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Droit de réponse/ Par Lt/Colonel à la retraite, Sidi Mohamed Ould Vaïda
Sidi Mohamed Ould Vaïda – Le devoir de réserve interdit au fonctionnaire de faire de sa fonction l’instrument d’une propagande quelconque. Il s’agit d’une application de neutralité du service public. Ce devoir n’est cependant pas inscrit dans la loi mais est consacré par la jurisprudence, il concerne le mode d’expression des opinions et non leur contenu. (Voir la loi Hatch de 1939)
C’est en vertu de cette jurisprudence et par respect à l’institution militaire, à laquelle j’ai appartenu, que je me suis toujours refusé de répondre aux sorties intempestives de certains journalistes amateurs et aux accusations gravissimes, portées contre ma personne par les activistes, non moins amateurs mais tout aussi malveillants dont ils s’inspirent, afin d’exécuter des agendas dirigés contre la cohabitation entre les composantes du peuple mauritanien.
J’avais toujours pensé, crédulement bien entendu, que cette attitude, qui procède de la manière dont les officiers se conforment au code d’honneur auquel ils s’astreignent et en vertu duquel, la France a revu et corrigé la contrainte du devoir de réserve en 2005, dans son nouveau statut général des militaires, allait amener ces pêcheurs en eaux troubles à se conformer à la loi qui régit la profession ou à la morale religieuse, qui proscrit la médisance sous toutes se formes.
Il semble, malheureusement, que c’est peine perdue. Il semble aussi que la loi, la déontologie et la rigueur professionnelle, dont l’application fait la crédibilité du journaliste et l’intérêt pour son travail, n’engagent, aux yeux de certaines de nos rédactions, que ceux qui y croient ou le législateur qui les conçoit, pensant naïvement pouvoir protéger la société contre le terrorisme intellectuel et contre sa nébuleuse organisée en corporation du crime par voie de presse.
C’est pour cette raison et pour d’autres, à caractère dissuasif, que j’ai décidé de porter plainte contre le dénommé Sidi Ould Baye (patriote incontestable) auteur de l’article diffamatoire ‘’ Les torchons du faux journaliste Moussa Ndiaye sont commandés par les Généraux’’ paru dans ESSIRAGE.net et repris par CRIDEM le 02-08-2017 et dans lequel je suis nommément mis en cause par des accusations d’extrême gravité. (http://www.cridem.org/C_Info.php?article=700911)
Et puisque ce journaliste semble si sûr de lui et des propos qu’il tient, sans la moindre considération pour le droit des autres à la quiétude, ni pour la présomption d’innocence dont ils jouissent, je lui offre ainsi l’occasion de les vérifier, tout en lui prodiguant le sage conseil d’avoir des preuves assez solides et convaincantes pour échapper aux effets des lois qu’il foule aux pieds et à l’incidence multiforme du verbe mentir, conjugué au temps révolu de l’impunité.
Ces précisions faites, je tiens, par ailleurs, à profiter de l’occasion pour apporter les éléments de réponse aux questions que les mauritaniens, en général et mes amis et frères négros mauritaniens, en particulier, sont en droit de se poser, quant au rôle qu’on me prête dans les événements, ayant marqués les années 80-90 du siècle passé et que ces accusations et d’autres, non moins virulentes, tentent d’accréditer, avec pour seuls arguments l’ignorance, l’amalgame et la mauvaise foi.
Je le ferais cependant en âme et conscience, non pas pour expier un crime ou se donner bonne conscience, comme certains voudront sûrement le faire croire pour sauver leurs fonds de commerce, érigés sur la cause des victimes des événements ayant émaillés les époques citées ci-dessus, mais pour remettre les pendules à l’heure de la vérité historique.
L’heure de cette vérité que tout le monde réclame sans en souhaiter réellement la venue, car elle viendra bouleverser bien des intérêts mercantiles, des certitudes et idées reçues.
Je le ferais aussi en paraphant Roger Holleindre dans sa lettre à Jamel Debouze et dans laquelle il disait : (Nous sommes harcelés sur les ‘’grands’’ médias, par des groupuscules idéologiques qui veulent travestir l’histoire, pour en bénéficier, en instillant la mauvaise conscience à des gens sans lesquels, ils ne seraient rien, ou quasiment.
Il faut dire que la révision de l’histoire -science complexe et incertaine, aux conclusions fluctuantes- va bon train et que la victimisation des uns, la culpabilisation des autres, constituent ces jours-ci un business fructueux)
Je le ferais également, dans un esprit patriotique, loin du négationnisme, érigé en stratégie de défense par ceux qui se sont rendus coupables d’actes répréhensibles dont je mesure, à la fois, la portée morale, juridique et religieuse. Je déclare à cet effet, que je refuse d’être une victime consentante mais, que je ne suis, en revanche, l’avocat de personne, ni d’aucune cause, ni d’aucun régime, tout comme je ne suis comptable des conduites et dérives d’aucun système.
Et, pour avoir occupé une place, me permettant de porter un jugement objectif sur le déroulement de l’histoire récente du pays et de la vallée, de façon particulière, je ne pourrais le faire, sans louer le patriotisme, le courage et l’abnégation, dont le président Mohamed Ould Abdel Aziz a fait preuve, pour apporter des solutions justes et équitables aux contentieux, qui ont résulté de cette époque douloureuse.
Pour ce faire, il serait utile de dire que mon itinéraire dans l’institution militaire n’a jamais été entaché d’actes ou de conduites contradictoires à la loi et aux droits des prisonniers, dont la garde m’a été confiée à plusieurs reprises.
J’avoue par contre, qu’en matière de discipline, ma conduite a souvent bousculé les formes car, je n’ai jamais accepté que les tortures et les traitements dégradants, auxquels certains de ces prisonniers étaient soumis avant d’être transférés dans mes casernes, soient appliqués, malgré les instructions implicites et suggestives dans ce sens.
Mais, l’ironie du sort étant un aspect mythologique auquel plusieurs penseurs ont eu recours afin d’expliquer certaines déconvenue du destin, le respect que j’ai manifesté à l’égard de la loi et des droits de l’homme, ne m’a valu que des réprimandes dans la vie active et des accusations sans fondements, stimulées, il est vrai, par le devoir de réserve que je m’imposais jusqu’à là, comme un sacerdoce.
