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Entretien avec Samba Thiam, président des FPC
Le Calame – Pour Samba Thiam, président des FPC, “l’échec du dialogue est plus imputable au pouvoir qu’à l’opposition”. Entretien…
Le Calame: Le président du comité préparatoire des concertations a annonce, ce 2juin, l’arrêt du processus d’organisation du dialogue dont le lancement officiel était pourtant donne pour imminent. Avez vous été surpris par cette annonce? Quelles sont selon vous, les raisons qui peuvent fonder la décision du président Wagf ?
Samba Thiam : Oui ,quelque peu surpris en effet par la forme ,c’est-à-dire de la façon dont la décision ,unilatérale, a été rendue publique. Ils tentent de s’en tirer, à bon compte, en faisant porter le chapeau à l’opposition, et à elle seule. Ce n’est pas très élégant, c’est le moins qu’on puisse dire. La réalité est un peu plus complexe que ça !
Quant au fond, je n’ai pas été vraiment surpris , parce que je sentais la chose venir, au regard de certains indices …
Vous avez d’abord dû remarquer comment ce dialogue a été négocié … comme une prière. Puis, dès le début, le quiproquo sémantique surgi autour des termes concertations et dialogue sur lequel l’Opposition, prompte aux concessions, par essoufflement ou lassitude, a cédé ! Ensuite ,la façon dont certaines questions , majeures étaient traitées sous la table ,alors même que le dialogue se profilait … Mais encore, ce ‘’ dialogue’’ n’a pas emprunté les voies-standard habituelles, propres aux dialogue, bien souvent …En effet , l’on sait , qu’en général , un dialogue résulte de deux cas de figures : soit il émane de l’exécutif qui, après analyse froide et lucide d’une situation politique tendue, juge de la nécessité d’en organiser un , entre les parties ; soit il découle d’un rapport de forces , favorable à l’Opposition qui l’impose au pouvoir.
Or nous ne sommes ni dans l’un, ni dans l’autre cas . A tout cela sont venues s’ajouter les claudications survenues à mi-parcours du processus, qui ont précipité sa fin. Vous comprenez à quoi je fais allusion, la Mauritanie a ses réalités, têtues. Mais, par-dessus tout, le plus déterminant des arguments à mon avis, réside dans les réticences pour ne pas dire les résistances du commandant en chef sur la question , qui n’ont ,fondamentalement , pas varié à ce sujet ,du début à la fin ; l’absence, claire, de volonté politique réelle, affirmée …
La sortie du coordinateur du Comité provisoire du dialogue n’a été , en réalité , qu’un prétexte , un faux alibi , pour se sortir d’une passe qu’ils avaient empruntée ,contre leur gré, rien de plus ! Si on devait situer les responsabilités de l’échec je dirais qu’elles sont bien plus imputables au pouvoir exécutif qu’à l’Opposition, même si ….
Des propos haineux tenus à l’endroit des Peuls de Mauritanie et des menaces et invectives contre certaines personnalités, à des arrestations. Que vous inspire cette atmosphère à la veille du démarrage des concertations politiques nationales ? Comment avez-vous réagi à la décision de la justice d’ouvrir une enquête puis de faire arrêter l’auteur de ces propos ?
-Concernant les propos haineux que vous évoquez -qu’il faut, ici, condamner sans équivoque- ils découlent du climat délétère généré par l’acuité de tensions sociales créées par trop d’injustices, trop d’inégalités, et dont le Président ne semble pas prendre conscience. IL faut d’autant plus condamner ces propos qu’ils généralisent ; or la généralisation est toujours abusive , excessive , car il n’y a pas de peuple , de communautés ou de groupes totalement bons ou totalement mauvais , totalement gentils ou méchants . Il y a des bons et des mauvais partout, des Justes partout…C’est donc une erreur de jugement ; il faut incriminer le Système et non pas le peuple.
Il n’empêche, la loi sur la ‘’protection de la personne du Président’’ ou sur la cyber criminalité, telle que formulée, consacre un recul grave et net de la démocratie , pour bâillonner les opinions et les libertés fondamentales ! On ne peut plus dénoncer des dérives sans risquer de se voir intimidé ou embastillé, il n’y a pas de liberté d’association ,on ne peut se réunir encore moins manifester , même la presse est sous pression, alors dans quelle démocratie sommes-nous ?
