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Plaidoyer pour l’officialisation des langues nationales : Points de consensus à soumettre au referendum de modification de la constitution de la Mauritanie
RMI Info – Mardi 21 février 2016, à l’ancienne maison des jeunes, se sont tenues des activités culturelles de valorisation des langues nationales. Tout le gratin nouakchottois des hommes, des femmes et des jeunes de cultures soninké, wolof et pulaar y était pour célébrer la journée internationale de la langue maternelle. Entre les expositions d’ustensiles traditionnels, d’objets d’art, de productions littéraires et d’instruments musicaux, chacun jubilait de cette magnificence culturelle symbolique.
Les organisateurs, trois grandes associations (AMPLCS, Soninké ; APROLAWORIM, Wolof et ARPRIM, Pulaar) fondées et reconnues par l’Etat au milieu des années 70-80 ont demandé : « l’officialisation des langues nationales dans le projet d’amendement de la constitution en cours ».
En effet, quelques jours avant la tenue de cette activité culturelle, une copie du plaidoyer pour l’officialisation des langues nationales a été distribuée aux partis politiques et aux chancelleries, puis remise au Président de la République. Y sont consignés quelques points à soumettre au référendum de modification de la constitution mauritanienne.
Les signataires ont également demandé à l’Etat : « d’initier et mobiliser les voies et les ressources techniques, pédagogiques, financiers, politiques et stratégiques consécutives à la prise de décision de l’officialisation des langues nationales », tel qu’énoncé dans le document dont rmi-info s’est procuré une copie.
Le plaidoyer rappelle que les « débats durant les assises du Dialogue National Inclusif du 29 Septembre au 20 octobre 2016 ont été marqués par une large convergence de vues des participants sur l’officialisation des langues nationales qui mérite pertinemment de figurer parmi les points d’amendement de la constitution ».
Plusieurs intervenants, dont notamment des inspecteurs retraités de l’éducation nationale, ont témoigné du succès de l’expérience mauritanienne d’enseignement des langues nationales – pulaar, soninké et wolof – menée par l’Institut des Langues Nationales (ILN) de 1982 à 1999. Ainsi, cette réussite exemplaire est un atout majeur en faveur de l’officialisation.
Pourtant, l’absence de volonté politique nationale a été décriée par les spécialistes linguistiques. Selon un responsable associatif : « tous les départements ministériels concernés par la question ont été invités à prendre part à l’activité mais aucun n’a voulu nous honorer par sa présence ». Un intervenant s’insurge : « L’effort politique pour l’officialisation de nos langues nationales devraient prendre être une priorité par rapport au financement et la célébration en pompe par nos autorités des festivals folkloriques sur l’unité nationale ».

Plaidoyer pour l’officialisation des langues nationales : points de consensus a soumettre au referendum de modification de la constitution de la Mauritanie
Avant propos
La coordination des Associations Culturelles Nationales et les forces vives et progressistes de toutes les entités organisées de la République Islamique de Mauritanie (organisations de la société civile, partis politiques, personnalités indépendantes, chefs coutumiers et religieux, etc.), toutes obédiences et sensibilités confondues, ayant assisté aux débats du « Dialogue National Inclusif » ou ayant pris connaissance de leur teneur, se sont associés pour élaborer la présente contribution à l’attention du Président de la République et du Gouvernement mauritanien, en vue de l’inscription de l’officialisation des langues nationales dans les points sujets à la modification référendaire de la constitution qui a fait l’objet d’un large consensus durant les assises dudit dialogue.
Introduction
La Mauritanie constitue un espace de rencontre entre le Maghreb arabe et l’Afrique subsaharienne et est depuis toujours une terre de brassages et d’échanges de langues et de cultures diverses. Pays musulman, multiethnique et multiculturel, elle a accédé à la souveraineté nationale le 28 Novembre 1960, et a été régie depuis lors par diverses constitutions ou chartes déterminant son régime institutionnel.
Mais ce n’est qu’en 1991 que sa Constitution déclare l’adhésion du pays à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples ainsi qu’aux conventions internationales auxquelles la Mauritanie a souscrit.
Cadre institutionnel et législatif :
La loi n° 61.095 du 20 mai 1961, modifiant la loi du 22 mars 1959 portant Constitution de la R.I.M disposait à l’Article 3 que la langue nationale est l’arabe ; la langue officielle est le français.
La Constitution de la République islamique de Mauritanie du 20 juillet 1991 stipule en son Article 6 que les langues nationales sont l’arabe, le poular, le soninké et le wolof ; la langue officielle est l’arabe.
Cette disposition a été maintenue dans le projet de loi d’amendement constitutionnel soumis à référendum du 25 juin 2006 ; puis renforcée par les dispositions de la loi constitutionnelle N° 2012-015 portant révision de la constitution du 20 juin 1991 qui disposent : « Unis à travers l’histoire, par des valeurs morales et spirituelles partagées et aspirant à un avenir commun, le peuple mauritanien reconnait et proclame sa diversité culturelle, socle de l’unité nationale et de la cohésion sociale, et son corollaire le droit à la différence.
La langue Arabe, langue officielle du pays et les autres langues nationales, le Poular, le Soninké et le Wolof constituent, chacune en elle-même, un patrimoine national commun à tous les mauritaniens que l’Etat se doit, au nom de tous, de préserver et promouvoir. »
Le Gouvernement a publié, avec l’appui du bureau du Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme de Nouakchott, les principaux instruments juridiques internationaux ratifiés relatifs aux droits de l’Homme dans une édition spéciale du journal officiel n°1326 bis du 09 décembre 2014. Les textes publiés sont :
Le Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques (PICP) ; Le Pacte International relatif aux Droits Economiques, Sociaux et Culturels (PIESCP) ;
La Convention Internationale sur l’Elimination de toutes les formes de Discrimination Raciale (CERD) ;
La Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (CAT) et le Protocole facultatif à la Convention contre la torture (OPCAT).
