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FLAMNET-ARCHIVES :DEVOIR DE MÉMOIRE: Oualata : chronologie funèbre 25ème anniversaire de la mort en détention de nos martyrs de Oualata Par Boye Alassane Harouna
Septembre 1986. L’arrestation, le jugement et l’emprisonnement des cadres et militants des FLAM marquent le début d’une répression systématique des Négro-africains.
Octobre 1987. Arrestation d’officiers et sous-officiers négro-africains pour tentative de coup d’État.
18 novembre 1987. Ouverture de leur procès. Ils sont jugés, trois d’entre eux, les lieutenants Sarr Amadou, Bâ Seïdy et Sy Saïdou, exécutés le 6 décembre 1987. Radicalisation de la répression systématique du pouvoir raciste de Nouakchott. Elle connaîtra son apogée en 1989-1990, avec les massacres et les déportations des Négro-africains vers le Sénégal et le Mali.
8 décembre 1987, vers 23 heures 30. Les 33 cadres et militants des FLAM emprisonnés depuis 1986 à la prison de Nouakchott et les 35 militaires qui viennent d’être jugés et condamnés à de lourdes peines sont regroupés au Centre émetteur de Nouakchott. Ils sont transportés, menottés, au fort de Oualata où ils seront incarcérés.
9 décembre 1987, dans la nuit. Les 68 détenus politiques Négro-africains (auxquels on a «adjoint» une poignée de détenus de droit commun) débarquent dans le Fort mouroir de Oualata.
Après seulement 8 mois et 17 jours de détention, commence, consécutive à des conditions de détention inhumaines, la «série noire». En 33 jours, quatre de nos compagnons vont mourir. Soit un mort tous les huit jours.
26 août 1988, à 15 heures 5 : mort de Bâ Alassane Oumar ;
2 septembre 1988 : mort de Ten Youssouf Guéye ;
13 septembre 1988 : mort de Bâ Abdoul Khoudouss ;
28 septembre 1988 : mort de Djigo Tabssirou ;
Voilà 25 ans que sont morts nos compagnons d’infortune. Morts pour avoir dénoncé le racisme d’État ; morts pour avoir affirmé la volonté d’instaurer une Mauritanie égalitaire ; morts à cause des conditions de détention bestiales, d’un système carcéral raciste ; morts loin des leurs, de leurs parents, familles, amis et proches ; morts sans que ces êtres qui leur sont chers aient eu la possibilité de poser sur eux un dernier regard d’adieu, de leur rendre les derniers devoirs…
À ces morts, morts dans de telles conditions, morts pour de telles raisons, que leur doivent leurs anciens compagnons rescapés, encore vivants !? Au moins une chose : le devoir de mémoire ; maigre consolation – pourrait-on dire – pour les parents et proches des défunts qui s’en seraient volontiers passés ; devoir auquel nous ne pourrions nous dérober, mais dont l’accomplissement ne nous procure guère de réjouissance : car l’instant de souvenir réservé aux morts qui nous sont chers s’accompagne toujours d’un pincement au coeur. Pincement au coeur d’autant plus vif qu’abominables furent le plus souvent les conditions dans lesquelles ces êtres chers trouvèrent la mort.. Ils leur doivent, leurs compagnons rescapés, de perpétuer leur souvenir, de leur rendre hommage, de rappeler les causes et les conditions de leur mort. Et à bon escient, car le processus démocratique en cours, aussi loin qu’on veuille remonter dans le passé pour en cerner les facteurs déclencheurs, tire ses origines aussi, et sans doute surtout, de ces morts et de toutes celles qui, à l’échelle du pays, eurent lieu du fait de la répression raciste.
Août -septembre 1988, août-septembre 2013 : à l’occasion du 25 ème anniversaire de la mort de nos quatre compagnons de détention, Bâ Alassane Oumar, Ten Youssouf Guéye, Bâ Abdoul Ghoudouss et Djigo Tabssirou, nous publions, en quatre parties, les extraits de J’ÉTAIS À OUALATA – Le racisme d’État en Mauritanie, relatifs aux circonstances de leur décès.
Boye Alassane Harouna- Écrivain et rescapé de Oualata
FLAMNET-ARCHIVES-AOÛT 2006
(1ère partie : la mort de Bâ Alassane Oumar)
«Ce sera le 26… » ou le début de la série noire
Par BOYE ALASSANE HAROUNA-Auteur de “J´étais à Oualata ”
«Le béribéri avait littéralement investi notre dortoir. Presque tous les détenus en présentaient les signes. Une quinzaine en était gravement victime. Incapables du moindre effort, ceux-ci étaient cloués sur place. Défigurés par le gonflement pour certains, par la maigreur pour d’autres, tous étaient presque méconnaissables. Sans assistance, ils étaient incapables de se mouvoir. Pour se déplacer, y compris pour aller aux W-C, il leur fallait s’appuyer sur l’épaule de l’un de leurs camarades. Parfois, en raison de la faiblesse extrême des malades, il fallait s’y mettre à deux pour les assister. Le détenu avait beau être malade au point d’en être paralysé, son état, fût-il manifestement critique, il n’était jamais acquis d’avance qu’il fût transféré par les geôliers, comme nous le verrons avec la mort de Bâ Abdoul Ghoudouss.
Par rapport à notre régime carcéral, aucune lueur de changement n’était visible à l’horizon. L’alimentation demeurait la même au plan quantité et qualité. Le «Gnankata» de plus en plus exécrable était toujours là. Les soins n’existaient toujours pas. Malgré tout, les travaux étaient maintenus. Le béribéri et autres maladies qui rongeaient les détenus, les malades dont le nombre augmentait sans cesse, l’inexistence de médicaments, tout ceci semblait être la dernière des préoccupations de nos geôliers. Dans de telles conditions, à moins d’un miracle peu probable, il devenait de plus en plus clair que la mort n’allait plus tarder à frapper. Il fallait, pour ne pas percevoir une telle perspective morbide, être aveuglé par de folles espérances. En réalité, pour beaucoup d’entre nous, la question de savoir s’il y aurait des morts ne se posait plus. Elle était dépassée. Il s’agissait présentement de savoir quand et combien de morts il y aurait au bout de l’épreuve ? Mais s’il est vrai que pour bon nombre d’entre nous, nos conditions de détention suggéraient de telles questions, nous étions loin de penser que huit mois et seize jours après notre arrivée dans le fort de Oualata, nous serions frappés, dans l’espace d’un mois seulement, par plusieurs deuils. Cela commença le 26 août 1988. Ce jour, à 16 heures5, Bâ Alassane Oumar rendit l’âme.
L’homme était naturellement agréable, sympathique et plein de noblesse. Il était de cette espèce humaine, capable d’entretenir de bons rapports avec des personnes aussi variées qu’antinomiques. Qu’on soit chaleureux, expansif, taciturne ou volubile, courtois ou vulgaire, patient ou irascible, on trouvait toujours auprès de Bâ Alassane Oumar compréhension, douceur et agréable compagnie. Ainsi il vécut en liberté. Ainsi il vécut en détention. La prison, malgré ses rigueurs, ses privations, n’y changea rien. Il s’éteignit comme il vécut : avec douceur et noblesse.
Comme beaucoup de détenus, l’adjudant-chef Bâ Alassane Oumar avait fait une méchante diarrhée à Jreïda. Cependant la sienne avait refusé de le lâcher. Il en avait beaucoup dépéri. Il traînera cette diarrhée avec lui jusqu’au fort-mouroir de Oualata. Là où le «bien-portant» se consumait inexorablement, que pouvait devenir l’organisme déjà si fébrile de Bâ Alassane Oumar ? À cette diarrhée qui le pressait étaient venus s’ajouter le béribéri et sans doute d’autres maladies. Il maigrissait de jour en jour. Son état était tel que, dès le début, nous l’exemptâmes de tous les travaux. Mais pour qu’il recouvrât sa santé et qu’il retrouvât ses forces, il lui fallait des soins appropriés et suivis. Ils ne lui furent pas donnés. Il lui fallait une alimentation saine. Elle ne lui fut jamais donnée malgré nos demandes répétées. Pour résister au mal qui le rongeait, ne pas se laisser abattre par lui, Bâ Alassane Oumar n’avait que son courage moral. Quand sa douleur se faisait moindre, il se déplaçait dans la salle. C’est dans le cadre de ses déplacements qu’un jour, à notre place, Bâ Mamadou Sidi et moi, il raconta son rêve déjà évoqué, dans lequel le vieil homme en blanc lui disait : «ce sera le 26… ». Quand il s’en sentait capable, il aimait sortir avec les groupes de travail, pour se dégourdir les jambes. Mais ces moments où l’envie et la force lui permettaient de tels déplacements étaient éphémères. Et ils se raréfiaient à mesure que le temps s’écoulait et que le mal le tenaillait. Alors Bâ Alassane s’alitait. Sa maladie fut longue et pénible. Il la développa dans un dénuement total, sans alimentation, sans soins, sans même une perspective de guérison. Sans doute que pendant les derniers jours qui précédèrent sa mort, lui-même avait pressenti que sa fin était proche. Et pourtant, jamais il ne s’est départi de son calme. Pas un instant il ne prit prétexte de sa maladie pour faire prévaloir une quelconque exigence. Quelle dignité ! Quelle noblesse ! Que celles de Bâ Alassane Oumar. Noblesse dans la privation, dans la douleur. Dignité devant la maladie et la perspective presque certaine d’une mort imminente.
Pendant les huit mois et seize jours qu’il vécut dans le fort-mouroir de Oualata, il resta plus assis, couché que debout. Marcher ? Il ne le fit que très rarement. Dans la dernière semaine du mois d’août, il nous sembla que son état s’empirait. Nous pensions que c’était passager et qu’il allait se rétablir. Mais le 26 août 1988 dans l’après-midi, sa respiration devint si difficile qu’un groupe de camarades vint à son chevet. Ses difficultés respiratoires croissaient de plus en plus. Visiblement Bâ Alassane Oumar agonisait. Et puis, au terme d’un ultime effort pour respirer, il rendit l’âme. Il était 15 heures 5. Aussitôt la nouvelle fit le tour de toute la salle. Elle nous plongea dans une profonde tristesse. Nous informâmes nos geôliers.
