Category Archives: Publications
LES FPC : L’AUTONOMIE ET NOUS
INTRODUCTION
Lorsque des problèmes de coexistences surviennent entre des peuples qui partagent le même espace, diverses solutions, allant du jacobinisme unitaire à la partition pure et simple, en passant par des paliers intermédiaires, telle l’autonomie, sont envisagées ou mises en œuvre.
L’autonomie choisie par nous sera inscrite dans le cadre de l’état unitaire, ouverte à l’interaction et à la mutuelle influence entre nos groupe nationaux, sans entrave pour la libre circulation des citoyens et des biens, respectueuses de toutes identités locales.
Elle permettra à nos communautés naturelles de prendre en main la gestion de leurs propres affaires sur le plan administratif, économique, culturelle et sociale, à travers des transferts de pouvoir spéciaux.
Chaque communauté modèlerait ainsi ses propres institutions et organiserait sa vie et son développement grâce à un système de relation plus souple avec le pouvoir central.
La « République des citoyens » où les Mauritaniens seraient indifférenciés reste à construire, l’autonomie en constituera le passage obligé pour forcer la préalable reconnaissance mutuelle, l’acceptation réciproque dans le respect de l’autre.
L’état de droit n’est pas incompatible avec la reconnaissance de jure ou de facto des communautés ; certaines vieilles démocraties européennes sont là pour le prouver, si besoin est.
- Quelles en sont les justifications?
1. Justifications historiques
L’autonomie tire sa justification ou son fondement historique dans le fait que, dans notre cas d’espèce, les communautés (ou peuples) en présence ont vécu par le passé côte à côte, chacune dans son espace, chacune avec son organisation, ses institutions politiques économiques et sociales propres. En outre l’autonomie n’est pas un mode d’organisation inédit. Elle est pratiquée dans le monde et de nombreux pays pluriethniques tentent encore de l’appliquer. Elle a donc une histoire et démontré ses vertus.
2- justifications théoriques
L’autonomie se définit comme un mode d’organisation unitaire à degré variable. Elle est conçue généralement pour résoudre la dichotomie entre le principe de l’indivisibilité et celui de l’identité. Sa mise en œuvre peut aller de l’octroi de quelques attributs de pouvoir à l’exercice de la quasi-totalité de ceux-ci par différents groupes humains, aux habitudes mentales, linguistiques et traditions différentes, diluant ainsi le pouvoir et le répartissant entre ces groupes en présence. L’autonomie fonctionne sur la base de deux principes fondamentaux : le principe de participation dans la prise de décision, et le principe de neutralisation respective des groupes protagonistes, à travers des mécanismes de régulation* qui permettent à chaque groupe de se protéger contre d’éventuelles menaces pour sa survie ou son assimilation.
Enfin, dans notre cas précis, elle prendrait en compte les facteurs ethnique, tribal, régional, pesanteurs certes à dépasser -, mais qui n’en sont pas moins des facteurs déterminants de la réalité Mauritanienne- ; elle assurerait ainsi davantage de cohésion sociale pour associer de larges segments de la société à la gestion du pouvoir.
L’Etat devra être perçu et organisé comme un appareil fédérateur des nations, des langues et cultures, des normes et terroirs et cesser d’être considéré comme Etat-nation, qui reste à construire. C’est du reste ce qui fonde et garantit le pacte du « vivre ensemble » ou du destin commun.
3- Justifications politiques
Les Administrateurs (Gouverneurs et Préfets arabo-berbères) qui gouvernent la vallée du fleuve depuis l’indépendance ne fournissent malheureusement aucun effort d’intégration, d’adaptation au milieu ou de compréhension du vécu des populations locales ; situation que favorise et perpétue le pouvoir central absent de toute politique de développement soutenue et conçue en fonction des besoins spécifiques de la vallée du fleuve : aucun projet économique d’envergure, aucune infrastructure de base sérieuse, indispensable au bien-être des populations, délaissées. D’où la nécessité de donner à ces populations en particulier la possibilité de choisir elles-mêmes leurs propres dirigeants. Le pouvoir doit être affecté aux nations, aux citoyens, aux terroirs et distribué au niveau fédéral, régional, provençal et local.
STRUCTURES, COMPETENCES/FONCTIONNEMENT, COMPOSITION
1. Organisation territoriale et administrative
Il sera créé quatre régions autonomes :
- Région numéro 1 ( Trarza- Brakna- Tagant ),
- Région numéro 2 ( Guidimakha, Fuuta, Waalo Barak ),
- Région numéro 3 (Assaba, Hodhs ),
- Région numéro 4 ( Adrar-Tiris ).
Ces régions, à vocation, épouseront, le plus possible, les contours des aires ethnoculturelles (communautaires) existantes.
Chaque région sera découpée en provinces qui respecteraient au maximum la configuration des espaces occupés par les entités historiques des ethnies et émirats (pour éviter la reconduction des problèmes actuels). Ces provinces seront aux nombres de huit (8). Ainsi :
– pour la région no 1 : les provinces du Brakna, du Trarza, du Tagant,
– pour la région no 2 : les provinces du Fuuta, du Guidimakha et du waalo Barak,
– pour la région no 3 : les provinces de l’Assaba et des Hodhs,
– pour la région n0 4 : les provinces de l’Adrar, du Tiris.
Les villes de Nouakchott et Nouadhibou seront régies par un statut spécial (à définir).
2- Les institutions
Le pouvoir central
Il exercera les attributs de souveraineté que sont la défense du territoire, les relations internationales, le transport aérien, les télécommunications ;
Il définira également la politique économique nationale et battra la monnaie.
Une parité fixe entre le nord et le sud régira la répartition des hauts postes de responsabilités.
Les régions autonomes
Elles exerceront les pouvoirs résiduels que sont la culture, le foncier, l’administration, la justice, les finances régionales, l’économie et la police locale.
Administration centrale
Elle sera dotée de trois institutions :
Gouvernement
Il sera composé de membres issus des espaces (Nord-Sud) et dont le mode de désignation restera à définir…
Le gouvernement sera dirigé par un président élu parmi les membres le composant (collège).
Mais si le président de la république devrait être élu au suffrage universel direct, alors il serait assisté de deux (2) vice-présidents tournant, issus d’ethnie différente.
Parlement à deux chambres
L’une, pourvue en députés au prorata du poids démographique de chaque région (L’assemblée nationale), l’autre – (le sénat)- à parité fixe.
Il aura pour tâche
- D’élaborer les lois fédérales, et la charte constitutionnelle.
- De veiller au respect du droit des régions.
- De fixer les rapports entre le gouvernement central et les régions.
Conseil central (mode de désignation des membres et composition à définir)
Il aura pour rôle :
- De veiller à l’alternance au pouvoir.
- De déterminer la légalité des actes de loi dans les régions et la fédération.
- De veiller à l’application de la charte constitutionnelle qui fixe les normes de la cohabitation.
- D’arbitrer les conflits inter-région, entre les régions et l’état central.
Administration régionale
Il sera créé quatre régions et huit (8) provinces :
Chaque région comportera :
- Un exécutif ou conseil régional qui sera dirigé par un gouverneur élu, assisté de commissaires de gouvernement issus des provinces (nombre à déterminer)
- Une assemblée régionale qui exercera les pouvoirs législatifs. Elle sera composée de membres élus, représentatifs des provinces
Chaque province aura à sa tête un adjoint au gouverneur.
Dispositions complémentaires
· L’auto organisation interne pourrait être modifiée par chaque entité au –delà des grandes lignes définies ici.
· Les mécanismes de régulation *: des leviers seront conçus que chaque communauté ou groupe national pourrait actionner pour bloquer toute disposition de loi en gestation qui menacerait ses intérêts.
· Senat : au sénat, pour toutes les questions touchant à l’identité ou à l’équilibre entre les communautés, la décision devra être prise par consensus ou par une majorité spéciale des 4/5.
LE CONGRÈS 29 –Août -2014
La lutte continue !
Les FPC
Dispositions complémentaires
· L’auto organisation interne pourrait être modifiée par chaque entité au –delà des grandes lignes définies ici.
· Les mécanismes de régulation *: des leviers seront conçus que chaque communauté ou groupe national pourrait actionner pour bloquer toute disposition de loi en gestation qui menacerait ses intérêts.
· Senat : au sénat, pour toutes les questions touchant à l’identité ou à l’équilibre entre les communautés, la décision devra être prise par consensus ou par une majorité spéciale des 4/5.
FLAMNET-RÉTRO: LA LONGUE MARCHE DES FLAM
INTRODUCTION
Une nouvelle page vient de s’ouvrir
Malgré ces innombrables obstacles des jalons importants demeurent aujourd’hui posés, vers la quête de notre liberté. Cette lutte, pour cette longue quête d’une reconnaissance du Noir mauritanien comme citoyen à part entière, est un combat de longue date. L’histoire de notre pays de 1946, 1956, à 1966, montre que nous n’en sommes pas les pères fondateurs, mais les dignes fils héritiers.
