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De la nécessité de revoir les salaires
« S’il te plaît, cette fois, reste au moins avec moi, pendant une semaine ! ».
Cet appel est celui d’un fonctionnaire mauritanien qui s’adresse à son salaire, juste après l’avoir perçu à la fin du mois. En effet, la crise financière étant de plus en plus cruelle, les salaires des travailleurs sont désormais dépensés dès qu’ils sont perçus : une partie dans les dettes, une autre dans des dépenses obligatoires immédiates, et vlan, le compte est vide, les poches aussi.
Il faut remarquer que depuis quelques mois si ce ne sont quelques années, l’épargne ne se fait plus ; le salaire ne suffit plus à résoudre les situations du travailleur. Très souvent, il est totalement épuisé le jour même où il est perçu ! En fait, les charges des travailleurs sont nombreuses et le salaire est loin de les couvrir. Partant, presque tout le monde s’endette.
Mais le pire, c’est qu’aucune volonté de reconsidération du statut du fonctionnaire n’est perceptible, du côté du gouvernement. En fait, rien ne présage d’une reconsidération de ce salaire, à court ou même moyen terme. Et ce n’est certainement pas du côté des commerçants que la salut viendra.
Ces derniers, impassibles, et maîtres absolus du marché de l’approvisionnement du pays en produits de consommation, égocentriques et profiteurs, ils ne cessent pas de serrer les goulots d’étranglement contre les travailleurs ou plutôt, au vu et au su des Autorités !
Le pouvoir doit la savoir : l’impératif d’une reconsidération des salaires s’impose. Les temps sont durs. Surtout pour les agents subalternes. Cherchez le salaire du simple soldat, du policier du coin même revu à la hausse, de l’enseignant, de l’infirmière, du gardien de l’immeuble, du planton, et jetez un regard sur les prix des produits de consommation… vous vous étonnerez certainement de voir ces gens survivre, malgré des coups et contrecoups qu’il subissent.
La décision de revoir les salaires des fonctionnaires est une nécessité de justice sociale. Il n’y a pas de raison que les commerçants bénéficient d’égards dans le traitement de leurs affaires, que par ailleurs, les membres du gouvernement soient payés décemment, que les députés vivent gracieusement aux frais de la Princesse, alors que les petits employés, ceux qui se tapent le boulot à longueur de journée dans la poussière et la chaleur soient misérablement traités. L’infirmier qui fait face aux endémies et aux caprices insupportables des malades et qui risque sa vie dans un environnement très peu favorable avec des moyens de travail dérisoires et pour la plupart dangereux, ne doit pas continuer à être réduit à quémander auprès de ses patients pour pouvoir s’assurer le prix de son transport, à la fin de sa garde.
L’agent de sécurité ne doit pas se planter jour et nuit pour préserver la quiétude des populations et assurer la pérennité de l’administration, avant de se rendre chez lui, les poches trouées. Peut-il d’ailleurs assurer son service normalement quand il sait que sa famille ne mange pas à sa faim et n’est même pas soignée comme il se doit ?
Aujourd’hui, la décision de revoir les salaires des travailleurs est d’une importance capitale. Particulièrement, les salaires des laissés-pour-compte.
MOM
A. Guterres (ONU): «combattre toutes les manifestations de sectarisme en RCA»
RFI – António Guterres achève ce vendredi 27 octobre sa visite en République centrafricaine. Une visite qui vise à replacer la Centrafrique dans les radars de la communauté internationale, alors que les indicateurs sécuritaires et humanitaires sont au rouge.
La Minusca elle, est très critiquée en Centrafrique pour son incapacité à empêcher les violences. Face à cette situation, le secrétaire général des Nations unies a demandé au conseil de sécurité à l’occasion du renouvellement du mandat de la mission onusienne en novembre, 900 casques bleus supplémentaires.
Comment mieux protéger les civils? Comment empêcher les abus sexuels commis par les troupes onusiennes? Un nettoyage ethnique est il à l’œuvre en RCA? António Guterres répond aux questions de RFI.
Rfi : António Guterres, vous vous êtes rendu mercredi à Bangassou, ville attaquée il y a cinq mois et toujours coupée en deux. Est-ce que c’est l’un des symboles du nettoyage ethnique que vous dénonciez récemment ?
