Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

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El Wiam en congrès

altLe parti d’El Wiam, dont Boydiel Ould Houmoud est président, se prépare à organiser un congrès extraordinaire le dimanche 28 octobre 2018. Normalement de très importantes décisions seront prises au cours de cette réunion parmi lesquelles la dissolution du parti au sein de l’Union Pour la République. La désignation il y a quelques jours du président d’El Wiam comme premier vice-président de l’Assemblée Nationale après avoir rencontré Mohamed Ould Abdel Aziz a constitué le premier acte de ce sabordement. Actuellement une commission paritaire composée de six membres dont trois de l’UPR et trois d’El Wiam travaille sur les modalités de cette refondation pour savoir quels sont les postes qui seront réservés dans les instances dirigeantes de l’UPR à ses nouveaux adhérents et quels sont les fonctions administratives et autres qui seront dévolues dans le cadre de ce pacte aux cadres d’El Wiam.

 

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Messaoud Ould Boulkheir, président de l’APP et du Conseil Economique, Social et Environnemental, et député à l’Assemblée Nationale : ‘’Amender la Constitution pour briguer un troisième mandat serait anticonstitutionnelle et donc irrecevable’’

altLe Calame : La Mauritanie a connu des élections, municipales,  régionales et  législatives. Êtes-vous satisfait de leur déroulement ? Comment vous jugez le travail de la CENI, très décriée par l’opposition ? Serez-vous favorable à sa recomposition, pour intégrer le reste de l’opposition, avant la prochaine présidentielle ?

Messaoud Ould  Boulkheir : J’ai exprimé dès le départ, ma désapprobation, pour plusieurs raisons sur lesquelles je ne reviendrai pas ici,  du calendrier choisi pour les élections  que vous venez d’évoquer.  Les résultats obtenus sont la conséquence directe  de leur mauvaise  préparation et de leur absence  de maîtrise, à tous les niveaux, par tous les acteurs, y compris la CENI elle-même, dont la faute  première  est d’avoir avalisé, par faiblesse, ledit agenda choisi par le gouvernement pour des raisons qui lui sont propres et qui n’auraient pas dû engager la CENI en quoi que ce soit, puisqu’elle est, en la matière, seule responsable et juge.

Je suis donc pour sa recomposition, intégrant, d’une part, tous les acteurs politiques et, d’autre part, pour des raisons d’adéquation aux mutations politiques intervenues ces derniers temps.

 – Le moins qu’on puisse dire est que les résultats de l’APP n’ont pas été à la mesure de vos attentes : trois députés. Un net recul par rapport à 2013. Quelles sont, à votre avis, les causes de cette contreperformance ?

– Je pense, très sincèrement, que l’APP s’est sortie très honorablement d’affaire, compte-tenu des nombreux aléas qui ont émaillé son parcours, les complots exogènes et endogènes n’étant que la partie visible de l’iceberg ; l’impréparation psychologique, matérielle et financière achevant la quadrature du schéma.

Chacun, bien sûr, est libre de penser ce qu’il veut et d’interpréter les résultats à sa manière mais l’APP a su et pu supporter le choc, continuant, seul et contre tous, d’incarner, aujourd’hui, la seule force politique  que chaque pôle souhaite compter parmi les siens, pour sa crédibilité, son sérieux et sa discipline, n’en déplaise à ses détracteurs.

C’est, en tout cas pour moi, l’occasion d’exprimer aux cadres et, particulièrement, aux militants lambdas du parti, femmes et hommes, tous humbles et anonymes, souvent en butte aux tracasseries journalières et aux injustices de la vie, ces humbles anonymes qui n’ambitionnent ni promotion, ni salaire, mais seulement vivre dignement. À ceux-ci qui, pour la plupart, ne m’ont jamais rencontré, toutes mes félicitations, tous mes remerciements et  tous mes encouragements pour  les nombreuses victoires enregistrées grâce à leur patience et  à leur persévérance dans l’effort et pour  la confiance jamais démentie qu’ils me vouent. Je suis d’autant plus fier d’eux que je sais qu’aucun autre parti politique de la place ne compte des militants aussi dévoués et désintéressés qu’eux.

– Parmi les explications avancées par certains, on évoque de profondes divergences, à propos de l’investiture des candidats…

-Je ne nierai pas ces divergences, qu’elles soient profondes ou superficielles, mais l’APP continue d’exister et de susciter des envies et des envieux…

– Selon nos informations, l’APP devait tenir son congrès à la veille des élections, mais il a été reporté. Pouvez-vous  nous dire  quand  il se tiendra ?

-Nous comptons toujours tenir notre Congrès avant les échéances électorales prochaines.

Lors du second tour des législatives opposant un candidat UPR  à un candidat de la Coalition Tawassoul –AJD, APP a appelé à voter pour le premier. Du coup, vos détracteurs  vous ont accusés d’ « avoir été acheté ». Voudriez-vous  bien  expliquer à nos lecteurs  les raisons de votre choix ?

-Si  prendre une décision politique en faveur de qui détient le pouvoir implique, nécessairement, d’avoir été « acheté », il faut reconnaître, au président de l’APP que je suis, d’avoir été, de tous  ses accusateurs du pouvoir actuel, celui qui  sut lui résister le plus durablement. La vérité est que je ne pouvais, en aucun cas, donner des consignes de vote favorisant ceux qui ont, ostensiblement, choisi de faire, de moi, un non-opposant, un ennemi, un vendu, un traître et, pour finir, lancer une fatwa  vouant, aux géhennes, ceux qui voteraient pour moi, descendant d’esclaves.

