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Ethiopie: coup d’envoi du sommet de l’UA à Addis Abeba
Le 30ème sommet de l’Union africaine (UA) s’est ouvert, ce dimanche 28 janvier, à Addis Abeba.
Le président guinéen Alpha Condé passe le témoin de la présidence à son homologue rwandais Paul Kagame. En dehors du thème générique de la lutte contre la corruption et des dossiers politiques, les dirigeants africains vont aussi se pencher, ce dimanche et lundi, sur le projet de réforme l’organisation panafricaine.
La cérémonie d’ouverture du sommet a d’abord été retardée par un débat à huis clos de plusieurs heures sur la réforme de l’Union africaine. Comment financer l’organisation afin qu’elle ne dépende plus de ses partenaires extérieurs, comme l’Europe, l’Amérique ou encore le Japon ?
Le pilote de la réforme, le Rwandais Paul Kagame, souhaite que les 55 Etats africains appliquent une taxe de 0,2 % sur tous les produits éligibles qu’ils importent. Cependant, plusieurs pays dont l’économie est très tournée vers l’extérieur, sont hésitants. C’est le cas de l’Egypte et du Nigeria. Pour ces pays, des mesures spécifiques sont envisagées.
Autre question, l’Union africaine va-t-elle continuer à se réunir deux fois par an ou va-t-elle revenir au rythme d’un sommet par an, comme au temps de l’OUA ? Là aussi, tout le monde n’est pas d’accord.
« Notre cohésion procède de la franchise de nos discussions », a joliment dit le président de la Commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat.
Le diplomate tchadien a par ailleurs annoncé que le prochain sommet se tiendrait dans six mois à Nouakchott, en Mauritanie. Reste à savoir si ce sera un sommet qui réunira les cinquante-cinq Etats ou simplement les cinq Etats représentant chacune des cinq sous-régions du continent.
Un certain nombre de chefs d’Etat sont venus. Pour l’Afrique du nord, l’Egyptien al-Sissi, que l’on dit intéressé par le poste de président de l’Union africaine l’an prochain en 2019, a fait le déplacement.
Pour l’Afrique de l’Est, il y a pratiquement tout le monde et pour l’Afrique australe, les deux poids lourds sont là, à savoir le Sud-Africain Jacob Zuma et l’Angolais João Lourenço pour qui c’est le premier sommet, sans oublier, évidemment, un autre nouveau venu, Mnangawa, le nouveau président du Zimbabwe qui est très filmé par toutes les caméras, en salle.
Pour l’Afrique de l’ouest, il y a aussi beaucoup de monde, notamment le Nigérian Muhammadou Buhari, l’Ivoirien Alassane Ouattara, le Sénégalais Macky Sall et bien entendu le Guinéen Alpha Condé qui a présidé l’Union africaine toute l’année 2017.
Le Burkinabè, Roch Martin Christian Kaboré a annulé sa visite, à la dernière minute, afin de rester auprès des familles des victimes de la terrible explosion qui a endeuillé de nombreux Burkinabè. C’était sur la route malienne Gao-Mopti.
Enfin, pour l’Afrique centrale, beaucoup de présidents sont là, notamment le Tchadien Idriss Deby et le Congolais Denis Sassou-Nguesso qui présidera, ce dimanche après-midi, le Comité de haut niveau de l’Union africaine sur la Libye, en présence de l’envoyé spécial de l’ONU, Ghassan Salamé. En revanche, Joseph Kabila n’a pas fait le déplacement.
« Des sanctions contre ceux qui font obstacle à la paix »
Lors de son discours à l’ouverture du sommet, le président de la Commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat, a estimé que « le moment est venu » d’imposer des sanctions contre ceux qui entravent les efforts de paix, sans pour autant donner d’exemples de possibles sanctions.
« En Somalie, les efforts doivent se poursuivre pour permettre l’aboutissement de la transition en cours entre l’Amisom et les forces somaliennes. Au Soudan du Sud, comment ne pas redire notre incompréhension face à la violence insensée que les belligérants infligent, avec une cruauté indescriptible, à une population qui n’a que trop souffert ? Le moment est venu d’imposer des sanctions à ceux qui font obstacle à la paix. Au Burundi, les partis doivent privilégier le dialogue, seule voie de sortie de crise. En République démocratique du Congo, les tensions et violences de ces derniers jours ont, une fois encore, illustré l’urgence de la mise en œuvre de bonne foi de l’Accord de la Saint-Sylvestre, en vue de la tenue des élections en décembre 2018. En Centrafrique, tout doit être fait pour assurer l’aboutissement de l’initiative africaine pour la paix et la réconciliation, lancée sous les hospices de l’Union Africaine. Au Mali, la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation doit être accélérée, parallèlement à la mobilisation d’un appui plus important pour la force conjointe du G5 Sahel. Les efforts doivent être redoublés en Libye pour mettre un terme au calvaire des populations. L’Afrique doit prendre toute sa place dans la recherche d’une solution, de concert avec les Nations unies et les autres partenaires concernés », a-t-il déclaré.