…1981
En 1981 et au gré du hasard, je suis devenu commandant de la base de Jreyda. Cette affectation, par laquelle j’aurais à interférer plus tard dans les événements du 16 Mars, obéissait à un déroulement de carrière normal et je n’avais, de toute façon, pas le choix, dans les affectations que la chaîne de commandement opérait.
C’est donc à Jreyda, par une nuit que rien ne distinguait de la routine habituelle, qu’on est venu me livrer les éléments du commando du 16 Mars à 4h du matin. Les figures de proue du commando, pour qui j’avais un respect particulier, découlant de cette forme du droit d’aînesse en vigueur dans les armées, étaient menottés, en tenues bleues, et les yeux bandés. Ils portaient les stigmates de traitements dégradants et inhumains subis, à leurs dires, dans les casernements de la garde et de la sixième région militaire.
Au-delà de l’honneur d’officiers, dont ils voulaient faire preuve en ces circonstances de désespoir, j’avais perçu chez ‘’mes ‘’ nouveaux prisonniers, l’amertume d’avoir subis ces traitements de la part de frères d’armes. Ils furent, pour ainsi dire, livrés à une ‘’vindicte’’ aveugle loin de la justice et de l’effet régalien des institutions de la république.
A ce moment précis et compte tenu de la gravité des charges retenues contre eux, je savais que le sort qui les attendait fera partie intégrante de l’histoire du pays. J’y mesurais à la fois donc, mes responsabilités et mon devoir de ne pas suivre aveuglément des instructions politiques, maquillées en devoirs militaires.
Ma première déconvenue, à cet effet, m’est venu de l’intervention de l’un de mes supérieurs hiérarchiques, qui, en regardant un jour par la fenêtre de leur geôle, avait découvert qu’Ahmed Salem Ould Sidi se rasait à l’aide de ma propre trousse et que Kader était étalé sur un lit moelleux et lisait tranquillement une revue Paris Match.
Mon chef m’interpella, croyant utile de me rappeler que ces hommes sont des prisonniers et qu’ils n’étaient pas en villégiature. Ce à quoi j’avais répondu que, tant que je suis commandant de la base, ces prisonniers seront traités, conformément aux conventions internationales en la matière et aux principes des droits de l’homme. Les témoins de cet épisode de ma vie active sont présents et peuvent, au besoin, valider mes dires.
Ce refus d’abonder dans le sens de l’hystérie collective, entretenue par les Structures d’Education des Masses et par des bataillons de tontons macoutes, auxquels est dévolu le rôle d’en faire le dogme de l’Etat, a été perçu comme une insubordination et la manifestation d’une indiscipline caractérisée, qui tranche nettement avec l’esprit de soumission à la dictature du CMSN. Il m’avait valu 20 jours d’arrêt de rigueur et l’affectation à Bir Mogrein, considéré à l’époque comme la pire des sanctions.
…1985
En 1985, le même hasard a voulu que je sois de nouveau affecté à Jreyda où, deux années plus tard, les auteurs de la tentative de putsch de 1987 furent détenus sous ma responsabilité.
Personne, surtout pas des journalistes en mal de notoriété ou des activistes, marchands d’illusions au plus offrant et à la tête du client, ne pourra mesurer combien j’étais mal à l’aise d’être réduit au statut de geôlier de mes frères d’armes, dont certains étaient des promotionnaires et amis intimes.
A l’issue du procès, les plus âgés d’entre les prisonniers, notamment le colonel Anne Amadou Baba Ly et le commissaire Ly Mamadou (encore vivants Dieu merci) avaient fait des témoignages qui se passaient de commentaires et qui illustraient parfaitement bien leurs sentiments à mon égard. Au besoin et, en toute logique, ces témoignages, spontanés et crédibles, apportent des démentis cinglants aux allégations malintentionnées, dont je suis parfois l’objet, mais, à mes yeux, l’occasion de les évoquer, ne s’est jamais valablement présentée.
Le premier m’avait invité à une réunion à laquelle étaient présents certains de ses parents et amis, et avait tenu les propos suivants : ‘’ je vous prends à témoins, avait-il dit avec une émotion non feinte, que je désigne comme parrain de mes enfants, Sidi Mohamed Ould Vaïda ici présent, Je ne savais pas qu’il y avait des officiers aussi dignes ‘’.
Quant au Commissaire Ly, les larmes aux yeux, m’avait pris les mains et me dit: ‘’ ma mère ne m’a pas donné de frère. J’ai accepté de Dieu cette privation. Maintenant je pense avoir trouvé compensation dans mon abnégation.
Tu es désormais le frère que je n’ai pas eu’’. Je l’ai regardé ensuite monter dans un véhicule pour aller affronter son destin à Oualata. J’étais impuissant. La loi des hommes prenait invariablement le dessus. J’avais la conscience tranquille, quoique profondément blessé dans mon affection pour cet homme fier qui, dans le chaos psychologique qui devait être le sien, trouvait la force de faire parler son cœur avec juste de passion, ce qu’il faut pour ne pas perdre sa dignité.
Trouver à y redire ou penser une seule seconde que l’on puisse réserver à un tortionnaire supposé des négros mauritaniens, l’accueil dont j’ai été l’objet à Mbagne, lors de la campagne référendaire, c’est soupçonner ces valeureux officiers et, au-delà, la communauté négro mauritanienne toute entière, d’hypocrisie.
Pire encore, c’est les soupçonner de développer un délire de sadomasochisme ou un syndrome de Stockholm collectifs, que réfute l’entretien de la mémoire relative à ces événements.
C’est encore se méprendre sur le sens et la portée de cet accueil, que de ne pas situer le département de Mbagne dans son contexte social et historique. Le «journaliste» Ould Baye et les activistes de la vingt cinquième heure qui l’inspirent, doivent comprendre une bonne fois pour toute, qu’on ne reçoit pas en grande pompe et, de surcroît, dans le berceau des valeurs ancestrales du royaume Déniankobé, un homme sur qui pèsent les soupçons qu’ils décrivent avec autant de mauvaise foi, que de légèreté dans les arguments.
