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Monsieur Abdsalam Horma, président du parti SAWAB et député à l’AN : ‘’Je n’ai constaté aucune réalisation majeure durant ces deux dernières années, hormis l’apaisement politique’’
Le Calame : Le mercredi 27 Octobre dernier, les acteurs politiques de la majorité et de l’opposition ont tenu une réunion à Nouakchott visant à mettre en place la commission d’organisation du dialogue en gestation. Quelle en fut l’ambiance ? Avec quelle impression en êtes-vous sorti ?
Abdsalam Horma : À mon avis, cette réunion s’est tenue en grand retard par rapport au calendrier prévu mais elle a tout de même vu la participation unanime des acteurs politiques nationaux ; j’y vois un point positif qui apportera, s’il est bien exploité, stabilité et tranquillité au pays, renforçant, du coup, la cohésion nationale et la modernisation des institutions démocratiques.
– Depuis la tenue de cette réunion, des tractations se poursuivraient au sein de l’opposition pour harmoniser sa position. Faudrait-il craindre qu’elle se rende divisée à ce conclave ? Que faites-vous pour éviter cela ?
– Hélas, depuis les soubresauts consécutifs à la présidentielle de 2019, l’opposition n’a pas pu ou su former un front uni pour proposer une vision nationale – disons, une alternative claire – afin de dialoguer avec le régime en place ; elle n’a pas pu s’entendre sur un programme de lutte qui mettrait suffisamment de pression sur le pouvoir et, partant, le pousser à entamer des réformes sérieuses dans son action. La fracture au sein de l’opposition est malheureusement une réalité, mais je n’en crois pas moins possible de se ressaisir, à n’importe quel moment, et de colmater les brèches. À cet égard, nous souhaitons que sa participation au dialogue forme l’occasion rêvée de renforcer son unité et dépasser les querelles de minarets.
– À votre avis, qu’est-ce qui a poussé le président de la République à accepter de dialoguer, alors que, selon lui et ses soutiens, le pays ne vit pas de crise ?
– Dire que le pays ne traverse aucune crise est une aberration. Je suis pour ma part convaincu que nous traversons une réelle crise, héritée, en partie, de l’ancien régime et, après lui, du pouvoir actuel. J’ajouterai que la réalité d’une crise n’exclut pas l’apparition d’une ou de plusieurs autres et donc la nécessité de chercher à les anticiper pour s’en prémunir. Le conclave en vue revêt un caractère impérieux pour le régime qui a besoin d’assurer la stabilité du pays et à en pacifier l’atmosphère politique.
– Ce dialogue devrait permettre de trouver des solutions consensuelles autour de certaines questions nationales, notamment l’unité nationale et la cohésion sociale. Avez-vous perçu une volonté politique réelle des uns et des autres, en particulier du côté du pouvoir, quant à la mise en œuvre des résolutions qui sortiraient des concertations ?
– Affirmatif, nous avons effectivement perçu du côté du pouvoir une réelle volonté de discuter de tous les problèmes de l’heure et, de son gouvernement, celle de respecter scrupuleusement la mise en œuvre des résolutions qui sortiront de ces discussions. Elles constituent donc une opportunité rare, à ne pas rater pour les protagonistes de l’arène politique, de débattre sans tabous des problèmes essentiels, dans une ambiance marquée du sceau de la responsabilité et du travail constructif.
– Quelles sont pour SAWAB les autres priorités que le dialogue doit régler ? Quelle est votre contribution aux concertations en vue ?
– Ce qui nous intéresse particulièrement, c’est la paix civile, le renforcement de la cohésion nationale, le règlement définitif de la question de l’esclavage et de ses séquelles abominables, la mise en place de moyens coercitifs contre les phénomènes de la gabegie et de la mauvaise gouvernance et l’édification de véritables institutions de l’État.
– Un débat sur la réforme du système éducatif et la place des langues nationales, comme le pulaar, le soninké et le wolof, agite la classe politique et les réseaux sociaux. Qu’en pense l’homme politique et professeur à l’Université que vous êtes ?
– Toute réforme du système éducatif qui ne prend pas en compte la réalité naturelle de la société mauritanienne, de sa langue officielle et de ses langues nationales ; qui ne fortifie pas son indépendance culturelle et son identité propre ; est évidement vouée à l’échec. Cette réforme doit renforcer l’existence d’une langue vivante à tous les niveaux scolaires pour permettre d’éloigner au loin le spectre des idéologies, des antagonismes et des querelles politiques afin de consolider l’unité et la concorde nationale, au lieu d’être des facteurs de divisions et d’isolement.