Un des acquis dont se prévalait la majorité et son Président , brandi à tout va , était l’apaisement du climat politique ; ils viennent de griller cette carte, la seule dont ils pouvaient se prévaloir. L’apaisement politique est mort, et bien mort, de leurs propres mains …Or, si nous pouvions être plus attentifs aux alertes à nos frontières, au tumulte et à l’agitation du monde qui nous parlent , plus qu’à tout autre, nous nous empresserions de sortir de cette voie sans issue ! l’Histoire jugera, elle jugera chacun de nous …
-Depuis des années, presque tous les acteurs expriment, à travers séminaires, colloques, conférences débats leur souci de trouver des solutions au problème de l’unité nationale. Tous semblent d’accord pour que ce thème soit mis sur la table. D’abord, qu’est-ce qui justifie, à votre avis cette espèce de regain d’intérêt pour cette thématique ? Ensuite, pensez-vous que de ces concertations, pourraient sortir des solutions consensuelles autour des questions nationales ?
Je pense que s’il y a un regain d’intérêt pour la question de l’unité nationale ces derniers temps, c’est sûrement qu’elle est devenue d’une certaine acuité, problématique et source de tensions plus vives . Pour le reste je crois y avoir déjà répondu , en ajoutant encore ceci , que même s’il sortait de ces assises des solutions consensuelles, je doute qu’elles soient appliquées , pour les raisons soulignées plus haut .
-Avec quel sentiment avez–vous décidé d’aller à ces concertations ? Avez-vous décelé chez les autres acteurs, la détermination de trouver des solutions définitives aux problèmes du pays ?
-J’ai expliqué mes réserves, dès le début, sur la façon dont ce ‘’dialogue’’ a été négocié, et amorcé… Dès le départ, j’étais donc sceptique quant à l’issue ,puisque le bon sens me dit que tant que le chef suprême n’a pas pris conscience de l’existence et de l’acuité des problèmes , de leur danger, tant qu’il n’a pas perçu l’intérêt ou la nécessité d’un dialogue autour , il serait utopique de penser qu’il se serait encombré de solutions, pensées ailleurs, et pour des questions qui n’existaient pas à ses yeux ! Il n’y a pas de crise disait-il, souvenons-nous en ! Il ne servait donc à rien de s’engager sur ce chemin, sauf que chaque parti politique a ses réalités …Si nous y sommes allés , c’était pour nous en servir comme d’une tribune , mais nous étions sans illusions.
Au cours d’une récente conférence de presse, le président de IRA, Biram Dah Abeid a comparé les prochaines concertations au Congrès d’Aleg de 1958. Que vous inspire cette comparaison ?
-Je crois que chacun a la liberté de se livrer à des comparaisons qu’il veut et comme il veut… Avec des arguments choisis et sous l’angle désiré. On peut donc concéder , que sous certains angles , cette ‘’ comparaison soit raison’’, entre ce dialogue et le Congrès d’Aleg … A cette différence, toutefois , qu’à l’époque certaines franges n’étaient pas dans l’équation dont elles sont ,aujourd’hui , un paramètre essentiel …
Pour ma part, je me serais plutôt saisi de ces assises pour rattraper l’erreur d’Aleg : fonder un pays sur la base d’un vivre ensemble, volontairement choisi entre des entités différentes , mais sans en définir, clairement, les bases et les contours . ..
Pendant que les acteurs politiques s’activent autour de la tenue du dialogue, le gouvernement s’attèle quant à lui à éponger le passif humanitaire avec certaines organisations des veuves, des orphelins, des rescapés et des rapatriés, comme il prépare une loi d’orientation pour la réforme du système éducatif, ceci après la tenue des assises sur l’école. Ces deux questions avaient été retenues parmi les thématiques des concertations désormais suspendues. Qu’en pensez-vous ?
– Il n’y a pas que le dossier de l’éducation ou du ‘’passif’’. Et c’est bien pourquoi on ne pouvait attendre grand-chose d’un projet de dialogue, complètement désossé, au départ …
-Que vous inspire la gestion du dossier de la décennie dont on enregistre une avancée dans la mesure où les personnes présumées viennent d’être déférés devant un tribunal pour être jugé? Pensez-vous que le travail de la CEP de l’Assemblée nationale a permis de prévenir la gabegie ?
