Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

Category Archives: presse

Commémoration des déportations: Appel à manifester.

 altDans le cadre de ses activités et comme chaque année le Collectif des organisations mauritaniennes de France organise une manifestation le samedi 27 avril de 13h30 à 18h pour dénoncer les atrocités dont a été victime la communauté noire mauritanienne des années 89-91 sous le règne de Mouawiya ould Sidi Ahmed Taya et que continue de perpétuer le régime actuel de Mohammed ould Abdel Aziz sous d’autres angles.
 
Venez nombreux manifester ce samedi à partir de 14h au Place Trocadero pour dénoncer les deportations mais aussi l’esclavage et l’enrôlement discriminatoire contre la population noire mauritanienne.
 
Les organisations signataires:
Afmaf, Camme, Flam, Ira-France, Maprom, Ocvidh, Otmf, Plej, Tpmn.
 
Pour le Collectif Ibrahima Dia dit Yaaya Maabel
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Nouakchott : Guerre tribale autour d’un lopin de terre à Arafat

Comme au temps de la Seïba, la Mauritanie redevient le « Mankab Al Barzakh » Depuis la fin de semaine dernière, deux armées tribales se font face, à quelques dizaines de kilomètres. Les « Mechdhoufs » ont massé leurs troupes à l’entrée Est de Nouakchott, à Tenweïch. Entre méchouis et conciliabules, les plus vieux sirotent leur thé, tandis que la jeune garde discute de stratégie. Les « Tagounanat » eux, sont postés plus près du champ de bataille.


Nouakchott : Guerre tribale autour d’un lopin de terre à Arafat
 

Le risque de confrontation voire de guerre est pèse depuis quelques jours à l’entrée est de Nouakchott où deux tribus se vouent aux gémonies. A Tensweîlim, là où toute la tribu s’est donnée rendez-vous pour affronter les armées Mechdhoufs annoncées en un quart de journée, le temps est à la confrontation. Raison de cet état de fait : la propriété foncière. Pendant ce temps, l’Etat a sorti ses forces de dissuasion, prêt à accueillir les deux belligérants. Des unités de la police anti-émeute campent en effet sur le lopin de terre que les deux parties se disputent. Il faut rappeler qu’à l’origine de ce retour aux anciennes méthodes bédouines de règlement de compte qui nous ramène dans les années 1800, un terrain que deux familles se disputent. Certains font d’ailleurs porter le chapeau de toute cette affaire au Hakem d’Arafat et aux agents de l’Agence de développement urbain (ADU).

L’administration territoriale, pourtant jusque-là mise à l’écart, à juste titre, dans les affaires du foncier où leurs interventions ont toujours été calamiteuses, serait au cœur des nombreuses petites querelles qui émaillent aujourd’hui la restructuration à Nouakchott. Une famille Tagounanet réclame la paternité d’un terrain qu’ils occupent depuis le milieu des années 80. Il s’agissait de sept terrains réunis par la famille et légalisés depuis belle lurette, selon la thèse véhiculée par la presse. A l’occasion de la nouvelle restructuration des quartiers précaires, il paraît que l’ADU a rétrocédé à la famille Tagounanet ses cinq terrains sur les sept qui lui appartiendraient, et décida de donner les deux autres à une famille Mechdhdouf qui agirait par procuration au nom du maire de Timbédra. Le Hakem supervisera en personne cette appropriation en veillant, avec ses gardes, à la construction rapide d’un mur de protection autour des deux terrains « usurpés », là où la famille Mechdhouf aménagera rapidement des tentes de fortune avant de s’y installer. Ayant constaté le fait accompli de retour d’un sit-in de protestation devant les grilles de la présidence de la République, la famille Taganounat aurait attendu la nuit pour détruire le mur érigé autour de leurs lopins et procédé à l’incendie des tentes plantées par leurs adversaires. Au cours des échauffourées qui s’en seraient suivis, plusieurs personnes auraient été blessées. La police est intervenue par la suite pour procéder à des arrestations des deux côtés et maintenir un camp de surveillance sur place.

