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Décryptage – Ousmane Ngom a bien cherché,… l’humiliation
On ne pensait pas si bien dire dans l’édition du Quotidien du11 juin dernier, quand on mettait en garde Me Ousmane Ngom et compagnie que «force resterait à la loi». Nous écrivions notamment que «tout ancien ministre ou Premier ministre qui défierait la police ou la gendarmerie, pour ne pas déférer à leur convocation, s’exposerait à y être conduit, manu militari, sans qu’aucune loi ne soit violée». Mais Ousmane Ngom, ancien ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur, poussait la provocation jusqu’à inciter ses camarades de parti à ne plus déférer à ces convocations avant la fin de la campagne électorale et que lui prêcherait par l’exemple.
Le procureur général près la Cour d’Appel de Dakar, Youssoupha Mbodji, qui avait personnellement servi une convocation à Me Ousmane Ngom, s’est alors rendu compte que l’homme ne méritait pas les égards que les autorités judiciaires voudraient lui réserver. En effet, quand les autres dignitaires du régime de Abdoulaye Wade tels Cheikh Tidiane Sy, Samuel Sarr, Awa Ndiaye, Farba Senghor entre autres, avaient répondu, sans y être priés à deux fois, aux policiers et gendarmes chargés des enquêtes sur des affaires les concernant, lui Ousmane Ngom, comme Me Madické Niang avaient bénéficié d’un traitement de faveur. Le procureur général avait voulu tenir compte de leur statut d’avocat pour leur accorder un privilège. Madické Niang n’a posé aucune difficulté pour répondre au Parquet général. Ousmane Ngom, lui, continuait de plus belle à fanfaronner dans les médias.
Le procureur général, excédé par ce comportement qui sape l’autorité de l’Etat et de la justice, s’est résigné à y mettre un terme. Il a d’abord adressé une lettre à Me Alioune Badara Fall, bâtonnier de l’Ordre des avocats, pour l’informer que les faits pour lesquels Me Ousmane Ngom devrait être entendu n’ont rien à voir avec sa qualité d’avocat et que donc les règles observables pour les auditions d’avocats ne sont pas de mise dans le cas d’espèce. Le bâtonnier a naturellement pris acte de la lettre du procureur général. Ce dernier a alors transmis au procureur de la République près le Tribunal régional de Dakar, Ousmane Diagne, le dossier de la procédure pour toute diligence à entreprendre. Ousmane Diagne, de délivrer un mandat d’amener et d’instruire alors la Brigade d’intervention polyvalente (Bip) de la police d’aller chercher Ousmane Ngom à Kolda. Ironie du sort, c’est cette même Bip qui avait exfiltré le ministre de l’Intérieur d’alors du domicile du Khalife général des tidianes à Tivaouane, il y a moins de trois mois de cela, où il était séquestré par des fidèles en furie après la profanation de la Zawiya El Hadji Malick Sy de Dakar. C’était, faut-il le rappeler, suite à la répression policière des manifestations de l’opposition contre la candidature de Abdoulaye Wade pour la Présidentielle de 2012.
La réaction des autorités judiciaires constitue un geste fort symbolique. Elle a le mérite de restaurer l’autorité de l’Etat car force est de constater que depuis un certain temps, celle-ci est piétinée par des personnalités qui ont eu à exercer de hautes fonctions au sein de l’appareil de l’Etat. Des anciens ministres de la Justice ou de l’Intérieur, se permettent de toiser sans retenue le chef de l’Etat sous les ordres duquel ils ont pourtant eu à servir dans un gouvernement. Un ancien chef de l’Etat méprise son successeur qu’il avait pourtant nommé Premier ministre et fait désigner comme président de l’Assemblée nationale jusqu’à refuser de prononcer son nom ! Et qu’un Bara Gaye se permette de traiter de yambar (Ndlr : vaurien) le président de la République élu par plus de 65% des citoyens. L’arrestation de Cheikh Bethio Thioune avait été un acte fort pour la restauration de l’Etat de droit, mais la descente de la police à Kolda pour cueillir Ousmane Ngom n’est pas moins significative dans la perspective de consolidation de l’Etat de droit.