António Guterres : Pas encore, mais il y a un risque effectif. Je crois qu’en général les guerres religieuses ont toujours une origine politique. Les musulmans et les chrétiens ont vécu en Centrafrique pendant des décennies, des siècles, d’une façon générale avec une complémentarité, d’ailleurs, dans leur profession, dans leurs intérêts économiques…
Et la vérité c’est qu’à un moment donné des responsables politiques, pour des finalités égoïstes et de manipulations politiques, ont – je dirais – réussi à créer un environnement de méfiance et quelquefois d’hostilité entre les deux communautés. Et il faut absolument combattre cela !
Il faut que les gens apprennent à vivre ensemble de nouveau et il faut combattre toutes les manifestations de sectarisme. Si on ne le fait pas – et d’ailleurs là, la Minusca a un rôle essentiel à jouer – on risque d’avoir, premièrement : une fracture entre les deux communautés et deuxièmement : des nettoyages ethniques dans certaines zones où une des communautés est minoritaire.
La Minusca est souvent critiquée ici pour son incapacité à empêcher les violences et à protéger efficacement les civils. Comment améliorer cela ?
Premièrement, la Minusca est une force de maintien de la paix. Le drame c’est qu’il n’y a pas véritablement de paix à maintenir et on demande à la Minusca qu’elle fasse une protection des civils, dans des circonstances où les civils sont attaqués par des groupes armés, quelquefois avec des armements et des capacités qui sont assez importants.
Il y a, on le sait, des trafics d’armes qui viennent notamment de la République démocratique du Congo, et on a vu dans l’opération de Bangassou, qu’il y avait une planification quasi-militaire, dans la façon dont la ville a été prise, et les accès ont été bloqués pour éviter que la Minusca ne puisse opérer.
Il faut renforcer la capacité de la Minusca en dimension. C’est pour cela qu’on a demandé un bataillon additionnel au Conseil de sécurité, mais renforcer aussi en moyens opérationnels. Il faut plus de voitures blindées, il faut aussi une meilleure mobilité.
Et on a vu que quand les hélicoptères peuvent, par exemple être utilisés, le mouvement peut se faire. Mais quand on prend trois semaines pour aller de Bangui à Bangassou par route, on comprend les énormes difficultés de cette mission de maintien d’une paix qui véritablement n’existe pas.
Est-ce qu’il n’y a pas aussi un problème de qualité, d’efficacité de certains contingents.
Naturellement qu’il y a une certaine hétérogénéité, mais nous sommes en train d’améliorer la capacité de la force. Il y avait même un contingent qui a été renvoyé et qui a été remplacé par des éléments qui, à mon avis, sont mieux préparés et il y a un effort d’entraînement à faire et d’amélioration de l’équipement. Vous avez vu beaucoup de forces qui sont dans des pick-up, dans des zones dangereuses.
Cela veut dire sans aucune protection blindée. Il faut que les conditions de travail pour les Casques bleus puissent correspondre au niveau de danger auquel ils font face.
Qu’est-ce qui doit changer dans le mandat qui sera d’ailleurs renouvelé le mois prochain ? Peut-être un changement de stratégie ou d’approche ?
Je crois que le mandat nous permet une interprétation plus robuste, mais je crois que la question essentielle est une question de moyens. Et après, avec des moyens et avec une amélioration opérationnelle, et en essayant de garantir une progressive amélioration de la qualité de la performance, on sera en conditions d’améliorer substantiellement la protection des civiles, même en tenant compte que c’est un pays énorme, avec une grande imprévisibilité des violences, parce que ces groupes armés apparaissent n’importe où et d’une façon difficile à prévoir. Raison pour laquelle on voudrait avoir des drones aussi. Naturellement, ce sera toujours difficile de garantir une efficacité à 100 %.
Mais je crois qu’il y a des choses à améliorer. Et nous avons discuté avec le commandant de la force pour savoir quelles sont les mesures que l’on peut prendre – avec les ressources limitées dont on dispose, mais j’espère aussi avec les décisions positives du Conseil de sécurité – pour améliorer la capacité opérationnelle de la force, et en conséquence, le niveau de protection accordé aux civils en République centrafricaine.
La crise humanitaire s’aggrave également, comment remettre la Centrafrique au cœur des préoccupations de la communauté internationale ?