En même temps, nous leur demandâmes, après qu’ils eurent constaté le décès de notre camarade, l’autorisation de nous occuper de toute la cérémonie funéraire : le lavage et l’enterrement du défunt selon les prescriptions islamiques. Notre demande fut acceptée. Une liste définissant nos besoins pour l’exécution de la cérémonie funéraire fut établie. Elle comprenait sept mètres de tissu de percale pour le linceul, du parfum pour parfumer le linceul, une aiguille et du fil pour coudre les différentes parties du linceul, du savon pour laver le corps du défunt. Cette liste fut remise au brigadier Moustapha, bras droit du régisseur. Le nécessaire, aussitôt réalisé sur le marché de la ville, fut remis à notre imam Djigo Tabssirou qui dirigera toute la cérémonie funéraire.
Pendant ce temps, il régnait dans le fort une grande agitation. Nos geôliers semblaient déboussolés par la mort de notre camarade. Ils nous parurent avoir perdu subitement de leur superbe. Leurs gestes devinrent mesurés, leurs voix calmes, leurs propos sans agressivité. Était-ce par respect pour la mémoire du défunt et notre deuil ? Ou était-ce le résultat d’un événement inattendu pour eux, et pour lequel ils n’étaient pas préparés ? Aussitôt le constat du changement d’attitude de nos geôliers fait, nous ne nous attardâmes point à en savoir les causes réelles. Nous étions convaincus que de toutes les façons, il n’était que passager.
Le corps du défunt fut transporté dans l’antichambre qui menait aux WC. Là, il fut déposé sur une large planche. Djigo Tabssirou, notre imam, renforcé par un groupe de camarades, effectua la toilette funéraire du défunt. Quand la séance de lavage du défunt fut achevée, quand son corps fut enveloppé dans le linceul et que celui-ci fut abondamment parfumé, nous informâmes nos geôliers que nous étions prêts à accompagner notre camarade dans sa dernière demeure.
À cent mètres au nord-est du fort se trouve un cimetière. Y reposent dans l’anonymat le plus complet quelques détenus de droit commun. Ce cimetière nous fut indiqué par les geôliers. C’est là que devait être inhumé le corps de notre compagnon. Nous l’y transportâmes. Excepté les malades incapables de se déplacer, tous les détenus formèrent une colonne. Et dans un silence tout religieux, escortés par les gardes, ils prirent la direction du cimetière. Quelques camarades chargés de creuser la tombe du défunt s’y trouvaient déjà. Une fois au cimetière, le corps du défunt fut déposé sur une couverture. Face à lui, nous formâmes plusieurs rangées. Et, sous la direction de notre imam Djigo Tabssirou, la prière à l’intention des morts fut accomplie. Un garde l’effectua avec nous. Lorsque celle-ci fut terminée, le corps du défunt fut introduit dans la tombe qui fut entièrement recouverte de terre. Ensuite, tous regroupés autour de la tombe de notre compagnon, et toujours sous la direction de notre imam Djigo Tabssirou, nous récitâmes quelques versets coraniques pour le repos de l’âme du défunt.
Pendant que certains camarades cassaient quelques branches d’arbres pour les mettre sur la tombe du défunt, les autres, assis par petits groupes, attendaient. À les voir ainsi attendre, on eut dit qu’ils auraient aimé prolonger leur attente pour tenir plus longuement compagnie à leur camarade défunt qu’ils ne reverront plus, et sur la tombe de qui, il était peu sûr qu’ils eussent la possibilité de revenir prier.
Assis à côté de Bâ Mamadou Sidi, je méditais. Sur quoi pouvait-on méditer en pareille circonstance, face à la mort ? Sur ce constat simple et limpide mais dont l’évidence ne semble frapper l’esprit, comme pour le rappeler à la réalité, que lorsqu’on y fait face, lorsqu’on s’y trouve confronté : sur ce que la vie a de passager et d’éphémère. Sur ce constat que, qu’ils soient riches ou pauvres, savants ou incultes, souverains ou sujets, quel que soit leur statut social, morts, tous les individus demeurent égaux quant aux traitements dont ils bénéficient en ce bas monde : prières et enterrement. Je pensais aussi au défunt, aux siens qui ne le reverront plus. C’est alors que, par association de pensées, je constatai que nous étions le 26 août 1988. Or, dans le rêve qu’avait fait Bâ Alassane Oumar, on se rappelle que le vieil homme en blanc lui avait dit : « ce sera le 26… ». Sa mort eut lieu le 26 août 1988. J’interrompis mes pensées et, m’adressant à Bâ Mamadou Sidi, je lui dis : «Te rappelles-tu le rêve de Bâ Alassane dans lequel, nous disait-il, un vieil homme s’était présenté à lui et lui avait dit “ce sera le 26…” » ?
– Oui, je m’en souviens bien, me répondit Bâ Mamadou Sidi.
– As-tu fait la comparaison entre cette date et celle d’aujourd’hui : 26 août 1988 ?
– En effet nous sommes bien le 26 août, me dit Bâ Mamadou Sidi.
Nous nous tûmes. L’étrangeté de la coïncidence des dates se passait de commentaires. Était-ce cette mort que par insinuation le vieil homme en blanc voulait annoncer à Bâ Alassane Oumar quand il lui dit : « ce sera le 26… » ? Étrange rêve ! Étrange coïncidence de dates !
Le soleil s’apprêtait à se coucher quand nous regagnâmes notre salle. Le lendemain matin, tous les maigres effets du défunt : vêtements, couverture, etc., furent rassemblés. Une équipe de détenus se chargea de laver ce qui devait l’être. Le tout fut arrangé dans un sac qui devait attendre des jours meilleurs pour être remis aux parents du défunt.
Le décès de notre camarade, conséquence directe des conditions de détention épouvantables, ne semblait pas engendrer dans l’immédiat une quelconque amélioration de notre situation ni sur le plan alimentaire, ni sur le plan sanitaire.
La vie carcérale reprit son cours habituel : travaux chaque jour, «Gnankata» matin et soir. Mais, même si cela ne se disait pas à très haute voix, il était clair pour beaucoup de détenus que la mort de l’adjudant-chef Bâ Alassane Oumar n’était, hélas, que le début d’une série noire qui pouvait être très longue. À moins que des améliorations significatives et durables soient introduites dans notre régime carcéral.»
Boye Alassane Harouna
Le 25 août 2006
[1] J’ÉTAIS À OULATA- LE RACISME d’État EN MAURITANIE- Page 124 à 129 .
FLAMNET-AGORA: Sauver Kaédi par Boubacar Diagana et Ciré Ba
S’il est, en Mauritanie d’aujourd’hui, une ville dont tout le monde s’accorde à dire qu’elle recule, c’est bien Kaédi. Pourtant, la plus grande cité du Sud, « Hier capitale du Fouta, aujourd’hui, capitale agricole de la Mauritanie » (Tène Youssouf Gueye), eut un passé historique glorieux et des atouts exceptionnels : l’implantation de la première école en Mauritanie en 1898 dans laquelle furent formés les premiers lettrés et cadres du pays, une administration structurée et d’autres infrastructures qui datent du début du siècle. Puis ce fut le début d’industrialisation avec l’installation d’une usine de tannerie et d’un abattoir frigorifique, l’ouverture de l’Ecole Nationale de Formation et de Vulgarisation Agricole (ENFVA – anciennement appelée Ecole des Cadres Ruraux puis Centre de Vulgarisation Agricole).
Kaédi fut la première ville dotée d’un aéroport et d’un hôpital pour toute la vallée du fleuve Sénégal, parmi les premières à avoir un collège. Kaédi fut aussi la première ville équipée d’une centrale électrique et d’un réseau d’eau potable, muni d’un réseau d’évacuation des eaux pluviales. La plupart de ces réalisations portent la signature d’un homme de carrure exceptionnelle, son nom reste gravé dans la mémoire collective : Youssouf Koïta, Député – Maire, il fit de Kaédi une vitrine et un passage obligé de Chefs d’Etats et parlementaires étrangers en visite en Mauritanie : les présidents Ahmadou Ahidjo du Cameroun en février 1967, Hamani Diori du Niger en avril 1967, Léopold Sédar Senghor du Sénégal. Kaédi a également accueilli des délégations de parlementaires français et maliens respectivement en mai et décembre 1966. Si un édifice public à Kaédi (l’hôtel de ville pour le symbole) devait porter le nom d’une personnalité, ce devrait bien être Youssouf Koïta pour son rôle de grand bâtisseur de notre cité.
L’âge d’or de Kaédi s’est poursuivi jusqu’à la fin des années soixante-dix sous la houlette du richissime Député Abdoul Aziz Bâ qui mit sa fortune au service d’une jeunesse épanouie et d’une ville très dynamique sur le plan culturel, tellement dynamique que tous les artistes, sportifs (lutteurs notamment) de la sous – région venaient y chercher une consécration. L’arène N’Diyame Diéry était devenue un temple presque mythique. Cette période faste a donné à la capitale du Gorgol un rayonnement international : la ville était attractive, génératrice d’emplois dans le tertiaire, hospitalière et tolérante. Abdoul Aziz Ba (le lycée gagnerait à porter son nom) y fit venir en 1974 l’épouse du président tchadien Ngarta Tombalbaye, invitée d’honneur d’une mémorable soirée culturelle à Peyrissac. Néné Diallo, ainsi qu’on l’appelait, donna même son nom à un modèle de boucles d’oreille en or bien prisées des kaédiennes. Nombreuses sont les familles venues d’autres régions de Mauritanie, de la sous région, du Maghreb, d’Europe ou du Liban s’y installer pour développer des activités commerciales (les familles Elyas, Laroussi Alami et Ghabli dans la mercerie et le tissu) ou culturelles et récréatives (Ali Nar, Bousfia et Chaïtou dans le commerce et salles de cinéma). La deuxième génération de ces familles venues d’ailleurs fut totalement intégrée et adoptée par Dimbé comme ses authentiques enfants. Le regretté Docteur Abdallah Chaïtou en est l’archétype. Après des études primaires et secondaires à Kaédi, et un diplôme de médecin, il rentre s’installer dans la ville de son enfance et servit avec un amour et un professionnalisme que tout Kaédi lui reconnait au sein de l’établissement hospitalier de la ville. Mort, il fut enterré à Kaédi. La ville lui rendrait un hommage mérité en donnant son nom à l’hôpital.