…1989
En 1989, j’étais en stage aux Etats Unis. Je n’ai donc assisté, ni aux exactions commises de part et d’autre de nos frontières Sud, ni aux expulsions, qui constituaient jusqu’en 2009, le nœud du douloureux problème, dit des événements de 89.
En octobre 1989, mon stage terminé, je fus muté comme commandant d’une formation militaire qui devait se déployer sur la frontière avec le Sénégal. A l’époque, cette frontière était en proie à une guérilla en règle, encadrée et équipée par l’armée sénégalaise.
Cette guérilla hybride, de par les troupes qui la composent, n’épargnait rien et ne faisait aucune différence entre les cibles. Tuer les civiles et razzier leur bétail était d’ailleurs son action de prédilection. Avant mon arrivée, la réaction opposée à cette guérilla, procédait d’une monumentale erreur d’appréciation et de jugement de la part du commandement.
Les villages mauritaniens étaient en état d’urgence permanent. Ils étaient administrés par sous-fifres interposés et, les gardes et gendarmes qui s’y trouvaient et qui étaient souvent de niveau inférieur, dans la chaîne de commandement, s’y comportaient comme en territoires conquis.
Des bavures y ont été commises et le sentiment des populations à l’égard du régime, qu’elles percevaient à travers le comportement de ces hommes, n’était pas dénué de légitimité.
C’est dans ce contexte que les exactions, qui constituent aujourd’hui la symbolique des événements de 1989, notamment Sory Malé, Azlatt etc. eurent lieu. C’est également dans ce contexte qu’est née la fracture communautaire, puisque les villages maures ciblés par la guérilla, avaient créés des groupes d’auto-défense encadrés et équipés, en fusils Mauser, par le gouvernement mauritanien.
Pour ces groupes et, par préjugés, parfois feints pour les besoins d’une cause qui relève des compétences des ethnologues, le négro est souvent un sénégalais en puissance. Pour déployer mes troupes dans la vallée, j’avais exigé, comme préalable, que cette ‘’administration’’ de circonstances ‘’gardes et gendarmes’’, quitte la vallée.
Mes arguments, que j’avais eu du mal à faire valoir, avaient finis par porter et les villages, ayant appris mon attitude envers ce qu’ils estimaient être une occupation, m’envoyèrent des délégations de partout pour me remercier de les en avoir débarrassés.
J’avoue que dans ce contexte, j’avais eu autant de difficultés d’endiguer les opérations de la guérilla, que de difficultés à désarmer les groupes d’auto-défense qui, il faut le préciser, se trouvaient eux aussi, une légitimité dans l’absence de l’Etat et dans la manière par laquelle la vallée était jusqu’à là administrée.
Ma première décision avait été l’interdiction formelle aux troupes, sous mon commandement, de rentrer dans les villages, puisque j’avais compris que, sur l’échelle des urgences, cette mesure était un préalable au retour de la confiance et de la quiétude.
Chez des populations vulnérables et traumatisées, cette décision consistait donc à faire disparaître les symboles de la peur et des menaces que représentaient les militaires aux yeux des villageois. Mes hommes avaient pour instructions de se focaliser sur leur mission initiale, qui est de faire face aux assaillants qui venaient du Sénégal.
Comme mesures d’accompagnement, il m’a fallu redynamiser la traditionnelle dimension sociale de l’armée en temps de troubles. J’ai alors mobilisé, sur les modestes budgets dont je disposais, les moyens d’assurer l’assistance multiforme dont pouvaient avoir besoin certains villages.
Quant aux assaillants, dont les incursions devenaient de plus en plus meurtrières, ils commettaient des crimes abominables, passés sous silence. La raison est que, pour notre pays, le mutisme était, à cette époque, érigé en stratégie de communication afin d’éviter des problèmes avec le Sénégal, alors que dans les adwabas, les victimes dépassaient de loin le seuil à partir duquel, un conflit est considérée comme une guerre conventionnelle.
J’avais affaire à des combats réguliers et, je peux dire aujourd’hui qu’à aucun moment de ma présence dans la vallée, il n’a été question de torture dans mes casernements, tout comme il n’a été question de braquer nos armes sur des civils mauritaniens ou sénégalais.
J’irais même plus loin pour dire que, dans l’accrochage de l’île de Sadel, en territoire mauritanien, des soldats sénégalais ont été découverts morts parmi les assaillants, confirmant ainsi le caractère conventionnel du conflit.
Ce fait a été largement commenté par RFI et j’ai tenu personnellement à ce que l’Etat Major vienne constater la nature, que ces dépouilles de l’armée régulière sénégalaise, donnaient au conflit auquel nous faisions face, mes hommes et moi.
Malgré cette situation de guerre, mes troupes étaient maitrisées et le fait qu’elles aient été accueillies, dès leur arrivée, par des attaques violentes qui ont fait des morts dans le village de Nima et blessé le commandant de la brigade de gendarmerie de Toufoundé civé, la discipline et la conscience professionnelle étaient restées de rigueur.
Les échanges de tirs, que nous avons toujours eus avec ces assaillants et qui sont prouvés par la mort de certains de mes soldats, enterrés dans un cimetière près de la base a Bababé, infirment d’ailleurs les thèses, chères à certains éditorialistes et selon lesquelles, nous nous attaquions à de paisibles civils. C’est enfin pour moi l’occasion de défier ici quiconque, d’apporter la moindre preuve allant dans le sens contraire de ces affirmations.
Et, de toute façon, mes amis, cadres de la vallée et les populations de la zone, qu’on incite de manière implicite à la haine, ont suffisamment de discernement et d’informations sur le sujet, pour séparer la graine de l’ivraie, dans ce cauchemar national et pour savoir qui a fait quoi dans cette phase cruciale de notre histoire récente. Je défie également tout militaire pouvant affirmer qu’il a subi des tortures ou des traitements dégradants sous mon commandement.
Wallahou Weliyyou Ettawvigh
Lt/Colonel à la retraite, Sidi Mohamed Ould Vaïda
sidimvayda@gmail.com
L’éditorial de La Nouvelle Expression : Au pays d’un seul homme
La Nouvelle Expression – La Mauritanie, un pays et un homme : Mohamed Abdelaziz. C’est une manifestation radicale d’une réalité amère : Mohamed Abdelaziz est le seul homme valable en Mauritanie.