– N’allons pas trop vite en besogne, au vu des hésitations, des demi-mesures, des atermoiements auxquels on nous a habitués .Il ne faut croire que ce que l’on tient en main…
Prévention de la gabegie dites-vous ? Avec des choses , toujours faites à moitié ou de travers et tous ces atermoiements , vous y croyez vous ?
– Quelle évaluation vous faites de la gouvernance du président Ghazwani ?
– Si j’entends bilan, je dirais décevant ,au regard des attentes et de l’immense espoir suscité auprès , tant des populations que des politiques, au départ du mandat. Inégalités, injustices, discriminations perdurent, ne le perdons pas de vue .
Dans l’une de ses déclarations, le président de IRA Biram Dah Abeid a affirmé que la candidature de feu Kane Hamidou Baba soutenu par la Coalition Vivre Ensemble (CVE) dont le FPC, votre parti, était membre avait pour objectif d’affaiblir sa candidature à la présidentielle. Un commentaire?
Je trouve cette question anachronique et la remarque quelque peu déplacée … Celui qui aurait été le mieux à même d’y répondre c’est certainement feu Kane H Baba lui-même , aujourd’hui disparu ! Paix à son âme. Il s’y ajoute que je n’aime pas revenir sur des questions qui renvoient au passé et de surcroît polémiques ; ce n’est pas productif … Cela dit, il faut quand même rappeler que feu KHB s’est toujours présenté aux élections présidentielles, pour son propre compte , avec d’autres concurrents . Pourquoi en serait -il autrement pour cette élection dernière? Pourquoi, même s’il le fit à travers une coalition, cela devrait-il être dirigé contre quelqu’un ?
L’humilité, disait Mani – personnage de A Maalouf-‘’ c’est ‘’de savoir parfois rire de soi’’!
-Au fait, où en est votre dossier administratif ? Pourquoi ne prenez –vous pas contact avec la CNDH ?
-Toujours au point mort … Je n’ai pas un dossier mais deux, politique et administratif …
Le dossier politique – contentieux avec l’Etat- depuis 2015 autour du récépissé des FPC , est toujours en souffrance à la Cour suprême qui, pourtant, dénoue régulièrement des contentieux du même genre .Puis le dossier administratif relatif à mes droits à pension , que l’on continue de me refuser …Dossier qui avait été engagé par le ministre de la Fonction publique sortant , l’ arrêté devant me régulariser ,lancé dans le circuit , mais reste bloqué au niveau de la législation ,depuis plusieurs mois . Il y a comme un retour de l’ère de Abdel Aziz qui avait limogé un Directeur général de la fonction publique pour avoir tenté de me remettre dans mes droits, légitimes…De tous les prisonniers politiques de Walata de 1986 , il faut le rappeler, je reste le seul à qui on refuse ce droit…En raison de ma posture politique de penseur libre et d’honnête opposant.
Oh, c’est fait pour la CNDH ! J’avais saisi son Président, voilà plus de deux ans, mais rien… J’avais toujours pensé, honnêtement, que ce président était à équidistance, vraiment indépendant. Eh bien ! Je découvre, au vu de cette expérience et bien d’autres, qu’il choisit ses dossiers, manifestement…
Propos recueillis par Dalay Lam
le calame
Remaniement du gouvernement, quelle lecture ?
Paradoxes, incohérences, hypocrisie…la montagne qui accouche d’une souris ! Lorsqu’on a de l’ambition pour ce pays, on éprouve, chaque jour que Dieu fait, des frustrations , de la douleur, un mal-être profond, face à cette navigation à vue, à ces paradoxes, à ces incohérences et cette hypocrisie ambiante…
Un Président, décu, par un coup de sang, décide de vider la moitié de son gouvernement pour incompétence … mais le voilà qui garde le premier des ministres, à qui pourtant incombe la responsabilité première de l’échec ou du succès !
Dans la foulée, il tient une séance de travail physique avec les gouverneurs des régions, sermonés, pour leur manque de proximité avec les populations, et voilà que, là aussi, leur commandant en chef se retrouve propulsé au rang de premier des diplomates !
