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Le Calame: Trois questions à Kaaw Touré Porte-parole des Forces de Libération Africaines de Mauritanie(FLAM).
« Nous ne partageons pas avec Ould Abdel Aziz la même approche sur la manière de régler les problèmes qui compromettent l’unité nationale»
Le Calame : Que reste-t-il aujourd’hui des FLAM ? Des communiqués de presse, des congrès, dans des salons feutrés, aux recommandations presque jamais appliquées. Pour beaucoup de négro mauritaniens, ce qui reste des FLAM à l’étranger est en déphasage total avec la réalité que vivent les négro-mauritaniens qu’ils sont censés défendre ? Etes-vous d’accord ?
Kaaw Touré : D´abord les FLAM c´est l´histoire d’une résistance patriotique des plus opiniâtres, celle qui n´a jamais plié, ni dévié, celle qui n’a jamais été récupérée, en dépit des manœuvres et agressions de toutes sortes. Les FLAM. constituent sans conteste, dans l’histoire de notre pays, la force politique qui a fait montre de la résistance la plus longue et la plus constante. Je ne crois pas aussi que notre discours sur le racisme, l´esclavage, les réfugiés, l´identité du pays et l´impunité soit en déphasage avec la réalité du pays. Au contraire il devient de plus en plus audible et plus frappant à l´intérieur comme à l´extérieur. L´actualité du pays avec cet enrôlement discriminatoire vient encore d´une manière éclatante nous conforter dans nos analyses et dans nos positions. Nous continuons à dénoncer l’injustice dont la communauté négro-mauritanienne est victime et tous les exclus du Système en Mauritanie. Ils se reconnaissent tous dans notre combat. L´histoire retiendra aussi que les FLAM ont fait l´histoire de ce pays. Nous avons été les premiers à nous insurger contre le dictateur Ould Taya et le système discriminatoire qu’il a solidement bâti et conforté. Cela nous a valu la répression la plus sanglante, la plus cinglante et la plus haineuse jamais enregistrée dans ce pays.
Depuis leur création, les FLAM s´étaient fixées entre autres objectifs : la résolution de la question nationale, la lutte contre l´esclavage et les pratiques féodales, l´instauration d´une véritable démocratie en Mauritanie où le fait d´être arabe, noir, haratine, znaga ne serait ipso-facto une condition rédhibitoire. C´est ce paradigme que nous avons rappelé et voulu concrétiser en Mauritanie qui nous a valu la dénonciation, la répression jusqu’à l’élimination physique de ceux que nous comptions de plus chers dans notre mouvement.
A l’époque, cependant il ne s’était pas trouvé suffisamment de bonnes volontés dans les formations politiques concurrentes pour formuler, avec autant d’exigence que nous, la revendication d’une réelle égalité entre tous les citoyens mauritaniens. Mais tel le roseau de la fable qui ploie sous la poussée de la bourrasque sans pour autant casser, les FLAM ont survécu à toutes les tempêtes de sable du régime de Taya. Nous avons payé cher notre droit à l´expression.
Aujourd´hui il est facile de se réclamer de l´opposition et de bomber le torse ! Nous n´avons pas attendu la « démocratisation » du pays, la libération de la parole ou l´avènement de l´internet pour dire non à cette gestion discriminatoire, à caractère raciste, instaurée dans ce pays. C´est grâce aux FLAM que l´opinion internationale a découvert le vrai visage du régime mauritanien et l´apartheid méconnu de notre pays.
C´est grâce aux FLAM que le monde occidental et africain a découvert aussi le sort des déportés mauritaniens et des esclaves en Mauritanie.