On attribuait à Ould Boylil (actuel président de l’Assemblée nationale), à l’époque gouverneur d’une région (Adrar ou Assaba) des propos suivants : « Dans cette région, il y a deux hommes : le « Glader » (bulldozer) et moi ». C’était, dit-on, un puissant gouverneur de l’époque Maaouiya. Ce dictateur (Ould Taya) laissait des prérogatives à ses ministres, gouverneurs et autres.
C’est une époque qui a comme prolongement notre ère, engendrant un autre super puissant à l’échelle nationale où Ould Boylil lui-même, lui fait la courbette. Aujourd’hui, il (Abdel Aziz) est au début et à la fin de ce qui bouge ou fait bouger en Mauritanie. Le patron de toutes les affaires.
Il est le Président, l’homme tout puissant qui décide de tout et fait tout en Mauritanie. Il fait ce qu’il veut où il le veut, quand il le veut, comme il le veut et surtout comment il le veut et à qui il veut. Et les autres s’exécutent, l’échine courbée et en applaudissant. Ils ne sont ni autorisés à penser ou à agir mais à réagir quand il veut et contre qui il veut.
Comme l’autre qui était Président dans un pays lointain mais culturellement très proche de nous et qui disait : «Faites ce que je vous demande de faire, ne faites pas ce je fais et surtout ne dites-pas ce que je fais ». Et pour le maître de Nouakchott avec ses troubadours du jour, le chemin semble être tracé. Un chemin grandement balisé, comme pour un lion dans un enclos de petits ruminants. La Mauritanie est à sa merci. Il personnifie les procédés de l’Etat. Il voulait d’un référendum pour en finir avec le sénat. Il l’a fait contre vents et marées en bottant en touche le droit et les règles les plus élémentaires de bon usage de la démocratie.
Il arrête qui il veut. Il fait exiler qui il veut. Et, même très impopulaire, le tout puissant Président déroule son agenda en réécrivant le l’histoire du pays comme il l’avait déclaré au Tagant. Pour notre super Président, comme disait le camp de Gbagbo, « Il ya rien en face ».
Le Président Mohamed Abdel Aziz agi et fait réagir. Les réactions du pôle opposé à son régime le stimulent dans son élan de fonceur vers cet objectif qu’il s’est fixé. Un objectif qui semble être clair pour tout le monde. Et personne ne peut l’arrêter mais surtout il n’y a personne pour l’arrêter.
Le tout puissant Président est fort et il est surtout très craint. Il fait trembler les autres hommes qui, pense-t-on, seraient capables de lui dire STOP. L’impopularité et les anomalies qui ont émaillé son référendum ne semblent avoir aucun impact sur la philosophie de l’homme. Le puissant Président va certainement proposer d’autres amendements constitutionnels. Qui peut l’arrêter ? Personne.
Et on votera OUI après une campagne électorale « bien menée ». Pour exécuter la volonté du Président, « on » ne tergiverse pas. C’est lui qui peut ordonner d’arrêter un sénateur ; et à la justice de trouver les charges pour l’inculper. Il ordonne de tabasser les opposants car pour lui ils n’existent que sur les réseaux sociaux. Le puissant Président ne peut être contredit car il a toujours raison.
Mais, seulement, le danger, aujourd’hui pour l’homme fort de Nouakchott, c’est qu’il croit vraiment qu’il est fort. Il croit à sa puissance, fort de sa force visible mais surtout « invisible »…
Quand on s’efforce à ignorer la réalité vis-à-vis de son peuple, on appelle cela du mépris. Si on refuse de voir ou de comprendre que les soutiens du moment sont les pires laudateurs que la Mauritanie ait connus, on risque de vivre l’effet d’un caillou jeté dans un arbre envahi par des oiseaux.
C’est le destin de tous les super-Présidents.
Camara Seydi Moussa
cridem
Collectif des avocats du sénateur Ould Ghadda : Communiqué
Collectif des avocats de Ghadda – Les membres du collectif d’ avocats commis par la famille de Monsieur Mohamed Ould Ghadda pour assurer sa défense [[ le Collectif] ont eu aujourd’hui un entretien avec Monsieur le Procureur de la République prés le tribunal de la Wilaya de Nouakchott – Ouest pour examiner avec lui le déroulement de l’instruction préliminaire entreprise dans le cadre de cette procédure.
A cette occasion, le Collectif a rappelé à Monsieur le Procureur de la République l’impératif devoir, dans un état de droit, d’observer scrupuleusement les lois et conventions internationales garantissant et protégeant les libertés.
Les Avocats ont, en particulier, rappelé que Monsieur Mohamed Ould Ghadda est en état d’arrestation depuis le 10/8/2017 et que le délai légal de sa garde à vue a largement expiré sans qu’il ne soit ni libéré, ni qu’il ne comparaisse devant un juge comme l’impose la loi ; ils ont invité Monsieur le Procureur de la République à faire cesser cette situation liberticide.
Ils ont aussi demandé que leur client puisse jouir de l’ensemble de ses droits et notamment du droit de visite de ses avocats et ses proches que consacrent clairement le droit mauritanien et les conventions internationales auxquelles la Mauritanie a adhéré.
En réponse, Monsieur le Procureur de la République a déclaré souscrire totalement aux principes et règles rappelés par les membres du Collectif mais par rapport aux deux questions ponctuellement posées par les avocats, ses réponses sont restées particulièrement évasives.
Le Collectif dénonce la disparition forcée dont a été victime le sénateur Ghadda, perpétrée en violation non seulement de l’immunité que consacre en son article 50 la Constitution en faveur des membres du Parlement mais aussi en violation des règles de procédures applicables à tout citoyen.
Il constate avec consternation que le Sénateur est soumis à un interrogatoire roulant de la Gendarmerie aux différents services de police, et que sa garde à vue -ou ce qui en tient lieu-, se prolonge indéfiniment.
Par ailleurs, les membres du Collectif déplorent que le Mécanisme National de Prévention de la Torture ait pu publier, à l’issue de sa visite tardive, un communiqué faisant part de sa satisfaction des conditions de détention de notre client sans recueillir au préalable l’avis de sa défense et en occultant manifestement les circonstances pénibles dans lesquelles se sont déroulés ces interrogations et notamment sa privation de sommeil.
