Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

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Le rêve de King cinquante ans après

Le 28 août 1963 se sont réunis devant la maison blanche, près de trois cent mille personnes venues réclamer à l’administration Kennedy que le pays change et que la législation l’y oblige. Depuis plusieurs semaines, un projet de loi mettant fin à la discrimination raciale pratiquée dans le sud des Etats-Unis était en attente sur les tables d’un Congrès réticent. Cette manifestation de masse avait pour but de rappeler au gouvernement ses engagements vis-à-vis des militants des droits civiques, solidaires de la conditions des Noirs. Ces derniers, au Sud, étaient engagés depuis près de dix ans dans une campagne de désobéissance civile visant à dénoncer l’injustice et la violence de leur quotidien. Les caméras de télévision, qui venaient d’entrer dans les foyers américains, avaient porté à la connaissance du pays l’ignominie de la brutalité policière face aux activistes non violents et le temps du changement semblait venu.

Martin Luther King Jr. fut la voix inoubliable qui ce jour là, au piédestal de la statue de Lincoln, à l’issue d’une après-midi caniculaire lors de laquelle concert et discours s’étaient enchaînés, marqua l’histoire en racontant qu’il avait ce rêve insensé mais peut-être prophétique dans lequel Noirs et Blancs seraient égaux dans une Amérique réconciliée et apaisée. « Je fais un rêve » dit-il, qui doit devenir réalité, « et si l’Amérique doit être une grande nation, il faut qu’il en soit ainsi » (1).

Les Etats-Unis ont retenu la belle histoire, celle d’un moment d’unité nationale lors duquel le rêve de King devint celui de la nation. Quelques semaines après la marche, le Congrès vota en effet le Civil Right Act, qui interdit la ségrégation et les pratiques discriminatoires. Lyndon Johnson, porté par l’assassinat de Kennedy, signa à l’été 1964 ce texte rédempteur, en présence des principaux militants noirs. Un an plus tard, une loi complémentaire fut ajoutée, le Voting Right Act, afin, par la supervision pointilleuse de l’Etat fédéral, de s’assurer qu’aucune ruse ni aucun biais ne permettrait que de nouveau on empêcha les Noirs de voter.

On se plaît la main sur le cœur à réciter l’envolée finale du discours de King, en voyant dans son appel à la fraternité l’annonce d’une ère post-raciale. Mais on oublie que le pasteur, qui avoua avant sa mort que son rêve avait tourné au cauchemar, commença son discours par la dénonciation d’un chèque sans provision que le pays avait signé aux Noirs. Ce chèque, c’est la promesse faite par la Constitution des Etats-Unis qu’ils seraient reconnus comme des citoyens à part entière. En 2013, le chèque ne semble toujours pas avoir été honoré. Les cinquante ans de la Marche sur Washington surviennent dans un contexte d’étiolement des libertés civiques. Cette dissonance historique s’entend dans les rangs des marcheurs activistes qui, dès samedi dernier, ont commencé à fouler le mall de Washington. Assez rêvé.

Un chèque en bois

En quelques semaines, à l’été 2013, les Afro-Américains ont en effet vécu le détricotage par la Cour Suprême d’une des mesures essentielles des lois de 64-65 et l’acquittement inique de M. George Zimmerman, le meurtrier de Trayvon Martin, jeune garçon noir de 14 ans. Le procès et son verdict furent un traumatisme et un rappel de la permanence des préjugés racistes. Hasard du calendrier, le même jour était sorti sur les écrans le film Fruitvale station, relatant la mort d’un jeune noir sous les balles d’un policier blanc du métro de San Francisco, acquitté après avoir plaidé la maladresse. Zimmerman, patrouilleur armé à la faveur de la loi dite « Stand Your Ground » (« Défendez votre territoire ») suspectait le jeune adolescent, Noir portant capuche, d’être un étranger dangereux pour le quartier.

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April 4th, 1968
Photomontage de Nikkolas Smith. Source.

La ségrégation spatiale n’est pas moindre en 2013 qu’en 1964 (2) et tout Afro-Américain franchissant les frontières imaginaires le paie cher. Zimmerman fut innocenté et son arme lui fut rendue, la justice validant ainsi ses présomptions racistes selon lesquelles un jeune homme noir, même s’il a 14 ans et qu’il se rend en toute normalité chez des proches, est toujours intrinsèquement menaçant. Cette réalité crue, orthogonale de l’autocélébration nationale autour de l’anniversaire de la marche de 1963 fut incarnée par une image qui devint virale sur Internet lors du procès : un photomontage de King, capuche sur la tête. Saisissante, elle devint l’emblème des héritiers du pasteur qui se mobilisèrent dans le pays. Suite au verdict, le président Barack Obama, qui se tient résolument à distance des questions raciales depuis son élection, exprima sa consternation et son empathie et reconnut explicitement qu’un problème de reconnaissance spécifique aux jeunes hommes afro-américains se posait encore (3).

La grande régression

Tel n’est visiblement pas la conviction du juge conservateur de la Cour Suprême, M. John Roberts, à l’origine de l’annulation d’une mesure phare héritée de 1964, qui prévoit que tous les Etats ayant une longue histoire de discrimination raciale (principalement dans le vieux Sud) ne peuvent modifier leurs lois électorales sans en référer au préalable à Washington. Jugeant, à l’encontre des régressions démocratiques largement pratiquées à l’endroit des minorités raciales dans nombre d’Etats lors des élections de 2012 (4), que les pratiques discriminatoires étaient caduques, d’un autre âge, l’opinion du juge sidéra les militants des droits civiques. Mettant à bas le principe clé de 1964, qui veut que l’Etat vigilant se porte garant de l’interdiction des pratiques discriminatoires, l’arrêt Shelby County v. Holder a immédiatement suscité l’adoption — du Texas à la Caroline du Nord — de nouvelles mesures réduisant l’accès des minorités au bureau de vote (5). Le président s’est dit consterné de cette décision et son ministre de la justice, M. Eric Holder, a annoncé comme pour les lois sécuritaires « Stand your Ground » qu’il entamerait des poursuites contre les collectivités locales adoptant des mesures trop racistes (6).