C´est grâce aux FLAM que le génocide planifié par des franges intolérantes de nationalistes arabes a échoué. C´est grâce aux FLAM que les tortionnaires et autres génocidaires sont pourchassés et interdits de séjour dans des pays respectueux des droits de l´homme. C´est aussi grâce à l’impact de notre discours clair, cohérent et suivi, que les masses négro-africaines allaient prendre, pour la plupart, conscience de leur oppression. C´est encore grâce à notre encadrement que les déportés ont résisté pendant ces 20 ans aux chants des sirènes de Nouakchott, et maintenu intacte la tension du retour, jusqu´à la reconnaissance officielle de leur déportation par les nouveaux régimes.
On ne le dira jamais assez, un de nos acquis le plus essentiel, demeure celui d’avoir réussi, surtout, à rompre le mur du silence qui entourait cette politique ignominieuse de discrimination à caractère raciste et ces pratiques esclavagistes dont sont victimes les populations noires mauritaniennes.
La Mauritanie est un pays secret; nos dirigeants politiques se sont toujours évertués à soustraire à la curiosité internationale les problèmes de fond du pays, par la dissimulation et les diverses manœuvres mensongères !
Nous avons ainsi, à travers le « Manifeste du Négro-Mauritanien opprimé » diffusé à l’extérieur, notamment au sommet de l’Union Africaine tenu à Hararé (Zimbabwe) en 1986 montré le vrai visage de la Mauritanie; chose que Ould Taya n’a jamais réussi à digérer !
Aujourd´hui toute la classe politique parle dans son ensemble de l´unité nationale, du retour des déportés, du passif humanitaire, chose fort heureuse, alors qu´hier ces sujets étaient tabous et considérés comme “fond de commerce des nationalistes étroits, des ennemis du monde arabe à la solde du sionisme”. L´histoire vient encore une fois de démontrer que seule la vérité est révolutionnaire; nous n´avons jamais failli dans notre mission de combattants de la liberté, de sentinelle du pays, de garde-fous de la démocratie et d´objecteurs de conscience.
Le régime de Taya et les tenants du Système ont cherché, en vain, par tous les moyens à nous casser, à nous marginaliser, à nous diaboliser. Ils ont essayé par la répression, la corruption, la diffamation mais le socle dur est resté ferme et déterminé, loin de tout opportunisme et amateurisme; voilà ce qui reste des FLAM et ce que retiendra des FLAM tout patriote honnête et sincère et surtout ce que retiendront de nous les annales de l´Histoire. Enfin ce qui reste des FLAM ce sont ces milliers d´hommes de foi, ces femmes de conviction profonde, incorruptibles et imperturbables toujours prêts à relever d´autres défis. C´est pour ainsi dire que le discours des FLAM est toujours dans l´air du temps et que les revendications qui ont été à la base de la création de ce mouvement se posent toujours avec plus d´acuité.
Le Calame : Qu’est-ce qui empêche ce qui reste de ce mouvement de rentrer au pays, constituer un parti politique ou intégrer d’autres, afin de défendre, de manière démocratique, ses idées sur l’arène politique nationale? Le président Mohamed Ould Abdel Aziz ne vous a-t-il jamais tendu la main comme à Ibrahima Sarr, de l’AJD/MR? Si oui, pourquoi vous n’avez pas accepté de composer avec lui ?
Le mouvement reste plus que jamais vivant et mobilisé malgré toutes les épreuves subies. Quant à notre retour, si vous suiviez l´actualité en bons journalistes, vous auriez su que notre mouvement a pris lors de notre dernier congrès, tenu en France, la résolution de se redéployer à l´intérieur et de reprendre notre place auprès de notre base et de notre peuple. Le retour se prépare activement et sereinement aussi bien à l´intérieur qu´à l´extérieur du pays et vous verrez bientôt les FLAM, inchaallah, en Mauritanie avec toute leur force et dans toute leur splendeur.