Incohérences, quand elles nous tiennent …
D’aucuns rapportent que parmi ces gouverneurs, certains auraient décidé, comme pour faire un pied de nez au Président, de suspendre tout bonnement l’enrôlement des populations –en région Sud ! Il n’est pas superflu de rappeler pour ces régions Sud que l’ensemble des personnes qui avaient passé la première phase d’enrôlement, grâce aux commissions itinérantes, mises sur pied avec l’arrivée de Ghazouani, ont vu, toutes, leurs dossiers bloqués au niveau de la Commission centrale de Validation ! la raison invoquée ? “Ce serait des Sénégalais qui se font enrôler”, murmure-t-on.
Comme toujours, partout au Sud ! Même suspicion à l’égard des résidents de Sebkha et du 6ème à Nouakchott . De cette affaire d’enrôlement seuls les Négro-africains et les Haratines en souffrent, véritablement, voilà près de 20 ans . Et on nous parle d’équité !
Mais revenons à nos moutons…
Je constate, et nombre de mauritaniens avec moi , que le Président a limogé des éléments dont certains sont reconnus pour leur probité et sérieux au travail, pour faire entrer quelque négros, quelque négrita, avec pour seul critère visible la dévotion et l’allégeance au Système ! Ces hommes et ces femmes qui ont été poliment remerciés, s’ils n’étaient pas les meilleurs , n’étaient pas non plus en deçà de ceux qui sont restés. Un des Mohicans a échappé par miracle à la purge, mais au regard des traditions du pays qui s’accommodent mal des hommes sérieux, probes et travailleurs, ça ne saurait tarder…
On prend les mêmes et on recommence. Une fraction pour les Hodhs, une autre pour l’Assaba, le Trarza, tel quota pour telle tribu, tel autre pour telle fraction tribale. Un sooninke s’en va un autre fait son entrée ; les wolofs sont oubliés, mais sans susciter aucune indignation; pas même des intéressés eux-mêmes !
Ce pouvoir se dit attaché à l’équité, à la justice, au respect des droits des citoyens, mais ce sont là juste des slogans ! Des mots, rien que des mots, et je suis l’exemple vivant, entre autres, qui l’illustre, à travers et mon dossier politique (récépissé des FPC arbitrairement bloqué), et mon dossier administratif (– seul ancien locataire de Walata de 1986 qui n’a été , jusqu’ici, ni indemnisé, ni admis à faire valoir ses droits à pension) ! Combien sont-ils tous ceux-là qui souffrent d’injustices flagrantes non résolues au quotidien ? Si ould Abdel Aziz ne fut, manifestement, pas notre Président, celui-là, non plus, ne semble pas acter dans le sens contraire. Loin s’en faut !
Avec ce régime on glisse, lentement, vers le culte de personnalité, vers la répression de la moindre contestation ou velléité de changement, comme avec ce jeune blogueur de Toujounine, arrêté et torturé , dont le seul crime fut de s’être proclamé “président d’un Mouvement pour le Changement”. Niveau auquel même le général, déchu, se gardait de tomber, au nom de la liberté d’expression !
Nous avons mal à notre gouvernement, mais que dire de notre peuple, ou plutôt des nos populations, tous horizons confondus, qui ne cessent de se lamenter sur leurs misères, mais qui attendent, tranquillement, la solution du Ciel …Que dire de nous autres, exilés dans notre propre pays, toujours dans l’expectative comme frappés d’hébétude ?
Que dire de nos leaders politiques, de nos intellectuels qui gardent le silence sur des orientations et manquements graves qui mettent en péril notre unité ? Qui ferment les yeux sur un génocide qui se déploie, dans toute sa laideur, à notre frontière Est, par amalgame d’une junte militaire pustchiste!
Que dire des Organisations nationales des droits de l’homme, de l’Union Africaine, de la CEDEAO-obsédée par les élections- qui font profil bas sur cette question cruciale ?
Que dire de cette Opposition, éclatée, par dysharmonie entre ces tendances dans et hors -Système, qui ne veut même plus s’opposer ?
Que dire, enfin, de nos partenaires internationaux qui pleurent pour l’Ukraine et se détournent des charniers dramatiques du Macina et de ce qui s’installe insidieusement en Tunisie ? Que penser de ceux-là qui disent venir en aide à notre cohésion sociale, mais qui injectent chaque année des millions d’Euros en soutien à un secteur de justice arriéré, mono-ethnique et grabataire ?