Le racisme est davantage multiforme et sans doute plus insidieux aujourd’hui qu’il y a cinquante ans. Mais des formes grossières demeurent. Parmi les exigences des militants noirs des années 1960 figurait la fin du harcèlement policier dont les jeunes des ghettos de Los Angeles, Detroit ou Chicago étaient quotidiennement victimes. Les émeutes urbaines qui enflammèrent le pays dès 1965 furent l’illustration tragique que le cocktail pauvreté – harcèlement policier était explosif. En 2013, des militants des libertés civiles ont dénoncé la police de New York, d’ailleurs condamnée par un juge de l’Etat. La pratique dite du « Stop & Frisk », consistant à multiplier les contrôles d’identité, est présentée par le maire de la ville, M. Michael Bloomberg, et son chef de la police, M. Ray Kelly, comme la panacée pour réduire la criminalité. S’ils brandissent régulièrement les chiffres illustrant la baisse de la délinquance dans la ville (en réalité bien antérieure à la mise en place de cette politique, en 2003), ils ne semblent pas s’alerter, au contraire, de la nature indiscutablement discriminatoire de ces contrôles au faciès : sur les 700 000 interpellations réalisées en 2011, 85 % concernaient des non-blancs (7). Pour couronner le tout, MM. Bloomberg et Kelly justifient cette pratique en affirmant que les criminels appartiennent principalement aux minorités.

Un racisme institutionnel

C’est avec une contre-vérité similaire que le système pénal américain continue d’incarcérer les jeunes Noirs de façon disproportionnée (8), au nom d’une guerre contre le trafic de drogue dont la nature même est discriminatoire : les Noirs sont six fois plus emprisonnés que les Blancs et alors qu’ils ne représentent que 12 % des consommateurs de drogue aux Etats-Unis, ils constituent près de 40 % des interpellés pour usage de stupéfiants et 60 % de ceux qui sont incarcérés pour ce délit. Plus encore, les disparités entre les peines appliquées aux usagers de crack (forme vile de la cocaïne qui ravagea les ghettos noirs dans les années 1990) et celles appliquées aux consommateurs de cocaïne (plus souvent riches et blancs) est dans un rapport de 1 à 18. Et alors que deux tiers des consommateurs de crack en 2000 ne sont pas afro-américains, 80 % des condamnés pour usage de cette drogue le sont… Après une première tentative pour rééquilibrer la politique pénale en 2010, l’administration Obama a annoncé qu’elle souhaitait réformer la question des peines planchers (9) à deux vitesses.

Grâce aux dissidents des années 1960, il y a aujourd’hui 1,4 million de jeunes hommes noirs à l’université. Pendant ce temps, 840 000 sont en prison, soit près de 40 % des détenus, alors qu’ils sont 14 % de la population américaine. A cause de la prison, il y a, en 2013, plus de Noirs privés de leur droit de vote qu’en 1870, année qui vit ce droit leur être accordé. King n’imaginait sans doute pas une telle régression démocratique en paraphant le « Voting Right Act ».

Mais la mesure du progrès depuis 1963 doit s’évaluer à l’aune de la principale revendication des marcheurs de Washington : l’accès à l’emploi. Or, hier comme aujourd’hui, le taux de chômage des Noirs est le double de celui des Blancs et la proportion d’enfants noirs pauvres est trois fois plus élevée que celle des autres. La crise a encore renforcé les inégalités (10) et aujourd’hui, le patrimoine moyen d’une famille blanche est vingt fois plus important que celui d’une famille noire. Malgré les lois votées, la discrimination est également de nature salariale : depuis la mort de King, l’écart de revenu entre un travailleur blanc et un travailleur noir n’a été réduit que de 3 cents pour un dollar (11).

L’élection de M. Obama doit beaucoup aux activistes des années 1960 et des progrès politiques considérables ont été accomplis pour que l’Amérique puisse voir sans sourciller un président et un ministre de la justice noirs commenter la mort de Treyvon Martin. Mais nul ne peut encore croire à la fable de l’ère « post-raciale » que King aurait prophétisée et Obama réalisée. Les temps sont plus que jamais marqués par les discriminations de race et de classe et la responsabilité de M. Obama ne doit pas être occultée. Lorsqu’il félicite chaleureusement le chef de la police de New York, M. Ray Kelly, pour son travail et envisage de le nommer au poste vacant de ministre à la sécurité intérieure, il joue une partition bien éloignée des contestataires de Washington. Ceux qui défileront ce mercredi 28 août 2013, comme ceux qui ont déjà défilé, réclament en effet la fin du contrôle au faciès et du harcèlement policier et pénal, plus de justice sociale et la poursuite de la lutte contre le racisme. Les Américains noirs vont mieux qu’en 1963 mais sensiblement moins bien que lorsque M. Obama fut élu à la Maison Blanche (12).

 

Sylvie Laurent, mercredi 28 août 2013

Sylvie Laurent est chercheuse au Stanford Center for Poverty and Inequality et au WEB Du Bois Institute for African American Research, Harvard.

Source: Le monde dplomatique.