– Comment l’École républicaine qu’ambitionne le gouvernement pourrait-elle prendre en charge cette question ?
– Ceci est très simple, s’il y a, chez le gouvernement, une réelle volonté politique. Républicaine, l’école va permettre à tous les fils du pays de bénéficier d’un enseignement nouveau, d’une école publique obligatoire, de lois rigoureuses, de programmes pédagogiques et scientifiques adéquats qui favoriseront notre ouverture à l’environnement économique, la satisfaction de nos besoins de développement et garantir à nos étudiants de tous niveaux académiques ce qu’il leur faut pour intégrer le marché de l’emploi et de production.
– Le président Ghazwani a fini de boucler ses deux premières années à la tête du pays. Comment évaluez-vous ce parcours ?
– Je n’ai constaté aucune réalisation majeure durant ces deux dernières années, hormis l’apaisement politique. La gabegie et la mauvaise gestion de l’État continuent de sévir. Les espoirs suscités par l’examen des dossiers de la décennie se sont très vite estompés avec les mauvaises pratiques d’antan qui se poursuivent, hélas, aussi bien au niveau administratif que gouvernemental.
– Que pensez-vous de la gestion du dossier de la décennie d’Ould Abdel Aziz, seul placé en détention préventive depuis Juin dernier ?
– La gestion du dossier de la décennie avait bien démarré, avec la mise en place, à l’Assemblée nationale, d’une commission d’enquête parlementaire, mais je suis, depuis quelque temps, découragé, par l’apparente volonté de transformer un épais et lourd dossier en une affaire personnelle contre l’ex-Président.
– Que pensez-vous des augmentations récurrentes des prix des denrées de première nécessité et des mesures prises par le gouvernement pour les juguler ? Sont-elles efficaces ?
– Je ne vois aucune raison valable de faire flamber les prix des denrées de première nécessité, sauf dans l’optique du désordre instauré par des lobbies commerciaux assoiffés de gains, aidés en cela par les faiblesses et l’incurie notoires dans notre commerce. Le gouvernement ferme les yeux sur le fait accompli : c’est fort regrettable.
– Quel est l’état de votre alliance avec le parti RAG et de son président, le député élu de SAWAB, Biram Dah Abeid ?
– Nos relations avec le mouvement IRA et son parti sont la colonne vertébrale du courant qui soutient le leader Biram Dah Abeïd. Elles obéissent à la logique d’un partenariat politique dont les bases furent jetées en 2018. L’objectif était de former un pôle politique et une alliance électorale attractive nationale mais également de renforcer l’unité nationale et la solidarité de notre peuple, de lutter contre l’esclavage et ses séquelles néfastes, ainsi que contre la pauvreté et l’ignorance.
Aujourd’hui, nous considérons ce pôle en partie intégrante et essentielle de l’opposition, capable de la fédérer dans une alliance forte et à même de porter l’estocade au pouvoir lors des échéances électorales prochaines.
– Votre dernier mot ?
– Je profite de l’occasion que votre journal m’offre pour lancer un appel pressant, à l’ensemble des acteurs politiques de tous les horizons et autres forces vives de la Nation, de faire preuve de prudence et de retenue, en ne ménageant aucun effort pour préserver la stabilité et la quiétude de notre pays : je les exhorte à éviter tous les discours ou propos haineux ou malencontreux que certains ne manqueraient pas d’exploiter pour lui nuire.
Je les invite surtout à la vigilance car notre pays est entouré, comme vous le savez, de voisins où sévissent des conflits armés pouvant, si l’on n’y prend garde, dégénérer jusqu’en nos frontières. Nous devons donc profiter de ce dialogue pour prêcher un discours pondéré, sans passion, et surtout tenter de résoudre tous les problèmes que connaît notre pays.