Le Collectif invite les autorités politiques et judiciaires ayant engagé les poursuites pénales contre Monsieur Mohamed Ould Ghadda à faire cesser les violations de la loi et les entorses graves au droit de la défense en procédant à l’élargissement immédiat de notre client.
Le Collectif ose espérer qu’il sera mis fin à l’instrumentalisation de la justice à des fins politiques partisanes dans ce dossier. L’image de marque de notre pays gagnera sans nul doute au respect de sa constitution, de ses lois et des nombreux instruments internationaux auxquels il a adhéré.
Le Collectif
Nouakchott, le 25 Août
cridem
Mauritanie, les journalistes dénoncent les atteintes aux libertés
Le jeudi 25 août 2017, la Direction de Répression des Crimes économiques a convoqué les journalistes Moussa Samba Sy (Le Quotidien de Nouakchott), Jedna Deida (Site Mauriweb), Babacar Baye N’Diaye et Mme Rella Bâ (Site Cridem).
Elle s’est aussi rendue au siège du Calame pour la convocation du directeur du journal Ahmed Ould Cheikh, en voyage à l’étranger.
Ingérences dans les médias
Interpellés individuellement, chacun des journalistes a eu à répondre sur le contenu de ses productions de presse, sa ligne éditoriale, ses sources de financement.
Face à cette situation gravissime qui porte atteinte aux libertés et à la dignité des journalistes dans l’exercice de leurs fonctions, nous journalistes, dénonçons avec force le harcèlement des acteurs de presse, l’ingérence flagrante du pouvoir dans les affaires internes des médias, et partant, l’intrusion outrageuse de l’Autorité publique et la confiscation de la liberté de presse.
Après avoir divisé la corporation, mettant fin à ses sources de financement, tenté de décrédibiliser la presse privée, érigé la rétention de l’information en règle absolue, les Autorités publiques sortent aujourd’hui, l’arme de l’intimidation pour mettre sous-scellé l’indépendance du journaliste tant qu’il n’obéît pas aux désidératas du pouvoir.
De tels comportements viennent démontrer le recul des libertés individuelles et prouvent le manque de sincérité dans le discours officiel qui prétend défendre les idéaux de démocratie dans le pays.
Violations des libertés
Partant de ces manquements et faits de violation manifeste des libertés, nous signataires du présent communiqué,
– apportons sans réserve notre solidarité la plus agissante à nos confrères interpellés
– condamnons, avec force ces pratiques que l’on croyait révolues ;
– exigeons l’arrêt immédiat de l’interpellation arbitraire des médias du fait de leur ligne éditoriale ;
– rejetons toute velléité d’utiliser des événements politiques à des fins de règlements de comptes.
Par Nicolas Beau
le monde
Un document historique inédit : Amadou Malick Gaye écrivait ainsi, à Moctar Ould Daddah, le 29 avril 1966
Les noirs du sud se veulent mauritaniens. Mais il ne leur a été permis jusqu’ici de se sentir vraiment chez eux en Mauritanie. Seuls parmi eux des arrivistes capables de fermer les yeux de se boucher les oreilles et de tout encaisser, peuvent se sentir à l’aise.
A Monsieur Moctar Ould Daddah, Président de la République Islamique de Mauritanie, Monsieur le Président,
N’ayant pu ni obtenir l’asile politique momentané en Mauritanie, ni être autorisé à poursuivre mon chemin vers d’autres pays, j’ai été ramené à Dakar. Comme il fallait s’y attendre, après ce retour, j’ai été envoyé dans un camp pénal et mis en cellule. Et en plus de mes deux ans, j’ai sur le dos un délit d’évasion pour lequel le code sénégalais prévoit une peine minimum de six mois. Mais ce n’est pas pour cela que je vous écris. Car, d’une part, en décidant de m’évader, j’avais accepté d’avance toutes les conséquences bonnes ou néfastes
D’autre part, je suis sûr qu’avec l’aide de Dieu, tout cela se terminera beaucoup plus vite que prévu. Et bientôt, ce ne sera plus qu’un souvenir lointain qu’on évoquera avec le sourire. Je vous écris pour deux raisons :
1) ma position vis-à-vis de la Mauritanie .
2) la situation intérieure de ce pays.
Pendant que j’étais gardé à vue à Nouakchott, on m’a rapporté des propos selon lesquels vous auriez dit que vous avez toujours voulu vous assurer ma collaboration et que c’est moi qui n’ai pas accepté. Vous n’êtes probablement pas le seul à avoir tenu de tels propos. Mais je pense, Monsieur le Président avoir fait tout ce que je pouvais pour aller en Mauritanie et pour y rester. Parce que si officiellement, on m’a déclaré né à Dakar, le 11 Juillet 1931, en fait, je suis né un Vendredi matin, 10 Juillet 1931 à Dounguel-Réwo, subdivision de Boghé, sur le sol mauritanien, de parents qui se sont ré-installés en Mauritanie, car la Mauritanie et l’Afrique du Nord ont été habitées par nos ancêtres longtemps avant l’arrivée des Berbères d’une part et des Arabes d’autre part. D’ailleurs, l’Arabie elle-même… mais fermons pour l’instant cette parenthèse).
Déjà quant j’étais en France, j’avais refusé d’adhérer à l’Association des étudiants Sénégalais, malgré quelques sollicitations. Finalement, je vous ai suggéré à vous et aux autres compatriotes qui se trouvaient avec nous, la création d’une association Mauritanienne. Vous avez accepté.
En 1957, un an avant la fin de mes études, la délégation du gouvernement général de l’A.O.F. à Paris m’a proposé de devenir fonctionnaire international à Bruxelles (poste que Mamadou Touré devait occuper plus tard). J’ai refusé. Après ma nomination comme administrateur en 1958, on m’a offert de travailler au Sénégal, au Togo et au Niger, j’ai encore refusé. Vers la même époque, le Président Modibo Keita m’a dit que le jour où je voudrai venir travailler au Soudan, je trouverai les portes largement ouvertes. Je n’ai pas donné suite.