La mémoire de notre peuple retiendra que nous n’avons pas démérité dans la gestion de ce lourd et délicat héritage A travers les pages qui suivent, sans gloriole aucune, nous allons retracer la longue marche des F.L.A.M.
GENESE 1946 – 1966
EVOLUTION 1966-1986
-1966: MANIFESTE DES “19”: LA CRISE REBONDIT
-La circulaire 02 de 1979
Au regard de ces sursauts de résistance nous constatons que la lutte contre le Système a commencé il y a fort longtemps en Mauritanie. Mais toutes ces résistances furent brisées ou affaiblies une à une, si elles n’avaient été récupérées.
Voilà l’arrière contexte dans lequel les F.L.A.M. allaient reprendre le flambeau de la lutte.
– 1978- 1986 de la réflexion á la fusion
A partir de 1983, ces mêmes groupes décidèrent de se concerter et procédèrent à une analyse approfondie de la situation des Négro-mauritaniens. Le constat fut unanime : un présent amer et un avenir plutôt sombre.
La marginalisation de plus en plus systématique et affichée des Négro-africains par un Apartheid qui ne dit pas son nom, risquait de finir par leur «esclavagisation» ou par leur expulsion du pays, d’où la nécessité d’unir la résistance et de regrouper les forces pour éviter la dispersion des énergies.
Ainsi, le 14 mars 1983 fut scellée la fusion de ces organisations, qui allait donner naissance aux Forces de libération africaines de Mauritanie (F.L.A.M). Il s’agissait de l’Union démocratique mauritanienne (U.D.M), du Mouvement populaire africain de Mauritanie (M.P.A.M.), de L’Organisation pour la défense des intérêts des Négro-africains de Mauritanie (O.D.I.N.A.M.) et du Mouvement des élèves et étudiants noirs (M.E.E.N).
PRESENTATION
– Les F L A M- IDENTITE
Les F.L.A.M. sont une organisation à caractère plurinational, non ethnique et non raciale qui lutte pour l’avènement d’une société égalitaire et démocratique. Elles sont une Organisation politique pacifique , ouverte, qui privilégie le dialogue et la concertation, mais se résérve le droit de recourir à la lutte armée si elle y était contrainte. Toutefois, la violence physique n’est ni le but ni le credo de l’organisation.
Les F.L.A.M. ont pour objectifs, entre autres, le recouvrement par tous les Mauritaniens et singulièrement les Négro-mauritaniens, de leur dignité par l’élimination de la discrimination raciale érigée en système de gouvernement.
PROJET ET PRINCIPES
Notre quête de l’identité doit être perçue comme procédant du droit à la différence qui fonde l’efficacité et la pérennité d’une solidarité La voie que nous croyons la meilleure pour parvenir à cet Etat de droit reste, après l’échec de 40 ans d’expérience de l’Etat Jacobin : l’autonomie.
En effet, la Mauritanie est condamnée à s’unir sans s’unifier en lieu et place de l’étouffante uniformisation assimilée à l’unité. Les F.L.A.M. demeurent ouvertes à l’unité de l’opposition progressiste, tant pour des actions communes que pour rechercher ensemble les voies les plus appropriées pour une sortie de crise.
–FORMES D´ACTION
– la sensibilisation de l’opinion internationale par l’information sur les faits et gestes du Régime et la dénonciation permanente de sa politique raciste et esclavagiste ;
– la poursuite de la sensibilisation et de la mobilisation de l’opinion interne, en direction à la fois des Négro-mauritaniens pour renforcer la prise de conscience de leurs conditions d’oppression d’une part, et des compatriotes Arabo-berberes honnêtes, soucieux du devenir de la Mauritanie d’autre part. Nous avons besoin de faire connaître et découvrir à l’opinion maure, généralement intoxiquée par 10 ans de propagande mensongère du régime sur les F.L.A.M., la nature réelle de l’organisation, ses revendications, ses projets et les principes qui l’animent.
Pour ce qui concerne l’autre voie, c’est -à -dire celle de la lutte armée, il ne se pose pas un problème d’option ou de contre option. Elle résultera essentiellement de la maturation des conditions internes (déterminantes) en conjonction avec certains facteurs externes. Dés lors la question de savoir s’il est juste ou non d’y recourir reste sans intérêt.
PHASE DE CONSOLIDATION ET DE RAYONNEMENT
– ACQUIS POLITIQUES
Et certaines doctrines nous enseignent que cette phase d’interrogations est inévitablement suivie de la phase d’action, alors ne désespérons pas de notre peuple. Il est trop tôt, car comme disait quelqu’un «une nation asservie, battue et dispersée peut encore se rebeller contre son sort, et revenir à la vie».
A côté de ces masses à l’intérieur, qui chaque jour en silence, nous rejoignent, il y a ces dizaines de milliers de réfugiés mauritaniens encore au Sénégal et au Mali, et qui, grâce à notre encadrement, résistent aux chants des sirènes et maintiennent intacte la tension du retour. Nous le voyons, ici également notre action n’a pas été vaine.
*Une image corrigée
*Une reconnaissance internationale sans conteste
*ROMPRE LE MUR DU SILENCE
Par l’action médiatique, par une large diffusion de l’information, nous avons réussi à rompre ce mur du silence, à faire échec aux régimes dans leur tentative de circonscrire et d’étouffer les problèmes dans le but de mener en secret, leur funeste dessein. L’opinion internationale retient, désormais, dès qu’on évoque le nom de la Mauritanie, l’image d’un pays qui pratique la discrimination raciale et l’esclavage. Cette image lui colle désormais à la peau, et cela rend le colonel fou de rage. C’est tant mieux ! Bien que l’opinion internationale reste aujourd’hui largement informée de ce qui se passe en Mauritanie, il n’en demeure pas moins que beaucoup reste à faire.
*VIOLATIONS DES DROITS DE L´HOMME DANS LE SUD:LA NOUVELLE FORME
La répression presque unilatérale à l’endroit des hommes politiques bidhan actuels, bien que répondant à une stratégie de diversion, s’inscrit également dans ce cadre là.
*TOLERANCE HARATIN ET “EMANCIPATION”
La tolérance de leur discours -pour les opposants -répond à la même logique. Il est peut-être utile de rappeler ici à nos compatriotes Haratin de ne pas se tromper de cible et de stratégie. L’oppression est d’abord et surtout raciale ; et que seule la suppression de la discrimination raciale les sortirait réellement de leur condition d’existence actuelle. Il ne serait pas également superflu de rappeler peut-être, que les F.L.A.M. avaient été la première Organisation á prendre en charge la question de l’esclavage, quand bon nombre des leaders Haratin actuellement en verve se taisaient, après le procès de Rosso, s’ils ne flirtaient avec le Pouvoir. Sans visée opportuniste aucune , nous avons fait nôtre la lutte pour la libération des Hratin, fidèles en cela à nos positions de principe. Si du reste cette question connaît un certain retentissement aujourd’hui, c’est bien d’abord grâce à l’action continue des F.L.A.M. sur la scène internationale.
*RECONNAISSANCE OBLIGEE DE PARTIS A DOMINANTE NEGRE
Par leur reconnaissance légale – opérée à contre coeur? le régime cherche à déconstruire notre Discours, par des réajustements de sa politique ! Comprenant récemment qu’il était peut-être allé trop loin dans la permissivité accordée aux Noirs de s’organiser. Il vient de retirer toute existence légale à A.C., sous de fallacieux prétextes…dissoute pourtant dans les mêmes conditions et pour les mêmes raisons que L’Union des forces démocratiques (U..F.D.), qui renaît sous le sigle de Rassemblement des forces démocratiques (R.F.D.) ! La candidature orchestrée d’un Négro-africain à la Présidentielle, relève de la même démagogie et d’une stratégie de mystification destinée à la consommation extérieure.
*EVOLUTION DE PENSEE ET D´ATTITUDE
Que la coordination des partis d’opposition discute aujourd’hui de la question de «l’identité» de la Mauritanie est pour nous une évolution positive. Que les concepts de «Système», de «Communauté», de «Négro-mauritaniens» bannis hier du vocabulaire soient aujourd’hui usités par la classe politique, prouve que nous sommes sur le bon chemin. Qu’on l’exprime tout haut ou qu’on le chuchote du bout des lèvres, il reste, au-delà de toute hypocrisie que la Question nationale hante tous les esprits. Le débat est dans les salons, au c?ur des états-majors politiques. Le silence autour de cette question naguère tabou est aujourd’hui rompu grâce aux F.L.A.M.
*ACQUIS SYMBOLIQUES
-“LE MANIFESTE DU NEGRO-MAURITANIEN OPPRIMÉ…”
Dans une seconde partie nous indiquions que ce n’était pas le bon chemin pour construire une nation. Que cette voie comportait des risques certains pour l’avenir même du pays.
Enfin, dans la troisième partie nous esquissions des pistes de solution ; et invitions tous les Mauritaniens, sans distinguo, à s’asseoir autour d’une table pour discuter et résoudre ce problème, dans un dialogue des communautés et des cultures, dans l’intérêt de tous.