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SENEGAL; ABDOUL M’BAYE CLAQUE LA PORTE

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Contrairement a ce qu’annoncent plusieurs organes de presse, le desormais ex-premier ministre du Senegal M. Abdoul M’baye n’a pas ete limogé, il a tout simplement rendu sa demission. Selon le site Dakaractu parcouru par flamnet, Macky Sall a eu écho de l’émission à laquelle le PM avait participé sur la Tfm, avec Mamadou Ibra Kâne, comme présentateur. « Voulant avoir ce matin une séance d’explications avec son Premier ministre, le ton serait vite monté. Et Abdoul M’baye aurait alors demandé au Chef de l’état le temps d’aller à son bureau du 9° étage au building administratif, pour y rédiger sa lettre de démission. C’est sur ces entrefaites, que les faucons mis au courant, ont alerté la presse sur le «limogeage» de Abdoul M’baye et ont immédiatement rédigé le communiqué mettant fin aux fonctions du Premier ministre, tordant ainsi le bras à Macky Sall qui n’était pas, semblerait-t-il, dans des dispositions aussi extrêmes vis-à-vis de son Pm.

C’est desormais Aminta Toure dite “Mimi” ancien garde des sceaux qui dirigera le gouvernement Macky2. 

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Loupe du ‘Le Rénovateur’ : De l’élégance en faut-il à nos politiciens ?

altC’est la même rengaine dans le paysage politique mauritanien. Nous sommes à la veille de l’organisation des élections législatives et municipale.
Le fossé ne cesse de se creuser entre les uns et les autres. A quoi sert la politique si elle n’est pas en mesure de résoudre les problèmes qui se posent à la cité, si elle entretient plus l’ambigüité dans la recherche de solutions et si elle devient au demeurant l’arme de propagande aux antipodes du progrès et de la paix sociale.
La politique est censée jouer un rôle crucial dans des moments difficiles de blocages survenus dans la vie d’une nation. En Mauritanie nos acteurs de tous bords ont besoin de repenser leurs rapports avec la politique pour retrouver le chemin de la clairvoyance et de la sagesse indispensable pour le dépassement des crises structurelles qui entravent la scène nationale depuis des années.
Ils ont les dispositions nécessaires pour le faire mais la volonté ne suit pas encore. Nous avons plus que jamais besoin aujourd’hui de sortir de ce cercle vicieux, cet imbroglio qui n’a que trop duré de cette impasse insoutenable qui nous fait penser à un impossible point de convergence entre ceux qui décident du destin d’un pays qui a souffert de contradictions entre ses hommes et notamment entre ses leaders qui se regardent en chiens de faïence prêts à tout sauf à sauver le pays de dérives causées par les querelles sempiternelles sur fonds de contrôle du pouvoir et de haine pour l’autre tant qu’il a les moyens de faire du mal .
Pourquoi continuer à engager un bras de fer et à tenir un discours d’acier à l’horizon d’un mandat présidentiel qui s’achève comme il avait commencé : dans l’absence de compréhension , de cordialité , de courtoisie entre un président qui fulmine à la moindre critique et une classe politique prompte à monter au créneau quand elle n’est pas écoutée.
Aux uns et aux autres, il faut rappeler que la politique doit élever contre les faux préjugés et minimiser les défauts qui s’apparentent à un mépris pour l’autre. Le président Mohamed Ould Abdel Aziz doit formater son tempérament d’homme de caserne pour y mettre de l’ordre, de la souplesse et de l’élégance politique pour avoir les idées en place et la réflexion en phase avec les exigences d’une démocratie décomplexée.
La force d’un homme n’est pas dans le refus de faire des concessions ou de prendre à la légère ce que lui demandent ses adversaires même les plus redoutables.
Bien au contraire c’est dans l’acceptation de ce qui pourrait s’apparenter à un sacrifice exagéré qu’un dirigeant accède au rang d’un maestro qui va inspirer des générations notamment celles qui sont en mal de repères et de modèles capables de leur ouvrir des perspectives clémentes.
Plusieurs régimes sont passés par là. Le destin de la Mauritanie est entre les mains de ses dirigeants qui passent et laissent de tristes souvenirs de leurs règnes.
La démocratie n’y a rien changé. Nos hommes politiques portent sur les épaules la lourde responsabilité devant l’histoire pour les erreurs commises il n’est pas tard de se rectifier et de se consacrer à l’essentiel. Ce sera le meilleur service à rendre à la Mauritanie.

Cheikh Tidiane Dia

Source: Le renovateur

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Municipale et législatives : La COD cherche difficilement, une position commune

altUne dizaine de jours après publication du décret portant tenue des élections législatives et municipales le 23 novembre 2013 en Mauritanie, la Coordination de l’opposition démocratique cherche, semble-t-il, difficilement attitude commune à tenir. Faut-il revenir  sur le mot d’ordre de boycott ou le maintenir ?

Après publication du décret convoquant le collège électorale pour le 12 octobre 2013,  en vue des élections législatives et municipales en Mauritanie, 11 partis politiques membres de la Coordination de l’opposition démocratique ont annoncé leur boycott de ces scrutins.

Il y a eu, ensuite, avec, entre autres, l’insistance du président de l’assemblée nationale, Messoud Ould Boulkheir, un nouveau report.  Un autre décret pris en conseil des ministres a convoqué le collège électoral pour le 23 novembre 2013.

   Depuis l’annonce de ce report, les partis membres de la COD discutent de l’attitude a tenir.  Il a été fait état de l’abandon du mot d’ordre de boycott par l’UFP et Tawassoul, deux des 11 partis de la COD. L’UFP, en réaction a ces informations, a tenu a faire une mise au point.

« Notre partis maintient la décision prise par son bureau exécutif ; cette position est conforme a celle de la COD au sein de laquelle les discussions continuent… » déclarent les responsables de l’UFP.  Il est prévu que les dirigeants de la Coordination rendent publics aujourd’hui dimanche les résultats de ces discussions entamées il y a presque une dizaine de jour.