La Convention sur l’Elimination de toutes les formes de Discrimination à l’Egard des Femmes (CEDEF) ;
La Convention relative aux Droits de l’Enfant (CDE) ;
La Convention sur la Protection des droits de tous les Travailleurs Migrants et des Membres de leur famille (CPTM);
La Convention Internationale relative aux Droits des Personnes Handicapées (CIDPH) et le Protocole facultatif à la Convention relative aux Droits des Personnes Handicapées (PCIDPH);
La Convention sur la Protection des droits des Personnes contre les Disparitions Forcées(CPPDF) ;
Cette publication vise à garantir l’harmonisation de la législation nationale avec ces différents instruments et assurer l’effectivité des dispositions de ces textes et leur prise en compte par les juridictions nationales.
L’Union Africaine a adopté en 2006 les statuts de l’Académie Africaine des Langues(ACALAN) a procédé au lancement des activités de recherche et d’enseignement pour 41 langues transfrontalières sur lesquelles seront axées les études dans les 10-15 ans à venir (dont les 4 langues nationales mauritaniennes). Le démarrage des 12 premières commissions de langues transfrontalières véhiculaires dont celle du Poular, est déjà effectif.
L’Article 7 de la Convention Internationale sur l’Elimination de toutes les formes de Discrimination Raciale (CERD) ratifiée par la Mauritanie le 13 décembre 1988 stipule : « Les Etats parties s’engagent à prendre des mesures immédiates et efficaces, notamment dans les domaines de l’enseignement, de l’éducation, de la culture et de l’information, pour lutter contre les préjugés conduisant à la discrimination raciale et favoriser la compréhension, la tolérance et l’amitié entre nations et groupes raciaux ou ethniques, ainsi que pour promouvoir les buts et les principes de la Charte des Nations Unies, de la Déclaration universelle des droits de l’homme, de la Déclaration des Nations Unies sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale et de la présente Convention. »
La visite du rapporteur spécial sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance qui y est associée, Doudou Diène du 20 au 24 janvier 2008 et celle de son successeur, Mutuma Ruteere du 02 au 08 septembre 2013, à l’invitation du gouvernement mauritanien, se sont conclues par la même recommandation. Partant du constat que « les politiques linguistiques [ont] contribué à polariser les différentes communautés », les rapporteurs demandent que : « à côté de la langue arabe, le statut constitutionnel de langue officielle soit également conféré au poular , au soninké et au wolof (A/HRC/11/36/Add.2). »
Situation de la promotion des langues nationales
Depuis l’indépendance la Mauritanie connait des tensions intercommunautaires frontales et/ou sous jacentes, provoquant d’une manière cyclique des violations graves des droits humains (individuelles et collectives). Ces situations sont causées par des politiques inappropriées de gestion de la vie nationale conjuguées à la défaillance de la justice qui aggrave les inégalités.
Toujours la question culturelle a été au centre de la problématique.
Les différentes réformes de l’éducation, engagées en 1959,1967, 1973, 1979,1984 et 1999, n’ont pas pu juguler le mal qui ronge la société mauritanienne, parce qu’elles sont fondamentalement politiques et/ou idéologiques, et élaborées sous la pression de situations de crise. Elles n’ont jamais été objectivement évaluées. Hormis celle de 1979 qui a consacré la création de l’Institut des Langues Nationales, ces réformes n’ont jamais reflété le caractère multiculturel du pays, elles n’ont pas répondu aux exigences d’indépendance, de développement et de démocratie, encore moins aux aspirations des populations dans leur ensemble.
Ces réformes ont entre autres conséquences, une marginalisation prononcée des enfants dont l’arabe n’est pas la langue maternelle, une discrimination permanente dans les examens et concours qui maintient des pans entiers d’enfants négro-mauritaniens dans des emplois subalternes du fait de l’hégémonie de l’arabe dans le système éducatif.
La mission de l’Institut des Langues Nationales a été arrêtée en 1999 à la suite de la dernière Réforme du système éducatif mauritanien par la loi 99 012 du 26 Avril 1999 et l’enseignement des langues nationales a été confiné au rang de spécialité au niveau de l’Université de Nouakchott.
Les performances de l’enseignement des langues nationales, véhicules des patrimoines culturels, outils de développement socio-économique, facteurs de cohésion nationale et sociale, mécanismes de respect de la diversité et de promotion de la paix, ont pourtant été attestées dans tous les secteurs de la vie nationale et par toutes les institutions de coopération internationale, notamment du BREDA/UNESCO.
La dynamique de l’enseignement des langues nationales engagée par l’Union Africaine, marquée par la création de l’Académie Africaine des Langues(ACALAN), s’est poursuivie dans les réformes de l’éducation dans beaucoup de pays de notre continent, qui ont créé des départements ministériels chargés de la promotion des langues nationales comme outils de travail, de développement et d’acquisition des connaissances.
Ainsi, dans notre sous-région du Maghreb, le roi Mohamed VI du Maroc, dans son discours du 9 mars 2011, annonçait la création d’une commission consultative de réforme de la Constitution, promulguée par le dahir no 1-11-91 du 30 juillet 2011, qui stipule que «L’arabe demeure la langue officielle de l’État. L’État œuvre à la protection et au développement de la langue arabe, ainsi qu’à la promotion de son utilisation. De même, l’amazighe constitue une langue officielle de l’État, en tant que patrimoine commun à tous les Marocains sans exception».
De même en Algérie, par la loi n° 16-01 du 6 mars 2016 – Journal officiel n° 14 du 7 mars 2016 restitue au Tamazight le statut de langue nationale et officielle. La nouvelle constitution algérienne proclame : « L’Etat œuvre à sa promotion et à son développement dans toutes ses variétés linguistiques en usage sur le territoire national. Il est créé une Académie algérienne de la Langue Amazighe, placée auprès du Président de la République.