RFI
La Mauritanie sous Ould Abdel Aziz, Un Etat spectacle
Ne cachez pas votre témoignage. Quiconque le fait se rend coupable à l’égard de Dieu (Le Coran, sourate 2, « la Vache », V.283) Je n’écris pas comme d’autres préparent des coups d’Etat. Je ne convoite ni pouvoir ni honneur, je veux seulement dire, devant mon pays, ce que j’ai vu et ce que je pense. « A Bon entendeur, Salut ».
Le mythe de l’état s’effrite
Roger Gérard Schwartzenterg, a publié « l’Etat Spectacle », un ouvrage dont le contenu est en phase avec ce qui se passe en Mauritanie, pays où l’Etat est devenu une institution captive des caprices et des dérives.
En raison de la gestion solitaire du pouvoir de la désinvolture libertaire et des sempiternels calculs politiciens, le mythe gigantesque qui a toujours été le socle de granit sur lequel repose l’autorité de l’Etat et sa forte responsabilité s’effrite.
Il est aujourd’hui pour le moins douteux que l’Etat, en Mauritanie est totalement sorti de sa sphère pour épouser les contours d’un groupe de politiciens au-dessus duquel trône un chef peu enclin aux normes républicaines.
Sous le couvert d’un pouvoir discrétionnaire qui outrepasse le droit, les vandales du régime sont absouts, les victorieux sous suspectés d’ambitions interdites et l’Etat est directement utilisé pour solder des comptes ou ériger en règle ce qui n’est pas réglementaire.
Sous Moktar Ould Daddah, sous Maaouya Ould Taya, l’Etat a toujours été une force mythique dotée d’une autorité républicaine qui en exerce le commandement légitime. Les prédécesseurs d’Aziz étaient entourés d’hommes d’Etat chevronnés.
Mais les actuels ministres et autres politiciens placés au hasard au sommet ou au cœur des institutions, sont plutôt l’incarnation absolue de la bouffonnerie et de l’inculture.
Iconoclastes, inconnus du public, maniables comme des marionnettes sans autonomie, politiciens jusqu’au bout des ongles, bavards comme des aras chloroptères, ils prennent le pouvoir comme une fin en soi. L’Ethique n’a pas de place dans cet environnement-là.
L’héritage qu’Aziz laissera sera, entre autres, un Etat en dégénérescence à cause de la pipolisation et de l’inculture des politiciens qui en tiennent insidieusement les leviers de commande.
Où va un pays quand son chef est incapable de constituer une équipe gouvernementale, composée d’hommes et de femmes légitimes, animés d’un esprit loyal et patriotique ? La politique est devenue un show et une parade de gens du pouvoir où haine, jalousie, fétichisme, conspiration, menace et chantage se mêlent dans une confusion totale qui, in fine, prend l’Etat en otage.
La République est bien menacée. L’Etat devient un espace où le spectacle s’unit à la parade pour transformer les citoyens non en acteurs de développement mais en spectateurs d’un pouvoir discrédité et en permanente représentation théâtrale.
PS Ahmed Bezeid Ould Beyrouck
Je ne suis ni l’opposition,
ni de la majorité présidentielle.
Je suis ailleurs.
« A bon entendeur, salut »
Le Calame
Mauritanie : les prochaines élections “détermineront l’avenir du pays” (O. Mouloud)
“La question de participation ou de boycott ne se pose pas pour les prochaines élections. Il faut comprendre la nature des élections.
Les prochaines élections 2018-2019 détermineront l’avenir de la Mauritanie pour les prochaines cinq années”, a précisé Mohamed Ould Mouloud, le président en exercice du Front National pour la Démocratie et l’Unité (FNDU), le plus grand rassemble de l’opposition mauritanienne.
