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Communiqué de SOS Esclaves sur l’arrestation de Biram
L’esclavage et les séquelles de l’esclavage sont des réalités incontestables en Mauritanie. L’abolition du premier et la lutte contre les secondes est un impératif de justice sociale, d’équité et d’éthique. Exagérer ces faits ou les minimiser sont aussi nuisibles l’un que l’autre à la noble cause de la lutte pour l’égalité et la justice en Mauritanie. SOS Esclaves regrette toute action d’inquisition consistant à punir un livre, livrant les idées, qui ne sont jamais sacrées, mais sujettes à la réflexion et à la contradiction. L’autodafé d’ouvrages de penseurs, à fortiori celui de penseurs islamiques, choquent que l’on soit d’accord ou non avec leurs opinions et analyses. Mais la récupération de l’événement ou son usage à des fins politiques est aussi détestable. Brûler des livres, outre sa nature choquante et puérile, est si peu conforme au respect de l’opinion et de l’idéologie contraires de tout défenseur des droits humains. Cependant outrage, si outrage est prouvé, ne justifie pas l’appel au meurtre, la violation de la loi en la matière et les attitudes “tartuffiennes“. La harangue du Chef de l’Etat, le soir du 29 avril sur la non existence de l’esclavage est un appel contre les haratines et tous les défenseurs de droits humains engagés dans la lutte contre l’esclavage.
Le président a ouvert une nouvelle campagne de sensibilisation de toutes les populations sur le déni de l’esclavage avec l’utilisation de tous les médias publics, avec la participation des oulémas, des intellectuels et des partis politiques affiliés au pouvoir.
Nous faisons le constat de la volonté du pouvoir à unir les haratines inconscients et les esclavagistes contre les défenseurs des droits humains et les bonnes volontés qui œuvrent pour l’éradication de l’esclavage.
Aussi nous déplorons l’appel du pouvoir à la vindicte populaire et le détournement des populations de leurs réelles préoccupations qui sont la hausse vertigineuse du coût de la vie et le déficit dans la réponse aux promesses de changement et de réalisation démocratique.
Aussi nous réaffirmons à cet égard notre condamnation du déchaînement hystérique, de la confusion politique entretenue par les passions non maitrisables et les manœuvres politiciennes.
Nous faisons surtout la différence entre des actions individuelles qui n’engagent que leurs auteurs et une noble cause : le combat inlassable et déterminé pour l’éradication des pratiques d’esclavage, dont les cas avérés apparaissent chaque jour aux quatre coins de la Mauritanie, et contre ses séquelles, plus pernicieuses encore !
Nous appelons les populations à la raison et au refus de se laisser manipuler quand nos priorités et nos défis sont ailleurs
Nous appelons le pouvoir et les politiques à jouer un rôle d’hommes d’Etat qui n’usent pas l’opportunité de leur média pour appeler à la vindicte populaire quand ils auraient du être plus modérateurs et acteurs pour la cohésion sociale et la paix.
Nous dénonçons la brutalité avec laquelle Biram et ses amis ont été appréhendés, et attirons l’attention sur la préservation de leur intégrité physique et psychologique.
Nous dénonçons l’usage de la force et de la répression dont use le pouvoir dans sa relation avec les défenseurs des droits humains et exigeons la libération de Birame Dah Ould Abeid et ses compagnons.
S.O.S esclaves.
La fin tragique de l’intrépide combattant
Son nom était associé à la cause pour laquelle il se dévoua lui et son groupe.Il était devenu la bête noire du pouvoir politique et des cercles conservateurs.Le mythe Biram s’est effondré quand de manière effrontée il s’est livré à cet acte disons-le hérétique qui le poussa au fond de l’abime.Dans un pays musulman il y a des valeurs communes qui ne doivent pas être touchées.Il y a des barrières qu’on ne doit pas franchir.On ne doit pas s’attaquer au référentiel d’une confession.
En Mauritanie, le rite Malékite est largement partagé par les musulmans et quiconque s’en prend coure à sa perte surtout par cette manière avec laquelle le leader de l’IRA s’est est pris à des œuvres aussi respectées que celles qu’il incinéra comme de vils objets. L’homme a fait plus qu’un faux pas, il a pêché dans les eaux troubles d’un militantisme qui l’ont noyée et remis en cause des années de résistance et de succès au nom d’une lutte farouche contre les tenants d’un système esclavagiste et paternaliste qui se sentait mis au pied du mur.
Le pauvre Biram est allé loin en déviant de la ligne qu’il devait suivre pour troubler le sommeil de ceux qui l’assimilaient à un diable. Le voilà élevé par cet acte abject au rang d’un profanateur que les mains du Satan ont poussé vers le précipice. Non il ne fallait pas agir de la sorte car personne dans ce pays y compris ceux qui croient au combat contre l’injustice ne sauront reconnaitre le bien-fondé de cette action exagérée, vaniteuse.
