Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

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Témoignage de Salah Hanna «Témoin d’une époque » 6ème émission : «De Bouaké en Côte d’Ivoire, nous avons préparé l’aile militaire pour renverser le régime de Taya »

Témoignage de Salah Hanna «Témoin d’une époque » 6ème émission : «De Bouaké en Côte d’Ivoire, nous avons préparé l’aile militaire pour renverser le régime  de Taya »L’Authentique – Dans la 6ème émission de son témoignage sur «Témoin d’une époque sur les coups d’Etat en Mauritanie » diffusé par Al Jazeera, l’ancien commandant Salah Hanana évoque sa sortie du territoire mauritanien, après l’échec du coup d’état militaire qu’il avait dirigé contre le président Taya le 8 juin 2003.

Dans cette partie, il revient sur son séjour au Burkina Faso, via le territoire malien, avec l’aide de Limame Chaavi, conseiller spécial de l’ancien président burkinabé Blaise Compaoré, puis de la constitution à Bouaké, en Côte d’Ivoire, de l’organisation armée «Cavaliers du Changement ».

Il n’avait pas renoncé, lui et ses amis, à renverser le pouvoir en place en Mauritanie.

La dernière émission de son témoignage sur l’époque des coups d’Etat en Mauritanie «Témoin d’une époque » diffusée par la chaîne qatarie Al Jazeera, Salah Ould Hanana s’était arrêté sur sa tentative de sortie du territoire mauritanien par la frontière malienne, en compagnie de Mohamed Cheikhna et de deux guides.

Selon lui, c’est sous la couverture d’éleveurs se rendant auprès de leurs troupeaux au Mali qu’ils ont franchi le poste de contrôle malien, après avoir évité tous les check-point côté mauritanien. Ce qui était d’autant plus facile selon lui que dans cette partie du territoire mauritanien, c’était le no man’s land. Au poste de contrôle, ils présentèrent l’autorisation délivrée par le préfet de Tintane. Salah était accompagné dans cette odyssée par Mohamed Cheikhna et deux jeunes accompagnateurs. De la frontière malienne, Salah Hanana et Mohamed Cheikhna qui s’étaient séparés de leurs jeunes compagnons, se seraient rendus à Kayes, puis de là par avion, jusqu’à Bamako, sans document de voyage, sinon des certificats de perte.

C’’est là où ils seront rejoins par Limame Chaavi qui les amènera à Ouagadougou à bord d’une voiture de la présidence burkinabé. Selon Salah, le président Blaise Compaoré savait qui ils étaient. Il les aurait même rencontrés plusieurs fois lors de leur séjour de deux semaines à Ouaga. Selon Ould Hanana, l’idéologie révolutionnaire dont était porteur Blaise et son appui aux dissidents africains contre des dictatures serait la raison pour laquelle il avait décidé de les aider, tout comme il l’avait fait pour Guillaume Soro.

De Ouagadougou, Limame Chaavi les aurait aidés à se rendre en Côte d’Ivoire, notamment à Bouaké, le fief de Guillaume Soro, actuel président de l’Assemblée nationale ivoirienne et ami intime de Chaavi. C’était à l’époque de la guerre civile ivoirienne où le pays était divisé en deux. C’est à Bouaké, que va être constitué, dira-t-il en substance, le groupe armé «Les Cavaliers du Changement», l’aile militaire constitué par les putschistes de Nouakchott. Ce mouvement armé sera crée le 18 août 2003. Ils produiront deux éléments visuels dont le premier sera diffusé par Al Arabia, après le refus d’Al Jazeera de le faire passer. Mais la chaîne qatarie se rattrapera cependant, selon lui, avec le second élément qu’elle diffusera bien plus tard. Parallèlement à l’aile militaire, une aile politique fut créé sous la présidence du Dr.Kane Saïdou qui professait dans des universités norvégiennes, avec comme chargé des Affaires extérieures Jemal Ould Yessa.

Le fait que 50% des officiers qui avaient participé au coup d’Etat du 8 juin 2003 n’aient pas été démasqués et qu’ils étaient restés dans le commandement, ajouté à la vague de sympathie qu’ils recevront de la part des Mauritaniens de l’intérieur et de l’extérieur, notamment l’organisation en exil «Conscience et Résistance » de Jemal Ould Yessa, des intellectuels comme Beddy Ould Ebnou, Saïdou Kane, ainsi que les Islamistes et beaucoup d’autres forces sociales et politiques, les auraient confortés dans leur détermination à réessayer leur tentative pour renverser Taya, souligne Ould Hanana.

Le rôle crucial de l’Observatoire mauritanien des droits de l’homme dirigé par Mohamed Mokhtar Chinguitty dans les données objectives sur la situation en ce moment en Mauritanie, et la crédibilité internationale dont il jouissait, a été déterminant selon Ould Hanana dans l’information de l’opinion sur tout ce qui se passait en Mauritanie.

A Nouakchott, la réaction de Ould Taya après le putsch fut énergique. Plusieurs centaines de civils et de militaires soupçonnés d’avoir pris part au putsch manqué de 2003 sont arrêtés, des chambardements monstres secouent le parti-état, le PRDS, mais aussi l’administration et les forces armées. Le Parquet général sortit une liste de 129 militaires accusés de complot et d’atteintes à la sûreté d’Etat. Le capitaine Didi Ould Saleck qui s’était réfugié au Sénégal sera extradé vers la Mauritanie, alors que Ould Mini et Ould Kaabach étaient parvenus à sortir du Sénégal pour rejoindre le Mali, puis les dissidents à Bouaké. Les relations de la Mauritanie devinrent exécrables avec le Burkina Faso et la Libye.

Salah Ould Hanana déclare n’avoir jamais rencontré Khadhafi durant cette période ni lui ni aucun de ses compagnons et que Khadafi non plus n’avait jamais sollicité leur rencontre. Le guide libyen avait cependant soutenu leur action car il en voulait viscéralement à Ould Taya à cause de ses relations diplomatiques avec Israël. Côté finances, c’était donc Ould Chaavi, le régime burkinabé et Guillaume Soro qui les soutenait.. Il a affirmé avoir fait plusieurs fois la navette entre Bouaké, Ouaga et Bamako, parfois pour faire entrer des armes en Mauritanie (100 kalachnikov, 10 RPG et 20 pistolets), d’autres fois pour diffuser des messages.