« C’est une période particulièrement délicate. Nous avons un Etat en déliquescence et un président en fin de mandat. Il y a un risque considérable qu’en cas de crise électorale, le pays sombre dans une situation difficilement prévisible – qu’à Dieu ne plaise – comme il s’est passé dans d’autres pays », a dit Ould Mouloud, qui est aussi le chef du parti UFP, Union des Forces de Progrès. Il était interrogé ce samedi par Alakhbar en marge d’une rencontre d’échange entre blogueurs et leaders de l’opposition.
Mohamed Ould Mouloud de poursuivre : « Nous sommes dans une région, le Sahel, qui est déjà particulièrement instable donc. Si la Mauritanie s’y ajoute, ce sera quelque chose de très grave. Parc conséquent, les prochaines élections ont cette caractéristique d’être des élections déterminantes pour l’avenir du pays, déterminantes pour la stabilité du pays et pour la stabilité de la région ».
alakhbar
Interview de Aïssata Kane : « J’aurai fait voté une loi instituant le quota » à l’éducation nationale au gouvernement et au parlement en faveur de la femme mauritanienne
Une boutade qui résume parfaitement l’engagement féministe de cette ancienne ministre de la Protection de la Famille et des Affaires sociales sous le régime de Ould Daddah en 1975.Madame Aïssata Kane est aujourd’hui à la retraite,consultante internationale et présidente de l’Association Internationale des Femmes Francophones. Elle doit cette riche expérience d’abord à son militantisme politique dès les premières de l’indépendance en 1960 au premier parti de la Mauritanie le PPM( Parti du Peuple Mauritanien) où elle a occupé d’importantes responsabilités et dirigé même un magazine féminin « Mariémou ».Et ensuite pour ses actions féministes qui dépassent les frontières dans un pays islamique où la femme peine à recouvrer ses droits d’égalité avec l’homme. C’est sur ce double regard qu’elle s’est prêtée à nos questions en s’abstenant volontairement de répondre sur les évènements de 89, les événements récents de Kaédi et la situation politique actuelle dont elle n’a pas la réponse et surtout pour des raisons qui dépassent ses compétences.
L’école française pour les filles de chef
Je suis Aïssata Kane et je suis de Dar El Barka dans la région du Brakna en Mauritanie. Je suis née le 9 Moharam 1359 correspondant à l’année 1938 du calendrier grégorien. J’ai fait ma scolarité primaire et secondaire à Saint-Louis capitale du Sénégal de la Mauritanie à l’époque.
Ensuite je suis allée à Bruxelles où mon mari Moctar Touré était fonctionnaire français au marché commun. Disons qu’à cette époque nous étions français de nationalité. Nous sommes rentrés à Nouakchott après la proclamation de l’indépendance en novembre 1960.J’ai été chargée de l’encadrement des premières filles du secondaire au cours complémentaire des jeunes filles de Nouakchott, ancêtre du lycée de jeunes filles.
En quoi votre éducation de base a –t-elle influencé votre parcours?
Mon éducation est l’éducation traditionnelle du Fouta. Fille de Mame ndiack Elimane Abou Kane chef de canton du Tooro Halaybé de 1923 à 1976, j’ai reçu une éducation traditionnaliste du Fouta. Au départ je n’étais pas destinée à être une femme lettrée tout comme les filles de mon époque. La bonne inspiration est venue de mon père de mettre ses filles à l’école malgré une forte opposition de son entourage ( parents,amis…).Mais c’est surtout la bonne qualité de mes notes qui a encouragé mon père à me laisser franchir l’étape du primaire vers le collège. J’ai été soutenu dans cette démarche par deux frères Feu Mame Ndiack Seck et Feu Elimane Mamadou Kane et ma sœur Aminata Kane .Je rend au passage un vibrant hommage à ces trois personnes qui m’ont été d’un soutien inestimable dans mon parcours. Aujourd’hui je suis mère de 5 enfants. Je suis actuellement à la retraite associative et membre de beaucoup d’associations féminines à travers le monde
Première femme ministre
Comment en êtes venue à la politique ?
Je suis entrée en politique au sein du parti du peuple mauritanien (PPM). D’abord comme membre du Conseil supérieur des Jeunes ensuite au Conseil supérieur des Femmes permanentes de l’institution puis présidente de ce même conseil de 1971 à 1978. A ce titre je siégeais au bureau politique national avec rang de ministre. J’ai été durant cette époque directrice de la revue « Mariemou » ( magazine de la femme mauritanienne).En 1975 je suis devenue membre du gouvernement comme Ministre de la protection de la famille et des affaires sociales. Quand il y a eu le coup d’Etat militaire en 1978 j’ai quitté la Mauritanie pour intégrer le Mouvement Associatif Féminin International de l’organisation panafricaine de la femme ( OPF)au centre de recherche pour la femme ( CEA Addis Abeba) en Etthiopie. Je fus choisie par plusieurs organismes comme consultante sur les problèmes de femme de société, de développement social, du droit humain en général et du droit de la femme en particulier.