Le principe édicté par le système des Nations Unies du développement basé sur les droits humains se fonde sur l’apprentissage des langues nationales pour une implication et une participation effective des populations à la base dans les stratégies et politiques de développement. La lutte contre l’extrême pauvreté passe par la formation, notamment l’alphabétisation fonctionnelle, des forces vives à la base, pour la maitrise des outils techniques, politiques et stratégiques des enjeux de développement.
L’utilisation de ces langues nationales dans les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC), notamment du Wolof par Microsoft (OS Windows – Microsoft Office), le moteur de recherche Google et le navigateur Firefox de Mozilla, du Poular par le navigateur Firefox de Mozilla et par Facebook, entre autres, atteste incontestablement de leur capacité à être des langues de technologie et des sciences.
La Mauritanie a connu une évolution positive dans la ratification et l’adoption des instruments juridiques internationaux et leur publication dans le JO afin d’être opposable devant les juridictions nationales au profit des justiciables. Mais bien que la hiérarchie des actes donne la primauté aux conventions et traités internationaux, force est de constater que ces avancées ne peuvent se concrétiser sur le terrain, sans des actions fortes de changement des mentalités et l’engagement ferme des politiques visant à l’harmonisation de la législation nationale avec les normes internationales.
Les débats durant les assises du Dialogue National Inclusif du 29 Septembre au 20 octobre 2016 ont été marqués par une large convergence de vues des participants sur l’officialisation des langues nationales qui mérite pertinemment de figurer parmi les points d’amendement de la constitution. En outre ,il est à noter que le succès de l’expérience mauritanienne d’enseignement des langues nationales pulaar, soninke et wolof – menée par l’Institut des Langues Nationales (ILN) de 1982 à 1999 plaide en faveur de cette officialisation. Voir en Annexe le bilan de cette expérience.
Conclusion :
Partant de la place de la langue comme véhicule de la culture, facteur de respect de la diversité et mécanisme de la stabilisation sociale et de la promotion de la paix, outil d’apprentissage et d’acquisition des connaissances, la Mauritanie se doit pour se conformer à ses engagements internationaux de satisfaire la demande de franges majoritaires de la population de :
Inscrire l’officialisation des langues nationales dans le projet d’amendement de la constitution en cours ;
D’initier et mobiliser les voies et les ressources techniques, pédagogiques, financiers, politiques et stratégiques consécutives à la prise de décision de l’officialisation des langues nationales.
…………..
en République Islamique de Mauritanie
(APROLAWORIM),
Arrêté N° 1483/MINT/DAP du 02 Décembre 1980
Association pour la Renaissance du Pulaar en
République Islamique de Mauritanie (ARPRIM),
Récépissé N° 000542/MINT/SAD du 04 Juin 1976
Association Mauritanienne pour la Promotion de la Langue
et de la Culture Soninké
(AMPLCS),
Arrêté N° 009/MINT du 03 Mars 1978
cridem
Session extraordinaire du Parlement: Le PMC-arc-en ciel préconise la transparence
Soucieux d’assurer la transparence promise à l’entame du dialogue et troisième triptyque de son parti, le président du parti mauritanien du concret PMC- Arc-en ciel, Alassane Hamady Soma Ba a déclaré ce mercredi matin, sur radio Nouakchott FM, que la session extraordinaire du parlement de ce jour ne pourrait être destinée à l’adoption des amendements constitutionnels, mais pour valider l’initiative de la révision constitutionnelle proposée par le gouvernement; ce qui ouvrirait la voie à la convocation du congrès parlementaire. Et le Président Balas d’ajouter: il existe un autre préalable de taille, celui de l’accord unanime des 12 membres du comité de suivi de l’application de l’accord politique engageant le gouvernement et l’opposition, conjointement. Le président Balas est monté au créneau depuis quelques jours pour expliquer aux citoyens du pays la vision de son parti pour l’adoption des amendements constitutionnels et le forcing que le pouvoir est suspecté de vouloir opérer, au lieu d’organiser un référendum populaire, comme l’ont adopté les dialoguistes. Répondant à la question de savoir s’il a rencontré le président de la République pour lui exprimer ses réserves sur la tenue d’un congrès parlementaire, le président Balas répond par la négative et indique que certains présidents de l’opposition participative, ont été reçus individuellement alors qu’il était absent du pays; il a, à son tour demandé à rencontrer le chef de l’Etat pour lui signifier les réserves de son parti et son attachement aux résolutions de l’accord du 20 octobre dernier. L’agenda du chef de l’Etat en décidera. En attendant, le président du parti Arc en ciel justifie l’opposition de son parti à la tenue d’un accord massif du congrès parlementaire par le fait que le sénat est « périmé» et les parlementaires ont perdu leur objectivité par l’achat de leur conscience avec des terrains à usage d’habitation en sus que l’assemblée nationale n’est pas représentative de toute la population mauritanienne. Pour Arc-en-ciel, ces chambres ne peuvent pas légitimement décider de la modification de la Constitution. Et si d’aventure le gouvernement opère son « forcing » et décide de convoquer un congrès du parlement, le parti Arc-en-ciel, avisera, le peuple mauritanien détenteur de la légitimité finale, qui décidera. Naturellement , précise t-il, le PMC Arc-en-ciel, sera avec ce peuple dans toute forme démocratique de protestation à savoir : marches, sit-In et autres moyens légaux pour dénoncer la forfaiture du gouvernement .
le calame
Devant ce qu’ils appellent les dérives du pouvoir : Ely Ould Mohamed Vall et Ould Haidalla tirent la sonnette d’alarme
Les anciens chefs d’Etat Mohamed Khouna Ould Haidalla (1980-1984) et Ely Ould Mohamed Vall (2005-2007) viennent de publier coup sur coup deux communiqués dans lesquels ils attirent l’attention de l’opinion publique nationale et internationale sur les dérives du pouvoir actuel, tout en le mettant en garde contre les dangers qu’il fait courir au pays par son entêtement. Les deux présidents, pour qui les amendements constitutionnels que le régime s’apprête à faire passer ne sont pas une priorité, en appellent aux parlementaires pour ne pas cautionner une mascarade. Voici leurs communiqués.
