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Le président Aziz à New York : juste un acte de présence…
Le président Mohamed O. Abdel Aziz s’est envolé dimanche dernier à destination de New York pour assister aux travaux de la 72ème assemblée générale des nations unies.
Malgré sa présence à certaines activités, son absence s’est particulièrement fait remarquer à certaines activités d’importance dans les sphères des nations unies.
Il avait été absent au dîner organisé par le président américain Donald Trump en l’honneur de certains chefs d’état africains présents à l’assemblée générale, les présidents ivoirien, éthiopien, ghanéen, gambien, nigérian, ougandais, sud africain, en plus du chef de l’état guinéen, président en exercice de l’union africaine.
O. Abdel Aziz était également absent à la tribune de l’assemblée générale, le discours qu’il devait prononcer l’a été par le ministre des affaires étrangères O. Ahmed Izidbih.
Son absence à cette tradition a amené les mauritaniens à se poser des questions, car c’est la première fois qu’un chef d’état se déplace pour une assemblée générale de l’ONU sans prononcer son discours, laissant le soin à son ministre des affaires étrangères de le faire.
O. Abdel Aziz avait assisté à la séance d’ouverture de l’assemblée générale mais pas aux autres séances qui ont suivi.
Il a pris part à quelques rencontres notamment avec le secrétaire général des nations unies, la procureure générale de la cour pénale internationale et la rencontre internationale de haut niveau consacrée à l’appui du G5 du Sahel.
Saharamedias
Mme Nana Mint Cheikhna, membre du bureau exécutif du RFD : ‘’Le feuilleton Ould Ghadda incarne les pratiques dignes des bas-fonds auxquelles est parvenu notre système de gouvernance’’
Le feuilleton politico-judiciaire « Ould Ghadda – Bouamatou » tient en haleine toute la République. Quelle lecture vous faites de ce dossier? Ne pensez-vous pas qu’il est en train d’occulter tous les autres problèmes que connaît le pays ?
Nana Mint Cheikhna : Ce que vous appelez si justement feuilleton en ce qu’il comporte d’invraisemblables scénarios bien dramatiques pour l’image du pays et son projet de démocratie, incarne les pratiques dignes des bas-fonds auxquelles est parvenu notre système de gouvernance.
En effet, à la suite du lamentable échec du référendum organisé sur un coup de tête du chef de l’Etat et en parfaite contradiction avec la constitution, ce dernier a décidé de punir les sénateurs issus de sa « majorité » qui ont osé le défier en votant contre ses desideratas et par la même occasion apeurer et intimider la presse francophone dont la ligne dénonciatrice ne lui convient pas et les syndicats réfractaires à la volonté de réduire au silence les représentants des travailleurs.
A cette fin, il prétend, à travers le parquet qui est naturellement soumis aux instructions du gouvernement, que ces personnalités ont été corrompues et auraient donc commis un crime économique.
Je voudrais ici rappeler :
1/ Que l’article 50 de la constitution dispose clairement : « Aucun membre du parlement ne peut être poursuivi, recherché, arrêté, détenu ou jugé à l’occasion des opinions ou vote émis par lui dans l’exercice de ses fonctions » Il convient d’ajouter à ce niveau que toutes ces accusations se fondent sur un acte foncièrement illégal, celui du viol par des agents de l’Etat de la correspondance privée d’un citoyen à l’occasion d’un accident de la circulation.
2/ En tout état de cause si des parlementaires, des journalistes ou des syndicalistes auraient reçu une aide ou un financement d’un citoyen mauritanien qui partage leur opinion sur un point donné, que dirait-on d’un chef d’Etat qui a incontestablement une casquette de haut fonctionnaire et qui a reçu sans nul doute de ce même homme d’affaires des milliards et des biens immobiliers bien visibles sur les grandes avenues de la capitale ? Et en contrepartie de quel service a-t-il bénéficié de cette générosité ?