Il n’est pourtant un secret pour personne que, depuis le coup d’État de 2008, ce sont mes positions, choix et initiatives politiques, notamment à propos des deux dialogues organisés jusqu’ici, qui ont animé la vie politique du pays et contribué aux avancées, irréfutables, en matière de démocratie, droits de l’Homme, unité nationale et, enfin, clarification de la position du chef de l’État, à propos du 3ème mandat. Puisque voter blanc n’est pas dans mes gênes, j’ai toujours assumé mes responsabilités et mes choix, appelant à voter pour le pouvoir que je connais, plutôt que pour l’inconnu…

 – Parmi les enjeux  de ces élections, il y a, évidemment, la présidentielle de 2019. Au sortir des dernières consultations, pensez-vous que le chemin est bien balisé pour cette élection majeure ? Pensez-vous qu’elle sera consensuelle, contrairement  aux élections de Septembre passé ? Sinon, que faudrait-il faire, à votre avis pour qu’elle le soit ?

-Je pense que tout reste à faire : qu’il s’agisse de la liste électorale elle même, de la composition de la CENI ou, encore, de la recomposition finale et définitive du paysage politique, très précaire et imprécise. Je pense que le chemin le plus court et le plus clair serait d’envisager un dernier dialogue.

En dépit de ses déclarations, certains, non seulement  du côté de l’opposition dite radicale mais, aussi, de celui de certains segments de la majorité, continuent à douter des intentions du président de la République, sur le 3e mandat que la Constitution limite à deux. Vous qui avez  rencontré le Rais à plusieurs reprises, en avez-vous parlé avec lui ? Le cas échéant, que vous en a-t-il dit ?

-J’en ai discuté avec lui, lors de notre dernière rencontre, après le deuxième tour des élections. Il m’a affirmé qu’il n’envisageait pas de briguer un troisième mandat.

– Avec une majorité presque mécanique, à l’Assemblée nationale, Ould Abdel Aziz pourrait présenter des amendements  constitutionnels, pour ouvrir justement  la voie  à un troisième mandat de l’actuel président dont le second et dernier expire en 2019. Pour y arriver, il suffirait de déverrouiller  l’article 26 de la Constitution qui limite le mandat présidentiel. Qu’en pensez-vous ? Et,  au cas où un tel amendement soit déposé sur le bureau de l’Assemblée nationale, le voteriez-vous ?

-Les amendements de la Constitution sont permis dans certains cas et ne le sont  pas dans d’autres, comme celui de briguer un troisième mandat. Si une telle éventualité se présentait, elle serait donc anticonstitutionnelle et irrecevable.

Vos relations, avec le président ould Abdel Aziz, connaissent, des hauts et des bas. On se rappelle l’épisode du dernier dialogue. Votre parti a carrément exprimé son refus, quand  certains de la majorité ont tenté d’introduire, dans les débats, la question du troisième mandat qui ne figurait pas à l’ordre du jour. On se souvient, également, de votre fâcherie, quand le Ministère des Finances a voulu fourrer son nez dans le fonctionnement de l’institution que vous dirigez, à savoir le Conseil économique,  social et de l’Environnement. Certains membres de votre parti n’hésitent pas à qualifier d’« ingrate », l’attitude du pouvoir à votre égard. Vous avez contribué à crédibiliser les deux dialogues politiques, désamorcé le printemps Arabe qui couvait en Mauritanie, ceci au moment où des rumeurs alarmantes et alarmistes sur l’état de santé du président hospitalisé à Paris, suite à une « balle amie » montaient… Comment qualifierez-vous,  vos relations avec le Président ? Ne partagez-vous la réaction des cadres et militants susdits d’APP ?

-Nos relations n’ont jamais été stables et ont toujours fluctué selon nos tempéraments respectifs.

Vos rapports, avec plusieurs membres de l’opposition dite radicale (FNDU–RFD) ne sont pas cordiaux. Que leur reprochez-vous exactement ? Leur attitude, lors de la  présidentielle de 2009, vous reste-elle à travers la gorge ?

-Je vous renvoie à la question 5 pour la réponse à cette question.

Depuis quelque  temps, on assiste à une escalade entre le pouvoir et Tawassoul, première force de l’opposition au Parlement. Le président de la République n’a pas exclu de prendre, le moment venu, des mesures appropriées contre les islamistes. Quelle appréciation vous faites-vous de cette guéguerre, pour ne pas dire guerre ? Pensez-vous que le pouvoir ira jusqu’à dissoudre ce parti ?

-Je ne suis pas dans les secrets du Pouvoir, pas plus que je ne suis son confident. Je suis cependant un démocrate et pour cette raison, je ne suis pas pour l’interdiction ou la dissolution des partis politiques, lesquels devraient être  respectueux des lois de la République.

On sait que vous ne partagez certes  pas la méthode  de lutte du Mouvement IRA  de Biram Dah Abeid, élu député depuis le 1er Septembre dernier. Que pensez-vous, tout de même, de son  arrestation, de son incarcération, depuis fin Août 2019, et de la récente répression dont ont fait l’objet les militants du mouvement, venus réclamer la libération de leur leader, le 8 Octobre, devant l’Assemblée nationale? Certains redoutent la levée de l’immunité  parlementaire de Biram  par celle-là. Qu’en pensez-vous ? APP voterait-il ce texte, s’il arrivait à être déposé ?

– Je suis, bien évidemment, contre toute forme d’oppression et toute répression des manifestations  pacifiques légitimes, sans autre prise de position. Et ce, d’autant plus que j’ai été mis en garde   contre toute  ingérence dans les affaires d’autrui, surtout qu’en l’occurrence, il s’agit de problèmes  de  justice, d’une part, et de Bureau de  l’Assemblée nationale, d’autre part.