Propos recueillis par Dalay Lam
le calame
Dialogue en gestation : L’opposition à la recherche d’une nouvelle (plate)forme
Depuis quelques jours, l’opposition mauritanienne organise des réunions pour parvenir à une nouvelle plateforme politique. En effet, la présidentielle de 2019 avait fini de dissoudre la Coordination de l’opposition Politique (COD) dont les membres ont soutenu des candidats à la présidentielle. Depuis lors, l’opposition s’est embourbée dans une sorte de léthargie. Du chacun pour soi jusqu’à la création en 2020, de la coordination des partis politiques représentés à l’Assemblée nationale, ceci, en faveur de la pandémie de la COVID 19. Le président de la République avait appelé à l’union contre la pandémie. Tawassoul, premier parti de l’opposition, le RFD, l’UFP, APP, SAWAB et AJD/MR avaient répondu à l’appel, ce qui avait contribué à apaiser l’arène politique du pays. Les partis de la majorité et de l’opposition ont travaillé ensemble jusqu’au retrait de Tawassoul ; APP, quant à lui, se fait tirer difficilement l’oreille. Le cadre tient jusqu’à la décision de Ghazwani d’appeler aux concertations politiques entre la majorité et l’opposition. C’est donc en faveur de ce cadre que l’opposition se retrouve pour parler d’une seule voix. Avouons-le, ce n’est pas facile. Trois réunions se sont tenues pour y parvenir. Les partis de l’opposition ont tenté de parler et d’harmoniser leurs positions. Il s’agit d’échanger sur les thématiques, le format et de mettre en place une commission de pilotage, laquelle définira le format et ceux qui devront représenter l’opposition au comité de supervision du dialogue. Il est évident que tous les partis de l’opposition ne pourraient pas siéger à ce comité et par conséquent, il faudrait désigner ceux qui y seront envoyés. Quels critères seront-ils édictés par l’opposition ? Ceux qui ne seront pas désignés rumineront-ils leur colère au sein du nouveau cadre qui sera mis en place ? Au sein de l’opposition, certains partis politiques travaillent à éviter des frictions et à unir celle-ci. C’est d’ailleurs pourquoi, les organisateurs des différentes réunions ont ratissé large ne laissant personne en marge. Ils veulent un conclave inclusif pour débattre de l’ensemble des questions nationales. La feuille de route concoctée s’est efforcée à prendre en compté l’ensemble des préoccupations majeures du pays.
Au terme de cette première étape donc, l’opposition pourrait se trouver une nouvelle plateforme et partant parler d’une seule voie aussi bien lors des concertations que lors des prochaines échéances électorales. Elle pourrait désormais peser sur les débats nationaux et imposer, pourquoi pas, au pouvoir un rapport de force en sa faveur. Sa division lors des élections présidentielle de 2019 avait fini de l’affaiblir.
Des sujets qui fâchent toujours ?
Mêmes si toute l’opposition et même la majorité s’accordent sur l’urgence de débattre de l’unité nationale et la cohésion sociale, de la gouvernance et la lutte contre la gabegie, il n’en demeure pas moins que les uns et les autres n’y mettent certainement pas le même contenu. Le passif humanitaire demeure toujours un sujet délicat. Dire la vérité sur ce qui s’est passé dans les casernes militaires, dans la vallée et dans certaines villes du pays, sur les déportations, reste difficile à réaliser car cela engage la responsabilité des forces de défense et de sécurité. Pour certains, l’armée doit être tenue hors de ces conclaves. C’est d’ailleurs pourquoi le régime de Ould Taya avait rapidement fait voter une loi d’amnistie en 1993 pour protéger ceux que les victimes, les rescapés, les veuves et les orphelins qualifient de « bourreaux ». C’est d’ailleurs pourquoi, croient savoir certains, des cercles du pouvoir et des extrémistes qui avaient été mouillées dans ces exactions travailleraient dans l’ombre à saborder les concertations que le président Ghazwani a accepté d’organiser. Or, vider cet abcès ne signifie pas régler les comptes entre les composantes du pays. Si les ayants droit des victimes, les rescapés militaires, les veuves, les déportés ramenés au pays ou les rapatriés volontaires (MOYTO KOOTA) continuent à réclamer, depuis des dizaines d’années, la vérité sur ce qui s’est passé pendant les années dites de « braise » ; ce n’est évidemment pas par esprit de vengeance. En effet, on n’a jamais vu une expédition punitive contre l’un des bourreaux que les uns et les autres suspectent avoir sévi contre leur papa, frères, mari et autre. Ils veulent que de telles exactions ne se répètent pas dans ce pays et qu’ils puissent enfin faire le deuil des leurs. Comment, dans un pays musulman, on prive les citoyens des sépultures des défunts ?
