Conférence de presse de Ould Boulkheir : Testament politique ou loyauté d’un commis de l’Etat ?
Figure historique du mouvement pour l’émancipation des esclaves, depuis la fin des années 1970, il a été à trois reprises candidat malheureux à l’élection présidentielle, en 1992, 2003 et 2007. Il est l’un des opposants historiques de la Mauritanie qui avaient bataillé toute leur carrière durant pour l’avènement d’une justice sociale dans ce pays encore en proie à la menace communautariste.
Depuis 2011, – c’est de Messaoud Ould Boulkheir, qu’on parle-, avec l’accord du dialogue politique signé avec la majorité présidentielle aux cotés d’El Wiam et de Sawab, l’ex leader infatigable de la cause haratine commençait à s’essouffler politiquement devant l’émergence de nouveaux porte-étendards de l’esclavage plus jeunes et plus frais , augurant la fin de son brillant et historique combat.
Avec cette conférence de presse organisée hier dimanche 15 juin courant, où l’opinion s’attendait à des éclairages sur son absence surprenante d’une course à la présidentielle de juin 2014 pour un rêve qu’il l’a constamment hanté, le Père fondateur du mouvement El Hor a plutôt tâté un terrain inattendu, à savoir la présentation aux médias de l’inventaire de son patrimoine.
Des révélations qui ont créé une confusion sur cette sortie, perçue tantôt comme un testament politique de l’homme qui perché du haut du conseil économique et social, pense aujourd’hui à sa retraite poltiique, tantôt comme une déclaration du patrimoine faite en bonne et due forme par un commis réputé par sa rectitude.
Messaoud Ould Boulkheir , a révélé hier dimanche, au cours d’une rencontre avec les médias, organisée à l’hôtel Wissal, tous les biens qu’il a. Une déclaration publique de son patrimoine, en sa qualité de haut responsable au sein de la pyramide Etat, faite bizarrement plutôt à l’opinion qu’auprès des instances habilitées au sein de l’Etat.
« J’ai 146 brebis, 2 béliers ,60 chamelles, 26 vaches, 2 villas à l’Ilot C prés du quartier présidentiel et 3 comptes bancaires » a dit Messaoud Ould Boulkheir . Une fortune, pour qui pensait que ce leader politique, ayant à son actif plusieurs années de militantisme contre l’esclavage et la pauvreté, ne peut se sentir à son aise avec toute cette richesse, au moment où ses concitoyens, particulièrement haratins n’arrivent pas à assurer un repas quotidien. Ould Boulkheir a affirmé également détenir un véhicule de type Toyota Land Cruiser, acquis contre 5 millions ouguiyas, destinée à assurer le suivi de l’élevage camélidé. « Je possède aussi une voiture V8 dédiée par Ould Noueiguidh, après mon refus de prendre une voiture de fabrication chinoise qu’il m’avait donnée auparavant » souligne le président du CES. Messaoud dit par ailleurs détenir trois comptes bancaires, dont l’un est créditeur de 8 millions Um accordé à titre gracieux par l’une des banques de la place dans laquelle il ouvert à cet effet un compte. A propos du foncier, Ould Boukhieir- toujours égal à lui-même en matière de franchise, dit enfin « J’ai une maison à Tiviritt à 25 km sur la route de l’espoir construite sur un terrain, acheté à 300 mille Um », précisant que El Ezza Mint Hemam lui a offert deux clôtures de 600 m chacun.
Avec ce chapelet de « j’ai et j’ai », Messaoud n’aura rien omis, à part des effets personnels qui peuvent parfois avoir la valeur d’un cheptel ou d’une villa. Il n’en demeure pas moins que cette franchise et cette sortie, provenant d’un homme sincère, est à louer et à prendre comme modèle à suivre pour nos autres dirigeants qui dorment sans souci sur les fonds publics et qui ne déclarent qu’une infime partie de leur patrimoine, soit pour mentir au peuple soit pour échapper au fisc.
Peut-être que Messaoud, qui a été touché récemment par des propos malveillants tenus à son endroit pour ses positions politiques, à penser, pour le bien de son amour-propre, étaler au grand jour ce qu’il a accumulé pendant 30 ans environs de militantisme politique engagé, indexé par les nombreux détracteurs du Géant de la cause haratine de s’être créé une fortune colossale sur un fonds de commerce de lutte antiesclavagiste volontairement abandonné, selon les mêmes rivaux de l’homme depuis que Messaoud a été pris à l’hameçon des postes juteux et de l’argent gracieux.
Rappelons que le leader de l’APP n’est pas apparu depuis le point de presse que sa formation avait présenté, en avril dernier, pour déclarer sa décision de boycotter l’élection présidentielle du 21 juin.
Source: Temps Forts




