Le virus qui tue la popularité des opposants mauritaniens
Les ennuis du pouvoir politique viennent très souvent de son opposition.En démocratie, plus cette dernière est forte grande sera sa capacité de frappe.Au contraire, quand l’opposition est fébrile, le jeu politique profite à la majorité et c’est tout le système démocratique qui s’enlise.La force d’une opposition ne tient pas seulement à sa hargne combative mais dans l’ordre de ses priorités, la clairvoyance de ses idées et la pertinence de ses objectifs. Un parti politique conséquent dans son combat, fidèle à ses principes vaut plus qu’une formation nomadisant au gré des opportunités politiques . Et ce n’est pas pour rien qu’en démocratie les compétitions politiques aiguisent les appétits et les moindres événements alimentent la polémique.
Une opposition qui veut garder sa ligne et rester libre accepte difficilement de pactiser avec le pouvoir sauf si des circonstances particulières le permettent. Une opposition qui veut sombrer perd sa crédibilité en misant sur des prébendes politiques qui la musellent et détruisent son discours. En Mauritanie le respect voué à l’opposition depuis la période de Taya tient au fait que ses leaders sont restés attachés à des idéaux auxquels se reconnaissaient la majorité des mauritaniens désireux de rompre avec la pensée unique d’antan. L’impossible dialogue entre les acteurs de l’opposition et ceux du pouvoir était déterminé par cette divergence de vue sur des questions de fonds et sur la préservation par l’opposition de ce qui fonde sa raison d’être : la contestation de tout le système instauré par Taya. Pourtant l’ex-dictateur voulait s’appuyer sur son opposition radicale pour légitimer son pouvoir sans y arriver. Et c’est ce qui donnait d’ailleurs plus de sens au combat de cette opposition écoutée à l’intérieur et respectée à l’extérieur. Mais quand un leader charismatique prépare ses valises pour un séjour à l’anti-chambre du dialogue sans conditions évidentes, son franc- parler perd de son poids auprès de l’opinion. Quand Ahmed Ould Daddah avait apporté son soutien à la fronde contre Sidioca, sa côte de popularité s’était rétrécie comme une peau de chagrin. Le célèbre opposant historique a perdu du terrain en se classant en troisième position derrière le candidat Aziz et après le candidat Messaoud durant l’élection présidentielle de 2008. Ce faux pas a continué de poursuivre Ahmed Ould Daddah comme une malédiction chinoise. Ses sorties politiques ont perdu de leurs charmes et l’homme de grands carnavals politiques a différé ses messes politiques. Cette trajectoire vespérale est en train de faire un effet domino dans le paysage politique depuis que Aziz tend une main invisible à ses adversaires qu’il catalogue dans le registre d’opposants devenus fréquentables et qui ne se gênent pas de conjuguer le verbe s’opposer à tous les temps du passé. Quand IMS, le leader de l’AJD/ Mr a déposé ses baluchons dans la cour de la majorité nombreux furent ses militants qui croyaient être trompés par leurs organes de sens. La popularité de l’homme en a sans doute pâti dans les milieux radicaux hostiles à des solutions biaisées du débat national. A qui le tour pour s’engouffrer dans ce cerf volant d’une opposition qui plane au-dessus des plages du palais présidentiel ? L’avenir proche nous le dira…
Cheikh Tidiane Dia-Le rénovateur