Hypocrisie quand tu nous tiens !
Samba Thiam
Président des FPC
CONTRIBUTION: A Propos de la loi d’orientation …
Par Samba Thiam.
J’ai lu attentivement la loi d’orientation du ministre de l’Education nationale portant sur la réforme du système éducatif. L’appréciation que j’en fait est qu’elle constitue un recul net par rapport aux ambitions du Comité Militaire de Salut National (CMSN), pour reconduire et renforcer les aspects négatifs et désastreux de l’arabisation, issue de la réforme de 1999. Elle consacre , de facto, une ‘’folklorisation’’ de nos langues nationales pulaar, sooninke et wolof, ni plus, ni moins. Et c’est inacceptable !
Le CMSN prônait, à travers l’exposé de motifs et le décret 81017/Pg/MEN, ceci : ‘’ Elaborer un système éducatif {…} qui se fondera sur l’officialisation de toutes nos langues nationales, la transcription en caractères latins et l’enseignement du pulaar, sooninke et wolofs qui devront donner les mêmes débouchés que l’arabe ‘’. Le ministre choisit de passer sous silence toute éventualité ‘’d’officialisation’’ de ces langues. Le CMSN poursuit : « les langues nationales doivent prendre place et être utilisées comme véhicules du savoir , sous toutes ses formes… » , à quoi ce ministre oppose qu’elles seront des langues de communication ; que la langue ’arabe sera enseignée à tous les enfants non arabophones comme véhicule d’apprentissage des sciences et autres disciplines, que ‘’l’apprentissage des connaissances et aptitudes de compréhension et les disciplines scientifiques se fera dans la langue arabe’’.Le CMSN insiste et rappelle « qu’il ne s’agit pas d’utiliser ces langues nationales comme relais ayant pour fonction de faciliter les apprentissages dans une autre langue – c’est exactement ce que fait ce ministre -, mais de les installer d’emblée dans une dynamique propre à assurer leur plein développement et leur insertion dans tous les secteurs de la vie sociale » , tout le contraire de ce projet !Enfin le CMSN met en garde : « il est indispensable que vous compreniez tous que cette décision n’est pas une mesure ‘’politicienne’’ qui cache un calcul sordide et sans lendemain». Exactement le cas d’espèce qui nous occupe avec cette loi d’orientation scélérate ! A la clarté de langage du CMSN dans les choix opérés, le ministre oppose des calculs et des agendas inavoués , l’ambiguité et le flou le plus total sur bien des aspects …Flou sur le statut des langues; tantôt l’arabe est langue véhicule de toutes les disciplines pour tous, tantôt elle est langue de communication ; tantôt ce sont les langues pulaar, sooninke et wolof qui le sont, tantôt c’est le français !Flou sur les caractères arabes de l’alphabet introduits au préscolaire sans en fixer les limites, ce qui , par glissement et par stratégie, pourrait s’installer et signifier, sans le dire, une remise en cause même des caractères latins, acquis …Ce texte parle de généraliser l’enseignement des langues nationales mais à la carte ! On fait preuve de cynisme, lorsqu’on pose qu’il faut ‘’capitaliser l’experience réussie de l’ILN qui a été abandonnée sans justification valable’’ et, qu’en même temps, on annihile la substance et l’essence même de ce qui ‘faisait de cette expérience une réussite’, à savoir l’érection du pulaar , sooninke et wolof en langues d’enseignement , langues véhicules du savoir, et non comme langues de ‘’facilitation pour l’apprentissage d’autres langues’’ comme c’est le cas proposé ici ; c’est-à-dire comme langues d’appoint et d’appui essentiellement à l’arabe, ici dans ce projet. C’est hors de question ! C’est faire fi des raisons cognitives et pédagogiques qui sont à la base même de la théorie du recours aux langues maternelles dans l’approche nouvelle de l’apprentissage ! Non seulement ce projet fait abstraction de toute idée d’officialisation, mais remet en cause et le statut de langues véhicules et le choix des caractères latins acquis depuis les années 70. Nous faisons face à un choix partisan qui installe les enfants d’un même pays dans des conditions de départ inégales et injustes d’acquisition du savoir. C’est inique et immoral ! L’injustice semble inscrite dans l’ADN des pouvoirs mauritaniens !Enfin et surtout, les auteurs du projet de