Selon Hanana, la communication a été déterminante dans leur action, notamment sur le plan de l’intox vis-à-vis des services de sécurité mauritaniens mais aussi comme arme de mobilisation de l’opinion publique nationale et internationale. Parmi les hommes politiques mauritaniens, seul Mohamed Khouna Ould Haïdalla prenait souvent contact avec eux, reconnaît Ould Hanana.

Côté finances, le journaliste rappellera que Salah, dans ses PV d’audition en 2004, aurait reconnu avoir perçu 200 à 300 000 dollars U.S d’aide, dont 100.000 dollars qui lui ont été remis à Bamako par Sidi Mohamed Ould Haïdalla. Le 15 novembre 2003, Ould Taya fait arrêter Mohamed Khouna Ould Haidalla, qui était candidat à la présidentielle à l’époque pour tentative de coup d’Etat et complot. Le fameux Grab 1.

Pour Salah Ould Hanana ses relations avec Haïdalla était purement politique et qu’il lui avait proposé à l’époque de l’exfiltrer et de l’aider à monter un gouvernement en exil, car il était sûr, dira-t-il, que les élections allaient être truquées. Haïdalla aurait accepté la proposition.

En avril 2004, les Etats-Unis d’Amérique accusèrent les «Cavaliers du Changement » de connivences avec les groupes armées algériens, de recevoir d’eux des fonds et d’entretenir des relations avec les mouvements extrémistes.

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Madame Aminetou Mint Ely, présidente de l’association des femmes chefs de familles (AFCF) : ‘’Tous les malaises de la société civile sont principalement la course vers l’argent, en ordre dispersé et vers lui seul’’

Madame Aminetou Mint Ely, présidente de l’association des femmes chefs de familles (AFCF) : ‘’Tous les malaises de la société civile sont principalement la course vers l’argent, en ordre dispersé et vers lui seul’’ Les Mauritaniennes viennent de célébrer, à l’instar des autres femmes de la planète, la Journée internationale qui leur est dédiée. En quoi celle de 2016 aura-t-elle été différente de la précédente, pour l’AFCF ?

Aminetou Mint Ely : Certes les femmes mauritaniennes fêtent cette Journée internationale du 8 Mars 2016 dans un contexte assez particulier, marqué par la crise économique profonde qui affecte le panier de la ménagère et la stabilité des ménages.

Cette situation engendre une recrudescence de la violence à l’égard des femmes (violences conjugales, viols, mariages de mineures, meurtres, traite et trafics…) et le développement de la criminalité, au sein d’une société en pleine mutation, tandis que perdurent l’impunité, l’absence de mécanismes nationaux fiables de lutte contre ces violences, la complicité de certains magistrats et le manque d’indépendance de la justice.

En cette journée du 8 Mars 2016, l’AFCF a consacré ses efforts, comme ses consœurs dans le Monde, à la promotion de l’égalité genre en 2030. Certes, la femme mauritanienne est encore très loin du résultat escompté.

Il faut sérier les priorités. Aussi avons-nous commémoré cette journée, à l’AFCF, par une analyse du contexte économique et social qui nous amène à insister sur l’autonomisation économique des femmes, par leur implication dans la conception, la planification, la mise en œuvre et le suivi-évaluation. Elles doivent aussi avoir l’accès aux grands prêts bancaires, au même titre que les hommes, pour développer un entreprenariat puissant et avoir l’accès à tous les privilèges jusqu’à présent réservés exclusivement aux hommes.

– N’avez-vous pas le sentiment que l’éclatement des manifestations, chacune dans son petit coin, rend peu lisibles les activités de vos organisations et, partant, diminue leur lobbying auprès des pouvoirs publics ?

– Je suis tout à fait d’accord avec vous qu’il faut développer une dynamique de réseautage, seule capable de constituer, par son unité d’action, une force de plaidoyer et de lobbying, auprès des décideurs. L’AFCF a toujours milité pour le rapprochement des organisations de la Société civile, avec la mise en place de réseaux.

Le COMEDUC marche très bien mais celui pour la promotion des droits humains, essentiellement composé de femmes, ne fonctionne pas, comme beaucoup d’autres réseaux inactifs. Notre grand problème, à nous, les organisations de la SC, c’est l’instrumentalisation, par l’Etat, de certaines d’entre nous, ce qui lui permet de les dresser les unes contre les autres.

Son leadership, très poussé, au sein des associations de femmes, devient un frein à l’attente et la compréhension de ne pas agir en ordre dispersé. Malheureusement, nous sommes encore, il faut le reconnaître, une société civile – en particulier les organisations de femmes – sans vision, ni objectif, ni principe.

Cela entrave nos actions et met en cause notre crédibilité. Nous déplorons l’éclatement des activités et des efforts mais, à défaut d’une entente claire entre les ONG de femmes, il est préférable que chacun ait sa part de gâteau, en sachant que tous les malaises de cette société civile sont principalement la course vers l’argent, en ordre dispersé et vers lui seul.

– L’émancipation de la femme s’est accompagnée, presque partout, par l’éclatement des familles et la prolifération de divorces… Beaucoup de femmes se retrouvent, aujourd’hui, chefs de famille, avec, souvent, de lourdes charges sur le dos, à commencer par l’éducation des enfants. Quelle explication pouvez-vous donner à ces phénomènes, nouveaux chez nous ?

– Les femmes mauritaniennes sont très éloignées de l’émancipation. Elles sont trop souvent encore esclaves de la pauvreté, de l’ignorance et de la discrimination, à tous les niveaux.

Comme vous l’avez bien souligné, le taux de divorce est très élevé, le chômage et le manque de prise en charge sociale sont des facteurs qui ont beaucoup contribué à l’abandon des filles de l’école, développé la criminalité, la traite et le trafic des domestiques.

