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Interview du président des FLAM Samba Thiam au magazine panafricain Intégration
Intégration: Votre Organisation, les FLAM ont tenu au cours du mois de mai dernier un congrès à Paris. Dites-nous monsieur Samba Thiam pourquoi le sol français au lieu de la Mauritanie d’où vous êtes originaire?
Samba Thiam: Essentiellement à cause de notre statut particulier d’exilés politiques, combiné aux conditions internes de la Mauritanie impropres à la tenue d’une telle rencontre. Par la force des choses, l’extérieur s’offrait donc comme seule alternative; et notre Section de France s’étant portée volontaire pour abriter nos assises, ce privilège lui fut donc accordé, qu’elle honora, du reste, de belle manière !
Intégration: Organiser un tel évènement regroupant des immigrés mauritaniens noirs arrivés aux quatre coins du monde n’a certainement pas été aisé. Peut-on savoir comment vous vous êtes organisés et combien de temps cela vous a t-il pris de vous préparer?
Samba Thiam: Je précise qu’il ne s’agit pas d’immigrés, mais de militants politiques qui furent contraints à l’exil par un régime arabo-berbère despotique, voilà 25 ans. Cela dit, préparer un congrès n’est pas une chose compliquée, lorsqu’on a acquis une certaine expérience comme dans notre cas. Paris fut donc choisi, où les délégués de Sections convergèrent. Concernant notre distribution géographique, je dirai que nous sommes représentés en Amérique du nord ( USA, Canada ), en Europe de l’ouest et du Nord, en Afrique .
Intégration: Comment était l’ambiance au cours des travaux de ce congrès entre des gens qui, pour la plupart, ne se connaissaient pas ou s’étaient perdu de vu dépuis de très longues années?
Samba Thiam: Ambiance amicale, chaleureuse de retrouvailles tant souhaitées, naturellement, par des camarades qui s’étaient perdu de vue depuis l’exode. La présence des ces nombreux camarades avait quelque chose d’apaisant et de vivifiant, qui rappelait à chacun qu’il n’était pas seul, en première ligne, dans ce noble combat, et qu’il pouvait compter sur des alliés sûrs! Bref chacun se sentait regonflé à bloc !
Intégration: Des hommes politiques français sont-ils venus assister à votre congrès? Et c’est aussi l’occasion de vous demander les rapports de votre Organisation avec le gouvernement français actuel.
Samba Thiam: Non , personne n’avait été invité, bien que nous comptons de grands amis parmi les partis politiques français; mais là, nous avions souhaité rester entre nous pendant ce congrès qui devrait traiter de questions sensibles et décisives. Nous n’avons pas de rapport particulier avec le Gouvernement Français; ni avec celui-là, ni avec les précédents.
Il faut signaler quand même, pour leur rendre un hommage mérité, que des amis, des sympathisants et des partenaires politiques mauritaniens, africains et français ont eu l’élégance de nous honorer de leur solidarité par leur présence effective à la cérémonie d’ouverture de nos assises.
Intégration: De nombreux négro-mauritaniens accusent depuis toujours les différents gouvernements français de défendre exclusivement les intérêts des arabo-berbères mauritaniens. Croyez-vous qu’ils ont raison?
Samba Thiam: Je ne dirai pas que ces gens ont tort sur toute la ligne dans leurs griefs à l’endroit des gouvernements français respectifs. Mais je ne puis, non plus, apprécier la position des gouvernement Français en terme de « défendre les intérêts des Arabo-berbères ». Je note toutefois cette politique de deux poids et deux mesures de la France, initiée et appliquée depuis la colonisation du territoire à travers des Administrateurs coloniaux, comme Coppolani, Mesmer, Faidherbe, dans leur pratique et leur positionnement. Cette espèce de parti pris, manifeste, ou de « faiblesse sentimentale » des représentants de la France coloniale pour la Mauritanie blanche ou Bidhaan était à mettre, je crois, sur le compte d’une sorte de « mythe du désert », par association d’idées ; mythe de « l’homme-bleu », profondément imprimé dans l’inconscient collectif de bien des Européens, colporté et enjolivé par les explorateurs et voyageurs du continent. Mais il n’y avait pas que du « romantisme », car des preuves existent – archives coloniales – qui attestent que la France, avant de se retirer, avait fermement décidé que la Mauritanie devait être contrôlée et dirigée par la communauté arabo-Berbère. Depuis, rien ne semble avoir varié, dans le fond .