Depuis l’adoption le 22 août du décret convoquant le collège électoral pour le 23 novembre, les 11 parti de la Coordination de l’opposition démocratique n’en finissent pas de discuter. De quoi parlent-ils au juste ? Faut-il maintenir le mot d’ordre de boycott, faut-il aller aux élections ? Dans quelles conditions ? Quand on demande aux responsable de la COD « ou en étés-vous ? » Ils se contentent de répondre : « les discussions ne sont pas encore terminées. »

Une dizaine de  jours de discussion, c’est la preuve pour beaucoup de divergences au sein de la Coordination entre boycottistes et participationnistes.

Une des responsables du RFD, est allée jusqu’à accuser les islamistes de Tawassoul de vouloir rompre « le code d’honneur de la COD » en voulant décider unilatéralement de participer aux élections. Le Code d’honneur en question oblige les partis de la COD a se « déterminer ensemble.»

Seulement, on  se demande quelle est sa réelle portée ; Le RDU, l’UFP, Tawassoul…n’ont pas attendu la COD. Ces partis, en ordre dispersé, ont tour a tour annoncé leur décision de boycott des législatives et municipales fixées au 12 octobre 2013.  Ensuite il y a eu nouveau report. Ceux qui ont fait fi du code d’honneur en annonçant leur boycott, sont-ils tenus d’attendre la COD pour annoncer leur revirement ?

Khalilou Diagana

Source: cridem

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Ahmed Hamza, président de la CUN : ” je pense que le redéploiement des FLAM au pays est une bonne chose dont il faut se féliciter. En effet, tous ces compatriotes qui ont choisi de retourner au pays doivent y être accueillis à bras ouverts. “

De l’enrôlement, en passant par le retour des flam,  les perspectives des élections prochaines, le Président de la Communauté Urbaine de Nouakchott  a abordé, dans notre magazine, des questions d’intérêt national, en apportant des réponses  on ne peut plus  exhaustives  qui pourraient bien lever des zones d’ombres sur des sujets d’actualité. Monsieur Ahmed Hamza a aussi porté un regard critique qui tranche avec la langue de bois  pour livrer son opinion sur les grandes préoccupations mauritaniennes  devant  lesquelles les acteurs politiques ne sont pas sur la même longueur d’onde.  Autant de réponses qui invitent à un débat franc et constructif. Mais, à chaque fois, se dégage, au fil des idées, une volonté de traduire, par les mots et un ton libre, une vision sur ce que doit être le rôle de l’Etat dans la préservation des droits de ses citoyens et ses responsabilités dans la conduite des affaires politiques du pays. Ahmed Hamza qui  parle en homme de conviction dispose d’une expérience qu’il   veut constamment mettre au service de la construction d’un Etat égalitaire qui doit faire une rupture avec le passé et ses anachronismes pour se tourner vers l’avenir. Cette interview a été réalisée en mai 2013. Nous la publions telle quelle  pour sa valeur intemporelle.  


Ahmed Hamza, président de la CUN :  
 

 

Vous êtes un acteur politique de l’Opposition de longue date. Vous parvenez à assumer ce statut tout en vous ouvrant aux autres hommes politiques. Comment vivez-vous, aujourd’hui, dans votre conscience la situation du pays, notamment, sous le magistère du Président AZIZ ? Vous ne trouveriez pas comme certains que c’est un dictateur qui gouverne sans partage ?
 
  Certes, comme vous l’avez dit, j’ai toujours, été  un opposant, mais cela ne m’a jamais empêché de tendre la main à tous ceux qui veulent participer à la construction de la Mauritanie, sans exclusion aucune. J’ai opté pour une opposition constructive qui œuvre à l’amélioration constante des conditions de vie de mes concitoyens. Je m’opposais  non pas à des personnes, mais à des systèmes.
   
  Aussi, je vous dirai, qu’en tant que démocrate, je me suis toujours opposé à toute dictature militaire et à tout régime issu de putsch militaire ne pouvant déboucher,  lui également,  que sur un régime totalitaire. Le régime actuel de AZIZ ne fait pas exception à cette règle, car issu d’un putsch militaire, même s’il y a eu des élections par la suite. En effet et en dépit des réalisations non négligeables qu’on lui reconnaît, et malgré le fait que mot dictateur que vous lui attribuez soit un peu trop fort,  il faut reconnaitre quand même  que la liberté de la presse indépendante est une réalité  visible et que les revendications quotidiennes des citoyens dénotent d’un désir de liberté, ce qu’on ne connait pas dans  les dictatures. Mais je conçois  avec vous que le Président dirige le pays sans partage. Il est  le seul maître  à bord.  
   
  Sur un autre plan, je rappellerai que, bien qu’élu président de la CUN sous la bannière de l’Opposition, je n’ai, soucieux de l’intérêt de mes administrés, cessé de tendre la main au régime actuel ; main qui n’a rien pu recueillir.
   
  Enfin et toujours dans le cadre de la réponse à votre première question, je vous dirai, qu’en tant que démocrate convaincu, je me suis toujours  ouvert aux autres acteurs politiques dont je respecte les points de vue même s’ils ne recoupent pas les miennes.
   
Etes-vous parmi ceux qui pensent que la Mauritanie est un pays ingouvernable, faute d’hommes de conviction ?
   
  Oui, je partage, en partie votre réflexion en affirmant que ce sont bien les grands dirigeants qui font la grandeur d’un pays. Il n’en demeure pas moins que, dans l’absolu, il n’ ya pas un Etat qui ne soit pas gouvernable. Mais cette possibilité reste conditionnée par l’existence de dirigeants qui , tout d’abord , disposent de la légitimité nécessaire , de l’engagement  suffisant , du gabarit adéquat , et des compétences indispensables pour relever les nombreux défis qui attendent tout Chef d’Etat , surtout , d’un pays en développement comme le nôtre .
   
