu de dupes dans lequel parfois les armées sont partie prenante.
Comme le prévoyaient certains spécialistes et politologues, les foules sont à nouveau dans les rues plus que jamais frustrées. Cette fois-ci, soient elles réussiront des révolutions parmi celles qui font date dans l’histoire des peuples, soient qu’elles seront matées à vie et le cours de l’histoire n’aura pas changé. Ce qui s’est passé en Libye n’est pas une révolution, ce qui s’est passé en Syrie n’est qu’une révolte.
Les seuls mots qui peuvent être associés à ses situations sont : chaos pour la Libye et massacre à ciel ouvert pour la Syrie. Les seuls parmi nos frères du nord à avoir négocié intelligemment le virage à faire prendre à leur pays sont le vieux combattant Bouteiflika, qui a ouvert de façon assurée sa succession, et le jeune souverain Mohamed VI qui, dès son arrivée au pouvoir, a compris que les temps et les peuples ont changé et engagé, au bon moment, les réformes nécessaires pour mettre son pays à l’abri des secousses à venir.
Dans notre pays et pour les raisons historiques citées ci-haut, nous ne pouvons pas nous permettre le luxe de tentatives qui présentent le plus infime risque de violence même verbale, d’autant que le pouvoir en place n’est là que depuis trois ans et que son élection a eu lieu dans la transparence et après l’Accord de Dakar dont sont signataires tous les acteurs de la classe politique actuelle, majorité et opposition.
Notre seul salut est de revenir à cette sagesse des pères fondateurs, de préparer des élections justes et transparentes. Pour ce faire, majorité et opposition doivent au besoin et dans un climat apaisé revoir les points qui n’auraient été suffisamment couverts par les textes approuvés par les partenaires du premier dialogue sur des sujets comme la Ceni, le fichier électoral, le code électoral, l’ouverture des médias publics etc. En un mot, tout ce qui de près ou de loin peut assurer que ce sera le peuple souverain qui décidera à qui confier son destin.
L’enjeu sera de ne faire courir aucun risque au pays dans le contexte international et régional actuel. Si chacun des protagonistes est confiant en lui-même et à son emprise sur ses électeurs, pourquoi ne pas attendre des échéances aussi proches : quelques mois pour les législatives et des présidentielles dans moins de deux ans en s’entourant de toutes les garanties au lieu de chauffer le pays.
L’intelligentsia dont j’ai parlé dans cet article ne doit pas revenir à cette attitude d’eternels “souffleurs attitrés” du pouvoir ou de l’opposition. Pour une fois, elle doit comprendre qu’elle a fait son temps, que sa retraite est largement dépassée. Les nouvelles générations doivent assumer leurs responsabilités et sont dans leur bon droit d’avoir les ambitions dont leurs aînés étaient porteurs à leur âge.
En 1968, Albert Paul Lentin écrivait dans le Nouvel Observateur, lors des grèves estudiantines et ouvrières en Mauritanie, « Le vent de la révolution de mai a soufflé jusque dans le désert mauritanien ».
Aujourd’hui, le vent du changement souffle dans le Maghreb et le Sahel. Les premières bourrasques tentent d’atteindre notre pays. Y aura-t-il encore des patriotes pour éviter qu’elles deviennent des ouragans emportant tout sur leur passage ou serons-nous les premiers qui ouvriront les digues qui permettront au tsunami de tout détruire ?
Je dirai pour finir que je n’ai pas eu à écrire cet article pour flétrir une personne ou une frange de gens. Depuis que j’écris, j’essaye de dire ce que je pense et non ce que les autres souhaitent entendre. Je ne me connais pas d’ennemis particuliers. Ce n’est pas non plus une auto flagellation dont je n’ai nul besoin car j’assume aussi bien mon passé que mon présent.
Jusqu’aujourd’hui, je garde avec tous ces groupes, sans exception, des liens amicaux et parfois très affectifs. Ce texte doit être simplement compris comme une réminiscence d’un homme gagné par l’âge et qui exprime ce que peut ressentir un jeune adolescent de 16 ans happé par un idéal généreux sous la houlette d’hommes plus âgés, courageux et patriotes et qui voit cet idéal se rétrécir comme une peau de chagrin et offrir un tableau peu idyllique au fil des années.
Ma reconnaissance reste très grande à ceux auxquels reste un zeste de cet idéal.
Nouakchott, Septembre 2012
Brahim Salem Ould “Boubacar” Ould Moctar Ould Sambe dit “Ould Bouleiba“
“Les souffleurs“: terme de théâtre qui désigne des personnes qui sont derrière le rideau et quand un acteur cale sur une phrase de son texte, elle lui est soufflée par l’une des personnes.
Appel au grand Retour: Retour à la Vérité par Ba Mamadou Alassane du PLEJ
Appel au grand Retour: Retour à la Vérité
A
– Tous les partis et mouvements politiques,
– Toutes les organisations de la société civile,
– Tous les syndicats,
– Toutes les autorités religieuses,
– Tous les cadres et leaders d’opinion,
– Tous les journalistes.