Nous n’avons pas de contact avec le Général Ould Abdel Aziz. Nous n’avons rien demandé, lui n’a rien entrepris non plus. Nous ne partageons pas la même approche sur la manière de régler les problèmes qui compromettent l’unité nationale. Notre impression est qu’il s’est plus employé à déplacer les problèmes qu’à leur apporter des solutions de fond. Il compte certainement sur la lassitude des victimes et sur la stratégie “du diviser pour mieux régner” et espérer ainsi voir s’imposer ses réformettes qui occultent l’essentiel. Il a tort !
Le Calame : Ce que d’aucuns qualifient de « fonds de commerce » de votre organisation est largement aujourd’hui repris en charge par certains partis politiques, des organisations de défense des droits humains, de la société civile, particulièrement l’IRA de Biram Ould Dah Ould Abeid. Que reste-il de vos idéaux pour la Mauritanie ? Biram serait-il plus téméraire ou plus convaincu de la justesse de son combat que les FLAM ?
A votre avis, doit-on reprocher aux FLAM le fait que la classe politique et les activistes des droits de l’homme de l’intérieur se soient ralliés à leurs discours et idéaux, ou au contraire n’est-il pas plus honnête de féliciter leur clairvoyance? Nous avions peut-être eu tort d’avoir raison avant tout le monde, c’est à dire d’avoir osé défier seuls les périls à l’époque où la vaillance n’était pas la denrée la plus commune. Nous, on est plutôt honorés d’avoir suscité des vocations dans la défense de la justice et de l’égalité, mais aussi d’avoir crée des émules? J’espère seulement que la concurrence autour de ce “fonds de commerce” ne poussera pas certains négociants à brader l´affaire!!! Plus sérieusement, si, pour certains, la politique est une affaire d´intérêt et de marchandage, Dieu merci, de notre côté, nous ne sommes pas bercés à l’école de la fourberie des marchands d´illusion car pour les FLAM, la politique est avant tout une question de principes et d´éthique.
Par rapport aux autres, le moment venu, le peuple pour lequel nous nous battons saura faire la différence entre la copie et l’originale, car personne ne pourra défendre nos idéaux mieux que nous-mêmes ! Je salue au passage le combat que mène notre ami et frère Biram pour qui nous avons beaucoup de respect et de considération. Nous sommes convergents sur beaucoup de points. J´en profite pour lui apporter tout notre soutien, qu´il sait être sincère, tout en exigeant avec lui la libération de militants arrêtés arbitrairement.
Quant à la témérité et au courage, je crois que les FLAM n´ont plus rien à prouver. Nous avons fait nos preuves en affrontant le régime militaire le plus sanguinaire, au moment où tout le monde rasait les murs, si l´on ne le trouvait plutôt fréquentable. Nous avons fait nos preuves sur le terrain avant notre exil forcé et avant tout le monde mais aussi à l´extérieur. Que faites-vous de nos martyrs de Oualata, Djreïda, N´beyka, Azlat, Inal et de la vallée ? Il faut savoir que nous revenons de loin et que la lutte n´a pas commencé aujourd´hui. Le chemin vers la liberté est encore long mais la victoire est inéluctable. La lutte continue !
Propos recueillis par Ahmed Ould Cheikh -Le Calame numéro 799 du mardi 23 août 2011.
Parfum d’apartheid en Mauritanie
Après quelques années d’accalmie, un recensement est en train de réveiller les démons du passé en Mauritanie, un pays où la minorité constituée de maures blancs a la haute main sur la gestion des affaires publiques. Ils sont accusés de dérouler un agenda caché à travers le comptage de la population du pays : exclure le maximum de noirs pour asseoir la domination des maures blancs.
A l’université de Dakar, les étudiants mauritaniens ne décolèrent toujours pas. Ces futurs cadres noirs se sentent humiliés. Leur fibre patriotique a été touchée par le projet de recensement théorisé par le président Abdel Aziz. Tous membres du Mouvement Touche pas à ma nationalité, ces étudiants dénoncent l’ostracisme dont les noirs sont victimes en Mauritanie, qu’ils soient haratine (esclave), Soninké, Bambara, Wolof ou Pular.