On assiste, d’autre part, à une dégradation constante des conditions de vie des ménages, en particulier ceux dirigés par les femmes, tandis que perdure l’inapplication des lois qui permettraient, à celles-ci, d’accéder aux maigres revenus de la pension alimentaire.

Un blocage engendré par la lenteur des procédures judiciaires, souvent à l’avantage de l’homme de surcroît, et le manque d’accès aux services et à l’aide judiciaires. En ces circonstances, il faut pouvoir disposer d’un avocat, pour espérer obtenir pension alimentaire et droits des enfants issus de couples séparés.

– Certains accusent vos organisations d’abuser un peu trop des textes pour, en quelque sorte, « régler des comptes » au sexe réputé fort. On traîne des hommes devant les tribunaux, confisque presque tout le salaire, les renvoie de leur maison… Que répondez-vous ?

– L’AFCF est une organisation de défense des droits pour la stabilité des ménages mais, en respect total de la dignité de la femme et de l’intérêt suprême des enfants, premières victimes des conflits au sein du couple. L’AFCF intervient, tout d’abord, en médiation et recherche de solutions entre les époux, en mettant en exergue la responsabilité de chacun et en instituant un climat de dialogue et de consensus entre les parties.

Les tribunaux sont nos derniers recours, pour protéger les droits de la femme et de ses enfants, souvent bafoués par les coutumes et les traditions archaïques. La majorité des femmes divorcées furent à l’origine, sinon du moins impliquées activement dans l’accumulation des biens, de longues années de mariage durant. Et les voilà mises à la porte avec leurs enfants, sans aucun moyen de survie.

Contraintes à se prostituer ou à contraindre leur famille de naissance à la charge non plus d’une seule personne mais de plusieurs bouches à nourrir… Tout cela dans un climat de crise mondiale mal gérée, par la Mauritanie, qui laisse un impact, catastrophique, sur les ménages déjà pauvres.

– La célébration du 8 Mars intervient au lendemain de la décision du gouvernement d’instituer une Journée internationale de lutte contre l’esclavage. Comment avez-vous accueilli cette décision ? N’est-ce pas, en sus de l’important arsenal juridique déjà décrété, un pas supplémentaire dans la lutte pour éradiquer ce fléau ?

– Ecoutez, l’AFCF a toujours salué les efforts qui visent à éradiquer, réellement, l’esclavage et ses séquelles. Cette journée était une des revendications des organisations qui travaillent en ce domaine. Mais nous constatons qu’elle ne marque aucun évènement particulier, alors qu’elle devrait célébrer, en pareilles circonstances, un évènement marquant, le combat d’un individu ou d’un groupe pour la cause.

On aurait été très heureux de voir cette journée dédiée, par exemple, à Aïchana qui s’est battue pour sortir, elle et sa famille, des griffes des esclavagistes, ou aux militants d’El Hor qui furent emprisonnés pour leur juste engagement. Force est de constater, aujourd’hui, que cette journée est très artificielle, elle est comme tombée du ciel.

Pour répondre plus précisément à votre question, cette journée, l’arsenal juridique et tout le tapage qui l’entoure paraissent plus dédiés à la consommation étrangère, alors que le pays est plongé dans de très grosses difficultés. Il est au bord d’une guerre civile inévitable, si nous ne prenons pas au sérieux la situation.

Propos recueillis par Dalay Lam

le calame

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La sécurité au Sahel se construit sans l’Algérie : jusqu’à quand ?

La sécurité au Sahel se construit sans l’Algérie : jusqu’à quand ?Le Monde Afrique – C’est un scénario qu’aucune sphère du pouvoir algérien n’avait envisagé : la création d’une organisation dédiée à la paix et à la sécurité dans la bande sahélo-saharienne sans la participation de l’Algérie, la puissance militaire régionale.

La Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad ont mis en place depuis décembre 2014 le G5 Sahel.

« Il s’agit de cinq pays ayant un destin commun et qui ont souverainement décidé de conjuguer solidairement leurs forces et dont l’appartenance à cet espace sahélien, qui s’étend certes au-delà de ces Etats, est incontestable, précise le secrétariat du G5 Sahel basé à Nouakchott. Ce sont des Etats homogènes sur le plan topographique, géographique, culturel, socio-économique ou même d’un point de vue géopolitique », ajoute-il.

Eviter les querelles de leadership

On aura vite compris que cette nouvelle organisation ne veut pas s’épuiser dans des querelles de leadership, ni même voir ses ambitions entraver par un « grand frère » algérien qui n’a pas toujours assumé ses responsabilités. Et comme pour apporter la preuve qu’il est le « bon format, à la bonne échelle », le G5 Sahel a lancé des projets tous azimuts en matière de lutte contre l’insécurité dans le Sahel.

Il entend ainsi ouvrir, avant la fin de l’année, une école de guerre à Nouakchott en Mauritanie et mettre en place un bataillon d’intervention rapide (BIR). Le G5 Sahel revendique déjà une douzaine de patrouilles conjointes entre les armées nationales sur les frontières communes et vante par ailleurs ses avancées pour arriver au partage du renseignement.

Dans ses efforts pour mieux associer sécurité et développement, l’organisation réfléchit au lancement dans les prochains mois d’une compagnie aérienne, Air Sahel, et à moyen terme à la construction d’une ligne ferroviaire Nouakchott-NDjamena passant par le Mali, le Burkina Faso et le Niger.

Derrière les raisons officielles de l’exclusion de l’Algérie du G5 Sahel s’exprime une volonté claire de tirer les enseignements de l’expérience avortée de coopération régionale en matière de lutte le terrorisme et les autres forces d’insécurité.

La Mauritanie, le Mali et le Niger n’ont pas oublié que le Comité d’état-major opérationnel conjoint (CEMOC), créé en 2010 sous l’égide de l’Algérie, puis installé à Tamanrasset, est resté une coquille vide. De son bilan, il n’existe aucune trace !

Déception des « petits frères sahéliens »

Les trois pays, qui forment aujourd’hui l’ossature du G5 Sahel, n’oublient pas non plus que le centre commun de partage du renseignement, annoncé dans la foulée de la création du CEMOC, n’a jamais réussi à fonctionner.