Par contre, je suis allé jusqu’à St-Louis vous relancer pour obtenir mon affectation en Mauritanie. Mais de Novembre 1958 à Juin 1959, j’ai été payé pour ne rien faire dans notre pays qui ne regorgeait pourtant pas de cadres. J’ai écrit au Conseil de Gouvernement pour attirer son attention. Il ne m’a même pas répondu. Il m’a fallu menacer d’aller au Sénégal pour me voir proposer un poste de Chef de subdivision. Finalement, j’ai été chargé de créer le service de la statistique, jusqu’en Avril 1960 date à laquelle je suis allé suivre un stage de planification en France. A mon retour en Août 1960, j’ai été envoyé à Nouakchott, alors que mon service se trouvait toujours à St-Louis. Pendant des mois, je me suis tourné les pouces. Pour me rendre utile, j’ai organisé un mouvement de jeunesse, je me suis transformé en examinateur d’Anglais au B.E.P.C., puis en professeur de Français, histoire et géographie au Lycée de Nouakchott.
En fin de compte, je me suis plaint auprès de vous, Monsieur le Président. Vous m’avez fait nommer Directeur de Cabinet du Ministre de l’Education. Mais ce dernier était fermement décidé à ne me laisser que le titre pour confier la réalité des fonctions à son inspecteur primaire qui avait été dans le bon vieux temps son supérieur hiérarchique. Lorsque j’ai mis les points sur les i, mon Ministre m’a promis que désormais nous travaillons en équipe. Mais je ne devais pas tarder à découvrir qu’il convoquait son Inspecteur au Ministère de l’Intérieur qu’il cumulait avec celui de l’Education. Et là-bas, ils réglaient les problèmes essentiels pour ne me faire connaître que les mêmes détails. J’ai alors compris que je perdais mon temps dans l’administration Mauritanienne. Cette fois, je n’ai rien dit à personne : j’ai pris mon congé en tant que fonctionnaire de l’assistance technique française et je suis parti.
Cependant, mes efforts pour rester en Mauritanie, ne se sont pas arrêtés là. Après ces difficultés dans la fonction publique, j’ai pensé que je pourrai faire quelque chose dans le privé. J’ai poussé l’entreprise Gassama à créer en Mauritanie une succursale dont je devais être responsable. Nous avons été parmi les premières à nous inscrire pour un terrain dans la zone commerciale.
Parallèlement à cela, je suis venu prendre des contacts pour la création d’une société d’importation de thé. A cette occasion, j’ai même obtenu votre audience. Ces deux initiatives n’ont pas abouti à cause de mon arrestation en 1962, dans laquelle la Mauritanie a malheureusement joué un rôle déterminant.
Il est vrai que récemment, M. Elimane KANE à qui vous aviez l’intention de confier un portefeuille ministériel, s’est rendu à Dakar et m’a demandé, avec semble-t-il, votre accord, de venir travailler avec lui. Mais il m’a trouvé quelque peu enchanté et malgré toute mon amitié pour lui, je n’ai pas pu accepter. Avec lui, cependant, j’étais sûr de n’avoir aucun problème. Mais la suite des évènements n’a pas tardé à manifester une vérité première : en Mauritanie comme ailleurs, les ministres et les gouvernements eux-mêmes ne sont pas inamovibles. Et qu’est-ce qui me garantit que je n’aurais pas recommencé mon cycle de chômage payé après le départ de M. Kane du gouvernement ?
Le P.A.I. dans lequel je militais à l’époque où j’étais en Mauritanie, avait des sections dans plusieurs Etats Africains. Mais malgré l’impatience de certains Mauritaniens progressistes, la direction de notre parti s’était toujours opposée à la création d’une section mauritanienne, estimant que les conditions politiques, économiques et sociales ne l’exigeaient pas. Notre presse à travers l’Afrique et en Europe n’était pas très tendre à l’égard des gouvernements issus de la Loi-cadre. Mais mis à part un ou deux articles de second ordre parus dans un journal régional à Saint-Louis, à ma connaissance, à aucun moment le PAI n’a attaqué le gouvernement mauritanien ou sa politique. Mieux, après la création du Parti du Peuple Mauritanien, nous avons demandé à tous nos amis et sympathisants de militer sincèrement dans ce mouvement.
Mais malgré cette neutralité bienveillante vis-à-vis de la Mauritanie, dans le domaine politique non plus, je n’ai pas été gâté par la R.I.M.
En 1959, j’ai été éloigné de St-Louis et contraint par la Mauritanie à faire une tournée dans le Nord-Ouest parce que le Sénégal ne voulait pas que je sois à St-Louis pendant la réunion du Conseil Exécutif de la Communauté. En Août 1960, j’ai été exilé à Nouakchott et pratiquement mis en quarantaine à la demande du Sénégal, après les incidents électoraux de St-Louis qui avaient pourtant eu lieu en mon absence. Vous-même, Monsieur le Président, vous m’avez dit à ce moment-là que vous permettriez d’aller n’importe où sauf au Sénégal. En 1962, des informations fantaisistes d’un administrateur mauritanien et de votre ministère de l’intérieur ont été transmises au gouvernement du Sénégal et ont entraîné mon arrestation à St-Louis et mon transfert à Dakar où j’ai été emprisonné pendant trois mois, puis mis en résidence surveillée pendant cinq mois.
Il y a une dizaine de jours enfin, j’ai pu m’évader de la prison civile, disparaître de Dakar, me rendre à St-Louis, puis à Rosso. Arrivé à Nouakchott le 18 avril au soir, je comptais tout juste y passer la nuit pour continuer le lendemain matin par avion vers un autre pays. J’avais mon billet et ma place était retenue ferme. Si en fin de compte mon évasion n’a pas réussi, si ma famille se trouve en difficulté, et je moisis actuellement dans une cellule de camp pénal au lieu de vivre librement dans un autre Etat africain, c’est uniquement parce que la Mauritanie n’a pas voulu m’accorder, je ne dis même pas un asile politique, mais un simple droit de passage. Elle a préféré me remettre à la Sûreté sénégalaise. Pourtant, lundi dans la nuit et vendredi à 13h, je pouvais m’évader du commissariat. Mais j’ai préféré compter sur vous.