Il n’en fallait pas plus, pour réveiller les vieux démons du tribalisme, face à l’absence de l’Etat de droit fort et impétueux. Ce retour aux règlements tribaux qui se dessinent à travers la mobilisation sectaire des deux camps du litige repose en termes clairs la question de la maturité du peuple mauritanien et l’ancrage social des institutions de l’Etat. Ce qui est sûr, le tableau offert par ces deux armées tribales qui s’apprêtent à régler leurs compte par la force, rappelle que la Mauritanie est toujours considérée par certain comme ce « Mankab El Barzakh » où en l’absence de toute loi ou structure fédératrice, ne s’impose que la loi du plus fort.

JOB
Pour
l’authentique.

 

Noorinfo




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Port de l’Amitié Nouakchott : Les 7.000 Dockers passent de la revendication à la désobéissance civile

Cela fait plus d’une année que les dockers du Port de Nouakchott dit Port de l’Amitié portent en bandoulière leurs revendications. Ils ont ainsi pendant toute cette période sillonné les différentes administrations, sans qu’aucune autorité n’ait daigné écouter leurs doléances. Après des va-et-vient incessants auprès des diverses administrations de la République pour obtenir une oreille attentive capable d’écouter leurs souffrances, ils avaient fini par multiplier les sit-in devant les grilles de la présidence de la République, dans l’espoir que la plus haute autorité du pays entende leurs revendications et donner des instructions, ne serait-ce que pour trouver un terrain consensuel entre les hommes d’affaires employeurs, l’Autorité du Port et eux. En vain. Leurs cris d’indignations désespérés n’ont rencontré à ce jour que l’écho d’un silence obstiné.

Port de l’Amitié Nouakchott : Les 7.000 Dockers passent de la revendication à la désobéissance civile
 

C’est ainsi qu’ils ont déclenché depuis près d’un mois une série de manifestations devant le Port avant de suspendre toutes activités, bloquant ainsi les mouvements cruciaux de cet important outil de développement. Pour toute réponse, les administrations qui les emploient ont privilégié l’usage de subterfuges détournés, mettant dans la bataille tout l’arsenal de leur machiavélisme, en tentant de diviser les rangs des dockers, par la répression parfois, par l’appât du gain dans d’autres cas, pour casser le mouvement. Sans succès jusqu’à présent.

Les Dockers ne demandent qu’une légère revalorisation de leur travail, en rehaussant le prix de portage à la tonne de 1 à 3 UM, une participation à la gestion du Bureau de la Main d’oeuvre portuaire (BEMOP) par qui viennent tous leurs malheurs, des conditions décentes et humaines de travail, l’accès aux soins médicaux par l’équipement du dispensaire du travail et la mobilisation d’une ambulance pour parer à tout éventuel accident. Le gouvernement, face aux malheurs des dockers reste inerte, jouant le jeu des hommes d’affaires qui profitent depuis des décennies de la force gratuite des dockers. Ce qu’aujourd’hui, ces derniers n’acceptent plus, réclamant une révision des conditions de leur travail, conformément à la législation nationale et internationale. Cette crise offre ainsi l’opportunité à tous les chasseurs de crise, partis politiques, syndicats, associations de défense des droits de l’homme, pour s’accaparer de la cause pour des besoins personnels. Les dockers dénoncent d’ailleurs cet opportunisme malsain de ceux-là qu’ils accusent d’avoir toujours marchandé leur cause, notamment les syndicats, sans leur avoir jamais apporté satisfaction.

Plusieurs organisations et des syndicats ont dénoncé cet esclavage institutionnalisé des dockers et affirment suivre de près l’évolution de leurs revendications. Is condamnent ainsi les subterfuges et les manières détournées de l’administration mauritanienne qui cherche à protéger les intérêts des hommes d’affaires, ces esclavagistes des temps modernes, dont l’intérêt essentiel est de s’enrichir sur le dos des couches les plus faibles et les plus vulnérables. Ces organisations demandent à ce que les partis politiques, les syndicats et les organisations de défense des droits de l’homme, s’éloignent du mouvement des dockers, et de les laisser eux-mêmes résoudre leur problème, car ils en connaissent plus que quiconque les soubassements. Il est enfin demandé à l’Etat de jouer son rôle d’arbitre impartial et neutre, sans offrir le poids de ses institutions et sa force répressive aux « esclavagistes » du Port qui ont assez sucé le sang des dockers.