17 propositions comme contribution, pour une sortie durable de la crise politique permanente que connaît notre pays.
Je voudrais tout d’abord vous rappeler que depuis une quarantaine d’années, J’étais en train de réfléchir et d’écrire rien que pour découvrir la meilleure Voie et Voix pour bien construire notre pays, et en faire un grand pays, c’est á dire : un pays sans coups d’Etat, sans crise au sein de la classe politique, sans crise de l’Unité nationale, donc un pays de paix et de paix durable, un pays que d’autres imitent et non celui qui imite d’autres pays, un pays qui soit en mesure de concilier ce qu’aucun pays de nos jours n’a pu concilier: (prospérité et sécurité), et donc finalement, un pays meilleur modèle de référence dans tous les domaines, pour le monde musulman, pour l’Occident, et pour le monde tout court.
J’étais donc des décennies durant, en train de réfléchir et d’écrire rien que pour découvrir cette Voie et cette Voix :
– réflexion sur nos réalités, sur nos valeurs, sur les différentes voies politiques que nous avons suivies depuis l’Indépendance, sur nos réussites, nos échecs, sur les causes de cette réussite et de cet échec,
– réflexion sur l’Occident, sur les valeurs auxquelles il croit, sur ses différentes formes de démocratie, sur leur réussite et leur échec, et sur les causes de la réussite et de l’échec,
– réflexion sur l’Islam donc sur le Coran, sur les différents courants et tendances au sein de cette religion, sur les difficultés de comprendre et donc de traduire le texte coranique, sur l’esprit et la lettre des versets coraniques, sur les différences d’interprétation á propos de ce texte si complexe,
– réflexion sur ces mots nébuleux au contenu mal défini, mots qui font peur á beaucoup de monde, mots dont la plupart s’appliquent davantage à d’autres religions qu’à la nôtre ; il s’agit des mots comme : islamistes, intégristes, Islam extrémiste, Islam modéré, Islam politique, etc.
– enfin, réflexion sur les trois grandes Voies politiques que se partage le monde : voie sans Dieu : (la laïcité), voie contre Dieu : (l’athéisme), et voie qui donne la priorité à Dieu (L’ISLAM), réflexion sur un certain échec, en tout cas sur un échec certain des deux premières voies, et donc finalement, échec du seul recours á la raison humaine pour bien construire un pays ou bien construire le monde ; c’est donc à la suite de cette réflexion tous azimuts, que j’ai abouti á certains résultats qui, je dois l’avouer en toute franchise, sont bien différents de ceux auxquels a abouti la classe politique dans son ensemble.
Je sais d’avance que ces résultats risquent d’étonner plus d’un, parce qu’ils sont largement inédits et risquent de heurter les esprits parce qu’ils vont á l’encontre des idées reçues et ancrées dans les esprits d’une façon quasi indéracinable. Ces résultats vont sûrement soulever des débats, des polémiques, des interrogations, des objections, du scepticisme, du doute etc…
Pourtant, je demeure convaincu que ces résultats sont les mieux indiqués pour bien construire notre pays et en faire un “grand pays” au sens où j’ai défini le concept : grand pays.
Quels sont donc ces résultats ?
1e résultat: Nous ne pourrons jamais bien construire la Mauritanie avec cette forme ou ce type de démocratie que nous avons importé de l’Occident depuis le discours de La Baule sous François Mitterrand, parce que cette forme de démocratie contient des facteurs qui sont sources de division, de discorde, de dualité, et donc de tension et de crise. Ils sont aussi sources d’instabilité et de désordre. Ces facteurs qui nous ont fait trop de mal une vingtaine d’années durant et qui continuent à nous faire du mal, s’appellent : Multipartisme, Elections, vote, actes de candidature, passion pour le pouvoir, passion pour l’argent, passion excessive d’ordre identitaire. Au total 7 facteurs. En réfléchissant sur chaque facteur, on ne tardera pas á s’apercevoir tout le mal qu’il a fait et continue á faire á notre pays. D’abord aucun de ces facteurs n’a été bien appliqué par les hommes. Ensuite même si on les applique bien, ils ne peuvent que nous diviser et sont toujours susceptibles à un moment ou à un autre, de créer en notre sein, un climat de discorde, de méfiance, de tension, de crise. Je suis donc convaincu que nous avons très mal réfléchi en adoptant cette forme de démocratie qui contient ces facteurs que je considère comme des facteurs sataniques ; “sataniques” au sein propre et figuré du terme.
2e résultat de ma réflexion : Il faut donc renoncer, je dis bien renoncer á cette forme de démocratie et lui substituer une autre, radicalement différente. Il n’est donc plus question de parler d’approfondir cette forme de démocratie, il doit être question d’y renoncer définitivement. Nous avons commis un grave erreur, une erreur fatale, pour avoir opté pour cette forme de démocratie.
