La CENI jusqu’au bout… De quel néant ?
La Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) poursuit, comme si de rien n’était, la mise en œuvre de son chronogramme. En effet, après avoir décidé, presque unilatéralement mais prudemment, d’une fourchette de dates pour les élections municipales et législatives – une initiative qui avait déclenché, à l’époque, l’ire des partis politiques, toutes tendances confondues – la voici enclenchant la vitesse supérieure, avec le lancement, à quelque soixante jours de la date-butoir, du recensement à vocation électorale. Une opération censée établir la fameuse liste des électeurs. Mais qui ressemble fort à la politique de l’autruche. Au lieu de se lancer dans une très incertaine course contre la montre, elle devrait plutôt mettre la pédale douce et tenir compte de la réalité mauritanienne. Le pitoyable spectacle que nous offre la classe politique devrait la préoccuper ; mieux, l’inciter à appuyer les différentes tentatives de rapprocher les positions, au lieu de s’obstiner à poursuivre des préparatifs déjà entachés de nombreuses irrégularités. On dira que la CENI est dans son rôle, ou plutôt, sa mission. Mais, aujourd’hui, il n’échappe à personne que la date calée entre septembre et octobre est quasi impossible à tenir, sauf, bien entendu, si la commission entend s’offrir en ridicule. Car les moyens techniques et financiers ne suivent toujours pas. Recenser les populations sur les registres électoraux, procéder à la révision des listes, commander le matériel électoral et convoquer les électeurs, le tout en moins de cinquante jours ? Si l’on vise un minimum de sérieux, c’est pratiquement irréalisable. Et courir ainsi ne vaut, à la CENI, que de fâcher son quasiment seul interlocuteur crédible, le pôle CAP/AP.
La CAP/AP émet de sérieuses réserves
Les présidents des partis composant ce pôle sont allés en délégation, dimanche 21 juillet, exprimer, de vive voix, leur mécontentement à la commission. A en croire une confidence, le pôle « centriste » qui soutient l’initiative du président Messaoud n’y aurait pas fait dans la dentelle. Selon ses leaders, la CENI aurait dû prendre l’avis de ses partenaires, avant d’annoncer sa décision, parce qu’estiment-ils, toutes les chances de rapprocher les positions des protagonistes politiques ne sont pas épuisées. En outre, La CAP/AP aurait émis, a au cours de la rencontre, de sérieuses réserves sur la réussite de l’entreprise de la CENI. Pour les soutiens de l’initiative du président Messaoud, le temps qui nous sépare du mois d’octobre est trop court pour régler les problèmes liés au recensement à vocation électorale, à la confection de la liste en rapport, à la distribution des cartes, à la convocation du corps électoral, le tout suspendu à l’aboutissement convenable de l’enrôlement et aux lents et coûteux retraits de cartes d’identité… Le Ramadan et la période hivernale ne facilitant pas, non plus, cette importante opération…
Pour la CENI, s’il s’agit, officiellement, de s’en tenir à son calendrier, elle cherche, peut-être également, à exercer pressions sur les acteurs politiques, afin de les amener à négocier. Y parviendra-t-elle, en poursuivant imperturbablement la voie qu’elle s’est tracée ? Rien n’est moins sûr. Depuis sa mise en place, l’annonce, dans la foulée, de son chronogramme et les premières rencontres avec les acteurs politiques et la société civile, cet organisme censé indépendant n’a entrepris aucune offensive pour amener les protagonistes à s’asseoir autour d’une table. Mollesse coupable, de l’avis de nombreux observateurs, pour qui la CENI semble se contenter d’occuper le temps, en ne gérant que l’« aspect technique » du processus électoral. Or, sa charge ne se limite pas qu’à cette fonction, elle a aussi mission de facilitation. Sans celle-ci, la CENI paraît superflue. Il suffisait de confier la tâche au ministère de l’Intérieur qui dispose d’une expérience certaine dans l’organisation d’élections. La CENI ira-t-elle donc au bout de sa logique ? Que ferait-elle et quel serait son bilan, si, d’aventure, la CAP/AP boycottait le scrutin ?
Source: Lecalame