C’est la raison de cette visite. On a décidé de célébrer la journée mondiale des Nations unies ici, en Centrafrique, exactement parce qu’on croit que la Centrafrique est une crise oubliée largement par la communauté internationale, qui est concernée. Et ça, on peut le comprendre par ce qui se passe en Corée du Nord, la menace nucléaire, par le Moyen-Orient qui devient de plus en plus compliqué, par un certain nombre d’événements qui attirent l’attention des médias, des parlements et des responsables politiques…
Il faut remettre la Centrafrique dans la carte des préoccupations des responsables politiques dans le monde. Je crois que les conditions vont nous permettre de mieux financer le plan humanitaire, qui maintenant est financé à moins de 40 %, même si ce plan est un plan – je dirais – très prudent, mais qui nécessairement a besoin d’un financement à 100 % pour être efficace.
En même temps il y a des problèmes d’accès parce que la Centrafrique est le pays du monde où l’action humanitaire est la plus dangereuse. Nous avons eu 12 morts – travailleurs humanitaires – en Centrafrique cette année, d’où l’importance d’une capacité de la Minusca, accrue aussi, pour permettre une aide humanitaire plus étendue dans le territoire.
Les ONG parlent souvent du fait qu’elles sont prises pour cible et demandent une plus grande distinction entre le volet militaire et politique de l’opération de maintien de la paix, d’une part, et son volet humanitaire. Est-ce que vous entendez cette préoccupation ?
On a discuté avec les ONG hier : il y a un accord [sur le fait] que l’espace humanitaire doit préserver son autonomie. C’est-à-dire qu’il faut que l’activité humanitaire obéisse au principe humanitaire. J’ai été chef d’une agence humanitaire pendant une décennie, je sais très bien ce que cela veut dire.
C’est l’impartialité, la neutralité, l’indépendance… Le problème, c’est que [étant donné le contexte en] République centrafricaine, les humanitaires eux-mêmes ont besoin de la protection physique d’une force militaire. Et c’est là qu’il est quelquefois difficile de garantir cette autonomie de l’espace humanitaire, qui est en tout cas un principe essentiel qu’on doit préserver dans toutes les conditions possibles.
Les Casques bleus sont régulièrement accusés ici d’abus sexuels. L’ONG AIDS-Free World accuse les Nations unies de bâcler les enquêtes préliminaires. Qu’est-ce que vous répondez ?
Maintenant on a complètement décidé de faire un travail très sérieux pour éliminer, si possible, les abus sexuels de tous les personnels des Nations unies. C’est absolument inacceptable qu’une force de protection puisse commettre des crimes d’abus sexuels. On a nommé maintenant une avocate des droits des victimes au niveau global et il y a aussi une avocate au niveau de la Centrafrique.
Moi-même, hier, j’ai eu l’occasion d’avoir une réunion – séparée, naturellement – avec deux des victimes. Leur demande essentielle est une demande de justice. On est en train d’améliorer notre système interne d’investigations.
En même temps, on a fait un travail en profondeur de rapport avec les pays qui contribuent aux troupes, qui nous a permis pendant l’Assemblée générale des Nations unies, de signer un contrat de bonne conduite et d’engagement à lutter contre l’impunité, avec quelque 80 gouvernements, d’avoir un cercle de chefs d’Etats, chefs de gouvernement, qui assument la priorité du combat contre l’abus sexuel, notamment de leurs troupes. Il a été constitué avec une cinquantaine de chefs d’Etats et de gouvernement.
C’est-à-dire que, vraiment, on s’engage à garantir que les Etats assument leurs responsabilités. On est en train aussi de créer les mécanismes internes pour éviter les situations comme celles qui, malheureusement dans le passé, pourraient soulever des critiques [en raison de] l’inexistence d’un mécanisme suffisamment efficace d’investigations de ces crimes.
RFI
Monsieur Bilal Werzeg, président de la Coalition de la Citoyenneté : “La procédure du travail du comité de suivi du dialogue doit être rectifiée”
Dans un communiqué publié il y a quelques jours, la Coalition de la Citoyenneté a décidé de suspendre sa participation au comité de suivi de l’Accord du 20 Octobre 2016. Principale raison invoquée : le gouvernement ne tient pas compte des propositions ayant fait l’objet de consensus ; pire, ses responsables en violent constamment les résolutions. Vous citez en exemple les symboles nationaux (drapeau et hymne national). En plus de ce retrait, quelle(s) action(s) comptez-vous mener ?
Bilal Verzeg : Si vous lisez bien le communiqué, vous vous rendrez compte que nous demandons une rectification de la procédure de travail du comité de suivi du dialogue. Le respect de la procédure adoptée d’un commun accord est une condition de réussite de la mise en œuvre des résultats du dialogue.