  Pour étayer cette argumentation revenons-en peu en arrière, à l’histoire de l’Etat moderne en Mauritanie. L’on se rendrait facilement  compte  de la véracité de nos propos ? En effet , si l’on prenait l’exemple du premier Président mauritanien , feu  Moktar OULD DADDAH , l’on découvrirait que celui-ci , avec le peu de moyens humains  et de ressources  financières et économiques dont disposait le pays à l’époque , a réussi , sur le plan extérieur , à placer  la Mauritanie à une position que beaucoup d’autres Etats lui enviaient . Au plan intérieur et en dépit du système du parti unique, les grands fondements du développement socio-économique du pays ont été mis en place.
   
  Aujourd’hui , alors que la Mauritanie dispose de plus  de moyens  humains et de plus de ressources  financières et économiques , d’une expérience en matière de démocratie de plus de 20 ans , le pays piétine et s’enfonce , chaque jour , davantage dans la crise . A cela plusieurs causes dont , en particulier , l’absence de légitimité et d’assise populaire chez les régimes successifs ( militaires)   qui se sont succédé en Mauritanie depuis le coup d’Etat de juillet 1978  , exception faite du bref intermède du régime civil démocratique ( même si ce n’était qu’en apparence ) de Sidi OULD CHEIKH ABDALLAHI .Tous ces régimes ont , également souffert de l’absence de maturité politique , de la mauvaise gouvernance ( mauvaise utilisation des ressources économiques et des compétences humaines disponibles).
   
  Il devient indispensable de   concevoir  un système  dans lequel  les membres  du gouvernement  soient scindés en deux  groupes de ministères  issus,  l’un, de vote populaire  ayant  une légitimité  ( députés ou maires) pour pouvoir peser dans la décision gouvernementale, quant  au  deuxième groupe , il  serait  composé de techniciens apolitiques, si c’est possible, reconnus  au niveau national pour leur compétence  et leur dévouement .
   
  Aussi, pour occuper certains départements techniques, est-il  inadmissible  de nommer  des personnes qui n’ont  jamais  occupé  des responsabilités,  sans expérience aucune  et qui  brûlent  toutes les étapes  pour se  retrouver ministre. C’est ainsi qu’on se retrouve  face  à des situations de blocage  dans lesquelles des responsables n’osent pas prendre des initiatives et tout le monde  attend  des instructions.  Et quand  l’initiative est tuée, on n’avance  nulle part.   C’est comme si un caporal aller gérer  un Etat major  alors que dans l’armée  il faut  un plan de carrière et une évolution de grade.  
   
  En fait, privilégions les nominations qui rassurent et cela à travers les promotions  internes comme le cas   du trésorier général et son ministre qui sont un pur produit de leur département.  
   
Bien que la Mauritanie ne soit pas encore sortie de l’impasse politique, des élections sont en vue. Trouvez-vous cela logique ?
   
  Oui, il s’agit d’une impasse politique qui n’a que trop duré et qui est, principalement, le fruit du manque de concertation et de dialogue politiques entre Opposition et Pouvoir.
   
  Je rappellerai, dans ce cadre, qu’il revenait au Président AZIZ et à son Régime  de prendre les mesures nécessaires  pour décanter la situation, au lieu de continuer à gérer la continuité de la crise.
   
  Je reproche aussi à l’Opposition sa position radicale allant jusqu’à réclamer le départ de AZIZ et son manque de réceptivité. Ce qui n’arrange pas les choses.
   
  S’agissant des prochaines élections parlementaires et municipales, laissez-moi vous dire, d’emblée, que le Parlement et les conseils municipaux issus des dernières élections ont dépassé largement leur mandat légal.
   
  Devant ce constat regrettable, je pense sincèrement qu’il faille prendre toutes les précautions nécessaires pour garantir la crédibilité et la transparence des futurs scrutins , même si cela imposait leur report de quelques mois supplémentaires par rapport à la date fixée par la CENI et, pourquoi pas,   en profiter  pour  organiser en même temps  et les présidentielles  et les législatives. Cela  coûtera moins cher  pour  un pays pauvre. Car il s’agit de délai très rapproché  ne pouvant pas faciliter le consensus politique indispensable dans ce domaine. Rien de grave dans un tel report si c’était pour mieux faire et si l’on sait que l’on a déjà patienté près de deux ans pour aller à des élections crédibles,  transparentes et susceptibles d’être acceptées par tous les concurrents.  
Mais la garantie d’un scrutin crédible et transparent passerait, selon mon point de vue par :
   
  a- Le dépassement par tous les acteurs politiques de leurs actuelles querelles stériles pour s’asseoir autour d’une même table pour entamer un dialogue franc, sincère et inclusif ; il y va de l’intérêt général de tous les mauritaniens ;
  b- La mise en place d’un Gouvernement d’union nationale chargé de gérer une  période de transition pas trop longue mais suffisante pour bien gérer les prochaines élections  qui doivent être crédibles, transparentes et reconnues par toutes les parties impliquées, serait une bonne chose, cependant , cela ne doit pas être une source de blocage pour aller aux élections ;    
  c- La prise des mesures nécessaires pour faciliter et accélérer l’enrôlement de tous les Mauritaniens de l’intérieur et de l’extérieur pour obtenir un fichier électoral fiable et crédible pour tous ;    
  d- La mise en place d’une CENI consensuelle.    
  Ces suggestions rejoignent, en partie, les grandes clauses de l’Initiative du Président Messaoud OULD BOULKHEIR dont je suis membre, en ma qualité de représentant des maires de Mauritanie , sans renier ma position de membre de la COD et de mon parti, le RFD. Une initiative que j’appuie entièrement, en tant que patriote, soucieux de l’avenir de son pays et  que doivent soutenir  tous ceux qui veulent du bien pour la Mauritanie pour la faire aboutir le plus tôt possible.
   