3e résultat : Pour rectifier cette erreur, et donc pour construire une nouvelle forme de démocratie, nous devons mettre fin aux 7 facteurs mentionnés ou atténuer leur force de nuisance.
Je voudrais donc á cet effet, vous faire les 17 propositions suivantes :
Ces propositions ont une même finalité : construire un meilleur modèle de société, c’est á dire une société paisible, stable universelle et bénie où les 7 facteurs sont largement exclus ou atténués.
Pour atteindre cette finalité, ces propositions cherchent à appliquer les principes suivants tirés de la morale islamique :
1) Le principe d’unicité : (construire une société unique et non plusieurs projets de société),
2) Le principe de Paix : (construire une société paisible),
3) Le principe d’unité : (construire une société unie),
4) Le principe d’égalité de chances : (construire une société égalitaire sans être égalitariste),
5) Le principe de la concertation et du consensus : (construire une société consensuelle),
6) Le principe du primat á l’éthique sur le politique : (construire une société morale),
7) Le principe de modération : (construire une société équilibrée donc sans extrémismes),
8) Le principe de stabilité : (construire une société stable),
9) Le principe d’universalité : (construire une société universelle fondée sur l’application des principes universels de la morale islamique),
10) Le principe de bénédiction : (construire une société bénie par Allah et comme telle, á l’abri de toutes les crises de tous les malheurs présents ou futurs, quelle que soit leur nature).
Quelles sont ces propositions ?
A) Propositions relatives au Statut du chef de l’Etat.
Elles visent á faire en sorte que le poste de Chef de l’Etat ne nous divise plus ou nous divise moins, et ne nous mette plus en situation de crise.
1e proposition : le Chef de l’Etat devra être sans pouvoirs. N’ayant plus de pouvoirs, il ne commettra plus d’abus de pouvoirs même s’il le désire. Il devra être désormais une autorité morale symbole de l’Unité nationale.
2e proposition : N’ayant plus de pouvoirs, il ne sera plus élu au suffrage universel. Il devra désormais être choisi par consensus sans qu’il se porte candidat, et par une Instance dont la composition et le fonctionnement devront être définis par consensus, au cours d’un débat national.
3e proposition : Le nom du chef de l’Etat doit être choisi sur une liste établie par consensus et par l’Instance en question.
Cette liste devra être établie sur la base des critères définis par consensus et par l’Instance mentionnée. Ces critères doivent être surtout d’ordre moral.
4e proposition : Le Chef de l’Etat portera une appellation particulière définie par consensus et au cours du débat national.
5e proposition : La durée du mandat du Chef de l’Etat sans pouvoirs, sera déterminée par consensus et au cours du débat national.
6e proposition : Le Poste du Chef de l’Etat sera rotatif entre toutes les Régions du Pays et après expiration du premier mandat.
7e proposition: Les pouvoirs qu’avait le Président de la République seront alors répartis entre le premier Ministre, les Ministres, les Gouverneurs, les Conseils régionaux départementaux et municipaux, et ce, dans le cadre de la politique de décentralisation dont on parlera plus loin.
Les 7 propositions que voilà, si elles sont bien appliquées auront beaucoup d’avantages parmi lesquels on peut citer les suivants :
– moins de tiraillements pour occuper le poste du chef de l’Etat,
– plus de candidat á ce poste de Président et par conséquent, plus d’Elections présidentielles et donc plus de contestations et de crises liées á ces Elections,
– plus de Commission nationale électorale indépendante : (CENI) et donc plus de contestations relatives á cette Commission,
– plus d’abus de pouvoir de la part du Chef de l’Etat, donc plus de clientélisme, de népotisme, de tribalisme, de régionalisme, d’ethnicisme ou de Parti- Etat de la part du Chef de l’Etat etc…
Notre Pays connaîtra donc la Paix á propos de ce poste de Président de la République, poste qui a toujours constitué une grande source de coups d’Etat et de crises dans notre Pays.
B)- Propositions relatives au statut de député, sénateur et maire.
Il faut faire en sorte que le poste de Député, Sénateur ou Maire, ne nous divise plus ou nous divise moins.
Pour cela :
8e proposition : Le mandat de député, sénateur, ou maire, doit être gratuit. A titre d’exemple, et en règle générale, un enseignant aura le même salaire et les mêmes avantages qu’il soit député, sénateur ou maire.
La gratuité du mandat parlementaire ou de maire aura beaucoup d’avantages.
En effet, si ce mandat est gratuit, pensez-vous que les gens vont se tirailler comme c’est le cas de nos jours pour être Député, Sénateur ou Maire ?
Désormais, et en règle générale, un poste politique doit être celui où l’on se sacrifie pour servir le peuple et non celui que l’on occupe surtout pour chercher á s’enrichir.