La question de l’unité nationale reste une de vos préoccupations majeures, comme en témoigne votre compromis national « La Mauritanie d’abord ». Que reste-t-il de cette entreprise ? Quelle appréciation vous faites, de façon générale, de notre unité nationale ? Pensez-vous que des mesures (décret, tribunaux,  feuille de route, prière de Kaédi…)  prises par les pouvoirs publics ont fait bouger les lignes de la cohabitation en Mauritanie ?

-Si l’APP est, aujourd’hui, le parti politique le plus respecté dans le pays, ce n’est, évidemment pas, grâce au grand nombre de ses représentants au niveau national, régional ou local, mais, surtout, grâce à son attachement viscéral à la patrie, au citoyen et à son objectif, permanent, de susciter lesconditions les plus favorables à la naissance d’une Nation mauritanienne unie, solidaire et fraternelle, parce que libre,  égalitaire et respectueuse du Droit. Tout, autour de l’APP et en son sein, peut changer, sauf cet objectif. Mais ma réponse est, à mon grand regret, que notre unité, notre solidarité, notre fraternité, notre respectabilité et notre attachement au droit et aux humanités résonnent, aujourd’hui, comme autant de vœux pieux et, donc, comme autant de dissonances annonciatrices de désastres.

Il est urgent de se ressaisir et de réagir, contre tous les particularismes, plus exacerbés, de nos jours, qu’à aucun autre moment de notre histoire, et que nous entretenons tous, consciemment ou non, dans l’anonymat de notre multitude et la singularité de notre solitude. C’est donc dire qu’il s’agit, pour nous, de nous questionner plus sur l’existence de notre pays que sur la cohabitation de ceux dont le vœu le plus cher est d’y vivre en citoyens.

 – Nos rapports, avec nos voisins immédiats (Maroc et Sénégal), connaissent toujours des hauts et des bas. Qu’est-ce qui peut expliquer, à votre avis, ces tensions ?

-Les incompréhensions qui naissent entre pays frontaliers sont amplifiées  ou minorées selon la perception qu’en ont ceux qui les dirigent et la tendance, très regrettable, de ces dirigeants à les traiter comme s’il s’agissait de conflits ou de revendications  opposant des individus. Les États ne pouvant déménager ou renoncer à leurs droits, la seule consigne permanente est de faire montre de courtoisie, de patience, de souplesse et de sagesse.

Que pensez-vous de la reprise des élections municipales, entre Tawassoul et l’UPR, à El Mina et à Arafat ?

-Puisque la Justice l’a décidé, je n’en pense que du bien…

Que reste-t-il de l’Alliance entre l’APP, El Wiam et l’AND ?

 -L’expérience que chacun en aura tiré.

 – Que pouvez-vous nous dire du Conseil Économique, Social et de l’Environnement que vous présidez ? Est-il opérationnel ?

– Une institution importante et utile, quand on la met dans les conditions protocolaires, humaines, financières et logistiques idoines.

Propos recueillis par Dalay Lam

 

le calame

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Civils et militaires : une vision manichéenne que…..mauritanienne?

Civils et militaires : une vision manichéenne que.....mauritanienne?Ely Ould Krombelé – Que ce soit sur les réseaux sociaux,ou à travers le microcosme politico-médiatique, les discussions de salons, mieux, dans l’inconscient collectif de beaucoup de citoyens…

il est rare de ne pas entendre souvent ou lire de temps à autre des propos voulant mettre en exergue un antagonisme ambiant entre civils et militaires mauritaniens. Surtout dans les domaines du droit ou de la gouvernance. Pire, pour certains compatriotes,la propension à s’ériger en pourfendeurs du képi étoilé,prend par moment une allure de credo.

Cette abstraction,certes issue de deux réalités, a priori antinomiques, va en se dégonflant pour finir cette fois en la concession d’une seule entité indissociable (Etat) au service… hélas de la même collectivité.

La force du droit ne s’est jamais nourrie du cursus universitaire,encore moins d’une éducation spartiate voire martiale. Elle est plutôt destinée pour la droite conduite des hommes, qu’ils eussent été primitifs ou modernes. Qu’on soit civil ou militaire les règles du droit se doivent de réguler les rapports sociaux entre nous, afin de nous soustraire surtout de l’arbitraire.

Si le droit doit être conforme aux normes de l’éthique dominante de la collectivité,cependant, aucune force de droit ne peut empêcher un militaire de gouverner…

Alors si civils et militaires ont le même dessein,pourquoi certains prétentieux agissant en “intellectuels” pro domo, voudraient bannir les “corps habillés” (une expression bien ivoirienne)de la cité? Y a-t-il une nation grande ou petite,antique ou contemporaine qui pourrait se passer des services de son Armée? Pourquoi les militaires en Afrique se sont-ils, le plus souvent “invités” dans le jeu politique?

Ex nihilo nihil (Aucune chose ne peut venir de rien)

Il n’est pas exagéré de dire que même le hasard, principe déclencheur d’événements non liés à une cause, soit une nécessité. A plus forte raison quand les principes de cette nécessité (qu’on ne peut éviter) sont vérifiables, connus de tous.Concrètement si les militaires mauritaniens ont pris le pouvoir le lundi 10 juillet 1978, c’est que les conditions pour ce coup d’Etat étaient réunies.

La guerre de 1975-78 à laquelle on ne s’attendait pas,a faussé toutes les aspirations du père de notre nation, maître Moktar Ould Daddah. Le maillon faible dans cet “accord tripartite” madrilène, partageant le Sahara Occidental entre la Mauritanie et le Maroc, fût le pouvoir central de Nouakchott qui ne pût que tomber. Les tombeurs ne pouvaient être que des militaires, rabougris, pris au dépourvu par une guerre subite.