Tel fut le contenu réel du «Manifeste du Négro-mauritanien opprimé..». Tout le reste fut de la manipulation, tant du pouvoir que de nos adversaires politiques ! La conséquence de cette prise de position courageuse, et surtout patriote, fut la prison. Une prison terrible conçue pour tuer et non pour redresser, où beaucoup de nos camarades laisseront leur vie. Une mort douloureuse par la faim et la maladie.
Avec près de 20 ans de recul nous constatons à la lumière des données actuelles que rien n’a changé positivement. Pire, le régime s’est radicalisé dans sa politique d’épuration ethnique. Il affiche ouvertement sa volonté de faire de la Mauritanie un pays exclusivement arabe. L’alternative offerte au Noir mauritanien est soit l’abdication soit l’exil. Nous le voyons clairement. Les raisons qui nous avaient poussés à la lutte demeurent. Il n’y a donc aucune raison d’arrêter le combat.
-LE LIVRE BLANC DES FLAM:RADIOSCOPIE D´UN APARTHEID MECONNU
-LE MEMORANDUM
-LE FLAMBEAU
-L´EMBLEME NATIONAL (DRAPEAU)
-LA DEVISE
Unité // Egalité // Travail
–LE SITE FLAMNET
–UNE LONGUE RESISTANCE
Ces acquis essentiels, voire fondamentaux, méritent d’être consolidés et conservés.
-UN LOURD TRIBUT
Des centaines d’autres resteront, à jamais anonymes. A la mémoire de tous ceux tombés pour les causes justes nous répéterons après d’autres, cette oraison funèbre devenue classique «Leur vie fut combattante, leur mort héroïque, leur sacrifice sacré et leur mémoire éternelle».
OBSTACLES ET ERREURS
– Les premiers tiennent à des pesanteurs sociales : la culture de résignation, du fatalisme et de la démission, faussement attribuée à l’Islam. Nous l’avons mentionné, les dangers qui menacent la cohabitation entre Négro-africains et Arabo-berbères avaient été perçus avant l’indépendance et mis en évidence après. Mais la conscientisation autour de ces dangers présents et à venir, ainsi que la mobilisation pour y faire face exigeaient une organisation structurée, forte et omniprésente. Elle n’existait pas. Il fallut la bâtir et reprendre le flambeau de la lutte ; ensuite travailler à rendre audibles et crédibles les échos alarmants lancés plusieurs années plus tôt par nos aînés, et par nous-mêmes.
Ce travail de conscientisation a été et demeure, dans une large mesure, contrarié par la culture de résignation et du fatalisme des Négro-africains en général, construite autour d’un double déficit : déficit dans la prise de conscience effective du Négro-africain de toutes les dimensions de sa citoyenneté, encore très marqué ; et quand cette conscience est acquise, se pose le déficit dans sa volonté de l’assumer jusqu’au bout.
De facto, le Négro-africain se positionne par rapport à l’Etat et à l’exercice du pouvoir, plus comme citoyen électeur que comme citoyen éligible. Il a le devoir d’élire, pas le droit d’être élu, dans les faits, pour exercer la charge suprême de l’Etat. C’est à peine s’il ne se considère pas comme étranger ! Cette psychologie intériorisée, (heureusement entrain de changer ), de citoyen électeur mais non éligible à la tête de l’Etat, le Système a réussi à l?imposer aux Négro-africains. Et dans une large mesure, un bon nombre s’y résigne encore. Ainsi sommes-nous confrontés à un double défi : celui d’identifier (sans cesse) et de faire admettre le racisme d’Etat que nourrit l’ethnocentrisme comme réalité politique permanente en Mauritanie ; ensuite, celui de briser la culture de résignation et du fatalisme accentuée par les effets traumatiques de la terrible répression des années 86 -91.
Dès le départ, il nous fallut donc faire face sur plusieurs fronts : Ce type de mentalité qui structure le milieu négro-africain, et a la théorie ambiante, fumeuse du Mouvement national démocratique (M..N.D), entre autres qui a contribué à retarder la prise de conscience véritable du problème.
-1-LE P.K.M-M.N.D.(actuel U.F.P)
La cohabitation entre Arabo-berbères et Négro-africains – ou la question nationale – est identifiée par le M.N.D. comme un problème secondaire devant trouver sa solution dans le cadre de la lutte entre les classes opprimées et les classes dominantes. La référence de base, ici, c’est la classe, dans son acception marxiste. Tout se noue et se dénoue à l’intérieur de la classe et dans les relations conflictuelles ou de solidarité entre les classes. Pour le M.N.D., le racisme d’Etat n’existe pas en Mauritanie. Il y a tout au plus du chauvinisme.
De notre point de vue, le Système discriminatoire à base raciste est une donnée objective qui gouverne la vie nationale. Et cette réalité, par ses effets pervers, rend inopérante la notion de classes sociales. Elle consacre la primauté de l’appartenance communautaire, ethnique et tribale sur l’appartenance à telle ou telle classe.
C’est pourquoi nous avons toujours estimé que la question de la cohabitation doit être résolue correctement et en priorité sous peine de mettre en péril l’existence même du pays. Pendant plusieurs années, l’impact de nos analyses et de notre discours politique fut édulcoré et contrebalancé par la vision du M.N.D.. Le cours des choses finira par nous donner raison ; Les événements survenus entre 1986 et 1991, provoqués par l’acuité de la discrimination raciale, consacrèrent douloureusement la justesse de nos analyses et de notre perception des réalités du pays.
2-Le Régime de Taya
Pendant que les cadres et responsables de l’organisation étaient arrêtés et emprisonnés, les militants qui étaient parvenus à passer entre les mailles du filet de la police politique furent contraints à s’exiler. Ainsi, le front intérieur fut quasiment dégarni avant même que le travail d’implantation, d’organisation et d’encadrement n’ait pu porter ses fruits. C’est, livrés à eux-mêmes, presque sans organisation ni encadrement, que les Négro-africains subiront la répression raciste et les violations massives des droits humains en 1986, et 1991. Notre quasi-absence du front intérieur a constitué un handicap à l’essor de notre action en termes d’influences politique, d’organisation et d’encadrement des populations.
3-L´environnement international et sous régional
Avec le Sénégal et le Mali, elle coopère dans le cadre de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (O.MV.S.). Par le fait de l’histoire, de la géographie et de ces accords, il y a convergence d’intérêts économiques et affectifs entre ces quatre pays. Etant entendu que les intérêts des Etats ne coïncident pas toujours avec ceux des populations. En plus, ces quatre pays présentent un dénominateur commun, à des degrés divers et en des termes différents : tous font face à un problème identitaire ; islamisme et problème kabyle en Algérie, question sahraouie au Maroc, problème des Touaregs au Mali, problème de la Casamance au Sénégal, racisme d’Etat et problème négro-africain en Mauritanie. Auprès des Etats qui forment l’environnement sous régional auquel la Mauritanie appartient, notamment le Sénégal et le Mali, nous pouvons obtenir écoute, compréhension, soutien et solidarité. Mais fondamentalement, au-delà de leurs différences en termes d’avancées démocratiques, de développement, de respect des droits de l’homme, ces Etats percevront toujours notre combat contre la discrimination raciale dont nous sommes victimes, à partir de leurs intérêts géostratégiques et économiques propres.
Cette réalité géopolitique constitue, en l’état actuel des choses, plus un obstacle qu’un atout. Il nous appartiendra de définir vis avis de chacun de ces Etats les stratégies et tactiques adaptées pour renverser cette tendance. Autre obstacle, non moins important : les pesanteurs internes inhérentes à toute organisation en lutte. Celles-ci sont encore vivaces.
-Erreurs de parcours
*En matière d´organisation
En 1986, L’organisation fut, comme une bonne partie de l’opinion, surprise par le caractère répressif du régime, dissimulé sous les dehors débonnaires et prometteurs du «12/12». Ce qui eut pour conséquence d’endormir notre vigilance pour mettre en ?uvre une politique rigoureuse en matière d’organisation. Une telle politique, aurait conféré à notre organisation une aptitude à travailler dans un contexte de légalité, comme dans la clandestinité, ce qui aurait préservé l’essentiel de ses structures et de ses cadres lors de la répression de 1986. Cette défaillance, induite par un manque d’anticipation sur les arrestations de 1986, eut des conséquences lourdes et durables sur notre organisation.
*En matiére de communication
-Le concept “SYSTEME BEYDAN”
Or, les divergences que nous notons autour du concept «racisme d’Etat» portent moins sur la formulation du concept lui-même que sur la réalité des faits qu’il recouvre. Sur le plan intellectuel, le «racisme d’Etat» en tant que concept est admis et non repoussé. Pourquoi en est-il autrement du concept «Système Beydan» ? Pourquoi subit-il un traitement différent de celui réservé au concept «racisme d’Etat» ?