Intégration: Au fait SambaThiam, que se passe t-il en Mauritanie entre les populations noires et les populations arabo-berbères?
Samba Thiam: Entre les populations arabo-berbères et négro africaines elles –mêmes, il ne se passe vraiment rien de particulier; il n’y a pas plus de problèmes entre ces populations qu’entre Sonraïs et Touaregs au Mali, qu’entre Joolas et Wolofs au Sénégal, qu’entre Malinkés et Peulhs en Guinée Conakry. Les contradictions qui existent résultent des effets, naturels, de la « loi de proximité » entre groupes humains aux habitudes mentales et culturelles différentes, vivant côte à côte.
On ne peut nier, cependant, l’existence d’un problème de cohabitation; problème qui se traduit par une discrimination raciale, un racisme d’Etat que vit la composante négro-africaine du pays .
Ce problème résulte non pas d’un antagonisme entre ces populations, mais plutôt des politiques discriminatoires préconçues, mises en œuvre par les gouvernements arabo-berbères, qui veulent faire de la Mauritanie un pays exclusivement arabe, dans la négation totale de l’identité de la composante négro-africaine du pays. L’administration, la justice, l’armée, les forces de police, tout est contrôlé par les Arabo-berbères! L’école, la diplomatie, les médias, sont mis au service de la construction d’une Mauritanie exclusivement arabe !
Bien évidemment, consciemment ou inconciemment, ces populations arabo –berbères en général, la classe politique et intellectuelle arabo-berbère en particulier, bénéficient des retombées de ces politiques discriminatoires à caractère raciste !
L’esclavage, profondément enraciné dans certaines mœurs sociales du pays, continue de frapper une autre frange importante de la population noire du pays ( les Haratines ). Et lorsque des groupes anti-esclavagistes s’élèvaient contre cette tare inhumaine, ils étaient arrêtés, torturés et jetés en prison !
Intégration: Certaines sources indiquent que, tandis que les autorités de Nouakchott exproprient des citoyens mauritaniens noirs, elles accueillent une masse de populations arabes venues des pays asiatiques. Vous pouvez le confirmer? Et si oui, quel est votre sentiment?
Samba Thiam: Accueillir en masse, je ne sais, mais ce que je sais c’est que l’immigration en provenance du Maghreb arabe jouit de beaucoup plus de sympathie que celle issue des pays du Sud. On ne choisit pas ses voisins, disait quelqu’un ! Nos gouvernants et une bonne partie de la classe politique et intellectuelle arabo-berbère donnent l’impression d’étouffer de voir la Mauritanie coincée entre le Mali et le Sénégal !
Intégration: L’on a aussi souvent entendu des personnalités du gouvernement prévenir de la “soudanisation” de la Mauritanie. A votre avis cela est-il nécessaire et possible?
Samba Thiam: Le mot est lâché !
D’abord, il me semble peu probable que ce terme soit sorti de la bouche d’un Ministre du Gouvernement! Mais, si c’était le cas, ce serait heureux car cela traduirait un début de prise de conscience, de la part de ceux qui nous gouvernent, du danger qui nous guette : la soudanisation !
Intégration : Que recouvre ce terme ?
L’intolérance, rien que l’intolérance poussée! Le régime du Général Al Bashir, soutenu par le parti islamique de Sadek El Mahdi, tenta de convertir à l’Islam, de force, les Sud-soudanais Noirs et leur imposer, de surcroît, la charia islamique, au mépris de leur culture. Cette intolérance a conduit, hélas, à la partition du Soudan,
Intolérance également en Mauritanie où l’on cherche, obstinément, à assimiler les Négro-africains, à en faire des Arabes, de force ! Et là encore, au mépris de leur identité ! Ici et là donc, on a voulu niveler, unifier et non pas unir, en rejetant la diversité culturelle. Ici et là, un fort préjugé reposant sur une prétendue inégalité des races, leur hiérarchisation.