9e proposition: Il faut désormais que la règle générale suivante soit appliquée : “A compétence égale, ou équivalente”, salaires et avantages égaux : que l’on occupe un poste dit politique ou dit technique, qu’il soit électif ou non. Quelques rares exceptions confirmeront cette règle générale.
Ces propositions relatives au nouveau statut de député, sénateur ou maire, ont d’énormes avantages dont les suivants :
– mettre fin à ces excès de tiraillements pour être député, sénateur ou maire,
– mettre fin á l’opportunisme des cadres, un opportunisme qui a fait trop de mal á notre Pays,
– unir davantage notre peuple qui ne sera plus divisé comme avant, par les politiciens,
– faire un partage plus équitable des richesses nationales afin de construire une société de justice,
– donner plus d’importance á la compétence donc á la formation, et en conséquence, se rivaliser pour l’acquisition de la meilleure formation et non se rivaliser pour être député, sénateur ou maire.
C). Propositions relatives á l’accès aux richesses et au partage des richesses.
En vérité et á la réflexion, c’est bien cet accès et ce partage qui nous ont beaucoup divisé et déchiré.
Les propositions suivantes sont destinées á construire en Mauritanie une société de justice en donnant á tous les Mauritaniens une même égalité de chances, et par conséquent, á résoudre en bonne partie, la passion d’ordre identitaire.
Il faut qu’il y’ait égalité de chances entre les mauritaniens pour l’accès aux emplois donc au recrutement et aux nominations à de hautes fonctions : d’où les propositions suivantes :
10e proposition : Il faut bien penser à la création pour la première fois dans l’histoire de notre pays, d’une structure nationale indépendante chargée de l’accès aux emplois et aux nominations á de hautes fonctions.
La composition et le fonctionnement de cette structure devront être définis par consensus et au cours du débat national.
Le rôle principal de cette structure est de faire en sorte que les nominations á tous les emplois civils et même militaires, ne soient pas liées au favoritisme, á la corruption, mais plutôt á des critères objectifs liés á la valeur intrinsèque des personnes concernées.
Cette structure sera donc un moyen pour construire cette société de justice, celle qui a manqué et qui manque le plus á notre pays.
Nous devons réfléchir sur cette structure au cours du débat national.
11e proposition : Dans le même souci de la création d’une société de justice, les richesses nationales devront être mieux partagées entre les citoyens donc entre les régions. A ce sujet, force est de constater qu’il y’a un excès d’inégalités injustes dans ce domaine du partage des richesses.
En conséquence : les richesses budgétaires devront être mieux partagées entre les Régions.
D) Propositions relatives au partage du Pouvoir.
Dans notre pays, il y’a un partage injuste et des richesses et du Pouvoir : ce qui a eu pour résultat : l’avènement d’une société mauritanienne profondément injuste, et comme telle, source de tous les mouvements de protestation et de crise.
Pour mettre fin á de telles injustices, le pouvoir de décision devra être mieux partagé entre les citoyens mauritaniens : d’où les propositions suivantes :
12e proposition : le Pouvoir législatif ainsi que le Pouvoir exécutif devront être décentralisés au profit de nos régions et départements. En conséquence, les parlements régionaux devront être institués, chargés de légiférer sur les problèmes régionaux relatifs aux questions qui intéressent la vie quotidienne et l’amélioration des conditions matérielles et morales d’existence des mauritaniens : (agriculture, élevage, santé, éducation, environnement, etc.).
13e proposition : Les Conseils régionaux et départementaux devront également être institués chargés du pouvoir exécutif au niveau régional et départemental.
14e proposition : En conséquence, les pouvoirs actuels d’ordre législatif et exécutif du Parlement National, du premier ministre, des ministres et des Gouverneurs, devront subir une forte diminution au profit de ces parlements et conseils régionaux et départementaux.
15e proposition : Les gouverneurs et préfets seront choisis par des instances régionales. La composition de ces Instances reste á définir au niveau du débat national.
Chers compatriotes, une telle décentralisation quelle que soit ce qu’elle nous coûte, est fort utile pour le développement de notre pays et pour la construction indispensable d’une société de justice sans laquelle il n’y’a pas de paix. Elle mettra fin à l’excès du centralisme dit démocratique que connaît actuellement notre pays et qui a énormément d’inconvénients puisque, tous les pouvoirs sont trop centralisés et concentrés á la capitale, au niveau du Parlement, du Chef de l’Etat et des ministres.
Il faut bien remarquer que ce régime décentralisé, n’est ni un régime du type présidentiel ou du type parlementaire : il est ailleurs. Il est caractérisé par une meilleure égalité de chances dans le domaine du partage du pouvoir et des richesses.
E)- Propositions relatives á cette notion de légitimité.
Pour un pays comme le nôtre, et compte tenu de la diversité de ses composantes, nous devons donner la priorité à la légitimité par consensus beaucoup plus qu’á la légitimité fondée sur la loi de la majorité. En conséquence :
16e proposition : Tous les problèmes qui, cinquante ans durant, nous ont divisé et continuent á nous diviser et sont sources de tension et de crise, devront être soumis á un débat national afin de leur trouver des solutions consensuelles, solutions qui devront ensuite être soumises á un referendum populaire pour acquérir une grande légitimité.