MOMS
Source: noorinfo

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A l’heure des révolutions arabes, notes de voyage en Arabie saoudite (II, Syrie)

altChaque année, la circulation devient plus difficile à Riyad, les embouteillages plus denses. Dans une capitale où dominent les 4×4, où le prix de l’essence est ridiculement bas, où les transports en commun n’existent pratiquement pas – on envisage la création de plusieurs lignes de métro depuis de longues années, mais pour l’instant on en reste au stade des projets –, se déplacer relève de l’exploit. Il ne faut pas être pressé. On peut cependant monter dans un taxi et prendre le temps de lire la presse. Ce n’est pas inutile.

En Arabie saoudite, la presse est privée, mais étroitement contrôlée. Elle comporte de nombreux titres, et si tous dépendent d’une publicité omniprésente, notamment sous forme d’hommage au roi ou à la famille royale, elle laisse s’exprimer des opinons qui reflètent les changements d’une société où émergent des générations plus éduquées, avides de lire et de comprendre. Et ouvertes aussi sur le monde, notamment à travers les réseaux sociaux : on compterait dans le royaume 3 à 4 millions d’utilisateurs de Twitter, pratiquement impossibles à censurer – d’autant que la plupart des Saoudiens y accèdent non par leur ordinateur, mais par leur smartphone –, malgré les velléités des autorités et la condamnation du grand mufti.

La censure est un art difficile. Ici, certains sites sont inaccessibles pour un amateur comme moi, mais facilement lisibles avec un minimum de compétence technique. Et puis pourquoi interdire l’accès à Al-Akhbar et laisser le site Saudi shia ouvert ?

A lire donc la presse privée, on peut penser que le royaume affronte deux ennemis désignés de manière beaucoup plus claire que dans le discours officiel, plus policé : l’Iran et les Frères musulmans, notamment ceux d’Egypte.

Les manifestations contre le président Morsi, par exemple, sont largement couvertes. Le 6 avril, le quotidien Al Watan publie un article en page 5 avec un titre qui barre toute la page (à côté d’une photo de Morsi) « Egypte… Manifestations de colère contre la “frérisation d’Al-Azhar”… et “l’ambassadeur iranien” ». Le journaliste y dénonce les tentatives de changer le cheikh d’Al-Azhar à la suite de l’empoisonnement de 500 étudiants (certains ont évoqué son remplacement par Youssef Al-Qardhawi). L’article mentionne aussi la manifestation au Caire contre la résidence du chargé d’affaires iranien, manifestation organisée par les salafistes contre la « chiisation » de l’Egypte. Le quotidien pan-arabe Al-Hayat, propriété d’un membre de la famille royale, publie en première page une photo d’un Egyptien lançant une pierre contre le domicile du chargé d’affaires. Dans d’autres circonstances, la presse saoudienne aurait dénoncé ces manifestations de rue comme provoquant la fitna (division religieuse). Ces manifestations ont eu des conséquences, puisque le projet de rouvrir une ligne aérienne directe entre Le Caire et Téhéran a été repoussé.

Le même jour, la télévision Al-Arabiyya, financée par l’Arabie, ouvre son journal sur les événements en Syrie avant d’aborder, dans un long sujet, la « frérisation » de l’armée en Egypte et la résistance de celle-ci.

Mais si l’Arabie considère l’Egypte des Frères avec peu de sympathie, elle pense toujours que l’Iran est l’ennemi principal. Dans une tribune du quotidien anglophone Arab News (daté du 7 avril), intitulée « Realignments in the Middle East », Ali Bluwi (un auteur qui dénonce souvent les Frères, accusés d’islamo-fascisme) écrit :

« L’objectif de l’Iran est de détruire la région. La motivation des Iraniens est leur haine historique envers les Arabes. Ce qui s’est passé en Irak est un exemple de leur attitude. La seule chose à laquelle l’Iran est intéressée est le chiisme dans la mesure où celui-ci aide Téhéran à réaliser ses intérêts et objectifs stratégiques dans la région. »

