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FLAMNET-AGORA: La mémoire collective; un outil dans notre combat politique par Ibrahima Abou Sall-Historien-chercheur et rescapé de la prison mouroir de Oualata
La question de l’identité dans le discours politique en Mauritanie est quelque chose de relativement ancien. On peut même dire qu’elle naquit avec la colonie. En effet, dès sa création théorique (par décision du conseil interministériel du 29 décembre 1899 tenu au 55, rue La Boétie 75384 Paris Cedex 08), et avant même la conquête militaire du Trab el Bîdhân[1] (1902-1933) le colonialisme français avait introduit déjà le débat sur les identités ethnique et raciale de leur future colonie. On parlait de créer un « (…) espace unitaire maure »[2] et de créer une colonie (la « Mauritanie occidentale ») dont les principes de fondements devaient reposer sur des « (…) facteurs de l’unité naturelle maures et sahariens »[3].
Les débats identitaires commencent à être affichés réellement durant les années 50, particulièrement à partir de 1958, avec la sortie dans la presse des colonies et dans celle de Paris de déclarations à caractères racistes et exclusivistes de certains leaders Bîdhân arabo-berbères.
Dans son numéro 334 du 21-27 avril 1958, un hebdomadaire de Dakar (Sénégal) « Echos d’Afrique noire » publie un article intitulé : « Les Maures veulent se rallier au Maroc parce qu’ils ne veulent pas être commandés par des Noirs ». Deux mois plus tard, dans le quotidien français, Le Monde du 29-30 juin, le vice-président du conseil du gouvernement de la colonie de Mauritanie, et futur président de la première république choisi par l’administration coloniale, Mokhtar Wul Daddah déclarait : « Si nous devions choisir entre une fédération maghrébine et une fédération d’AOF, nos préférences nous porteraient vers le Maghreb ».
Mokhtar Wul Daddah
Face aux prises de position exclusivistes de cette personnalité qui prétendait construire l’unité de la Mauritanie, un conseiller territorial de la colonie du Sénégal, Dr Moustapha TOURE (1922 – vendredi 16 avril 2004) répondit dans le même journal : « (…) Si les Maures ne veulent pas accepter le jeu normal de la démocratie qui postule la loi du nombre ou que,(…) [s’] il leur coûte beaucoup trop d’être dirigés par des Noirs, le problème qui se pose à notre conscience nous Africains, nous Sénégalais, nous riverains du Fleuve, c’est celui du retour des Noirs de la Mauritanie actuelle dans la Fédération d’Afrique Noire, parmi leurs frères Nègres»[4]
Le Ministre d’Etat chargé des Affaires étrangères de Mokhtar Wul Daddah, Hamdi Wul Moukhnas (1968-1978), consolidera cette thèse dans une interview qu’il accorda au journaliste et ethnologue italien Attilio Gaudio dans un numéro spécial consacré en août 1976 au « Réveil mauritanien » dans la revue Remarques africaines de Bruxelles : « Certains observateurs ont peut-être été étonnés de notre entrée si tardive au sein de la Ligue des Etats arabes. En fait, elle est surtout due aux lendemains difficiles de notre indépendance. Nous étions alors coupés de tout et de tous. La colonisation nous avait intégrés à l’Afrique occidentale bien que notre culture soit arabe » [5]
Hamdi Wul Moukhnas
Durant la période coloniale, il faut préciser que le débat sur la question identitaire était rendu encore plus compliqué par les prises de position politique et idéologique raciste de l’autorité coloniale elle-même. Comme on dit en Pulaar ou Fulfulde : « jeddi ngalaa » (Nulle personne ne peut contester ce fait historique)
Comparés aux Bîdhân, les Noirs (Bamana, Fulɓe, H’râtîn, Sooninko, Wolof) étaient considérés inférieurs culturellement. L’administration coloniale avait la certitude qu’il y avait chez ces derniers un « vide culturel » qu’il fallait combler. Alors elle se crut dans le devoir de créer pour eux des écoles destinées à « (…) donner satisfaction aux légitimes aspirations des populations noires à la culture française »[6]. Tandis que chez les Arabo-berbères, le même gouverneur avait écrit « (…) il faut tenir compte du fait qu’il existe une civilisation musulmane fortement poussée que, partout nous respectons et favorisons »[7]. C’est la raison pour laquelle, à la différence des Noirs « (…) l’enseignement chez les Maures doit être avant tout un moyen d’action politique. (..) [pour] (…) former dans d’excellentes conditions et sans porter ombrage à l’esprit d’indépendance de nos administrés (…)”[8]. Le Lieutenant-gouverneur de Mauritanie par intérim, Beyries, a écrit quant à lui dans son rapport politique annuel de 1938 que l’enseignement constituait par ailleurs un moyen « (…) de doter la nouvelle génération d’une culture arabe que leurs parents n’avaient pas »[9]. Cette politique de l’enseignement fut renforcée dès 1954 par la publication de l’arrêté n°139 du 24 mai 1954 du gouverneur de la Mauritanie rendant l’enseignement de l’arabe obligatoire sur l’ensemble du territoire[10].