Paradoxalement, voilà que depuis trente ans, avec la mise en place des municipalités, la ville tombe en désuétude, en déclin. Là où d’autres municipalités s’approprient l’outil et l’institution par le biais de la décentralisation pour engager des actions de développement, Kaédi se morfond. La ville est devenue une immense décharge à ciel ouvert, les inondations, quoique moins fréquentes, ont des conséquences de plus en plus désastreuses, en raison d’installations anarchiques de populations en zones inondables que les différentes équipes municipales ont laissé se développer quand elles ne les ont pas favorisées ; l’école d’agriculture, fleuron de la formation professionnelle pour les cadres ruraux est en lambeaux ; le Centre National de Recherche Agronomique (CNARADA) est réduit en simple jardin des plantes ; l’aéroport qui connut encore au milieu des années quatre-vingt jusqu’à quatre vols hebdomadaires, dont deux d’Air Sénégal, n’est plus qu’une piste pour animaux errants ; le lycée, un des plus dynamiques du pays, avec au moins une semaine régionale par an et ses résultats brillants, n’est plus que l’ombre de lui-même.
Qu’est-ce qui pourrait bien expliquer cet état de fait ? Plusieurs raisons.
D’abord, la principale raison est la volonté de l’Etat, plus clairement affichée sous le régime de Maawiya Ould Sid’ Ahmed Taya, de marginaliser Kaédi catalogué ville-rebelle. L’Etat s’appliquera à étouffer la ville ; d’abord en transférant à Aleg certains services comme le Palais de justice, fermant l’ENFVA, puis soumettant la ville et ses jeunes en état d’urgence encadré par des militaires du Secteur Autonome de Kaédi (SAK) et une police répressive. Aujourd’hui encore, traumatisé par cette violence, humilié par la déportation vers le Sénégal de certains ses fils comme Baba Gallé Wone (paix en son âme), Abdoul Touré ou Habibou Niang (l’irremplaçable boulanger, paix en son âme), Kaédi reste l’épicentre de la lutte pour la justice.
Ensuite, les très nombreux fils de cette ville, cadres peuplant ministères et autres administrations de l’Etat à Nouakchott notamment ou vivant à l’étranger, commerçants ou hommes d’affaires hésitent, voire craignent de prendre leur responsabilité pour lui donner un autre destin.
Enfin, au sein même de la ville, il y a une minorité agissante, dynamique économiquement et intellectuellement, avec une forte assise culturelle et religieuse qui peine à croire en ses chances. La composante soninké a pourtant tous les atouts et sa partition à jouer avec les autres communautés pour tirer Kaédi vers le haut. Son berceau, le quartier de Gattaga, pourrait figurer dans le haut d’un classement mondial des villes, si l’on considère la densité des surdiplômés.
En l’absence d’une politique d’aménagement du territoire véritablement volontariste, impulsant un égal développement des contrées, cette impulsion vient souvent des femmes ou hommes qui président aux destinées des villes et des collectivités territoriales (région, département, communauté des communes). Saint-Louis du Sénégal, capitale historique de l’Afrique de l’Ouest, a commencé à péricliter quand Dakar a été érigé capitale du Sénégal et dont le développement s’est fait au détriment de la grande cité du Nord. Il a fallu attendre plusieurs décennies pour voir les fils de NDar se décider à prendre en main le destin de leur ville pour que celle-ci se mette à nouveau à rayonner avec le soutien de l’Etat du Sénégal, de la communauté internationale et de l’UNESCO.
Comme Saint-Louis du Sénégal, des initiatives et des dynamiques émergent partout dans le monde pour sauver Kaédi. Au registre de celles-ci, la page Facebook appelée « Petits souvenirs de Dimbé » créée par Bocar Oumar Ba qui explique en ces termes son initiative : « L’idée de créer ce groupe m’a été inspirée par deux photos publiées cette semaine, …. Il m’est donc apparu comme pouvant correspondre à un besoin, pour chacun d’entre nous qui a vécu dans cette merveilleuse ville de Kaédi, d’avoir envie de partager certains de ses souvenirs, histoire de reconstituer la vieille fraternité kaëdienne. Je pense qu’il pourrait aussi être intéressant de voir différentes générations partager leurs expériences de cette ville. Bien naturellement, comme son titre l’indique, il n’est ici question que de choses légères, débarrassées du poids de nos opinions politiques ou sensibilitaires de quel que ordre que ce soit, pour permettre à la seule bonne humeur de régir ici nos fraternelles relations. Je formule le vœu ardent que vos contributions (photos, blagues, histoires vécues, etc.) puissent rendre à notre cher Dimbé ses couleurs d’antan».
En quelques mois, ce forum regroupe près de 1900 personnes aux profils et âges différents. Il pourrait être le portail par lequel devraient partir ou converger les nouvelles initiatives visant à sortir Kaédi de sa léthargie. La cité ocre ne peut ni ne doit plus vivre que de son passé (« So leydi men ene haalee ko golle hanki ngonnoo », était le refrain d’une célèbre chanson de la troupe de Kaédi, primée au festival national de 1974) aussi glorieux fut-il, mais se tourner résolument vers le futur en profitant de toutes ses potentialités pour construire un avenir radieux pour toutes ses filles et pour tous ces fils.
Boubacar Diagana et Ciré Ba – Paris
22 août 2013
Témoignage : La première génération noire: quelle influence sur la lutte des Flamistes ?
« Cette lutte, pour cette longue quête d’une reconnaissance du Noir mauritanien comme citoyen à part entière, est un combat de longue date. L’histoire de notre pays de 1946, 1956, à 1966, montre que nous n’en sommes pas les pères fondateurs, mais les dignes fils héritiers. La mémoire de notre peuple retiendra que nous n’avons pas démérité dans la gestion de ce lourd et délicat héritage ». (La longue marche des FLAM- MARS 2003).
Il n’y a pas un jour qui passe sans voir la première génération des cadres noirs de la Mauritanie être accablée par certains compatriotes noirs. Elle est accusée d’immobilisme, de compromission avec le système, et/ou même de responsable de la discrimination raciale dont les Négro-africains sont victimes. Ainsi, dans des termes génériques, tout le monde est logé à la même enseigne sans donner d’éléments spécifiques reprochés à chacun d’eux. Pas étonnant, car comme disait le doyen Mamoudou Samba Boly Ba “taweede to leteer winndete, buri taweede to o janngete’’ (celui qui est présent à la rédaction d’une lettre serait le mieux renseigné par rapport à celui qui n’est que présent qu’au moment de sa lecture). Il est certain que ces gens-là – les censeurs – n’étaient pas présents au moment opportun pour une juste appréciation du travail colossal de ces hommes et femmes. Quant à nous autres, nous avons une lecture différente de la situation. En effet, nous étions positivement affectés par l’important travail d’inspiration que nous a légué cette première génération de Mauritaniens. Dès lors, il est de notre devoir de rétablir la vérité sur leurs rôles dans la tentative de rétablir la justice dans notre pays. Pour ce faire, nous citerons des exemples d’individualités, qui n’étaient pas forcément associées à la rédaction du « Manifeste des 19 » ou même n’avaient appartenu aux organisations qui ont fondé les FLAM. Mais nos appréciations sont basées sur des événements vécus dans le cadre des différentes grèves des années 79- 80 et dans celui des différentes activités du syndicat mauritanien des élèves et étudiants.
En effet, toute la philosophie d’une nouvelle stratégie de lutte pour les Noirs mauritaniens se résumait dans cette boutade que feu El Hadj Abdoul Ngaidé aimait répéter tant à la radio nationale mauritanienne ‘’so mawdo wumii wumtii anndii ko gite nafata’’. Après que Dr Sao, Abdoul Aziz Ba, Racine Touré, Dr Hamath Ba, Dr Bocar Alpha Ba, Elimane Kane, Mamoudou Samboly et d’autres eurent échoué pendant le congrès d’Aleg de faire passer l’option fédérale, et le désastre des événements de 1966 après la rédaction du « Manifeste des 19 », nos sages ont opté pour une nouvelle orientation : le changement du système ségrégationniste à partir de la base, par le peuple en s’appuyant sur les élèves et étudiants. Alors, la circulaire 02 pour l’arabisation du pays donnait l’occasion d’expérimenter leur nouvelle vision. De Nouakchott, à Kaédi en passant par Rosso un « pacte non-dit et non écrit » est mis en action par cette génération.
C’est ainsi à Nouakchott, que l’institution des ‘’parents d’élèves’’ composée entre autres de Aissata Kane (Dame de Fer, comme quoi il n’y avait pas que la Grande Bretagne qui avait sa dame de fer dans ces années-là !), Abou Diallèl Guisset, Vieux Hamath Ngaidé et Elhadj Abdoul Ngaidé usaient de tous leurs talents de bons négociateurs pour que l’Etat accepte les revendications des élèves noirs. Il faut avouer qu’à cette époque certains élèves non avertis considéraient ce « gang des quatre » comme « casseurs » de grèves, mais au fur et à mesures que les choses progressaient, il apparaissait évident qu’ils épousaient totalement nos revendications et défendaient la cause noire, c’est à dire l’égalité entre toutes les composantes ethniques du pays. Cette même disposition d’esprit se voyait à Kaédi où les vieux Yaya Sy, Abdoul Touré, Doro Sow, Abdoulaye Touré, Oumar Yaghoub Ba, Baba Gallé Wone et d’autres jouaient le même rôle avec les élèves du Lycée de Kaédi.
Subtilement, ils jouaient « aux durs » contre les élèves devant les autorités administratives pendant qu’ailleurs ils participaient aux plans de stratégies de lutte avec les élèves grévistes. Ici, ils s’occupaient de ceux qui étaient arrêtés pour les faire libérer des mains de « l’ennemi », ailleurs, ils cachaient d’autres ‘’meneurs’’ recherchés par la police. Dans ce travail d’autoconservation de la communauté noire, toutes les couches sociales sans distinction d’hommes et de femmes participaient à cette lutte. C’est ainsi que nous sentions toujours en sécurité à chaque fois qu’on se cachait chez Penda Pinadho (chez vieux Bal), chez Ba MBaré ou chez Coumba El hadj au quartier Moderne, ou encore chez l’un des parents d’élèves ou chez n’importe qui ailleurs dans les quartiers de Touldé ou Tantadji. Nos ‘’hébergeurs occasionnels’’ ne nous laissaient jamais sortir sans s’être s’assurés que nous ne risquions pas d’être appréhendés par les autorités policières. Ils prenaient toujours soin d’informer nos parents de notre localisation pour les rassurer. Et quelquefois, ils se portaient volontaires en tant qu´agents de liaison entre les élèves cachés dans différentes maisons pour relayer des informations et harmoniser le ‘’mot d’ordre’’ à suivre.
