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Colonel Ould Taya! Libère-toi, libère nous: Dis-nous la vérité, Toute la vérité /Par Prof. Boubacar N’Diaye
Le Calame– Colonel,
Connaissant l’attachement de tout officier à son grade, aboutissement d’une formation rigoureuse y compris l’inculcation de l’éthique et des hautes valeurs qui sont censées s’y attacher, je me permets de m’adresser à toi par ton grade à ta démission de l’armée. Je suis sûr que tu ne m’en tiendras pas rigueur, pas plus que pour le tutoiement, d’ailleurs.
Tout cela ne devrait plus avoir autant d’importance pour toi maintenant. En fait, je m’adresse à toi ainsi pour la troisième fois. La toute dernière fois, je t’ai adressé une missive sous le couvert d’un site d’information bien de chez nous. C’était alors à la veille du nouvel an 2017.
La conjoncture nationale (et internationale) d’alors m’y avait poussé. Entre autre, je t’y posai plusieurs questions ayant trait à cette conjoncture, dont certaines sans doute impertinentes. La plupart avaient trait à l’héritage qu’a laissé ton—long—passage à la tête de notre pays. Je reviendrai sur la toute première fois que je me suis adressé à toi un peu plus loin.
C’était il y a si longtemps déjà. Cette correspondance-là avait, elle aussi, trait au même sujet—l’impact et les séquelles de ta présidence qui, je dois l’avouer, m’obsèdent -littéralement- toujours.
C’est cette obsession et la mémoire de mes nombreux amis et connaissances qui ont été affectés qui, de temps en temps, me poussent à me mettre au clavier et qui donc, aujourd’hui, m’amènent à t’écrire un fois de plus.
Le Contexte
Colonel,
La Mauritanie semble être à un tournant décisif de son évolution. Comme tu le sais, depuis l’an dernier, Aziz a quitté le pouvoir, et semble avoir été entièrement éliminé de la scène politique, pour le moment du moins.
Pour beaucoup, la passation de pouvoir du 2 aout 2019 entre deux officiers -pour une fois sans coup d’état (littéral)- est un signe que, peut-être bien, de nouvelles perspectives, prometteuses, s’ouvrent pour le pays. Fasse Dieu qu’il en soit ainsi!
C’est certainement un (tout petit) bon signe également, que des exilés de renom ont pu retourner au pays. Tous ceux qui ont goûté au fiel de l’exil en sont heureux pour eux, leurs familles, et leurs amis politiques.
Cependant, l’on ne peut que déplorer que les milliers d’exilés plus indigents et anonymes continuent de languir dans les camps au Sénégal et au Mali sans bénéficier de la même sollicitude de la classe politique et intellectuelle dont les pressions ont facilité le retour de ces illustres victimes de ce qu’il faut bien appeler « l’Azizisme ».
Grâce à une variation du même phénomène, d’exil (même doré),tu en sais quelque chose toi aussi, n’est-ce- pas ? De ton retour prochain dans tonpays, il serait question, ce qui sûrement marquera l’évolution politique et sociale du pays. Dans le même esprit, l’on ne pourra que nous en réjouir pour toi, les tiens, et les nostalgiques de ton régime.
Certains ont évoqué ton âge avancé et même ta santé qui serait précaire. C’est dans ce contexte donc que j’ai décidé de t’écrire cette lettre ouverte un peu singulière, il est vrai. Il arrive un temps, dit-on, quand l’heure de vérité sonne et l’Homme est face à son Créateur, les non-croyants diraient face à sa conscience.
La pandémie qui préoccupe toute l’humanité en ce moment m’a rappelé, en ce qui me concerne, la précarité de la condition humaine, et son corollaire et raccourci :La mortalité.
L’héritage de ton régime
Colonel,
Comme tu le sais bien, ce pays que tu as dirigé pendant 21 ans va mal. Il va vraiment mal. Je le dis tout net, tu y es personnellement pour quelque chose. Une plaie béante a résulté de ce que l’on appelle encore avec une certaine pruderie « les années de braise » ou « les évènements ».Certains, plus entendus, continuent de s’y référer comme « les évènements douloureux ».