Les problèmes en question sont relatifs aux langues, au système éducatif à l’esclavage, aux terres, à l’accès aux emplois, au partage du pouvoir, au partage des richesses, à la politique étrangère etc.
17e proposition : En plus, et en second lieu, toujours pour mettre en œuvre le principe du Consensus, et pour éliminer le vote qui est un facteur diviseur, ou pour affaiblir ses effets, toutes les lois qui portent sur de grands problèmes nationaux, susceptibles de nous diviser, doivent être légitimées par consensus et non par vote. La légitimité par consensus devra donc être la règle générale et le vote donc la recherche de la majorité : l’exception. Parce que tout simplement, le consensus unit, le vote divise.
Chers compatriotes, voilà donc les 17 propositions que je soumets à votre attention á votre réflexion à votre méditation en vue de trouver une sortie durable de la crise endémique que connaît notre pays.
Toutes ces propositions devront être soumises á un débat national, débat auquel devront participer : les représentants de tous les Partis et mouvements politiques, de toute la société civile, des autorités religieuses, des syndicats, etc.
Si ces propositions sont approuvées par consensus au cours du débat, elles devront être soumises á un referendum populaire pour acquérir une grande légitimité. Les solutions que contiennent ces propositions seront la Charte de notre unité nationale, Charte qui remplacera notre Constitution actuelle et qui sera donc notre loi fondamentale, loi qui sera ensuite complétée par celles votées par le Parlement national : (lois nationales), et par les parlements régionaux : (lois régionales). Ainsi, on pourrait bien créer un grand Parti unifié chargé d’appliquer la Charte. Un tel Parti sera comme le tronc d’un arbre avec des branches. Le tronc est plus important que les branches. Et le multipartisme en sera encore affaibli. Ceux qui ne se retrouveraient pas dans ce tronc commun garderaient leurs partis qui seront comme les branches.
Chers compatriotes,
Je suis convaincu que si on applique ces propositions, notre pays va enfin construire un seul modèle de société et surtout un meilleur modèle, modèle où il n’y’aura plus de crise. Parce que c’est une société de paix et de paix durable. Société de paix parce que société unie. Société de paix parce que société d’égalité de chances entre tous les mauritaniens. Société de paix parce que société où les 7 facteurs sataniques n’auront plus de force qui puisse nous nuire dangereusement.
En effet, dans une telle société, le multipartisme n’aura plus de force á cause de ces solutions consensuelles autour de nos grands problèmes nationaux et á cause de l’égalité de chances entre tous les mauritaniens dans tous les domaines. Même si le multipartisme ne disparaît pas, sa force de nuisance c’est à dire sa force de division, de tension, de discorde, de dualité, sera fortement affaiblie. Ce n’est pas par des lois que l’on pourra bien atténuer le nombre de partis politiques, encore moins les faire disparaître, mais par la construction d’un seul projet de société, grâce aux propositions qui viennent d’être faites. Il est donc temps que les mauritaniens organisent un grand débat national pour la recherche d’un Consensus National en vue de construire ce modèle de société unique.
Il ne faut pas dire á priori que ce n’est pas possible alors que nous n’avons jamais tenté de le faire. C’est possible si notre volonté, c’est surtout de bien construire un bon modèle de société pour notre pays et non de satisfaire nos ambitions personnelles. Dans tous les cas, les mauritaniens qui le voudront construiront ce modèle de société unique.
D’autre part, les élections : ce second satan qui nous a fait et continue à nous faire trop de mal, va aussi perdre de sa force de nuisance à cause de la gratuité du mandat parlementaire et de l’existence d’un chef d’Etat sans pouvoirs. Il faut que l’on cesse de parler d’élections libres justes et transparentes. Dans un pays comme le nôtre, confronté á la misère, au manque d’éducation civique et politique, quand y’aura-t-il élections justes libres et transparentes? Avant qu’elles ne soient libres justes et transparentes et même si elles le sont, elles resteront toujours un Satan parce qu’elles sont toujours sources de rivalités, de contestations, de division, de dualité, donc de discorde, et par conséquent de tensions et de crises.
Nous devons donc nous décoloniser et cesser de faire de ce Satan comme une fatalité en disant qu’il n’y’a pas de démocratie sans “élections”. Cela dépend de quel type de démocratie on parle. Les élections, 20 ans durant, nous ont fait plus de mal que de bien, puisqu’elles n’ont pu ni prévenir ni guérir nos crises. Si elles constituent une solution que nous avons importée de l’Occident, elles sont une mauvaise solution. Nous devons donc chercher á les faire disparaître ou affaiblir leur force de nuisance grâce aux propositions qui viennent d’être faites.