J’ai eu l’initiative de fonder avec d’autres, l’Association Internationale des Femmes Francophones dont j’ai l’honneur d’être la présidente. Cette association regroupe des femmes et des organisations de femmes de l’espace francophone et d’autres femmes qui ont adhéré à l’association et dont les pays ne sont pas de l’OIF comme par exemple le Kenya, l’Ethiopie , la Gambie, l’Algerie etc…
C’est ainsi que vous avez occupé un poste ministériel sous le régime de Ould Daddah. Comment avez-vous vécu cette responsabilité aux premières heures de l’indépendance de la Mauritanie ?
J’ai fini ma carrière ministre et je crois que j’ai rempli ma mission de ministre et c’est aux autres de me juger.
Auriez-vous accepté ce poste en 78 après le premier coup d’Etat militaire qui a renversé le président Ould Daddah ?
Je n’aurai pas accepté parce que je faisais partie des personnalités suspendues de la politique en Mauritanie par contre à l’extérieur j’ai accepté plusieurs postes de responsabilité. J’ai présidé l’Union Internationale des Organismes Familiaux puis l’Organisation panafricaine de la Famille etc Organisation panafricaine de la femme.
La femme mauritanienne citoyenne à part entière
En tant que consultante quelle est la place et le rôle de la femme mauritanienne aujourd’hui dans le développement du pays ?
Faire prouver sa capacité de citoyenne à part entière de mère de famille de qualité et de travailleuse consciente et capable exigeant des autorités égalité de compétence et égalité de responsabilité.
Est-ce qu’on peut dire que les femmes mauritaniennes sont suffisamment impliquées dans la vie politique et économique 53 ans après l’indépendance du pays ?
Elles sont impliquées mais très peu nombreuses à être nommées à des postes de hautes responsabilités.
Si vous étiez ministre en 2013 quelles lois penseriez-vous que le parlement devrait voter pour les femmes ?
J’aurai fait voté une loi instituant un quota aux femmes sur tout le système des nominations, des élections et sur les concours et examens, un quota minimum pour les filles et les femmes.
Baba Kane collaborateur de Cridem et journaliste à Rouen ( France)
Le gaz: aubaine ou malédiction? Par Moussa Fall, Président du Mouvement pour le Changement Démocratique (M.C.D.)

Etat des découvertes de gaz
Le bassin mauritano-sénégalais a révélé, ces toutes dernières années, l’existence d’un très grand potentiel en hydrocarbures liquides mais surtout gazeux.
Les principales découvertes sont essentiellement l’œuvre de Kosmos Energy qui a eu la main heureuse et qui s’est, par la suite ,associée au géant pétrolier British Petrolium (BP).
Kosmos Energy avait découvert en 2015 un important gisement de gaz au large de la Mauritanie. Ce gisement dénommé Marsoin est situé exclusivement en territoire mauritanien. Sa capacité est estimée à 6,5 TCF environ (1 TCF équivaut à 28 milliards de m3 soit environ 170 millions de barils de brut équivalent pétrole.)
Kosmos Energy a fait en 2016 une autre découverte située entièrement en territoire sénégalais portant le nom de Guembel et possédant un potentiel équivalent à celui de Marsoin en Mauritanie soit 6 à 7 TCF.
Le troisième champ gazier, le plus important, est celui qui se situe à cheval sur la frontière mauritano-sénégalaise. Il porte le nom de Tortue/Ahmeyim et il est considéré comme une immense découverte avec des réserves estimées entre 16 et 25 TCF.
Tout dernièrement, en mai dernier, la société Kosmos Energy a trouvé un nouveau gisement de gaz dans le puits Yakar-1 en territoire exclusivement sénégalais avec une taille considérable, estimée à 15 TCF.
Les recherches sont toujours en cours en dépit des deux derniers forages secs de Kosmos Energy en Mauritanie, et ce potentiel peut augmenter avec de nouvelles découvertes. Kosmos Energy et BP poursuivent leurs recherches et de nouvelles compagnies sont à l’œuvre dans cette même zone : Total programme deux nouveaux forages dont l’un en Mauritanie et l’autre au Sénégal et Exxon- Mobil vient d’acquérir trois blocs en territoire mauritanien.