On voit d’ici des gens dire que Ousmane Ngom était en campagne pour les élections législatives. Soit ! Le même Ousmane Ngom n’avait-il pas envoyé la même Bip au Ranch de Dolly cueillir la garde rapprochée de Idrissa Seck candidat à la Présidentielle ? Ousmane Ngom se gaussait de Idrissa Seck qui avait, ce jour-là, échappé à dos de cheval, déguisé en paysan. Ousmane Ngom avait boudé il y a quelques semaines, las d’attendre d’être reçu par le procureur général qui l’avait convoqué. Il est interdit de rire ! Combien d’honnêtes citoyens avaient été laissés sur des chaises pendant des journées à la police pour attendre que Ousmane Ngom, ministre de l’Intérieur, daigne lire un procès verbal d’audition et se décider à ordonner que la personne soit relâchée. Combien d’honnêtes citoyens avaient été placés en garde à vue sur ordre de Ousmane Ngom et contre l’avis du procureur de la République ? Est-ce que Ousmane Ngom a plus de dignité ou de respectabilité que les personnes victimes de ses abus d’autorité ? Il doit s’estimer heureux que la monnaie de sa pièce ne lui soit pas rendue lors de son arrestation. Et il est heureux qu’il en soit ainsi. Ceux qui incarnent l’autorité de l’Etat n’ont pas à se venger de qui que ce soit. Les hommes sous les ordres de Ousmane Ngom brutalisaient les responsables politiques qu’ils arrêtaient. Les images de Ibrahima Fall ou de Cheikh Bamba Dièye, candidats à la Présidentielle et en pleine campagne électorale, chargés par la police jusqu’à être traînés sur l’asphalte de la Place de l’Indépendance sont encore là pour en attester. L’homme Ousmane Ngom est peut-être peu respectable mais malgré tout, la police lui a réservé un traitement digne. Par ailleurs, en ville, Cheikh Tidiane Sy, passait pour une «bombe ambulante», et menaçait de secousse tellurique le régime de Macky Sall si jamais on s’en prenait à lui. Les gendarmes l’ont entendu mardi dernier, comme tout le monde, sans que la face de Dakar en soit changée. Qui ne respire pas mieux dans un Etat de droit où les citoyens sont logés à la même enseigne ?
Madiambal Diagne.
Pour obtenir une autre terre d’accueil : Les refugiés mauritaniens au Sénégal entament une grève de faim
Comme le personnage principal du roman éponyme de Abdoulaye Sadji, les refugiés mauritaniens sont devenus des Nini. Ils ne sont ni des mauritaniens, ni des Sénégalais, et ne veulent plus d’aucun de ces deux pays. Telles des âmes errantes, ils sont à la recherche de terre d’accueil. Ce que ne leur facilitent pas les autorités chargées de la question. D’où leur grève de la faim entamée depuis hier.
Des no man’s land ! Voilà comment se définissent les réfugiés mauritaniens au Sénégal. La raison est simple, ils ne veulent d’aucune des deux alternatives qui leur sont offertes. Se faire naturaliser au Sénégal, leur terre d’accueil. Il n’en est pas question. Retourner en Mauritanie, leur terroir d’origine et contrée de cœur. «Qu’est-ce que nous allons y faire ?», se demande Mamadou Ba, l’un d’eux. Ce qui leur reste, c’est donc de leur trouver un autre pays. Et c’est justement pour cette raison qu’ils ont entamé une nouvelle bataille.
Depuis hier, ils observent une grève de la faim afin que le dossier soit rouvert. Combat qu’il ne compte pas cesser avant la satisfaction des doléances. Installés en face de l’immeuble qui abrite les locaux du Haut commissariat des refugiés (Hcr) au Sénégal, ils sont des hommes et des femmes. A travers leur visage, on lit leur détermination à aller jusqu’au bout. Certains sont assis à même le sol, à l’ombre d’un immeuble en construction. D’autres, les dames particulièrement, ont décidé d’affronter les rayons d’un soleil de plomb. Recevant directement sur la peau la lumière solaire, ils sont entre deux tas de sable et de pierres qui servent à l’achèvement de l’immeuble. Ils affichent tous une mine de fatigue, par-dessus un regard triste.