3/ Puisqu’il s’agit de présomption de crimes économiques, que dire de l’émergence en un rien de temps comme dans une génération spontanée de parents et amis proches du chef de l’Etat qui étaient démunis à la veille de l’accession de ce dernier au pouvoir et devenus d’un coup milliardaires, éclipsant ainsi les plus grands hommes d’affaires connus de la place ?
4/ La Mauritanie a créé en 2005 une commission d’analyse financière dont le texte de création prévoit qu’elle s’occupe du crime de blanchiment d’argent (argent de la drogue, des détournements de deniers publics etc.) et des financements liés au terrorisme.
Cette agence, qui coûte depuis sa création des milliards, n’a jamais levé le petit doigt pour « analyser » l’origine de ces enrichissements sans cause qui, pourtant, crèvent l’œil.
En tout état de cause, il me semble qu’à travers toute cette mascarade, le chef de l’Etat vise plusieurs buts :
– D’abord intimider, apeurer les élus de son camp au cas où ils auraient la malencontreuse idée de relever la tête et de voter contre sa volonté.
– Intimider les journalistes et les syndicalistes qui auraient partie liée avec cet homme d’affaires qui a pu se soustraire au chantage pratiqué sur les hommes d’affaires de ce pays (chantage au fisc, aux marchés publics etc.) et s’opposer au système en place au prix de son exil.
– Couvrir et faire diversion par rapport à l’échec patent du chef de l’Etat, ses ministres et de toute l’administration engagée sans vergogne au nom de l’Etat dans la campagne électorale pour les modifications de la constitution. Il faut souligner que pour la première fois ; les mauritaniens ont résisté à ces pressions et se sont abstenus de voter.
– Détourner l’opinion de la grave crise économique qui sévit : reflux du prix des matières premières, hausse vertigineuse des prix et appauvrissement évolutif des ménages, effondrement catastrophique de l’ouguiya, endettement excessif alors que le pays avait bénéficié de l’effacement de la dette, taux de chômage très élevé particulièrement chez les diplômés, criminalité en progression dans les villes et donc autant de problèmes qui préfigurent à terme de grands risques de troubles sociaux.
-Ne craignez-vous pas que le pouvoir n’use comme prétexte cette situation pour reporter les prochaines consultations municipales et législatives de 2018 voire de vouloir les jumeler à la présidentielle de 2019 ? Que ferait l’opposition démocratique dans ce cas de figure?
-Le pouvoir ne s’est jamais soucié des dates des échéances électorales. Vous savez que par le passé, il a refusé d’organiser les élections à l’échéance pour des motifs fallacieux. Non content de cette grave entorse à la constitution et aux règles de la démocratie, il s’est attaqué pour d’incompréhensibles raisons au texte fondamental.
De toutes manières, nous sommes désormais installés dans l’illégalité absolue et des élections dans des conditions de fraude, telles que l’avons constaté au cours du prétendu referendum, ne veulent rien dire sauf à accroître la malaise et l’inquiétude générale que ressentent actuellement les mauritaniens pour l’avenir du pays.
L’essentiel est que l’opposition adopte une nouvelle stratégie et un programme de travail pour imposer l’incontournable alternance qui semble affoler le pouvoir.
-Selon nos informations, le comité de suivi du dernier dialogue va se pencher, sous peu, sur les autres résolutions dudit dialogue, notamment les élections municipales et législatives anticipées, la refonte de la CENI, du Conseil Constitutionnel… Que pensez-vous de cet agenda?
-Personnellement, je ne puis accorder du crédit à un dialogue qui exclut l’écrasante majorité de l’opposition et qui s’est contenté d’entériner à la lettre les intentions déclarées par le chef de l’Etat dans un meeting tenu à Néma bien avant ce prétendu dialogue.
De même les opposants qui suivent le chef de l’Etat comme son ombre dans ses déplacements à l’intérieur du pays m’intriguent fortement.
