L’éditorial de ‘Le Terroir’ : La discrimination continue !
Il y’a deux ans déjà, le jeudi 05 Mai 2011, que le président de la république, M. Mohamed O Abdel Aziz, donnait à Sebkha, le coup d’envoi officiel de l’opération dite « enrôlement des citoyens ». L’objectif visé à travers cette opération « d’enrôlement biométrique des citoyens » Mauritaniens, était sans doute, de sécuriser nos documents d’état civil si l’on se réfère au discours officiel de nos gouvernants.
Force est de constater que dès son lancement, cette opération d’enrôlement a suscité la méfiance et la peur chez une grande majorité des citoyens Mauritaniens et plus particulièrement encore la composante négro-africaine.
Les membres de cette communauté étaient soumis aux questions provocatrices, humiliantes et insultantes des commissions d’identification. Du genre, savez-vous lire le coran, connaissez-vous Bâ Silèye, connaissez-vous son épouse, Y’a-t-il un hôtel à l’entrée de Boghé, existe-t-il des Soninkés à M’Bagne ou vérifier si vous avez un bon accent Beydane, ainsi de suite.
Et sur la base de vos réponses, la commission d’identification décide de vous recenser ou de rejeter votre candidature à l’enrôlement. En clair, elle décide si la personne en face est Mauritanienne ou ne l’est pas. Finalement, cette opération d’enrôlement parait aux yeux de plusieurs composantes ethniques nationales, les négro-africains notamment, comme un moyen pour le pouvoir actuel de les déporter de nouveau à l’intérieur de leur propre patrie.
L’absence de critères d’identification claires dans l’arrêté N° 937 du Ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation, portant création, organisation et fonctionnement des Instances départementales d’enrôlement des populations (IDEP), la violation flagrante par ces instances des dispositions de la loi 2011/003/ abrogeant et remplaçant la loi N° 96.019 du 19 Juin 1996 portant code de l’état civil qui stipule dans son article 4, alinéa 2 que «l’enrôlement est obligatoire et peut être fixe ou mobile », le non respect de l’article 2 de la même loi qui dispose « il sera procédé à un enrôlement massif de tous les citoyens et des étrangers résidents en Mauritanie » et la composition quasi monocolore de la commission nationale ayant la mission du pilotage de cette opération sont autant de motifs qui ont poussé la communauté négro-africaine à qualifier cette entreprise du pouvoir d’enrôlement discriminatoire ou de « génocide biométrique ».
Le masque du pouvoir ne tarda pas à tomber. De grandes notabilités du pays issues de la communauté négro-africaine venues s’enrôler dans les CAC seront éconduites sur la base de prétextes fallacieux et sans fondements. De grands patriotes de ce pays qui ont fondé avec feu Moctar O Daddah (paix à son âme), 1er président de la Mauritanie indépendante, la république islamique de Mauritanie, sous la tente en 1960.
Les parlementaires, les organisations de défense des droits humains, les partis politiques, les médias, tous les patriotes sincères de toutes les sensibilités ethniques et politiques, le mouvement Touche Pas à Ma Nationalité en tête, vont mener une lutte âpre contre cette politique discriminatoire du régime et dirigée contre la composante négro-africaine dans les centres d’enrôlement.
Un jeune manifestant membre du Mouvement Touche Pas à Ma Nationalité du nom de Lamine Mangane tombera en martyr à Maghama sous les balles d’un gendarme qui à ce jour n’a jamais été jugé pour son crime.
Le régime rétrograde sans reculer totalement pour autant. Depuis, la discrimination continue toujours de plus belle dans les centres d’enrôlement ! Les blocages et tracasseries de toutes sortes contre les populations de la vallée, les négro-africains plus précisément qui cherchent le précieux sésame n’ont pas cessé. Ils continuent d’endurer toutes sortes de difficultés pour accéder à leur droit le plus fondamental. Disposer de leurs documents d’état civil pour attester leur nationalité Mauritanienne.
L’Etat peine toujours à mettre tous les citoyens Mauritaniens au même pied d’égalité. Des facilités sont accordées à une composante nationale au détriment de l’autre. Chose qui s’inscrit en porte à faux avec les dispositions de notre constitution votée en 1991 qui stipule dans son article premier « la Mauritanie est une république islamique, indivisible, démocratique et sociale. La république assure à tous les citoyens sans distinction d’origine, de race, de sexe, ou de condition sociale l’égalité devant la loi ».
Le fossé reste encore grand entre l’écrit et les actes dans cette république islamique à 100% musulmane. C’est dommage, que les négro-africains soient présumés étrangers dans ce pays. Même disposant de leurs documents d’état civil établis par les services compétents en la matière et figurant en plus sur la base des données informatisées, les citoyens issus de cette composante éprouvent encore de nos jours d’énormes difficultés à se faire enrôler. Leur calvaire ne s’arrête pas là. Devant les tribunaux des Cadis, il est encore pire.
Certains citoyens, mêmes dépourvus de la totalité de leurs pièces d’état civil peuvent être enrôlés sur la base d’une simple attestation d’identité délivrée par une autorité administrative (Hakem ou Wali). Aux autres, les négro-africains, non. Bon nombre parmi les responsables des centres d’enrôlement de la vallée du fleuve, adoptent des attitudes et comportement qui confortent notre constat.
L’exemple du CAC de Aéré M’Bar qui rejette tout certificat d’accouchement ne portant pas la signature du chef de poste médical du chef lieu de cette commune. En plus, il n’accepte les certificats de décès délivrés par le Cadi de Bababé qu’après avoir vérifié l’authenticité auprès du greffe du tribunal départemental.
A Olologa (chef lieu de la commune de Ould Birome), l’Etat a ouvert un centre d’enrôlement le 1er avril 2013. Paradoxe, le chef du CAC, a refusé durant tout le mois d’avril d’accepter les certificats de décès signés par le Cadi de Boghé avant de revenir sur sa décision plus tard.
Celui de Darel Barka, a refusé récemment d’enrôler un habitant de cette commune. Il a fallu l’intervention du Hakem de Boghé pour le faire changer de décision. Dans tout ça encore, les communautés Mauritaniennes rapatriées du Sénégal restent à ce jour les principales victimes de cette discrimination.
Sur les 24.536 rapatriés, seuls 6000 ont été enrôlés. Une affirmation de Abdoulaye Samba Sow, président de l’Union Régionale des Rapatriés du Brakna, faite le 25 avril 2013 à Boghé devant Me Hamdi O Mahjoub, directeur général de l’agence nationale de lutte contre les séquelles de l’esclavage de l’insertion et de la lutte contre la pauvreté.
Jusqu’à quand et pourquoi cette discrimination ? Où est l’égalité chantée à longueur de journée par nos gouvernants ? Et comment peut-on construire l’unité nationale pendant qu’une partie de nos concitoyens restent privés de leurs droits fondamentaux ? Où est la république islamique dans tout ça ?