Donc, contrairement à une idée reçue, ce n’est pas le premier gouvernement dirigé par Mokhtar Wul Daddah qui a imposé l’enseignement obligatoire de l’arabe, mais bien l’administration coloniale française. Les textes de février 1966 imposés par le régime de Mokhtar Wul Daddah étaient dans une logique de renforcement de cette arabisation.
La politique scolaire appliquée à partir de 1905, mais sans aucune formalisation au préalable, eut pour effet de diviser la communauté scolaire « mauritanienne » en deux groupes distincts sur des considérations raciales. En Mauritanie, dans l’exercice de l’administration coloniale, les « Mauritaniens » étaient administrés sur des critères raciaux aussi dans les domaines de la justice, de la santé, dans le recrutement pour l’armée coloniale, dans le paiement des impôts[11].
Un des successeurs de Beyries, Christian LAIGRET, quant à lui, avait trouvé normal que cette colonie (qu’il assimilait à une seule ethnie, celle des Bîdhân et leurs H’râtîn et esclaves) se tienne, après les élections de juin 1946, « (…) à l’écart de toute réforme et de toute propagande. [car], (…) la circonscription électorale unique Sénégal/Mauritanie avait déçu les Maures, peu satisfaits de voir « (…) un Noir représenter un pays de Blancs »[12].
Evidemment, les chefferies guerrière et Zwâya avaient fini par être convaincues par cette thèse coloniale qui affirmait l’appartenance de la Mauritanie à une seule ethnie, la leur, les Bîdhân, et la primauté de ceux-ci sur les Noirs, quelles que soient leurs appartenances ethnique, culturelle et sociale (Bamana, Fulɓe, H’râtîn, Sooninko et Wolof)
La volonté de confier la direction du pays à des dirigeants politiques bîdhân, la conviction acquise par ces derniers que la Mauritanie était une « colonie ethnique maure », l’argumentation classique de groupes d’influence permanents issus des administrations civile et militaire de la colonie qui luttèrent pour que celle-ci ne soit pas annexée au Sénégal pour des raisons de non-rentabilité, et selon laquelle il fallait tenir compte du « (…) refus et de la crainte des Maures d’être dominés par des Noirs »[13], les prises de position des Noirs, tout ceci constituait un ensemble de facteurs psychologiques peu favorables à une stabilité sociale et politique. C’est dans ce contexte de culture politique ethnico-raciste que la colonie de Mauritanie accéda à l’indépendance le 28 novembre 1960.
Cette date symbolise l’affichage officiel local et international de l’hégémonie politique ethnico-raciale des Bîdhân et de l’arabité de la Mauritanie construite et cautionnée avec un accompagnement très lisible d’une Administration coloniale française très raciste anti-Noirs dans le cadre de cette colonie.
Pour confirmer cette vocation raciste anti-Noirs et panarabiste, après les arrestations de septembre 1986, celles de 1987-1990 et les massacres de militaires WaalFuuGi (Bamana, Fulɓe, Sooninko et Wolof), les déportations de 1989-1990, le Système Bîdhân mit en pratique, pour la première fois depuis novembre 1960 une nouvelle et inhumaine action pour montrer ses réelles convictions idéologiques et ses fermes intentions de réaliser ses objectifs politiques et socioculturelles d’arabisation intégrale de la Mauritanie : les pendaisons d’Inal dans la nuit du 27 au 28 novembre 1990.