C’est donc que l’agenda de ces rencontres ne sera, sauf surprise exceptionnelle, que le reflet des velléités d’un pouvoir qui se refuse au respect des lois et de la transparence. Un pouvoir dont l’agenda semble être une volonté de se maintenir directement ou indirectement au pouvoir et qui ne sait pas encore comment s’y prendre.
– N’y aurait-il pas aujourd’hui de risques pour que l’opposition démocratique rate l’alternance en 2019?
-Il est de mon point de vue vital que tous les Mauritaniens prennent conscience que les échéances de 2019 sont décisives pour l’avenir de ce pays ; Ou l’alternance pacifique se réalise dans des conditions réellement démocratiques et non comme par le passé selon le bon vouloir des détenteurs du pouvoir ou la Mauritanie demeurera pour longtemps sous le joug de ce groupe de militaires et peut-être basculera-t-elle, qu’à Dieu ne plaise, dans des troubles aux conséquences imprévisibles.
C’est donc que l’alternance n’est pas seulement l’affaire de l’opposition mais aussi celle de tous les citoyens désireux d’édifier un pays libéré des pouvoirs autoritaires et injustes, un pays où la voix du citoyen compte.
Pour ce qui concerne les partis d’opposition, je crois qu’ils devraient dès à présent concevoir une stratégie et un programme communs en vue de réussir ce passage et consentir les sacrifices y afférents. Je souhaite aussi que toute l’élite et en particulier les intellectuels contribuent activement à la réussite de ce changement car s’il est réussi la Mauritanie a devant elle des perspectives prometteuses d’un avenir meilleur.
Propos recueillis par Dalay Lam
le calame
LES PRÉSIDENTS AFRICAINS NEUTRALISÉS POUR AVOIR SUGGÉRÉ OU TENTÉ DE SORTIR DU CFA
À l’heure où le Franc CFA est plus que jamais au cœur de la lutte des masses africaines et afro-descendantes partout dans le monde à travers differents appels à la mobilisation à l’échelle internationale (retrouvez la liste des mobilisations du 16 septembre). Nous souhaitons parler ici, des présidents africains qui ont pour la plupart souvent été incompris par leurs populations tant leurs idées étaient en avance sur leurs temps.
En effet, ces personnalités ont eu le courage et la volonté de suggéré une sortie ou tenté de sortir du CFA (Colonialisme Français en Afrique) à une époque où l’aliénation de notre peuple était à son apogée.
AHMED SÉKOU TOURÉ
Président de la Guinée

Bien qu’ils soient plusieurs pays à avoir refusé cet assujettissement monétaire et à avoir tenter d’en sortir, le seul à l’avoir complètement quitté, c’est la République de Guinée (Guinée Conakry). Son premier président, Ahmed Sékou Touré, souhaitait une totale indépendance pour son pays, aussi bien dans le domaine politique qu’économique. Ce qui eut le don de froisser considérablement le président français de l’époque, Charles De Gaulle qui, au cours d’une tournée en Afrique en 1958, fut reçu de manière triomphale dans les colonies malgache, congolaise et ivoirienne. Mais froidement reçu lors de son passage en Guinée.
Dans son discours, le président guinéen déclara :
« Je préfère la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage »
Ce à quoi de Gaulle répond : « l’indépendance est à la disposition de la Guinée ». Deux mois plus tard, le 2 octobre, la Guinée obtient son indépendance (le premier pays d’Afrique francophone). Celle-ci est vécue comme une humiliation par la France, qui retire alors tous ses fonctionnaires et ses crédits. Les services français ont tenté un coup d’État contre Sékou Touré avec la collaboration du Sénégal et de la Côte d’Ivoire. La tentative avait été déjouée par Sékou Touré. Le Franc guinéen est lancé en 1960, et est toujours la monnaie officielle du pays.