Intégration : Soudanisation de la Mauritanie ?
Oui, le risque existe bel et bien; si l’oppression et l’humiliation, au quotidien, se poursuivent, la Mauritanie risque de connaître le même sort que le Soudan. Lorsque des jeunes, sans peur, forgés dans l’acier, surgiront et se redresseront pour reconquérir leur dignité et changer l’ordre inique actuel des choses!
Intégration: Qui était Tène Youssouf Guèye?
Samba Thiam: Un diplomate et un homme de culture, fin connaisseur des hommes et des choses; un homme qui a servi honnêtement et loyalement son pays et que l’on a laissé mourir en détention comme un chien, et qui fut enterré à la sauvette dans les faubourgs de Néma ! Triste fin que celle de Tène qui avait été, simplement , soupçonné d’avoir participé à la rédaction d’un document qui dénonçait le racisme d’Etat en Mauritanie !
Intégration: Le drame des Noirs de Mauritanie ne bénéficie pas de l’attention et de la médiatisation qui sont accordés au Sud-Soudan et au Darfour qui sont pourtant des crises similaires et émergent bien après celui de Mauritanie. Frustrant?
Samba Thiam: Hélas oui ! Assez frustrant, c’est vrai, mais explicable !Cela tient, à mon avis, à trois raisons.
Au cours de mes pérégrinations diplomatiques, quand, pour expliquer les évènements internes, survenus entre 1986 et 1990, dans leurs excès, j’approchais certaines chancelleries africaines ou d’ailleurs, je m’entendais, invariablement, répondre ceci : « Si ce que vous dites là était vrai, le Sénégal et le Mali ne sauraient rester silencieux et inactifs devant la gravité de ces évènements que vous décrivez! »
Mes interlocuteurs ne comprenaient pas ou ne voulaient pas comprendre que ces deux pays avaient, eux aussi, chacun, un « linge sale » à laver. Le Gouvernement du Colonel Ould Taya les tenait en laisse par cela même !
La force du lobbying des Gouvernements mauritaniens, qui ne lésinent pas sur les moyens, matériels et humains, pour masquer ces problèmes, participe également de ce manque d’attention sur notre drame.
le Régime du Colonel Ould Taya, en plus d’investir massivement de l’argent pour étouffer notre voix, envoyait, systématiquement, dans les fora étrangers où nous tentions de plaider notre cause, des Noirs mauritaniens qui avaient pour mission de discréditer notre version des choses, de susciter doute et confusion dans l’esprit des participants, mal informés de notre situation interne !
Le régime du Président Abdoul Aziz est entrain de reconduire la même tactique, en s’appuyant, lui aussi, sur les mêmes personnes !
Je ne saurai bien sûr – troisième niveau d’explication – passer sous silence notre rôle, ou notre faiblesse, d’avoir manqué de nous hausser à la dimension des Sud Soudanais, même si les contextes et les conditions étaient sans commune mesure !
Intégration: Avez-vous jamais fait des démarches auprès des chefs d’Etat de l’Union Africaine pour plaider votre cause?
Samba Thiam: Je crois avoir déjà, incidemment, répondu, à cette question.
Intégration: Les FLAM n’est certainement pas le seul parti d’opposition formé par des négro- mauritaniens. Et à côté l’on note un foisonnement d’organismes humanitaires s’activant sur le terrain. Croyez-vous qu’il règne une harmonie entre toutes ces forces politiques et d’organismes non gouvernementaux?
Samba Thiam: Je dois, hélas, avouer que ça n’est pas la grande harmonie !
Lorsque chacun veut jouer au leader, forcément, il y a cacophonie !