Le caractère inadéquat de l’aide bilatérale algérienne aux « petits frères sahéliens » est venu ajouter à leur déception et conforter leur préférence de créer un autre choix, sans la puissance militaire algérienne. En janvier 2012, le Mali avait besoin d’une intervention militaire urgente et directe pour stopper la progression des djihadistes, partis du nord, vers Bamako. L’Algérie en avait les moyens, elle ne l’a pas fait.

De même, en mai 2013 lors des attaques terroristes contre les villes d’Agadez et Arlit, sur la frontière algéro-nigérienne, le Niger avait besoin d’une aide directe en forces spéciales. L’Algérie en avait les moyens, elle n’est pas venue à la rescousse de son voisin. Pourtant, elle avait su faire intervenir ces mêmes forces chez elle lors de l’attaque d’In Amenas, en janvier 2013.

Même justifié par des dispositions constitutionnelles, qui interdisent depuis l’indépendance à l’Armée nationale populaire (l’ANP) d’intervenir hors des frontières nationales, le refus de l’Algérie de voler militairement au secours de ses voisins du Sahel (c’est d’ailleurs le cas avec la Tunisie aussi) a fini par créer de la déception, voire la frustration. Ils y ont vu, sans doute à juste raison, la démission du « grand frère algérien » !

La France en embuscade

Pendant ce temps, la France en a profité pour avancer ses pions. D’abord à travers ses interventions militaires directes au Mali (janvier 2012), au Niger (mai 2013), au Mali encore lors de l’attentat du 20 novembre 2015 contre le Radisson Blu et au Burkina Faso, le 15 janvier, au moment de l’attaque terroriste contre le Splendid Hôtel de Ouagadougou.

Porté par son succès auprès des pays bénéficiaires, Paris envisage même, en plus des autres forces déjà sur place, de prépositionner des éléments du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN), spécialisé dans la lutte contre les attaques terroristes qui ont frappé ces derniers mois des capitales ouest-africaines.

Personne ne le dit ouvertement à Paris, mais la création du G5 Sahel sans l’Algérie ne suscite aucun regret de la part des autorités françaises. Bien au contraire, on y voit une excellente occasion de contrer l’influence militaire et stratégique algérienne sur la bande sahélo-saharienne.

C’est sans doute cela qui explique l’enthousiasme des autorités françaises à accompagner la montée en puissance du volet sécuritaire du G5 Sahel. En effet, la France va apporter une aide directe à la future école de guerre de Nouakchott, qui devrait à terme devenir un collège interarmes, ouvert aux autres forces de défense et de sécurité (police, gendarmerie, douanes, gardes nationales, agents des eaux et forêts).

Les cinq pays sahéliens ont également obtenu la promesse que Paris devienne, chaque fois que ce sera possible, leur avocat dans les instances internationales (Union européenne, Nations unies, Banque mondiale).

Le G5 s’occupera directement du plaidoyer auprès de l’Union africaine qui, après une longue hésitation, a fini par voir en lui un partenaire stratégique dans la lutte contre l’insécurité et pour le développement dans la bande sahélo-saharienne.

Convaincus que l’efficacité de leur organisation repose surtout sur son homogénéité et sa cohérence, les pays du G5 Sahel ont cadenassé la porte derrière eux : plus aucun Etat n’y sera admis comme membre à part entière. Au mieux, ils accepteront quelques Etats observateurs. L’Egypte a formellement fait acte de candidature alors que le Sénégal hésite encore, campant sur son exigence de « membre à part entière ou rien ».

La nécessité d’une coopération

L’Algérie, pour sa part, observe de loin la nouvelle entité prendre son envol, se disant que tôt ou tard son expertise sera sollicitée. Ce qui n’est pas faux du reste ! Au moins sur le plan de la connaissance des mouvements djihadistes encore actifs dans la sous-région. La branche d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), qui a revendiqué les attentats de Bamako et Ouagadougou, est dirigée par l’Algérien Mokhtar Belmokhtar, que les services algériens connaissent mieux que quiconque.

L’Algérie disposait également des canaux de communication avec Iyad Ag Ghali, du mouvement djihadiste Ansar Dine, qui a repris avec intensité ses activités au Mali, et peut-être même au Burkina Faso et sur la frontière entre la Côte d’Ivoire et le Mali. A défaut de compter sur Alger pour neutraliser ces deux groupes, le G5 Sahel pourrait au moins obtenir qu’ils ne soient pas tolérés, voire manipulés.

Par ailleurs, le soutien bilatéral algérien continuera d’être utile aux « petits frères sahéliens ». L’Algérie a fourni pendant longtemps du carburant à l’armée malienne pour l’aider à assurer ses patrouilles dans les zones d’insécurité. Le pays a également formé au moins deux bataillons antiterroristes au Niger, voisin auquel il a promis de l’aide pour la construction des casernes destinées aux forces de défense et de sécurité sur la frontière commune.

La poursuite de cette coopération est d’autant plus souhaitée par les pays, tout en gardant leur marge d’indépendance envers le « grand frère », qu’elle leur permettra d’avoir des capacités opérationnelles nationales qui pourront ensuite être mutualisées.

S’il est tout à fait juste de concevoir la mutualisation des moyens humains et techniques nationaux comme une tentative de réponse aux défis sécuritaires au Sahel, il faut cependant prendre garde à penser que l’addition des faiblesses va produire une meilleure efficacité.

Le G5 Sahel ne pourra finalement pas faire l’économie d’une coopération avec l’Algérie, la puissance militaire et stratégique régionale. Reste seulement à savoir sous quelle forme elle se mettra tôt ou tard en place.

Seidik Abba, journaliste et écrivain, est l’auteur de Rébellion touarègue au Niger. Qui a tué le rebelle Mano Dayak ? (éd. L’Harmattan, 2010).