Au Sénégal depuis 1989, les refugiés ont longtemps attendu, sans jamais voir le bout du tunnel. Aujourd’hui leur situation est plus que jamais difficile. Tout ce qu’ils souhaitent, c’est de quitter le Sénégal sans retourner en Mauritanie. S’ils ne veulent point d’un retour au pays natal, ce n’est pas parce qu’ils n’aiment pas le pays de Abdel Aziz, explique le coordonnateur de l’Organisation des refugiés mauritaniens, mais parce que tout simplement les conditions ne sont pas réunies. «Ceux qui sont déjà partis nous servent de baromètre. Or, à chaque fois ces gens-là nous appellent pour nous dire que si c’était à refaire ils ne partiraient jamais. Ils n’ont ni terre ni pièces, par conséquent ni droit en Mauritanie, et ils ont perdu leur statut de refugié», s’indigne Aldiouma Cissokho. Ils sont donc devenus en quelque sorte des nini ; ni mauritanien, ni refugiés au Sénégal.
23 ANS D’EXIL
Quant au refus de prendre la nationalité sénégalaise, il relève plus d’un problème psychique et psychologique et non à des questions d’ordre matériel. Ce que les autorités ne comprennent pas, d’après M. Cissokho. Selon lui, accepter la nationalité sénégalaise serait synonyme de reniement de leur patrie, car ils ont été exilés parce que considérés comme des Sénégalais. «Allez au Sénégal saluer Abdou Diouf» ! Cette phrase prononcée à leur encontre par les arabes leur est toujours restée en travers de la gorge, en dépit des 23 ans passés au pays de la teranga. «Si nous acceptons de rester au Sénégal, nous donnons raison à ceux qui nous ont fait sortir de notre pays», clarifie-t-il, lui qui ajoute que rien que l’évocation de pièce d’identité au Sénégal fait resurgir des souvenirs douloureux, l’écho de voix insupportables. Cela, sans compter les difficultés de santé et d’emploi dont ils sont sujets au Sénégal.
Ceci étant, la seule solution qu’ils acceptent d’envisager est un envol vers des cieux plus cléments. Etats-Unis, Angleterre, Canada, Australie, c’est tout ce qu’ils demandent. A défaut, «tout pays africain qui remplirait les conditions». Le seul hic, c’est qu’ils n’émettent pas sur la même longueur d’onde que les décideurs. Car, ceux-ci, explique le coordonnateur M. Cissokho, au lieu d’étudier sérieusement la question, en font une affaire de prestige. «Nous avons résolu un ancien et difficile problème. Voilà ce qu’ils cherchent à dire.» Une critique qui n’épargne aucune des trois parties, à savoir l’Etat du Sénégal, celui de la Mauritanie et le Haut commissariat des refugiés. C’est pourquoi n’ayant aucun soutien à côté d’eux, ils ont décidé de prendre leur sort en main, même à leurs risques et périls.
bwillane@lequotidien.sn LE QUOTIDIEN.
Grève de la faim des réfugiés mauritaniens (photos-flamnet)
Les réfugiés mauritaniens résidant au Sénégal ont déclenché ce 19 juin, veille de la commémoration de la journée mondiale des réfugiés, une grève de la faim devant les rutilants locaux du HCR sis à Liberté 6 Dakar. Ils sont une centaine, en majorité des femmes et enfants couchés à même le sol sous le chaud soleil, animés d’une détermination infaillible. A cette occasion, ils ont ressorti leurs vieilles doléances entre autre : le retour digne en Mauritanie, le règlement du passif humanitaire, la restitution, une fois en Mauritanie, de leur terres spoliées.
Au même moment, d’autres réfugiés établis dans la vallée du fleuve Sénégal, ont rejoint le mouvement pour soutenir leurs camarades.
Ironie du sort, le thème de la journée mondiale des réfugiés de cette année est « un réfugié privé d’espoir, c’est déjà trop ».
De l’espoir, les réfugiés mauritaniens, après 23 ans passés au Sénégal, n’en ont plus, ce qu’explique cette grève de la faim qui demeure leur dernier recours.
Moctar SY-Dakar-Sénégal.