L’auteur affirme que les Etats-Unis seraient prêts à un accord stratégique avec l’Iran (à plusieurs reprises, des responsables saoudiens m’ont fait part de leurs craintes d’un accord entre Washington et Téhéran qui se ferait à leur détriment) : « En fin de compte, l’Iran et les Frères musulmans appartiennent à la même école de pensée politique. Ils ont un accord tacite avec Washington et ils utilisent tous deux la religion comme un outil pour imposer leur autorité. »

Le texte se termine par une référence à la montée des tensions « ethnico-nationales » en Iran et des demandes de sécession formulées par les habitants de la province d’Ahwaz (des Arabes). Le même jour, une caricature du quotidien Al-Jazirah montrait un responsable iranien, coiffé d’un chapeau avec l’effigie de la république islamique d’où sortait un serpent prêt à mordre.

Les dirigeants saoudiens l’ont fait savoir à plusieurs reprises : il faudrait « couper la tête du serpent iranien ». C’est ce qu’ils ont demandé aux Etats-Unis, comme l’ont prouvé les mémos révélés par Wikileaks (lire « US embassy cables : Saudi king urges US strike on Iran », The Guardian).

Dans cette lutte, la Syrie est un champ de bataille essentiel, expliquent nos interlocuteurs saoudiens, dont aucun n’a accepté d’être cité nommément. Les propos cités ne sont donc pas sourcés. Après une période « où nous avons tenté de convaincre le président Assad d’engager des réformes, nous avons compris que rien ne se passerait. Nous avons alors décidé d’aider l’opposition ». Pour tous les responsables rencontrés, l’avenir de ce pays se déterminera militairement sur le terrain : « Nous avons décidé de compter sur nos propres forces et de ne pas attendre les Occidentaux. S’ils viennent, tant mieux. Nous avons à plusieurs reprises reçu des promesses des Etats-Unis, mais elles ne se sont pas concrétisées.

Le royaume s’est impliqué, faisant pression sur la Jordanie pour qu’elle ouvre ses frontières aux combattants et nous avons installé dans ce pays, à l’instar de ce qui se passe en Turquie, un bureau de coordination, notamment avec la Jordanie, le Qatar, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France. »

« Nous achetons des armes à travers le monde », reconnaît volontiers un responsable, mais cette aide reste limitée par les refus américain et européen de livrer des armes plus sophistiquées, notamment anti-aériennes – le contrôle sur ce type d’armement serait beaucoup plus strict depuis la guerre d’Afghanistan. « Nous avons décidé d’agir sans attendre les Occidentaux », affirme un autre.

Ici, on ne croit pas beaucoup à la représentativité des différents conseils de coordination de l’opposition mis en place à l’étranger, encore moins au nouveau premier ministre du gouvernement provisoire, imposé largement par l’argent du Qatar, dont les responsables saoudiens suivent les activités avec un mélange d’ironie et d’exaspération : « En Europe, vous avez le Luxembourg, petit mais présent ; nous avons le Qatar. Nous devons faire avec. »

Leur méfiance frappe aussi les Frères musulmans : « Dans nos contacts avec les différents groupes d’opposition, nous avons remarqué que les Frères ne demandaient pas d’armes mais de l’aide humanitaire. Ils veulent faire comme en Egypte quand ils remplaçaient l’Etat défaillant après un tremblement de terre. Ils pensent à long terme. Nous avons imposé alors que chaque groupe recevrait au moins 20 % d’aide humanitaire. »

Deux objectifs sont soulignés par nos interlocuteurs :

  • préserver les institutions syriennes, l’armée, l’administration, pour ne pas répéter l’expérience irakienne, la « débaasisation ».
  • préserver la mosaïque de la société ; il faut notamment rassurer les minorités, leur donner encore plus de garanties. C’est une ligne rouge, il faut éviter les atrocités contre les minorités : « Nous rappelons à nos contacts de l’opposition le risque qu’ils se retrouvent devant la Cour pénale internationale, comme Milosevic ». Mais nos interlocuteurs ne cachent pas le fait que l’opposition a échoué dans ce domaine, notamment dans sa tentative de rassurer la communauté alaouite.

