Flamnet-Agora: Ma réflexion sur la question d’unité
Nous avons tous appris la formule sacrée selon laquelle « l’union fait la force ». Elle est si gravée dans nos mémoires qu’elle est devenue vraie par la force de la représentation, mais je ne suis pas de cet avis qui selon moi, est loin de concrétiser ce qu’on veut en faire, c’est-à-dire que la résultante des forces disparates n’est pas une somme arithmétique à chiffres positifs dans laquelle on obtient plus grand que la valeur de départ. Et pourtant c’est ce qu’on nous a toujours fait croire.
Je ne sais pas dans quelle mesure l’union peut faire la force et cela m’intéresse peu d’autant plus que j’ai compris comment elle ne faisait pas la force. Rien qu’en partant d’une vérité mathématique qui démontre que la résultante d’une somme vectorielle peut être inférieure au plus petit de ces vecteurs, à cause des directions opposées qui peuvent exister, on s’aperçoit que l’union ne donne pas forcément cette supposée force. Je n’appelle pas aux divisions mais je n’encourage pas l’union obsessionnelle qui mettrait dans le même sac loups et poules ou hyènes et ânes, bref des fauves et des proies qui au lieu de prospérer ensemble vont se détruire par la raison du plus imposant. A ce propos, je disais dans « la guerre des poètes » qu’une seule personne peut faire ce que mille n’en sont pas capables, parce que leurs efforts s’opposent et se neutralisent. Ceci peut expliquer l’immobilisme dans certaines situations, malgré le besoin incessant d’agir.
Je préfère l’unité qui est en fait une sorte de compromis s’appuyant sur ce qu’il y a de commun entre les différentes parties tout en tenant compte des divergences qui constituent les points de blocage vers une évolution consensuelle. L’unité c’est avant tout une articulation autour des mêmes valeurs, un partage du même idéal, une marche commune dans la même direction et vers le même objectif. L’unité, c’est ce pas difficilement franchissable, qui consiste à reconnaitre et accepter l’autre dans sa différence, et ne jamais songer à l’asservir à notre raison ou notre méthode. L’unité c’est un peu l’anarchie maitrisée qui laisse à chacun, et la liberté de suivre son itinéraire personnel-et le choix de partager un idéal commun, en sorte que les divergences deviennent secondaires pour les uns et les autres par rapport à cet idéal.
Concrètement, l’union c’est exactement ce que nous vivons aujourd’hui, ou ce que nous tentons timidement de faire : réunir l’ensemble des mouvements et partis politiques d’opposition autour d’une structure qui revendique la même chose, sans se préoccuper de la nature désunie des différents groupes, de leurs différences méthodologiques ou idéologiques, de leurs statuts et positions par rapport aux différentes questions à traiter.
Mis à part les problèmes d’égo et de leadership qui sont inhérents à la condition humaine, chaque mouvement a une politique d’existence et une stratégie interne qui peut-être ne va pas dans le même sens que les autres. Alors, ce serait un leurre de croire à une union qui ferait de tout ce micmac une ossature rigide indivisible. Voilà pourquoi depuis des décennies, nous n’arrivons pas à nous unir, à fédérer toutes les forces d’opposition, à galvaniser les troupes, à mobiliser les masses populaires, à exercer une pression suffisante sur ces criminels au pouvoir.
Je ne prétends pas détenir la solution magique, mais je crois qu’il faut la chercher du côté de l’unité et non de celui de l’union. L’unité a cette force qui vient de ce que tous ceux qui y adhèrent tirent le morceau dans la même direction, de sorte que l’effort final soit la somme des efforts individuels, contrairement à l’union dans laquelle chacun tire vers son côté. Je sais à quel point cette idée d’unité peut paraitre théorique et vide de sens, il importe alors de fixer les idées pour que chacun puisse comprendre ce qu’elle peut nous apporter et où elle va nous mener.
Si les FLAM organisaient une manifestation, qui va participer ? Les flamistes ! Si l’AVOMM manifestait, qui va assister ? Ses membres ! Le problème se pose de la même façon quel que soit le mouvement qui organise une activité (je ne pourrai citer ici tous les mouvements associatifs et partis d’opposition, mais je n’en oublie aucun puisque je m’identifie à tous et me considère comme membre par principe). Nous avions tenté le collectif des associations, mais des problèmes auxquels on n’était pas préparés sont venus rappeler les limites de l’union et l’impossibilité de la mettre en œuvre. La déconstruction s’avère une alternative prometteuse avec la diaspora et l’OTMF, mais il ne faut pas oublier qu’elle a ses limites et qu’il faut explorer d’autres pistes capables d’apporter un nouveau souffle à cet élan, et l’unité pourrait entre autres, être une solution envisageable.
Concrètement en quoi consiste l’unité ? Je vais aborder la question sous deux aspects sans entrer dans les détails :
-Le partage d’un idéal commun qui est de vouloir rétablir un ordre juste en Mauritanie, au-delà de toute considération religieuse, raciale, ethnique, tribale ou régionale. Cet idéal a pour fondement la liberté, l’égalité et la justice. –L’adhésion massive et inconditionnelle de tous dans tous les mouvements qui existent. Ceci veut dire que pour le lambda que je suis, je dois être flamiste, adhérer à AVOMM…, et que tous les lambda comme moi vont faire de même. Ceci règle la question d’appartenance, parce que tout le monde est membre de tout groupe et la masse est présente partout. Voilà ce que j’appelle l’unité et non l’union. Si on met en pratique cette notion d’unité, je ne doute pas un instant, la peur va changer de camp. Croyez-moi chers camarades, rien que ces lignes peuvent faire peur à l’oppresseur, parce qu’il sait que la déconstruction en cours ne le laissera pas longtemps valser sur un air de Mozart en plein désert.
Nous avons trop dilapidé nos forces, l’oppresseur en a trop profité. Nous avons trop baissé les têtes, l’oppresseur s’en est élevé. Nous avons trop marché lentement, l’oppresseur nous a devancés. Nous avons suffisamment de ressources, pensons à les exploiter.
Dia Ousmane dit Samba.