D’autres, plus directs, parlent de ces « évènements »plutôt comme « une tentative de génocide ». Bien sûr, quelque nom qu’on y accole, ces évènements de 1989 à 1992 ont été précédés et suivis d’actes et de politiques délibérées qui leur ont enlevé le caractère fortuit, accidentel, qui est toujours présumé aux incidents qui les ont déclenchés.
En conséquence de tout cela, bien des milliers de tes compatriotes sont encore réfugiés au Sénégal et au Mali, des milliers d’autres ont été contraints de refaire leur vie loin de leur pays où leurs talents et connaissances ont été souvent mis à profit et récompensés par d’autres pays que celui qu’ils aiment et auraient préféré servir.
Tu le sais aussi, au cours de ces « années de braise », des centaines, voire des milliers de tes concitoyens ont été torturés, tués, des exactions sans nom commises contre des dizaines de milliers dans la Vallée et ailleurs. A résulté de ces faits et bien d’autres encore, un sentiment encore ancré chez la majorité de tes concitoyens qu’ils sont des citoyens de seconde zone, des étrangers dans leur propre pays.
Tout cela a contribué à créer la plaie que je viens d’évoquer, ainsi que la douleur et le risque de pestilence qui accompagnent toute plaie. C’est bien connu, les blessures psychologiques sont toujours les plus difficiles à guérir. Je crains que c’est là, hélas, un traumatisme national dont nous n’avons pas encore totalement soldé le coût.
Colonel,
Malgré tout cela, depuis que tu as quitté le pouvoir, tu t’es muré dans un silence qui est resté insondable. Tu n’as jamais été loquace, il est vrai, mais contrairement à d’autres, ce silence n’est pas doré. Ce long silence a pesé lourd sur ton pays.
Comme une chape de plomb. Il a, entre autres, permis à certains de tes concitoyens de continuer à nier ce qui, plus que tout autre fait ou politique, a marqué ta présidence, et ignorer ou minimiser les conséquences qui en ont découlé pour le tissu social et la République. Il faut bien le dire, les onze ans de pouvoir d’Aziz n’ont pas aidé non plus, bien au contraire.
Durant son éphémère présidence, et tout à son honneur, le Président Ould Cheikh Abdallahi s’est bien essayé –vaillamment- à prendre à bras-le-corps ce lourd héritage que ton régime lui a légué. A essayer de guérir cette plaie, pour ainsi dire. Tu le sais sans doute, beaucoup croient que ce volontarisme et ce sens du devoir de réparation ne seraient pas étrangers à son renversement par Aziz et ses acolytes (pas seulement le quarteron !).
C’est dire donc que même si tu as quitté le pouvoir par la force près de quinze ans déjà, ton ombre, plutôt le spectre de ces « années de braise » et leurs conséquences ont continué de planer sur ton pays.
Ceci est indéniable. Tu le sais aussi, la polémique en cours sur la pertinence du concept d’Apartheid pour notre pays est aussi directement liée à ce qui s‘est passé sous ta présidence et son prolongement— à bien des égards—que furent les onze ans de Aziz.
Même si certains ne le savent pas, pour avoir côtoyé et associé à ton pouvoir certains idéologues, toi, tu sais que, bien plus que le raccourci « développement séparé » et ses substrats infâmes « Blancs seulement », « Noirs seulement », et l’arsenal juridique scélérat, l’Apartheid s’était, avant tout et essentiellement, une idéologie suprémaciste qui a sécrété une volonté de domination aussi fanatique que lâche.
Et, bien sûr, la dénégation de l’existence de l’esclavage (celui-ci d’ailleurs est lié à ladite idéologie) et la répression féroce contre ceux qui dénonçaient cette politique -pendant et après ton régime-continuent à avoir d’autres conséquences néfastes pour le pays.