Et sur les groupes radicaux ? « Nous savons qu’il existe des forces radicales comme le Front Al-Nousrah, mais il ne faut pas les surestimer. Rappelons que le royaume a affronté Al-Qaida sur son territoire à partir de 2003, donc nous ne sommes pas naïfs. »

Un de nos interlocuteurs balaie d’un revers de main l’idée que l’Arabie n’étant pas un pays démocratique, elle ne peut se battre pour la démocratie en Syrie : « Nous ne cherchons pas à imposer un système politique, ce sera l’affaire des Syriens eux-mêmes. Notre problème avec le gouvernement de Damas n’est pas le fait qu’il n’est pas démocratique, mais le fait qu’il utilise des chars, des avions, des missiles contre sa propre population. »

Alain Gresh

Le monde diplomatique

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Sénégal : Karim Wade conteste 98% du patrimoine que lui impute la Crei

Les événements se précipitent dans l’affaire Karim Wade. Après le dépôt par ses avocats, lundi matin, devant la Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei), d’un mémoire en réponse assorti de nombreux documents, Karim Wade a été conduit à la section de recherche de la gendarmerie le même jour, où il a été entendu par les enquêteurs dans la soirée.

karim Wade a remis son dossier de défense à la Crei, le 15 avril. © DR

karim Wade a remis son dossier de défense à la Crei, le 15 avril. © DR

 

Karim Wade avait jusqu’au 15 avril pour transmettre à la Crei les pièces justificatives démontrant l’acquisition licite de son patrimoine. Or le dossier que ses avocats ont transmis lundi matin au procureur spécial Alioune Ndao, que Jeune Afrique a pu consulter, porte en premier lieu sur la contestation de la quasi-totalité du patrimoine d’1,5 milliard d’euros qui lui est imputé. Selon Me El Hadj Amadou Sall, ancien ministre de la Justice d’Abdoulaye Wade, « il s’agit d’un dossier en béton armé, sur lequel ils vont se casser les dents. Nous y démontons une à une les accusations ».

Le patrimoine de Karim Wade établi par la Crei se décompose en quatre catégories principales. D’abord, des flux bancaires relatifs aux deux comptes que l’ancien « ministre du Ciel et de la Terre » détient au Sénégal, à la SGBS et la CBAO. Sur ce point, les enquêteurs ont chiffré les « sommes versées sur ces comptes » au cours des douze dernières années, parvenant à une estimation totale d’1,4 million d’euros (0,13 % du total). Pour Karim Wade, ces versements « proviennent de sommes remises » par son père, l’ancien président, « pour la prise en charge des dépenses familiales et autres ».

Des véhicules ensuite. Les enquêteurs en dénombrent huit (pour 846 000 euros, soit 0,08 % du total), dont la propriété ou la valeur patrimoniale est partiellement contestée par l’intéressé. Selon son mémoire en réponse, la Porsche Cayenne lui a été offerte « par son Altesse royale l’Émir du Koweït », et la BMW Série 5 par « Sa Majesté le Roi du Maroc ». La Ford Ranger aurait été acquise par son père, de même que les trois GMC Denali, importées lors de la campagne présidentielle de 2012 et qui auraient été « dédouanées à son nom ». Karim Wade produit par ailleurs une expertise de ce parc automobile qui montre, selon lui, une nette surévaluation par la Crei.

Hommes de paille

En matière immobilière (23 millions d’euros, soit 2 % du patrimoine total), une partie des biens recensés par la Crei est reconnue par Karim Wade comme lui appartenant, même si la valeur qui leur est attribuée est jugée excessive par sa défense. Il s’agit d’une extension de la propriété familiale du Point E, actuellement en construction. Le terrain aurait été acquis par Abdoulaye Wade, qui l’aurait mis au nom de son fils dans le cadre d’un « partage d’ascendant ». Est également confirmée par la défense de Karim Wade la propriété d’un immeuble situé Sicap Rue 10. Là encore, une attestation opportune de l’ancien président vient justifier l’achat et le financement des travaux concernant ce bien immobilier qui aurait été cédé à son fils dans le même cadre.