-Allez-vous reconnaître la nouvelle version des deux symboles nationaux qui devrait être dévoilée, semble-t-il, à l’occasion du 57e anniversaire à Kaédi, le 28 Novembre prochain ?
-Aucun commentaire.
-Ce retrait remet-il en cause votre participation aux futures réunions du comité de suivi ou n’est-il que tactique?
– Notre retrait vise à faire respecter la procédure de travail, même si, pour ce faire, les parties devront recourir à l’arbitrage du président de la République qui a ouvert et clôturé les travaux du dialogue.
-Parmi les résolutions de celui-ci figuraient, également, l’organisation d’élections municipales et législatives anticipées. Vous croyez à la tenue de ces scrutins en 2018 ?
-L’accord sur des élections anticipées figure bien parmi les résultats du dialogue.
-L’arène politique reste marquée par une tension permanente, entre le pouvoir et l’opposition dite radicale (FNDU et RFD). Que diriez-vous, aux uns et aux autres, pour qu’ils enterrent la hache de guerre et que les prochaines échéances électorales puissent se dérouler dans un climat apaisé, sans contestation ?
– Nous demandons un dialogue franc et sincère entre tous les acteurs. Notre coalition travaille fortement pour une alternance pacifique en 2019. Nous souhaitons, entretemps, une continuation du dialogue entre tous, afin que le climat soit apaisé, pour une transition pacifique.
-Nos relations diplomatiques, avec nos voisins immédiats (Sénégal et Maroc), connaissent des hauts et des bas très fréquents. Qu’en pense l’ancien diplomate que vous êtes ?
-A ma connaissance, les relations diplomatiques de notre pays sont bonnes. Un bon travail a été réalisé, sur le plan diplomatique, par le président de la République. Dans les relations internationales, il ne faut pas s’arrêter aux secousses passagères.
-L’été a fortement été marqué par l’arrestation du sénateur Ould Ghadda, la mise sous contrôle judiciaire de sénateurs, de syndicalistes et de journalistes. Que pensez-vous de ce feuilleton « politico-judiciaire » ?
-Nous souhaitons que ce feuilleton s’arrête et qu’Ould Ghadda soit libéré, toujours dans le cadre d’un apaisement . Pour avancer, il faut que chacun y mette du sien, dans l’intérêt supérieur du pays.
– La lutte contre l’esclavage et/ou de ses séquelles oppose le pouvoir et les organisations de défense des droits humains (Manifeste, SOS-Esclaves, El Hor, AFCF, etc.). Que vous inspire ce combat ?
-Un combat noble auquel j’ai moi-même beaucoup donné et qui a connu des avancées certaines. Voilà pourquoi tout un chacun s’en réclame, aujourd’hui.
Propos recueillis par Dalay Lam
le calame
Nouvelles d’ailleurs de Mint Derwich : Amertumes
Après la mascarade du referendum et de son cortège d’irrégularités, de mensonges, de manipulation des masses, de déni de démocratie ; après l’absurdité d’une pseudo-histoire qu’on nous a vendue comme fait établi, reconnu (sauf pour les chantres d’un passé fantasmé et manipulé, point de vérités historiques, dans tout ce blabla nauséabond et idéologique), après l’assassinat de notre drapeau, après la sale guerre contre Bouamatou, la chasse aux sénateurs, aux syndicalistes et aux journalistes, après toute cette médiocrité érigée en intelligence politique, j’avais décidé de poser mon stylo, d’arrêter d’écrire…
Je ne pouvais concevoir d’y persévérer, dans un monde où rien n’est vrai, où tout n’est qu’argumentaire stérile, où la moindre pensée critique est passée à la trappe, où réfléchir est un crime.
J’étais fatiguée. Si fatiguée. Si fatiguée d’avoir accompagné, depuis plus de vingt ans, la lente descente aux enfers de notre si beau pays qui mérite mieux que tout ça ; d’avoir assisté, impuissante, au morcellement de nos sociétés, aux pokers menteurs, aux achats des consciences, aux achats des dignités, aux comportements tellement indignes que nous en avons dépassé la honte…Si fatiguée d’avoir cru qu’après Taya, nous verrions, enfin, pointer un semblant de perspectives. Si fatiguée d’avoir pensé que, libérée, la parole allait aboutir à une vraie remise en question de nos manières d’agir et de nous penser, que nous ne verrions plus toutes ces humanités courir après l’argent, écrire pour l’argent, trahir pour l’argent, vendre père et mère pour l’argent… et quelques miettes de pouvoir.