L’heure de Vérité
Colonel,
Un Président des États Unis, Harry S. Truman, avait, de son temps, introduit dans le jargon politique anglo-saxon la maxime « The Buck stops here ». Ce qui veut dire qu’en tant que président, il était, en dernier ressort, le seul responsable de tout ce qui se faisait dans son administration et l’assumait.
Comme tu le sais, pour les officiers en particulier, la même exigence d’assumer tout ce qui arrive sous son commandement existe bien dans la noble profession des armes qui fut la tienne.
C’est en référence à tout cela que je t’écris pour te conjurer de faire tienne pour l’Histoire cette maxime. Colonel Ould Taya, Fais tienne cette maxime. En un mot : Assume et…brise ton silence ! Parle nous de ce qui s’est passé pendant ces « années de braise »! Nul mieux que toi n’a plus d’autorité pour le faire. Libère toi ! Libère nous tous.
En parlant, en assumant, tu libèreras en effet beaucoup de monde. Tu libèreras ceux qui ne savent toujours pas. Tu libèreras les vrais innocents. Tu libèreras aussi les tortionnaires, les meurtriers, ceux coupables ou complices d’exactions. Tu libèreras les idéologues qui se sont soûlé aux sources nauséeuses de la suprématie culturelle des abords du Tigre et de l’Euphrate, ou du Nil, ou même de contrées moins fertiles.
Ceux-là même qui ont conçu, planifié et mis en œuvre tout cela, et qui continuent aujourd’hui encore de sévir, poursuivant les mêmes objectifs. Tu libèreras les victimes (celles qui ont survécu) qui se demandent toujours quel crime elles ont bien pu commettre pour mériter leur sort.
Tu libèreras les braves gens qui ont dit « non ! », ont résisté et payé le prix. Tu libèreras ceux qui s’y sont accommodés. Tu libèreras ceux qui ont trahi. Tu libèreras les lâches qui ont préféré détourner le regard. Tu libèreras le reste du monde qui s’en est plus ou moins lavé les mains. Tu libèreras tes collaborateurs. Tu libèreras tous tes successeurs. Surtout, tu te libèreras toi-même. Tu feras triompher La Vérité, enfin.
Ce faisant, tu contribueras à écrire une autre page de l’histoire de ce pays. Il t’appartient de décider quel Ould Taya tu veux que l’Histoire retienne.
Je t’en conjure donc, colonel Ould Taya, libère-toi, libère-nous tous !Le temps continue de faire son œuvre et nul n’est éternel. N’est-ce-pas ?
Finalement, au début de cette missive, j’ai évoqué une première ‘lettre ouverte’ que je t’ai adressée il y a de cela si longtemps. Que les temps ont changé ! Que d’eau a coulé sous les ponts depuis ! C’était au tout début des années 2000. Avant Juin 2003. Tu étais alors triomphant, méprisant même. Tu semblais en effet avoir mis le pays sous coupe réglée.
La plupart de tes opposants étaient soit en prison soit forcés de s’exiler ou d’entrer dans la clandestinité. Les autres semblaient avoir été matés. Certains se bousculaient déjà pour se rendre, déposer les armes, et à tes pieds, le drapeau blanc. Pour cela, tous les prétextes étaient bons. Et c’était sous « l’ère démocratique » !
C’était le temps de la rage impuissante pour certains d’entre nous. Il ne semblait nous rester que nos yeux pour pleurer et nos dents à grincer. C’est donc dans un tel contexte de démoralisation que je signai cette lettre sous un pseudonyme–ta police politique était redoutable… –« Et nous irons cracher sur ta tombe. »
Oui, je le concède, un titre peu charitable et ‘culturellement incorrect’ pour un musulman. Il ne me surprendrait qu’ils s’en trouvent encore aujourd’hui qui s’en scandaliseront. Ceux-là même qui, sans état d’âme, auront passé par pertes et profits la torture et l’assassinat de milliers, la déportation de dizaines de milliers, et la condamnation à la misère et au dénuement de millions de leurs compatriotes (pendant et après lesdites « années de braise »), résultat de l’exclusion et de la prédation érigées en système de gouvernement.