 

le monde.fr

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Les USA ne reconnaissent pas la prétendue souveraineté du Maroc sur le Sahara Occidental

Les USA ne reconnaissent pas la prétendue souveraineté du Maroc sur le Sahara OccidentalLes USA ne reconnaissent pas la prétendue souveraineté du Maroc sur le Sahara Occidental WASHINGTON – Les Etats-Unis ne reconnaissent pas la prétendue souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental qu’ils considèrent comme “un territoire non autonome en attente de décolonisation”, ont indiqué mercredi à Washington des Congressmen américains. La commission des droits de l’homme du Congrès américain, Tom Lantos, a tenu à lever toute équivoque sur la position du gouvernement américain à l’égard de la question sahraouie durant l’audition qu’elle a consacré mercredi au statut du Sahara occidental. “Nous devons être clairs, les Etats-Unis n’ont reconnu la souveraineté d’aucun Etat sur les territoires du Sahara occidental qu’ils considèrent plutôt comme un territoire non autonome en attente de décolonisation”, a déclaré le démocrate John Conyers devant un parterre d’hommes politiques américains, d’ONG et d’organismes internationaux venus assister à cette audition, la première du genre tenue par cette commission sur le Sahara occidental occupé. Pour rester en conformité avec cette position, et considérant le territoire sahraoui comme non autonome, les Etats-Unis n’ont pas inclus les produits provenant du Sahara occidental dans l’accord de libre-échange conclu avec le Maroc, a ajouté M. Conyers, en soulignant les efforts déployés par son pays, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, en vue de trouver une solution pacifique à ce conflit qui dure depuis 40 ans. John Conyers a rappelé au cours de cette audition les positions des officiels américains à l’instar de James Baker qui a renoncé à poursuivre sa médiation au Sahara occidental après le refus du Maroc de s’aligner sur son plan prévoyant l’autodétermination du peuple sahraoui. Le représentant de l’Etat de Michigan au Congrès a, par ailleurs, indiqué que les dernières mesures du Maroc visant à pervertir la Minurso a donné l’occasion au gouvernement américain et aux autres membres du Conseil de sécurité de confirmer “les objectifs inavoués du Maroc qui cherche une solution au conflit en dehors du cadre des Nations Unies”. Conyers, également co-président du caucus sahraoui au parlement américain a lancé un appel au gouvernement américain afin d’appuyer au Conseil de sécurité la proposition de doter la Mission des Nations unies pour l’organisation du référendum au Sahara occidental (Minurso) d’un mandat de surveillance des droits de l’Homme. “Le Sahara occidental est la dernière colonie en Afrique (dont) le peuple attend le processus de son autodétermination depuis 25 ans”, a indiqué de son côté, James Mc Govern, coprésident de la commission Tom Lantos. Mc Govern représentant de l’Etat de Massachusetts a soutenu qu’”en dépit des relations qui lient les Etats-Unis au Maroc, le respect des droits de l’homme doit primer sur tout autre intérêt car ce principe représente un élément essentiel dans le maintien de la sécurité dans la région.” Il a, dans ce sens, insisté que la question sahraouie doit être résolue pour éviter un retour aux hostilités. Le Congressman démocrate a appelé le Maroc pour autoriser les observateurs des droits de l’homme de l’ONU à accéder sans restrictions aux territoires sahraouis occupés et à libérer les prisonniers politiques du Front Polisario. “Les enquêtes sur les violations des droits de l’homme dans les territoires occupés sont rendues difficiles en raison des restrictions imposées aux ONG et à la presse”, a t-il relevé. Mc Govern n’a pas manqué de souligner les actions humanitaires de l’Algérie qui a accueilli des milliers de réfugiés sahraouis, ayant fui leur territoires pour échapper aux affres des violences exercées par les autorités marocaines. Pour sa part, le républicain Joseph Pitts qui co-préside la Commission Tom Lantos a noté que la tenue de cette audition intervient à un moment très critique pour le peuple du Sahara occidental et pour la mission de la Minurso, visée par une attitude négative de la part du Maroc. Le Conseil de sécurité qui s’apprête à reconduire le mandat de la Minurso le mois prochain est appelé, selon M. Pitts, ami du Sahara occidental, à renforcer la surveillance des droits de l’Homme dans ces territoires. Joseph Pitts a cité à ce propos le dernier rapport du département d’Etat américain sur les droits de l’homme qui fait état des restrictions aux libertés civiles et aux droits politiques imposés aux Sahraouis par le gouvernement marocain. L’audition qui s’est déroulée au siège de la chambre des représentants du Congrès, a été animée par un panel composé de plusieurs personnalités américaines et internationales, dont Kerry Kennedy, présidente de la fondation Kennedy, Francesco Bastagli, ancien représentant du secrétaire général de l’ONU au Sahara occidental, Eric Goldstein, directeur adjoint à Human Rights Watch et Erik Hagen, directeur de l’observatoire pour la protection des ressources naturelles au Sahara occidental.

aps.dz

 

rapideinfo

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Le testament d’Obama

Le testament d’ObamaLe mensuel américain The Atlantic a récemment publié, sous le titre « The Obama doctrine », un long article du journaliste Jeffrey Goldberg écrit à partir de dizaines de rencontres avec notamment le président américain. La vision de Barack Obama sur la plupart des sujets « chauds » de politique internationale nous est livrée. Et le Proche-Orient y occupe une place majeure, actualité oblige.

 

 

C’est un texte rare que publie le mensuel The Atlantic dans sa dernière livraison (datée d’avril). Intitulé «  La doctrine Obama  », l’article, d’une longueur inhabituelle même pour les mensuels américains, est le résultat de dizaines de rencontres de son auteur, le journaliste Jeffrey Goldberg, avec le président américain ainsi que nombre de ses proches à la Maison Blanche et avec des dirigeants étrangers, aboutissant à un portrait du personnage et à une forme de confession. Barack Obama livre sa vision des choses sur la plupart des sujets chauds de politique internationale.
 