Je sais que la situation de Nouakchott ne m’était pas favorable et que les raisons d’Etat sont parfois implacables. D’ailleurs, maintenant, comme les autres fois, je n’en veux à personne. Car je pense qu’il faut se battre jusqu’au bout avant « l’évènement ». Mais une fois qu’il a eu lieu, il ne sert à rien de pleurnicher. Le fatalisme est alors plus réaliste. Il faut se dire : « C’était écrit ! » et se tourner vers résolument vers l’avenir.
Si j’ai rappelé tous ces faits, ce n’est donc pas par rancune mais parce que j’estime qu’après tout cela, il n’est pas du tout juste que l’on me reproche à moi de n’avoir pas voulu travailler en Mauritanie. Car je ne suis venu au Sénégal que contraint et forcé. Cependant, malgré toutes les arrestations que j’ai subies de ce côté-ci du fleuve, je pense que je n’ai pas eu tort de venir.
Notre parti en a fait voir de toutes les couleurs au gouvernement contre nous. En outre, je constate que malgré cela, chaque fois que j’ai demandé du travail au gouvernement du Sénégal, il m’a permis de mettre la main à la pâte. En 1963, j’ai été affecté au Ministère du Commerce, puis nommé par le Conseil des Ministres, Directeur de l’Institut de Technologie Alimentaire. Et chaque fois, ce n’était pas pour la forme.
Si vous le permettez, maintenant, Monsieur le Président, je vais revenir sur la situation intérieure actuelle de la Mauritanie. Ce que j’ai dit dans ma dernière lettre n’était pas dicté par les circonstances. Je le pense effectivement.
Je maintiens que je ne peux comprendre que les Noirs de Mauritanie puissent accepter d’apprendre le Français à l’école et rejeter l’arabe qui est considéré comme langue Sainte par l’écrasante majorité de leurs parents. En ce qui me concerne, malgré les incommodités de la vie en cellule et les pertes de temps (il n’y a pas de lumière pour travailler la nuit), j’espère terminer bientôt le tome I de la « Méthode d’Arabe littéral » de Lecomte et Ghédira. Au fur et à mesure que j’avance, je dresse la liste des mots Poular empruntés à l’arabe. Je constate déjà que leur nombre sera effarant. D’autre part, selon une tradition très vivace chez nous, « Fouta Toro » vient des mots arabes signifiant « émigrés du Thor ». Or, le mot Thor, vous le savez, se trouve dans la péninsule arabique, plus exactement dans le Sinaï. Dans le temps, j’étais très sceptique. Mais les quelques notions d’archéologie que je commence à acquérir, m’amènent à me convaincre de plus en plus que c’est vrai. Mieux, j’en arrive même à être d’accord avec ceux qui estiment que les Arabes comme les Juifs sont le produit d’un lointain métissage de noirs et d’aryens. Il fut un temps où les Dieux eux-mêmes étaient noirs et tout le monde était fier d’avoir du sang noir dans les veines. Actuellement, les choses ont quelque peu changé. Mais la situation actuelle elle-même changera. Car ainsi va le monde.
Sur le plan linguistique, je pense qu’entre l’arabe et les langues dites africaines, il y a eu double inter-action. Au début, l’arabe a été influencé par ces langues. On retrouve encore dans son vocabulaire des vestiges de l’Egyptien ancien parlé par des noirs. Par contre, avec la naissance et le développement de l’Islam, l’Arabe a profondément marqué certaines langues africaines comme le Poular.
Il n’y a donc objectivement aucune raison pour que les mauritaniens noirs refusent d’apprendre l’Arabe en tant que langue. Je redis que c’est un faux problème qu’il faut éviter à tout prix d’ancrer dans la vie du pays. La cause véritable de l’agitation de nos parents est ailleurs. Et le décret rendant l’enseignement de l’Arabe obligatoire n’a été que le prétexte qui a permis à un mécontentement longtemps comprimé d’éclater, tout comme le congrès de Nouakchott en son temps.
Certains penseurs conseillent de regarder la vérité en face, même si l’on doit en mourir. Pour la Mauritanie, regarder les choses en face, loin de faire mourir, aura, je pense, un effet très salutaire.
Les noirs du sud se veulent mauritaniens. Mais il ne leur a été permis jusqu’ici de se sentir vraiment chez eux en Mauritanie. Seuls parmi eux des arrivistes capables de fermer les yeux de se boucher les oreilles et de tout encaisser, peuvent se sentir à l’aise. Par moment, il m’arrive de comparer la situation des noirs mauritaniens à celle des Arabes en Algérie entre 1945 et 1954. Sous certains aspects, la situation de nos parents est encore plus déplorable. Au fond, presque tous nos parents vivent avec une intensité plus ou moins grande, la même aventure que j’ai moi-même vécue. Les seules différences étant que je me considère avant tout comme un citoyen africain et que je peux me faire une place au soleil dans d’autres Etats Africains, alors que la plupart d’entre eux ne le peuvent pas.
Qui parmi eux ne s’est pas vu dire qu’il est un étranger et qu’il n’a pris des papiers mauritaniens, que pour trouver du travail ?
Les idées esclavagistes sont encore très vivaces dans le pays. Et pour beaucoup de Mauritaniens même instruits, un noir parce que noir est un esclave, un être inférieur.
Cet état d’esprit ambiant se retrouve jusque dans la vie politique. On en vient par exemple à considérer comme tout à fait normal qu’un noir ne puisse pas occuper certains postes ministériels ou diriger certains services nationaux. Un autre exemple ? Prenons le problème du pourcentage des noirs et des maures dans le pays. Du temps des Français, il était admis qu’il y avait deux tiers de maures pour un tiers de noirs. Peu de temps après la Loi-Cadre, c’est-à-dire la mise en place d’une Assemblée et d’un Gouvernement à majorité de maures, on est passé à trois quarts, un quart. A l’heure actuelle, ce pourcentage sur lequel on se base plus ou moins pour répartir entre les deux ethnies les députés, les ministres, les stages et les emplois, est de quatre cinquième pour les Maures et un cinquième pour les Noirs.