Sénégal/Mauritanie : Dangereuse pente
Preuve des relations exécrables entre Mohamed Ould Abdel Aziz et Macky Sall, tombeur du mentor sénégalais de notre président? Le refus de donner suite à la demande d’extradition d’Ould Chaafi, déposée, jeudi, par notre ministre de l’Intérieur, Mohamed Ould Boïlil, auprès de son homologue sénégalais, Mbaye Ndiaye, était, certes, prévisible. Moustapha Ould Limam Chaafi est un personnage beaucoup trop écouté, en Afrique de l’Ouest, depuis de trop longues années, pour donner prise aux accusations d’«appartenance à AQMI», «financement du terrorisme» et «appui à des groupes terroristes» dont l’a chargé le mandat d’arrêt international lancé par le Parquet de Nouakchott le 28 décembre 2011, et sur lequel s’appuyait la récente requête de notre ministre de l’Intérieur. Dans toutes les capitales de la sous-région, la cause est entendue: Ould Abdel Aziz instrumentalise la lutte contre le terrorisme, pour tenter d’abattre un opposant notoire – et influent – à son régime. Et Mint Dèye, la porte-parole du RFD, d’abonder en ce sens, dans une déclaration à Saharamédias: «[…] le gouvernement mauritanien s’est mis dans une situation embarrassante et en a fait de même pour ses voisins; [les autorités sénégalaises ayant refusé], en toute responsabilité, cette demande d’extradition qu’elles placent dans le cadre d’une chasse aux opposants politiques du pouvoir».
Mais il y a manière et manière. Un simple «L’homme en question n’est plus sur notre territoire» aura éludé, poliment, la question et l’on serait passé à autre chose. En place de cela, Macky Sall a reçu, chez lui, l’opposant, lui offrant couvert et nuitée, avant de lui avancer, le lendemain, un avion pour se rendre où bon lui souhaitait. Un vrai camouflet pour notre ex-général, toujours vif sous sa panoplie civile. On entend dire, il est vrai, que la menace d’un enlèvement par les services spéciaux mauritaniens n’était pas mince et que la mesure du président sénégalais n’avait pour but que prévenir toute complication diplomatique ultérieure. Peut-être. Mais les relations entre les deux pays auraient dû être placées avant toute autre considération. C’est le minimum de bon sens qui le dicte.
Cependant, sans présumer de racines plus profondes dans les relations pré-présidentielles des deux chefs d’Etat, il est probable que la gestion, remarquablement déplorable, du quotidien entre les deux nations-sœurs, au moins depuis l’avènement du président sénégalais – mais la dégradation était déjà notable, l’an dernier – soit une des causes, directes, de cet affront public. Ould Abdel Aziz ne s’est pas fait beaucoup d’amis, à l’intérieur du pays, dans sa manière autocrate. Il eût été surprenant qu’il en fût autrement avec ses voisins. Dangereux isolement…et dangereuse pente pour les relations entre les deux pays.
Ahmed Ould Cheikh-LE CALAME
Niang Souleymane, représentant en Mauritanie du groupe Decameron: “Etre flamiste, c’est continuer à refuser la discrimination, l’arbitraire et plaider pour une Mauritanie démocratique et égalitaire”
En janvier 2010, le groupe Decameron, basé à Londres, décide de reprendre la gestion de l’hôtel Marhaba, propriété de la SNIM, duquel le groupe Accor venait de se désengager pour des raisons de sécurité et de marketing. L’accord, signé entre les groupes, se passe sans incident majeur. Decameron avait un plan d’investissement prévoyant la rénovation de l’hôtel aux normes standard internationales pour en faire un quatre étoiles. La SNIM avec Taleb Abdi Vall se montre très intéressée mais les procédures sont tellement lentes que l’ADG part sans formaliser l’accord. Le nouveau directeur général déclare ne pas être au courant du projet de rénovation de l’hôtel et de la construction de bases de vie au profit du Projet Guelbs II. ‘’Tout en cherchant à tout prix à éviter une issue conflictuelle à l’affaire, Decameron demeure ouvert à toute perspective avec la SNIM ou sans elle pour investir en Mauritanie’’, selon son représentant.
Le Calame : Vous êtes revenu en Mauritanie pour gérer, au nom du groupe Decameron, le Marhaba dont Accor venait de se désengager. Comment s’est passé le passage de témoin ?
NIANG Souleymane : Avant de répondre à vos questions, permettez-moi de répondre aux tirs à balles carrément chauvinistes d’un peshmerga qui essaie, en un français exécrable, de travestir la réalité de la situation de l’hôtel Marhaba. Son cocktail, truffé d’ingrédients indigestes, dénote son mépris des plus élémentaires règles de journalisme, à savoir la vérification des informations à porter à la connaissance des nombreux lecteurs du Calame, habitués à un journal pionnier de la liberté de la presse et fidèle à la ligne directrice de son fondateur El Marhoum feu Habib Ould Mahfoud.