Mohamed Khouna Ould Haidalla :
Au moment où le Parlement s’apprête à débattre des réformes de la constitution prônées par le dernier dialogue, je tiens à m’adresser à vous, mes chers compatriotes, car je trouve que les propositions d’amendements ne sont pas prioritaires par rapport à la situation préoccupante que vit notre pays.
Déjà au moment où l’actuel Président s’apprêtait à commencer son deuxième mandat, je lui ai adressé une lettre personnelle comme contribution à la réflexion visant à aller de l’avant pour régler certaines questions d’intérêt national.
Dans cette lettre, je lui disais qu’il avait certes fait beaucoup de réalisations positives dans les domaines des infrastructures routières, de l’eau, de l’électricité, de l’agriculture et de l’équipement de l’Armée nationale. Cependant, je lui ai signalé l’existence de trois points noirs dans son bilan sur lesquels il devrait concentrer ses efforts dans le futur.
- Comme son premier mandant a été marqué par des tensions politiques et sociales persistantes, il est nécessaire de tout faire pour les apaiser devant son second mandat.
- Dans un pays comme la Mauritanie où la majorité des familles n’ont pas de revenu suffisant pour subvenir à leurs besoins essentiels et où les prix ne cessent d’augmenter, il est indispensable, à mon avis, de subventionner certains produits de première nécessité : les boutiques Emel ne représentent pas à cet égard une alternative crédible.
- Depuis 2009, chacun a remarqué que tous les problèmes des citoyens sont posés au quotidien devant le siège de la Présidence de la République. Cela prouve que l’Administration aussi bien territoriale que centrale a démissionné. Il est donc claire que l’on doit secouer et responsabiliser cette administration pour lui permettre de jouer son rôle.
Trois ans après cette lettre, je constate malheureusement que les tensions politiques et sociales sont plus vives, le quotidien de la majorité de citoyens devient de plus en plus difficile et que l’administration ne joue pratiquement plus son rôle.
Je suis donc dans l’obligation de croire que la sincérité de ma lettre a été très mal interprétée par le Président.
Compte tenu de ce constat, je tiens à m’adresser aux élus de notre Nation pour partager avec eux ma lecture de la situation actuelle du pays que je trouve plus préoccupante que les points autour desquels ils vont se réunir pour réviser la Constitution.
Je trouve, en effet, que depuis 8 ans, la pauvreté n’a cessé d’augmenter, la corruption a atteint tous les rouages de l’Etat, les injustices de multiplient au quotidien, l’insécurité intérieure a pris des proportions inquiétantes et les relations avec les pays voisins n’ont cessé de se détériorer.
Je pense donc que si cette situation persiste, elle risque de saper les fondements voire l’existence même de l’Etat.
A tous ceux qui font la même lecture que moi, je lance un appel pour leur demander d’écrire, à travers tous les médias disponibles, au Président de la République, pour attirer son attention sur la réalité inquiétante que vit le pays.
Ely Ould Mohamed Vall :
‘Le régime au pouvoir vit dans une situation d’incertitude et de confusion, suite au rejet cinglant infligé par le peuple mauritanien aux amendements constitutionnels annoncés dans le discours de Nema. Au lieu de chercher un terrain d’entente juridique et consensuelle qui mette fin à la crise politique envenimée et créée, au départ, par sa décision individuelle, de renverser le Président civil et démocratiquement élu, le régime a essayé, en vain, de faire adopter ses amendements constitutionnels lors de son dialogue unilatéral et boiteux. C’est ignorer que toute révision constitutionnelle ne saurait aboutir et être acceptée que lorsqu’elle se mène dans des circonstances normales et avec un consensus et une entente nationale, loin de toute tension et d’atmosphère conflictuelle dans lesquelles toute révision sera le reflet de la soumission aux caprices de la partie qui prend le pouvoir en otage.
Le régime essaye de jeter la poudre aux yeux dans sa fuite en avant, par ces amendements rejetés dans la forme et le contenu, et qui ne feront qu’empirer la situation. Il est inacceptable de changer de façon brutale et improvisée les plus importants symboles de la Nation, à l’image de notre drapeau qui a flotté des décennies durant au dessus des têtes des Mauritaniens et creusé, au fil du temps, sa propre place dans leurs esprits symbolisant ainsi leur sacrifice et leur gloire depuis la création de l’Etat. Sous ce drapeau et pour sa défense, beaucoup de martyrs mauritaniens ont payé de leur vie.
Le drapeau n’est pas la bannière d’une période politique déterminée ou d’un régime particulier. C’est l’une des constantes intouchables sauf en cas de nécessité absolue et avec un consensus total exprimé par référendum justifié par des arguments rationnels et organisé dans une transparence totale.
La seconde décision, non moins dangereuse, est la tentative du régime de supprimer la haute chambre du parlement (le Sénat) sans aucune raison sauf l’incapacité du régime d’organiser des élections permettant le nouvellement pur et simple de cette chambre et sa mise en forme juridique et légale. Il est de notoriété que le Sénat s’est révolté contre les tentatives du régime visant à le domestiquer et à apprivoiser ses membres.