Leurs actions ne s’étaient pas limitées aux seuls moments de grèves, mais ils nous accompagnaient aussi pendant le travail régulier du syndicat des élèves et étudiants. Pendant les congrès de l’Union Nationale des Étudiants et Stagiaires Mauritaniens (l’UNESM) en 1983 et 1986, nombre de ces parents participaient aux stratégies pour concevoir le programme du Mouvement des Elèves et Etudiants Noirs (MEEN). Leurs conseils et encouragements nous permettaient d’aller de l’avant et de tenir bon contre une forte machine du système représentée par les Bassistes, Nasséristes et autre MND. Après que le congrès de l’UNESM de 1986, qui correspondait à la période de la publication du « Manifeste du Négro-Mauritanien opprimé » eut échoué, c’était au tour du Lieutenant colonel Anne Amadou Babaly, ministre de l’intérieur alors de refuser d’arrêter les Noirs accusés par le système de subversion. Ainsi il sera limogé par Ould Taya et remplacé par Colonel Djibril Ould Abdallah. Mais grâce à sa collaboration avec des « parents d’élèves », beaucoup d’entre nous échapperont aux arrestations et sortiront secrètement du pays. Une fois au Sénégal, nous avions reçu l’encadrement de certains qui avaient déjà élu résidence à Dakar, comme feu Abdoul Aziz Bocar Ba, Tenguella Ba, feu Dr Hamath Ba et tant d’autres.
De la pédagogie de lutte reçue de cette première génération, nous avions retenu deux choses importantes : la confiance énorme qu’ils plaçaient en nous et leur volonté de nous tracer la ligne de conduite à suivre. En effet, même s’il nous arrivait de commettre l’ultime offense, ce qui correspond pour les VIEUX du quartier de Palais de Justice de Kaédi à manquer une prière de crépuscule à la Mosquée de Thierno Ousmane, nous étions tolérés et excusés de la séance du « pincement des oreilles ». Comme pour dire que « nous savons que vous êtes assez responsables et que sûrement vous aviez une autre mission aussi importante que de venir à la mosquée ». Nous étions accueillis à tout moment comme des princes dans des salons privés du Docteur Ba Oumar Ousmane, chez Amy Ndao et chez Aly Kalidou Ba. Quant à Omar Diadié Sow dit Oumar Labbo, il nous prouvait sa confiance en nous accordant des lignes de crédits dans sa boutique. Il faut avouer que accepter de donner des dettes à des jeunes sans salaires ni bourses d’études relève sans nul doute de la confiance aveugle !
En ce qui concerne des voies à suivre, les exemples ne manquaient pas. Certains, cependant, émergeaient nettement du lot comme le Vieux Abou Diallel Guisset qui avait le courage d’assumer pleinement ses responsabilités de patron de la Poste en ne se privant de donner plein emploi aux compétences noires, enfreignant ainsi royalement la sacro-sainte règle des « ¾ réservés aux Maures ». Quant à Thierno Aliou Yaghoub Bâ, il nous enseignait ce qu’était le courage par la défense de tous les vulnérables devant les différentes autorités du système dans le 6ème arrondissement de Nouakchott ; Et Ba Mamadou Alassane s’était distingué durant la célébration des dix ans de Soweto en Juin 1986, il était présent du début jusqu’à la fin pour s’assurer du bon déroulement de l’événement. Enfin Sy Abdoul Idy dit Mamaye, lui, prouvait par l’exemple le sens de l’honneur et du renoncement quand, tout juste après le coup d’Etat du 12/12/84, Taya l’a convoqué (espérant combler le vide laissé par son jeune frère Athie Hamath, qui aurait refusé de s’associer au renversement de Khouna) pour lui proposer un poste, il lui répondit catégoriquement que ‘’ si la Mauritanie était un pays normal, ce ne serait pas toi qui me proposerais un poste ministériel’’. Nous sommes sûrs que Taya doit se rappeler de cette scène.
Comme dans toute société, il y a des bons et des moins bons. Nous avons choisi de nous inspirer des meilleurs d’entre nous pour un changement radical de la situation politique et sociale dans notre pays. En effet, le comportement et l’action de ces hommes et femmes ont largement contribué à notre conscientisation et nous ont incité à nous engager davantage politiquement pour lutter contre l’injustice en Mauritanie. Si les Forces de Libération Africaines de Mauritanie (FLAM) ont été créées, chez notre doyen feu Abou Bakry Kalidou Ba, grâce à l’insistance de quelques jeunes qui représentaient le MEEN, c’est parce qu’ils savaient qu’ils ont le soutien total de ces hommes et femmes de la première génération des Noirs de Mauritanie et il faut en profiter pour saluer le rôle joué par les doyens Mbodj Samba Bedou et Fadel Ball dans l´unification du mouvement noir. Ces quelques lignes constituent un témoignage de notre part du vécu, qui du reste a laissé un impact positif dans notre vie de militants pour dire notre reconnaissance à ces grandes personnalités. Par ailleurs, il nous est impossible de nommer ici toutes les personnes qui sont de près ou de loin ont joué un rôle déterminant dans notre vie militante, mais nous sommes certains que d’autres amis et camarades (comme Ousmane Diagana, Amar Abdoulaye Ba, Oumar Sileye Ba, Sao Yero Guelel, Ciré Ba, Boubacar Diagana, Chérif Ba, Elhadj Demba Ba, Ibra Mifo Sow, Mamadou Abdoul Kane, Ibrahima Diawando, Aboubackry Ndongo, Aly Kane, Elhadj Sidi Ngaïdé, Abdoul Yero Ba et d’autres encore) pourront témoigner de la sorte et ajouter ainsi leur expérience personnelle.
Enfin, à la veille du retour des FLAM en Mauritanie, nous regrettons une chose : la majorité de nos modèles ne seront plus là avec nous. Mais comme ‘’les morts ne sont pas morts’’ en Afrique, nous partirons leur rendre visite pour dire notre reconnaissance et nos remerciements de l’inspiration, de courage et d’abnégation sans faille qu’ils ont insuflée en nous pendant toutes ces années. Nous sommes convaincus que du haut du Paradis où ils jouissent du repos gracieux, ils nous renouvelleront leurs bénédictions.
La lutte continue !
Le 08/08/ 2013.
Mamadou Barry & Yakhya Thiam
FLAM USA.
www.flamonline.com
FLAMNET-AGORA: HOMELIE D’EL FITR DEPUIS DJINTHIOU : POUR RE-LIER [RELIRE ET LIER] LES SUBSTANCES DES KHOUTBA
« Le peuple se réveille mais il n’assassine pas, il prévient seulement ses tortionnaires qu’il lui faut des gens issus de lui pour le gouverner. Mais il ne saurait indéfiniment jouer le rôle de victime. Tôt ou tard, il refluera sur ses assassins et ce sera alors comme un grand séisme et un grand raz de marée. », Mohammed Khaïr-Eddine, Une vie, un rêve, un peuple, toujours errants…, Casablanca, Tarik Éditions, 2011, p. 128
Evidence que Je s’exprime toujours. Vous vous êtes rendu compte, que dans toutes ces Khoutba que je ne vous ai entretenu que de mes expériences au point de vouloir vous dire là, à l’instant, qu’on ne témoigne que du vécu et puis de son propre vécu. Joom boru loppa boru mum[1]. La conclusion est irréfutable, car il s’agit là de « Je » qui s’exprime en toute conscience. C’est une évidence ! Pourtant elle est peu admise, car on est vite taxé de nombriliste, pointé du doigt par cette injonction qui nous dit que « parler à la première personne du singulier appelle un égocentrisme, une schizophrénie !».
Je n’ai jamais croisé sentence aussi injuste, folle, inadmissible, inintelligente, et qui, finalement, ne cherche qu’à censurer l’expression de la différance dans le sens Derridéien du terme. Car laissez-moi vous dire que le « Nous » est le plus nombriliste au monde. « Nous » qui ? Comme si nous (tous ensemble, inséparables) avions les mêmes constitutions physiques, sensationnelles, des pulsions criminelles, intellectuelles et décisionelles identiques. C’est de la dictature anonyme et aveugle, car elle appelle une unité de vues, le contraire de l’essence de la vie. Et ce « On » ! Comme un Zéro (0) à la ceinture trop serrée au point qu’il prend la forme de ce Huit (8) qu’il n’est pas et ne sera jamais, ce Huit couché tentant de figurer l’infini (cıɔ) pour tromper notre vigilance. Imaginez-vous un peu un Zéro ceinturé et qui devient comme un Huit. Vous voyez qu’il res-semble seulement au huit alors qu’il figure deux Zéros. Donc « On » n’a pas de sens aussi, car il censure l’expérience individuelle qui doit être partagée afin que nous [tous, de «Je » en « Je », formions la chaîne humaine et convions NOUS-TOUS au jeu du monde, terrible je qui se débat sur le terrain de jeu libéral] arrivions à concilier les individualités et fondions un consensus autour des questions qui nous rassemblent.
Voilà pourquoi mes textes sont remplis de ce « Je » qui est un véritable jeu, une lutte, un drame que j’entretiens avec ce « Nous » hautain et nombriliste et ce « On » vide, insipide et qui, finalement, provoque le rejet dans le sens vomitif du terme. « Nous » et « On » relèvent des statistiques alors que « Je » est éminemment philosophique. Je ne souhaite pas être simplement décompté, mais compter pour qu’on décompte ma voix le jour du vote car Je, doit s’exprimer librement sans « Nous » et « On » empêchés par l’isoloir qui valide la souveraineté de mon « Je » venu peser de son vrai poids sur le « jeu électoral ». Nous n’existe pas dans l’urne, mais Je oui : « A voté », c’est « On » qui le déclare après que « Je » ai glissé son bulletin dans l’urne. Il sanctionne la démocratie et valide l’individualité de l’individu. Donc, « Je », ne peut pas toujours accepter d’être accusé de nombrilisme, d’égocentrisme ou de toute autre étiquette au point de le disqualifier dans son assumation. Il faut bien comprendre avec Bertrand Badie et Pascal Perrineau que « La citoyenneté apparaît […] comme un effort de l’individu sur lui-même pour accepter la dimension collective de l’existence humaine à laquelle il se sent étranger et pénétrer ainsi dans la Cité » (Lire le livre qu’ils ont coordonné Le citoyen. Mélanges offerts à Alain Lancelot, Paris, Presses de Sciences Po, 2000, p. 22).