Cette différence de traitement tient à notre avis à plusieurs choses : la contiguïté des termes «système» et «Beydan» entraînent une polysémie. Le fait que le terme «Beydan» soit accolé à celui de «système» a pu laisser penser, pour certaines personnes de bonne foi, que c’était tous les Beydan (ou Arabo-berbères ) qui étaient, en tant que groupe ethnique, incriminés. Une manière de comprendre complètement erronée, car comme disait Angela DAVIS qui évoquait la problématique de la lutte des Africains-Américains «dès lors que le peuple blanc est, sans discrimination, considéré comme l’ennemi, il est virtuellement impossible de mettre en place une solution politique».
Ce qui est incriminé, c’est le système raciste, c’est l’Etat raciste et non les Beydan (ou Arabo-berbères) en tant que communauté, même si ce sont des éléments issus de cette communauté qui contrôlent l’Etat, maintiennent et perpétuent son caractère raciste. Même si tous bénéficient, volontairement ou involontairement de ses retombées, ne serait ce que par la valorisation de leur langue, de leur culture, de leur histoire etc.Il s’y ajoute les manipulations politiciennes de nos adversaires peu honnêtes pour rajouter à la confusion. Enfin, il fallait à chaque occasion l’expliquer comme dans une position défensive ! . Un concept qu’il fallait expliquer tout temps, qui ne rendait pas clairement, sans ambiguïté aucune, le contenu que nous lui logions, ne semble manifestement pas opératoire. Voilà pourquoi nous y avons volontairement renoncé. Si donc sur le fond, nous n’avons rien à concéder par rapport au concept. Sur la forme toutefois, dans la formulation, nous reconnaissons que nous avons pêché par manque de rigueur. Par souci pédagogique et pour une meilleure lisibilité de notre discours politique, nous nous sommes volontairement censurés en suspendant de notre discours politique l’usage de ce concept.
C’est cette erreur de communication – et elle seule – qui justifie notre autocritique par rapport au concept «Système Beydan». Cette erreur a consisté à avoir défini et employé un concept nouveau dans notre registre, sans en avoir mesuré tous les contours.
Erreur, également concernant la lutte armée, tentée entre 1989 et 1990.
*A PROPOS DE LA LUTTE ARMEE
-Notre position de principe
La lutte armée, du reste, est rarement le résultat d’un choix politique. Elle est plutôt la résultante de la maturation de facteurs internes (surdéterminants ), en conjonction avec certains facteurs externes Sans verser dans l’apologie de la lutte armée ou de quelque autre forme de violence que ce soit , on peut cependant se demander si face à la tyrannie et au despotisme et devant l’impossible alternance politique, elle ne constitue pas l’ultime et légitime recours. Il ne faudrait pas non plus verser dans l’angélisme, Il est question de se donner la liberté et les moyens de pouvoir tenir le seul langage que les régimes racistes et répressifs comprennent, dès lors qu’auront été épuisées toutes les ressources pour une solution pacifique au problème vital de la Mauritanie : la cohabitation entre Arabo-berbères et Négro-africains.
Sur ce point également, notre erreur a été dans la proclamation publique de la lutte armée. On ne dit pas la révolution, comme la guerre, on la fait, disait quelqu’un. Par ailleurs le contexte ayant présidé à son choix, qui était un contexte passionnel, dans le feu des déportations et exécutions ; une forte dose émotionnelle ayant embué les esprits, gênant la lucidité requise en pareille circonstance, pour évaluer froidement les moyens, tous les moyens humains, matériels et techniques, données géostratégiques et géopolitiques pour une telle entreprise. Nous avons omis d’intégrer la position – et le sens de son évolution – des Etats et des populations de la sous région, notamment le Mali et le Sénégal où se trouvaient des milliers de déportés. Bref nous n’avions pas pris suffisamment la juste mesure des choses.
Et quand elle fut gelée, sans large explication, cela ajouta à la confusion. C’est donc tout naturellement que son gel déclaré fut perçu par bon nombre de militants et sympathisants comme un abandon pur et simple de la lutte contre le racisme d’Etat, entraînant des frustrations.
Ce fut là aussi une erreur de communication.
Nous venons de survoler quelques-uns des obstacles et erreurs qui ont jalonné notre longue marche.
Pour surmonter ces obstacles et éviter la répétition des erreurs commises, il faut plus que des convictions ancrées. Pour venir à bout d’un système raciste et tenace dont les tenants ne reculent devant rien pour écraser leurs adversaires et perpétuer leur domination, il faut ?uvrer à tous les niveaux pour rendre notre organisation plus forte, plus structurée, plus présente sur tous les fronts. En même temps, nous devons résolument intégrer la dimension pédagogique dans notre action politique pour la rendre facilement lisible. Pour cela, il faut remettre à l’honneur l’information, l’explication, et la cohérence entre notre discours politique et notre pratique de tous les jours.
PERSPECTIVES ET/CONCLUSION
A plusieurs reprises, dans la vie nationale, des crises liées à cette cohabitation ont conduit le pays au bord du chaos : 1966, 1989, 1990 et 1991. Les conséquences de ces crises sont toujours là : des milliers de déportés, des centaines de veuves et d’orphelins produits par les violations des droits humains. Ces faits interpellent chaque jour, chaque Mauritanien.
C’est pourquoi nous invitons solennellement tous les Mauritaniens sans exclusive à prendre leurs responsabilités historiques avec courage pour faire face avec sérénité et détermination à la question nationale afin de lui trouver une solution juste et durable. Enrichissons-nous des enseignements que nous offre la scène internationale. Partout où le problème identitaire a été mal géré, nous avons observé des tragédies avec des risques de partition des pays concernés. Les événements tragiques que vit aujourd’hui la Côte d’Ivoire en sont une illustration. Là aussi, on retrouve à l’arrière plan la question identitaire, parmi tant d’autres, comme facteur déclencheur de la crise. Pour notre part, nous réitérons aujourd’hui, ce que nous avons préconisé depuis 1986 : notre disponibilité à engager de larges consultations avec tous les Mauritaniens pour définir les grandes lignes pouvant conduire à une solution correcte et durable de la question nationale.
En direction de l’opposition, nous renouvelons notre appel pour la construction d’un vaste front de l’opposition combative afin de hâter l’alternance politique. Etant entendu que pour nous, l’alternance politique doit rendre possible une solution juste et durable de la question nationale et une éradication de l’esclavage.
En direction des Négro-africains, nous disons : le combat pour l’éradication du racisme d’Etat et l’avènement d’une Mauritanie où le Négro-africain et l’Arabo-berbère auront les mêmes droits et les mêmes devoirs, les mêmes chances d’épanouissement, ce combat est le vôtre. Personne ne le fera à votre place. Il faut se persuader que les personnes qui luttent pour leur liberté vaincront quel que soit le terrain sur lequel elles se battent, et ce malgré la disproportion des rapports de forces.
A la jeunesse négro-africaine, nous disons : que la dignité n’a pas de prix. Ce combat contre l’injustice et l’oppression raciale, c’est surtout le vôtre, car c’est vous et vos enfants qui serez les premiers bénéficiaires. Dans bien des domaines, vous avez fait vos preuves. En matière de lutte contre le régime et le racisme d’Etat sous toutes les formes, vous devez faire davantage.
En vingt ans, nous avons accompli une longue marche. Plusieurs étapes et épreuves encore plus difficiles nous attendent. A l’heure où nous sommes devenus une force politique incontournable, nous appelons tous nos militants et sympathisants à plus de vigilance, plus de détermination, plus de discipline.
Vigilance : pour déjouer toutes les man?uvres, toutes les tentations et les tentatives de diversion et de récupération politique.
Détermination : il n’en faudra jamais assez pour venir à bout des obstacles et épreuves qui se dresseront sur notre chemin.
Discipline : Discipline dans la conception, discipline dans l’action parce que sans elle rien ne peut se faire dans la durée.
Nous sommes entrés dans l’histoire par la grande porte, veillons à ne pas en sortir par la petite.
La lutte continue!
Les Forces de libération africaines de Mauritanie (F.L.A.M.)- 14 MARS 2003.
La Charte des Forces de Libération Africaines de Mauritanie
Flamnet- rétro: Cinquantenaire de la Mauritanie: notre vision des choses
Cinquante ans d’oppression, de répression et de régression…
Le cinquantenaire des Etats Africains rime généralement avec régression, répression, et renvoie à une Afrique marginalisée, qui ploie sous le poids de la dette, écrasée par des rapports marchands impitoyables, inégaux et iniques; une Afrique appauvrie, meurtrie et exsangue par cinquante années de régimes despotiques, aux peuples déçus, pessimistes, en désillusion totale vis-à-vis de leurs gouvernants.
Si ces indépendances africaines ont procuré la satisfaction d’avoir délivré les peuples d’Afrique de l’insupportable sentiment de l’aliénation politique, il reste que ces mêmes peuples, en général, les ont ressenties comme une traversée du désert; ils les ont vécues comme un calvaire à cause de la “mal- gouvernance”, qui se décline en corruption des moeurs , pillage des ressources, répression et oppression, ethnicisme et népotisme, pauvreté et famine, arbitraires et abus des dictatures, surtout militaires .
Tableau sombre qui amena ce vieux maure de l’Est de la Mauritanie à demander un jour : à quand donc la fin de l’indépendance? même constat amère qui faisait dire à Ahmadou Kourouma , à travers son personnage de roman, « comme une nuée de sauterelles les indépendances sont tombées sur l’Afrique » !