Par ailleurs, avec la gratuité du mandat parlementaire, avec un chef d’Etat sans pouvoirs et qui ne devra plus être candidat, les autres Satan qui s’appellent: actes de candidature et vote, liés aux élections législatives, sénatoriales et municipales, vont voir, eux aussi, leur force de nuisance bien atténuée.
En conséquence, la force de nuisance du modèle de démocratie du type occidental, “un modèle satanisé,” s’en trouvera fort affaibli. En outre, avec la disparition ou l’affaiblissement des élections, ce qu’on appelle CENI, souvent source de contestations et de discorde, va disparaître ou se retrouver elle aussi affaiblie.
Les Satan que constituent les passions pour le Pouvoir et pour l’argent, Satan qui eux aussi, nous ont fait et continuent á nous faire trop de mal, vont voir leur force de nuisance soit disparaître soit baisser d’intensité.
Quant á la passion d’ordre identitaire, elle aussi, va perdre de son intensité, grâce á quoi? Grâce á la construction d’une société plus égalitaire sans être égalitariste, société fondée non sur la loi de la majorité, mais surtout sur l’égalité de chances et sur le Consensus.
Chers compatriotes,
Je ne crois pas qu’il y’ait d’autres solutions meilleures que celles qui viennent d’être proposées parce que ces solutions sont en vérité des solutions islamiques parce qu’issues de l’application des principes et des valeurs de la morale islamique.
Il s’agit donc des solutions divines, et non humaines et par conséquent des solutions infaillibles, universelles immuables donc stables, et bénies, parce qu’elles sont issues d’un livre infaillible, universel, immuable et béni: le Coran.
Chers compatriotes,
On peut se demander pour quelles raisons nous n’avons pas appliqué ces solutions. Nous ne les avons pas appliquées pour diverses raisons : (la colonisation d’ordre politique, culturel et idéologique que nous avons subie de l’Occident et qui nous a empêché de mieux penser par nous-mêmes et pour nous – mêmes ; un certain complexe d’infériorité issu de cette colonisation, complexe qui nous a conduit á imiter l’Occident alors que c’est l’Occident qui devrait nous imiter ; la priorité donnée à nos intérêts personnels sur ceux de notre pays et de l’Islam etc…)
Chers compatriotes,
Je suis convaincu que c’est en appliquant ces solutions que l’on construira une vraie République islamique de Mauritanie et qu’on respectera par conséquent notre double promesse : celle faite á notre peuple et à Dieu : à savoir la construction d’une vraie République Islamique. En construisant donc une telle République, nous allons donner satisfaction à Dieu. Et en donnant satisfaction à Dieu, notre réussite sera fatale et notre échec évité. On a trop tendance à oublier que dans une vraie République islamique, qui est une République bénie par Allah, il ne peut y avoir ni crise ni grands malheurs.
Chers compatriotes,
En vérité, nous n’avons jamais bien compris la vraie cause de notre crise à répétition et donc de notre échec à répétition. La vraie Cause, c’est que nous n’avons jamais voulu ou pu construire une vraie République islamique. Nous n’avons donc jamais respecté notre double promesse. Nous avons toujours cru á tort qu’une vraie République islamique, c’est celle où il faut appliquer les cinq piliers en semblant oublier que dans ces cinq piliers il y’a une morale : le Coran n’est pas un livre de jurisprudence comme l’a affirmé un penseur islamique, c’est un livre de morale : une morale qui, si elle est bien comprise et bien appliquée, est la meilleure des morales. C’est malheureusement une morale qui a été souvent mal comprise, caricaturée,et plus grave :mal appliquée
Les intérêts des humains ont pris le pas sur les intérêts de l’Islam. Ce qui explique qu’aujourd’hui, nulle part sur notre planète – terre et á ma connaissance, il n’y’a de Vraie République Islamique.
Toutes les Républiques dites islamiques y compris la nôtre bien sûr, sont plus ou moins des Républiques islamiques en dérive. Il en est de même des Etats dits islamiques.
Chers Compatriotes,
Il nous revient de reconstruire dans notre pays, si nous voulons bien réussir et redevenir un grand pays, une vraie République islamique de Mauritanie.
C’est ici le lieu de rappeler que j’avais adressé au Chef d’Etat mauritanien issu du régime du 12/12/1984, une lettre dans laquelle je lui disais que s’il veut éviter á la Mauritanie le Chaos, et surtout s’il veut garder son fauteuil présidentiel, il doit construire la Mauritanie comme le veut le Coran donc en respectant les principes du Coran. Je lui avais précisé que s’il ne respectait pas ces principes, il risquerait de quitter le Pouvoir. Cette lettre, il semblait l’avoir mise dans les tiroirs, si toutefois il l’avait lue. Ce que je sais, c’est que très peu de temps après ma lettre, un coup d’Etat l’avait mis hors du Pouvoir.