Une inhumanité installée aux antipodes de la solidarité très humaine exprimée par un des rares Bîdhân qui fait exception : le lieutenant Mohamed Lemine Ould …, de la tribu des Tenwâjib. C’est seulement à Waalata que j’ai eu personnellement l’occasion de trouver pour la première fois depuis les arrestations de septembre 1986 ce cas exceptionnel de sympathie à notre égard. Dès les premiers contacts, il manifesta ce sentiment. Il commanda le fort pendant une courte période (27 avril – 27 juillet 1988). La raison de la brièveté de son séjour trouve, à l’évidence, son explication dans le témoignage de sa sympathie qu’il exprima à notre égard dès les premiers contacts dans notre salle d’enfermement. Une sympathie qui était mal tolérée par ses subalternes dont son premier adjoint, Mohamed Ould BOWBÂLI qui refusait ouvertement de lui obéir à chaque fois qu’il donnait des ordres pour une amélioration de nos conditions de détention. La plupart d’entre nous comprirent que ce qu’il avait vu dans la salle de séjour des prisonniers politiques le jour de son arrivée l’avait choqué : « Comment peut-on faire ça à un être humain ? Comment peut-on faire ça à des êtres humains, des musulmans, des Mauritaniens !». Il fit tout pour améliorer nos conditions de détention (amélioration alimentaire, ouverture des fenêtres qui étaient condamnées et qui le seront de nouveau après son affection pour sanction parce que son comportement humanitaire avait été signalé par ses subalternes à la Direction de la Garde nationale à Nouakchott). Le premier jour, dès qu’il sortit de la salle de détention, il envoya même un garde acheter au village de Waalata du sucre, des arachides et du lait en poudre pour ceux qui étaient les plus marqués par la malnutrition.
Une solidarité humaine qui contrastait dans son intégralité avec l’inhumanité absolue affichée par le lieutenant Ghâli Ould SOUVY, de la tribu des Awlâd Gheylân (Adrâr) : «On vous a fait venir ici pour vous tuer. Vous ne retournerez jamais auprès de vos familles. Nous vous tuerons tous à petit feu, et nous ferons des rapports dans lesquels nous dirons que vous êtes morts de paludisme. C’est fini pour vous. C’est ma mission. Ordre du patron».
Le nom du lieutenant Mohamed Lemine Ould …et ceux d’autres qui ont agi comme lui doivent être mémorisés et honorés publiquement un jour, même à titre posthume lorsque notre pays trouvera un jour sa dignité humaine.
Ce jour viendra. J’en suis convaincu.
A l’opposé, ceux des criminels qui ont organisé et réalisé ce sinistre projet de destructions humaines au nom de l’arabisation et de la Bîdhânisation de la Mauritanie et leurs « Tirailleurs sénégalais » administratifs et militaires issus des milieux H’râtîn, Bamana, Fulɓe, Sooninko et Wolof seront mémorisés dans la négative absolue. La justice citoyenne et républicaine absolue sera appliquée contre eux.
Si de leurs vivants ils ne sont pas jugés et punis, alors leurs descendances risquent d’hériter moralement de ces crimes commis contre les Bamana, les Fulɓe, les Sooninko et les Wolof au nom de l’arabisation et de la Bîdhânisation de la Mauritanie.
Des génocidaires en liberté :
une honte pour l’Humain, une honte pour la Mauritanie
Comme on dit en Pulaar ou Fulfulde « Hare koko jokki haa poolgu » (le combat continue jusqu’à la VICTOIRE
Ibiraahiima Abuu SAL
2014, MBooy, 13 naasaande
(jeudi 13 mars 2014)
[1]Territoires habités par ceux qu’on appelle communément, selon la terminologie coloniale « Maure » ou « Arabo-berbère », et qui se dénomment eux-mêmes, habituellement, « Bîdhân » qui veut dire « Blancs » par opposition aux « Sudan », les « Noirs ». Toutefois, depuis les événements de 1966 et surtout à partir de 1979 (Radio Mauritanie), le discours panarabiste revendique l’appellation « Arabe » à la place de « Bîdhân ». Le panarabisme obtus les conduit à affiche une hostilité maladive contre leurs identités partagées « raciales » (Noirs), culturelles (Berbères et juives) et géographiques (Afrique : ils disent qu’ils ne sont pas Africains).