En conclusion, je ne peux que demander aux membres du parlement d’assumer leur responsabilité dans cette conjoncture délicate de l’histoire de notre pays, et de se tenir au côté de la Mauritanie, par le rejet des amendements constitutionnels déjà proscrits par le peuple mauritanien qui se réserve le droit inaliénable à les réexaminer et à les révoquer s’ils sont adoptés dans cette circonstance extraordinaire.
J’exhorte nos honorables parlementaires d’être prudents face aux chantages du régime et ses tentatives de les influencer par tous les moyens dont il dispose, pour les pousser à manipuler la Constitution qui est le socle des valeurs et principes qui nous protègent et nous lient.
S’aligner sur un régime incohérent dans ses intentions et nuisible a la quiétude, à la loi et au pluralisme sera une honte aussi bien dans l’histoire du pays que dans celle de l’Institution parlementaire. Et toute personne ayant participé à cette œuvre aura sa part de responsabilité historique quant aux répercussions de cet acte sur l’avenir du pays.
Par contre, si les honorables parlementaires s’opposent à ces amendements injustes, ils feront la fierté du pays et entreront dans l’histoire par sa grande porte.
le calame
Enlèvement de quatre Mauritaniens Le flou persiste
Quatre mauritaniens ont été enlevés en début du présent mois alors qu’ils se trouvaient à l’est du pays, aux environs de N’Beikett Lehwaach, dans une région frontalière avec le Mali. Depuis, aucune nouvelle d’eux. Depuis, les informations sont nombreuses sur l’identité de leurs ravisseurs. Parfois, il s’agit de brigands, parfois de terroristes, parfois de groupes de Touarègues, parfois, d’éléments issus des forces armées et de sécurité du Mali. Dans les faits en tout cas, les Autorités des deux pays ne semblent pas trop vouloir approfondir la question au grand dam des proches des disparus qui sont sans nouvelle d’eux.
De sources informées, ce rapt ferait suite au vol de deux camions de la société Alstom en charge de la construction de la route Léré-Tombouctou dans le nord du Mali. Lors des opérations de recherche, des milices touarègues auraient alors pisté un des véhicules qui les a menés dans une demeure à N’Beket Lehwach. Ils auraient attendu le soir, pour procéder à l’enlèvement des personnes cibles qu’ils auraient remis à l’armée malienne à Goundam.
Il a fallu la diffusion d’une telle information pour amener le gouvernement mauritanien à réagir. Un communiqué du ministère de l’Intérieur, rendu public jeudi, a démenti ces allégations « dénuées de toute vérité, et apporté des précisions : « il ne s’agit ni de groupe armé, ni de rapt, et l’incident n’a pas eu pour théâtre le territoire mauritanien », selon ledit communiqué qui devait ajouter en substance, qu’il s’agit d’une action menée par une patrouille de l’armée malienne en territoire malien, qui a visé 4 citoyens mauritaniens dans leur véhicule. Les autorités régionales sont en contact permanent avec leurs homologues du Mali au sujet de cette affaire.
Discours identique de la part du porte-parole du gouvernement, Mohamed Lemine Ould Cheikh, affirmant que les autorités mauritaniennes « suivent avec intérêt cette affaire ».
Toutefois, le ton monte dans la presse. Illustration avec ce titre d’un article à la Une du cite d’informations en ligne Mali Jet mis en ligne jeudi soir « Rififi à la frontière Mali/Mauritanie : 4 Mauritaniens arrêtés supposés se trouver en territoire malien,… Nouakchott parle d’incursion et mobilise son armée ».
Cet organe précise qu’il s’agit d’individus armés circulant à bord d’un véhicule 4×4 dans une zone fréquentée par des groupuscules djihadistes et accuse Nouakchott « de jouer à la provocation ».
Car l’usage « terme incursion » dans le jargon de la sécurité transfrontalière « rappelle aux Maliens que c’est bien la Mauritanie, qui en juin 2011, sous le prétexte de poursuivre les combattants d’AQMI, a tué des civils maliens non combattants, enlevé et expatrié de nombreux Maliens dans la zone de Nara (forêt du Wagadou) ».
Côté mauritanien, des sites d’informations se sont saisis de la question. L’appréciation faite des observatuer sur le contenu et le ton des articles diffusés
est générale : il s’agit de pamphlets adressés aux Autorités maliennes réalisés “sur commande” s’ils ne sont pas écrits par des services autoriés.
A. B
l’athentique
Problématique du Système Educatif National: contribution de SAMB THIAM
Voilà bien des années que l’Ecole mauritanienne est malade, secouée par des crises récurrentes.
Au lieu de procéder à un diagnostique approfondi , sans complaisance du corps malade , l’on s’est contenté , à chaque fois , d’une auscultation superficielle pour lui administrer un traitement symptomatique .
Six réformes successives qui ont toutes échoué ! Notre Ecole est malade , notre système éducatif en crise depuis 56 ans , tout le monde en convient !
Plus que sur des raisons de surface ( effectif pléthorique , manuels scolaires insuffisants ou désuets , mobilier brinquebalant, locaux vétustes et inéquipés ) nous nous attarderons plutôt sur les raisons de fond .
*Quel est le mal ?
Des élèves, des étudiants , des Enseignants sans niveau aucun , des élites francisantes ou arabisantes en extinction progressive, un produit inadapté…Un observateur, averti, ramassait la situation par cette formule : ’’En voulant rendre notre Enseignement authentique nous avons sacrifié l’essentiel: aucune considération pour la qualité, aucune pour la perspective d’emploi, aucune pour le développement’’.
* Quelle est la cause du mal ou quelles en sont les raisons ?