Mais nous ne désespérons pas. Nous continuons de travailler, inlassablement, au rassemblement des forces démocratiques et progressistes.
Intégration: Et peut-on aussi craindre les méfaits du tribalisme, lorsque l’on tient en compte que parmi les Noirs de Mauritanie il y a des Bambara, des Soninké, des Peuls, des Haratines ? …
Samba Thiam : C’est vrai que, quelque part, ce sont là des facteurs qui pourraient s’avérer bloquant pour la lutte … Il est encourageant de constater cependant que la conscience de notre commune condition d’opprimés est en train de prévaloir!
Intégration: Croyez-vous que les Résolutions que vous avez arrêtées au dernier congrès de Paris sont dans l’intérêt de tout le peuple mauritanien? Pouvez-vous d’ailleurs nous présenter les plus importantes de ces résolutions?
Samba Thiam: Bien entendu! si nos résolutions n’allaient pas dans le sens de l’intérêt du peuple, nous n’en produirions pas !
Je vous en citerai certaines, qui sont de sérieuses contributions à la résolution des problèmes qui minent notre unité nationale, comme la Charte des Flam, publiée récemment, ou le projet d’Autonomie, comme moyen de gestion des spécificités ethniques et tribales dans un cadre unitaire ( pour justement prévenir le scénario soudanais ) ; ou encore notre décision de rentrer en Mauritanie, pour appuyer et encadrer notre peuple dans sa lutte pour la reconnaissance de sa citoyenneté pleine et entière .
Intégration: Sérieusement pouvez-vous mettre en marche ces résolutions alors que vous vivez hors des frontières de la Mauritanie?
Samba Thiam: Pourquo pas ? J’ai dejà dit que nous comptons mettre fin à un exil que nous n’avons pas choisi. Concernant maintenant la Charte, elle concentre de grands principes qui pourraient bien servir de guide à la résolution de nos problèmes internes , en particulier celui de la cohabitation de nos communatés nationales, si la raison prévalait un jour , bien entendu ! Ce qui n’a rien à voir avec « être à l’intérieur ou à l’extérieur du pays » !
Intégration: Croyez-vous que c’est pour faire de la réplique à vos résolutions que le gouvernement de Noukchott vient de lancer cette opération de recensement des populations qui a poussé dans la rue des Mauritaniens noirs pour dénoncer racisme, exclusion etc?
Samba Thiam: Non ! honnêtement je ne le crois pas, pour la bonne et simple raison que cette opération d’enrôlement des populations a été conçue bien avant la tenue de notre Congrès.
Comme je l’ai dit dans une autre interview, le poids démographique ( croissant ) des Négro-mauritaniens, a toujours constitué une obsession pour les régimes arabo-berbères : comment agir dessus, comment réduire ou contenir le nombre a toujours été une préoccupation centrale, permanente, de ces régimes. Le recensement actuel est à replacer dans ce contexte, à situer dans le même sillage !,
Moctar ould Daddah- premier président de la Mauritanie-, avait institué, arbitrairement, la régle du quart pour le contenir; Ould Taya lui emboitera le pas, mais en assassinant, et en déportant massivement des populations noires authentiquement mauritaniennes au Sénégal et au Mali..
Avec le régime actuel, l’objectif n’a pas changé, mais la méthode va changer ! il va recourir à une méthode soupoudrée, plus originale, plus sophistiquée, en posant les fondements légaux qui limiterait la citoyenneté des Noirsmauritaniens.
Pour être assuré de ne pas manquer cet objectif, toutes les commissions chargées de l’opération de recensement, à quelque niveau que ça soit, seront mono-colores, constituées à 99% d’Arabo-berbères ( Maures blancs ).
Voilà pourquoi nous disons que cette opération a un soubassement raciste.
Voilà pourquoi nous pensons que ce recensement est dirigé contre les Noirs mauritaniens. S’il se poursuit, des milliers de Mauritaniens noirs se verront, à moyen et long terme, apatrides dans leur propre pays ! Il n’y a plus aucun doute là- dessus !