Le projet du président Abdel Aziz consiste pour les populations à se déplacer chez les agents recenseurs et leur prouver qu’elles sont bien des mauritaniens. Ces agents peuvent, selon leur bon vouloir, déchoir un individu de sa nationalité et il devient du coup apatride sans aucun moyen de recours. Une situation déplorable et illégale au regard de la loi mauritanienne qui stipule que seul un décret peut déchoir un individu de sa nationalité. Abdourahmane, un des étudiants, soutient que son grand-père de 69 ans a été humilié par les préposés au recensement qui lui ont demandé de justifier sa nationalité en amenant les papiers de ses parents décédés il y a plusieurs décennies.
Outre le caractère humiliant du recensement, il s’y ajoute que les Mauritaniens de la diaspora ne peuvent le faire qu’à une condition : retourner au pays.
Après l’ivoirité », place à la « mauritanité »
Baba, jeune ingénieur mauritanien, considère qu’il est clair qu’Aziz et son régime veulent procéder à une épuration ethnique. « Des 19 membres de la commission nationale de recensement, 18 sont des Beydanes (maures blancs). Dans les centres de recensement, les noirs sont soumis à un interrogatoire difficile alors que pour les maures c’est une formalité. Dans ces conditions, il est clair que c’est une politique d’apartheid qui est mise en œuvre », dénonce-t-il.
En effet, l’Agence nationale du registre des populations et des titres sécurisés (ANRPTS) dont la mission est de gérer ce recensement a été porté sur les fonts baptismaux le 06 juillet 2010. Et tous ses membres sont de la minorité Beydane à l’exception d’un seul.
Aliou, un doctorant mauritanien, Aziz est en train de marcher sur les pas de Henry Konan Bédié et Laurent Gbagbo en créant le concept de « mauritanité ». Pour ce brillant étudiant, la Mauritanie est plurilingue et pluriethnique.
« Abdel Aziz a dit à la face de tous les Mauritaniens que ce recensement permettait d’établir la « Mauritanité » de tous ceux et de toutes celles qui prétendent être mauritaniens. Au lieu de rassembler ses compatriotes autour d’idéaux communs et fondamentaux, Mohamed Ould Abdel Aziz a préféré prendre partie pour ses frères beydanes en voulant exclure une partie de la Mauritanie avec ses billevesées puisées dans les enseignements acquis dans les camps militaires », explique le doctorant.
Pour Ibrahima Diallo, responsable de FLAM-Europe de l’Est, le but du recensement est d’exclure les noirs.
« A Nouakchott et dans certaines villes de l’intérieur de notre pays, de plus en plus de personnes qui ont souvent un passé d’anciens ministres, d’anciens hauts responsables de l’Etat, n’ont pas pu se faire recenser parce que des agents leur posaient des questions sur leur identité. On leur demande, par exemple, pourquoi ils sont nés au Sénégal avant 1930 ? Pourquoi ils sont nés au Mali avant 1945 ? Ce sont des questions comme ça qu’on pose à des personnalités qui ont exercé de hautes fonctions dans l’Etat. Ne parlons pas du peuple qui est renvoyé purement et simplement pour des compléments d’information, de renseignements pour des papiers douteux ; alors que, généralement, ce sont des papiers qui ont été établis par l’Etat mauritanien », déplore Diallo dans un entretien avec Walfadjri.
Internet, outil de la dénonciation
Sur Internet, les figures de proue des Forces de libération africaine de la Mauritanie (FLAM) organisent la résistance. Des marches et des sit-in ont été organisés à Nouakchott, Dakar et Bruxelles par le Collectif ne Touche pas à ma nationalité.
Des activistes comme Mouhamed Kaaw Touré ont fait de ce combat leur cheval de bataille. Ils multiplient les buzz sur Internet et tentent d’expliquer les tenants et aboutissants de ce recensement.