En effet avant la guerre du Sahara, l’Armée n’existait qu’à l’état d’embryon et ne pouvait prétendre à quoi que ce soit.Cependant notre Armée a toujours été du côté de son peuple, elle ne l’a jamais malmené, jamais humilié. En dehors de la période d’exception où certains soldats ou gradés,poussés à la faute, torturèrent,tuèrent leurs compagnons d’armes par excès de zèle et surtout par manque de lucidité (1990-1991), l’Armée mauritanienne a toujours été exemplaire.

D’ailleurs elle est condamnée désormais à la vigilance car les soubresauts émaillent depuis un certain temps le ciel de la zone géographique à laquelle nous appartenons tous, civils et militaires. Si au Nord le Maroc et l’Algérie rivalisent pour nous charmer, chaque protagoniste voulant nous tirer dans son giron, à l’Ouest par contre nous avons le Sénégal dont la presse ne cesse de nous vilipender, nous calomnier pour attiser la haine entre les composantes de notre société.

Le danger peut venir aussi du Mali en proie à une rébellion. Incapables de la contenir, les maliens se pressent à désigner un bouc-émissaire, à savoir l’Armée mauritanienne, qui selon certains journaux édités à Bamako, nos “soldats sont déjà à Kidal pour prêter main forte aux rebelles de l’Azawad..

Quant à la France, sa position n’est plus ambiguë. Elle a besoin d’alliés forts en vue d’endiguer les attaques de plus en plus osées des terroristes et autres djihadistes qui écument la bande sahélo-saharienne.

A Dieu la bonne gouvernance (IBK a été réélu au Mali), la limitation de mandats, (le cas du Tchad illustre cette assertion ) les droits de l’homme; Paris, pour des raisons économiques (gaz et pétrole) joue désormais le jeu des multinationales (Total, Areva etc…).

Les Etats n’ont pas d’amis, que des intérêts disait le général De Gaulle. Comme on peut le constater la situation est préoccupante pour ne pas dire explosive et un civil à la tête de la Mauritanie en ces moments d’insécurité, pourrait ne pas faire mieux qu’un militaire. En Mauritanie, la France a longtemps choisi son candidat pour la présidentielle de 2019, à mon humble avis.

Suivez mon regard avec la parole lapidaire mais légendaire du géorgien Joseph Djougachvili dit Staline: “Vous avez dit le Vatican, combien de divisions?” La France veut désormais des partenaires capables de relever le défi sécuritaire, et empêcher que les Etats ne sombrent dans la violence.

Comparaison n’est pas raison

Les militaires et les civils mauritaniens ne sont pas en compétition ni en émulation. Ils servent la même nation. Des considérations exogènes, issues surtout du passé, sans doute héritées de l’histoire latine de la France, voudraient qu’un militaire restât dans sa caserne et le civil, en honorable patricien habitant la cité.. puisse s’occuper de politique.

Ces codes sont biaisés et se tropicalisent dès lors qu’on aura quitté l’aire occidentale. La réalité africaine est toute autre, et ne saurait être prisonnière d’une vision occidentale, produit d’une civilisation qui a connu la démocratie 25 siècles auparavant.

Donc en Afrique, civils et militaires sont les bienvenus pour diriger, pourvu qu’ils ne ressemblent pas au capitaine guinéen Dadis Camara ou au caporal libérien Samuel Doé!!!  Certes des officiers véritables produits de la coloniale tels Eyadéma du Togo, Oufkir du Maroc, Bokassa de Centrafrique sont des exemples à déplorer, à rebuter.. Mais en revanche que peut-on reprocher au capitaine Sankara du Burkina, au capitaine d’aviation Jerry Rawlings du Ghana, au Raïs Jemal Abdel Nasser d’Egypte ?

En Mauritanie deux officiers ont réellement marqué le cours de notre Histoire récente: les présidents Maawiya (de part sa longévité surtout) et Mohamed Abdel Aziz. Les 21 années que Maawiya a passées au pouvoir n’ont pas été bénéfiques aux institutions, ni aux services de l’Etat, mais plutôt à quelques individus qui en faisaient profiter la parentèle et sa clientèle.

Du temps d’Ould Abdel Aziz, tout a changé. Nous avons une Armée respectable de par son aviation, sa marine, son infanterie, ses commandos; une police qui se remet du “long sommeil hivernal”, une Garde Nationale restructurée, une Gendarmerie à point, un Groupement pour la sécurité routière en pleine innovation, une Douane répondant aux normes, une protection civile (forestiers, pompiers) opérationnelle. Certes tout n’est pas parfait mais on sent une volonté à vouloir parfaire les institutions militaire et paramilitaire.

Un soldat est un civil qui a fait une formation militaire; à ce titre il a une double casquette. Son instruction civique et morale, l’enseignement du patriotisme, de la méthode du raisonnement générale face à telle ou telle situation, lui confèrent un boulevard d’opportunités. Il n’est pas étonnant de voir des ministères dirigés par des civils qui n’avancent même pas d’un iota.

Depuis 1978, les budgets sont alloués à plusieurs ministères et quand vous les inspectez vous trouverez le même mobilier d’il y a 40 ans, autrement dit il n y a aucun changement. On peut citer plusieurs ministères mais le plus criant et qui dépasse l’entendement est celui de l’orientation islamique. Il a été donné de constater que les pèlerins nigériens, maliens ivoiriens etc… jouissent de meilleures prestations que nos pèlerins à la Mecque.

Depuis des années le même spectacle se produit, pour une république islamique, s’en est de trop. En effet nos pèlerins, une fois à la Mecque sont laissés à leur sort, habitent des taudis très éloignés des lieux saints, contrairement aux ouest-africains qui logent dans des hôtels proches de la ka’aba et qui ne ratent aucune prière.