[2]MARTY, Paul : « Considérations sur l’unité des pays maures de l’Afrique occidentale française » (Annuaires et Mémoires du CEHS/AOF. série B. 1916. pp. : 262-270)
[3] MARTY, Paul : « L’Emirat du Trarza ». Revue du Monde Musulman. Paris, Leroux. 1919, in 8°. 438 pages.
-SALL Ibrahima Abou : « Mauritanie du Sud. Conquêtes et administration coloniales françaises. 1890-1945 » (éd.). Paris, Karthala, 2007. 815 pages.
[4] « Echos d’Afrique noire » Sur la photocopie de l’article que nous avons, le numéro et la date ne sont pas mentionnés.
[5] GAUDIO, Attilio : « Le dossier de la Mauritanie » Paris. Nouvelles éditions latines. 1978. 431 pages. p. : 270.
Chef de Service Maghreb et Afrique du Centre Ouest de l’Agence nationale italienne de presse (A.N.S.A.)
C’est le père de ce même Hamdi Wul Moukhnas qui a assassiné le leader politico-religieux du Fuuta Jaloŋ, Alfaa Yaayaa JALLO, dans le courant du mois d’août 1912 à Port Etienne où il était exilé depuis le mois d’octobre 1911. L’Administration coloniale française de Mauritanie avait fait courir le bruit qu’il est décédé des suites de mauvaises conditions de détentions ; mais, en réalité, il fut tué par ce garde Bîdhân à la suite d’une vive altercation. L’homme politico-religieux du Fuuta Jaloŋ se plaignait de ses difficiles conditions de détention. Le père de Hamdi Wul Moukhnas ne supportant pas d’avoir été engueulé par un « sale nègre » tira sur lui un coup de fusil mortel.
[9] ANS : 2 G 38/1 (200MI 1792). Rapport politique annuel de 1938. Mauritanie. Lt-Gouverneur par intérim Beyries.
[11] SALL, Ibrahima Abou : « Mauritanie du Sud. Conquêtes et administration coloniales françaises. 1890-1945 » (éd.). Paris, Karthala, 2007. 815 pages.
[12]caran : 200 MI 1872/ANS 2 G 46/20. Mauritanie. Rapport politique annuel 1946. III : Elections. P. 9. Il s’agissait du député Léopold Sédar SENGHOR, le futur président de la République du Sénégal (1960-1981).
[13]TERRIER, Auguste et MOUREY, Charles : L’expansion française et la formation territoriale. Gouvernement Général de l’AOF. Paris, Leroux, 1910. p : 301
FLAMNET-AGORA: Anniversaire: Les FLAM c´est toute une vie militante
Aujourd’hui 14 mars 2014, les Forces de libération africaines de Mauritanie ont 31 ans. C’est tout une vie militante pour une Mauritanie débarrassée de son racisme et de son esclavagisme institués.
En ce jour, nospensées vont à nos aînés qui ont sacrifié leur vie pour que triomphe la Mauritanie de nos rêves.
Aux camarades Si Abdulaay Maalikel, Booy Alasan Haruuna, Habsa Banoor, Camara Abdul Quduus, Cillo NyaaÑ, Bah Mammadu Siidi, Sal Abu Hammaat, Ibirahiima Abu Sal, Garba Jallo, nos aînés, oncles et pères, au vénérable Camarade Président Sammba Caam, cette jeunesse militante que vous avez adoubée vous rend aujourd’hui hommages, hommages à vous, à vos épouses et à vos familles pour le sacrifice consenti. Dédier sa vie à l’adversité n’est pas chose aisée. Je le dis de par mes courtes vie et expérience militantes comparée à la vôtre : les pressions sociales et familiales, les privations des bonheurs et malheurs, le mal du pays, la fatigue de l’exil, l’anonymat, le mépris, l’insulte, les menaces,… ne vous ont pas fait descendre du “train de la révolution”, vous avez tenu bon, et vous tenez bon, car seule la vérité compte pour vous.