loi parlent ‘’d’égalité des langues comme patrimoine national ‘’, mais refusent le caractère officiel à toutes . C’est inacceptable ! Ce sera Identité contre Identité ! Pour divertir l’opinion on continue, bien sùr , à travers ce projet , à jouer sur l’opposition, fictive, entre le Français et l’arabe , disparue depuis longtemps à l’école ! Même stratégie de dupe qui s’exprime par : ‘’ la généralisation interviendra aussitôt que l’expérience aura été jugée probante’’ …Un piège à con ! Comme si nous n’avions pas vécu similaire promesse, envolée en pleine expérimentation de l’ILN ! Seule l’officialisation de nos langues pourrait nous garantir la pérennité de leur usage , et nous prémunir des humeurs capricieuses de plaisantins, légion….Toute la problématique du système éducatif mauritanien réside dans son inégalité et et dans son iniquité structurelles entre enfants devant l’acquisition du savoir. « La crise identitaire en mauritanie existe, nous dit Maitre Taleb Khyar, en raison de plusieurs facteurs dont le plus important est l’école républicaine {…} dans laquelle un enseignement suprémaciste faisant l’apologie de la superiorité d’une culture, d’une race, d’une langue sur les autres est dispensé ». C’est exactement le cas qui nous occupe précisément , mais exprimée de façon sournoise et cynique à travers cette loi d’orientation … La culture continue ‘’ d’être pensée, en mauritanie, comme un instrument de conquête et de confiscation du pouvoir’’, soulignait-il ; à des fins de domination ,d’assimilation et de prolétarisation des négro mauritaniens , devrait-il ajouter… L’agenda d’assimiler les négro africains n’est pas abandonné, loin s’en faut ! Il explique cette résistance acharnée et obstinée de nos gouvernements successifs à refuser toute officialisation de nos langues nationales, à l’image du berbère -Tamazight au Maroc et en Algérie. C’est Identité contre Identité.
Nous sommes face à un projet non viable , qui va accentuer davantage les inégalités , sécréter deux sociétés parallèlles. Nos partenaires doivent comprendre qu’il y a toujours un écart entre ce qui se dit et ce qui se fait chez nous … Nous excellons dans le faire-semblant et dans l’art de mystifier nos partenaires ou le reste du monde, même si certains partenaires internationaux ne sont pas dupes , mais optent pour la complaisance . Ces journées nationales de concertations et toute la suite sont de la poudre aux yeux, un maquillage destiné à faire valider et légitimer, par un semblant de cachet populaire , un projet concocté et ficellé, en amont, par le ministère .La réforme scolaire préconisée dans cette loi d’orientation s’inscrit en droite ligne d’un Système qui cherche à imiter l’ordre social au maghreb , où des millions de noirs, assimilés, sont rélégués aux basses besognes, à la culture de l’olive ,au creusement de diguettes d’irrigation, au travail de la forge ou au débouchage d’égoûts, comme en Algérie avec près de 6 millions de noirs . Des millions de noirs , quasiment invisibles dans la superstructure, dans tout le Maghreb… Voilà le projet en gestation , voilà le destin ,à moins et long terme, qui nous guette dans notre pays et que nous réservent les tenants du Système . Nous ne l’accepterons pas ! Comme nous n’accepterons pas l’unité du cavalier et de sa monture …Nous affirmons notre choix pour un pays qui accepte réellement et franchement son identité plurielle , sa diversité culturelle et ethnique .C’est feu Yehdih qui disait ,plaidant pour l’Azawad, – ‘’ que si l’on ne peut vivre ensemble qu’au prix de l’oppression à l’égard d’une composante , c’est une position pas raisonnable qui, surtout, n’est pas tenable’’. Trop d’injustices de nos gouvernements ! Un racisme d’Etat chaque jour plus accentué , affirmé et assumé ! Nous sommes poussés dans nos derniers retranchements . L’entêtement à vouloir poursuivre et préserver un ordre inique, un Système où un seul groupe ethnique a contrôle sur tout , la main mise sur tout est dangereux à terme . C’est le bon sens qui nous le souffle . ..Notre pays est à la croisée des chemins , à chacune et à chacun de prendre ses responsabilités aux fins de redresser sa trajectoire , pour un devenir en commun plus sain et plus équilibré .