Avec le recul et un plus de tempérance, j’ai mis ce titre et le contenu rageur de la lettre sur le compte de ce que j’ai appelé ma « guérilla personnelle pour la démocratie » en Mauritanie.
En fait, tu t’en es tiré, et notre pays avec toi, plutôt à bon compte, cette guérilla étant une guérilla des mots seulement (usant souvent le camouflage de la pseudonymie). Dans tout autre pays que le nôtre, ce qu’ont subi certains Mauritaniens sous ton régime aurait, presqu’inévitablement, conduit à une guérilla, une vraie, armée.
Aux conséquences toujours catastrophiques. Cette lettre-là était surtout en forme de baroud d’honneur désespéré pour rejeter, d’une part la démission, la résignation qui alors tentait un grand nombre et, d’autre part, l’impunité qui semblait inéluctable du fait de ce que même tes opposants les moins pusillanime savaient appelé alors ta « victoire sur toute la ligne ».
Par souci de transparence, il m’a paru approprié d’évoquer cette autre lettre ouverte d’il y a presque 20 ans, elle aussi d’un genre particulier, pour la situer dans le contexte qui était le sien. Encore une fois, que de changements depuis !
Aujourd’hui, Je ne te souhaite que longue vie et retour dans ton pays. Mais aujourd’hui, il s’agit aussi de l’avenir de ce pays et ce que tu pourrais faire de bien pour cet avenir. Cet avenir devra comprendre aussi, (enfin, enfin !) le retour organisé des derniers exilés (tu devrais y œuvrer). Qui n’en conviendrait pas ?
C’est pour cela que je te conjure, encore une fois, de parler, de nous dire la vérité, toute la vérité, de te libérer et de nous libérer tous avec toi pour qu’enfin, nous puissions faire face à nos démons et les exorciser une fois pour toutes, afin de guérir et cicatriser notre plaie.
Il en est grand temps.
le calame
Les États-Unis autorisent en urgence l’antiviral remdesivir pour traiter le coronavirus
RFI– L’Agence américaine du médicament (FDA) a accordé une autorisation d’utilisation pour l’antiviral remdesivir, qui écourte la durée de rétablissement des patients atteints du Covid-19, a annoncé vendredi le président des Etats-Unis Donald Trump.
“Je suis heureux d’annoncer que Gilead a obtenu de la FDA l’autorisation d’utilisation en urgence pour le remdesivir”, a indiqué M. Trump depuis la Maison Blanche.
Médicament expérimental qui avait initialement été développé pour soigner les malades de la fièvre hémorragique Ebola, le remdesivir est le premier médicament ayant prouvé son efficacité contre le nouveau coronavirus.
Selon une étude menée par les Instituts de santé américains, il écourte de plusieurs jours la durée de rétablissement des patients atteints du Covid-19.
8eme cas de coronavirus
La Mauritanie enregistré mercredi, son 8éme cas de coronavirus(COVID-19), a annoncé le Directeur de la Santé, au Ministère de la Santé et des affaires sociales, le Dr Sidi ould Zahaf.
« Il s’agit d’une dame de nationalité étrangère, âgée de 68 ans qui a été aussitôt isolée et placée dans une structure sanitaire pour recevoir les premiers soins appropriés. Des démarches sont entreprises par les autorités sanitaires en vue de retrouver et isoler toutes les personnes avec lesquelles cette dame serait éventuellement entrée en contact, afin de les tester au COVID-19 et prendre les mesures qui s’imposent en pareilles circonstances ».
En l’absence de déplacement de la malade depuis plusieurs mois et sans contact connu avec un porteur de la pathologie, ce dernier cas découvert dans la banlieue de Nouakchott, apparait comme un véritable casse-tête, avec l’éventualité de la présence du virus au sein de la communauté.
Le ministère de la santé invite les populations à rester mobilisées en respectant les gestes barrières.