La découverte de tous ces réservoirs dans une courte période de moins de trois ans, sur une même aire géographique, et par le même consortium fait du bassin off-shore mauritano-sénégalais une zone gazière se classant à un rang international élevé.
Stratégies de maximalisation des retombées du gaz
L’expérience acquise dans la mise en valeur des richesses pétrolières et gazières a permis de concevoir de nouvelles stratégies visant à maximaliser les avantages que peuvent en tirer les économies des pays producteurs.
Certaines catégories de recettes sont clairement déterminées par le Contrat de Partage de Production signé entre l’Etat et les opérateurs. L‘optimisation de cette catégorie de recettes demande un suivi et un contrôle permanents des coûts pétroliers en relation avec l’exploitant. Le budget de l’Etat pourra, en outre, tirer profit de l’ITS sur les salariés et de l’impôt sur la sous-traitance.
Les rentrées budgétaires au titre du Contrat de Partage de Production sont à effet progressif, non immédiat. Faibles au départ, elles augmentent au fur et à mesure de la régression des coûts recouvrables.
En plus de ces ressources, acquises en aval, le défi majeur est, aujourd’hui, de mieux tirer profit, en amont, de l’activité productive pour maximaliser les effets pouvant impulser le développement économique du pays.
L’industrie de l’extraction du gaz nécessite une logistique colossale et fait appel à d’innombrables services. L’Etat, en relation avec les opérateurs, devra encourager l’émergence de nombreuses entreprises nationales pour répondre, avec le savoir faire exigé, à cette nouvelle demande. L’Etat doit aussi mettre en œuvre une politique accélérée de formation pour satisfaire les besoins en personnel exprimés aussi bien par les exploitants que par leurs sous-traitants.
L’offre locale, outre son effet bénéfique sur l’économie dans son ensemble, permettra, en particulier, de réduire les coûts de l’opérateur et d’augmenter par la même occasion la part de la production partagée.
Les nombreux avantages induits en amont par l’industrie pétrolière sont aussi importants que les recettes budgétaires tirées directement du CPP. Toute stratégie d’ensemble doit, en conséquence, agir sur les deux leviers pour optimiser les effets de ces richesses dans l’intérêt des économies nationales et du bien-être des populations.
A cet effet, le Contrat de Partage de Production doit être associé à une « Stratégie de Contenu Local » comprenant des dispositions institutionnelles, législatives et fiscales permettant aux entreprises locales de répondre, autant que possible, aux besoins des grandes compagnies internationales et à ces dernières d’être satisfaites par les services rendus.
La stratégie de contenu local accorde, par ailleurs, une place de choix à la formation pour satisfaire la demande en ingénieurs et en techniciens spécialisés dans l’industrie pétrolière.
Sur ce front la Mauritanie, malgré l’expérience acquise dans l’exploitation de Chinguity, expérience qui n’a pas laissé beaucoup de traces, accuse un retard considérable par rapport au Sénégal.
Dans ce pays, les autorités ont pris les devants en créant un Comité d’Orientation Stratégique du pétrole et du gaz directement rattaché au président de la République qui est, lui même, un pétrolier. Ce comité d’orientation est chargé de mettre en œuvre une stratégie de contenu local pour « l’émergence de PME spécialisées, et favoriser un environnement des affaires propice à l’investissement privé dans les secteurs de l’industriel et des services».
Dans le domaine de la formation, le Sénégal a engagé une politique dans l’enseignement supérieur dédiée aux études spécialisées dans l’industrie pétrolière avec la création de masters pétroliers dans les universités et d’un Institut Supérieur Sénégalais du Pétrole.
Conjurer la malédiction
Avant la récente découverte du gisement de Yakkar au Sénégal, la stratégie du consortium accordait la priorité à la mise en valeur du réservoir transfrontalier de Tortue/Ahmeyim. Le plan de développement prévoyait la signature d’une convention entre les gouvernements mauritanien et sénégalais, la prise par le consortium de la décision finale d’investissement en 2018 et le commencement des travaux pour construire les installations. Les premières exportations devant être expédiées vers la fin de 2021.
La découverte de Yakkar est-elle de nature à réviser les priorités dans la mise en production des champs découverts ? La question mérite d’être posée car la proximité géographique de ces réservoirs et leur appartenance au même consortium donne à ce dernier une position déterminante dans la fixation des priorités. Et on sait, par ailleurs, que les critères de priorisation des opérateurs ne coïncident pas toujours avec ceux des Etats.