Je ne supporte pas ce manque de discernement de nombre de mes contradicteurs. Sinon comment témoigner de quelque chose qu’on n’a pas vécu et qui n’est pas notre vécu ? Cela s’appelle de la mégalomanie en langage intelligent. La mégalomanie est la chose la plus abominable dans notre vie. Mais elle nous gouverne collectivement comme individuellement, c’est-à-dire NOUS-TOUS alimentée d’informations par « On » et glorifiée par « Nous ». Donc si on ne témoigne que du vécu et de son vécu, même si on ne dit pas « Je », il est évident que c’est « Je » qui se prononce dans votre témoignage. C’est, ce que j’ai fait tout au long de mes fameuses Khoutba subversives et pleines de travers-es, de labyrinthes sémantiques, de camouflages orthographiques et de libertés grammaticales qui m’ont permis de toucher le cœur de ce qui nous préoccupe, à partir de ma lorgnette victime des intempéries liées à l’évolution de notre propre histoire ; celle qui produit en même temps notre nouvelle société. Enfin ce qui me préoccupe pour dire vrai.
Pour atténuer ma chute, disons ce que je vois à partir de mon perchoir presque insolent, impertinent, agaçant, fâchant, décourageant et finalement très moqueur. Ne vous en faites même pas, c’est ma vocation et, Je, assume. Donc je ne peux pas utiliser « Nous » et « On » sinon je vous accuse de mes bêtises et vous m’accablez d’orthographes qui décrivent les hérétiques parmi nous, des « Je » ostracisés. Voilà, là le « Nous » s’imposait car le « parmi » est le « Je » isolé dans ce nous uniforme et si difforme car imitant Zéro (0) avec sa ceinture si serrée qu’il ressemble à un Huit (8).
Pour aller dans la mare des non-dits. Je vous avoue, que je me suis tellement donné du mal à y réfléchir que l’excès de subtilités, comme un vrai kalajo moderne quand même dira l’autre, dans le langage a fait que mes Khoutba étaient devenues insipides[2] pour moi-même qui cours après les autres idées qui me parviennent du Tout-monde pour parler comme Edouard Glissant. Mais, je crois aussi que par pur amusement intellectuel, je souhaitais tester leur sipidité (stupidités !). Eh bien voilà leur but justement, c’est de vous faire lire et relire, de vous fatiguer, vous lasser, de vous faire suer, vous faire gratter vos méninges, tuer le temps du Ramadan (qui vous tue oui !) et finalement de vous dire l’Imam-curé[3] Bassel Djinthiou professe des choses irréalisables. Idéaliste ! Un pauvre « intellectuel » du Net ! Il rêve tout le temps. Un pauvre poète meurtri par l’exil alors qu’il est juste à 500 kilomètres de chez lui, Boghé-Ndakaaru rek. Le Sénégal c’est bien son second pays non ! Il connait tout le monde, il se permet même de s’afficher dans leurs télés et de vociférer dans leurs multiples radios comme un… ! Et puis ils sont tous noirs là-bas ! Mais qu’est-ce qui le prend à se sentir EXILÉ au Sénégal ? Incroyable comme situation !
Je pense qu’il ne s’est jamais remis de ce choc de 1989 ! Mais moi je crois que sa Terre Natale (c’est-à-dire le degré de concentration de son TN2) – ce quelque chose qui ne s’exprime pas, muet comme l’Univers un peu avant le big bang – ne peut que lui manquer, sinon il ne se serait pas réfugié, pensant s’échapper, dans sa quatrième khoutba derrière la musicalité, ce fouillis incroyables de mé-tissages. Mais oui cette chose qu’on appelle avec ce mot un peu barbare, pour moi, chronotope – wuddu, ce nombril qu’on regarde chaque matin et qui s’est cicatrisé mais qui nous rappelle la « terre-natale » notre TN2. Voilà, j’ai finalement trouvé, c’est le Cordon Ombilical (CO1)[4] enterré quelque part sur cette terre-mère et que mon esprit cherche vainement, c’est ma Nationalité Irrévocable, mon NI1 – cette chose bizarre qui vous prend la gorge, malgré tout votre confort matériel, familiale et intellectuelle. Vous savez en quittant l’autre rive, il y a quelques années, je m’étais dit : « Je change de pays ! ». Quelle naïveté, en présence de la douleur, peut habiter un homme pour croire que changer de pays et de nationalité de manière définitive est possible. C’est même une idée horriblement folle et suicidaire. Ce n’est pas une bonne idée, car elle conduit aux hallucinations quotidiennes venant d’un fond historique vécu et surtout à vivre en terre-natale. Bon on l’appelle abusivement « les racines », et cela lui ressemble de toutes les façons. C’est pourquoi la sensation de mal ne disparaîtra jamais. D’ailleurs en pulaar « On » dit que la « terre rappelle » ses fils hein ! C’est incroyable que de s’arracher ou de se voir arraché de son pays, et puis de rester si attaché à lui jusqu’à se prendre pour un imam-curé sans mission précise ni charge justifiée par une katiba « centralisée » pour donner des ordres dans des Khoutba si impertinentes[5]. Eh bien, c’est en fait la nostalgie dans sa dimension nostalgiquement nostalgique : la permanence de l’appartenance à un pays et surtout la rage de le revendiquer au point d’écrire des Khoutba aux allures de Fatwa très ciblées.
Affirmation du rôle de Je dans le Jeu entre « Nous » et « On ». L’Imam-curé de Djinthiou, nous a servi des Khoutba, à la limite, une partie de sa biographie expérimentale, maigre du reste et qui ne s’occupe pas de l’essentiel de la lutte que Tous menons. Je n’ai pas dit « nous » de peur de singulariser la lutte et l’attribuer à celui-là ou celui-ci. Mais bon, n’oublions pas que les choses doivent changer et que donc nous devons réfléchir sur comment revenir réellement sur ce terrain pour nous enrôler tous, nos fils et nos petits fils avec, pour devenir de vrais « Je » et prétendre au « Nous-Tous ». Ah, il faut que le combat continue, mais à l’intérieur. Le combat de dehors là, c’est fini. Mbiir lamba mais pas caggal [Lutteur dans l’arène pas dehors, c’est du pulaar et c’est très clair comme exigence. Il faut se prendre pour Balla Gaye 2 devant Yahou Dial et le combat est gagné]. Oui la présence, l’acte de naissance, les certificats de décès des arrières grands-parents, l’inscription sur la liste des enrôlés, puis les infinies queues pour la carte d’identité numérique, le passeport, l’inscription sur les listes électorales, la carte électorale non falsifiable qui confirme la citoyenneté en offrant la possibilité de choisir celui qui doit gouverner cette diversité à préserver et ses alliances matrimoniales qui adviendront sous peu. Eh bien sans cela la lutte n’aura aucun sens, hélas ! Il faut se faire identifier mort ou vif pour mériter les honneurs de la vie et échapper à la souffrance des obsèques d’un inconnu.
Devenir un tumuranke – étranger, non étrangeté c’est plus expressif de ce qui risque d’arriver à beaucoup, si l’intelligence ne nous vient pas au secours – dans son propre pays cela transforme en victime anonyme de ce mal du pays, catégorie de cancer mortel non répertorié par l’OMS.
Sinon personne d’entre nous (donc Je) ne pourra constater avec le Pôle de l’Alliance Patriotique et de la Convention pour une Alternance Pacifique (AP/CAP) les réserves sur les élections législatives à venir. À savoir, je cite :
« – (i) l’état de l’enrôlement qui risque d’exclure beaucoup de mauritaniens de l’intérieur, comme de l’extérieur;
– (ii) le faible niveau de retrait des cartes d’identité et le coût exorbitant que cela représente pour une famille moyenne ;
– (iii) les conditions actuelles de vie des populations surtout en milieu rural;
et
– (iv) une approche purement technicienne ne tenant pas compte des concertations nécessaires avec les acteurs politiques et sans plan de communication en direction de l’opinion nationale. »
Il faudra bien que les membres de ce pôle soient appuyés par des citoyens légalement inscrits pour imposer avec eux ces quelques idées qui sonnent comme des recommandations à appliquer rapidement. Je cite encore :
« – (i) l’impérieuse nécessité de tenir compte de l’évolution de l’environnement politique à assainir afin d’organiser des élections crédibles et consensuelles ;
– (ii) l’affirmation de l’indépendance de la CENI, vis-à-vis des parties prenantes, notamment les pouvoirs publics ;
– (iii) la dotation de ressources financières légales et conformes à l’Accord politique du dialogue national ;
et
– (iv) la transparence et l’équité dans les procédures de marchés et le recrutement du personnel de la CENI. » (Lire : « Pôle AP/CAP – CENI : Rencontre de haut niveau sous le signe de la franchise » au lien : http://www.avomm.com/Pole-AP-CAP-CENI-Rencontre-de-haut-niveau-sous-le-signe-de-la-franchise_a15785.html, visité le 26/07/2013).
Pour suivre la caravane dans sa nonchalance. Voilà pourquoi les Khoutba avaient l’air poétique et une indolence littéraire alors qu’elles cachaient dans leurs gros ventres philosophiques des idées clés qu’il fallait aller cueillir comme des fruits mûrs. C’est la seule voie que j’ai pour participer avec tous, je, on et nous au combat que NOUS-TOUS menons. C’est la seule arme, mon arme, celle que je pense pouvoir utiliser avec le bonheur que je ressens là à l’instant, le clavier prolongeant la main que je vous tends pour vous saluer et puiser un peu de votre chaleur, afin que la nostalgie se repose de me fatiguer ne serait-ce que le temps d’une connexion virtuelle, finalement, salvatrice.
Je suis convaincu que c’est aussi une arme, car le discours (dis-courir, la racine disc rend la chose plus complexe, dérouler à l’infini les interprétations jusqu’à compliquer le recours à l’ijtihad au XXIe siècle ‼!) peut être plus redoutable qu’une bombe à fragmentation. Parce que justement, la bombe a commencé avec le discours avant d’obtenir cette force destructrice. Un concentré de discours mais détonnant jusqu’à la désolation, et dont les conséquences sur l’écriture de l’histoire peuvent compliquer le devenir de l’Humanité toute entière. Vous savez pour clore ce débat autour du discours et de son importance, je voue convie à vous rendre direct à la Mecque, chez les Wahhabites ou aux USA chez les Néoconservateurs.