Au nom de votre idéal pour cette Mauritanie, je pense aux Yaaya Maabel, Mammadu Tadda Wan, Mamuudu Marjaan Taal, Jah Miika . A Maykor Juuf, à Sayku Umar Bah, à Ndonngo Abubakri, à Ibiraahiima Miifo Sow, à Abu Cooyel Faal et à bien d’autres de cette génération intermédiaire qui inspire et encourage la mienne pour continuer la lutte. Merci pour votre abnégation, merci pour votre courage.
A Kaaw Muhammadu Tuure, Sayku Aamadu Tijaan Jeeñ, Usmaan Bah, Sow Mammadu Abdul, Alhaji Saydu Nuuru Bah, Amnata Usmaan NyaaÑ, Mammadu Lamin Caam, Baal Sileymaani, Umar Debbe Sal, Aliw Sow, Huley Sammba Caam, Umar Bah, Abu Si, à Babah, Aliw Yaal, Huley Yaal, Arwa Dieng, Kummba Hawa Si, …. nous avons tenu bon et nous devons tenir encore car la victoire est proche. Nous avons opté pour ce choix, le choix de suivre ceux et celles qui ont été arrachés à l’affection des leurs pour avoir réclamé leur Mauritanité pleine et entière. Non, nous ne lâcherons rien de nos droits fondamentaux.
Je rends enfin un grand hommage à cette jeunesse militante, cette jeunesse étudiante qui s’est mise en ordre de bataille en rejoignant les Forces de libération africaines de Mauritanie. Vous avez fait le choix de la constance et de la détermination. Vous avez opté pour ce que sera la Mauritanie de l’avenir : liberté, égalité et justice. Soyez les bienvenues dans votre milieu naturel, soyez les bienvenues chez vous.
A nos morts, “aux absents présents” : Jiggo Tabsiiru, Bah Abubakri Kaaliidu, Bah Usmaan , Bah Umar Usmaan, Jules SOW , Tuure Zakaria, Bah Ceerno mo Bah Bookar Tijjaani, Mamma Aamadu Sow, Sow Aamdu, …. nous ne vous oublierons Jamais. Reposez en paix Martyrs, la conscience semée a essaimé.
Joyeux 31• anniversaire aux Flam.
La lutte continue!(Llc).
Ibirahiima Jallo Baabayel.
Flam/Europe de l’Ouest.
FLAMNET-AGORA: Le pari de l’authenticité par Bocar Oumar BA
Difficile de penser profondément la problématique de la cohabitation en Mauritanie, que nous autres appelons la question nationale, sans un brin de regret. Rappeler aux militants sincères de cette cause que la question n’est pas conjoncturelle mais bien structurelle n’est pas inutile. Pas plus que rappeler son historicité n’est superflu. Surtout par ces temps de confusion extrême où n’importe qui peut surgir de n’importe où, pour s’autoproclamer du jour au lendemain réceptacle légitime des tristes larmes que versent pourtant depuis des décennies les négro-africains en Mauritanie.
La question nationale n’est pas l’addition mécanique des différents évènements tragiques vécus par les noirs en Mauritanie. Désormais on évoque presque séparément par exemple la question des déportés, celle de l’enrôlement, ou celle dite du « passif humanitaire » qui est en réalité un génocide, tout cela en survolant gravement la question identitaire qui en est le substrat. Qu’est-ce qui favorise donc un tel délaissement des fondamentaux de notre lutte ? C’est, de mon point de vue, la rencontre de deux types de facilité qui en est l’explication. D’une part, celle des négro-africains pris par l’impatience et qui voient facilement dans chaque nouvelle voix qui s’élève le messie attendu. Cette impatience est si criante qu’on interroge rarement la qualification de nos leaders « new school » pour articuler comme il faut la question nationale.