En effet, ces « évènements » de 1989/91 ont profondément ébranlé les fondements de l’unité nationale que tous les acteurs politiques, pouvoir et opposition voudraient consolider et renforcer. Cela passe par accepter un débat sans passion sur ces questions qui continuent de fâcher. On ne peut résoudre les questions nationales et apporter des solutions idoines sans faire preuve de réalisme, de dépassement et de patriotisme. Ceux qui continuent à réclamer la vérité prêchent pour une justice transitionnelle qui a fait ses preuves au Maroc, en Afrique du Sud et en Gambie ; ces pays n’en ont pas pâti, au contraire, ils ont réussi une réconciliation nationale sans accrocs.
En effet, les « évènements » ont créé, comme tout le monde le sait, une certaine méfiance entre les composantes nationales dont certains acteurs politiques, du côté du pouvoir et de l’opposition ne cessent de dénoncer leur marginalisation à tous les niveaux. Ils fustigent des écoles et des nominations monocolores, des médias publics presque exclusifs, le refus d’officialiser l’enseignement des langues nationales (Pulaar, Soninke et Wolof). Ils y ajoutent depuis quelque temps cette espèce d’hypocrisie. Les négro-africains sont supposés être des suppôts du français, langue du colon alors que tous les fils à papas sont dans les filières françaises : Lycée Théodore Monod et autres.
La récente sortie médiatique de 8 partis de l’opposition qui réclamaient justement, un dialogue politique et non des « concertations » a mis le principal parti de la majorité dans tous ces états. Ces sujets qui fâchent vont-ils favoriser un consensus entre les différents acteurs politiques ? En tout cas, tous les acteurs devant se retrouver autour de la table ont exprimé leur désir ou souhait de voir le dialogue être inclusif mais surtout de permettre de débattre de tous les sujets sans tabou.
Dalay Lam
L’Assemblée nationale approuve la loi sur la protection des symboles de l’Etat
AMI – L’Assemblée nationale a approuvé, lors d’une séance publique tenue hier mardi, présidée par M. Cheikh Ould Baya, président de l’Assemblée, un projet de loi relatif à la protection des symboles nationaux et à la criminalisation de préjudice au prestige de l’État et à l’honneur du citoyen.
Le projet de loi se compose de huit articles qui précisent son objectif – sans préjudice des dispositions stipulées dans d’autres lois – d’incriminer et de punir les actes commis intentionnellement à l’aide des médias et des technologies de communication numérique et des plateformes de médias sociaux.
Il incrimine les actes associés à la violation des principes et du caractère sacré de la religion islamique, le prestige de l’État et de ses symboles, la sécurité nationale, la paix civile, la cohésion sociale, la vie personnelle et l’honneur des citoyens.
Les articles du projet de loi expliquent en détail les différentes sanctions pour la commission des infractions qui y sont spécifiées.
Le ministre de la Justice, M. Mohamed Mahmoud Ould Cheikh Abdallahi Ould Boya a précisé dans sa présentation à la Chambre des représentants, qu’il est devenu nécessaire aujourd’hui de lutter contre tout ce qui affecterait l’unité du peuple et le prestige et la souveraineté de l’État, qui se reflètent dans ses symboles de référence. Il s’agit, a-t-il dit, de mettre fin à la mauvaise utilisation des plateformes de médias sociaux, sans préjudice des libertés garanties par la constitution et les accords internationaux ratifiés par la Mauritanie.
Il a souligné que le projet de loi vient à point nommé pour combler les lacunes qui ont été constatées dans notre système pénal afin de donner aux praticiens, juges et enquêteurs les moyens de disposer de mécanismes juridiques clairs pour imposer l’État de droit et le respect des valeurs de la République, en identifiant les actes qui constituent une atteinte aux symboles nationaux et portent atteinte au prestige de l’État, ainsi que les sanctions appropriées pour faire face au phénomène d’atteinte aux principes de la société et de propagation de la haine au sein de ses composantes.
Il a ajouté que le projet de loi permet au ministère public de diligenter automatiquement ou sur demande une action en justice contre ceux qui commettent l’un des actes stipulés dans les dispositions du projet de loi.