Le visage de la CUN a considérablement changé depuis votre arrivée à  la tête de cette institution .Cela vous encourage-t-il à briguer un second mandat ?
   
  Malgré un état des lieux déplorable de la CUN  à mon arrivée ( fort endettement , personnel pléthorique avec d’importants arriérés de salaire , locaux délabrés , etc.) , cette institution se trouve aujourd’hui dans une situation relativement confortable avec un bilan de gestion positif (dettes épongées , existence d’un personnel de qualité et en quantité suffisante , un solde créditeur au trésor public de plus de 3,5 milliards d’UM ,nombreuses réalisations sociales : construction de routes ; adduction d’eau , éclairage public , tec .) dont je ne peux qu’être fier .
   
  En dépit de ces sources de satisfaction, je suis quelque peu déçu. Car comme on dit chez nous « une seule main ne peut pas applaudir ». La CUN a, certes,  pu faire ce qu’elle pouvait faire à son niveau, mais elle ambitionnait plus et pouvait mieux faire et faire plus si elle avait bénéficié de l’appui conséquent des Pouvoirs publics. Beaucoup d’opportunités de nature à servir nos populations nous  ont échappé. Plusieurs financements extérieurs obtenus par la CUN n’ont pu aboutir faute simplement  de terrains de construction pour l’implantation des projets objet de ces financements .C’est le cas, notamment, de la construction d’un marché moderne, l’aménagement  d’espaces verts et d’une esplanade.
   
  Pour ce qui est de l’éventualité pour moi de briguer un second mandat à la tête de la CUN, ma candidature n’est pas évidente dans les conditions actuelles. En effet, le statut actuel de la ville de Nouakchott avec 9 communes autonomes est un réel frein à sa bonne gouvernance. Nouakchott avec une mairie centrale est plus appropriée. Aussi, faut-il renforcer la décentralisation, en élargissant le pouvoir et les prérogatives des élus. Gérer  une ville tentaculaire comme Nouakchott, dans ces conditions, n’est pas chose aisée. J’aurai donc préféré un mandat parlementaire.
   
  Néanmoins, l’Opposition  doit reste soudée, en rang serré pour remporter un second mandat à la tête de la CUN.
   
  A ces considérations d’ordre général, il faudrait  ajouter d’autres considérations, cette fois-ci, d’ordre personnel. Non seulement , je suis un peu fatigué , car il s’agit d’un travail difficile et absorbant qui ne me laisse que très peu de temps pour m’occuper de mes affaires personnelles que j’ai quelque peu négligé faute de temps disponible . Affaires que je voudrais reprendre en main pour mieux m’en occuper. Par ailleurs, sur le plan politique, je ne suis pas le seul à  en décider, il y a, notamment,  mon parti, le RFD et, éventuellement, la COD.
   
  Cela dépendra aussi  de l’évolution future de la situation politique dans le pays.
   
  En tout état de cause, candidat ou non à un autre mandat  à la CUN, je ne regrette pas cette  riche expérience et les importants sacrifices que je crois avoir consentis dans l’intérêt des populations nouakchottoises  en particulier, et mauritaniennes, en général. Je  réitère ma disponibilité à servir mon pays  et mes concitoyens sous la forme qui conviendrait le mieux.
   
Vous avez obtenu plusieurs distinctions en Afrique et dans le Monde. A quoi tiennent ces succès ?
   
  Je ne vous surprendrais pas en vous disant que l’obtention de ces décorations est la consécration de la présence mauritanienne partout dans les forums regroupant les principales cités africaines, arabes,  musulmanes  francophones et des autres continents. Forum au sein desquelles notre pays occupe d’importants postes : de vice-présidence ou de membre du Bureau exécutif.
   
  Ces distinctions sont le fruit de notre dynamisme dans le cadre de la diplomatie des villes et du rôle que nous avons joué pour promouvoir les grands espaces culturels, comme c’est le cas, notamment, de la francophonie.
   
  Aussi ces titres honorifiques décernés par sa Majesté le Roi du Maroc, les Présidents français,  sénégalais et du Congo Brazzaville témoignent-ils de l’estime que ces dirigeants portent à mon pays  et à son dynamisme sur le plan international, par le biais de ma modeste personne.
   
Pensez-vous que ces distinctions sont de nature à donner une image de la Mauritanie comme exemple de démocratie en Afrique ?
   
  A priori, rien n’empêche la Mauritanie de devenir un exemple de démocratie en Afrique. Il suffit pour y parvenir que les Mauritaniens, en général, et, plus particulièrement, leur élite politique en aient la conviction et la volonté. Que, tous sans exclusivité aucune,  y travaillent, la main dans la main, avec sincérité et engagement. Qu’ils acceptent, enfin, les règles du jeu démocratique.
   
Est-il vrai que l’Organisation des travailleurs Mauritaniens en France vous avait soumis  certaines de leurs  doléances pour que vous interveniez en leur faveur  auprès des pouvoirs publics mauritaniens. Cela concerne, en particulier, la facilitation de leur enrôlement. Que pouvez-vous répondre à  ce syndicat ?
   
  J’ai effectivement reçu des doléances de la part des membres de cette Organisation ; doléances que j’ai aussitôt  transmises au Directeur du Cabinet du Président de la République, tout comme j’en ai fait parvenir une copie au ministre de l’Intérieur dont relèvent les services de l’Etat civil. C’est tout ce qui était en mon possible de faire. Et si ce problème dépendait  de moi, il aurait était résolu illico-presto, malgré  que  l’Etat ait enlevé aux élus   la qualité  d’officier  d’Etat Civil, ce que je trouve  anormal dans une démocratie.
   