Pourquoi doit -on subir et rester à la traîne? Je propose au président de la république de désigner un officier supérieur comme ministre de l’orientation islamique juste pour une année afin de juguler ou faire disparaître tous les circuits mafieux.

Un militaire quel que soit son degré de cupidité, n’utiliserait jamais 90% de son budget à des fins personnelles. Chaque année je constate une rénovation, un chantier au niveau de toutes les formations militaires : dans les différents Etats-majors, le BCS, l’usine d’Habillement, le lycée militaire, l’hôpital militaire et surtout l’Ecole Polytechnique sur la route de la plage.., une fierté.

Alors que l’on soit civil ou militaire, c’est la conscience professionnelle qui guide. J’ai rencontré dans ma vie des civils patriotes, probes mais qui n’ont malheureusement pas eu la possibilité d’exercer leur talent. J’en ai vu d’autres aux cursus universitaires garnis….mais que de paillettes, car intellectuellement malhonnêtes et corrompus.

Ce qui est un danger pour la société. Personnellement je préfère un caporal honnête et patriote qu’un universitaire jouant les rôles tantôt de Vautrin, tantôt d’ Eugène de Rastignac dans la “Comédie Humaine”.:.

Ely Ould Krombelé, France

 

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Affaire Khashoggi : « La Mauritanie et Djibouti, fidèles alliés de l’Arabie saoudite »

Affaire Khashoggi : « La Mauritanie et Djibouti, fidèles alliés de l’Arabie saoudite »Le Monde – Après la mort du journaliste à Istanbul, les deux États africains ont fait part de leur totale confiance en la justice saoudienne, observe notre chroniqueur.

– Chronique. Nouakchott est un fidèle allié de l’Arabie saoudite. A cinq jours d’intervalle, la diplomatie mauritanienne a publié des communiqués très proches des positions saoudiennes sur l’affaire Khashoggi, du nom de ce journaliste disparu au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, le 2 octobre.

Lundi 15 octobre, elle dénonçait « la campagne d’allégations fallacieuses qui ne sert ni la transparence de l’enquête en cours ni sa crédibilité », en référence aux images distillées par la Turquie pour prouver que le journaliste n’était jamais sorti vivant du consulat. A l’époque du communiqué mauritanien, l’Arabie saoudite soutenait que ses services n’avaient pas porté atteinte à l’intégrité physique du journaliste.

Puis, le 20 octobre, soit le lendemain de la reconnaissance par Riyad de son implication dans la disparition de Jamal Khashoggi, un autre communiqué du ministère était transmis par l’Agence mauritanienne d’information (AMI), dans lequel Nouakchott se disait confiant « en la justice saoudienne, en sa capacité et en sa volonté de parvenir à dévoiler toutes les circonstances qui ont entouré l’incident et à punir ceux qui l’ont mené ».

Depuis l’arrivée du président Mohamed Ould Abdelaziz, la diplomatie mauritanienne est souvent alignée sur les positions de Riyad. En juin 2017, Nouakchott avait déjà été l’un des fers de lance de la stratégie contre le Qatar, suivant ainsi l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, qui avaient engagé un blocus contre l’émirat gazier, mettant en avant son supposé financement du terrorisme et sa relation avec l’Iran.

Mohamed Ould Abdelaziz avait alors rappelé son ambassadeur à Doha et avait agi, de concert avec son homologue tchadien Idriss Déby, pour convaincre certains de ses homologues africains de le suivre dans cette démarche.

En août, Nouakchott a aussi vigoureusement soutenu Riyad lors de sa brouille avec le Canada, après que ce dernier a critiqué le manque de respect des droits humains dans le royaume. Ce tropisme s’est renforcé avec l’arrivée en juin du nouveau ministre mauritanien des affaires étrangères, Ismaïl Ould Cheikh Ahmed.

Ce dernier était jusqu’en février le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU au Yémen, où il a eu l’occasion de côtoyer de près les autorités saoudiennes pendant trois ans.

« Un Etat de valeurs, de principes et de justice »

Les intérêts saoudiens en Mauritanie sont importants, notamment dans le financement de projets via le Fonds saoudien pour le développement, mais ce n’est pas le seul pays africain à avoir adopté une dialectique tout en retenue sur la responsabilité saoudienne dans la disparition du journaliste. Outre une prise de position très pro-saoudienne de la part du Soudan du Sud, pourtant généralement peu disert sur les dossiers internationaux, Djibouti a publié un communiqué, le 22 octobre, dans des termes proches de ceux de la Mauritanie :

« La République de Djibouti félicite le gardien des deux saintes mosquées, le roi Salman Ben Abdelaziz, pour son vif intérêt et son étroit appui qui a permis d’aboutir, de manière transparente et objective, à l’enquête sur les faits relatifs au décès du journaliste saoudien. Il s’agissait pour le dirigeant saoudien d’instaurer par ce biais une justice équitable dans cette affaire.

A cet égard, la diplomatie djiboutienne se félicite des résultats des enquêtes menées par le royaume d’Arabie saoudite ainsi que des décisions qu’il a prises pour poursuivre légalement les responsables de cet incident. Ce grand pays restera un État de valeurs, de principes et de justice. »

Comme la Mauritanie, Djibouti a réduit sa présence diplomatique au Qatar lors de la crise avec l’Arabie saoudite. La Turquie, qui utilise l’affaire Khashoggi avec habileté dans sa relation avec Riyad, se trouve d’ailleurs être le principal soutien politique et militaire du Qatar.