Depuis le début de la pandémie mondiale du coronavirus (COVID-19) à ce jour, la Mauritanie enregistrait 7 cas positifs dont un décès et 6 patients déclarés guéris.
le calame
Des organisations féminines réclament une loi réprimant les violences à l’égard des femmes
Un collectif regroupant une cinquantaine d’organisations féminines a réclamé, ce mercredi 29 avril, devant l’assemblée nationale, l’adoption d’une loi criminalisant les viols et toutes les agressions contre les femmes.Durant leur sit-in, elles ont brandi une banderole sur laquelle on pouvait lire : « Nous femmes mauritaniennes disons: Non! Non aux violences faites aux femmes/filles(Viols +meurtre)! Pour une loi qui nous protège !»
L’une des initiatrices, Mme Sy née Lalla Aiché Ouedraogo, estime que « les femmes mauritaniennes subissent beaucoup de violences, en particulier les viols. Une chaîne macabre des atrocités commises par des délinquants sexuels serpente notre quotidien depuis quelques années : le viol de quatre fillettes à Tevragh Zeïna par le monstre français, le viol à Sélibaby la semaine dernière d’une femme mariée, l’agression sexuelle suivi d’assassinat à Tiguent de Kadijetou Omar Sow, Penda Sogue, 20 ans, violée et mutilée à mort dans la nuit 27 au 28 mars 2013 à Tarhil, Kadji Touré, 6 ans, enlevée dans le quartier Kouva, violée, tuée, jetée sur une plage en octobre 2013, Zineb mint Abdallah, 10 ans, violée et immolée par le feu, elle succombe à ses blessures, décembre 2014 à Arafat, Roughya mint Ahmed, 8 ans, violée et pendue en février 2016 à Arafat, Zeinabou, 15 ans, violée et malmenée à Arafat en août 2017. Une liste pourtant non exhaustive ! »
« Pour tous ces viols, nous réclamons une loi qui protège les femmes mauritaniennes. Nous voulons une loi spéciale de protection contre toutes les formes de violences particulièrement le viol. Les violeurs ne doivent pas s’en tirer après leurs actes en n’écopant que cinq ans de prison. Que vaut une peine de cinq ans après la disparition d’une jeune fille de 16 ans, de 14 ans, six ou quatre ans ? Nous voulons que la loi soit plus conséquente par rapport à l’acte répréhensible commis par un délinquant », sollicite-t-elle.
A la fin de leur action, elles ont accroché une banderole où leurs revendications et photos sont accolées devant la façade de l’Assemblée nationale, en signe de protestation contre les violences subies par leurs sœurs. On notait aussi la présence des proches de la défunte Khadjetou Sow qui ont réitéré leur exigence de justice.
Rappelons qu’une pétition ayant recueilli de nombreuses signatures exigeant l’adoption d’une loi criminalisant les viols est en ligne.
le calame
|Libre Expression| Le général Mohamed Ould Abdel Aziz: Incontrôlable ou incompris? (suite et fin)
Ely Ould Krombelé-Mais au paravent j’ai connu le sous-lieutenant Mohamed Ould Abdel Aziz en 1980 au Secteur Autonome de Kaédi,, et un peu plus tard en 1984, le lieutenant Mohamed Ould Cheikh Ghazwani au sous-groupement 41 à Fdérik, et que, si depuis le contact n’a jamais été rompu entre nous, ce qu’Allah ne fait rien par contingence.
Au contraire Allah a tout crée par nécessité, car l’ordre de la nature est constant quand le monde, a priori chaotique, est rationnellement régis par le principe de causalité, un déterminisme liant ainsi tous les phénomènes par un caractère prédictif. L’éminent physicien Albert Einstein, géniteur de la théorie de la relativité (espace-temps), n’a-t-il pas dit : je cite “ce qui est incompréhensible, est que ce monde soit compréhensible ” ?.