SYLVANIUS OLYMPIO
Président du Togo
Le premier président élu de la République du Togo, qui, ne voulant pas continuer à subir une domination française, décida une sortie de la zone franc pour créer une monnaie locale. Le 13 janvier 1963, quelques jours après avoir lancé les premières impressions des nouveaux billets, Olympio fut assassiné par un ex-légionnaire français, le sergent Etienne Gnassingbé, qui lui succédera à la tête du Togo avec les félicitations de l’Élysée, et restera au pouvoir durant 38 ans.
MODIBO KEITA
Président du Mali
Le militant panafricain, lui aussi premier président élu de son pays : le Mali, pour qui la colonisation perdurait avec ce système monétaire et représentait un frein pour le développement du pays. Modibo Keita décida à son tour de se retirer de la zone Franc puis créa le franc malien, qui devint la monnaie officielle du Mali, le 30 juin 1962. Comme Olympio, Keita sera victime d’un coup d’Etat, mené par un autre ex-légionnaire français, le lieutenant Moussa Traoré, le 19 novembre 1968. Ce dernier succédera lui aussi à la présidence et ramènera le Mali entre les griffes du Franc CFA le 1er juillet 1984. Modibo Keita mourra dans sa cellule et dans des circonstances suspectes, jamais éclaircies après 9 ans de détention, le 16 mai 1977.
THOMAS SANKARA
Président du Burkina Faso
« Le Franc CFA, lié au système monétaire français, est une arme de la domination française ».
Ce qu’avait déclaré le président panafricaniste et anti-impérialiste burkinabè en 1985. Refusant toute aide du Fonds Monétaire International ou de la Banque Mondiale, afin de ne pas subir le diktat des financiers internationaux, Sankara a transformé son pays semi-désertique, affamé et endetté, en un pays auto-suffisant dans le domaine alimentaire en seulement 4 ans.
Concernant la dette accumulée par les gouvernements précédents, Sankara déclara lors du 25ème sommet des pays membres de l’OUA (Organisation de l’Union Africaine) à Addis-Abeba, en Éthiopie :
« Nous estimons que la dette s’analyse d’abord de par ses origines. Les origines de la dette remontent aux origines du colonialisme. Ceux qui nous ont prêté de l’argent, ce sont ceux-là qui nous ont colonisés, ce sont les mêmes qui géraient nos États et nos économies, ce sont les colonisateurs qui endettaient l’Afrique auprès des bailleurs de fonds, leurs frères et cousins. Nous étions étrangers à cette dette, nous ne pouvons donc pas la payer. »
Il appela ainsi tous les pays africains à former un front uni contre celle-ci :
« Si le Burkina Faso tout seul refuse de payer la dette, je ne serai pas là à la prochaine conférence! »
Une affirmation prémonitoire puisqu’il fut assassiné 3 mois plus tard, le 15 octobre 1987, par Blaise Compaoré, qui, lui, fut installé sur le fauteuil de président par François Mitterrand, fauteuil duquel il ne bougera pas durant 27 ans.
MOUAMMAR KADHAFI
Président de la Libye
En 2011, le gouvernement Kadhafi détenait, d’après la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton, 143 tonnes d’or et une quantité semblable d’argent. Cet or aurait été accumulé dans le but avoué de créer une monnaie panafricaine basée sur le dinar libyen, afin de proposer une alternative aux pays de la zone franc. Le Colonel Kadhafi a alors été traqué puis abattu par les services français le 20 octobre 2011.
