Lancement officiel de son initiative : Jusqu’où ira Messaoud Ould Boulkheïr ?
La cérémonie de lancement officiel de l’initiative du président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheïr, également président de l’Alliance Populaire Progressiste (APP), serait, de l’avis des cadres de ce parti, « très imminente ». D’aucuns avancent début février. La mise en place d’une commission d’organisation et de suivi – autrement dit, de pilotage – vient conforter cette thèse. Cette instance regroupe l’ensemble des soutiens de l’initiative que ceux-ci jugent à même de « faire bouger les lignes », dans une scène marquée, depuis juillet 2009, par des invectives en tout genre.
Réponse mitigée du président Aziz
personnes-ressources, la contribution à la sortie de crise, proposée par Messaoud Ould Boulkheïr, a reçu le soutien de quelque huit partis politiques et de presque toute la société civile, ce qui est, en soi, très réconfortant, mais le Collectif de la Majorité Présidentielle (CMP) et la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD) traînent les pieds. Les uns et les autres apprécient diversement la proposition. Si la COD retarde encore sa réponse, certaines formations en son sein, comme l’UFP, Tawassoul et le groupe de Moussa Fall estiment qu’elle « peut servir de base de discussion », ce qui constitue une avancée mais annonce des nuages dans le ciel de la COD.
« Le président de la République, dont on attendait une réponse positive, n’a pas ménagé celui à qui il doit beaucoup », nous dit un cadre d’APP. « En effet », explique-t-il, « le président de l’Assemblée lui a évité le Printemps arabe, en acceptant de dialoguer avec lui, de tout faire, ensuite, pour couper court aux rumeurs folles, sur sa santé, lors de sa convalescence en France, et de l’accueillir, au bas de la passerelle, le jour de son retour au pays. Mais, faisant fi de tout cela, le président de la République a zappé une partie essentielle de son initiative ». En effet, si le Raïs se dit disposé à négocier tout ce qui concerne l’organisation d’élections transparentes, il exclut, en revanche, la constitution d’un gouvernement de large ouverture, ce qui permettrait, justement, la préparation concertée du processus électoral. D’où les méfiances, quelque peu « légitimes », de la COD. Comme on dit, « chat échaudé craint l’eau froide ». On se rappelle, en effet, qu’au lendemain de l’Accord de Dakar, la constitution d’un gouvernement de transition n’avait pas permis d’éviter les soupçons de fraude, sur le scrutin du 18 juillet 2009. Avec une administration, une institution militaire et sécuritaire acquises à sa cause, le président Mohamed Ould Abdel Aziz dispose de tous les atouts pour « mater » l’opposition. Or, la gestion concertée, à travers un gouvernement de large ouverture, pourrait réduire les risques et éviter, au pays, un contentieux électoral aux lourdes conséquences.
Avec la réponse a minima de la présidence, on peut se demander à quoi aura servi le dialogue politique avec le pouvoir si on est incapable d’organiser des élections inclusives, principale pomme de discorde de la classe politique ? Les Mauritaniens sont loin d’avoir oublié la courte expérience de 2007, où une concertation avait permis d’organiser des élections consensuelles. Le refus de l’actuel pouvoir de céder sur un gouvernement d’ouverture qui aurait, pour mission essentielle, la gestion du processus électoral, « jette un doute sur sa sincérité à organiser des élections transparentes », craint le cadre de l’APP.
La COD : entre ni oui ni non et secousses telluriques
Du côté de la COD, l’initiative ne fait pas l’unanimité, loin s’en faut. Si l’UFP et Tawassoul, l’AJD/MR et certains cadres, regroupés autour de Moussa Fall, transfuges d’ADIL, se disent favorables, les autres formations hésitent à se prononcer officiellement. On sait qu’en privé, certains apprécient positivement la démarche de Messaoud. Mais, comme tous redoutent le leadership du tribun hartani, ils préfèrent ne pas lui donner toutes les cartes, une réserve qui avait fait capoter le dialogue inclusif enclenché, par celui-là, en 2011. « C’est la principale raison de la méfiance ou de la réserve de la COD », croit notre contact à l’APP.
En plus des divergences sur la réponse à donner à l’initiative, la COD est traversée par quelques remous consécutifs au lancement de la reconquête du Nord-Mali. Si les partis Tawassoul et Hatem ont condamné la guerre menée par la France au Mali, le reste de la COD reste sans voix.
Une troisième voie
En dépit de tout cela, le président Messaoud Ould Boulkheïr reste déterminé à aller jusqu’au bout de sa démarche, convaincu qu’elle est la seule voie pour sortir le pays de la crise politique. Aussi a-t-il décidé de passer à la vitesse supérieure. Après avoir recueilli l’avis de ses soutiens, le président de l’Assemblée nationale va populariser son initiative par une vaste campagne de sensibilisation des populations. « Pour quel résultat ? » est-on tenté de se demander. Pour au moins constituer, autour du président de l’APP, un vaste pôle politique, une sorte de troisième voie, afin de peser sur l’avenir du pays.
Le timing de lancement ne semble pas fortuit. La guerre du Mali, dont les conséquences sont particulièrement redoutées des Mauritaniens, est prise à sa juste mesure. Lançant cette initiative en ce moment précis, le président de l’Assemblée nationale entend alerter l’opinion sur les conséquences d’une telle guerre, pour une Mauritanie gangrenée par la crise politique. Une bonne opportunité pour appeler les Mauritaniens à faire front commun contre les dégâts collatéraux de ce conflit sur notre pays.
Dalay Lam
Source: Le calame