– Raison d’ordre psychologique, affectant le corps enseignant :
L’Enseignant a perdu son statut d’antan , par contagion du milieu social dans lequel il baigne , où les valeurs universelles de référence habituelle, telle l’honnêteté, le respect du travail –du travail bien fait-, la moralité, l’admiration pour le détenteur du Savoir , ont cédé la place à la course effrénée pour l’argent ; l’enrichissement à tout prix , tout de suite, a pris le pas sur la conscience professionnelle , d’où cette flopée d’Enseignants-boutiquiers ! Le terme ‘’ garraaye’’, devenu fortement connoté, négativement, suscite un demi-sourire pincé chez l’autre , au point qu’il devient gênant de se présenter comme tel…On est désormais Instituteur ou professeur à défaut de mieux, mais certainement pas par vocation .On est là, pour un temps provisoire , transitoire , en attendant de trouver mieux , de ‘’monter’’ sa boutique , ou de partir pour des cieux plus cléments.
Cette dévalorisation du métier d’enseignant s’explique (ou s’accompagne) aussi par la dépréciation du Savoir et/ou de la Culture, censé être un des attributs majeurs de l’Enseignant. Aller à l’école, accumuler des diplômes , lire, simplement , est perçu aujourd’hui dans la société mauritanienne au mieux , comme une perte de temps , au pire comme une absurdité ; avoir de l’argent c’est mieux !
Pour corriger cet état des choses il faudra rendre à l’Enseignant sa dignité et son auréole d’antan par la revalorisation du métier , et restituer au Savoir l’admiration qui lui était attachée .
*Notre Ecole souffre , par ailleurs, d’une crise d’orientation . Au lieu d’une orientation technique et pragmatique on a opté pour l’élitisme . A la place d’une Ecole qui produit des plombiers , des électriciens , des frigoristes , des maçons , des mécaniciens, des menuisiers , des agriculteurs modernes ,on a préféré celle qui fabrique des littéraires , des philosophes , c’est –à-dire des fonctionnaires aux mains propres, des ‘’cols blancs’’…
Il faut changer cet état de chose, en orientant les 60 % des cohortes vers la formation professionnelle et technique des cols bleus , et les 40% vers la formation de l’élite …
*Autre cause non moins importante, l’administration et la gestion chaotique du corps Enseignant , où l’on constate l’absence de rigueur dans la sélection et le recrutement des maîtres d’école, l’absence de contrôle sérieux et de suivi qui fait le lit du laxisme et de l’affairisme , l’absence d’émulation , de sanction et de récompense systématiques , l’absence d’ordre en un mot , qui ne se trouve pas, hélas, que dans l’Enseignement !
*Mais de toutes les causes à l’origine des crises de notre système éducatif, la plus fondamentale – entre toutes – d’ordre idéologique – demeure l’Arabisation à outrance, genèse véritable des problèmes !
Dès les années 50 les réformes débutèrent , en série , toutes à caractère linguistique ! Toutes les réformes opérées des années 50 aux années 80 portèrent sur la langue …l’objectif déclaré, hier et aujourd’hui , était et demeure de rendre notre enseignement ‘’national’’ , ‘’authentique’’…l’élite arabo-berbère ne pouvait accepter, disait-on , que son identité culturelle –dont la langue est un élément essentiel- fusse occultée au profit d’une langue et culture étrangère , de surcroît héritée du colonisateur…C’était l’argument de surface, classique… Si, en soi , cette aspiration semble juste et légitime, elle cesse cependant de l’être dès lors que cette même élite imposa, paradoxalement , sa langue et sa culture à des non arabes . N’était-ce pas reproduire à l’identique le comportement du colon ?
En réalité cette revendication, nationaliste en apparence, était un écran de fumée, une supercherie visant d’abord et surtout à renverser le rapport de force, hérité du legs colonial, entre arabo-berbères et Négro-africains. Sous le couvert de ‘’l’indépendance culturelle ’’on cherchait, en réalité, à créer un autre ‘’équilibre ‘’ …
L’argument ‘’authenticité ou repersonnalisation ‘’ ayant servi -pour masquer les choses- est fallacieux . Nous avions tous résisté au colon , nous nous sommes tous opposés à sa langue, à l’entrée . Elle nous a été imposée à tous … Dès lors qu’il s’est agi de réhabiliter langues et cultures pourquoi le fit-on de manière sélective ? Pourquoi n’avoir pas réhabilité et promu également les langues et culture négro-africaines ?
Repersonnalisation contre repersonnalisation , Identité contre Identité , pourquoi une réhabilitation pour les uns et pas pour les autres , étant entendu que chacun reste fier de ses racines et de sa culture ,et si tant est , comme le soutient Mohamed M Abdalhaye , ‘’ chaque individu est porteur d’une dignité inaliénable ’’ ?
Non, la motivation n’était pas que toute culturelle…
Je me permets ici une petite digression ; La thèse selon laquelle les Négro-africains seraient plus attachés à la langue française est spécieuse et de mauvaise foi . Ils ne sont, ni plus ni moins, attachés à cette langue que l’élite arabo-berbère francisante, qui joue et gagne sur les deux tableaux ! En effet, n’est-ce pas cette même élite qui envoyait en cachette ses enfants dans la filière bilingue des années 80 , et continue de le faire à l’Ecole Française, à nos jours ?
Non , encore une fois , la motivation n’était pas que toute culturelle…l’Arabe ne devait servir ,hier comme aujourd’hui ,de moyen de promotion et d’épanouissement pour tous , comme proclamé, mais de gangue protectrice, de garantie pour la préservation et la perpétuation du Système, dicté par des peurs enfouies et des complexes Aryens… Dans ‘’ crise mauritano-sénégalaise : la rupture d’une alliance inter- ethnique ‘’ de Marion Fresia, M Ould Bédredine confessait ceci :<< les Negro- africains représentaient 80% des cadres de l’Etat mauritanien naissant . Alors les maures ont voulu rétablir les rapports de force en leur faveur en utilisant deux instruments : la langue et l’Ecole >>.