  Bien que les documents biométriques  infalsifiables soient une grande évolution, mais il faut le dire parmi les agents dans les bureaux de recensements on trouve  beaucoup de chauvinisme  et il est évident  que certains de ces agents ont un comportement raciste et font obstruction   pour certains citoyens.
   
  Toutefois, je trouve anormal que des Mauritaniens se trouvant en France, sans carte de séjour parce qu’ils sont soit étudiants sans bourse, soient des travailleurs émigrés sans papiers ou enfin des malades se soignant dans l’Hexagone, ne puissent pas  bénéficier de l’appui de leur gouvernement. Notre Ambassade et notre Consulat en France se devaient de porter assistance à ces citoyens mauritaniens  au lieu de chercher à leur compliquer la vie. Cela est d’autant plus vrai qu’il s’agit, pour la plupart, de réfugiés économiques qui malgré, leurs conditions de séjour assez difficiles, aident leurs familles restées au pays.
   
  Nos diplomates ne doivent pas se substituer aux services d’immigration français, l’exigence de carte de séjour est illégal car   n’étant pas un document mauritanien et  mettra beaucoup de Mauritaniens en situation irrégulière et contribuera à leur éventuelle expulsion. Il est vrai que, par le passé, des étrangers ont eu recours à des documents mauritaniens pour bénéficier de carte de séjour ou de naturalisation. Ces personnes ayant atteint leurs objectifs n’ont plus besoin de s’enrôler. Mais quand d’autres, plus sincères, font le rang, sous la pluie et le froid, devant un centre d’enrôlement, cela veut  dire qu’ils sont bien Mauritaniens et qu’ils tiennent à leur mauritanité.
   
  L’Etat mauritanien doit être au service de tous ses citoyens où qu’ils se trouvent et quels qu’ils soient.
   
Avez-vous rencontré des dirigeants du mouvement des FLAM ? Que pensez-vous de leur redéploiement au pays ?
   
  Non, je n’ai, malheureusement, pas eu l’occasion de rencontrer des responsables de ce mouvement. Concernant le second volet de votre question, je pense que le redéploiement des FLAM au pays est une bonne chose dont il faut se féliciter. En effet, tous ces compatriotes qui ont choisi de retourner au pays doivent y être accueillis à bras ouverts. L’on doit également les aider et essayer de leur faire oublier leur calvaire pendant leur exil. Ce sont nos frères avec qui nous devons, ensemble, s’atteler à  construire une Mauritanie unie,  démocratique, prospère et fière de sa diversité culturelle.
   
Par ailleurs quelle est votre  appréciation  de deux autres organisation  comme le mouvement «  touche pas à ma nationalité » et l’IRA ?
   
  Il est incontestable que la donne du combat change et aujourd’hui, il y a une nouvelle génération qui se trouve à travers ces deux entités.
   
  Certes, je n’ai, malheureusement, jamais  rencontré les dirigeants  qui animent le «  MTPN », mais  je tiens à dire  que j’apprécie et respecte leur combat. Je trouve, en effet,  qu’ils sont admirables et courageux. Je leur demande  de continuer  ce combat juste. Quant  à l’IRA, je  connais très bien  son président qui est un frère  et je confirme  qu’il a réalisé en peu de temps ce qu’on a essayé de faire depuis  plusieurs années. Il est manifeste  également que sa popularité  est en nette croissance. Ce qui prouve  que son  combat est apprécié car les populations  ne vont pas  spontanément chez  quelqu’un, sauf s’ils approuvent  ce qu’il fait. En fait, je pense que ceux deux organisations deviennent incontournables dans le paysage politique actuel.  
   
Certaines personnes trouvent que, lors des forums régionaux ou internationaux, vous êtes trop proches des Sénégalais et des Marocains, à telle enseigne qu’on vous croirez membre des délégations marocaine et sénégalaise ou porte-parole de celles-ci.  Aussi, certains de vos collègues pensent-ils que vous en faites plus qu’il ne faut, dans le soutien du Maroc et du Sénégal .Que répondez-vous aux uns et aux autres ?
   
  Permettez-moi de vous dire, d’emblée, que ces jugements ne sont faits que d’amalgame et de manque de lucidité. En effet, ce rapprochement avec les Sénégalais et les Marocains  n’est, somme toute, qu’une conséquence logique de l’appui sans faille que ces derniers m’ont apporté, à moi-même, mais surtout à la Mauritanie ; appui qui m’a permis d’accéder  aux titres et postes internationaux que vous connaissez.
   
  C’est donc grâce au lobbying que j’ai pu mettre en place avec les représentants de ces deux pays que mon  cher pays, la Mauritanie, a pu accéder, à travers ma modeste personnalité,  à plusieurs hautes responsabilités dans les instances régionales et internationales concernées par les activités des collectivités décentralisées. Ce qui doit être, pour tous les Mauritaniens,  source d’honneur et de fierté.
   
  Sur un autre plan , appartenant à l’ensemble tribal des OULAD  BOU SBA qui a ses lointaines racines au Maroc et à une famille qui s’est installée au Sénégal depuis plus d’un siècle et demi et où plusieurs de ses membres ont continué à y vivre ( y compris  mes parents directs  et moi-même qui  y ai passé toute ma jeunesse  et ayant  une culture sénégalaise  ) , en parfaite harmonie jusqu’après l’indépendance de la Mauritanie en 1960 , je ne vois aucune raison qui me pousserait à ne pas aimer ces deux pays qui font partie de moi-même .
   