Alors simple coïncidence donc pur hasard ! Je ne crois pas au hasard en Islam, parce que je crois á la prédestination donc au décret divin.
Je ne sais pas si le Chef de l’Etat actuel va lire cette lettre ou non. il doit au moins la lire. Si en la lisant, il la jette dans les tiroirs comme le fit l’un de ses prédécesseurs dont je viens de parler, j’ai le sentiment qu’il risque lui aussi, de quitter très vite le Pouvoir. Par la volonté de Dieu. En le disant, je ne cherche pas á lui faire peur mais á lui dire ce que je crois.
Voyez – vous, je suis convaincu que ceux qui veulent honnêtement servir l’Islam, Allah leur viendra en aide. C’est Allah qui l’a dit dans des versets explicites non sujets á interprétation.
Je ne suis pas un Faghih, au sens où l’on entend généralement par ce mot, même si j’ai lu les travaux de certains foughahaa. Je ne suis pas un spécialiste de la pensée islamique, de la morale islamique, du droit islamique, ou de l’Idéologie islamique en général. Ma démarche est plutôt une démarche réflexive, qui ne s’oppose pas à celle d’un Faghih, mais qui souhaiterait plutôt contribuer á l’enrichir tant soit peu.
A ce sujet, je ne vous cache pas que j’ai demandé avec conviction á Allah de m’aider à écrire sur l’Islam. Je suis sûr que cette demande a été acceptée si je me base sur un miracle que j’avais vécu en 1986 aussitôt après avoir exprimé cette demande, miracle dont j’avais parlé á mes proches.
Chers compatriotes
Oui, c’est bien l’Islam qui peut sauver la Mauritanie.
C’est donc la démocratie islamique fondée sur l’application des principes et des valeurs de la morale islamique qui peut sauver la Mauritanie.
Je lance donc un vibrant appel à toute la classe politique : celle de la mouvance présidentielle et celle de l’opposition pour appliquer cette morale en appliquant les propositions qui viennent d’être faites.
Nous, classe politique, nous avons perdu beaucoup de temps pour rien, trop de temps à parler d’élections, de vote, d’actes de candidatures, de CENI, donc trop de temps à parler de ce qui nous divise, trop de temps á faire preuve de la part de certains parmi nous, d’hypocrisie, de mensonge, en parlant de servir les intérêts du pays alors qu’en vérité, nous servons surtout nos intérêts personnels.
Nous avons perdu beaucoup de temps à tourner en rond à aller de coups d’Etat en élections et d’élections en crises. Nous avons passé trop de temps dans l’eternel recommencement, dans l’eternel retour à la case départ, au statu quo ante. Donc trop de temps á faire le travail de Sisyphe, ce héros de Camus qui ne cessait de rouler une pierre et la pierre ne cessait de retomber.
Aujourd’hui plus que jamais, nous devons faire notre autocritique, nous remettre fondamentalement en question et remettre fondamentalement en question notre modèle de société et donc notre modèle de Constitution, de démocratie, et d’Etat.
Nous n’avons même pas besoin de Constitution nouvelle, nous avons déjà notre Constitution : le Coran, où il y’a déjà un meilleur projet de société, de démocratie et d’Etat. Il s’agit d’appliquer ses principes et ses valeurs qui sont universels, immuables, sources de paix, d’universalité, de stabilité, et de bénédiction. Pourquoi n’avons-nous pas voulu les appliquer? Pourquoi avons-nous voulu imiter l’Occident, en imitant largement son modèle de Constitution de démocratie et d’Etat, alors que c’est l’Occident qui devait nous imiter? Avons – nous oublié notre grande spécificité par rapport à l’Occident et à d’autres pays musulmans : à savoir que nous sommes musulmans á 100%, plus est, des musulmans sunnites, et plus est encore, de rite malékite? Avons-nous oublié que nous croyons tous aux mêmes principes et aux mêmes valeurs contenus dans le Coran? Avons – nous oublié que dans le Coran, il y’a : un projet économique, un projet éducatif, un projet culturel, un projet juridique, un projet de libertés, un projet sanitaire, un projet de gouvernement, un projet de gouvernants, un projet de rapports entre gouvernants et gouvernés, un projet de rapports entre gouvernés, un projet de justice sociale, un projet de rapports inter individuels et collectifs un projet d’homme, de femme, de famille, un projet de diplomatie, un projet environnemental, un projet de mondialisation? etc.…. Pourquoi dès lors prétendre que le Coran n’est pas ou ne doit pas être une Constitution ?
La Constitution du Créateur n’est- elle pas meilleure que celle des créatures ? Les principes et valeurs islamiques dont nous avons parlé, ne sont – ils pas universels et immuables donc non soumis aux contraintes du temps? La Constitution divine qui ne change pas, n’est elle pas meilleure que celle humaine qui change ?