Il faut souligner, tout d’abord, que son Excellence Ousmane Kane est aux antipodes des supputations de ce plumitif. S’il y avait eu, à chaque régime depuis notre indépendance, un seul argentier de sa trempe, le pays ne serait pas au stade de sous-développement où il croupit aujourd’hui encore. Un homme intègre, patriote, dont la compétence est reconnue par tous et dont aucune chronique ne peut s’autoriser à entacher gratuitement la réputation. Quel gâchis que la brièveté de sa participation à la gestion économique et financière du pays !
Ensuite, cet apprenti journaliste me taxe d’ancien flamiste. Un honneur qu’il convient de souligner. Un des mérites du FLAM est d’avoir révélé, par le « Manifeste du Négro-mauritanien opprimé », publié en 1986, à l’opinion nationale et, surtout, internationale, preuves statistiques à l’appui, l’ampleur de la marginalisation des Noirs en Mauritanie. Aujourd’hui, cela se vérifie au point même que le FLAM a été débordé, à sa gauche, par des mouvements plus radicaux, comme l’IRA et TPMN.
Même si les plaies, longtemps béantes, des années de braise sont en train de cicatriser, lentement, par la libération de la parole, tout d’abord, la criminalisation de l’esclavage et le début du règlement du passif humanitaire, ensuite, nul ne peut nier la réalité d’un pays où tous les dockers, les charretiers, les portiers, les maçons, les menuisiers, les mécaniciens, les vendeuses de couscous, les serveurs et cuisiniers des restaurants, les cultivateurs, les subalternes des corps constitués, les éboueurs et autres nettoyeurs de voierie sont des noirs tandis que tous les directeurs de banque, les gros commerçants, les officiers supérieurs, les ambassadeurs, les directeurs de sociétés, les préfets et gouverneurs sont des blancs. Tant que persistera cette bipolarité sociale d’un même peuple, des mouvements comme le FLAM existeront. Rien ne sert de les diaboliser. Depuis cinquante ans, on se borne à nier l’évidence, sans chercher à changer, réellement et positivement, les choses. Etre flamiste, c’est continuer à refuser la discrimination, l’arbitraire et plaider pour une Mauritanie démocratique et égalitaire où tous les fils du pays seront des citoyens de plein droit.
Bref. Revenons-en au peshmergha qui nous agresse. Monsieur Beheite, pourquoi ce pamphlet, alors que notre contact est affiché à l’hôtel, pour toute information concernant sa fermeture ? Il y a lieu de démentir vos allégations sans preuves, par respect pour les lecteurs du Calame. Tout d’abord, la fermeture de l’hôtel n’a qu’un motif : il ne tient plus et son exploitation exige une réfection qui dépend autant de la SNIM que de nous. Contrairement aux allégations, fallacieuses, de Beheite, toutes les indemnités de licenciement des employés ont été payées, en stricte application des lois et réglementations en vigueur, sous la supervision de l’Inspection Régionale du Travail de Nouakchott. Mieux : durant les plusieurs mois de fermeture, nous avons assuré le paiement intégral des salaires, ainsi que les primes et autres avantages. En outre, nous sommes disposés à examiner toute réclamation concernant le licenciement. Le groupe Decameron et moi-même avons mis, dès le début de la crise, les droits des employés en priorité des priorités. Payer des primes de rendement et avantages, alors que l’Hôtel est fermé, en est la preuve indéniable ! Sur ce registre, nous n’avons pas failli. Je joins, d’ailleurs, la copie de l’attestation de l’Inspection du Travail pour servir ce que de droit. Pour le reste et en vrac, il n’y a jamais eu de femmes de chambre recrutées par la SOMAPRESCO pour travailler au Marhaba ni de directeur allemand. Le Groupe Accor n’appartient pas à Decameron. Affirmer le contraire reviendrait à dire qu’Air France appartient à la défunte Air Mauritanie.
Venons-en à votre question. Je ne suis pas revenu au pays pour gérer le Marhaba mais pour coordonner et développer les futurs investissements de notre groupe en Mauritanie. C’est en 2007 que j’ai commencé à travailler avec Decameron, déjà présent au Maroc et au Sénégal. Suite à la détérioration de la situation sécuritaire dans la sous-région et à sa nouvelle politique, le Groupe Accor a proposé à Decameron la cession de son bail de l’hôtel Marhaba. Decameron, ne connaissant pas assez la Mauritanie, a hésité, jusqu’à mon arrivée. J’avais des arguments. Tout d’abord, les potentialités, énormes, de notre pays, en matière de tourisme et hôtellerie ; ensuite, la capacité d’un secteur à résorber, substantiellement, le chômage. Compte-tenu de l’échec patent de l’école mauritanienne, ce sont des milliers de jeunes susceptibles de trouver emploi dans le secteur, à l’instar du Sénégal voisin.