Si fatiguée, si fatiguée… Fatiguée par la Majorité où toujours les mêmes applaudissent, depuis des décennies ; fatiguée par une Opposition incapable de porter un vrai projet de société et qui a montré ses limites, lors du referendum et dans son obstination à boycotter, laissant le champ libre à tout.Fatiguée par un peuple qui accepte tout, tout, sans que cela ne l’empêche de se lever le matin…Fatiguée par ce théâtre où tout est faux et artificiel, sauf le pouvoir suprême, celui qui décide tout, celui qui impose tout, celui qui se mure dans son silence et qui, de temps en temps, apparaît dans un quartier, à la « rencontre des citoyens », puis qui remonte dans sa voiture climatisée et rentre dans son monde où l’eau coule toujours aux robinets, où il n’y a pas de coupures de courant, où Internet fonctionne bien, où les frigos sont toujours pleins, où, quand on est malade, on prend l’avion et l’on part se faire soigner à l’étranger, où l’on envoie ses enfants au Lycée français,tout en clamant l’arabité de la Nation…
J’ai alors pris du temps pour moi, dans ce trou noir qu’est Nouakchott, trou noir qui absorbe toutes les énergies. Je me suis roulée en boule et j’ai soufflé.Puis est arrivée la dernière humiliation, pour notre pays, la dernière négation, le mensonge ultime : le nouvel hymne national…Le point d’orgue d’une manipulation qui a commencé il y a des décennies, d’un plan soigneusement concocté, pensé, préparé par les zélotes de l’arabité pure et dure, purement idéologique. Non, je ne suis pas dans la théorie du complot. Je ne l’ai jamais été. Mais il faut, parfois, appeler un chat un chat.Nous avions une chance de redresser la tête, avec fierté, et d’inscrire nos arcs-en-ciel en ce nouvel hymne ; nous avions la chance de nous regarder dans nos diversités, d’inscrire nos mémoires, diverses, au fronton d’une pensée républicaine.
Mais, hélas, n’est pas Nelson Mandela qui veut; n’est pas l’Afrique du Sud qui veut. N’est pas visionnaire et courageux qui veut. Je rêvais d’un hymne où l’arabe côtoierait le pulaar, le soninké, le wolof et tutti quanti… Je rêvais d’une vraie avant-garde de la pensée et non pas de cet appel aux cimetières, aux morts, aux mensonges.Je rêvais de demain, pas d’hier.Je rêvais… Et nous voilà affublés d’un nouveau roman national, d’un drapeau hideux, avec son sang idéologique, et d’un hymne à la gloire d’une Nation plus arabe que les Arabes, plus arabe que l’arabité qu’elle est censée détenir, tout au moins dans sa façon de se percevoir, dans ces espaces sahélo-sahariens…
Game over. La partie est terminée.Ils ont gagné. « Ils »? Ils, les ultra-sectaires, les ultra-nationalistes, les ultra-racistes, les ultra…D’une poignée de guerriers arabes, les Hassan qui ont vaincu les Berbères locaux, ils ont fait un monument à une « pureté » de la race…en oubliant tout ce que ce concept de pureté a fait de mal et réveillé de vieux démons. « Ils » ont massacré notre jeune pays, en regardant, avec des yeux doux, des idéologies lointaines qu’ils ne maîtrisaient pas : quanddes hommes et des femmes, des écrivain et des intellectuels, ont pensé, en Egypte, en Syrie, en Irak ou au Liban, « la Nation arabe », ouvrant un vrai débat, de vrais échanges, quand ces mêmes théoriciens, qui cherchaient une identité, au monde arabe musulman morcelé par les guerres successives et par la mainmise du pouvoir ottoman, sur une partie de ce monde, ont proposé des concepts, cela avait sens, c’ÉTAIT sens; alors que, chez nous, nos « ILS » se sont contentés de copier-coller, sans ouvrir aucun débat ni argumentaire. C’est toujours plus facile…Nos « ILS » ont cru noyer l’arbre, en inondant ses racines prétendument perdues lors de la colonisation française…
Alors oui, je vais dire quelque chose qui va choquer nombre d’entre vous, mais je demande, à ces gens-là, de prendre le temps de réfléchir, avant de m’insulter.Notre pays, nos politiques, ont inventé un concept très pervers et très malin : le génocide pacifique…Il n’est pas besoin de tuer, pour faire, d’un pays, une seule couleur. Non, c’est contreproductif et vous expose aux foudres des bailleurs de fonds et de la Communauté internationale. Il suffit, juste, de faire en sorte que ceux dont vous ne voulez plus s’en aillent d’eux-mêmes. Simple, terriblement efficace, terriblement efficace…
Ainsi les noirs de ce pays ont entamé, aux lendemains des années de sang, le lent et silencieux exode vers d’autres pays… Ils sont des milliers et des milliers qui vivent à l’étranger, maintenant, chassés par cette idéologie tueuse. Et il en part encore tous les jours.