Alors que la position stratégique de son port est fragilisée par le rapprochement entre l’Ethiopie, l’Erythrée et le Somaliland, Djibouti a besoin de conforter sa bonne relation avec l’Arabie saoudite, qui utilise son territoire pour sa guerre au Yémen et veut y investir massivement.

L’Arabie saoudite sait influencer certains États africains lorsqu’elle a besoin de leur soutien officiel. L’ambassadeur saoudien accrédité dans une capitale rencontre souvent le président et parfois le ministre des affaires étrangères. En cas de nécessité, le diplomate est parfois épaulé par des missi dominici – souvent des vice-ministres – envoyés depuis Riyad pour exercer une pression maximale. C’était le cas notamment au sujet du conflit avec le Qatar.

Issoufou et Déby préfèrent ne rien dire

Deux autres États africains réputés très proches de l’Arabie saoudite, le Niger et le Tchad, n’ont en revanche pas communiqué officiellement sur l’affaire Khashoggi. Malgré la pression de Riyad, Mahamadou Issoufou et Idriss Déby sont sur cette affaire plus soucieux de coller à l’opinion des grandes puissances occidentales qui ont appelé l’Arabie saoudite à s’expliquer – à l’exception de Donald Trump, qui a adopté une communication changeante. Les deux présidents sahéliens préfèrent donc ne rien dire.

La plupart des autres pays africains ayant subi une pression de la part de l’Arabie saoudite, dans le conflit avec le Qatar comme sur le dossier Khashoggi, n’ont pas souhaité prendre fait et cause pour le royaume. Si Riyad a mis les moyens pour emporter l’adhésion du Nigeria, le pays africain à la plus forte population sunnite, Abuja n’a pas pris parti, considérant qu’il n’a pas à s’immiscer dans des dossiers concernant la région du Golfe. Le Mali et le Burkina ont également été sollicités mais n’ont pas pris position.

Enfin, le Gabon, qui s’était pourtant prononcé pour l’Arabie saoudite dans son conflit avec le Qatar, n’a cette fois pas encore émis une quelconque position officielle. Cependant, le président Ali Bongo, comme le Sénégalais Macky Sall, s’est rendu au sommet Future Investment Initiative, organisé du 22 au 25 octobre à Riyad à l’initiative du prince hériter Mohammed Ben Salman. L’Afrique du Sud s’est quant à elle dite inquiète de cette disparition, appelant à une enquête.

Par Benjamin Augé

 

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2018/10/25/affaire-khashoggi-la-mauritanie-et-djibouti-fideles-allies-de-l-arabie-saoudite_5374466_3212.html

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La communauté Bidhane prisonnière de l’esclavage

La communauté Bidhane prisonnière de l’esclavageNotre avenir, en tant que « communauté Bidhane », dépendra, dans une large mesure, de ce que nous aurons fait pour que les anciens esclaves acceptent de nous pardonner.

Car, aussi paradoxal que cela puisse paraître, aux yeux de certains, l’avenir de cette communauté demeurera menacé aussi longtemps que sévira l’esclavage et ses séquelles, en Mauritanie. Le phénomène de sclérose qui entame son unité, sociale et politique, est de plus en plus évident et puise sa force dans des sources intarissables. Bâtie sur un socle d’inspiration « guerrière», puis « maraboutique », puis des deux, cette communauté a toujours tenté de dominer les autres (communautés), principalement d’origine négro-africaine, revendiquée ou tue, d’abord par le fusil, puis par le Livre, puis, économiquement, par la boutique.

Lequel socle, qui a longtemps résisté aux secousses, limitées, des « dominés », se fissure de plus en plus, sous la poussée de la démocratie dans le monde, exigeant plus d’égalité et de justice.

Longtemps « bernés » par une certaine vision de la démographie, nos « leaders » n’ont jamais pensé que la somme des « minorités » pouvait, un jour, égaler, ou dépasser, celle d’une » majorité », rarement vérifiée. Jusqu’au jour où…les compteurs furent déplombés.

Une minorité parmi d’autres

Trois événements majeurs intervenus en Mauritanie entre 1984 (début du pouvoir Maaouya) et 2007 (élection démocratique d’un Président civil), ont remis en cause les « équilibres » traditionnels et le positionnement sociopolitique des différentes communautés ethniques qui composent la population du pays.

Il s’agit de ce que l’on appelle communément « le passif humanitaire » né des « évènements de 86-91 », de l’ouverture démocratique (multipartisme et liberté de la presse) et la radicalisation des courants Haratines (anciens et nouveaux).

L’objectif ici n’est pas de revenir sur l’analyse détaillée de chacun de ces évènements, mais, plus modestement, de tenter de « repositionner », la communauté Bidhane, la mienne, sur ce nouvel échiquier, en perspective d’un Etat-Nation où toutes nos communautés trouveraient leurs justes places.

Comme je l’ai annoncé plus haut,, mon souci premier est de contribuer à faire prendre conscience aux composantes de cette communauté, qu’elle ne peut, désormais, se maintenir et se développer, qu’en reconnaissant (en restituant ?) aux autres (communautés) leurs droits et leurs spécificités historiques, culturelles et démographiques.

Cette démarche, ce devoir, devrait, en premier lieu, viser l’ensemble Haratines, dont l’identification, culturelle et ethnique, est complexe, tant son imbrication dans toutes nos communautés est profonde.

J’avais, dans un malheureux essai, écrit en 2007, sous le titre de « Yessar, de l’esclavage à la citoyenneté », tenté de sensibiliser l’opinion sur les torts et souffrances endurés par cet ensemble, sans grand succès, hélas ! A l’époque, j’étais moins « communautariste » et j’avais moins peur.