Le ministre a déclaré que la protection des symboles est indispensable au renforcement des institutions qui ont en charge les affaires publiques pet qui doivent jouir de la protection et du prestige qui leur permettent d’accomplir les tâches qui leur sont confiées, loin d’interférences de personnes qui consacrent toutes leurs énergies au découragement et à l’incitation à la sédition et à la dénonciation des forces armées et des forces de sécurité.
Il a insisté sur le fait que la liberté d’opinion est préservée et défendue, et que le projet de loi vise à mettre fin au chaos observé et à l’incitation à la violence et à la haine, soulignant qu’il est de la responsabilité des pouvoirs d’affronter cette situation pour éviter toute dérive préjudiciable.
Dans leurs interventions, les députés ont indiqué que le projet de loi était attendu depuis longtemps afin de mettre terme à l’anarchie qui caractérise l’espace virtuel, en violation totale des valeurs et principes sacrés, menaçant la paix et la stabilité civiles, et méprisant les symboles de l’État et l’honneur des citoyens et portant gravement atteinte à la quiétude publique.
Ils ont fait savoir que le moment est venu pour les usagers des réseaux sociaux de se rendre compte qu’il existe des limites et des règles juridiques dissuasives, et qu’il existe une grande différence entre, d’une part, la critique constructive et, d’autre part, la volonté de sape, de calomnie, d’insulte et de mépris. Ils ont indiqué que le projet de loi répond à un besoin de protection des entités publiques et des citoyens, et de respect de la vie privée.
Les députés se sont interrogés sur l’alternative à l’état actuel de chaos en termes l’utilisation des réseaux sociaux. Faudrait-il rester passif, laissant la voie grande ouverte à toutes sortes d’abus, aux rumeurs et aux incitations à la haine, ou plutôt de rejoindre d’autres pays qui ont mis en place les mécanismes de contrôle de l’espace virtuel pour éviter de sombrer dans des dérives préjudiciables à la communauté.
Le choix est vite fait ont-ils fait remarquer, et saluant les dispositions du projet de loi car il permettra de protéger les acquis démocratiques, d’assurer l’unité nationale et de préserver les valeurs de la société mauritanienne inspirées de l’Islam authentique.
Certains parlementaires ont estimé que la nature sensible du projet de loi nécessite l’implication d’experts et de la société civile dans sa préparation et de laisser aux députés suffisamment de temps pour l’étudier.
Ils ont précisé que ce ne sont pas les textes de lois qui font le plus défaut mais plutôt dans leur activation et leur application, exprimant leurs craintes que le projet de loi ne soit utilisé comme un obstacle à la critique et l’éclairage de l’opinion publique.
L’Assemblée nationale a, également, approuvé les modifications apportées par la Commission de la Justice, de l’Intérieur et de la Défense aux articles 2, 3, 5 et 7 du projet de loi, qui, dans leur ensemble, visent à clarifier le contenu de ces articles.
AMI
Percée djihadiste au Mali : Le Sénégal doit se réveiller avant qu’il ne soit trop tard (Par Hussein Bâ)
Dans le cadre d’un dossier qu’il a consacré au Mali, le journaliste sénégalais Hussein Bâ revient une fois de plus sur les dangers sécuritaires qui guettent le Sénégal, frontalier du Mali. Dans le troisième numéro de ce dossier que Seneweb publie en quatre parties, l’ancien collaborateur de « Sud Hebdo », qui a collaboré respectivement au dispositif électoral sous en ATT et IBK en 2002 et 2013 au Mali, appelle le Sénégal à être davantage regardant sur la situation du Mali, avec la volonté des djihadistes de perturber le trafic vers Bamako afin de couper le pays. Il rappelle également l’objectif final visé par ces djihadistes du GSIM est de bâtir un « Emirat islamique du Mali », avant de s’ouvrir vers l’Atlantique, donc, une menace ouverte sur le Sénégal.
« Cap vers le Sud ! », telle est la substance du message posté par Iyad Ag Ghali, patron de la nébuleuse « djihadiste » Ansar Dine devenue GSIM (Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans), affilié à al Qaïda, au lendemain de la prise de Kaboul par les Talibans. Depuis cette sentence, la situation sécuritaire s’est considérablement dégradée au Centre et à l’Ouest du Mali.