  Mais cet attachement  est réciproque et si j’ai rendu service au Maroc et au Sénégal, je ne leur ai pas fait plus que ce que je leur dois, à titre personnel, mais également au nom de la Mauritanie. Par ailleurs, je ne me suis jamais senti  un étranger dans ces pays
   
  A  ces considérations que je crois légitimes  s’ajoute le grand respect  et la très grande admiration que je voue à ces chourava feu le Roi Hassan II pour sa vision politique et son intelligence et à son fils, l’actuel Roi Mohamed VI pour son ouverture démocratique et les grandes réalisations qu’il a faites pour son pays  et son peuple.
   
  Mais, en dépit de cet attachement  particulier au Maroc et au Sénégal, j’ai toujours eu à l’esprit le souci de servir, d’abord , ma patrie-mère , la Mauritanie, mais également celui de rapprocher les peuples  frères de Mauritanie , du Sénégal et du Maroc dans leur intérêt réciproque. Tout comme  je considère d’une grande nécessité géopolitique  et sécuritaire pour le développement des pays de la sous-région le raffermissement des relations de la Mauritanie avec tous ses voisins.
   
  C’est ma façon de voir les choses et personne ne devrait m’en vouloir. Je me sens un africain tout simplement
   
En votre qualité de président de l’Association Mauritanienne de la Francophonie-une structure qui n’a rien à voir avec l’Alliance franco-mauritanienne de Nouakchott que vous présidez-quel est votre  point de vue par rapport au recul, de plus en plus notoire, dans les écoles et universités mauritaniennes ?
   
  Nonobstant le statut de l’arabe comme langue officielle de la Mauritanie, il n’en demeure pas moins que le français est encore une langue essentielle  de travail et de partage des expériences dans le pays. Ainsi, exception faite des départements de la Justice, de l’Education nationale et des affaires Islamiques, toutes les autres administrations, en plus du secteur privé dans sa globalité, l’essentiel des dossiers est traité en français.
   
  Au-delà de cette réalité, le problème des langues me paraît être un faux débat qui doit être dépassé au moment où  les langues qui  ont tendance à s’imposer sur le plan international, économique, en particulier, sont désormais, le chinois, le portugais (pour le Brésil) et l’hindou.
   
  Ceci étant, il y a lieu de rappeler que nos premières générations postindépendance  apprenaient en arabe et en français. Ce bilinguisme ne posait aucun problème. Quant aux réformes éducatives successives dans notre pays  elles n’ont eu comme résultat que la baisse continue des niveaux scolaires, en plus des nombreux problèmes que vous connaissez.
   
  Aujourd’hui et au moment où l’on envisage une énième réforme de notre système éducatif, nous croyons à la nécessité pour cette réforme d’accompagner les mutations en cours dans le Monde et cela si l’on voudrait plus de performance pour ce  système.
   
  Ainsi, au fondamental, nos enfants devraient-ils apprendre l’arabe et le français  et nos langues nationales  pour pouvoir se parler et échanger entre eux dans les langues du pays. L’exemple du Maroc où l’on commence à  enseigner le berbère dans les écoles est un exemple édifiant dont on pourrait s’inspirer largement.
   
  A partir du secondaire, pourra être introduit, de façon obligatoire et en plus de l’arabe et du français, l’enseignement de l’anglais, langue principale au niveau mondial. Et pour quoi pas une quatrième langue vivante  (espagnol, allemand) ?
   
  Cette ère de globalisation des échanges au plan international  nous impose, comme elle impose aux autres pays, de parler le plus grand nombre de langues possibles. C’est l’un des grands défis qu’il faut relever. Le reste n’est qu’atermoiements stériles.
   
Si, un jour, vous étiez amené à diriger la Mauritanie, comment vous vous y prendriez ?
   
  (Rire) J’ai l’impression que vous me cherchez des problèmes, mais laissez moi tranquille, je n’arrive pas déjà à régler les problèmes  de Nouakchott.
   
  Bien que votre question soit prématurée, cela ne m’empêche pas d’énumérer ce que je peux considérer, comme à l’image des dix commandements, une feuille de route aux futurs candidats pour bien gérer un pays comme le nôtre.
   
  En effet toute bonne gestion ou bonne gouvernance passe par :
   
  1 – L’égalité et la justice pour tous les citoyens ;
   
  2 – La défense de l’intégrité territoriale et de la souveraineté du pays ;
   
  3 – La préservation et le renforcement de l’unité et de la cohésion nationale ;
   
  4 – Assurer l’accès des mauritaniens aux services de base que sont, l’éducation,  la santé, l’eau potable et l’éclairage à travers une gestion de proximité  qui passe bien sûr par une vraie décentralisation en renforçant les pouvoirs locaux;
   
  5 – Garantir l’autosuffisance alimentaire par la revalorisation de nos ressources agro-pastorales et halieutiques ;
   
  6- Donner à la femme mauritanienne la place qui lui sied dans une société démocratique.
   
  7 – Assurer l’intégration de l’économie mauritanienne à l’économie internationale, tout en conciliant préservation des intérêts nationaux et Mondialisation
   
  8 – Restaurer au pays son  rôle de charnière et de trait d’union entre les deux mondes africain et arabo-musulman ;
   
  9 – L’ancrage d’une réelle culture démocratique basée sur les principes de la citoyenneté et du respect de l’autre ;
   
  10 – La valorisation de notre patrimoine culturel et de notre diversité culturelle et linguistique ;
   
  11- Assurer la promotion de la jeunesse par les activités culturelles, sportives et de divertissement ;
   
  Cette liste de mesures/engagements qui s’apparenterait à un programme électoral intègre  tout ce qui peut contribuer au mieux-être des populations mauritaniennes et pourrait  faire de la Mauritanie un pays de référence , où il fait bon de vivre et où tous les citoyens sont égaux en droits et devoirs .
   
Propos recueillis par CID et OFM
Source : Le Magazine de l’économie/Synergies  n°001 septembre-octobre 2013

 

Noorinfo

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