Mauritanie : Quel modèle de gouvernement choisir ?
La Mauritanie, indépendante depuis 1960 continue de faire face aux difficultés de cohabitation entre ses différentes communautés. La composante noire, y compris harratine, vit dans une situation de discrimination raciale et de précarité dont les membres doivent se justifier en permanence de leur appartenance à ce pays, alors que les arabo-berbères ou maures jouissent d’office de leur citoyenneté pleine et entière. C’est dire combien le concept de l’Etat unitaire a échoué chez nous. Dès lors, pour être viable, la Mauritanie doit changer d’option et trouver un autre modèle de gouvernement qui appellerait à plus de participation du peuple mauritanien dans l’avenir politique du pays. De mon point de vue, l’autonomie des régions serait l’outil politique qui pourrait rectifier ces erreurs historiques. Ainsi, il est nécessaire d’approfondir nos réflexions sur le concept de ‘’ l’autonomie dans le cadre politique, économique et administratif des régions’’. Pour lever tout équivoque, je dis d’emblée que par autonomie, j’entends différentes régions qui s’auto- gouvernent partiellement par ses propres lois mais sans séparation les unes des autres. Par conséquent, j’entrevois un certain nombre de justifications qui se situent à deux niveaux. Sur le plan général d’une part et sur le plan spécifique eut égard à nos propres réalités d’autre part. En général il y’a trois grandes raisons qui justifient le choix des communautés à être indépendantes de l’Etat central.
– L’autonomie comme gage de légitimité de l’autorité nationale. Dans certains pays l’autonomie est adoptée dans le souci de donner aux différentes nationalités une certaine indépendance pour gérer leurs propres affaires. L’idée est que les différentes ethnies et les minorités puissent être indépendantes dans leurs affaires locales, par exemple dans les domaines de l’éducation, la culture, et de leur développement économique. Ainsi, ces peuples auront un certain sentiment de sécurité et seront beaucoup plus disposés à accepter la légitimité de l’autorité nationale.
– L’autonomie comme garantie de balance de pouvoir entre les partis. Elle est souvent choisie pour faire partager le pouvoir entre différents partis politiques pour éliminer l’accaparation de tout le pouvoir par un puissant parti unique.
– Enfin l’autonomie comme un principe fondamental à la notion de la Démocratie. La participation de tout le monde dans la chose politique est primordiale au bon fonctionnement des institutions démocratiques, et surtout si cette participation venait de la base.
Sur le plan spécifique de la Mauritanie nous pouvons distinguer des justifications théoriques et celles basées sur le plan pratique. Dans notre pays, non seulement les trois grandes idées déjà énoncées sont valables, en plus nous pouvons dire qu’il n’y a jamais eu de contrat social qui est nécessaire dans toute vie commune des différentes populations. Je veux dire par là- qu’il n’y a jamais eu de referendum à la veille et/ou après l’indépendance du pays qui scellerait l’idée de l’état unitaire tel qu’il est établi actuellement. Le congrès d’Aleg n’avait pas la légitimité suffisante pour jouer ce rôle. Alors, l’autonomie serait une manière de rectifier le tir afin de voir un peu plus clair sur les choix des différentes populations qui habitent notre pays. Ce n’est de secret pour personne, que l’Etat unitaire en Mauritanie a failli. Pour preuve l’existence même des Forces de Libération Africaines de Mauritanie (Flam) et Touche pas à ma nationalité (TPMN) confirmerait cet état de fait.
Sur le plan pratique, la politique de proximité au niveau local permettrait d’attirer beaucoup plus de citoyens à la chose politique. Un gouverneur ou un préfet élu par la population locale serait obligé de prêter plus d’attention aux intérêts de ceux qui l’ont élu. Ce qui est sûr, les récents évènements de Kaédi n’auraient pas eu lieu si les autorités administratives (quel que soit leur ethnicité) étaient élus par les populations locales avec une possibilité de révocation à tout moment en cas de forfait grave. Ce qui est contraire à la présente situation où l’autorité administrative est nommé par un lointain président de la république qui est retranché dans sa tour d’ivoire à Nouakchott et qu’il sert comme bras de rallonge. L’instinct premier de toute autorité est de garder son pouvoir aussi longtemps que possible. C’est pourquoi elle (l’autorité) fera tout pour satisfaire le désir de ceux qui sont à la source de son pouvoir, qu’il émane du président de la république ou du peuple.
Sur le plan économique, comme dirait Jack Lang ‘’ l’autonomie est une condition de l’efficacité’’. Alors, les programmes de développement de nos communautés seront beaucoup plus viables et efficaces dans le cadre de l’autonomie des territoires. En effet, la proximité du terrain donne plus d’objectivité par rapport aux besoins réels de la population et présente moins de risques dans la dilapidation des fonds. C’est d’ailleurs pourquoi, aujourd’hui l’aide au développent internationale s’oriente de plus en plus vers le financement direct des programmes de développement initiés et contrôlés par les populations locales. Par exemple USAID plaide de plus en plus pour le financement destiné à l’aide direct des populations au dépend de ceux qui passent par le canal habituel de l’Etat.
Bien que ces raisons objectives pour l’autonomie militent pour la fin de la discrimination raciale et pour l’égalité de tous les mauritaniens, certains, par complaisance et/ou par ignorance, verront cette réflexion d’un mauvais œil. Ils vont surement brandir l’arme selon laquelle ‘’l’unité nationale serait menacée par cette velléité autonomique ‘‘. Avant même de prendre le temps de finir de lire cet article, ils vont conclure que l’idée de l’autonomie n’est autre chose que la sécession du sud. Ils répéteront qu’il y’a beaucoup plus de choses qui unissent les mauritaniens que ce qui les séparent, en citant l’Islam comme religion de tous les mauritaniens. A ceux-là je leur oppose la réalité que nous vivons. En Mauritanie, les différentes communautés (Noires et Arabo-Berbères) vivent les uns à côté des autres, mais pas les uns avec les autres. Cette réalité est visible à l’ œil nu. Il suffit de prêter attention à la concentration démographique de chaque communauté dans les différents quartiers de Nouakchott. Ou même, regarder la composition de ceux qui participent aux manifestations de protestation de tous les jours contre le système. Si la majorité des mauritaniens est musulmane et que la religion devait être un factor d’union, nous sommes différents sur la manière de pratiquer l’islam. Par exemple, les noires laisseront leur position de guerre pour s’acquitter de leur devoir religieux au moment de la prière du vendredi, pendant que les autres (les maures) profitent de cette période de recueillement religieux pour reprendre les positions de leurs adversaires. Les événements de Sylla- Rindiaw-Belinabe dans un conflit foncier sont édifiants dans cette différence. Il est donc clair que les différentes communautés n’ont pas les mêmes préoccupations.
Alors, pour conclure, je suis convaincu que l’option de l’autonomie est un moyen approprié pour sortir la Mauritanie de cette injustice sociale qui n’a que trop duré. C’est pour cette raison que je me réjouis et soutiens le choix des Flam de prendre cette option comme pilier central de leur stratégie politique. Je suis encore plus heureux de voir Président Ibrahima Moctar Sarr de l’AJD/MR parler de ‘’décentralisation très avancée’’ comme solution politique en Mauritanie. En définitive j’appelle tous les progressistes mauritaniens à faire de cette option la leur car il est de la responsabilité de tous de trouver une solution juste pour notre peuple. Il y va de l’intérêt de toute la Mauritanie.
Mamadou Barry
USA