Suivant la logique de la stricte rentabilité financière, l’exploitation de Yakkar, dans un premier temps, pourrait s’avérer plus avantageuse. C’est un gisement à fort potentiel estimé, en attendant confirmation par de nouvelles explorations, à 15 TCF. Il se situe exclusivement en territoire sénégalais avec comme unique interlocuteur le gouvernement de ce pays, les gisements transfrontaliers étant toujours plus problématiques à exploiter surtout quand les relations entre les Etats impliqués ne sont pas fluides. La production du gaz exige une grande stabilité et une grande sérénité car il se commercialise sur la base de contrats fermes et à longs termes. Les coûts des installations et les coûts de production de Yakkar seront probablement inférieurs à ceux de Tortue/Ahmeyim car les installations pourraient être construites sur un site onshore librement choisi sur le territoire sénégalais alors que pour Tortue/Ahmeyim elles doivent impérativement être à cheval sur la frontière, à 8 kms au large et avec une digue de 1.6 kms de long pour un investissement de 800 millions de $ environ.
Une nonchalance perceptible dans le respect du calendrier du développement de Tortue/Ahmyim laisse craindre une telle inversion des priorités.
Jusqu’à ce jour, la convention entre la Mauritanie et le Sénégal pour le développement de Tortue/Ahmeyin n’est pas signée. Cet accord détermine la clef de répartition des quantités produites entre les deux Etats. La négociation des termes de cet accord, qui s’éternise, n’a pas encore abouti. Et c’est un document fondamental qui conditionne la prise de la décision de mise en exploitation du gisement. A qui la faute ? On sait que les relations entre les deux gouvernements sont loin d’être chaleureuses. Mais peut-on hypothéquer les intérêts majeurs des deux pays pour des motifs subalternes ? En tout état de cause, l’exploitation du gaz ne peut démarrer que dans un environnement pacifié sur le long terme.
On parle souvent de la malédiction du pétrole. La manne pétrolière que recèle le bassin mauritano-sénégalais doit être un atout déterminant pour le développement, la concorde et le bien-être des populations des deux pays. Elle ne doit en aucun cas être une pomme de discorde et un facteur de déstabilisation et de conflits entre les deux pays et dans la région. C’est pour cette raison que les critères établis pour définir les priorités de développement des champs gaziers du bassin mauritano-sénégalais ne doivent pas être strictement financiers ou étroitement nationalistes. Ils doivent tenir compte de la géopolitique, de ses équilibres et de son harmonie.
Pour éviter un nouvel engrenage, il faut nécessairement développer une nouvelle politique de relations de coopération et de coordination forte entre les deux pays pour gérer dans l’entente, avec un esprit de responsabilité, leurs négociations avec leurs partenaires pétroliers pour le développement de ces nouvelles richesses.
Sera-t-il possible, abstraction faite des vœux pieux, que la Mauritanie et le Sénégal, saisissent l’opportunité de la découverte de ces immenses richesses, à cheval et de part et d’autre de leur frontière, pour ériger un modèle d’entente et de coopération que leur dictent les liens historiques, et les intérêts fondamentaux des populations et des Etats. Un modèle de coopération qui ne doit, naturellement pas, se limiter aux hydrocarbures. De nombreux autres domaines d’activités pourraient connaître un puissant essor dans le cadre d’une meilleure intégration des économies et d’une meilleure fluidité des relations bilatérales. De nombreuses entraves au développement des échanges entre les deux pays doivent être levées en priorité, en particulier la construction du pont de Rosso et de la route Nouakchott-Rosso.
C’est un pari difficile mais pas impossible. Une telle entente mettra les deux pays dans une bonne position de négociation et de défense de leurs intérêts. Et c’est à ces conditions que la manne gazière partagée sera une aubaine pour les deux peuples.
Nous devons comprendre que les politiques à courte vue, les querelles subjectives et les incompatibilités d’humeur risquent de plonger une région déjà fortement vulnérable dans une grave instabilité. Il appartient à présent aux intellectuels, aux sociétés civiles et aux responsables politiques des deux pays à tous les niveaux de conjuguer leurs efforts pour éviter que la malédiction du pétrole trouve toute son expression, une nouvelle fois, dans cette région du monde et pour que le Sénégal et la Mauritanie inaugurent enfin une ère de coopération et d’alliance conforme à la nature des liens humains, de sang et de proximité des deux peuples.
le calame