Sur Youtube et Dailymotion, les vidéos des manifestations contre le recensement sont postées. Et sur les réseaux sociaux, c’est le déluge des profils dénonciateurs de ce qui est assimilé à une épuration ethnique.
Le site www.flamonline.com regorge d’articles et de contributions qui appellent à la lutte contre ce recensement « liberticide ». Une pétition Touche pas à ma nationalité y est disponible.
Les Haratine (esclaves) théorisent le boycott
En Mauritanie Birame Ould Abeid est l’homme à abattre. Il a échappé à plusieurs tentatives d’assassinat sans compter les nombreuses arrestations. Il a récemment appelé au boycott du recensement. «Le recensement en cours est une forme de génocide et d’exclusion que des segments racistes autour de Mohamed Ould Abdel Aziz essaient d’exécuter au détriment des Harratines et des Negro-mauritaniens. Il n’est pas seulement contre les communautés bambaras, peuls, soninkés et wolofs, ce recensement est aussi très dangereux pour la communauté haratine, et ça personne ne le dit. Il y a 600 000 esclaves domestiques qui n’ont pas de papiers et l’Etat mauritanien refuse de leur en donner », a expliqué le leader du mouvement IRA.
Pour Biram Ould Abeid, le fait que, par un décret politique, la communauté haratine soit cataloguée arabe, est un déni extrêmement grave, une oppression extrêmement grave contre laquelle l’IRA lutte». A ses yeux, les Beydanes ont intérêt à considérer les Harratines comme des maures blancs. Et ce dans le but de se construire une majorité arithmétique face aux négro-mauritanien.
Ndèye Khady Lo- SLATES-Afrique
NB : Ndèye Khady Lo est une journaliste sénégalaise spécialiste des questions politiques et sociales. Elle a travaillé pour le quotidien national sénégalais Le Soleil et pour la Télévision Futurs Médias (TFM).
Débat télé sur BBC-Arabe, camarade Cheikh Oumar Ba confond les avocats du Système
Suivre le débat en arabe sur BBC en direct entre notre camarade Ba Cheikh Oumar et les représentants du régime raciste de Nouakchott et de l´UPR parti au pouvoir portant sur le recensement discriminatoire et le racisme d´Etat en Mauritanie.
http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=UdoKcGIvlc8
Bonne écoute, la lutte continue!
Ibrahima Diallo des Flam- Europe de l´ouest: ‘Avec ce recensement, on veut nous rendre complètement apatride’
Le recensement en cours en Mauritanie préoccupe la communauté négro-mauritanienne de France.Samedi dernier, elle a battu le macadam à Paris pour demander son arrêt. En marge de cette manifestation, le chargé de la presse et de la communication des Forces de libération africaines de Mauritanie (Flam)section Europe de l´ouest, Ibrahima Diallo, revient sur les raisons de leurs craintes et ‘le danger’ que constitue cette opération de comptage de la population.
Wal Fadjri : Pour quelles raisons manifestez-vous contre le recensement des populations mauritaniennes ?
Ibrahima DIALLO : Nous manifestons contre un projet d’enrôlement général des populations mauritaniennes. Un enrôlement dans lequel nous sentons les négro-mauritaniens (Soninké, Wolof, Bambara, Haal Pulaar, Haratine) complètement exclus. Nous considérons que ce projet est extrêmement dangereux pour la postérité de la Mauritanie. Nous faisons face à une situation qui est extrêmement grave, beaucoup plus que la déportation des centaines de négro-mauritaniens en 1989.
Pourquoi ?