Il apparaît d’abord comme un homme paradoxal, mélange de convictions humanistes et de froid pragmatisme. Peu de présidents américains diront : «  Nous avons une histoire avec l’Iran, avec l’Indonésie et en Amérique centrale. Nous devons être conscients de cette histoire avant de parler d’intervention, et comprendre les suspicions des peuples  » à l’égard des États-Unis, parce qu’eux ont de la mémoire. Pour autant, cela ne modifie rien au précepte numéro un d’Obama : préserver la vie d’un seul Américain prime sur toute autre considération. Il est donc un grand adepte des «  assassinats ciblés  », menés à partir de drones depuis les États-Unis au Pakistan, en Afghanistan ou au Yémen, avec leur cortège de victimes «  collatérales  » (un thème non abordé par Goldberg). L’homme apparaît aussi très convaincu de sa supériorité intellectuelle, se montrant assez méprisant pour les dirigeants du monde, alliés inclus — à part Angela Merkel pour laquelle, quelles que puissent être les divergences, il exprime un profond respect. Il doit ainsi résister aux pressions «  huntingtoniennes  » (de type «  guerre des civilisations  ») de François Hollande et de David Cameron sur la question de «  l’islam radical  », s’irrite-t-il.
 
Ce mépris transparait également envers tous ceux qui adhèrent au Washington playbook, ce «  guide  » non officiel qui fixe les règles de la politique étrangère américaine et auquel, selon lui, adhère l’immense majorité des diplomates et tous ceux qui, dans les think tanks, façonnent la politique étrangère du pays. Ce «  guide  » offre diverses réponses à diverses situations possibles, mais toutes, selon Obama, sont dominées par la propension à privilégier l’usage de la force. Au passage, Goldberg signale, sans citation, qu’Obama est conscient que ces think tanks sont trop liés à leurs sources pour être honnêtes. Ces sources étant d’une part les monarchies du Golfe et de l’autre Israël, il ne cache pas que ces organismes lui sont de peu d’aide à la décision. Quant aux services américains de renseignement, il a peu confiance en leur capacité à appréhender le Proche-Orient. Ainsi, note-t-il, le général Lloyd Austin, chef du Central Command (Centcom) qui y supervise les opérations américaines, lui affirmait-il encore début 2014 que l’organisation de l’État islamique (OEI) n’avait qu’une «  importance marginale  » en Syrie. Mais qui sait si Obama ne se défausse pas ainsi sur ses sources pour éviter les critiques  ?
 

L’Arabie saoudite, une alliée  ?

  Obama n’hésite pas à remettre en cause, du moins intellectuellement, des dogmes durs de la diplomatie américaine. Leon Panetta, ex-patron de la Central Intelligence Agency (CIA) et secrétaire à la défense, rapporte que le président s’est interrogé devant lui : pourquoi faudrait-il qu’Israël bénéficie dudit «  avantage militaire qualitatif  » qui lui donne un accès aux armes les plus sophistiquées auxquelles ses adversaires n’ont pas droit  ? Pour autant qu’on le sache, cette interrogation n’a mené à aucune conclusion à ce jour. Toutefois il apparaît particulièrement méfiant à l’égard d’un pays, l’Arabie saoudite, perçu par la «  communauté  » des géostratèges américains comme un allié indispensable. Il a souvent montré «  son irritation devant la doxa qui implique de traiter l’Arabie saoudite comme un allié  » en toutes circonstances, écrit Goldberg. Il l’a d’ailleurs prouvé en signant l’accord avec l’Iran sur le nucléaire, malgré son hostilité avérée (comme celle d’un autre allié, Israël). Lorsque le premier ministre australien, Malcolm Turnbull, l’interroge, les réponses d’Obama montrent qu’il n’a aucune illusion sur le rôle des Saoudiens dans l’émergence d’Al-Qaida et de l’OEI. Il a vu en Indonésie comment «  dans les années 1990, des écoles coraniques massivement financées par des Saoudiens  » ont commencé d’ébranler l’islam local très tolérant de son enfance.
 
L’ex-patron du renseignement saoudien, le prince Turki Al-Fayçal, dans un article d’une rare agressivité verbale intitulé «  M. Obama, nous ne sommes pas des ’resquilleurs’   » (un terme utilisé par le président pour évoquer les Saoudiens), allait d’ailleurs montrer combien la relation américano-saoudienne était désormais tendue : lors de sa rencontre avec le nouveau monarque Salman, il a glorifié, rappelle Turki, le leadership de la monarchie saoudienne dans le monde arabe et musulman et «  la nécessité, en particulier, de contrer les activités déstabilisatrices de l’Iran. Et voilà que vous nous accusez de fomenter des conflits confessionnels en Syrie, au Yémen et en Irak s’exclame-t-il. Vous ajoutez l’insulte à la blessure en nous demandant de partager notre espace avec l’Iran  ».
 

Réaliste et internationaliste

  L’Obama qui ressort de l’article apparaît surtout comme un homme hanté par les engagements militaires menés par ses prédécesseurs au Vietnam, en Afghanistan et en Irak, et par lui-même en Libye, tous soldés par des échecs politiques cuisants. Entre les quatre grandes options de la diplomatie américaine moderne que sont l’isolationnisme, le réalisme, l’interventionnisme progressiste (du type qu’importe si Saddam Hussein a ou n’a pas d’armes de destruction massive, c’est un despote, alors feu  !) et l’internationalisme — dans le sens américain du terme, c’est-à-dire agir par le biais des organisations internationales —, Obama est plus proche des «  réalistes  » et il est certainement «  internationaliste  ». Il juge, écrit Goldberg, que «  le multilatéralisme modère l’arrogance  » qui pèse sur la politique internationale américaine.
 
De cet équilibre conceptuel, il tire quelques conclusions pragmatiques. Sa philosophie générale : au plan international, un président américain «  ne peut pas tout régler, mais s’il ne fixe pas l’ordre du jour, rien ne se fait  ». Règle 1 : il n’y a pas de règle unique. «  Il y a des situations où on peut faire quelque chose lorsque des enfants innocents se font tuer, et d’autres où on ne le peut pas  ». Règle 2 : «  Don’t do stupid shit  ». Quand Hillary Clinton, sa secrétaire d’État, s’insurge — en politique étrangère, «  les grandes nations ont besoin de principes  », et ne pas faire de bêtises n’en est pas un — Obama s’étonne placidement : Hillary Clinton, qui a voté au Sénat pour la guerre en Irak, n’a-t-elle donc rien appris sur ce que sont les «  conneries  »  ? Le vrai pouvoir de dissuasion, ce n’est pas le recours systématique à la force  ; c’est au contraire obtenir ce que vous recherchez sans avoir à l’utiliser. Le plus grand succès de Ronald Reagan, selon lui, aura été de comprendre l’importance de Mikhail Gorbatchev, quand tous les républicains qui l’accusent, lui, Obama, de faiblesse aujourd’hui sont les mêmes qui accusaient Ronald Reagan de «  naïveté  » vis-à-vis de l’URSS il y a trente ans.
 