http://www.revolutionafrique.com/presidents-africains-neutralises-suggere-tente-de-sortir-cfa/
EDITORIAL DU CALAME: Délit de mécénat
Après avoir passé quelques jours à vadrouiller, entre Paris, Astana au Kazakhstan et Bamako (l’Europe, l’Asie et l’Afrique, presque un tour du Monde en moins d’une semaine), Ould Abdel Aziz n’est revenu à Nouakchott que le temps d’enfiler un nouveau costume. Destination : l’Amérique, New-York plus précisément où l’ONU tient son assemblée générale annuelle. Il est bien loin le temps où celui qui se prétendait encore président des pauvres accusait Sidioca de tous les maux dont le plus flagrant, selon lui, est de multiplier les voyages aux frais de la princesse. Celui-là ne parcourut pourtant jamais, lui, quatre continents en une semaine. Pour un résultat plus qu’aléatoire : une table ronde sur le Tchad, une conférence sur les sciences et la technologie, des entretiens avec IBK et un discours devant l’assemblée générale de l’ONU. Rien de vraiment urgent ni de véritablement utile, pour un pays dont les maigres ressources devraient plutôt aller aux services de base, au lieu de financer les pérégrinations d’un président fuyant une réalité qui finira bien par le rattraper. Tôt ou tard. Voyons voir : en neuf ans de règne sans partage, qu’a réalisé notre guide éclairé, dans les domaines de l’éducation, de la santé, de la justice, du partage des ressources, de l’emploi, de la lutte contre la gabegie, de l’industrie, du redressement économique ? Qu’a-t-il fait des milliards que le pays a engrangés, lorsque les prix des matières premières étaient au firmament, et des autres que nous léguerons, à nos générations futures, sous forme de dettes ? Une école par-ci, un dispensaire par-là, une route reliant deux trous perdus méritent-ils un tel tapage ? Il faut bien plus, pour construire un Etat, et ce ne sont pas quelques affaires, manigancées par quelques sombres officines, qui cacheront l’amère réalité.
Après les affaires d’Air Mauritanie, du riz avarié, de l’argent de la BCM, de Biram et de son autodafé, ce pouvoir a, en effet, pris la fâcheuse habitude, chaque fois que la situation devient intenable, de jeter quelque chose en pâture à l’opinion, pour la distraire. Et lui faire oublier un quotidien de plus en plus difficile. Le plat qui nous est servi, depuis quelques semaines, ne déroge pas à la règle. Des sénateurs, des syndicalistes et des journalistes sont traînés devant la justice, tout simplement parce qu’ils ont osé dire non. On leur a confisqué leur passeport et interdit de quitter Nouakchott, seulement coupables d’avoir bénéficié des largesses d’un mécène. Mais ils ne sont pas les seuls, apparemment. Si l’on en croit les informations publiées par la presse, preuves à l’appui, de hauts responsables encore en fonction sont, eux aussi, allés à la soupe bouamatienne. Ils n’ont pas été inquiétés pour autant. La Mauritanie nouvelle a la mémoire sélective. Ceux qui ne lui obéissent pas au doigt et à l’œil se retrouveront dans sa ligne de mire. Quitte à inventer un nouveau délit: celui de mécénat.
Ahmed ould cheikh
Mauritanie, et si les jours de “notre ami Aziz” étaient comptés
Mondafrique – La contestation grandit en Mauritanie contre le président Ahmed Ould Abdel Aziz, dont le pouvoir se durcit et s’isole chaque jour d’avantage. Le régime mauritanien réclame des soins intensifs. Depuis la mascarade que fut le référendum, cet été, sur la réforme de la constitution, chaque jour apporte son lot de mesures liberticides.
Le chef de l’Etat, Ahmed Ould Abdel Aziz, est rentré dans une spirale répressive, sa seule réponse face à une contestation grandissante. Ainsi le président Aziz a accusé sénateurs, syndicalistes et journalistes d’avoir perçu de l’argent de son propre cousin, l’ancien patron des patrons mauritanien réfugié au Maroc, Mohamed Bouamatou. A ce titre, ces paisibles citoyens sont désormais poursuivis par la justice.
Dernière trouvaille, le conseil des ministre mauritanien vient de créer un établissement public au nom imprononçable EGBGSCRAC (Etablissement de Gestion des biens gelés, saisis et confisqués et du recouvrement des avoirs criminels) dont le but n’est pas de traquer les milliards de dollars d’argent public qui se sont évaporés chez les proches du régime, mais de saisir les biens d’un adversaire politique, Bouamatou justement, qui emploie des milliers de mauritaniens dans un pays en proie à une crise économique sans précédent..