C’est pourquoi j’appelle la jeunesse du mouvement de protestation interne à continuer de se battre, et j’invite la Diaspora mauritanienne à relayer ce mouvement et à soutenir ces jeunes dans leur lutte légitime.
Septembre 2011
SAMBA THIAM, PRÉSIDENT DES FLAM AUX ETATS UNIS : «Le recensement en Mauritanie pourrait engendrer de graves troubles»
Samba Thiam, un des leaders du Mouvement des Forces de Libération Africaines de la Mauritanie, Flam par acronyme, depuis les Etats Unis, est très inquiet du recensement qui est entrain de s’opérer en Mauritanie et qui met en marge les populations souvent noires, dont les Wolofs, les Peuls, les Soninkés, les Bambaras, les Harratines….au profit des Bhidans ou maures blancs qui constituent à 99% les commissions de contrôles et de recensement. Selon lui, « au regard des événements de 1989 qui avaient fini de semer une véritable psychose chez certaines populations, nées en Mauritanie et ne connaissant que la Mauritanie, et pourtant déportées, les risques sont encore là de créer des troubles pouvant secouer même le Sénégal».
LE PAYS – En quoi serait discriminatoire le recensement actuel à l’encontre des Mauritaniens noirs?
Samba Thiam : Il l’est par sa conception et dans son exécution ! Dans tous les pays du monde, ce genre d’operation, aussi importante que l’enrôlement en vue de la refonte d’un’Etat civil, s’accompagne généralement, d’une vaste sensibilisation, d’une large médiatisation en vue d’informer les populations, pour en maximiser, justement, le succès. Ce ne fut pas le cas de ce recensement qui a été concocté dans l‘ombre et l’opacité totale, et se mène presque en sourdine, comme si l’on cherchait à cacher quelque chose. Au ministere de l’interieur , on constitua un comité chargé de la supervision de l’operation, dont le premier responsable recevrait ses consignes non pas du ministre de l’interieur , mais de la Présidence de la République. Qu’est-ce qu’un président de la République vient chercher dans une ‘’ banale ‘’ histoire d’ opération de recensement« ordinaire » de population ? Ensuite , provocation ultime, alors que ce recensement est censé concerner toute la population mauritanienne, dans sa diversité ( Bidhaans , Wolofs , Pulaars, Soninkes , bambaras, Haratines), on crée un comité chargée de la supervision de l’opération, composé à 99% de Bidhaans, ou maures blancs, et des commissions régionales- à son image – toutes mono-ethniques ! Des commissions mono-ethniques chargées de recenser une population pluri-ethnique !
N’y a-t-il pas là quelque chose de suspect, à tout le moins de troublant ?!
Voilà qui explique, en partie , les inquiétudes grandissantes de la population négro-africaine, et cela dès le depart; dans la manière dont ce projet a été conçu; dans son éxecution qui s’accompagne d’humiliation, de provocation ; j’y reviendrai !Inquiétudes légitimes au regard de notre passé récent, marqué par des déportation et des exécutions sommaires; souvenirs douloureux ravivés par les propos d’un Ministre qui parle « d’épurer » le fichier; inquiétudes qui s’expliquent et se justifient par l’environnement d’une idéologie ambiante d’une « Mauritanie arabe » qui distille l’illusion que les Mauritaniens noirs seraient des étrangers venus du Sénégal ! Or l’histoire du peuplement, ici, prouve que les tard-venus dans ce pays ce sont bien les Berbères arrivés au 6e siecle et la fraction arabe – dont celle du président- venue seulement au 16e siecle , qui trouverent sur place les Gangaris et les Tekruurs ! En second lieu , ce recensement est apparu, par la suite, carrément discriminatoire dans son exécution, suscitant une levée de boucliers, un tollé général d’indignation , de la part des populations noires mauritaniennes! D’abord par les pratiques et comportements vexatoires des agents recenseurs qui n’affichent aucun égard pour les personnes âgées, sommées de justifier leur « mauritanité » en présentant les pièces d’état civils de leurs ascendants. Vous avez 45 ans et on