Parce que nous voyons, au niveau de Nouakchott et dans certaines villes de l’intérieur de notre pays, de plus en plus de personnes qui ont souvent un passé d’anciens ministres, d’anciens hauts responsables de l’Etat, qui n’ont pas pu se faire recenser. Parce que tout simplement des agents, qui sont chargés de le faire, leur posaient des questions sur leur identité. On leur demande, par exemple, pourquoi ils sont nés au Sénégal avant 1930 ? Pourquoi ils sont nés au Mali avant 1945 ? Ce sont des questions comme ça qu’on pose à des personnalités qui ont exercé de hautes fonctions dans l’Etat. Ne parlons pas du peuple qui est renvoyé purement et simplement pour des compléments d’information, de renseignements pour des papiers douteux ; alors que, généralement, ce sont des papiers qui ont été établis par l’Etat mauritanien.
Avez-vous des preuves de toutes ces accusations que vous faîtes portées aux autorités mauritaniennes ?
Le tout Premier ministre de la santé de la Mauritanie, en l’occurrence Babacar Alpha n’a pas pu se faire recenser, parce que tout simplement on lui a demandé de fournir un certificat de naissance de sa mère. Pourtant, il a plus de 90 ans. Le colonel Baba Ly, qui fut l’un des principaux instigateurs de plusieurs coups-d’Etat en Mauritanie qui ont porté certains, comme Ould Taya et d’autres au pouvoir, n’a pas pu se faire recenser parce qu’il est né au Sénégal. Alors que l’actuel président de la République, Mohamed Ould Abdel Aziz est né à Louga (ville au nord du Sénégal). Et c’est le premier qui a été recensé. Ce sont des faits qui sont réels.
Moi même qui vous parle, mon père n’a pas été recensé parce qu’on lui demande de revenir plus tard car, on ne recense que ceux qui sont nés avant 1945 en Mauritanie. Avant 1945, la Mauritanie n’existait pas. Avant 1945, il n’y avait que Kaédi, Mboutt ; il n’y avait pas Néma. Néma et Ayoun n’appartenaient pas à la Mauritanie. Ça appartenait au Soudan français (Mali actuel, Ndlr). Tous les Noirs sont aujourd’hui frustrés. Nous sommes très mobilisés pour refuser systématiquement de revivre un énième génocide. Ce que nous voyons-là (la manifestation tenue samedi à la Place Trocadéro, Ndlr) entre dans le plan contre le génocide qui est mis en exécution depuis les indépendances par le premier président de la Mauritanie, Ould Dada.
Est-ce que ce ne sont pas des cas exceptionnels ?
Ce ne sont pas des cas exceptionnels. Quand vous allez à Bogué, quand vous allez à Kaédi ou dans certains centres de recensement à Nouakchott, vous verrez des Noirs sortir des bureaux complètement humiliés, complètement abattus. On n’a pas encore vu sur une tribune des populations maures dénoncer cet état de fait. On n’a pas vu encore de Maures dire qu’on leur a posé des questions humiliantes, des questions qui les ont vexées. (…). Nous avons des personnes d’origine sénégalaise, burkinabè qu’on refuse de recenser. Alors qu’en Mauritanie, par exemple, les Ouédraogo sont installés depuis très longtemps. Mais le petit peuple mauritanien n’acceptera pas, ne se laissera pas faire. Nous allons nous mobiliser, nous allons nous battre. De toutes les façons, nous n’avons plus rien à perdre car, nous avons tout perdu. Il ne nous restait que ce peu de dignité, mais on veut nous rendre complètement apatride.
Est-ce que ce n’est pas du rôle de l’Etat de veiller au contrôle de la nationalité pour qu’il n’y ait pas de fraude ?
Justement je vais vous dire qu’hier (vendredi dernier, Ndlr), le président Abdel Aziz a fait une apparition à la télévision pour dire que ceux qui manifestaient à Nouakchott et en France, étaient de nationalité douteuse. L’Etat Mauritanien n’a jamais fait quelque chose pour sécuriser les documents d’état-civil. On a vu, à partir des années 1966, des autorités administratives arabo-berbères faire table-rase des archives coloniales. On a vu des documents d’état-civil, qui avaient été établis par la France coloniale, se faire brûler complètement. Dans ces archives coloniales, il y avait des documents d’état-civil de négro-mauritaniens. Ces dernières années, on a essayé de détruire toutes traces de la présence physique des négro-mauritaniens en Mauritanie.