Chers Compatriotes,
Notre mission aujourd’hui plus que jamais, une mission mal comprise et donc mal appliquée, c’est de démontrer á la face du monde, ce qu’est une Vraie République islamique, et de démontrer qu’elle est par principe, et dans les faits, la meilleure des Républiques : parce que République pensée par la raison divine et non par la raison humaine. Notre mission est donc de démontrer que le Coran est mal compris, que sa morale n’est pas bien comprise, et que l’Islam est souvent compris comme religion et non comme Etat, alors que l’Islam est à la fois religion et Etat, il est à la fois une affaire individuelle et personnelle, et une affaire collective.
Notre mission est aussi de démontrer que les mots : islamistes, intégristes, islam radical, islam modéré, islam politique, mots qui font peur, sont des mots nébuleux au contenu mal défini, et qui s’appliquent plutôt à d’autres religions qu’à l’Islam.
Il faut aussi cesser d’avoir peur de l’Occident, peur qui ne peut que nous paralyser. Selon l’esprit et la lettre du Coran, c’est Dieu qu’il faut craindre et non les humains.
Chers compatriotes,
Il faut aussi savoir que la démocratie du Créateur est meilleure que celle des Créatures parce que les solutions du Créateur sont meilleures que celles des Créatures, puisque la raison du Créateur est meilleure que celle des Créatures.
Chers compatriotes,
Faut –il le rappeler, c’est le Coran la Vérité (avec un grand V). Tout ce qui contredit le Coran, c’est du Mensonge.
Notre mission aujourd’hui c’est d’opérer un grand retour : le retour á la Vérité. C’est l’Islam qui, pour nous, est la Vérité. En substituant la démocratie de l’Occident à celle islamique, nous avons donné la priorité au mensonge au lieu de donner la priorité á la Vérité. Et voilà qui explique que nous nous sommes gravement trompé de démocratie. Nous devons rectifier notre erreur, plus qu’une erreur : une faute, voire un péché.
Chers Compatriotes,
Oui, nous pouvons bien sauver la Mauritanie de tous les dangers mais à une seule condition : c’est que nous renoncions à la démocratie telle que l’Occident la veut et que nous revenions à la démocratie telle que le Coran la veut. Sur ce plan, entre l’Occident et le Coran, il faut choisir.
Chers compatriotes,
Puisque c’est le Coran la Vérité, osons- nous refuser le retour á la Vérité, donc le retour á la démocratie de la Vérité ?
Je vous remercie de votre longue attention, et vous prie de croire á l’expression de mes sentiments de haute considération, et de fraternité islamique et patriotique.
Ba Mamadou Alassane.
Bilan à mi-parcours du Général Ould Abdel Aziz : Entre l’exclusion systématique et la systématisation de l’exclusion
Son coup d’Etat militaire du 6 aout 2008 qui est venu mettre un terme au processus démocratique en cours et son élection à la présidence de la république le 9 aout 2009 avaient suscité beaucoup de polémiques entre ceux qui pensaient qu’il ne pouvait prétendre à aucune légitimité et ses partisans acharnés. Après quatre années de magistrature suprême, il est tout à fait normal de s’arrêter ; le temps de faire un bilan à mi-parcours
Dresser « le bilan de Mouhamed Ould Abdel Aziz », c’est d’abord et avant tout faire le constat désolant de l’accaparement des ressources du pays par une seule tribu, celle des Oulad Bassbah.
S’interroger sur « le mandat du Général », c’est s’indigner contre l’exclusion systématique des Haratines, Pulaars, Soninkés, Wolofs et l’écrasante majorité des tribus Beydanes des centres des prises de décisions. C’est aussi s’apercevoir de la mesquinerie autour de la petite ouverture faite aux exclus pour camoufler, atténuer et falsifier la nature discriminatoire de leur régime.
Se pencher sur « les statistiques » du soi-disant « président des pauvres »», c’est reconnaitre que la Mauritanie est sans lendemains meilleurs, tout simplement parce qu’elle est administrée au jour le jour par un groupe sans vision, sans détermination, et sans aucune volonté de construire un Etat de droit. Alors qu’ils avaient promis de poser les jalons d’un Etat uni et fier de sa diversité culturelle et de son homogénéité religieuse.
Faire l’état des lieux en Mauritanie c’est se rendre à l’évidence que le chef de l’Etat et ses acolytes n’ont fourni aucun effort pour résoudre l’épineuse question de la cohabitation. Pire, ils s’inscrivent dans la logique visant à faire des Noirs des citoyens de seconde zone et ce, contrairement aux engagements qu’ils avaient pris lorsqu’ils organisaient des prières dans la ville meurtrie de Kaédi.
Enfin, conclure sur « le bilan de Mouhamed Ould Abdel Aziz », c’est être au regret de constater qu’il est loin d’être l’homme providentiel et qu’il a lamentablement raté son rendez-vous avec l’Histoire. N’ayant pas été à la hauteur des aspirations du peuple Mauritanien, il ne lui reste plus qu’à penser à une sortie honorable.
Abda Wone