vous demande de présenter l’acte de naisance ou de dècès de votre père âgé de 65 ans , dans une Mauritanie « officielle » vieille à peine de 51 ans ! Et ces agents du Gouvernement ne sont pourtant pas sans savoir que dans l ’Afrique, rurale, en général et en Mauritanie, en particulier, le recours aux « pratiques » d’actes d’état civil – déclaration de naissance, de décès – , n’est pas entré dans les mœurs ! Comme pour en rajouter , lorsque vous êtes né au Sénégal ou à l’étranger, vous êtes d’office rejeté, comme si on choisissait son lieu de naissance ! Rejeté aussi lorsque vous portez un nom qui sonne « étranger » , comme Ouedraogo par exemple; Ou encore parce que votre nom a été écorché ou déformé ! quelque fois à dessein, quelque fois involontairement par l’agent recenseur par déformation culturelle . Le paroxysme est atteint enfin, lorsque que le premier ministre des Finances de la Mauritanie indépendante et un des premiers colonels de l’Armée mauritanienne –tous négro-africains –se voient rejetés par ces commissions. Les populations négro-africaines ont de quoi être inquiètes, légitimement. Dernier élément, pour le moins insolite : des commissions de recensement de populations qui s’entourent de policiers et gendarmes, c’est du jamais vu ! qu’est-ce à dire sinon que le Gouvernement cherche à intimider , menacer, voire réprimer ces populations ? Pour rassurer tout le monde , le général , dans une communication récent , répond aux critiques pour dire « que jusqu’ici le plus grand nombre enregistré concerne certaines localités du Sud ! » ; c’est donc la preuve qu’il n’y avait pas de discrimination, laisse –t-il implicitement entendre ! Argument superficiel , et pas du tout convaincant ! Parce que cette assertion ne prouve strictement rien dans son fond , car rien ne dit que le taux des rejets n’est pas proportionnel au nombre d’inscrits ! Si on a inscrit autant , on a aussi peut –être rejeté presque autant , car on assisterait pas à une telle tempête de protestations , à une telle colère montante , partout dans le sud et à Nouakchott, si les rejets avaient été négligeables ou insignifiants ! Sûrement pas ! Des laudateurs , pour soutenir le Général et défendre son projet décrié, s’égosillent à affirmer qu’il n’y aurait rien à craindre ! que cette opération est sans rapport avec la nationalité, et ne saurait donc priver quelqu’un de sa nationalité ! Ces tristes laudateurs , comme toujours, trompent le peuple.
Comment ?
En effet , tout est lié ou relié . Nous sommes face à une chaîne où tous les maillons sont reliés : sans recensement , pas d’état civil , et sans état civil pas de nationalité ! Sans numéro d’enrôlement , pas de carte d’identité , sans identité pas de carte d’électeur et sans carte d’électeur pas de vote ! Il ne faut pas se leurrer , ces registres d’enrôlement seront la base de toutes les pièces administratives : acte de naissance , carte d’identité , permis de conduire , certificat de nationalité . Lorsque l’enrôlement sera achevé , le Gouvernement, sans aucun doute , mettra immédiatement fin à la validité de toute pièce antérieure . Suite logique, et il n’y a que les naïfs pour croire le contraire ! Enfin si les mauritaniens Noirs affluent , massivement, vers ces centres d’enrôlement , c’est parce qu’ils se sentent inquiets ; ils se sentent menacés par ce projet qui vise à remettre en cause leur mauritanité ! Au nord et au Centre du Pays on n’observe pas cette ruée vers les centres ; les populations arabo-berbères s’y rendent au pas du promeneur, sans inquiétude … rassurés dans leur « mauritanité » qui saute aux yeux ! Le Mauritanien blanc (Arabe) est perçu comme « naturellement mauritanien» , là où la mauritanité du Noir est perçue comme douteuse , suspecte ! C’est cela du reste qu’illustrent , au quotidien , les pratiques du contrôle au faciès des postes de garde routiers internes , installés au sud, où seuls les passagers négro- africains sont, généralement , soumis au contrôle d’identité !