Propositions concrètes de réajustement , pour la paix sociale :Revenir à l’esprit et à la lettre de la réforme du CMSN , à ses ambitions pour l’enseignement de toutes nos langues nationales ; s’en tenir à ce principe : ‘’ le choix des langues d’enseignement dans l’Ecole repensée, au service d’une cohésion nationale apaisée, doit obéir à l’impératif d’offrir l’accès le plus efficace, surtout le plus équitable au savoir’’. D’où lever le flou et les ambiguïtés qui entourent ce projet sur le statut des langues, en posant clairement les options ci-après: -Toutes les langues nationales sont officielles et toutes sont des langues véhicules de savoir ou d’enseignement – Que chaque enfant démarre ses apprentissages dans sa langue maternelle – le pulaar, le sooninke, le wolof sont des langues d’enseignement au primaire pour les enfants non arabes, en attendant leur plein développement pour l’expansion au secondaire et au supérieur. – l ’arabe est enseignée à tous les enfants non arabophones, comme langue de communication et inversement – la langue arabe sera la langue d’enseignement pour enfants arabophones – le Français est enseigné comme langue de communication au primaire . – Dans les Examens et Concours il sera introduit, dès à présent, une épreuve en langues nationales ( pulaar, sooninke ,wolof).
Au préscolaire, poser clairement – que Les enfants apprendront dans leurs langues maternelles (1ere et 2ème année ), en alphabet latin pour les non arabophones – que l’apprentissage du Coran se fera dans des mahadras, librement choisies par les parents d’élèves
Pour les mesures administratives et juridiques, – Réhabiliter immédiatement l’ILN et le détacher du Supérieur- Associer, au plus près, la Direction première de l’ILN aux préparitfs de démarrage des travaux d’implémentation de la réforme. – Convoquer et réemployer, à titre transitoire, l’ensemble du personnel enseignant et technique disponible, impliqué dans l’expérience de 1979 de l’ILN – Sur le plan législatif, s’appuyer sur les textes initiaux de 1979, à réactualiser au besoin .En période transitoire : _opérer un réajustement des coefficients, fantaisistes, affectés aux matières en arabes qui pénalisent les enfants non arabophones. _Délester les élèves de matières et contenus de tout ce qui n’est pas indispensable pour la formation personnelle, professionnelle, ou pour la poursuite des études , et consacrer l’essentiel du temps à la formation de l’esprit critique, d’analyse et de raisonnement.
Samba Thiam, Inspecteur de l’Enseignement Fondamental ,Président des FPC.Nouakchott, le 15 mars 2022.
ALERTE!
Chaque tournant historique de la lutte produit souvent ses héros et secrète ses trahisons. Davantage de trahisons que de héros, retient notre histoire …Des informations fuitées font état ces derniers temps de tractations obscures menées en sourdine, visant à saborder, purement et simplement, le dossier dit ‘’du Passif’’. En effet, il ressort de ces informations recoupées que, sur l’autel de l’opportunisme des uns et par appât du gain extrême chez les autres, la cause commune est sur le point d’être sacrifiée … Le génocide mauritanien, appelé par euphémisme ‘’Passif humanitaire’’ semble faire objet, depuis un certain temps, de négociations suspectes qui traitent ce crime grave avec beaucoup de légéreté; sous prétexte de lui trouver des solutions ‘’adaptées aux réalités du pays’’ on cherche à vider le concept de ‘’ justice transitionnelle’’ de son contenu ; et poser ainsi des bases visant à pousser les ayants-droit à monnayer ces crimes, ni plus ni moins !!!C’est simplement inacceptable ! Nier un crime d’une telle ampleur et d’une telle gravité ou vouloir le solder par de l’argent revient, en réalité, à encourager d’autres crimes; un génocide ça ne se pardonne pas et ça ne se monnaye pas…Telle est la vérité qu’il faut oser voir, qu’il faut oser dire pour ne pas subir la loi du cynisme et du mensonge triomphant. A côté, la Gambie nouvelle gère son dossier de crimes, beaucoup moins importants, avec tout le sérieux requis. Révéler toute la vérité pour cicatriser la plaie et conjurer les périls futurs est une étape incontournable, dans notre situation. On ne peut