La Syrie occupe donc une place prépondérante dans les entretiens. Obama ressent visiblement le besoin de s’expliquer en détail, en particulier sur son revirement. Le 20 août 2012, il annonçait que l’utilisation par Bachar Al-Assad d’armes chimiques constituerait sa «  ligne rouge  ». La plupart des dirigeants arabes sont dès lors convaincus que si cela advient, Obama enverra des troupes. «  C’est certain, il agira  », écrit à son monarque l’ambassadeur saoudien à Washington. Un an plus tard exactement, le 21 août 2013, l’armée syrienne massacrait la population de Ghouta, une banlieue de Damas, à l’arme chimique. Obama décidera de ne pas réagir militairement.
 

La «  ligne rouge  » dépassée en Syrie

  Retour en arrière : si Obama a cru au début du soulèvement populaire en Syrie que Bachar Al-Assad tomberait vite, comme Zine El-Abidine Ben Ali et Hosni Moubarak, le débat sur la nécessité ou pas de s’investir directement dans le conflit en Syrie s’engage dès que la guerre s’enlise. Il oppose pro et anti-interventionnistes. Hillary Clinton mènera le camp des partisans de l’action armée durant le premier mandat. Son successeur au département d’État John Kerry fera de même lors du second, avec l’appui de l’ambassadrice à l’ONU, Samantha Power. À la Maison Blanche, ils sont majoritaires. Afin d’«  envoyer un message à Assad  », Kerry presse de bombarder des «  sites névralgiques  » militaires en Syrie (mais pas les dépôts d’armes chimiques, pour ne pas risquer une catastrophe pour les populations). Le chef de cabinet d’Obama, Denis McDonough, dirige les opposants, auquel se ralliera le vice-président Joe Biden. Hollande, note Goldberg, s’avèrera «  l’Européen le plus enthousiaste en faveur d’une action militaire  ». Merkel, qu’Obama respecte beaucoup, est très réticente. Obama va conclure, écrit Goldberg, que le prix d’une intervention directe en Syrie serait plus lourd que l’inaction.
 
À ses yeux, seule «  une menace directe pour la sécurité nationale  » américaine justifie en dernier recours une action armée. Or, il juge que la guerre en Syrie n’en constitue pas une. Ensuite, il a très mal vécu, en 2009, la pression de ses militaires lui demandant l’envoi de 30 000 hommes supplémentaires en Afghanistan, dont il estime a posteriori qu’ils n’ont rien modifié à la situation. Là encore, il sent qu’on cherche à le «  coincer  » pour un résultat très peu acquis d’avance. À la lecture du texte de Goldberg, il nous est d’ailleurs revenu le souvenir d’une rencontre en mai 2013 avec le diplomate Tom Pickering, un ex-ambassadeur américain en Russie (ainsi qu’en Israël et en Jordanie, entre autres), encore visiblement très actif dans la coulisse. Il prônait alors la recherche d’une «  trêve humanitaire  » en Syrie, et s’opposait à une intervention américaine. «  Pour chaque arme que nous livrerons aux rebelles, Moscou en livrera trois à Assad  », nous disait-il, pour convaincre qu’il n’y aurait pas d’autre sortie de crise que politique. Visiblement Obama, quatre mois plus tard, est convaincu qu’intervenir entraînerait son pays dans un piège. À savoir, comme en Afghanistan, en Irak et en Libye, forcer inéluctablement les États-Unis à agir ensuite pour un changement de régime, une option qu’il estime irréaliste et plus que risquée.
 
Ne s’est-il pas dédit, lui demande Goldberg, lui qui, dans son allocution de réception du prix Nobel de la paix, en 2009, avait déclaré : «  l’inaction peut mener à une intervention plus coûteuse plus tard  »  ? Obama le nie, sur le mode : chaque situation est spécifique. Oui, il a pensé utile d’ériger une «  ligne rouge  ». Pourtant réflexion faite, il a opté en conscience pour la moins pire des options. Et depuis, écrit Goldberg, il apparait extrêmement soulagé. «  Lancer des bombes contre quelqu’un pour le seul motif de prouver que vous avez la volonté de le faire est la pire raison d’utiliser la force  », lui dira-t-il. «  Dans l’esprit d’Obama, ce 30 août 2013 a été celui de sa libération, celui où il a défié non seulement l’establishment de la politique étrangère américaine et son “guide” à coups de missiles de croisière, mais aussi les attentes d’alliés frustrants et coûteux, qui cherchent à exploiter les muscles des États-Unis pour assouvir leurs objectifs étroits et personnels  », conclut Goldberg. Messieurs Hollande et Cameron, à bon entendeur, salut  ! (Selon le journaliste Gareth Porter, deux mois plus tard, Obama autorisera l’envoi de 15 000 missiles anti-char TOW vers l’Arabie saoudite, charge à Riyad de les faire parvenir à des groupes d’insurgés syriens agréés par Washington. La plupart finiront dans les mains de Jabhat An-Nosra, l’émanation syrienne d’Al-Qaida. Ce qui finira par convaincre Obama de l’inanité d’intervenir
dans le conflit syrien).
 