Ainsi c’est par un déterminisme psychologique ordonné par une puissance qui nous transcende que le chef du 1er Bureau (Etat-Major National) d’alors a muté le sous-lieutenant Ely Ould Krombelé à Kaédi afin de rencontrer le sous-lieutenant Aziz, pour que 40 années plus tard (alhamdoulillah) je puisse témoigner.
Quarante ans pour nous ici sur la planète-terre c’est beaucoup mais dans l’au-delà cela équivaudrait peut-être à une seconde (théorie de la relativité). Si à l’époque j’avais été muté à Néma ou Nouadhibou, peut-être que je n’aurais jamais connu Mohamed Ould Abdel Aziz et que ces lignes que je suis en train de produire n’auraient pas existé.
Toujours est-il qu’en décembre 1984, Aziz est désigné aide de camp de Maawiya, juste après le coup d’Etat contre Ould Haidalla. Certains disent que c’est par l’entregent du cousin germain, le capitaine Ely Ould Mohamed Vall, alors commandant de la 6ème Région Militaire; d’autres prétendent que c’est le beau-père Malainine Ould Nour, homme bien respecté dans le milieu tribal des Smacide, avec l’aide du richissime Abdou Maham.
Moi je dirais plutôt que c’est la conjonction des deux interventions. Qu’importe? C’est à partir de cet instant que les beaux-parents d’Aziz vont se croire tenus de jouer désormais un rôle prépondérant, de par leur proximité consanguine avec le président Maawiya Ould Taya.
Attention, Mohamed Ould Abdel Aziz n’est pas le genre d’homme qui met au devant les relations matrimoniales!!! Bien au contraire…., d’ailleurs il était en désaccord total avec toute une kyrielle d’officiers Smacide qui ont toujours porté à son égard un clin d’oeil soupçonneux. Et croyez-moi il a pu leur tenir tête, aidé il est vrai par deux de ses fidèles compagnons d’armes,surtout à partir du début de l’ an “2000”.
Rien à craindre de ce côté, Aziz est un homme coriace, même si l’Histoire donnera raison un peu plus tard aux cousins de Maawiya (suite au coup d’Etat du 3 Août 2005). C’est ce climat constant de mésentente,doublé de méfiance réciproque qui a été à l’origine de son départ du Basep pour le BCS en 1991, avant l’élection présidentielle de 1992.
Au BCS, il évoluait également en milieu hostile, le chef d’Etat-Major National le détestant et puisque que son caractère d”insoumis”le desservait. Franchement Mohamed Ould Abdel Aziz n’a qu’un seul hobby après l’argent , c’est vivre dans l’adversité.
Plus l’adversaire est important, mieux il se porte. S’il n’a pas d’adversaire de taille, eh bien il le créera lui-même par ses propres agissements. Aziz contre le pouvoir exécutif, c’est du déjà vu : du temps de Maawiya, de Ely Ould Mohamed Vall, de Sidi Ould Cheikh Abdallahi et maintenant de Mohamed Ould Cheikh Ghazwani.
C’est plus fort que lui, ou bien c’est lui le chef ou bien il s’oppose au chef. Personne ne doit être au-dessus de Ould Abdel Aziz. Il est conçu comme ça et on n’y peut rien.
Toujours est-il que pour sortir de cet “enfer”du BCS, un stage pour le cours d’Etat-Major au Maroc était le bienvenu (1993-94). Ainsi à son retour du Maroc de 1994 à l’an 2000, il rongeait son frein, muté à la 6ème Région militaire comme adjoint aux opérations. A l’époque mieux vaut être un vendeur de poulets que de tenir ce poste.
Son retour au Basep en l’an 2000 était un appel du destin et c’est suite à la tentative avortée du 8 Juin 2003 des cavaliers du changement, que l’ambition de jouer un rôle politique de premier plan, germa dans l’esprit d’Ould Abdel Aziz.
Vraiment il n’était pas le seul à caresser cette aventure. Le nouvel homme fort de l’Etat-Major National, après la mort de Mohamed Lemine Ould Ndeyane et l’éviction de son successeur, le colonel El Hadi Ould Sedigh, je veux nommer le colonel Arbi Ould Jedeïn, amadoué aussi par un staff d’officiers, pensait également que Maawiya était fini et que le fruit était “mûr pour la cueillette”.