Une lettre d’intention a été adressée à notre futur bailleur, la SNIM, avant de signer quelque contrat que ce soit avec Accor. En avril 2009, le directeur général de la SNIM nous a reçus à Nouadhibou où sera évoquée la reprise de l’hôtel par notre groupe, tout en précisant que les transactions se feront entre nous et Accor. En octobre 2009, est conclu l’accord de rachat. En janvier 2010, nous reprenons, effectivement, la gestion de l’établissement, en garantissant, aux employés, la continuité de tous leurs avantages et droits, par un accord signé avec leurs délégués.
Accor est parti avec deux principales ardoises, à savoir les arriérés de loyer à la SNIM et les impôts, soit 119 millions d’ouguiyas. Après la reprise, nous avons procédé au paiement des premiers. Dès octobre 2010, une demande de dégrèvement a été adressée à la Direction des Impôts et nous avons obtenu un accord de principe verbal, jamais suivi d’effet.
En juin 2010, suite à nos différents échanges, la SNIM nous demande de lui adresser des propositions sur la fondation d’une base de vie, à soixante kilomètres de Zouérate, pour le Guelbs II, la rénovation et l’extension de l’hôtel Marhaba. Dès novembre 2010, un Avant-Projet Simplifié (APS) pour la rénovation de l’hôtel et la fondation de la base de vie à Zouérate sera remis à la SNIM.
En 2011, changement de directeur à la SNIM. L’ancien part, sans acter, par signature, le nouveau protocole de partenariat entre notre groupe et la SNIM. L’année 2011 a été catastrophique, pour l’exploitation de l’hôtel. Suite à la dégradation des conditions sécuritaires, Air France avait cessé de loger son personnel navigant à Nouakchott, dès le deuxième semestre 2010, d’où une chute très importante de notre chiffre d’affaires. Après moult tentatives, nous serons, finalement, reçus, le 9 juin 2011, à Nouadhibou, par l’actuel directeur de la SNIM. Dès l’entame de la réunion, il nous prend de haut et affirme, sans nous convaincre, ne pas être au courant des projets que son prédécesseur nous a demandé de développer, en partenariat avec la SNIM et pour l’étude desquels notre groupe a préfinancé des montants importants.
– La SNIM, propriétaire du Marhaba, a-t-elle joué le jeu ?
Oui et non. Oui avec Ould Abdi Vall, même s’il y a lieu de déplorer une certaine lenteur dans les procédures administratives de la SNIM. Non avec Ould Oudaa qui ne veut rien comprendre et remet en cause tout ce que nous avions ébauché avec son prédécesseur. Cette attitude a fini par nous convaincre que la SNIM ne veut plus travailler avec nous. D’ailleurs, la SNIM, qui prenait beaucoup de nuitées à l’époque Accor, avait cessé sa collaboration avec l’hôtel, dès le départ de monsieur Abdi Vall. A l’issue de notre réunion du 9 juin 2011, le DG actuel de la SNIM nous promet de nous faire parvenir sa réponse, concernant la réfection de l’hôtel et la suite de notre partenariat. Quelques semaines plus tard, il nous fait parvenir, en lieu et place de réponse, une mise en demeure pour le paiement des arriérés de loyer. En août 2011, sera payée, à la SNIM, la totalité des arriérés, avec, même, un trop perçu de 700 000 UM.
Conforté par ce acquittement, je continuais à croire en la suite positive de notre partenariat, même si certains, au sein de Decameron, s’impatientaient et prêtaient attention à des commentaires du style « tant que le représentant de Decameron est un noir, il n’y aura pas de perspectives pour le groupe en Mauritanie. Il faut un maure, pour que cela marche ». Un challenge, pour moi, afin de démontrer que cela ne tient pas car mon pays est dans la voie du changement et, me recevant avec monsieur Gras, Son Excellence le Président de la République, Mohamed Ould Abdel Aziz, a rehaussé ma fierté de Mauritanien.
– Est-il vrai que la SNIM a refusé de prendre en charge les frais de réfection de l’hôtel qui commençait à se délabrer, ce qui a provoqué le départ de la clientèle ?