C’est on ne peut plus clair !
La langue arabe a été, bel et bien , instrumentalisée à cette fin, et uniquement à cette fin. Un rééquilibrage des rapports de force, normal et légitime certes , mais qui versa hélas , dans l’excès, aboutissant, aujourd’hui à la liquidation totale de la communauté non arabe…
Notre système éducatif est donc à genoux. Des générations d’écoliers issus des milieux défavorisés ont été sacrifiées sous l’autel du slogan de la “repersonnalisation” factice et démagogique.
Pour changer les choses il nous faut, si nous sommes sincères, procéder à une véritable réforme structurelle qui conduise à une Ecole moderne, efficiente, avec comme préalable le renoncement à toute idée, à tout projet assimilationniste et hégémonique, sous-jacent.
*Il nous faudra , après cela, articuler certains facteurs :
-Adaptation de l’output aux besoins nationaux et du marché en général ( adéquation formation /emploi )
-Association des communautés villageoises à la prise en charge partagée de l’Ecole,
-Instauration d’une continuité entre formation initiale et formation continue, en paliers
-Adoption de certaines mesures d’accompagnement : (régulation du mouvement des Enseignants du public vers le privé à réorganiser et responsabiliser ; lutte ferme contre le désordre général qui prévaut – à supposer qu’on puisse le faire dans une Administration générale où le désordre et l’absence quasi systématique de suivi sont érigés en norme – , respect de la hiérarchie, de l’ancienneté, restauration de la promotion et du contrôle rigoureux des Enseignants, régulation des détachements abusifs et anarchiques, sanction sévère des absences fantaisistes, rationalisation des moyens etc ).
-Vigilance sur le corps de contrôle ( contrôle, fiche de suivi , formation du personnel , identification des Enseignants fictifs … )
-Mais surtout, procéder au rétablissement des bases de justice à l’école en supprimant l’iniquité actuellement en cours entre enfants dans l’acquisition du Savoir ; les Psycho-pédagogues s’accordent unanimement pour dire qu’un enfant qui commence par une langue étrangère accuse six (6) années de retard de scolarité. Les Ecoliers négro-africains faisant face à deux langues étrangères, au sens pédagogique terme, subissent donc un double handicap qui équivaut, logiquement, à 12 années de retard.
Il faut corriger ça !
*-Il nous faut, par ailleurs, clarifier le statut et le rôle attendu de chaque langue dans notre Ecole, à court, moyen et long terme. Pour ma part, je suis pour une Ecole qui parle plusieurs langues, comme la nation mauritanienne – pour un Etat multi-nations fédérateur des langues et cultures- . Les langues maternelles, toutes les langues maternelles, comme facteur d’apaisement des frustrations et tensions, et aussi comme facteur de développement ; le Français ou/et l’Anglais – comme porteur de pensée scientifique –( à un certain niveau), le chinois… Mohamed ould Abdalhaye disait que “la langue maternelle constitue pour tout un chacun l’outil irremplaçable de toute production scientifique effective et le socle de tout esprit créatif”.
-Je suis de ceux qui proposent que chaque enfant commence sa scolarité dans sa langue maternelle, pour aborder dans un 2eme temps une langue nationale seconde, qui serait enseignée comme langue de communication tout court ; L’arabe pour les Ecoliers Negro-africains, le wolof ou le pulaar, ou le soninke, le bambara pour l’arabo- berbère. Cette seconde langue serait affectée d’un coefficient faible de manière à ne pas gêner ou compromettre la progression de l’enfant.
L’instruction civique, morale ou religieuse, l’histoire, seraient enseignées en langues nationales. La philosophie, apte à former la pensée critique, serait enseignée en Français ; Il ne serait pas sain, ni judicieux au regard de l’évolution actuelle des choses, de faire porter l’enseignement de cette discipline par la langue Arabe –tant que celle -ci “n’est pas réformée”, et parce qu’elle est en ce moment “récupérée par le courant dogmatique et conservateur en Islam qui rejette la pensée critique et privilégie la répétition à l’identique”, selon le linguiste Algérien A Dourari. En effet, ce qui se passe autour de nous et dans le monde actuellement, n’est pas pour rassurer et n’incline pas à la pensée libre, telle que nous la connaissons chez Al Kindi, Averroes, Mohamed Abdou, Mohamed Iqbal…
Il y aurait lieu de procéder également à des réaménagements pratiques, en supprimant certaines anomalies aberrantes qui ne répondent à aucune logique objective : qu’est-ce que, par exemple, l’instruction civique, morale et religieuse en arabe (coeff 4 ) vient chercher, objectivement, en classe terminale série D ou C, si ce n’est pour pénaliser les uns et constituer un bonus pour les autres ?
Si la baisse de niveau est un phénomène général, elle est davantage plus accusée chez nous, à cause de nos pesanteurs propres ; ce phénomène est davantage accentué, ces dernières années, à cause en particulier, de la dernière réforme porteuse de tous les maux et de toutes les anomalies, sur laquelle il nous faut revenir …
Sous le couvert d’uniformisation de l’Ecole mauritanienne “qui divise” disait-on ( système à filière -Arabe/bilingue -) , cette réforme fut conçue et mise en œuvre en 2000. Son objectif déclaré était “d’unir” les Ecoliers en leur faisant suivre une seule et même filière ; plus de filière arabe où se retrouvaient quasiment tous les écoliers arabo- berbères, plus de filière bilingue, fréquentée exclusivement par les enfants négro-africains …
Autre attente exprimée à travers cette réforme, la nouvelle Ecole favoriserait la rencontre d’enfants issus de milieu social ou ethnique différent, qui déboucherait sur l’esprit de solidarité, de camaraderie retrouvée, de gestation de la citoyenneté ou du sentiment d’appartenance commune à un même pays, comme par le passé …
Derrière ces ambitions nobles, mais combien trompeuses, se cachaient, en réalité, des considérations et préoccupations bassement partisanes et claniques. Le souci n’était pas de s’attaquer aux dysfonctionnements du Système en général, mais essentiellement, de trouver une solution, à l’impasse de la filière arabe : Il fallait sauver les Ecoliers, naufragés, de la filière arabe, sans issue ! Filière qui consacrait un échec massif des enfants, sans réels débouchés ni perspectives de réinsertion dans le tissu économique.