Moi j’ai toujours cru comprendre que le discours est ce Tout qui nous enveloppe et que c’est par lui que nous arrivons à persuader les sceptiques, à ramener vers nous les plus réticents d’entre nous voire qui garantira notre accès au Paradis ou à l’Enfer. Vous voyez que c’est encore ce « Nous » pompeux qui pose problème quand il souhaite compacter le discours au point de disqualifier je, le vrai Sujet. Je crois qu’il faut d’abord prendre conscience de l’importance de « Je » pour affirmer un supposé « Nous ». Par exemple je m’enrôle, je vote, je choisis librement avec une conscience tranquille et indépendante de l’œil perçant de « On », ce surveillant aveugle et sourd. C’est aussi « Je » qui permettra de faire éclater ce « Nous » et les « On » tribaux qui les maintiennent dans les chaînes de l’esclavage, qui font commettre des injustices sans bornes et des meurtres abominables. « Je », est toujours dans un processus dynamique alors que « Nous » est un « décret » statique
Et comment donc ? Pour atteindre ce but, le discours doit être éminemment pédagogique sinon nous perdons notre temps à pérorer. Et pérorer c’est la spécialité exclusive du perroquet vert de Casamance. Je devais éviter ce chemin de la facilité de condamner sans avoir une vue large de la complexité qui nous gouverne. C’est pourquoi mes Khoutba avaient une saveur telle, qu’elles pouvaient détourner de la substance réelle des textes que vous avez lus durant ce mois de Ramadan.
L’objet de cette Homélie d’El Fitr est de rendre aux textes et aux idées développées leur unité, car c’est JE qui a parlé. Il a parlé parce que dopé et rassuré par la présence de la Franchise et de la Lucidité des Assignés parmi les Mauritaniens. Le peuple suivra le flot qui se déversera « Je » par « Je » dans le bassin qui accueillera « Nous ». Et là les jeux seront faits afin de disqualifier « On » et pour de bon. Car « On » est le sujet du menteur et de ceux qui colportent, collent et portent. C’est dangereux tout ça non ! On ne peut pas vivre entre jassouss et kalabanté.
Dans la khoutba I, j’ai parlé de ce que je pense être le comportement d’un chef. C’est simple mais aussi compliqué que la/les cibles visées. Bon je n’ai pas le temps d’expliciter davantage de quoi je parlais dans cette khoutba, car son fondement s’applique à ceux (des « Je ») qui prétendent un jour diriger et ceux (des « Je ») qui doivent les choisir. Donc mes cibles sont si multiples que le flou risque de m’être fatal, car le contenu de la khoutba est vite détourné vers un seul « Je » qui fait plus de bruits que ce « Nous » que des « On », n’ont jamais cessé d’éduquer dans la culture de la soumission de leur « Je ».
Aussi, je voulais dire que ceux qui choisissent doivent éviter un chef qui leur montre toujours ses photos, les félicitations qu’il reçoit et son côté conteur, sinon ils se rendront compte, tardivement, qu’ils sont en face de quelqu’un qui n’écoute pas les autres et qui ne cherche pas à être consensuel. Ce sera trop tard, car ils se sont habitués à croire servir alors qu’intérieurement ils savaient qu’ils ne servaient à rien, un tel chef est inchangeable dans son comportement. Il faut le quitter pour exprimer ce « Je » que vous êtes et sortir de ce « Nous » où « On » commande, dirige, dicte et finalement gouverne avec poigne.
Dans la khoutba II j’ai parlé de ballon, de stade, de peuple, de Nation et surtout de l’émotion qui lie tous ces éléments. L’objectif était clair que tout peut unir, il suffit d’exercer de l’intelligence sur les événements. Mais là il faut aussi se pencher sur la dimension émotionnelle de la construction d’une Nation pour comprendre comment « Nous » devient si arrogant au point d’essayer de génocider « Je ». Il fallait vous dire que « Nous » ne devait pas écouter les « On » au point d’oublier qu’un stade est un stade rempli de couleurs, de corps, d’esprits qui peuvent Tous devenir un « Je » (le Peuple) quand il y a enjeu national. Voilà c’est cela qu’il fallait comprendre. Notre seule chance c’est notre diversité.
La khoutba III discute de superstition, enfin disons de croyance aux coïncidences heureuses ou pas pour être plus soft. N’oublions pas que dans la khoutba II, il s’agissait de démontrer que rien peut unir à plus forte raison des coïncidences qui rappellent les manifestations d’une Nation. Elle rend compte de manière claire de plusieurs choses en même temps, mais le plus important était de dire à ceux qui pensent que la Franchise et la Lucidité des Assignés parmi les Mauritaniens mérite d’être fêtée, de sortir en masse comme des « Je » avertis des exigences de l’espace public.
La IV est venue mettre une symphonie à tout cela pour que le concert des Khoutba soit plus mélodieux. La musique, cet autre rien, peu aussi unir la Nation. Elle a insisté sur quelque chose d’important, c’est de prendre la dimension centrale des langues dans la vie de la société. C’est pourquoi je pense et rêve toujours que le Bambara parte s’inscrire de manière intelligente sur la liste des langues nationales pour que le réaménagement territorial de 1944 ait son vrai sens. Ça c’est une langue, pensée simple bande de terre accolée à un territoire colonial et que l’État postcolonial s’entête à perpétuer en validant l’acte d’amputation ! J’ai aussi dit quelque chose qui a dû marquer quelques esprits. Ma liaison avec la Mauritanie reste le hassanya. Je considère cette langue comme « maternelle », car je l’ai apprise en même temps que le pulaar. Finalement elle allait dominer la seconde jusqu’à mon entrée dans l’adolescence. C’est la langue du peuple que mon père gouvernait et m’apprit à connaître et à intégrer en la tétant directement dans la rue. Tout est dit.
Enfin, il s’agissait juste de dire, avec cette simplicité déconcertante, que les langues se valent et que l’usage de l’une comme langue de travail ou nationale n’empêche point la reconnaissance, la valorisation et le soutien permanent de la dominante pour que les autres développent le rythme de leur débit, expliquent leurs onomatopées, leurs proverbes, leurs rires, leurs pleurs, leurs amours, leurs multiples joies, leurs patronymes, rendent compte de leur musique et l’harmonie qu’elles recherchent entre elles : s’emprunter mutuellement pour mieux communiquer. Il faut apprendre leur musique pour rester tranquille dans sa peau d’Homme. Leur similitude est certaine, sinon on ne pourrait jamais les traduire. Elles désignent les mêmes choses dans un univers singulier certes, mais elles dé-signent et c’est déjà très courageux de signer l’existence de son « Je ».
Donc si elles désignent c’est qu’elles nomment la vie en même temps dans un univers cosmogonique territorialement ancré-sacré pour les « Je » qu’il rassemble. C’est ça leur philosophie et qui doit rejoindre celle dominante ou pensée comme telle pour s’accorder avec elle sur les éléments en partage. Donc laissons les gens parler, bouger se marier et danser au son de toutes nos musiques. Le bal n’en sera que grandiose.
J’ai aussi profité de cette même khoutba, pour me permettre de parler de la censure, enfin de toutes les censures. Je considère la censure comme le fait de vouloir empêcher quelqu’un d’aller aux toilettes pour se décharger du surplus qui pèse sur son corps et qui le fait suer des cordes d’eau à noyer ngabu. C’est une catastrophe que de s’entêter d’empêcher les gens de parler, de voyager, de se marier et de chanter librement. Cela conduit directement au parloir géré par « On ». Et le parloir indique le lieu de la détention, de la torture voire de l’élimination pure et simple au nom de ce « Nous » hautain et donc malsain. Cela peut déboucher sur une tentative de génocide qui brouille le passif humanitaire. Le vocabulaire devient compliqué quand on empêche quelqu’un (« Je ») de s’exprimer. Les camps de concentration nazis ne peuvent être réédités, c’est simple, clair et historiquement prouvé. Il nous faut plutôt des espaces ouverts (le pays est vaste), des cafés où le chtari restera tranquille car maîtrisé, des théâtres, des cinémas, des terrasses ouvertes tard la nuit, une police discrète, une armée camouflée et des barbus rasés à la fleur de la peau et vous verrez que le peuple sentira un nouveau souffle envahir tout le corps social. Libérons les énergies vitales qui sommeillent en nous et arrêtons cette hypocrisie qui nous rend un mauvais service. Il faut vivre, mais Dieu le recommande. Il faut vivre. Enfin il faut vivre ! Laissez-nous vivre notre temps à travers toutes les musiques de la vie.
Et donc l’Homélie d’El Fitr contient tout cela en même temps. Ce n’est pas plus clair que les Khoutba prises individuellement. Donc laissons chacune s’exprimer indépendamment des autres pour qu’on ait une véritable harmonie des différences et que nous fassions comme si l’harmonie était préétablie.
Donc à ceux que les Khoutba firent prendre une mine agacée, je m’excuse. À ceux qui n’y ont vu qu’une simple et légère autobiographie d’un prétentieux observateur, désœuvré et hautain j’assume le « Je » qui se prête au jeu de « Nous » en pouffant de ce « On » débonnaire, et à ceux qui n’ont rien à dire, je dis vous m’avez compris en préservant l’éthique et la morale de votre beau « Je ».
« NOUS-TOUS », « Je » compris, dirons avec l’auteur Joanne Anton (lire son petit et succulent roman Le découragement, Paris, Allia, 2011, 63 p.) : « On observe que sans être fou, on en a l’air » (p. 55) dans ce monde où l’onde néolibérale nous dicte nos tremblements, nos comportements, nos filiations, nos goûts, notre santé, et qui finalement gouverne tous les aspects, et les plus intimes de notre quotidien.
Yeen mbatuni mo wuuri, grand jeu entre « Nous », « On » et « Je » s’il en est un ! Il faut donc tout RE-LIER pour avancer vers notre destin Essentiellement fatal.
Id moubarak !
Abdarahmane NGAIDE (Bassel)
Dakar, Id El Fitr 2013, an 1434 de l’Hégire.