La Mauritanie, le miroir brisé
La Mauritanie, ce morceau hybride de l’Afrique, n’échappe pas à cette sombre caractérisation. Loin s’en faut ! en effet la Mauritanie constitue un des cas achevés des ratés des indépendances africaines que décrivait, si bien Ibrahima Ly : « Nous avons déjà eu ce qu’on appelle “indépendance”, quelle tristesse ! Nous avions ensemble tué la bête immonde . Quelques- uns ont traîné le cadavre dans un fourré, et avec sa dépouille se sont confectionné des masques. Ils nous font maintenant terriblement peur ».
Par la faute de nos dirigeants politiques nationaux, nous mauritaniens sommes aujourd’hui ce que nous sommes, c’est- à-dire au bas du classement des pays, à l’échelle du globe.
Génèse : Maitre Moctar ould Daddah artisan du Système
Le Président Moctar ould Daddah ( paix à son âme ), par ces choix subjectifs, partisans, hypothéqua la marche de notre pays vers le progrès, l’entraînant dès le départ dans des dérives politiques et nationalistes qui continuent encore aujourd’hui de compromettre et son unité et son développement.
Daddah s’attaqua dès les premières années de son règne à l’institution parlementaire, pour en modifier le pouvoir. Afin de concentrer plus de pouvoirs entre ses mains, il supprimera le régime parlementaire hérité de la France, pour instaurer un régime présidentiel, taillé sur mesure, s’octroyant ainsi un pouvoir autocratique, fort. Le parlement fut donc dépossédé de son pouvoir, inféodé et vidé de sa substance, pour répondre à ses désirs et à son plan.
Il faut rappeler, qu’avant de s’attaquer au parlement le marabout avait, au préalable, pris la précaution de faire, doucement , supprimer le multipartisme en germe, en amadouant les partis politiques mauritaniens naissants, en les embrigadant. A la place il instaura, à la hussarde, le monopartisme, muselant ainsi les voix discordantes; il ira jusqu’à créer une confusion des pouvoirs en instituant la primauté du parti sur l’Etat, pour mieux asseoir son pouvoir autocratique, et exécuter son agenda secret visant la réorientation des équilibres politiques et culturels internes.
Le Parti unique à pensée unique était né, qui allait compromettre, pour une longue période de temps , la trajectoire démocratique dans laquelle notre pays s’était engagé, au sortir de la colonisation.
En éliminant subtilement ces partis politiques naissants, il éliminait du même coup le cadre naturel du débat et des projets contradictoires, essence même de la démocratie qui reposait sur les differences et la confrontation d’idées. Notre démocratie balbutiante fut assassiné et enterrée au nom du parti unique, qui ne réussit, hélas, ni à forger notre unité nationale qu’il était censé viser, ni à nous guérir du mal tribal contre lequel il fut institué .
Ould Daddah dévia non seulement cette trajectoire vers la démocratie, mais compromit également le progrès du pays, en s’adossant sur les forces rétrogrades et conservatrices, poussant les éléments les plus progressistes de son régime vers la démission ou le reniement .
Après avoir réussi à éliminer les formations politiques existantes et inféodé le parlement, il entama l’exécution de son plan secret : rétablir l’équilibre politique entre arabo-berbères et négro-africains, alors favorable aux négro -africains. Ould Daddah était obnubilé, obsédé par cette situation héritée de la colonisation , qu’il jugeait impérieuse de corriger au plus vite ; seulement au lieu de se limiter à redresser le déséquilibre – chose légitime et juste en soi – il versa dans l’excès inverse, en éliminant progressivement mais systématiquement, les négro africains des instances décisionnelles et de nombreux secteurs de la vie publique.
C’est donc en toute connaissance de cause que Ould Daddah commença à mettre en place, lentement mais obstinément, les bases de son projet hégémonique d’une « Mauritanie arabe », surtout arabe. La loi non écrite, arbitraire, du quart étant déjà appliquée pour les compositions de gouvernements, il s’attaqua alors à la réforme de secteurs clefs, indispensables pour mener à bien son dessein : l’Armée, l’Ecole, l’Economie, trois verroux essentiels dont il fallait s’assurer, indispensables, pour qui voulait maîtriser l’Etat .
Pour un contrôle futur de l’Armée (encore sous le commandement du commandant Diallo issu de l’Armée coloniale française), Ould Daddah s’employa à mettre en place un premier noyau du corps de commandement futur de notre Armée « nationale » en gestation, par la reconversion de certains enseignants: Mbareck ould Bouna Moctar et Ould Saleck (arabo-berbères naturellement) sont choisis , et constitueront à l’issue d’une formation sommaire à l’étranger, les premiers officiers de l´Etat major naissant; (Il faut rappeler que les candidatures d’instituteurs négro-africains furent, pour la circonstance, systématiquement éliminées).
– L’Ecole sera la seconde étape du marabout. Il engage, préssé, les réformes éducatives, essentiellement centrées sur le renforcement progressif de la langue arabe à l’école; langue qui sera instrumentalisée à loisir pour les besoins de la cause, afin d’accélerer le processus de liquidation des uns, et hâter la promotion sociale des autres. Cela se traduira par un recrutement de maîtres coraniques, essentiellement arabo-berbères, sans qualification, une croissance exponentielle d’écoles en zone arabo-berbère, sans rapport aucun avec la densité de population habituellemt requise.
Dans le Sud, à l’opposé, on assistera à une sorte de frein à l’expansion scolaire, où villages et adwabas( campements haratines) ploient sous le poids démographique, et malgré des demandes insistantes des populations; il ne fallait surtout pas repondre à ces sollicitations ! car ce serait gêner gravement la politique de “rattrapage scolaire” entreprise, à pas de course, par Moctar.
L’arabisation à outrance, sans les conditions minimales requises, sans contenu et sans préparation? peu importait, pourvu qu’elle permît la liquidation des uns et la promotion sociale rapide des autres !
– Secteur de l’Economie où, pour boucler la boucle, Ould Daddah mettra très vite en place son 1er noyau de cadres économiques et financiers, chargé de veiller au grain; ça sera, comme par hasard, Ahmed Ould Daddah, Ismael Ould Amar, (tous Arabo-berbères, une fois de plus !). Ce socle constitué, il initia alors sa “politique financière” qui permit, là aussi, à la composante arabo-berbère d’asseoir son hégémonie; Pour ce faire il créa alors l’ouguiya,- plus adapté au projet que le Franc CFA sous l’oeil vigilant de la métropole -, et fit venir à flot les fonds arabes; deux sources où les arabo-berbères puiseront sans compter ! Deux actes qui permettront «l’ accumulation primitive (décisive) du capital » par un bon nombre d’entre eux; en effet, ceux -ci bénéficieront de prêts à volonté et sans restriction, interdits aux autres ( Négro-africains et Haratins). La gestion laxiste de ce secteur ouvrira la voie aux détournements massifs des deniers publics et de ces fonds arabes, dans l’impunité totale, par une classe de prédateurs économiques, devant un pouvoir préoccupé par la promotion d’une bourgeoisie tribalo-raciale.
Voilà qui explique peut être pourquoi Oud Daddah ne combattit jamais sérieusememt la corruption et l’enrichissement illicite. Voilà qui aussi expliquait peut-être ce paradoxe chez l’homme : honnête et très intégre sur le plan de gestion des déniers publics, il laissa faire presque librement les prédateurs, sans jamais sérieusement les inquiéter. Cette déplorable habitude qui constitue un des handicaps majeurs de notre développement a pris racine hélas, et devient chaque jour, plus difficile à extirper.
Les secteurs de l’Armée, de l’Education et de l’Economie maîtrisés, Daddah se tourna vers l’extérieur .
Il s’employa, ici, à masquer ses intentions et son projet par un écran de fumée auprès de ses pairs africains qu’il mystifia à fond, en se faisant passer pour un tiers-mondiste sincère, avec un slogan, encore plus trompeur, à la bouche : « une Mauritanie trait d’union » entre le monde arabe et africain, dont il fera toujours fi !
Les éléments du plan se mettaient doucement en place, enserrant petit à petit les négro-africains, resserrant de plus en plus l’étau autour d’eux. Le plan appliqué, méthodiquement, reproduira, à peu près à l’identique, les effets et les objectifs souterrains de l’idéologie Afrikaaner, ainsi définis : “annihiler la force numérique et la force de travail que représentent les Noirs pour les transformer en instruments, sans qu’aucune possibilité ne leur soit laissée de renverser cette situation”.
Voilà l´homme au sombre héritage que l’on s’apprêtait à sacrer en ce 50ème anniversaire de notre indépendance !
Bilan : Un pays divisé , un peuple appauvri , assoiffé de justice .