ni ne doit considérer ce dossier très important comme une affaire privée. L’on se trompe si l’on croit que ce dossier n’appartient qu’à ces militaires, à ces orphelins avides, obsédés par l’argent. Nous sommes sidérés par tant d’ignominie que nous renvoient certains signes, terrifiants ,qui semblent annoncer l’éclosion d’un nouveau monde étrange, assis sur la tête, où des fils vils poignardent des pères et s’asseyent sur leurs dépouilles, rien que par appât du gain… Pour oublier des pères assassinés dans des conditions atroces, oublier la douleur de mamans éplorées, ces orphelins veulent, en échange, être nommés ’pupilles de la République’’ !!! C’est tout simplement répugnant ! Ils veulent de l’argent rien que l’argent…encore de l’argent. Sans oublier cette autre fraction de militaires sans scrupules, de la même espèce, en collusion à l’époque avec Aziz, qui fut la source première du mal … Quelqu’un disait que lorsqu’un homme commence à tomber (dans l’infâmie) il n’y a pas de limite à sa chute …
Aller dans la direction actuellement choisie -je parle à nos gouvernants et à tous ceux-là en coulisses- ne serait ni honorer la mémoire des morts, ni œuvrer pour notre cohésion nationale. Du reste, on perd souvent de vue dans ce dossier, que les victimes civiles non déclarées sont bien plus importantes que cette poignée autoproclamée ’’ayants droit’’ qui, bassement, négocie . Non , ce dossier concerne toute la nation mauritaniènne car il constitue une blessure collective . Voilà pourquoi, au lieu de chercher à le régler en catimini ,nous devons le faire à ciel ouvert, en y associant les forces politiques au regard du Dialogue en perspective, si toutefois ce dernier n’est pas vidé de sa substance d’ici là, au rythme où vont les choses … C’est une question nationale, trouvons des solutions justes et globales, dans l’intérêt supérieur de notre vivre-ensemble en difficulté. A la manière des Sud-africains, réussir cette catharsis qui scellerait nos retrouvailles. Retenons ’’ qu’il n’y a pas de paix sans réconciliation et qu’il n’y a pas de reconciliation sans justice’’ …Disons enfin à tous ceux-là, aujourd’hui, impliqués, dans ces démarches troubles, de ne pas oublier que l’Histoire retiendra leurs noms, que leurs enfants et petits enfants, un jour, sauront …
Samba Thiam Président des FPC
Djibril Hamet Ly ,on se souvient…
J’ai suivi, hier, la cérémonie de remise de médailles au journal télévisé de 22h à certaines personnalités civiles et militaires. Peu après l’on m’a envoyé celle de Djibril Hamet Ly , ici postée à travers cette carte.Si l’information est avérée le concernant , je ne puis ne pas reconnaître là un acte de portée symbolique fort …Mais il faut se rappeler que Djibril fut une figure polyvalente , multidimentionnelle ; un homme de culture et un homme politique , un fonctionnaire zélé ; en effet il a été un Inspecteur de l’Enseignement du fondamental travailleur , rigoureux , mais surtout ce fonctionnaire loyal , torturé par les scrupules de conscience comme ceux de l’ancienne génération, differemment de ce que l’on observe aujourd’hui . Il était également un des pionniers de l’émancipation de la langue pulaar -ou des langues nationales tout court – à ce titre, un pilier de l’Institut des langues nationales pour lesquelles, avec abnégation, il s’est énormément dépensé pour ne pas dire consacré sa vie… Mais Djibril fut aussi -il ne faut jamais l’oublier- le premier président des Flam…On ne peut donc ne pas nous demander à quel titre cet hommage, d’aujourd’hui, lui est rendu ?Je demeure convaincu que s’il pouvait nous parler il nous dirait qu’il préfererait davantage des actes concrets de réhabilitation de l’Institut et le retour, au plus vite, de l’enseignement des langues nationales -officialisées- dans le système éducatif , plutôt qu’un hommage rendu à sa personne! IL aurait ajouté, sans nul doute, que l’application du programme des Flam -aujourd’hui FPC-lui semblait bien plus prioritaire que tout , à savoir : ‘’Une mauritanie reconciliée avec elle-même , qui accepte sa diversité , cultive la solidarité , partage ses richesses entre tous ses fils’’ !
Samba Thiam
President des FPC
08 fevrier 2022