On a vu, après la déportation, des villes se faire rebaptisées. On a vu, pendant la déportation, des autorités déchirer des documents d’état-civil des gens que l’on déportait ainsi. On a vu également durant les différentes opérations de recensement de la population, des agents, mal intentionnés, venir détruire systématiquement le patronyme des gens, changer des dates de naissance, de lieux de naissance, notamment durant le Recensement administratif à vocation d’état civil (Ranvec). Ce sont des réalités. C’est pour vous dire que l’Etat mauritanien n’a absolument rien fait pour sécuriser les documents. Mais il a tout fait pour saboter systématiquement tous les documents d’état-civil de certains Mauritaniens. C’est un plan qui a été mûrement et savamment réfléchi et qui est aujourd’hui en train d’être exécuté.
Quel est l’intérêt de l’Etat mauritanien de faire tout cela ?
On a toujours voulu prévaloir dans ce pays une certaine supériorité numérique des arabo-berbères sur les autres communautés, notamment négro-mauritanienne. Tous les recensements – Dieu sait qu’on en a connu de très nombreux – n’ont jamais été publiés. On s’est toujours prévalu de cette supériorité numérique pour dire que les Noirs sont minoritaires. Mais plus on fait de recensement, plus on se rend compte que cette évidence n’est pas exacte. On a déporté en 1989. En 1988, il y a eu un recensement. Ce recensement de 1988 avait commencé à faire vaciller cette évidence et on s’est servi de cela pour déporter. Malgré la déportation, nous sommes encore-là.
Tout récemment, il y a eu le Ranvec dont les chiffres n’ont jamais été publiés. Ces chiffres avaient donné des indicateurs. Ils se sont dits qu’ils seraient en difficulté de faire valoir leur supériorité numérique, s’ils publiaient le Ranvec de 1998. Surtout que les Haratines refusent de se faire recenser dans le groupe arabo-berbère. Ces populations disent qu’ils ont leur spécificité. Ce qui fait que les arabo-berbères se réduisent à une portion congrue. Ils savent qu’ils ne constituent pas cette majorité. Donc on essaie de faire tout pour dire aux Noirs qu’ils sont des ‘Tirailleurs sénégalais’, des maçons maliens et des footballeurs guinéens. Sur les 13 agents, qui font le recensement aujourd’hui, il n’y a qu’un seul Noir. Jeudi dernier, le directeur qui se charge de cette opération d’enrôlement, a dit audiblement à ce Noir qu’il n’est pas Mauritanien, parce qu’il se nomme Massina.
Quel appel lancez-vous aux autorités mauritaniennes ?
Nous leur demandons de mettre un terme le plus rapidement possible à cette opération d’enrôlement que nous trouvons complètement raciste que nous n’accepterons pas et que nous nous battrons jusqu’au bout. Cette opération d’enrôlement ne passera pas. Elles ont intérêt à retirer ça le plus rapidement possible pour ne pas créer à la Mauritanie un conflit. Elles doivent savoir que nous sommes particulièrement déterminés.
Propos recueillis à Paris par Moustapha BARRY (Correspondant permanent de Walfadjri)
Enregistrement des réfugiés au Sénégal : Plus de 5 000 Mauritaniens laissés en rade à Podor
Quelque 5 200 réfugiés vivant dans la vallée du fleuve Sénégal ont été zappés par le Hcr lors des opérations de recensement destinées à leur rapatriement en Mauritanie.Aussi exigent-ils des indemnisations et leur réintégration dans la fonction publique.