De par sa vision ethniciste et de par sa gestion partisanne, Ould Daddah nous léguait un pays en proie à des crises inter-ethniques cycliques récurrentes, dangereuses pour la paix et la stabilitité de la Mauritanie, qu’il ne chercha, du reste, jamais à sérieusement résoudre -et pour cause !-, repoussant leur solution toujours au lendemain. Tout comme il ne voulut jamais s’attaquer au fléau, terrible, qu’est l’esclavage, qu’il dira comprendre, au lieu de l’abolir. Il laissa, consciemment, ce phénomène odieux qui défiait pourtant notre humanisme se perpétuer .
La création d’une nation mauritanienne égalitaire, juste et démocratique, toutes races et ethnies confondues, ne fut ni le souci, ni le projet de Moctar Ould Daddah. S’il nourrissait cet idéal c’était pour la nation arabo-berbère, exclusivement; « père de la nation » il l’était, assurément, pour la nation arabo-berbère !
Si nous sommes aujourd’hui un peuple divisé, appauvri, sans repères, une nation en gestation compromise, c’est bien, en grande partie, à cause de Ould Daddah.
Il ouvrit le chemin des dérives, de la politique de l’inégalité, du laxisme, de la complaisance, et les militaires s’y engouffrèrent, à coeur joie; militaires du genre Ould Taya, ( S. Doe, Y.Jammeh, L. Konté) et combien d’autres, tristes symboles et prototypes mêmes des ratés de ces indépendances africaines que Ibrahima Ly, toujours lui, caricaturait à peine ainsi : « hier ceux qui s’emparaient du pouvoir avaient une certaine instruction, aujourd’hui ils lisent en titubant sur certaines syllabes».
Le projet d’une Mauritanie arabe, initié et nourri par Moctar, sera poursuivi et consolidé par les régimes militaires dictatoriaux qui lui succédèrent; quelque fois dans le sang, avec la cohorte des spoliations et expropriations foncières de négro-africains et de haratines, les déportations de populations, la radiation de milliers de fonctionnaires noirs pour faire place nette aux arabo-berbères dans la fonction publique, les exécutions extra -judiciaires de milliers de civils et militaires négro africains, l’épuration ethnique, en un mot, le génocide; Si tous les régimes dictatoriaux militaires qui succédèrent à Ould Daddah ont poursuivi avec conviction et determination son projet d’une Mauritanie arabe, c’est sans conteste Maouiya Ould Sid’ Ahmed Taya qui l’a surtout consolidé, en l’élevant sur le terreau des horreurs. . .
Enfin, la radicalisation de l’arabisation à l’école au sein de l’administration et de la justice dans la négation ou le mépris total de l’identité des autres. Une Ecole divisée, à genoux, dans l’impasse totale, avec son corollaire: les échecs massifs des écoliers négro-africains, et des générations d’enfants sacrifiés à vie, toutes ethnies confondues.
Ould Taya accentua donc gravement la division léguée par Daddah .
Des politiques à caractère chauvin et raciste sont renforcées, politiques à deux poids deux mesures qui font qu’ici, on assiste à la multiplication d’écoles, à croissance exponentielle sans critères objectifs réels, la démultiplication de centres administratifs ( arrondissements, préfectures) ; et là, bizarrement on notera la stagnation de l’expansion scolaire, la multiplication de postes frontières harcelants, de postes de contrôle routier intempestifs, de postes de police, hier, inconnus des villages de la vallée du fleuve. Pour les uns une identité culturelle reconnue et assumée par l’Etat, pour les autres la négation même de leur culture. Ici, une sureprésentation arbitraire au parlement, et là une sous-représentation de populatons qu’aucun poids démographique ne justifie.
Dans cette vallée du fleuve les populations vivent des vexations quotidiennes, les déportations, les viols, des contrôles intempestifs excessifs, un rançonnage aux frontières devenu routinier, des expropriations foncières arbitraires, sans fin. Il se développe dans cette vallée du fleuve, sourdement et de plus en plus, ce sentiment d’assiégés permanents; les nouveaux arrivants et ces préfets, gouverneurs et chefs d’arrondissement, tous arabo-berbères, connaissant si peu le milieu, ne cherchant souvent même pas à s’y intégrer,- “migrants”se comportant généralement comme en territoire conquis-, exacerbent hélas ce sentiment de ras le bol !
Un moment de répit dans tout de même cette vallée du fleuve meurtrie et quelque espoir, de courte durée, ressentie chez les négro-africains, sous le Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi qui, non seulement amorça la réconciliation nationale, mais en même temps tenta, avec courage et sans tricher, de renouer avec le fil, rompu, de la trajectoire démocratique. Seulement l’homme de foi, sincère, mais si peu habitué aux méandres de nos moeurs politiques atypiques, avait mal mesuré les enjeux en cause et les résistances de tous ordres ; d’où l’intrusion, pour la seconde fois, des militaires, au travers d’un putsch auquel, hélas, des forces politiques se disant attachées au jeu démocratique comme seul cadre d’expression et d’accés au pouvoir, donnèrent du mou!
Le résultat de toutes ces politiques nocives est que nous vivons aujourd’hui côte à côte en nous tournant le dos, dans la suspicion du voisin !
Le pays physique lui-même est resté presque à l’état dans lequel l’avait laissé le colon: aucune infrastructure notable, pas de réseau routier, ni de parc automobile, pas d’aeronefs, pas d’industrie, pas de plan général d’urbanisation, pas d’eau courante, rien ! Le peu qui avait été bâti par le colon est dans un état piteux, sans entretien ! Bref un pays aux immenses ressources qui se meurt de faim !
La vallée du fleuve et sa population ont été les plus affectées par ces tristes politiques. Ce cinquantenaire ce sont 50 ans d’oppression et de régression des populations de la vallée du fleuve, transformée en vallée des larmes!
Etat actuel de lieux …ère Azizienne : Qu’est ce qui a changé?
On ne peut ne pas remarquer ces tentatives de lutte contre « la gabégie » à l’actif du régime; même si celle-ci se menait sans trop tricher, un peu sélectivement, sans toute la fermeté requise, elle a au moins le mérite de limiter le taux des prédateurs, et gêner, quelque peu, les vols à ciel ouvert. Tout comme on ne pouvait ne pas accueillir favorablement ces tentatives nouvelles, que sont ce nivellement amorcé dans le traitement des disparités des capitales régionales, et cette lutte contre le terrorisme enfin, qui doit être implacable et sans concession, face à ces fanatiques soldats adeptes de l’obscurantisme, si peu soucieux de la vie et des droits ;
Seulement l’égalité ne se réduit pas à la lutte contre la gabégie ou contre le terrorisme. C’est beaucoup plus que ça !
Aziz hésite encore à aborder les questions essentielles qui minaient toujours l’unité nationale. Le régime observait un profil bas sur la question du passif humanitaire, et réchignait à prendre en charge cette question endémique et lancinante de l’esclavage. Il ne se passe pas de semaine sans que l’IRA ou SOS-ESCLAVES ne révèlent des cas avérés d’esclavage, plus pathétiques les uns que les autres, mais qui restaient toujours impunis.
Le gouvernement reculait, visiblement, sur le dossier des réfugiés, réticent à leur rendre leurs terres, s’essayant à la politique du fait accompli, dangereuse et sans issue, qui suscitait rancoeurs et frustrations durables .
Le rapatriement s’était arrêté côté Sénégalais, que l’on reprend de mauvais gré, en rognant sur le chiffre d’inscrits : sur près de 5000 cas de réfugiés inscrits qui attendent encore, il semble que le régime se serait maintenant rétracté, et ne souhaite plus en accueillir qu’une partie infime ! il va jusqu’à nier l’existence des réfugiés du Mali ! Ce régime était entrain de revenir sur les engagements officiels et publics de l’Etat mauritanien, et tentait, en réalité, de remettre en cause le droit fondamental du retour !
Voilà que l’on multipliait des points de passage sur le fleuve, compliquant encore davantage le quotidien des populations déjà intenable, comme si « la menace venait (encore) du Sud » !
La timide tentative d’équilibre ethnique au sein du gouvernement à ses premières heures a vite pris fin; on a limogé, rapido-presto, ces ministres qui avaient à coeur leur job, et voulaient rompre avec l’anarchie et le laxisme ambiants. Celle de la fonction publique aurait été jugée d’en faire un peu trop, d’avoir cherché à traiter, avec trop de zèle, ce dossier,”encombrant”, de « ses parents fonctionnaires» arbitrairement radiés, dossier qui depuis est sous le coude. Celui des Finances s’est vu préférer un homme qui avait comme top priorité « la version en caractères arabes » des bulletins de salaire !
En réalité le Président Aziz se refusait à operer cette rupture, indispensable, d’avec les hommes et ces pratiques nocives, symboles du triste passé. Voilà pourquoi, le Système, pour l’essentiel, demeurait encore en place.
Voilà qui justifie la poursuite, à la même cadence, de ces nominations à caractère ethniciste. Toujours les mêmes qui sont sélectionnés, promus.Toujours les mêmes quotas, la même portion congrue dans les médias d’Etat, et que l’on se proposait de reconduire, jusque après la libéralisation de l’audio-visuel !