Les Haratines, cheville-ouvrière de la société Mauritanienne

Pour introduire ce chapitre, je propose, en partage, l’image que donnait (Allah Yari7mou) Kane Saïdou, socio-anthropologue Mauritanien, des Haratines : « communauté en transition, les Haratines se donneront contradictoirement, par leur spécificité même, un rôle unificateur bénéfique. Non seulement à toute la Mauritanie, mais à toute la région.

Sauf si, pris par le vertige de leur force montante, ils commettent l’erreur de ne pas jouer entre les communautés nationales le rôle qui doit être le leur : le véritable trait d’union entre deux communautés transitionnelle exprime, en effet, très clairement et mieux que toute autre, la nature complexe des rapports actuels entre Maures et Noirs ».

Nous savons tous que depuis la nuit des temps, la quasi-totalité des tribus Bidhanes, qu’elles soient « Arabes ou « Berbères», ont soumis à l’esclavage nombre de leurs concitoyens, regroupés aujourd’hui, sous le vocable « Haratines ».

Nous savons tous, également, que cet abominable crime, « importé » par les Berbères et les Arabes, séparément, lors de leur arrivée dans l’espace géographique de ce qui allait s’appeler la Mauritanie, est à la base de la survie, de la richesse et du « prestige » de nombreuses familles Bidhanes, qui ont fait la pluie et le beau temps, tout au long de l’histoire de la Mauritanie.

Il aura fallu que la Mauritanie indépendante, candidate au statut de membre de l’organisation des Nations Unies, souscrive aux grands principes d’égalité et de justice entre les hommes, et notamment, à la déclaration universelle des droits de l’homme, pour que le mot « esclaves » trouve une place officielle dans le vocabulaire de l’Administration publique.

Et c’est ainsi que les premières actions de lutte politique contre l’esclavage, initiées par des descendants d’esclaves, en Mauritanie, virent le jour, au milieu des années 60, du siècle dernier, presqu’en même temps que l’émergence de mouvements nationalistes Arabes et Négro-Africains, autour desquels se sont cristallisées les premières cellules de contestation et d’opposition, au pouvoir central d’alors.

Entre ces deux nationalismes (chauvin et étroit), la mouvance Haratine a eu beaucoup de mal à se frayer son propre chemin et à identifier ses partenaires stratégiques.

Au cours de cette phase d’hésitation, deux groupes ont pu émerger du lot : « Akhouka El Hartani » (ton frère), qui n’a pas fait long feu et « El Hor » (Le libre), qui, de par son nom, évoquait déjà l’idée de la lutte pour la liberté et qui peut être considéré, aujourd’hui, comme le précurseur de la lutte pour l’auto-émancipation des Haratines en Mauritanie.

Ce mouvement, dont les leaders ont été considérés, tantôt comme opposants au pouvoir et « traités » comme tels, tantôt intégrés, comme hauts fonctionnaires dans les différents corps de la fonction publique, a largement contribué à l’éveil politique et la prise de conscience de « classe » parmi les travailleurs et la jeunesse Haratines.

L’APP, El Moustaghbel, et dans une moindre mesures El Wiam, sont aujourd’hui des partis politiques, à majorité Haratines, qui se partagent entre l’opposition dite radicale et celle dite « dialoguiste ».

Moins « politiques », mais pas moins actifs, l’ONG « SOS-Esclaves et « El Mithagh », sont des membres actifs des organisations de la société civile, qui se battent pour les droits de l’homme et en particulier contre l’esclavage et ses séquelles.

IRA, l’enfant prodigue de la mouvance Haratine, navigue entre le statut d’ONG et celui de parti politique, non reconnus tous les deux, s’implante davantage en Europe et aux USA.

C’est, forts de ces acquis politiques remarquables, et d’une supériorité démographique patente, malgré l’absence de toute statistique officielle, que le Mouvement Haratine est en train de se frayer un large chemin au sein du paysage politique Mauritanien, dans lequel il évolue désormais comme « un poisson dans l’eau ».

Vont-ils (les Haratines), pour autant, réussir à fédérer leurs différentes franges et à mutualiser leurs efforts, pour consolider leurs acquis politiques incontestables, et une expérience si riche, afin d’en récolter les dividendes, juridiques et économiques, qui constituent l’essence-même de leurs luttes ?

Face à ses questions, il est important d’essayer d’identifier les obstacles qui se dressent encore sur le chemin de l’extinction totale de l’esclavage, y compris la « résistance » de la communauté Bidhane, à travers ses deux composantes : l’Etat et les structures féodales traditionnelles

L’arsenal de domination et les techniques de résistance

Pour ceux qui l’auraient oublié, l’objectif de ma démarche est de contribuer à « sauver » la communauté Bidhane, ma communauté, des dangers qui la menacent de plus en plus. La sauver des conséquences directes, de ses propres agissements au sein de l’ensemble Mauritanien, qu’elle tente de dominer depuis que les premières tribus Berbères et Arabes ont foulé le sol de cette partie septentrionale de l’ex-Empire du Ghana.

La forme la plus abjecte et la plus inhumaine, de cette domination, fût la soumission à l’esclavage des ancêtres des Haratines d’aujourd’hui. L’arsenal qui permit d’imposer et de perpétuer cette pratique, était physique, économique et spirituel.

Si ses aspects physiques et économiques ont pu être, quelquefois, atténués par la « fidélité des sujets», ou leur acquisition de quelques bribes de revenu, l’aspect spirituel était sans limites et promettait les sanctions les plus redoutables, ici-bas et surtout dans l’au-delà.

