Justice posthume ou impunité éternelle ?
Justice posthume ou impunité éternelle ?
Il est de bon ton, chez certains juristes de confort, d’affirmer que l’abrogation d’une loi d’amnistie ne sert plus à rien… puisque les criminels sont morts.
Cette théorie repose sur une logique glaçante : la tombe comme solution juridique, le temps comme mécanisme de blanchiment, l’oubli comme politique d’État.
Mais l’histoire, elle, nous enseigne tout le contraire.
En Allemagne, des anciens nazis de 95 ans ont été poursuivis pour complicité de crimes contre l’humanité. Pas pour se venger. Mais pour marquer, au nom de la société, que l’impunité ne doit jamais être éternelle.
En Argentine, même après la mort des généraux de la dictature, l’État a rouvert les dossiers, reconnu les crimes, nommé les victimes et jugé les survivants du système.
En Afrique du Sud, après l’apartheid, une commission vérité a mis au jour les crimes de l’État, non pour punir systématiquement, mais pour dire : ceci est arrivé, voici qui l’a fait, voilà qui en a souffert. L’amnistie y fut conditionnée à la vérité. Pas au silence.
Et au Rwanda, des milliers de personnes ont été jugées des années après le génocide. Même quand les principaux responsables étaient morts, le système de justice communautaire (gacaca) a permis à la vérité d’émerger, aux responsabilités d’être établies, aux mémoires d’être respectées.
En réalité, la justice n’a jamais été une affaire de biologie. Ce n’est pas parce que les bourreaux disparaissent que les crimes cessent d’exister. Ce n’est pas parce qu’on indemnise une victime qu’on annule le crime.
Et ce n’est pas parce qu’un État a peur d’affronter son passé qu’il doit construire son avenir sur le déni.
Abroger une loi d’amnistie, même tardivement, est un acte symbolique puissant. Cela signifie : nous ne validons pas l’oubli, nous ne normalisons pas l’impunité, nous ne blanchissons pas l’histoire.
Car tant que cette loi existe, elle protège encore les vivants, les complices, les ordonnateurs, les idéologues.
Et elle envoie un message funeste : le crime d’État peut être négocié, soldé, effacé.
Or, il n’y a pas de paix durable sans mémoire. Il n’y a pas de réconciliation sans justice. Et il n’y a pas de dignité nationale sans vérité….. Wetov