– La vétusté de l’établissement et la défaillance des moyens d’exploitation sont réelles. Nous avons commis un expert architecte pour faire un état des lieux dont les conclusions sont sans appel pour la réfection du Marhaba. La SNIM a commis, de son côté, un expert dont les conclusions recoupent, en grande partie, celles du nôtre.
Il ne s’agissait, donc, plus que de déterminer, avec la SNIM, qui fait quoi. En tout état de cause, la SNIM se devait de commencer les travaux de gros œuvre avant les travaux d’entretien et d’aménagements intérieurs dont certains incombent au locataire que nous sommes. En tant qu’investisseur, nous étions prêts à financer l’ensemble des travaux à notre charge, sans appel de fonds de la SNIM, à condition que celle-ci commence les travaux qui incombent au propriétaire. Nous avions, même, envisagé de faire l’avance de tous les travaux, si la SNIM avait joué le jeu d’un partenariat durable, mais demandions, en contrepartie, à la SNIM, de proroger, dès à présent, le bail pour une durée de 15 ans, comme le bail initial, afin de nous permettre d’amortir le coût, très important, des travaux qui auraient permis de porter la capacité de l’hôtel à 130 chambres, au standard 5. Cela est d’autant plus faisable que le contrat de bail court jusqu’en 2015, avec tacite reconduction de 9 ans. Au lieu de cela, notre partenaire nous demande la remise des clefs de l’établissement. C’est son droit mais il va falloir nous dédommager, pour la rupture anticipée de bail.
A vrai dire, nous n’avons pas compris les motivations de la SNIM car notre proposition était intéressante pour tous. Mais, quand la SNIM a publié un appel d’offres, pour la construction et l’exploitation d’un nouvel hôtel, situé vers le Palais des congrès, les choses se sont, brusquement, éclaircies.
– Vous avez porté l’affaire devant le tribunal de commerce de Paris. Cela signifie-t-il que toutes les voies de recours ont été épuisées ?
– Non mais nous en approchons, même si notre volonté de trouver un accord à l’amiable reste entière. Cependant et encore une fois, les intentions de la SNIM ne sont pas claires. Dans un courrier en date du 8 mai 2012, elle nous proposait de nous dédommager de la résiliation anticipée du bail, en supportant 50 % de ce que nous devons aux impôts. Nous avons répondu, le 21 mai 2012, que nous sommes d’accord sur le principe mais pas sur le montant et avancé une contre-proposition. Après une attente de deux semaines, la SNIM change son fusil d’épaule et nous demande d’entamer les travaux que nous lui avons proposés, voilà plus d’un an… En réalité, nous pensons que la SNIM, pour des raisons qui lui sont propres mais probablement liées à la construction d’un nouvel hôtel, ne tient plus à prolonger son partenariat avec nous.
Néanmoins, notre groupe a des ambitions certaines de développement dans le pays et peut prétendre à participer efficacement au développement de son secteur hôtelier et touristique car notre expertise en la matière se vérifie partout dans la sous-région. Pourquoi pas dans ma chère patrie, la Mauritanie ? Tant que je continue avec Decameron, la Mauritanie pourra compter sur ce groupe. De fait, toute cette histoire aurait pu être évitée et assurée la continuité de l’emploi des 85 employés de l’hôtel.
Mais, bon. La SNIM a plein droit de résilier par anticipation. Elle doit, cependant, accepter de nous dédommager, à simple hauteur du préjudice subi, préjudice qui nous a conduits, notamment, au licenciement des employés, pour un coût de plusieurs millions d’ouguiyas, comme le prévoit la loi et nous, de notre côté, pourrons continuer à explorer d’autres projets dans le pays. Nous allons d’ailleurs adresser une lettre en ce sens au président de la République pour l’éclairer sur la situation et lui confirmer nos ambitions en Mauritanie, en traçant notre propre chemin, tout en restant à la disposition de l’Etat ou de la SNIM, si elle en émet le souhait.
En conclusion, je voudrai dire combien je trouve que cette aventure est un grand gâchis car les investisseurs ne se bousculent pas, en Mauritanie, dans ce secteur d’activité. Bien au contraire, hélas ! Il me semble donc qu’il eût était plus opportun de nous encourager. Cela aurait pu faire tache d’huile et d’autres investisseurs se présenteraient aujourd’hui, pour enfin développer le tourisme et l’hôtellerie, dans un pays disposant de plus de 700 kilomètres de côtes magnifiques.
Propos recueillis par AOC-LE CALAME