La région de Ségou est désormais aux prises avec des attaques terroristes quotidiennes. Le regain d’intérêt pour cette région et son ciblage persistant par les « djihadistes » rappelle un autre épisode, tout en clarifiant une question récurrente : en janvier 2013, le même Iyad Ag Ghali avait ordonné la descente vers le Sud en attaquant simultanément deux axes, à savoir le corridor Konna -Sévaré – Mopti et Diabali qui mène vers Ségou. Par cette opération simultanée, on se demandait si le chef des « djihadistes » voulait conquérir deux voies qui mènent à Bamako, ou simplement mettre la main sur l’aéroport Ham Bodédio de Mopti.
Au vu du déroulement actuel des opérations des « djihadistes », le doute n’est plus permis. Al Qaïda veut conquérir la capitale malienne où il dispose de nombreux sympathisants « dormants », pour y proclamer l’avènement de « l’émirat islamique du Mali ». Pour y parvenir, il mise sur deux approches redoutables : la conquête et l’administration rigoureuse des territoires du monde rural (en évitant le combat frontal dans les grandes villes) et la perturbation totale des corridors d’approvisionnement pour asphyxier le pays et la capitale.
C’est sous cet angle qu’il convient d’interpréter les attaques menées récemment dans le corridor Ouest, précisément dans les régions de Kayes et de Koulikoro, et qui concernent directement le Sénégal. Le 11 septembre 2021 (les « djihadistes sont avides de symboles), deux camionneurs marocains ont été tués à Didiéni dans la région de Koulikoro, à 300 km de Bamako, par des éléments encagoulés. Chose étrange mais logique : les assaillants n’ont pas touché à la marchandise. L’acte était plus politique que crapuleux. C’était un message sanglant.
Cette région de Koulikoro, que les « djihadistes » semblent choisir pour perturber le trafic vers Bamako, est une zone idéale pour atteindre un tel objectif. À partir de la Commune de Diéma en amont, les deux grands corridors internationaux (Dakar – Bamako et Casablanca – Nouakchott – Bamako) convergent pour aller vers la capitale malienne, en passant par cette région de Koulikoro.
En vérité, l’objectif des assaillants est de faire peur. Ils n’ont pas besoin de « check-points » armés, impossibles à tenir. Lorsque les chauffeurs, les propriétaires des camions et des marchandises auront suffisamment peur pour leur vie et pour leurs biens, la fonctionnalité des corridors sera compromise.
Pour le Sénégal, ce qui est désormais en question, c’est son ouverture vers l’Afrique. En dehors du Mali, il n’a aucun corridor viable vers le marché communautaire de la CEDEAO. Le Mali est aussi son premier marché. C’est le pays tampon avec le terrorisme au Sahel. S’il cède, le Sénégal sera en première ligne. L’approche religieuse des « djihadistes » qui y prennent un essor inquiétant est en totale contradiction avec la pratique islamique majoritaire au Sénégal qui est de tendance confrérique soufie.
Ces « djihadistes » n’aiment ni les mausolées, ni les marabouts, encore moins les Khalifes généraux. Certains rêvent de voir détruire des tombes à Kaolack, à Touba et Tivaouane, comme cela s’était passé à Tombouctou. Leur objectif final, après un « émirat islamique du Mali », c’est de s’ouvrir vers l’Atlantique.
Pour le Sénégal, la question se pose désormais en termes de sécurité nationale directe. Certes, le renforcement des dispositions sécuritaires à la frontière décidé par le président de la République est à saluer, mais cela est insuffisant. Le Sénégal doit être plus actif et pro-actif sur la scène malienne elle-même, en l’aidant de manière plus conséquente à surmonter les équations politiques et sécuritaires.
Par loyauté diplomatique, le Sénégal s’aligne derrière la CEDEAO, alors qu’il a au Mali des intérêts spécifiques qui ne sont pas ceux du Nigeria, du Ghana ou du Togo, par exemple.
Toutes les projections d’émergence vantées ici risquent d’être pulvérisées si l’immense voisin malien devait s’effondrer. Qu’à Dieu ne plaise ! Le président de la République du Sénégal doit créer un nouveau cadre dédié au Sahel directement rattaché à lui avec un agenda créatif, basé sur des compétences pointues. Ce nouveau cadre devra disposer d’un monitoring permanent des évènements, des enchaînements significatifs qui dégagent les tendances lourdes.