J’ai la faiblesse de croire que l’habitude acquise par les négro-africains depuis un certain temps à faire de la lutte par procuration produit ce regrettable appauvrissement idéologique. En confiant trop souvent le traitement de cette question complexe à des acteurs politiques n’ayant pas forcément, par l’authenticité et l’ancienneté de leur engagement militant, l’expertise nécessaire pour l’aborder, on a petit à petit contribué à son désossement idéologique. D’autre part, la facilité (bien confortable avouons-le) des leaders non experts de la question nationale, pour faire le discours qui convient aux négro-africains, à s’enfermer juste dans l’évocation des différents évènements cités. Cela présente l’avantage de ne pas s’engager vraiment sur la question de fond, et de meubler cette faiblesse en martelant incessamment ce qui désormais est réfuté par bien peu de gens. Le risque est naturellement celui d’une banalisation de la question nationale, mais aussi celui, non moins grave, d’installer dans la tête des militants négro-africains, que pour nous libérer, il nous faut toujours compter sur autrui.
Dans notre histoire récente, du temps du FDUC à aujourd’hui, toutes les fois où nous avons fait ce raisonnement, nous avons eu tort. Les seules fois où nous avons réussi à bousculer sérieusement le système et à le faire douter, ce fut lorsque, nous assumant sans complexe comme acteurs de notre destin, nous avons osé le pari de l’authenticité. C’était le cas avec les « Dix neuf » en 66, le MEEN en 79, les FLAM en 86 et plus récemment TPMN depuis 2011. Que l’histoire nous serve donc de leçon !
Bocar Oumar BA
Mauritanie: une charte de la diversité et de bonne gouvernance pour les FLAM
Baba Kane – La charte du mouvement des Forces de libération africaine de Mauritanie (FLAM) diffusée cette semaine par les réseaux sociaux et le site du mouvement défraie la chronique.
Ce document succinct clair et précis met en lumière de fortes résolutions de bon sens qui a toujours fait défaut aux différents locataires du palais de Nouakchott depuis 1960. Une charte qui s’inspire de la diversité mauritanienne et de sa position géopolitique stratégique entre le monde arabe et africain.
En ces temps de crise politique et de doutes quant à l’avenir du pays cette charte vient au bon moment et rend crédible toutes les consultations du président Samba Thiam avec tous les acteurs de la Mauritanie aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur .Mais ce condensé de vérités historiques et de bonne gouvernance gagnerait mieux à être vulgarisé à l’intérieur du pays.
La partie n’a jamais été facile pour les Flamistes qui ont subi pendant très longtemps l’ostracisme du régime notamment de Ould Taya. Aujourd’hui cet acharnement est derrière le mouvement qui vient à peine d’opérer son redéploiement en Mauritanie.
Son président Samba est rentré au bercail et il a pris son bâton de pèlerin pour expliquer les intentions du mouvement et sa place dans l’échiquier politique d’où les consultations avec la société civile, les partis politiques toutes tendances confondues, les leaders d’opinion, les ONG nationales et internationales, les mouvements citoyens et aussi les acteurs internationaux.
Cette démarche est rendue crédible par la publication d’une charte diffusée sur les réseaux sociaux et le site des FLAM. Une charte de qualité des idées et de bon sens qui a toujours fait défaut aux différents locataires du palais de Nouakchott depuis 1960. Le message que véhicule ce condensé de vérités historiques et de bonne gouvernance vaut d’être martelé dans un pays où les différentes communautés se regardent comme des chiens de faïence.
Il s’agit essentiellement d’inverser la tendance c’est à dire partir de la diversité mauritanienne. La Mauritanie est composée essentiellement d’une communauté noire ( les halpulaaren, sooninkés , Ouolofs, Bambara et Haratins) et d’une communauté arabo-berbère ( les maures). Cette reconnaissance multiculturelle est la base d’une société égalitaire et la construction d’une nation «arc-en-ciel».