Résultat: la société civile mauritanienne est entrée en dissidence et les réseaux sociaux sont devenus une caisse de raisonnance des innombrables dons et actions humanitaires de l’homme d’affaires mécène devenu l’ennemi public numéro un.
Tout aussi grave pour la pérennité d’Ahmed Ould Abdel Aziz, les soutiens internationaux sont aujourd’hui plus que clairsemés, alors que la Mauritanie est brouillée avec son voisin marocain, critiquée par la diplomatie américaine pour refuser l’accès du pays à des militants américains anti esclavagistes, ignorée par la France et au plus mal avec le Qatar.
Comment faire confiance à un chef de l’Etat qui ne survit que par la duplicité, élu président des pauvres il y a neuf ans pour transformer aujourd’hui les écoles en commissariats et s’enrichir lui et son clan? Jusqu’à ce titre de général que le colonel Aziz s’est octroyé au mépris de toutes les rêgles de promotion dans la carrière militaire.
Contestation toute !
Reconnaissons le, le colonel Aziz avait montré un certain doigté dans la gestion de son opposition dans les années qui ont suivi son accession au pouvoir en 2008. Cette époque est clairement révolue.
A l’époque, le très charismatique leader anti esclavagiste, Biram, dont le président mauritanien avait habilement fait son principal opposant lors de l’élection présidentielle de 2014, est entré dans une opposition sans concession. Ce qui attise les braises de la révolte ethnique qui couve en Mauritanie entre les descendants d’esclaves et une partie de l’élite maure, un héritage dramatique qui mine la société mauritanienne.
Surtout, le ton se durcit au sein des partis d’opposition traditionnels, qui jusqu’à présent n’attaquaient guère le pouvoir sur le terrain de la dilpidation des ressources et des tricheries en matière des droits de douane. Ce qu’ils font maintenant, non sans courage.
Enfin les événements de cet été ont montré qu’au coeur même du pouvoir, une majorité de sénateurs, nommés avec la confiance du chef de l’Etat et traditionnellement conservateurs, s’est élevée courageusement contre les dérives d’un chef de l’Etat qui cherche à réformer la constitution à tort et à travers. Et cela pour mieux la piétiner demain, lorsqu’il s’agira d’imposer un troisième mandant, en 2019, proprement anti constitutionnel.
Cette défection des élites traditionnelles rappelle les derniers temps du régime de Ben Ali quand au sein même du RCD, le parti alors au pouvoir en Tunisie, les proches du Palais de Carthage ont commencé à critiquer la rapacité de Leila Trabelsi, l’épouse du chef de l’Etat devenue la Régente d’un régime en perdition. Les régimes ultra autoritaires ont besoin de quelques alliances au sein de la société pour se survivre. Il semble que le bon colonel Aziz soit un peu isolé par les temps qui courent.
Oasis… salafiste
Pour masquer ce bilan désastreux, le président Aziz a toujours fait valoir à l’extérieur que la Mauritanie reste un pays stable où, contrairement à ses voisins, aucun attentat n’a eu lieu depuis 2011. Mais à quel prix! Il est temps à Paris où beaucoup d’experts s’interrogent d’analyser les recettes mises en oeuvre par Nouakchott.
En matière sécuritaire, le régime mauritanien a conclu un véritable pacte non écrit avec le diable salafiste. Le président Azis laisse des imams rétrogrades, formés dans des écoles coraniques financées par l’argent du Golfe, distiller dans les mosquées leur vision réactiopnnaire de la société.
En échange, cette fraction religieuse radicale n’investit pas le champ politique. En 2013, ce sont ces imams inféodés au régime qui se sont élevé contre toute intervention des forces mauritaniennes dans l’opération militiare “Serval” menée par la France dans le Nord-Mali contre les djihadistes. Et Aziz n’a pu qu’obéir à l’oukaze de ces forces qu’il protège. Jusqu’au moment, programmé, où il sera leur obligé.