[1] J’ai pris la décision de ne rien traduire, que ceux qui ne comprennent pas quelques unes des langues mauritaniennes inscrites sur le tableau de la constitution de poser des questions à leurs voisins les plus immédiats pour se faire traduire les mots et du coup ils pourront ouvrir une boîte de dialogue et tchatcheront ensemble ne serait-ce qu’une seconde de leur vie. Il faut vous parler dans vos langues et vous allez voir le gain en confiance qui arrivera comme une vraie jouvence. C’est la liberté de « Je » qui s’exprime avec une petite véhémence-injonction.
[2] Je me suis même permis deux libéralités, qu’un malentendu est venu compliquer en postant une khoutba un mardi et une autre un jeudi et de la dédier à des amis d’enfance. Seul un imam-curé, un « Je » libre en fait, peut se permettre la désacralisation d’un jour de notre calendrier à NOUS-TOUS.
[3] Un imam bien curé regardez vers qui je pointe mon doigt. Il a une longue barbe sale, un pantalon court, un turban noir comme le linceul d’un diable et je pense qu’il était borgne, Mollah Omar qui a finit par prendre la fuite sur une moto. J’ai envie de rire devant cette image de fuite d’un borgne qui se prenait pour Mollah. Enfin, je nomme tous ces jihadistes qui nous rendent la vie difficile au point que nos rapports à Dieu voire à nos prénoms (Abda-rahmane, vous voyez pourquoi je signe Bassel) si compliqués. Donc j’ai utilisé Khoutba dans le but de signifier que JE, leur retire le droit de tenir des Khoutba dans leurs grottes sniffant de la poudre ou se partageant les gains obtenus des rançons versées pour libérer des « nassara ». Donc vous comprenez pourquoi l’imam est en même temps un curé, non imam-curé, la contraction est moins flagrante. Une histoire de colonisation de l’Andalousie et de Croisades quoi ! Soumangourou Keïta était absent de tout cela perdu entre forge et concession du griot. Que dire de Pahté Gorbal Bodeyal adorant le Dieu Taureau ! Bassel khoutba ngel wonko soomi ndekke, njuurnitode !
[4] Je ne suis pas mathématicien mais là je me hasarde pour cette équation prenez TN2 et multipliez-le par CO2 [C01 x TN2= NI1] cela aboutit à notre appartenance Nationale Irrévocable. Nos grands mathématiciens comme le cousin Toka Diagana me viendront en aide pour mieux affiner cette équation sociale et qu’elle soit reconnue d’utilité publique.
[5] Quelqu’un m’a demandé d’écrire autrement, mais je lui ai répondu que Je ne suis « pas autre qui ment », c’est-à-dire On. J’écris comme « Je » sinon toute autre tentative risque de prendre l’allure d’un mauvais jeu de ma part. Si j’écrivais autrement, je me trahirai (mégalomanie), je vous trahirai et ce n’est point mon objectif. Le partage ne peut pas faire de la trahison son lieu de convivialité. Je vais partager avec vous cette définition sublime de l’écrivain chinois réfugié en Allemagne Liao Yiwu (Lire son gros mais attachant roman du début à la fin Dans l’empire des ténèbres, Paris, François Bourin Editeur, 2011, 661 p.). Il écrit : « La devise de mon écriture peut se résumer à ceci : les soies du porc pousse sur la peau des cochons. Pour comprendre quelque chose avec profondeur et certitude, il faut te coller à la bête comme une mouche à merde » (p. 207).
« Mo yeddi moritaninaagal am, mi yedda ɗum »Binndital kaayitaaji Moritani, Bonannde kala nde dow mum
Daartol hollii ko ɓaleeɓe ngadii hoɗde e bannge rewo Afrik o kala, tuggi Esiip haa Rewo Moritani. Ngol hollii kadi, ko e teemidannde 15 (keen’siyeem siyeekal) safalɓe ɓe keɓindii e leydi ndi. Ngaal garal noon ko nde Islaam naati nde tan. Ɓaleeɓe ɓe mbismiiɓe, njaɓi renndeede etee tawa aldaa he lankude e heennaade. Waɗi noon e nder pinal mum en ina waɗi « koɗo teddinte ». Kono Haalooɓe Pulaar mbiyi : « puuyɗo renndottaako neene ». Ko ɗuum waɗi gila he keɓgol ndimaagu mayri, salɓe ɓe puɗɗii daɗɗude peeje lankirɗe ɓaleeɓe he ballondiral leydi Farayse. Gila kaan saanga haa jooni ko laamu leñamleñamaagu capataagu woni toon, tuggi he muttaar wuldu daddaa haa mohammed wuldu abdul ajiiju. Kala ngarngu ɓura ngon’ngu nguun ɓiɗtude, ngam ustude ɓaleeɓe e ɓeydude capataagu to daartol, pinal, jaŋde, renndo, faggudu, golle, goodal (kaɗgol kaayitaaji). Ko ɗuum wɗi ɓe mbayli daartol leydi ndi. Kala ɗo ɓaleejo hoɗnoo walla ɗo innanoo walla ɗo rewnoo walla ɗo male e ɓatakke mum ngonnoo ɓe mbaɗti ɗum capataagu. Yeru: Wuro Kummba SAL wonti kummbi saalek, Wuro A Taara wonti aɗɗaar… So a ƴeewii hannde Ayawuuji e Kaalirɗe Moritani kala ko capataagu. Nate defte walla ceede (kaalis) ɓurataa yiyde heen tan ko pinal maɓɓe (safalɓe, dampe, gelooɗi, leɗɗe tamarooje, tilliisaaji…). Jaŋngirɗe e keblirɗe jaŋde, jeeyirɗe e nokkuuji ɗaɓɓirɗi ngaluuji kala ko kamɓe haa ɗeɓaa sikkude woɗɓe ngalaa e leydi ndi. Golle e ngardiigu mum kala ko kamɓe hay so joom mum maraani mbaawka. Etee keeweendi maɓɓe, hedde 1960, nde leydi ndi heɓi ndimaagu mum, woɗɗaani 4 he nder 100. Tuggi ndeen, ngam yiɗde wojjin’de e aarabin’de, kala maroknaajo walla alserinaajo walla tiniisnaajo walla saharaanaajo walla tuwaaregnaajo boɗeejo walla palastiinnaajo, ina rokkee kaayitaaji Moritani. Kala ɓaleejo pullo walla sooninke walla jolfo walla bamaranke wiyee ko senegaalnaajo walla malinaajo. Hardaane kam ɓe kiisaaki ko neɗɗo so wonaa so ɓe njiɗi ɓeydude keeweendi maɓɓe aarabaagal to bannge limoore. Gustugol maɓɓe ɓaleeɓe haaɗaani ɗoon. Sahaa e sahaa kala ɓe njuɓɓina jagge walla warngooji: hitaande 1966 (duuɓi jeegom caggal nde Moritani heɓi ndimaagu mum), 1979, 1983, 1986, 1987, 1988, 1989, 1990, 1991, 1992,… Ɗum ɗo ko duuɓi ɓurɗi bon’de ɗi, kono e nder hakkunde majji gure walla yimɓe walla neɗɗo walla jawdi ɓaleeɓe meeɗaani fajjude halkeede.
Ɓe ngustira ɓaleeɓe kadi to bannge kaayitaaji. Ko adii ɓe mbonni inɗe ɓaleeɓe afriknaaje kala. Ɓe lomtini inɗe safalɓe. Ɓe puuntiri ɓaleeɓe ɓe won’de inɗe ɗe ko inɗe islaam, tawa ko goongɗi ko ko inɗe maɓɓe tan. No paamir-mi neɗɗo ina waawi wiyeede Hammadi walla Dikko walla Dukkuree walla Ndey walla Dah wona juulɗo. Wiyeede Aliyyu walla Faarmata tan ɓolo naatnataa Aljanna. So tawiino ko ɗuum kay Aljanna wontata ko weeɓa.
Ɓe kaaɗaani ɗoon, kala ɓaleejo peewnanaaɗo kaayit ɓe mbaɗa heen juumre he innde mum, nde tagnoo ko kamɓe ngoni heen. Hitaande 1998 ɓe njuɓɓini binndital “biyetenoooooongal” kadi kisal kaayitaaji. He ngaal binndital hawri ko he sahaa maawuyaa, laamɗo ƴiiƴiiwo o. Hay so aɗa jogii kaayit omo war maa walla omo yaltin maa leydi Moritani fayde Mali walla to Senegaal. Kadi nokkuuji keewɗi e kaɓɓirɗe binnditorɗe huɓtidinaaka to nder leydi e to caggal leydi. Ko ɗuum tagi heewɓe mbinnditaaki e kaan saanga to bannge ɓaleeɓe. Kono ndeke bonannde kala nde dow mum. Ɗi boneeji kala limtaaɗi no mbayi heewde addanaani “Sammba Jaanga” en ɓuuteede. Ko ina wona duuɓi ɗiɗi pawɗi, ɓe njolni goɗɗum ko momtata haa ɓiirta lahal, “binndital kisnugol kaayitaaji Moritani” (aarollomaa). Binndital ngal feccii ko he mbaydiiji ɗiɗi: 1-iwdi maggal
Ko ina wona jooni duuɓi keewɗi leyɗeele tuubakooɓe ɗe ina ndikkii haɓde he “bahe ɓiɗtooje bommbooje mbonna” (Teerorismo). Haa teeŋti gila njanngu laaɗe diwooje boomaare to leydi Amrik. Mbele ɓe poola hare nde alaa he sago ɓe cosa huunde ko eɓe mbaawa fawde juutɗe maɓɓe he kala neɗɗo ɗo waawi won’de. Ko ɗuum jibini peewnugol kaayitaaji biyeteeɗi “biyoometiri”. Ko mbele hay gooto majjirtaaɓe e les Asamaan o. Ɓe puɗɗorii leyɗeele maɓɓe (Orop e Amrik). Ɓe ndewni heen leyɗeele paayaaɗe walla ɗe boowe laaɗe mum en ko mawɗe, ɗe koolnaaki (Kodduwaar, Senegaal) walla leydi ndi ina tuumaa jibin’de bahe ɗe (Moritani, Mali, Alseri). Ko ɗuum waɗi so on mbaɗtii hakkillaaji ngaluuji baɗaaɗi e masiŋaaji binnditte ɗe ko kamɓe mbaɗi heen, waɗi noon heen bannge ko ɗum haaju maɓɓe. 2-Kuutorgol Moritani binndital ngal
En kaalii won’de laamuuji Moritani ɗi kala njikkiima jikku momtude walla ustude ɓaleeɓe leydi ndi. Ko ɗuum tagi laamu hannde ngu jaggi binndital ngal waɗi heen sarɗiyeeji keewɗi ɗi ina haɗa ɓaleeɓe leydi ndi winnditaade:
-kala binndittooɗo ma o adda binndital hitaande 1998 ngala
-kala mo dañaani duuɓi 45 hay so ina jogii kaayitaaji Moritani kala walla ina winnditinoo hitaande 1998 winndittaako so jinnaaɓe mum ɗiɗo mbinnditaaki so ɓe nguuri. So ɓe nguuraani maa joom mum yaha waɗoyaa seedantaagal maayde hay so noon nde ɓeen maayi nde ɗuum mawninonooka e leydi ndi. Etee to waɗetee to ko kamɓe haɗooɓe ɓe ngoni toon.