En effet, chez nous la langue française – à la vie dure- était loin d’être morte et ailleurs l’anglais et le Français étaient de rigueur. Pour un étudiant formé donc uniquement en arabe, l’horizon interne et externe était assez rétréci, le champ des possibilités fortement restreint…
Cet échec de la filière arabe – le seul à l’origine de la réforme scolaire actuelle-, s’est illustré, on s’en souvient, par le renvoi dans les années 2000 d’un bon nombre de Professeurs de Sciences et de Mathématique, arabophones, reversés dans la diplomatie, ou affectés à d’autres tâches et fonctions administratives. Soit donc le corps arabophone, soit le médium était mis en cause dans l’enseignement des sciences, soit dit en passant …
La solution choisie fut donc de revenir à l’enseignement de certaines matières de base en Français (sciences et Mathématique ), qui était, jusque- là, réservé à la filière bilingue où se retrouvaient les écoliers négro- africains. D’un coté on levait un écueil – retour du français -, de l’autre on en créait, délibérément, par l’imposition de la langue arabe aux écoliers non arabes, avec de surcroît une langue éclatée en matières multiples affectées de coefficients accrus, accentuant ainsi leur handicap et leur échec massif, à travers une série littéraire totalement arabisée ! L’histoire, la géographie, la philosophie, la langue, l’instruction civique, l’instruction morale religieuse sont dispensées en arabe ! Appliquée brutalement, cette réforme allait pousser des milliers d’enfants négro-africains, pris de court et désorientés, à abandonner massivement l’Ecole.
On a donc réformé, mais en veillant à préserver soigneusement la nature discriminatoire du système qui opérait comme un filtre…Faisant déjà face à deux langues étrangères, -double handicap à surmonter- voilà qu’on multipliait de nouveau les obstacles sur leur chemin, ce qui, nécessairement, affecte négativement, fortement et durablement leur réussite scolaire. Voilà pourquoi , à titre d’exemple, au baccalauréat 2016, niveau national, série C, sur 100 admis on compte deux (2) Négro –africains ! A Kaédi sur 1061 candidats au bac toutes séries confondues il y a 37 admis négro -africains …Djeol compte zéro admis ! Voilà pourquoi dans les examens et concours d’accès à l’emploi les enfants et jeunes négro-africains sont recalés. De 2000 à 2016 les résultats sont tous les ans plus catastrophiques que jamais. L’Equité a déserté notre Ecole dès notre accession à l’indépendance …
Enseigner nos langues négro- africaines -gage de l’équité et de l’égalité des chances à l’Ecole et en société – n’a jamais, réellement, effleuré l’esprit des réformateurs. Ce fut –et ça le demeure – le cadet des soucis de nos gouvernants ; Il ne le fallait surtout pas, car ce serait “ouvrir la boite de Pandore, affaiblir la suprématie consacrée de la langue arabe, remettre en cause l’arabité de la Mauritanie”, compromettre le “rééquilibrage” du rapport de force, en voie de parachèvement …
Tel est l’esprit qui nous gouverne toujours !
Cette actuelle réforme, sabordant au passage l’Institut –performant – des langues nationales, n’a pas moins divisé et l’Ecole et la société mauritanienne. Par ses conséquences directes, des Profs de fac francophones, négro- africains, sont entrain d’être poussés vers la sortie, en voie de chômage technique…Les Profs de Droit, et d’histoire sont actuellement touchés, demain ce sera au tour des Profs de lettres. On devine la suite logique du processus sur l’Université… (et lorsque je parle de l’autre Elite- qui a choisi , pour l’essentiel, de se coucher, je note des grincements de dents !!!
En conclusion, l’uniformisation du Système scolaire actuel, à travers cette réforme dernière, s’est faite au détriment des enfants négro africains, au détriment de l’Unité nationale. En lieu et place de la réconciliation, elle a reconduit et accentué la fracture entre Ecoliers et entre communautés, par ses inégalités. Peut –il, du reste, y avoir réconciliation, restauration de l’esprit de camaraderie sur le socle de l’injustice ?
La baisse de niveau est, il est vrai, à l’échelle régionale, africaine et mondiale, mais elle est particulièrement aiguë chez nous à cause de la série de réformes à caractère idéologique et partisan…
“Notre pays dont l’unité s’est forgée dans l’épreuve entend sauvegarder cette unité comme son patrimoine le plus précieux. La diversité est une source d’enrichissement, elle ne doit jamais devenir une source de division. Unité dans la diversité, sans doute, unité dans une stricte égalité, des droits de chacun, sans discrimination d’aucune sorte. C’est ce que nous commande une vision de la réalité, une analyse sans complaisance des faits”.
Ce sont là des propos que tenait M. ould Daddah, mais quel usage en fit-il ? Nous pouvons réussir si nous abordons notre problématique dans un esprit exempt de tout calcul, de tout esprit partisan ou hégémoniste. Nous réussirons à condition d’être mus par le seul désir de construire, une fois pour toute, un système éducatif performant, fonctionnel, efficient , qui servirait l’égalité des chances , offrirait les mêmes opportunités et assurerait au peuple , dans toute sa diversité, développement, bien-être, et harmonie.
Samba Thiam
Inspecteur de L’Enseignement Fondamental
4 Septembre 2016