Mais le trio Aziz et Ghazwani, sans oublier l’acquisition du colonel Cheikh Ould Bayé, que j’appelle le clan des colombes, a dégainé avant le clan des faucons . Ainsi Django a tiré le premier. Ce jour du 3 Août 2005, “les colts ne chantèrent pas la mort et ce ne fût pas le temps du massacre”, heureusement pour nous, contrairement au 8 juin 2003.
Auteur de deux coups d’Etat, ayant exercé deux mandats présidentiels à sa guise, voilà Ould Abdel AZIZ encore aujourd’hui au devant de la scène. Cette fois pas en position de force, encore moins en héros mais plutôt en perturbateur patenté.
Il faut remettre les faits dans leur contexte avec le maximum d’objectivité historique, ce qui est un exercice délicat. Pourquoi Aziz agit-il de la sorte? Continuons pour l’instant d’éplucher son parcours en essayant de déceler les causes de son “naufrage” après son départ de la présidence, l’été dernier.
3/ La “balle amie”du mi-mandat en 2012 ou l’influence néfaste des proches:
Les images qui nous parvenaient du président Aziz après l’attaque de 2012, nous montraient un homme exsangue au regard hagard. La convalescence qui dura des mois, a été sans doute l’occasion pour sa petite famille d’édifier un mur de protection autour de lui.
Toujours est-il qu’Aziz est devenu vulnérable, poreux à certains souffles qu’il rebutait jusque là, pour des raisons que nous ignorons encore. Au même moment où on lui faisait probablement croire qu’il bénéficiait d’une baraka sans commune mesure. Lui qui n’a jamais supporté les caprices de beaux-parents, commençait à tolérer ceux des beaux-fils, mais également des enfants.
Ce qui sera fatal à sa notoriété et à l’exercice de la bonne gouvernance. Ainsi la vague d’assauts sur le patrimoine foncier surtout, “ces quelques arpents de terre” disait Voltaire jadis quant à l’actuel Canada, a laissé des boursouflures livides dans l’inconscient collectif des mauritaniens.
Aussi la chasse aux postes juteux, bref les manoeuvres frauduleuses qui dépassent l’entendement peuvent commencer. L’influence de la famille sur un homme diminué, certes culpabilisé a permit d’échafauder des projets destinés à bâtir un gigantesque empire financier. Je suis sûr que si Aziz jouissait de toutes ses facultés mentales, il n’aurait jamais accepté l’ingérence manifeste de ses proches, à ce point.
Mais à force de dire à un homme “tu es le meilleur, tu es courageux, tu n’as rien à craindre; le peuple t’est acquis pour toujours” etc.., il se croirait tout permis…. Vous vous souvenez sans doute du rôle néfaste de la première dame tunisienne Leïla Ben Ali sur son mari ? Ainsi un président mal conseillé à domicile, mal conseillé au bureau,entouré d’une pléiade de courtisans qui ne le contrarient jamais , au contraire qui flattent son orgueil, se croit-il sans doute sur le bon chemin.
Au moment de sa convalescence en 2012, qui lui a maintenu son pouvoir?, c’est Ghazwani. Cependant que tout le monde était acquis au changement donc à un coup d’Etat ” médical”, sauf Ghazwani et quelques proches de Aziz.
A-t-on réellement apprécié à sa juste valeur le rôle olympien du chef d’Etat-Major National Mohamed Ould Ghazwani en 2012? Non…à mon sens ni Aziz ni ses proches n’ont eu de la compassion pour ce général loyaliste.L’arrogance de certains les poussent souvent à croire que la sagesse mesurée des autres est une faiblesse congénitale.Or il est dit qu’il ne faut jamais réveiller le chat qui dort.