On dira, certes, que les estimations françaises ne reposaient sur rien de sérieux. Mais elles avaient au moins le mérite de l’impartialité , tandis que les chiffres actuels qui sont au moins aussi contestables, semblent être le produit d’une volonté bien arrêtée de limiter les prérogatives d’une ethnie au profit de l’autre. C’est d’autant plus inquiétant que certains maures trouvent le dernier pourcentage encore trop favorable aux noirs. Si l’on n’y met pas un frein, de pareilles idées risquent de devenir dangereuses et de mener très loin.
Cependant, il ne suffit pas d’apposer une signature au bas d’un texte réglementaire et de décréter qu’il ne peut plus être question d’ethnie en Mauritanie pour que le problème soit réglé. On dit que les Etats socialistes sont totalitaires et dictatoriaux. Je leur reconnais au moins le mérite suivant : avant de s’attaquer à un problème d’une certaine importance, ils préparent systématiquement le terrain en suscitant des discussions et des explications dans le Parti, les mouvements de masse, les journaux, la radio, la télévision etc… pour faire comprendre et accepter la nouveauté. A mon avis, le gouvernement le plus autoritaire qui ait jamais existé, a été le gouvernement national socialiste. Pendant des années, la volonté de Hitler a été la seule Loi en Allemagne. Il a conduit tout son pays dans des aventures extravagantes. Mais lui-même et Goebble, son ministre de l’information, veillaient soigneusement à présenter aux Allemands, les moindres actions du gouvernement sous un jour acceptable. Il y a là quelque chose à méditer.
Je pense que le problème intérieur mauritanien n’est pas encore devenu insolite : c’est en laissant pourrir la situation qu’on l’amènera à ce stade. Car, au-delà d’un certain seuil tout mouvement humain devient irréversible et toute maladie, incurable.
Ce qu’il faut en Mauritanie, c’est d’abord, une patiente éducation des deux ethnies qui les amènera à comprendre qu’elles sont beaucoup plus proches l’une de l’autre qu’on ne le croit généralement des deux côtés. Car, qu’ils le veuillent ou non, les Mauritaniens Maures et Noirs sont des demi-frères sur le plan social et cohabitent sur le même sol.
En même temps que cette éducation, il faut des réformes appropriées permettant à la minorité noire elle aussi de se sentir chez elle en Mauritanie. Car en fait, elle ne demande que cela.
Entrée en Mauritanie dans la Fédération du Mali, garanties constitutionnellement, gouvernement fédéral, scissions parmi les étudiants, refus de l’arabisation de l’enseignement etc… qu’est-ce que tout cela, si ce n’est des manifestations partielles et parfois maladroites de ce besoin ? Si les noirs appréhendent un rapprochement Mauritanie-Maghreb, c’est essentiellement parce qu’ils se disent que leur situation déjà mauvaise risque de devenir catastrophique. L’hostilité de l’Arabe traduit donc une certaine forme de résistance à l’oppression et rien d’autre.
Pour ce qui est des réformes elles-mêmes, je pense que l’importance numérique des deux ethnies et les possibilités financières du pays ne justifient pas la création d’un gouvernement fédéral. Ce qu’il faut avant tout c’est assuré l’égalité devant l’emploi dans les secteurs public et privé.
En second lieu, je pense qu’il faut revenir au pourcentage deux tiers, un tiers pour l’Assemblée Nationale et le Gouvernement.
Vous aviez suggéré qu’il ait un Président de la République et un Vice Président ne pouvant pas être tous les deux de la même ethnie. L’idée est à reprendre. Si elle n’a pas été retenue par l’Assemblée en 1961, c’était parce que vous n’aviez ni assisté aux débats ni beaucoup insisté pour l’adoption. Il y a de fortes chances pour que le plus souvent le Président soit un Maure. Il n’y a aucun mal en cela, à condition bien entendu que le Vice Président ne soit pas un simple béni-oui-oui, mais une personnalité incontestée, démocratiquement choisie et ayant des attributions réelles.
On peut ajouter que le Président de l’Assemblée Nationale sera choisi alternativement dans l’une et l’autre ethnie.
Je profite de l’occasion pour suggérer une dernière réforme qui, elle n’a rien à voir avec le problème ethnique. Elle concerne la démission en blanc. C’est une mesure vraiment rétrograde qui dépare la politique mauritanienne. C’est par la formation politique qu’un militant doit être amené à adhérer totalement à la ligne et aux décisions du Parti. Lorsqu’un divorce se produit l’intéressé doit avoir, de lui-même, l’honnêteté de démissionner de toute les fonctions qu’il occupe grâce au Parti. S’il ne le fait pas, il suffit d’un peu de patience pour l’attendre au tournant inévitable des réélections.
Je suis sûr, Monsieur le Président, que les quelques réformes suggérées plus haut (égalité devant l’emploi ; deux tiers, un tiers ; Vice Présidence de la République ; Présidence alternée de l’Assemblée), si elles sont réalisées pendant qu’il en est encore temps, apaiseront les noirs et leur donneront enfin la certitude qu’on veut effectivement bâtir avec eux la Patrie Mauritanienne.
Certes, parmi les Maures, il y a des ultras qui ne voudront rien comprendre. Mais avec beaucoup de bonne volonté, la raison finira par triompher.
Ce qui m’a le plus frappé dans la politique intérieure mauritanienne, a été la réalisation de l’unité politique et la création du Parti du Peuple. Pour qui connaît l’énormité des appétits en présence et la sournoiserie des calculs dans la jungle politique de l’époque, c’était un véritable tour de force.
Puisque vous l’avez réussi, je ne vois vraiment pas pourquoi vous ne réussiriez pas à réconcilier ces demi-frères que sont les Mauritaniens maures et noirs.
Personnellement, je vous souhaite déjà : bonne chance
PS : Je vous serais très reconnaissant d’autoriser la publication de cette lettre dans la presse mauritanienne, « in-extenso » pour éviter tout malentendu. Vous me permettrez, d’autre part d’en diffuser quelques copies. Car les deux problèmes qui sont soulevés me touchent au plus haut point. D’avance, Merci.
Amadou GAYE, Administrateur en Cellule au Camp Pénal de Dakar
Dakar, le 29 Avril 1966
TAHALIL-HEBDO