L’OEI, une menace non existentielle

  Quant à l’intervention à Benghazi, en Libye, Obama, c’est clair, ne souhaitait pas s’y engager. Joe Biden et le ministre de la défense d’alors, Robert Gates, non plus. Mais à la Maison Blanche, une coalition emmenée par Hillary Clinton incluant Susan Rice, la directrice du Conseil de sécurité nationale, Samantha Powers, l’ambassadrice à l’ONU, et d’autres, ont fortement poussé vers l’intervention. Obama a fini par s’y résoudre, dès lors que les États-Unis n’apparaissaient pas en leader. Il dit aujourd’hui : «  ça n’a pas marché  ». Peut-être qu’un massacre — celui de la population de la ville par les forces de Mouammar Kadhafi — a été évité, mais le résultat final a été une catastrophe, enclenchée initialement par cette intervention. Quand Obama évoque le bilan américain en Libye, vu l’état des lieux aujourd’hui, il a ces mots : «  un spectacle de merde  ». L’aboutissement final de l’intervention est le chaos généralisé et une présence massive de l’OEI sur le sol libyen. Un repoussoir de ce qu’il ne faut surtout pas faire, selon Obama.
 
Sur l’OEI, justement, on constate une nette divergence entre lui et son secrétaire d’État John Kerry. Pour ce dernier, l’organisation «  est une menace pour chacun dans le monde. Imaginons ce qui adviendrait si nous ne le combattons pas. (…) On pourrait se retrouver avec une migration massive vers l’Europe qui mettrait fin au projet européen, (…) et vous verriez le retour aux années 1930, l’émergence du fascisme, du nationalisme et d’autres choses encore  ». Pour Obama, l’OEI est une menace directe, quoique «  pas existentielle  » pour les États-Unis. «  Le changement climatique, ça oui, c’est une menace existentielle, et pour le monde entier  », dit-il à Goldberg. «  Obama rappelle fréquemment à ses collaborateurs que le terrorisme supprime beaucoup moins de vies aux États-Unis que les armes à feu, les accidents de voiture et même les glissades dans la baignoire  ». Il dit aussi qu’il faut refuser l’hystérie et replacer le terrorisme dans sa juste perspective : il est capable de causer de graves dommages, pas de bouleverser l’ordre mondial ni celui des grands États occidentaux.
 

Les illusions du discours du Caire

  Bref, Goldberg confirme ce que chacun a compris depuis un moment : pour Obama, le Proche-Orient est passé au second plan dans l’ordre des priorités stratégiques américaines, dont la première est d’abord en Asie — qui «  représente le futur  », dit-il —, ensuite en Amérique latine et en Afrique. Qu’attendait-il, cependant, du fameux discours du Caire du 4 juin 2009  ? Réponse : «  essayer de persuader les musulmans d’examiner plus attentivement les racines de leurs malheurs  ». Sans succès, admet-il désormais. Au début du «  printemps arabe  », il y a vu une confirmation du projet prôné par ce discours, avant que vienne la désillusion. Depuis, «  l’émergence de Daesh a renforcé la conviction d’Obama que le Proche-Orient ne pourra être remis en ordre (fixed) ni sous son mandat, ni dans la génération à venir  ». Du discours du Caire à sa ligne politique en Syrie, un profond pessimisme en est venu à dominer la pensée stratégique du président vis-à-vis de la région. Pourquoi, s’interroge-t-il, les jeunes Asiatiques, malgré leurs régimes très corrompus et parfois l’immense pauvreté dans laquelle ils vivent, «  se projettent-ils dans un futur positif  », alors que tant de jeunes proche-orientaux sont attirés par des démons destructeurs  ? Quant à l’urgence dans la région, c’est à ses yeux de convaincre l’Arabie saoudite et les monarchies du Golfe de parvenir à un accord «  de guerre froide  » avec l’Iran, pour éviter une dégradation généralisée du conflit sunnites-chiites, tant il paraît convaincu que l’Iran, à terme, apparaîtra comme un partenaire compliqué mais plus stable (comme la Chine  ?) que les régimes arabes en déliquescence.
 
Aujourd’hui, le cauchemar d’Obama, écrit Goldberg, serait qu’un attentat d’envergure sur le territoire américain l’oblige à s’engager militairement. Et il poursuit : «  L’argument central des adversaires d’Obama est qu’en évitant aux États-Unis de s’immerger dans les crises proche-orientales, le président nous précipite vers le déclin, m’a dit Ben Rhodes (un ex-conseiller-adjoint du président à la sécurité nationale). Obama pense exactement l’inverse. Il croit qu’une surextension [de la présence] américaine au Proche-Orient ne pourrait que nuire à notre économie, nuire à notre capacité à regarder vers d’autres opportunités et à nous confronter à d’autres défis et, plus que tout, mettrait en danger des membres de l’appareil sécuritaire américain pour des motifs qui ne sont pas un intérêt de sécurité nationale direct  ». Traduction par Goldberg : la priorité d’Obama, c’est de «  mettre les bouchées doubles dans les parties du monde où le succès est possible, et limiter l’exposition américaine ailleurs  ». Ses adversaires, eux, pensent que les problèmes du Proche-Orient ne se résoudront pas par eux-mêmes, et que sans intervention américaine, ils métastasent.
 
Pourquoi Obama a-t-il accepté ces nombreuses et longues conversations avec Jeffrey Goldberg, un journaliste de renom qui, avant la guerre de George W. Bush en Irak, a joué un rôle essentiel, identique à celui de la célèbre Judith Miller du New York Times, pour convaincre les Américains du bien-fondé de la vision néoconservatrice (à cette nuance près que depuis, Goldberg a admis s’être trompé)  ? Vraisemblablement parce qu’Obama éprouve le besoin de se justifier et qu’il avait plus besoin, pour ce faire, d’un adversaire empathique que d’un adorateur acquis — ce qui lui ressemble.
 
Sans doute, aussi, pour préparer sa sortie dans dix mois, et son testament politique. Car désormais, la plus grande probabilité qui se profile, c’est une accession d’Hillary Clinton à la Maison Blanche. On pourrait dès lors facilement imaginer un retour au Washington playbook, ce guide de la politique étrangère américaine qui énerve tant Obama. Hillary Clinton, qui a soutenu l’invasion de l’Irak en 2003, celle en Libye en 2011 et un bombardement de la Syrie en 2013, serait vraisemblablement accueillie avec grand espoir du côté des monarchies du Golfe, l’Arabie Saoudite en premier lieu. Et aussi, ce qui n’est plus un paradoxe depuis longtemps, par Israël.

Sylvain Cypel
orientxxi
 
noorinfo

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