4/La commission parlementaire : épée de Damoclès et couteau suisse
Ne dit-on pas que pour enterrer un projet il faut lui désigner une commission? Je pense qu’il est inadmissible de faire porter le chapeau de la gabegie au seul Mohamed Ould Abdel Aziz.D’ailleurs pourquoi ne pas confier ce problème à la justice? Certes Aziz est le premier responsable de par son statut de chef de la magistrature suprême.
Et que s’il avait mis son génie créateur d’empire financier au service de la promotion de son pays, la Mauritanie aurait probablement été de nos jours le “Dubaî” de la sous-région.
Mais voilà que nous sommes le seul pays de la zone sahélo-saharienne où l’on voit encore des ânes tirer des charrettes pour la distribution de l’eau, ou encombrant nos artères principales. Je défie quiconque de voir dans les rues de Bamako ou Dakar des ânes tirant des charrettes.Les jeunes ruraux maliens ne montent les charrettes qu’une fois en Mauritanie, même si ce sont les maliens qui sont les premiers exportateurs et constructeurs de charrettes de tous les pays du Sahel.
Cette paupérisation où le ministère du transport est incapable de réguler le trafic routier; le ministère de l’hydraulique incapable à son tour de ravitailler en eau une population de moins de 4 millions d’habitants et ce, depuis l’indépendance, est une lourde responsabilité symbole de la défaillance de tous les pouvoirs successifs.
Celui de Ghazwani fera-t-il exception? Je ne parle pas des secteurs non moins importants que sont l’éducation et la santé, qui elle semble sortir la tête de l’eau.
Enfin ceux qui ont rendu le détournement des deniers publics possibles, qui ont collaboré avec Aziz et les proches de Aziz sont aussi comptables autant que lui. Certes la commission parlementaire est un instrument destiné à canaliser les agissements d’Ould Abdel Aziz, elle se pose en une épée de Damoclès.
Car l’homme est incontrôlable et il faut toujours le “surveiller comme le lait sur le feu”.Cette commission n’a pas qu’un rôle dissuasif, c’est aussi un semblant de couteau suisse. En effet son énergie stabilisatrice peut dévier pour cause de vents contraires et déstabiliser ainsi sa propre rampe de lancement.
Voilà une première que de vouloir auditionner un ancien président de la république en Mauritanie sans la maîtrise pourtant de tous les leviers juridiques par les parlementaires eux-même. A supposer que pour tout essai il y a souvent des ratés.
Quand Aziz président, voulait la lune on la lui décrochait; maintenant Aziz sans le Basep ne représente aucun danger, il est comme tous les anciens présidents nostalgiques du pouvoir et qui prennent du temps à vociférer avant de se calmer.
Si aujourd’hui Ghazwani demandait à vouloir habiter les étoiles, ses conseillers,ses ministres et autres parlementaires s’empresseront de lui dérouler le tapis rouge en lui disant que le vaisseau spatial est prêt … Personne ne pourra lui dire face à face que la Mauritanie n’a pas la possibilité de l’envoyer dans l’espace.Cette comédie du mensonge et de la trahison perpétuels va durer jusqu’à quand?
Et si nos braves parlementaires étaient à leur tour manipulés par des groupuscules politiques ou des feudataires qui détestent les militaires depuis 1978 ? Et si encore leur objectif était de créer la discorde entre Aziz et Ghazwani, ce qui est fait, et que désormais ils veulent marginaliser voire auditionner également le président du parlement Cheikh Ould Bayé.?
Alors que restera-t-il du magique trio des colombes, quand Aziz et Cheikh Ould Bayé auront été mis à la touche? Que Ghazwani….. Plus sérieux, je doute que l’agenda des parlementaires n’en cache un autre au dessein fangeux afin de venir à bout de la “dynastie des militaires”? Attention au retour de manivelle car, l’Histoire, toujours elle, nous apprend qu’en pareils moments, le tout ou son contraire peuvent se produire. Il ne faut jamais prendre ses désirs fantasmagoriques pour de la réalité./.
Ely Ould Krombelé, France
cridem