(Correspondance) – En assemblée générale à Jolli, dans la communauté rurale de Ndiayène Pendaw, les réfugiés de la vallée ont tous décidé désormais de faire face au Haut commissariat des réfugiés et aux gouvernements du Sénégal et de la Mauritanie. Et pour cause, voilà maintenant 22 ans qu’était survenu le différend entre les deux pays. Et à leurs yeux, cette situation vieille aujourd’hui de plus de deux décennies est de loin la source de leurs problèmes. Selon Mamadou Wane qui porte la parole de ses réfugiés, leurs difficultés demeurent toujours et elles ne cessent de s’accentuer. Et pour preuve, la plupart des réfugiés qui ont accepté de rentrer au bercail restent toujours des réfugiés chez eux. Puisque nombre d’entre eux n’ont pu reprendre leurs terres. Au contraire, c’est quelques lopins de terre et quelques têtes de bétails qu’ils ont reçus du Hcr. Et pourtant ce qu’ils ont laissé chez eux est dix mille fois plus important, soutient Wane.
Ce dernier de se demander pourquoi cette précipitation à vouloir ramener tout le monde alors que même les dispositions élémentaires n’ont pas été prises. Pour Wane, le recensement laisse à désirer. Pis, il y a eu beaucoup d’erreurs dans ce rapatriement. ‘Comment expliquer que, dans une famille, le père ou la mère soit autorisé à rentrer au moment où l’on empêche à un de ses fils de ne pas retourner avec eux. Il y a vraiment amalgame’, s’indigne Wane. Et le plus grave, c’est que des quinze mille rentrés effectivement, la plupart sont des mécaniciens, menuisiers, électriciens et que seul le peu qui travaillait dans la fonction publique, c’est-à-dire quelques enseignants, ont été repris. A ce jour, ils sont plus de 5 200 réfugiés à être laissés en rade au niveau de la vallée, selon le porte-parole des réfugiés.
Selon les réfugiés, l’accord tripartite entre les deux pays, d’une part, le Haut commissariat des réfugiés, d’autre part, n’a été qu’une arnaque. Car, selon Moctar Sy, un des membres de l’association des réfugiés de la vallée, tous ceux qui sont partis sont plus que des réfugiés chez eux.
Aucun bien laissé au pays n’a été restitué. Pis, ‘nous n’avons bénéficié d’aucune indemnisation de la part de l’Etat et nombre d’entre nous vivent dans des zones loin des villes, sans électricité ni eau encore moins une bonne alimentation avec des conditions d’hygiène qui laissent à désirer’. Ces réfugiés s’insurgent contre ces mesures qu’ils jugent discriminatoires et qui ne concernent que les négro-mauritaniens. ‘Le Hcr, aux yeux du monde entier, croit avoir résolu ce conflit vieux de 22 ans entre les deux peuples frères, mais nous pensons que tout ce qui a été fait jusqu’ici l’a été sans que nous soyons associés au processus. Alors que nous sommes les principaux concernés. Pour preuve, tous ceux qui ont été choisis dans ce processus de rapatriement n’ont jamais été délégués par l’association. Et jamais nous n’avons mandaté qui que ce soit dans ce processus à aller défendre nos intérêts auprès de la commission tripartite. C’est pourquoi, nous demandons solennellement aux différents responsables des deux pays de revoir cette politique du règlement définitif des problèmes des réfugiés. Et nous exigeons ici le rapatriement des 5 200 réfugiés laissés en rade au niveau de la vallée’, déclare le porte-parole des réfugiés. Ces derniers exigent que justice soit faite pour tous ceux qui ont été tués. Des propos tenus au cours de cette assemblée générale à laquelle ont pris part les responsables de la section locale des Forces de libération africaines de Mauritanie.
Pour rappel, la plupart des réfugiés de la vallée sont depuis 22 ans éparpillés entre Pété, Dodel, Aéré Law, Ndioum, Tarédji, Jolli, Bohhol, Dagana, Rosso et Richard Toll.
Abou KANE -WALFADJRI