Tous les scénarii doivent être envisagés. Qu’est-ce qui empêcherait donc le chef de l’État du Sénégal à effectuer une visite de travail au Mali à la rencontre de la nation malienne, ne serait-ce que pour la soutenir moralement ? Ou d’inviter les acteurs maliens à Dakar comme le président Wade l’avait fait avec la Mauritanie après le coup d’État.
Certes, il y a la susceptibilité de la CEDEAO à gérer. Il faut juste faire en sorte que les partenaires de l’espace communautaire acceptent des initiatives positives complémentaires. Un nouvel agenda du Sénégal sur le Sahel et le Mali peut impulser une perspective dynamique avec des objectifs structurants :
– aider à une réévaluation du schéma politico-diplomatique de sortie de crise plus englobant que l’accord de paix et de réconciliation ;
– proposer une ingénierie politique plus adaptée afin d’aider à la stabilité institutionnelle ;
– engager une relecture audacieuse et substantielle de la doctrine de lutte anti-terroriste ;
– plaider pour un engagement plus volontariste du leadership africain dans la prise en charge des dossiers de crise ;
– promouvoir l’autonomisation de la réflexion stratégique en dotant la CEDEAO d’un véritable centre d’excellence axé sur les questions sécuritaires et menaces fondamentales.
Plus généralement, sur la question du Mali, Dakar et Abidjan doivent parler d’une même voix. Le Sénégal dispose aussi d’un point d’entrée culturel au Nigeria (grâce à Sheikh al Islam Baye Niass) qui peut aider à fluidifier cet axe indispensable. Une nouvelle posture du Sénégal plus présente peut engendrer une plus value politique et diplomatique pouvant encourager un dialogue constructif avec des acteurs non régionaux aux tendances autocratiques, qui offrent aux aventuriers de l’espace communautaire des alternatives dangereuses.
Un sursaut de dignité fondé sur le volontarisme, l’exemplarité dans la prise en charge des besoins et l’autonomisation de la réflexion stratégique, peut créer de nouveaux paramètres dans le sens du repositionnement des puissances étrangères aujourd’hui dans l’impasse.
Hussein BA
Seneweb / Le Témoin
Mauritanie : le retour par la petite porte à Nouakchott du colonel Ely Zayed Ould Mbarek
Les Nations-Unies ont finalement cédé à la pression des organisations nationales et internationales des droits de l’homme et des témoignages des rescapés de la prison mouroir de Oualata en retirant la nomination du colonel Ely Zayed Ould Mbarek à la tête de la MINUSCA à Bangui en RCA.
C’est une mauvaise nouvelle pour la Mauritanie et pour Ould Ghazouani qui avait pris la responsabilité de proposer un présumé tortionnaire de l’armée des années braise de 86 à 92 à occuper de hautes fonctions comme émissaire des Nations-Unies à la MINUSCA à Bangui en RCA. Quelques mois auront suffi aux Nations-Unies pour retirer la nomination du colonel Ely Zayed Ould Mbarek.
C’est une première bataille politique gagnée par les rescapés de Oualata et toutes les victimes négro-mauritaniennes de la vallée sous le régime du génocidaire Ould Taya et en particulier les FPC qui ont contribué à un véritable travail de mémoire et de diffusion du génocide mauritanien. C’est une victoire morale pour tous les combattants mauritaniens de la liberté qui n’ont de cesse dénoncer les exactions ou les tortures commises par les éléments de l’armée contre les dirigeants du premier mouvement de libération africaine de Mauritanie pour avoir publié le « Manifeste du négro-mauritanien ».
Pour la première fois les Nations-Unies ont cédé à la pression des victimes mauritaniennes et ouvrent ainsi la voie à l’aboutissement de plaintes internationales contre l’ancien président Ould Taya, exilé au Qatar et les nombreux tortionnaires militaires en liberté comme le boucher de Oualata le capitaine Ghaly Ould Souvy qui vient d’adresser une lettre de soutien au colonel Mbarek et d’autres hauts gradés de l’armée toujours en activité et soupçonné de génocidaire comme le chef des armées Ould Meguett.
L’émissaire des Nations-Unies rentre ainsi par la petite porte à Nouakchott et laisse derrière lui des traces indélébiles de l’horreur des camps de Oualata.
Cherif Kane
Coordinateur journaliste