–ɗo e leydi Farayse ɓe ɓeydi heen kadi binndittooɗo kala ma o adda “seesuur”. Kadi won ɓe e Orop fof ko to Farayse tan mbinndittoo. Waɗi noon ko eɓe nganndi ko ɓaleeɓe ɓe ɓuri won’de e Orop. Kadi kamɓe so yimɓe maɓɓe ngarii winnditaade, ko njiɗi kala njogoo e kaayitaaji, ina newnanee haa moƴƴa, hay gorol ɓe mbaɗataa. Ɗum ɗo ko yeruuji seeɗa ɗi cuɓtii-mi e gaggaaji binndital ngal, kono goɗɗi keewɗi ina keddii ɗi ngasataa. Fiɗnde laamu moritani ina soomi e binndital ngal ustude ɓaleeɓe ina laaɓi.
Nde binndital ngal fuɗɗii nde nokku binnditirɗo kala goomu hellifaaɓe seedtotooɓe moritaninaagal neɗɗo ina sosaa ɗoon ngam kala neɗɗo garɗo so ina jogii kaayit Moritani walla o alaa so goomu ngu seediima moritaninaagal makko o winnditoo. Waɗi noon eɗen nganndi won wonɓe e leydi ndi tawa gila “maayɗo ina yeenee” tawa ngalaa kaayitaaji. Kono ɗiin goomuuji kala he woodde kala garɗo ina winnditoo ɓe mbiya “alaa jooni min puɗɗortoo ko binndital 1998 haa gasa caggal ɗuum heddiiɓe ɓe ndewa heen, mbaaree seesa gooto kala ma o winndito”. Gila ndeen mbiyi-mi ɗum ko pittol woni ɗo, ngati so tawii wonaa ɗuum holi liggey goomuuji cosaaɗi ɗi?
Nde binndital ngal fuɗɗii nde kadi, kala ɓaleejo garɗo ina winnditoo laaɓndee so ina waawi janngude simoore nangam walla nanngam. Walla o laaɓndee so mo anndi wooto he gure safalɓe rewo. Walla o laaɓndee gooto he taaniraaɓe safalɓe ɓennuɓe.
So kaayit makko ina waɗi juumre, nde ɓe mbaɗnoo, o wiyee yo o yah to ñaawirdu (tirbinaal), etee toon ko salatooɓe maɓɓe ngoni toon. So hay so gooto he jinnaaɓe makko ina maayi kaayit fiɗnde maayde nde ina waɗatenoo e falndeeji (meeri), kono caggal ɗuum ɓe caltii, ɓe nawti ɗum to ñaawirdu maɓɓe.
Caggal ɗuum wonnoo ko kala mo dañaani 45 ma adda binndital jinnaaɓe mum, ɓe mbaɗti laaɓndaade binndital miñiraaɗo walla mawniraaɗo walla baabiraaɗo tokooso hay so joom mum ɓurii 100 hitaande. Ellee neɗɗo wonataa bajjo walla ellee neɗɗo kala ina jogii baabiraaɗo tokooso. Gila nde ɓe kaali 45 ɗi, mbiyi bonannde momtugol ɓaleeɓe ngol ko ɗo ɓuri won’de. Hiisa men, ko keeweendi yimɓe ɓuri won’de ko les 45. Kadi ɓesnguuji men kala jaŋɗeele mum en njogori ko bon’de. Waɗi ɓe toɓɓude nde rogere ko kayre woni cukaaku gu, ɗuum ko wardude leñol ɗaɗi. Dow duuɓi 45 heewɓe heen maayii woɗɓe ɓe nana tiindii he yaltude nguurndam semmbe.
Ɗo e Orop, 99 e nder 100 ko ɓaleeɓe ngoni heen. Ɓuri heewde heen ko jogiiɓe kaayitaaji Moritani ɓe ngalaa seesuur. Rewi heen ko mooliiɓe. Rewi heen ko waɗtuɓe kaayitaaji leyɗeele ngoni ɗe, etee ɗuum ko ko jaɓanoo to Moritani. Ko ɓuri heewde he laamɓe Moritani ɓe ko kaayitaaji ɗiɗi njogii haa e tati, eɓena ɗoon ɓiɗti e naafki. Kono ngam salanaade ɓaleeɓe ɓe, mawɗo leydi ndi wiyi jooni ko kala baɗɗo kaayit leydi ngonndi ma a winndamo ɓataake ɗaɓɓande ina yiɗi heddade he moritaninaagal mum. Ɗuum noon eɗen nganndi ko firti, ko salaade. Jogiiɓe seesuur ɓe ɓuri famɗude, ko ɓe seeɗa. Etee nde tagnoo laamu ngu ina anndi kala jogiiɗo seesuur waawaa hesɗitin’de kaayit mum so gasii so wonaa o adda ɗannorgal (paaspoor) makko Moritani kesal, ngal biyoometiri. Etee ko ɓuri heewde he kaal seeɗayal yimɓe winnditaaki 1998. Kadi ko ɓuri heewi he kaal seeɗayal jogiiɓe ko ɓe laaɓndii ko so arii winnditaade ɓe laaɓndoo ɗum goɗɗum walla so naatnii ɓe caloo ko aldaa he daliilu. Banndiraaɓe ɓe ngaraani winnditaade moritaninaaɓe to Orop. To Kodduwaar, to Arabi Sawdiit, to leyɗeele golfo, ɓe mbinnditii he deeƴre e nuunɗal nde tagnoo ko kamɓe ngoni toon. Ko haawnii heen hay maawuya, laamɗo ƴiiƴiiwo o, mo polli laamu mum dogi mooloyii, winnditii ma. Miin kam mi ɗo laaɓndoo holi to o heɓi paaspoor?, kadi he laabi moolayru o fotaani jokkondirde he laamu makko.
Jooni ko mbiynoo-mi laaɓndogol binndital 1998 ko pittol ko arii. Gila ɓe puɗɗii ngal rewaani tawo laawol etee ɓe ngasnaani winnditaade ngal tan ɓe ngaddi bone goɗɗo, yo binndital toɗɗe ummane tuggi 25/07 haa 7/09/2013. Ɗuum firti banndiraaɓe, ɓe njogori winnditaade ngal binndital toɗɗe tan ko winnditiiɓe biyoometiri tan. Ɗuum kala mo winnditaaki ngal hay so ina joginoo kaayitaaji Moritani e ɗi toɗɗe ɓennuɗe kala waawaa winnditaade ngal ɗo saka toɗɗoo. Timminɗo duuɓi toɗɗaade waawaa toɗɗaade. Firti ko ɓe keɓtinaani ɗum won’de moritaninaajo. Tawa noon tuwaareguuji woɗeeɓe, alserinaaɓe, maroknaaɓe, palastiinnaaɓe hesɓe pul ina njogori toɗɗaade. Bonannde caɗeele pawaaɗe he binndital ngal jibinii finnere mawnde to nder leydi e to caggal leydi Moritani. Lanndaanji e pelle goonga, jiɗɗi deeƴre, potal leƴƴi Moritani ɗi ngonaa arini en ndilli, kaalii, ngaybinii yo penaale pawaaɗe he binndital ngal itte. Kono laamu ngu nde tagnoo ko teyngu jaabawol mum heen ko fiyde e sokde e gaañje e warde. Lamin Manngaan mo Kumballi ɗi paali bara, jiiñcooji ɓalli jaambareeɓe ŋata, fiyaa yani. O suuɗdii leppi leydi kono o suuɗdaaki gacce min njejjittaa. Gila ndeen, barɗo e barnuɗo kala ina njokki bakkaade hono no wuldu arbi en nii.
Eɗen njetta ɗo ko heerii kala neɗɗo walla lannda walla fedde, ko suuɗii walla ko weeji gadduɗo ballal mum he ittude nde fenaande woɗeere coy no ƴiiƴam. Kono njettoor keeriiɗo he ɓesngu tokoosu haa teeŋti he fedde “Haa Mem-Maa Moritaninaagal Am”. Eɗen eeroo nde yimɓe njokkata salaade ɗe penaale momtugol ɓaleeɓe. Ngati aduna men hannde o neɗɗo waawaa wuurde e les Asamaan o tawa alaa kaayitaaji. Kaɗɗo neɗɗo kaayit, haɗi ɗum ko goodal. So on teskii ma hannde hay jawdi, hay teew mbaraangu ina waɗanee kaayit.
Ngo eeraango noon e ngo fayi he ɓaleeɓe ɓurɓe jooteede kono he safalɓe daraniiɓe ngoonga so ɓe ngoodi. Ngati yimɓe waɗooɓe ɗe golle ngonaa yiɗɓe Moritani, miin nanngu-mi ko ɓe njeyaaka e Moritani. Ko bonnooɓe tan so welii keddoo, so bonii ndoga. So ɓe njeyaa e leydi ndi walla eɓe njiɗi ndi eɓe poti miijaade nguurndam ɓesngu maɓɓe e taaniraaɓe maɓɓe arooɓe. Yeru tan en njiyii ɓiɓɓe Itleer wayluɓe yettoode mum en ngam hersude. Haalooɓe pulaar noon mbiyi: “ Aduna ko dannga waandu, waɗa jaaɓe waɗa murtooɗe” e “Aduna ko ngaynaaka jontaaɗo kala forloyaa”.
Farayse, ñalnde 4 juko 2013
Sammba Cooyel BAH