Une “double nationalité” tape-l’oeil qui s’averera être un mirage pour beaucoup, au vu des conditions absurdes dressées pour y accéder. Un parti qui grossit, dangereusement, avec tant de satellites autour, qu’il glissait doucement vers le parti-Etat, vers le parti unique à la pensée unique- source de nos malheurs-, et menaçait de porter préjudice au pluralisme véritable .
Le Système demeurait encore vivant, ténace …sous l’ère Azizienne !
Puisque le Président dit contrôler tout, c’est donc qu’il bloquait tout !
Quelle voie, quelles solutions pour la Question de la cohabitation
Il nous est encore possible de créer cette nation unie, égalitaire et démocratique, à condition qu’il existe une volonté politique réelle; à condition de prendre à bras le corps cette question lancinante de la cohabitation et de l’esclavage, toujours escamotée, objet de fuite en avant permanente; à condition, enfin, d’en déterminer les bases justes.
Ces bases devront reposer sur les axes clairement définis, ci-après :
– Un équilibre dans la gestion du pouvoir , entre toutes les composantes nationales.
– Une réforme politique et constitutionnelle, qui consacrent les libertés démocratiques, reconnues et protégées, introduit des amendements constitutionnelles spéciaux portant sur l’Identité de la Mauritanie, l’égalité des communautés, des langues et des cultures nationales, la fin de l’esclavage, la création d’un observatoire national des libertés et de la cohabitation.
-Une réforme de l’Education, fondant une Ecole moins élitiste, ouverte sur le monde moderne et respectueuse de nos identités multiples.
-Une réforme de l’Armée, pour en faire une armée républicaine et de développement, ouverte équitablement à toutes les composantes nationales.
– Une réforme de l’Administration et de la justice, basée sur l’autonomie régionale, un redécoupage territorial qui tienne compte des aires culturelles et historiques, une justice modernisée enfin.
– Une réforme agraire – dont la vallée serait certainement le pivot – fondée sur le droit de propriété reconnu et réaffirmé, reposant sur une politique d’investissement agricole qui respecte ce droit de propriété, associe les populations concernées, respecte les espaces vitaux des villages, ouvre des couloirs de parcours pour le bétail, préserve les droits séculiers des pêcheurs sur le fleuve, détermine les zones d’investissement dans la vallée, que sont le Waalo, le moyen Jeeri et le haut Jeeri à affecter, respectivement, aux autochtones locaux, aux hommes d’affaires nationaux et régionaux, au grand capital international .
Ces réformes devront être précédées, pour mieux accrocher, par des mesures immédiates d’apaisement social de la part du Gouvernement qui se traduiront ainsi :
– Un réglement correcte du dossier des réfugiés qui passe par la restitution des terres de culture et des villages aux uns, et l’ indemnisation pour les autres.
– Une volonté politique affirmée de mettre fin à l’esclavage, ( par l’annonce de mesures préventives immédiates ).
– Un réglement immédiat du passif humanitaire, qu’on ne pouvait solder par de l’argent, dont la solution passait par la création d’une Commission Vérité- réconciliation, guidée par cette tryptique : « Equilibre à trouver entre le refus de l’impunité, les exigences de vérité et des réparations, et la nécessité du pardon ».
Il n’y a pas de paix sans réconciliation , et il n’y a pas de réconciliation sans Justice .
Tout comme il n’y a pas de concorde là où il n’y a pas d’égalité. Et puisque cette égalité n’a pu émerger après 50 ans, à travers le cadre de “l’Etat unitaire centralisé” dans sa forme actuelle, la raison commande de rechercher d’autres voies, telle, entre autres, l’Autonomie. L’autonomie nous parait la solution la mieux appropriée, dans notre cas d’espèce, pour constituer un mode d’organisation entre des groupes humains aux habitudes mentales, langues et tradition différentes, visant à diluer le pouvoir et le répartissant entre ces groupes, de manière à permettre à chacune de nos communautés de promouvoir elle- même son propre développement, dans l’unité préservée du pays; historiquement et politiquement cette option se justifie amplement.
Les FLAM appellent :
– Les réfugiés à rester mobilisés, à ne pas céder, à résister à la spoliation de leurs terres de culture; à ceux qui demeuraient encore à l’extérieur des frontières elles leur demandaient de continuer à se battre, chaque jour davantage, pour leur droit légitime au retour.
– Elles appellent la jeunesse négro-africaine à cesser de courber l’échine, cesser de gémir et de supplier, et à compter d’abord sur ses propres forces.
– Aux Haratines, de refuser d’être les victimes consentantes de leur propre esclavage.
– Et à toutes les victimes du Système de prendre conscience « que la lutte en ordre dispersé n’a pas d’autre issue que la défaite pour tous ».
– Aux forces démocratiques et progressistes, aux compatriotes arabes et berbères honnêtes et Justes, soucieux de notre devenir en commun, de prendre leur responsabilité face au racisme d’Etat, à l´esclavage et à la pauvreté grandissante.
– Enfin au Président de la République, ce poème de Maouloud Mammeri, en guise d’appel :
« Quand trop de sécheresse brûle les coeurs
Quand la faim tord trop d’entrailles
Quand on rentre trop de larmes
Quand on baillonne trop de rêves ,
C’est comme
Quand on ajoute bois sur bois sur le bûcher
à la fin il suffit du bout de bois
d’un esclave pour former
dans le ciel de Dieu
et dans le coeur des hommes
le plus énorme incendie».
Nous devons nous persuader – c’est vital pour nous et pour ce pays – que la voie choisie jusqu’ici était dangereuse et sans issue! « Une nation ne pouvait vivre moitié libre moitié esclave»; elle ne pouvait non plus se construire avec des citoyens à-démi et des citoyens à part entière.
Il est possible de faire de ce pays un foyer régional des plus attractifs, un havre de paix et de prosperité si nous nous ressaisissons.
Il nous faut nous ressaisir, il est encore temps !
La lutte continue!
Stockholm le 24 novembre 2010.
Le département de la Communication des Forces de libération africaines de Mauritanie
FLAMNET-RÉTRO : LE MÉMORANDUM DES FLAM
La situation actuelle de la Mauritanie est suffisamment préoccupante à tous points de vue, pour ne pas interpeller les patriotes sincères sur la nécessité de rechercher rapidement des solutions.
Le présent mémorandum s´inscrit dans ce cadre là.
ETATS DES LIEUX
Les mauritaniens dans leur ensemble sont aujourd´hui face à un régime dictatorial, éthnopolitique, raciste, esclavagiste; un régime prédateur, otage d´ un clan qui monopolise et pille les ressources nationales, se substituant à un Etat qui a cessé d´exister.
Ils sont face à une politique nocive qui accentue chaque jour davantage la déchirure sociale, déjà profonde entre Arabo-berbères et Négro-mauritaniens.
Avec ce régime, deux questions importantes minent et dominent la vie politique:
- LA QUESTION DE “L´UNITÉ NATIONALE”, question structurelle, grave, restée longtemps tabou et qui demeure encore malgré tout occultée;
LA QUESTION DE LA DÉMOCRATIE où, aujourd´hui, nous sommes mis face à une démocratie dévoyée et confisquée du fait de l´impossible alternance imposée.
Depuis l´indépendance la question de coexistence n´a cessé de se poser avec acuité, au travers de crises récurrentes(1966,1979,1986/1987,1989,1990/1991), creusant toujours plus profondément les rapports intercommunautaires, sans qu´aucune réponse objective ne lui soit apportée.
Ces dernières années, elle va même connaître une aggravation sans précédent par l´action du régime en place.
Il est temps de tirer les lecons du passé pour se tourner résolument vers l´avenir.
Quarante (40) années de politique de l´Autruche autour de cette question, quarante années d´incompréhension et de refus de s´écouter, ca suffit!
Ca suffit, si nous tenons réellement à sauvegarder le pays!
Les Mauritaniens ne peuvent plus continuer d´en faire l´économie, sans risques majeurs. Il faut impérativement la débattre et tenter de lui trouver, pendant qu´il est encore temps, des solutions adaptées et justes.
Et ces solutions passent selon les FLAM par la concertation. Les Mauritaniens doivent discuter en toute sérénité, largement, sans passion et surtout sans à priori.
Telle était la conclusion du Manifeste de 1986, tel est ce que nous réaffirmons de nouveau ici.
Au regard de la situation de crise interne aigûe, il nous a semblé impérieux d´inviter la classe politique, l´opposition conséquente en particulier, à réfléchir et agir au plus vite dans une double démarche:
- Rechercher ensemble les voies et moyens d´une unité d´action de l´opposition susceptible de créer un rapport de force qui lui soit favorable.
- Impulser en même temps un débat de fond sur les questions essentielles de l´Unité nationale qui engage l´avenir même de la Mauritanie, de la Démocratie, dans une perspective de créer une dynamique nouvelle pour le changement futur devant reposer sur une unité nationale reconstruite sur des bases durables plus vraies et plus saines.
Telles sont les raisons qui ont amené les FLAM à apporter ici un certain nombre de réponses autour de questions cruciales, sensibles pour la majorité de la classe politique, et sur lesquelles pourtant il faut bien que les uns et les autres se prononcent un jour.