Ces exilés formentde fortes diasporas,en certains pays, et je ne crois pas me tromper si j’avance le chiffre de plusieurs dizaines de milliers des nôtres partis sur les chemins de l’exil car étrangers culturels en leur propre pays. Ce phénomène ira en s’accentuant, feutré, invisible… Mais il se poursuivra. Et, à la fin, il n’y aura plus qu’une seule ethnie, en Mauritanie, Mère de tous les Arabes.
Ceux qui font semblant de ne pas voir ceci sont aussi coupables que ceux qui l’ont planifié. Salut,
Mariem mint Derwich
Le Calame
L’Edito du Calame : Lettre à Bouamatou
Je ne suis pas homme à lâcher qui m’a soutenu. Encore moins à tenter de le poignarder dans le dos. Je laisse cette félonie à d’autres assez galonnés pour se croire autorisés à cracher sur ce qui les faisait homme.
Piétiner l’humanité des gens sous leurs bottes… et la leur avec. Oui, Mohamed ould Bouamatou est un ami. Oui, il est venu au secours du Calame, alors que d’autres s’employaient à en torpiller les revenus, à défaut d’oser s’en prendre directement à la liberté de sa ligne éditoriale. Un secours d’autant plus méritoire qu’il ne demandait rien en échange. Sinon de continuer à poursuivre, inlassablement, l’œuvre de Habib ould Mahfoudh.
Voilà pourquoi je veux m’employer, aujourd’hui, à aider cet homme secourable. A-t-on déjà fait le compte des services que ce Mohamed-là a rendus à la Nation ? Combien l’hôpital Bouamatou a-t-il soigné, gratuitement, de cataractes, de glaucomes et de trachomes?
La fondation de même nom soutenu de projets, petits et grands ? La GBM sauvé d’entreprises en difficulté? Combien d’emplois générés, en Mauritanie, par cet entrepreneur on ne peut plus mauritanien ? Et l’on devrait, aujourd’hui, gober la farce qui voudrait faire, de ce noble fils de la Patrie, un conspirateur visant à la détruire ? Allons, donc, de qui se foutent ceux qui se commettent à telle embrouille ?
Bouamatou pense, peut-être, qu’il vaut mieux ne pas s’abaisser à répondre à tant de crasse bêtise. Il a probablement raison. Mais je crois, cependant, qu’il devrait plutôt voir, en cette occasion si médiatique, une opportunité de s’élever, d’élever le débat sur l’implication des investisseurs privés nationaux dans le développement durable de la Nation. La meilleure des défenses, c’est l’attaque. Investis, Mohamed, investis en Mauritanie !
Plus que jamais, à des hauteurs inouïes, dans un maximum de projets, à commencer par les plus humbles, les plus ruraux, les plus populaires. A coups de dizaines, de centaines de millions, de milliards d’ouguiyas, prouve, à tous, la puissance de ta générosité. C’est le moment. C’est ce qu’attendent tes compatriotes de toi : vole au-dessus des vautours, incapables, eux, d’atteindre à cette noblesse d’âme.
Et, aussi pénible cela pourrait paraître à ta discrétion naturelle, n’oublie, évidemment pas, d’en faire la plus large publicité, en mobilisant tous les media possibles et inimaginables, nationaux et internationaux, réseaux sociaux et autres.
Car il ne s’agit pas seulement de toi. La Mauritanie a besoin de retrouver ses plus nobles valeurs, il lui faut contempler des actes puissants, des clartés suffisamment fortes et douces, comme des phares, pour réveiller, en chacun de ses fils, en chacune de ses filles, le sentiment que, oui, être mauritanien, c’est un noble label, une qualité d’être au monde, généreuse, libre, haute.
Pas appartenir à un troupeau de consommateurs effrénés et avides, obnubilés par la seule obsession de l’argent et des biens. Mets toute ta force en ce sens, Mohamed ould Bouamatou, c’est le moment de frapper les esprits. Précisément. Juste et fort.
Ahmed ould Cheikh
le calame