En revanche, la propriété d’un complexe immobilier de luxe, baptisé Eden Roc et détenu par la société Hardstand, est contestée par Karim Wade. Celle-ci – valorisée par la Crei à 20 millions d’euros – appartient en effet à deux hommes d’affaires d’origine libanaise, Bibo Bourgi – proche de l’ancien ministre – et son frère Karim. Quant aux deux terrains officiellement détenus par des sociétés civiles immobilières appartenant à l’un de ses amis d’enfance, Patrick William, les avocats de Karim Wade produisent les titres fonciers et contrats de bail indiquant qu’ils sont toujours la propriété de l’État du Sénégal et ne peuvent donc appartenir au fils de l’ancien chef de l’État.

Vient enfin le gros morceau de la mise en demeure. Karim Wade, selon le procureur spécial, possèderait en sous-main pas moins de quinze sociétés (pour un total de 1,03 milliard d’euros, soit 98 % du total). L’une d’entre elles, DP World Dakar SA, est la filiale sénégalaise du troisième opérateur portuaire mondial, Dubai Ports World. Cette société a obtenu en 2007 la concession relative au terminal à conteneurs du Port autonome de Dakar. Le fait que cette filiale, dont la valeur est évaluée par la Crei à 596 millions d’euros, appartienne à Karim Wade a fait l’objet d’un démenti officiel de la maison mère.

Outre DP World Dakar SA, la Crei soupçonne Karim Wade d’être l’actionnaire caché de la société sénégalaise de service au sol AHS (Aeroport Handling Services) et de ses sept « sœurs » (Bénin, RCA, Guinée équatoriale, Guinée Bissau, Niger Ghana et Jordanie), mais aussi de la société chargée de l’exploitation de l’aéroport de Malabo, Adge. Des entreprises pourtant détenues majoritairement par les frères Bourgi. Figurent encore sur la liste de son patrimoine la société sénégalaise Daport SA, spécialisée dans le domaine aéroportuaire et officiellement détenue à 60% par l’opérateur allemand Fraport AG. Ou encore les sociétés BlackPearl Finance, ABS Sénégal, An Media (qui détient la chaîne de télé Canal Info News), CD-Media Group (qui contrôle le quotidien Le Pays et le site web lesenegalais.net).

Confrontation ou arrestation ?

Outre les différents motifs de nullité de procédure agités par les avocats de Karim Wade, les nombreux documents qu’ils fournissent à l’appui de leur mémoire en réponse semblent fragiliser la thèse de la Crei. Car les actes notariés, comptes consolidés et autres attestations émanant des dirigeants de plusieurs de ces sociétés confirmant que Karim Wade n’y détient aucune action, ne perçoit aucun dividende et n’entretient aucune relation d’affaires ou financière avec elles, risquent de peser dans la balance. La principale question qui se pose aujourd’hui n’est donc pas tant de savoir si Karim Wade a acquis son patrimoine de manière licite mais plutôt si le patrimoine estimé par la Crei peut, de manière incontestable, lui être attribué.

En milieu d’après-midi, ce lundi, alors que la masse compacte des supporters du fils de l’ancien président s’était regroupée aux alentours de la maison familiale du Point E, où la sécurité avait été renforcée, un nouveau rebondissement allait survenir. Des gendarmes en civil sont venus chercher Karim Wade pour l’emmener à la section de recherche de la gendarmerie, à Colobane, où celui-ci avait déjà été entendu à six reprises au deuxième semestre 2012. Selon diverses sources, il y aurait retrouvé plusieurs protagonistes soupçonnés d’avoir fait du portage d’actions à son profit.

Lundi soir, tout Dakar bruissait de l’affaire, même si la situation restait confuse sur la nature de cette convocation. S’agit-il seulement d’une énième confrontation avec d’autres témoins ? Ou faut-il y voir le signe annonciateur d’une prochaine mise sous mandat de dépôt ? Le procureur spécial Alioune Ndao, totalement muet depuis le mois de novembre, doit tenir une conférence de presse mardi 16 avril à 16 heures GMT. Au vu du mémoire en réponse, qui prétend réduire en cendres 98% de son enquête, les déclarations du magistrats sont particulièrement attendues.

Mehdi Ba, à Dakar
Pour JA

 

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