LA QUESTION NATIONALE
Lorsqu´on parle de question nationale, on se référe le plus souvent à l´ensemble des questions sous-jacentes touchant à la discrimination raciale, à l´identité de la Mauritanie, à l´Autonomie. Il s´agit également de la question culturelle, de spoliation des terres, du passif humanitaire (crimes commis et déportation de mauritaniens), de l´esclavage…
Toutes ces questions renvoient en fait à l´enjeu de la cohabitation entre Arabo-berbères et Négro-africains évoquée par euphémisme le plus souvent sous le vocable de “problème de l´Unité nationale” ou de la “Question nationale”.
LA QUESTION DE L´ESCLAVAGE
Si nous devons reconnaître que la question de l´esclavage reste vivante dans les faits et dans les mentalités de la plupart des Mauritaniens, nous devons le mettre au compte de l´Administration qui n´ a jamais oeuvré réellement pour son éradication; car des mesures juridiques rigoureuses et fermes n´ont jamais été prises contre les tenants de cette pratique. Il est impensable et inacceptable qu´à l´oréee du 3ème millénaire, des hommes puissent être considérés comme des bêtes de somme.
Les victimes, essentiellement Haratines, doivent bénéficier à la fois du soutien de la loi, d´un appui économique et scolaire.
L´Ecole mauritanienne du futur devra contribuer à forger une nouvelle mentalité débarassée de l´esclavage et de l´esprit de castes, tournée vers la libération de l´homme et de sa promotion en tant que citoyen responsable.
LA QUESTION CULTURELLE
Beaucoup d´observateurs, peu avertis, ont tendance à interprêter le problème négro-mauritanien comme une question essentiellement culturelle. C´est une erreur car la question culturelle n´est qu´un aspect du problème global que pose l´unité nationale.
Il faut, nous semble-t-il, rechercher la solution à cette question en partant des principes de base suivants:
- Aucune culture, ni aucune langue nationale n´est en soi supérieure aux autres langues et cultures nationales;
- Á L´Ecole, l´unification du système scolaire devra reposer sur la place et la considération à accorder aux langues négro-africaines, à l´arabe, à côté du francais.
LA QUESTION DES TERRES
Par la réforme foncière de 1983 (Ordonnance numéro 83127 du 05 juin 1983), les autorités allaient poursuivre la dépossession progressive des Négro-mauritaniens de leurs terres.
Pour vaincre la résistance des populations hostiles à cette réforme scélérate, le régime de Ould Taya allait profiter des événements Sénégalo-mauritaniens de 1989, pour procéder à des spoliations massives et sans précédent, et déporter des dizaines de milliers de propriétaires Négro-mauritaniens vers le Sénégal et le Mali. C´est inacceptable.
La solution au problème de redistribution des terres doit être trouvée dans la mise en place d´une réforme agraire à caractère NATIONAL, qui procéderait par cercles concentriques. L´accès à la terre d´abord aux autochtones locaux, ensuite aux nationaux, enfin aux investisseurs sous-régionaux et internationaux, dans la préservation des droits séculiers des pasteurs, des pêcheurs et des paysans.
LE PASSIF HUMANITAIRE
Il s´agit là d´un euphémisme utilisé par ceux là qui répugnent à parler des déportations et des crimes commis contre les Négro-mauritaniens. Ces crimes commis entre 1986-1991 ne sauraient rester impunis sous peine de saper les fondements même de la vie en commun.
La soultion à la question de ces crimes doit être recherchée dans l´équilibre à trouver entre la nécéssité du pardon, le refus de l´impunité et les exigences de réparations.
En ce qui concerne les réfugiés, ils doivent être réhabiltés et réinstallés dans tous leurs droits.
Ce serait toutefois une erreur de croire que les réparations des crimes et des déportations suffiraient à elles seules à assurer la réconciliation. Non, il faut plus,grâce à un train de mesures plus hardies, propres à créeer un climat d´apaisement social. Il s´agira, en plus de procéder à une amnistie pleine et entiére des anciens détenus et exilés politiques, de réintégrer les fonctionnaires arbitrairement radiés, de lever l´état de siége dans la vallée, de mettre en place une commission vérité/réconciliation.
Ce sont là des mesures aptes á créer les conditions optimales d´apaisement propre à amorcer le Débat, car il faut débattre.Le PROBLEME DE LA MAURITANIE EST D´ABORD ET SURTOUT un problème politique avant d´être un problème de violations des droits de l´Homme.
Il faut dès lors discuter, engager un débat large et sans exclusive.
LA QUESTION DE L´IDENTITE DE LA MAURITANIE
Toutes ces questions que nous avons passé en revue renvoient, en fait, à la cause première, L´IDENTITÉ DE LA MAURITANIE. La Mauritanie est-elle ou devrait-elle être arabe ou négro-africaine?
En vérité , la Mauritanie, pour être viable, devra garder un juste équilibre entre son caractère arabe et son caractère négro-africain. Elle devra être un traît d´union entre le monde noir et le monde arabe. Bien gérée, cette diversité pourrait constituer une richesse inestimable pour tous.
LA QUESTION DE L´AUTONOMIE
La meilleure manière de capitaliser cette richesse serait de revoir nécessairement la cohabitation entre les communautés, après l´échec d´une expérience de plus de trois décennies. Cette cohabitation devra désormais reposer sur la base de l´AUTONOMIE à l´image du modèle belge ou sud-africain. Cette proposition de solution, nous semble pertinente à plusieurs égards:
- Historiquement l´on sait que bien des empires africains se sont constitués à partir de royaumes annexés, mais non déstructurés;
- Présentement, l´autonomie constitue un mode dominant de réglement, tant en Afrique qu´en Europe, des problèmes de cohabitation;
- Enfin elle n´entre pas nécessairement en conflit avec les objectifs de construction nationale.
En tout état de cause, il devient indispensable que LES COMMUNAUTÉS PRENNENT EN MAIN LA GESTION DE LEUR TERROIR ET MODÉLENT Á CET EFFET LEURS PROPRES INSTITUTIONS TOUT EN PRÉSERVANT LE LIEN UNITAIRE.
En tout cas, l´Etat unitaire centralisé, à moins d´être profondément remanié dans une perspective d´un JUSTE ÉQUILIBRE DANS LA GESTION DU POUVOIR POLITIQUE, ne saurait répondre aux attentes nouvellement exprimés.
LA QUESTION DE LA DEMOCRATIE
L´amorce du”processus démocratique”en Mauritanie a été comme partout ailleurs en Afrique, inspiré et “forcé” par le discours de la Baule.
Mais là moins qu´ailleurs, il aura tout juste permis l´existence formelle de partis politiques,rien de plus. Notre”Démocratie”aura surtout permis un régime militaire dictatorial de s´octroyer une caution de légitimité, sans changer fondamentalement de nature. Voilà il serait naïf de la part de l´opposition d´espérer obtenir le respect des libértés fondamentales, ou des éléctions libres et transparentes.
Avec ce régime militaro-clanique il serait illusoire de compter sur une alternance possible.
Ce que cherche au contraire Ould Taya c´est plutôt élargir sa mouvance présidentielle, domestiquer les consciences à la manière des partis uniques d´antan.
Par ailleurs-autre faiblesse-la”Démocratie”instaurée par Ould Taya est venue se greffer sur un “passif humanitaire”toujours pendant et une situation politique de discrimination raciale ouverte, qu´elle a volontairement occultée et masquée.
Or une démocratisation authentique ne saurait prendre appui sur un tel fondement.
Voilà pourquoi on ne peut lui accorder un quelconque crédit.
Face à un processus “démocratique”biaisé et confisqué il y a lieu de réagir, non pas par l´adhésion tacite au statu-quo-ante plutôt favorable au régime, mais par le choix résolu d´une stratégie et de méthodes offensives, propres à hâter le changement.
UN CHANGEMENT dont les lignes de force seraient la RÉCONCILIATION NATIONALE- car les Mauritaniens ont d´abord besoin de se reconcilier-, UN DÉBAT NATIONAL et enfin le REDRESSEMENT ET LA CONSOLIDATION DU PROCESSUS pour le libre exercice du jeu démocratique dans les conditions de transparence requises; le tout piloté par un gouvernement d´union nationale pour la période transitoire.
CONCLUSION
Il est encore temps de construire dans l´intérêt bien compris de tous un ETAT DÉMOCRATIQUE,ÉGALITAIRE ET DE LIBÉRTÉ: un Etat fondé sur la base de CITOYENS RESPECTUEUX DU BIEN PUBLIC, ÉGAUX EN DROITS ET EN DEVOIRS SANS CONSIDÉRATION DE RACE OU DE TRIBU.
LES FLAM lancent un appel à l´ensemble des forces politiques progressistes mauritaniennes, à engager le débat sans tarder, pour l´édification d´un véritable ETAT DE DROIT, d´où seraient bannis à jamais l´esclavage, le racisme, l´exclusion et la misère.
La lutte continue!
Fait à Dakar, le 21 Mars 2000
Les Forces de libération africaines de Mauritanie.