En revanche, la voie est ouverte désormais pour le pouvoir mauritanien d’une alliance étroite avec les Séoudiens. Quelques cinq cent soldats mauritaniens viennent de partir combattre au Yémen.
En échange de cette chair à canon, les Séoudiens se sont montré généreux en matière de prèts et d’aides. Ce qui a permis au général Aziz de gâter les forces armées mauritaniennes, son principal soutien, tant en matière de soldes que d’équipements. Du coup, le général se croit fort.
Sauf qu’au sein de son armée, le président mauritanien a soigné particulièrement sa garde présidentielle, le Basep, quelques centaines d’hommes qui ne doivent fidélité qu’au chef de l’Etat et qui ont mis les doigts et même le bras entier dans le pot de confiture.
Mais l’histoire de la Mauritanie est jonchée de coups d’état successifs. Il n’est pas sur que le bon président Aziz ai su satisfaire l’ensemble des revendications de la troupe qui au quotidien, subit elle aussi les effets de la crise économique. On a vu au Burkina avec l’ex président Blaise Campaoré les limites d’une telle garde prétorienne qui cristallise les frustrations, y compris au sein de l’armée régulière.
Une économie sinistrée
En matière de corruption, devenue avec Aziz un sport national, nos confrères du «Monde Afrique » ont révélé que la SEC, la puissante Bourse américaine, mettait en cause les relations des proches de la Présidence mauritanienne avec le groupe canadien Kinross, gestionnaire des mines d’or du pays. Cette procédure désormais publique entache la crédibilité du régime aux yeux de ses principaux partenaires occidentaux, à savoir les Américains.
L’enrichissement ne profite qu’à une infime minorité. Le rapport annuel 2015 du Fonds des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), avait révèlé que les trois quarts des mauritaniens vivent dans une extrême pauvreté. Selon la FAO, 71,3% des mauritaniens vivent avec moins de deux dollars par jour. 23,5% parmi ceux-ci vivent avec moins de 1,25 dollars par jour.
Une image dégradée
Quelle image un tel régime peut conserver sur le plan international? Ahmed Ould Abdel Aziz, que les Français à l’époque de Sarkozy et de Hollande, ont perçu comme un allié fidèle contre le djihadisme, apparait plus de plus enplus évanescent. Jamais la Mauritanie n’est intervenue aux cotés de la France au Mali; le maigre contingent envoyé en Centrafrique s’est fait discret, préjugeant mal de la participation de la Mauritanie au fameux G5, ce regroupement régional tout juste créé pour lutter contre le terrorisme.
La rengaine usée du “rempart ultime contre le terrorisme” avait été déjà celle des présidents égyptien et tunisien Moubarak et Ben Ali dont la crédibilité, sur le tard, fut totalement entamée, comme l’est d’ores et déjà celle d’un Aziz qui ne fait plus guère l’unanimité à Paris.
Le quarteron « des amis de la Mauritanie» qui tentent de redorer l’image de ce régime affaibli, n’est plus constitué constitué de l’ex star vieillissante de l’anti-terrorisme, Jean Louis Brugière, de deux ou trois élus en mal d’exotisme, d’un colonel Peer de Jong spécialiste de… l’Asie, et d’un obscur avocat devenu récemment “l’ambassadeur” privé du régime en France, Jemal M. Taleb, qui défendait jadis le clan de Leila Trabelsi et qui aujourd’hui fait de la retape pour le régime mauritanien dans “la lettre du Continent”où l a ses entrées et dans quelques loges maçonniques en perte de vitesse (1).
Du linge un peu usé pour défendre “Notre ami Aziz”….
(1) “Mondafrique” reviendra sur le parcours du représentant d’Aziz à Paris, Jemal M. Taleb, qui a su infiltrer quelques cercles du pouvoir français alors que Nicolas Sarkozy et François Hollande étaient encore au pouvoir.
Par Nicolas Beau
mondafrique