Les premières lueurs de liberté, pour les esclaves, vinrent avec l’imposition des lois françaises sur le territoire Mauritanien, ayant pour champs d’application, les fameux villages de liberté, implantés dans la Wilaya de l’Assaba. Une « collusion » entre certains administrateurs coloniaux et des Chefs de tribus Bidhanes, a vite fait de limiter la contagion de ces villages, tout en maintenant (en théorie) le principe de la sanction contre ceux qui font le commerce d’êtres humains, ou qui les maintiennent en captivité.

N’empêche, ces villages, ancêtres des « Adwabas », ont constitué les premiers « No Bidhanes lands » et sont devenus, petit à petit, des espèces de sanctuaires, où les anciens « esclaves », ont pu se retrouver entre eux, loin de leurs anciens « maîtres ».

En parallèle, l’école française ouvrit ses portes, d’abord aux fils de Chefs, Bidhanes bien évidemment, lesquels la considérant relativement « Haram », y poussèrent, d’abords les enfants de leurs « esclaves ». Ils ne pouvaient pas imaginer que cette école-là allait constituer le premier creuset où se formèrent les futurs vrais libérateurs des esclaves, c’est-à-dire les leaders de l’aristocratie Haratines.

Les premiers Haratines, diplômés de cette école, devinrent rapidement des auxiliaires de l’Administration coloniale, fonction dans laquelle ils ne tardèrent pas à mettre à profit leur parfaite connaissance du caractère paresseux et corruptible, de leurs anciens maîtres.

Avec des revenus fixes et de bonnes oreilles auprès du Makhzen, une véritable mutation socioéconomique s’opéra, mettant certains Chefs traditionnels dans une position de quasi-dépendance de leurs anciens sujets. Ce début de semblant d’« égalité », ne tarda pas à être ralenti, puis freiné, par l’avènement de…l’indépendance.

En effet, avec l’indépendance les tribus Bidhanes ajoutèrent, à leur vieil arsenal deux nouvelles armes redoutables : un Etat disposant d’une Armée et le retrait de l’ex-arbitre. Le rapport de forces, largement déséquilibré, né de cette nouvelle situation, allait soumettre, à nouveau, les Haratines à d’autres formes d’injustice et de domination, où l’esclavage à «ciel ouvert » va céder la place à des formes plus « modernes », mais pas moins inhumaines.

La communauté Bidhanes : comment se racheter

Pour contribuer à l’extinction définitive du phénomène de l’esclavage, dont elle a longtemps été le pyromane, la communauté Bidhane a plusieurs défis à lever :

1-Se «délester » de la réputation d’être le parrain et le bouclier du système politique en place.

En effet, s’il est vrai, comme indiqué dans la suite 3, que l’Administration héritée du colonialisme et l’Etat Mauritanien naissant, ont d’abord, et avant tout, servi la communauté Bidhane, à laquelle ils se sont identifiés, au plan social et idéologique, il n’en est pas moins vrai que depuis l’arrivée des militaires au pouvoir, cette donne a bel et bien changé.

De fait, les pouvoirs militaires qui se sont succédé depuis 1978, ont provoqué et soutenu l’éclatement de la communauté Bidhane, en régions, tribus et castes. Cette « balkanisation » de la communauté en question, a largement contribué à affaiblir le nouvel Etat, dont la base et la « légitimité » communautaires se sont nettement rétrécies.

Or, le nouveau rapport de force, basé sur la force (militaire) n’a pas réussi à compenser la perte d’adhésion, de solidarité et de cohésion de la communauté Bidhane, autour des objectifs fixés par les nouveaux tenants du pouvoir.

Aussi, certaines tribus et collectivités se sont regroupées au tour de leurs propres intérêts et ont cessé de miser sur l’Etat, en tant que protecteur et arbitre central.

Le multipartisme et l’éclosion des ONG allaient accentuer cette tendance à l’« autogestion », en lieu et place d’une dépendance aveugle de l’Administration publique.

Cet état de fait, né de l’absence d’un Etat de droit, « dédouane «, en grande partie, la communauté Bidhane de l’accusation d’être, systématiquement, solidaire des politiques désastreuses du Gouvernement, notamment en matière de justice, d’éducation et des droits de l’homme.

2-Redonner à cette communauté un niveau de respectabilité, au sein des autres communautés, à égale distance de l’« Etat-Bidhanes », comme certains qualifient le système politique en place. En plus, elle devra s’investir, de manière plus ouverte et plus efficace, dans la lutte contre les séquelles, nombreuses et visibles, de l’esclavage, ainsi que la mise à l’index et l’extirpation de ses rangs, de ceux qui continueraient à soutenir ou à tenter de justifier la pratique de l’esclavage.

3-Initier un élan national de solidarité, volontariste et mesurable, se traduisant par le soutien, matériel et moral, des victimes d’injustice des autres communautés, en particulier en milieu Haratine. Une telle mesure constituerait une preuve d’humilité et du désir d’un vivre ensemble et d’une cohabitation apaisés, sur la base d’une confiance mutuelle retrouvée.

4-Cet ensemble de mesures et d’actions doit être couronné par une demande formelle de pardon, clairement exprimée, par la communauté Bidhane, auprès des organisations Haratines.

Si un tel objectif était atteint, les futures élections législatives, précédées d’un recensement national, sans complaisance, permettront à toutes les communautés du pays, de se positionner librement, sur le plan politique, et de récolter le juste fruit de leur poids démographique, pour aboutir à l’instauration d’un Etat de droit et la construction d’une Nation, où nous aurons, tous, les mêmes droits et devoirs.

C’est à ce prix, me semble-t-il, que notre pays pourrait, enfin, se construire et se développer en ne gardant de son passé « communautariste » que les spécificités culturelles, qui font sa richesse globale et la fierté de chaque communauté.

Ahmed Ould Mohamed

le calame

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