Comment ceux qui entouraient cet homme ont –ils osé laisser les choses se passer de cette manière. On ne badine pas avec la religion. Le bon sens étant la chose la mieux partagée, il fallait que les conseillers de Birame fassent preuve de lucidité pour le dissuader de ne commettre cette faute grossière. Le terrain dans lequel l’IRA a glissé était étranger à la cause qu’il défendait.
Tant que les activistes de ce mouvement gardaient les pieds là où il fallait les poser, le soutien qu’ils auront sera proportionnel à la dimension de la cause. L’homme dont la tête était mise à prix par ceux qui cherchaient à liquider est entre le marteau de la justice et l’enclume de ses adversaires politiques.
Son acte sans appel ne lui donnera pas de circonstances atténuantes devant des juges ragaillardis par ce pêché et auquel ne manquera pas l’argumentaire pour envoyer Birame à l’échafaud. Triste image d’un homme au sommet de sa gloire qui tomba si bas dans les marécages d’un militantisme qui le largua loin sans lui donner le temps de se ressaisir. Il se rendra tardivement comme dans un cauchemar qu’il est entré dans une zone interdite.
L’homme qui faisait trembler tout un système, a craqué sous le poids de la surestimation de sa personne. La cause est là toujours. Mais l’homme qui s’était porté comme son porte-étendard n’a plus la bonne réputation pour n’incarner. Pour autant que ce drame ait enfoncé le combattant intrépide cela ne signifie pas la fin d’une guerre contre toutes les formes d’oppression. D’autres forces doivent venir reprendre le combat sans complaisance mais dans le respect des valeurs de l’éthique.
Cheikh Tidiane Dia-le rénovateur.
Procession de l’IRA : L’autodafé ?
Tel un chef de guerre entouré de ses lieutenants, Birame et ses camarades ont mis le feu à des ouvrages du rite Malékite qui feraient l’apologie de l’esclavage. L’image est très forte pour passer inaperçue.La nouvelle fit le tour des mosquées et des salons.Un jeune qui assistait à cette incinération piqua un coup de révolte et frôla un passage à tabac.L’IRA signe le début d’une nouvelle stratégie lourde de conséquences…
Les activistes de l’IRA sont passés à la vitesse supérieure dans leur révolte contre les tenants du système esclavagiste et ceux qu’ils assimilent comme les symboles séculaires à démolir. L’appel à un rassemblement après la prière du vendredi près du domicile du leader du mouvement contestataire a été suivi par les militants et sympathisants qui ont assisté à la cérémonie de crémation des manuscrits Malékites jugés insidieux et propagateurs de l’idéologie esclavagiste.
L’étincelle qui provoqua la révolte des anti-esclavagistes est née de la diffusion du prêche d’un érudit saoudien sur les ondes de Radio Mauritanie, préconisant à ses compatriotes saoudiens que l’un des meilleurs procédés d’absoudre leurs péchés serait de venir en Mauritanie acheter un esclave entre 8.000 à 10.000 riyals saoudiens. Les activistes de l’IRA voient derrière des tels propos une volonté d’instrumentaliser l’islam, une religion de tolérance et d’amour qui, attestent-ils, n’encourage pas cette pratique.
Biram Ould Dah Ould Abeid, président de l’IRA, a maintes fois dans son intervention , répété que le combat de son organisation contre la pratique de l’esclavage en Mauritanie ou ailleurs sera dirigé sans relâche contre tous ceux qui encouragent ce phénomène qu’ils soient des religieux ou des oulémas. Le leader de IRA se dit lui et ses militants « abasourdis que les autorités mauritaniennes n’aient pas protesté contre le prêche du Saoudien diffusé par Radio Mauritanie.
C’est la preuve que le régime d’Ould Abdel Aziz est esclavagiste et invite les étrangers à venir faire leur commerce dans notre pays ». Et de poursuivre que, « L’IRA ne se laissera plus faire ». Birame et ses camarades qui s’exprimaient avec rage accusent des religieux d’usurper l’islam pour en faire leur fonds de commerce et de domination.
Intransigeants les activistes de l’IRA ont rappelé que « le combat en cours sera engagé jusqu’à la dernière énergie ». Le chef du mouvement IRA pense que beaucoup de mauritaniens ne partagent pas les positions du système féodalo-esclavage mais qu’ils ont peur de l’exprimer. Comme au temps de Pharaon, certaines personnes avaient peur sans partager forcément la position du Pharaon ». Allusion faite au président Aziz.
La destruction des livres du rite malikite pour les orateurs du jour, n’est que « le début d’une campagne contre la propagande des faux oulémas qui encouragent la pratique de l’esclavage en Mauritanie et ailleurs dans le monde entier ».
Sur la même lancée, le président de l’IRA a porté à la connaissance de l’opinion que cette action inaugure une série de campagnes de «purification» des mentalités et des esprits. Les missionnaires de l’IRA se disent déterminés plus que jamais à débarrasser toutes les maisons du pays des ouvrages du rite malikite qui asservissent les humains. Combien en comptent les bibliothèques familiales pour un pays à 90% malékite ?