Ce qui en dit long sur cette charte qui privilégie l’harmonie dans la différence. En ces temps de crise politique et doutes quant à l’avenir du pays cette charte vient au bon moment et peut être une source d’inspiration des partis politiques à quelques mois des présidentielles.
Les FLAM posent ainsi les jalons d’une présidence et de deux vice-présidents tournants issus de la diversité élus au suffrage universel. Une gouvernance qui pourrait stabiliser les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire et stimuler de saines élections. Dans cette perspective l’armée est pointée du doigt .
La charte préconise une armée citoyenne dans les casernes dont le rôle principal est de protéger les citoyens et de participer au développement. Cette bonne gouvernance n’est pas sans l’autonomie des régions ou décentralisation. La charte faisant référence à la prise en charges dans tous les domaines des affaires régionales par les habitants eux-mêmes avec le maître-mot la solidarité.
Raison pour laquelle ce précieux document gagnerait mieux à être vulgarisé à l’intérieur du pays. Bien entendu ce n’est qu’une charte, un outil de travail pour ceux qui veulent le changement donc susceptible de modifications. C’est tout l’intérêt d’une telle réflexion et d’un débat national sur toutes les questions sans tabous pour combattre tous les extrémismes d’où qu’ils viennent. Mais restons optimistes et rêvons un peu.
Yaya Cherif Kane dit Baba-Journaliste-Rouen-France.
Source: cridem
FLAMNET-AGORA: Une pensée pieuse à nos martyrs par Houlèye Thiam des FLAM-Amérique
Une pensée pieuse à nos martyrs: Une matinée un instant, une journée on vous a tué sans pour autant vous dire pourquoi. Une matinée un instant une journée on a semé à jamais la terreur dans vos familles. On vous a tué parce que vous avez eu le courage de dire NON !, on vous a tué parce que vous avez osé exprimer votre mécontentement, votre ras-le-bol.
Entre les pleurs des gens qui vous sont si chers, des parents, des enfants et des proches, dans la détresse d’un pays, dans la tristesse d’une nation, vous êtes partis. La vague d’horreur des RACISTES vous a emporté sans raison, votre seul délit : ETRE NOIR et MAURITANIEN !
Vous êtes partis parce que, une race, un régime, un système a voulu « blanchir » un pays !
Chers martyrs vous êtes partis, mais vos assassins courent toujours plus que jamais rassurés, plus que jamais contents que 28 ans après, ils marchent la poitrine bombée et les épaules hautes, sur le sol Mauritanien taché du sang. Sans honte, sans remords les jours se suivent et se ressemblent, le vent rouge de Nouakchott continue à circuler tranquillement. Quelle INJUSTICE !!!
Cette noble lutte va continuer, sans repos, et sans arrêt, jusqu’à ce que justice soit faite, les coupables sont connus, les victimes sont connues. Tous ceux qui ont fait du mal, à ma communauté, à ma race, à ma patrie seront punis, tôt ou tard!
Cette noble lutte va continuer sans arrêt et sans repos jusqu’à la victoire TOTALE.
A ces martyrs, je dis simplement que leur vie fut combattante, leur mort héroïque, leur sacrifice sacré et leur mémoire éternelle.
Pour que leur mort ne soit pas vaine, il est impératif que chaque Mauritanien digne de ce nom ; hommes, femmes, enfants et bébés se joignent enfin à cette noble lutte. De l’intérieur comme de l’extérieur il est impératif qu’ils participent activement à la lutte. C’est une lutte noble, digne et vitale sans laquelle il n´y aura ni liberté, ni justice, ni égalité. Sans laquelle il n´y aura ni essence de vie, ni valeur humaine, ni respect à la différence.
Plus que jamais la lutte doit continuer pour la démocratisation de notre pays!
Plus que jamais la victoire est proche!
Le vent du changement a soufflé, c’est l’aurore !
C’est l’aube de la victoire !
Mauritaniens de toute part, levons nous c’est l’espérance !
TU REVIVRAS MA MAURITANIE!
RIP A NOS MARTYRS !!
VIVE LA MAURITANIE EGALITAIRE ET UNIE !!!
LA LUTTE CONTUNIE !!
Houleye Thiam- Columbus-USA.




