
L’organisation de ces élections dans les délais prescrits est ainsi devenue une constance qu’aucun membre du gouvernement ni de la majorité présidentielle n’ose mettre en doute. La plus récente profession de foi par rapport à cette question est cette affirmation sans ambages du ministre de l’Hydraulique, Mohamed Lemine Ould Aboye lors d’une réunion à Kiffa vendredi 19 juillet dernier que « les élections auront lieu à la date convenue et ne seront nullement reportées ».
Le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz estime en effet qu’il est temps d’organiser les élections législatives et municipales pour sortir la Mauritanie de cette situation d’anticonstitutionnalité où elle se trouve depuis 2011. La majorité au pouvoir pense surtout que la crise actuelle, qu’elle nie pourtant, ne peut-être dépassé qu’avec la tenue de ces scrutins, ciblant sur le renouvellement de la classe politique et l’élimination systématique de la vieille garde au sein de l’opposition. L’objectif est d’utiliser les urnes, ou le boycott des opposants, pour déclassifier ceux qui animent la scène politique depuis quelques décennies, notamment dans les rangs de l’opposition.
Un calcul dangereux qui risque cependant de coûter cher au pays, selon d’autres analyses. En effet, pour beaucoup d’observateurs, il est matériellement, techniquement et politiquement impossible d’organiser des élections en octobre 2013. Ils citent l’enrôlement biométrique non achevé, avec le problème de ces milliers de Mauritaniens en bute encore à des problèmes pour se faire recenser, la lenteur dans les retraits des cartes d’identité nationale, l’impossibilité dans ces conditions de réaliser un audit obligatoire des registres sécurisés des populations. Matériellement, la CENI ne dispose pas encore de tous les moyens requis pour mener les opérations, et politiquement, aucun consensus ni dialogue sur les règles du jeu n’ont été obtenu. La COD qui exige des garanties pour participer n’a pas eu de réponse à ses doléances, tout comme l’Initiative de sortie de crise de Messaoud Ould Boulkheïr a été superbement ignorée par le régime de Mohamed Ould Abdel Aziz tout engagé à n’en faire qu’à sa tête.
Face à cet unilatéralisme du pouvoir, à l’absence de toute indépendance de la CENI et à la mise à l’écart des autres plans de classe politique, l’opposition menace de boycotter ensemble les prochaines élections. Ce qui augure d’une période de troubles sociaux et d’aggravation de la situation politique du pays.
Cheikh Aïdara
Source: lauthentic.info