CM et CTD- LE RÉNOVATEUR
Les mauritaniens en colère après l’incinération de livres religieux
Des dizaines de milliers de Mauritaniens en colère ont manifesté samedi et dimanche 29 avril à Nouakchott et dans plusieurs villes de Mauritanie pour dénoncer l’incinération par des activistes d’IRA (une association anti-esclavagiste mauritanienne) d’un lot de livres du Figh (jurisprudence musulmane).
Les livres («Précis de Khalil Ibn Ishagh» , «Ibnou Acher», «AlAkhdari», «Hachiyet Eddessoughi») qui contiennent des versets du Saint Coran et des paroles (Hadiths) du Prophète Mohamed (PSL) ont été brulés lors d’une prière organisée le vendredi 27 Avril sur une place publique à Riyadh, un quartier de Nouakchott, où réside l’imprévisible Biram Ould Dah Ould Abeid, président d’IRA.
Ce dernier est apparu sur une vidéo juste avant l’autodafé indiquant que les livres en question sont une «œuvre humaine, consacrant l’injustice et l’esclavage».
Le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz a accueilli les 28 et 29 Avril deux grandes manifestations de Mauritaniens en colère devant le palais présidentiel à Nouakchott et promis que l’islam sera protégé dans le cadre des lois et de la constitution du pays et que ceux qui ont porté atteinte aux valeurs islamiques et au rite malékite en vigueur en Mauritanie, seront traduits devant la justice.
Sur ordre de la justice, des forces de police ont pris d’assaut la soirée du 28 Avril le domicile de Biram Ould Dah à Riyad et l’ont interpellé avec 4 militants de son organisation pour les conduire au commissariat spécial de la police judicaire.
Les plus grands érudits de Mauritanie et pratiquement tous les partis politiques, aussi bien, de la Majorité et de l’Opposition ont condamné l’incinération des livres religieux, un geste blasphématoire et insensé qui a indigné les mauritaniens les plus libéraux, généralement sensibles à la cause anti-esclavagiste défendue jusqu’ici, par l’IRA.
Dans l’après-midi du 29 Avril des militants de l’IRA ont manifesté devant le commissariat où est interrogé M. Biram Ould Dah.
L’un des manifestants a indiqué que l’incinération des ouvrages religieux visait à “débarrasser la Mauritanie d’ouvrages musulmans dépassés qui incarnent et soutiennent la légalité de la pratique de l’esclavage”.
TAHALIL-HEBDO
Biram Ould Dah et l’opium du peuple
La religion, disait l’autre, est l’opium du peuple. Les pouvoirs s’en servent de bouclier contre les ambitions de leurs contradicteurs. C’est ainsi depuis la nuit des temps. Le monde musulman ne déroge pas à la régle en vigueur dans la Gréce Antique, à Rome, dans l’Europe médiévale. En s’attaquant au dogme de maniére si spectaculaire, Biram Ould Abeid brouille son message. C’est évident, le leader de l’IRA ne s’attaque pas à l’islam, encore moins au Coran, lui qui venait d’effectuer la priére de vendredi à Riyadh. L’activiste dénonce d’abord un ordre séculaire, l’esclavage, toléré et justifié par certains grands jurisconsultes musulmans. Ce serait faire preuve d’une insoutenable légéreté que de ne pas reconnaître ce fait: l’islam a toujours cohabité avec l’esclavage. La traite arabo-musulmane était un commerce cruel et déshumanisant, tout comme la traite atlantique. Un esprit brillant comme Ibnn Khaldoun, référence académique du monde arabe, écrivait que “les négres ont peu d’humain et possédent des attributs tout à fait voisins de ceux d’animaux stupides”. Il n’y a aucun sacrilége à dire que, pendant que le Coran restreignait l’esclavage, état provisoire, à des conditions précises, et encourageait l’affranchissement, de nombreux docteurs, alliés des princes et des aristocrates, justifiaient les états de domination, encore intacts dans certains pays arabes dont la Mauritanie. Aujourd’hui, Biram enfonce une porte ouverte en pointant du doigt les érudits. En brûlant un livre religieux favorable à ses yeux à la pratique de l’esclavage, il accélére le débat. La Mauritanie est-elle prête à un débat de fond sur l’islam? De même que les prêtres avaient justifié la traite atlantique, les imams avaient trouvé des cadres légaux à la traite orientale. Les centaines de manifestants accourus devant la présidence de la république parlent d’acte blasphématoire. Cela rappelle l’Espagne de l’inquisition, quand il était interdit d’analyser ou de critiquer tout texte religieux. Pour le moins, ce geste a permis de clarifier la carte politique mauritanienne, entre les conservateurs (qui ont condamné) et les progressistes(qui observent un silence gêné). Chez les conservateurs, il y a ADIL (PNDD), le RFD, l’UPR, l’UFP, et HATEM. Chez les progressistes, il y a l’APP, l’AJD/MR, et toutes les formations qui savent que le vrai probléme n’est pas le blasphéme mais le maintien d’une partie de la population mauritanienne dans l’état d’esclavage.
MAURITANIES1