Quel sont les risques d’un recensement national en Mauritanie ?
Je dirais non pas « risques »mais menaces et danger ! Nous sommes menacés par le Syndrome de « l’ivoirité » en germe, dans toutes ses conséquences ! L’on est entrain de fonder dangereusement le concept de « mauritanité ». Notre « unité nationale », déjà mise à rude épreuve avec les évènements de 1989, est de nouveau en danger ! Cet enrôlement, en réalité, a pour soubassement ce problème sur l’identité de la Mauritanie : une Mauritanie arabe, exclusivement, comme le veut et le prône une certaine idéologie ? ou une Mauritanie appartenant à la fois à l’Afrique noire et à l’Afrique blanche ou arabe? c’est toute la question ou toute la querelle ! Puisque ces négro-africains résistaient à leur assimilation, et génaient par conséquent l’arabité du pays, à la différence des 5 millions d’algériens noirs relégués à la culture de l’olive dans le sud , il fallait agir, par tous les moyens, sur leur poids démographique. Ce poids démographique des négro-africains, obsession permanente des régimes arabo-berbères-est l’enjeu, secret, de cette opération d’enrôlement . Moctar Oud Daddah s’y attaqua en inventant la théorie du quart ( ¼), sans fondement aucun . Ould Taya le suivit mais usa de méthodes grotesques et barbares pour y faire face, comme la déportation et l’élimination physique massive ; Aziz, à son tour, ne semble pas y avoir renoncé ; seulement, lui, s’y prend autrement; de manière plus fine, plus subtile, en posant les fondements légaux, juridiques du déni de « mauritanité » ou de nationalité des Négro-africains ! L’inquiétude de nos populations est donc toute légitime, car c’est dans cette trajectoire que s’inscrit ce recensement, qui vise à poser les fondements de leur exclusion , et à les rendre ainsi apatrides dans leur propre pays . Apatrides , tous ces réfugiés dépourvus de pièces d’état civil détruits par l’armée, en 1989! apatrides tous ces immigrés et exilés politiques , aux papiers périmés !
Quelles sont les menaces par rapport à la stabilité de la Mauritanie?
Vous l’avez dit vous-mêmes : menaces d’instabilité interne . Notre unité nationale , bien fragile , risque d’éclater ; or la Mauritanie dans la turbulence c’est le Sénégal et le Mali qui aussi seraient affectés , au regard des liens multiples partagés avec ces pays limitrophes .
Pourquoi le Président Aziz opterait-il pour un recensement sans les noirs Mauritaniens dont les beydanes, wolofs, Peulhs…?
Il faudrait peut-être aller le lui demander vous-même, si vous voulez être édifié ! Mais une chose est sûre , le Général Aziz, depuis son arrivée au pouvoir, ne rassure pas les Noirs mauritaniens . Il ne rassure pas les Haratines qu’il emprisonne à la moindre protestation contre la pratique enracinée de l’esclavage; il ne rassure pas non plus les négro-africains lorsqu’on le voit nouer, en priorité , des relations avec le Gouvernement Soudanais auteur de 2 millions de morts au sud-Soudan ! ou lorsqu’on le voit brader à ces mêmes soudanais leurs terres de culture ! Lorsqu’ils le voient porter ses efforts à renforcer les barrières à la frontière sud , érigeant des fortins et postes frontières tous les cent mètres , alors que la menace réelle, sérieuse , vient du Nord et de l’Est avec Al Qaida ! Lorsqu’enfin ils constatent, perplexes, que l’approche de ce fameux recensement, coïncide bizarrement , avec l’ordre de fermer les consulats mauritaniens à Paris et à Dakar; et l’on sait que la France et le Sénégal concentrent le plus grand nombre d’immigrés Noirs mauritaniens !. Les négro-africains avaient espéré qu’avec la libéralisation de l’audio visuel , leurs langues et culture pourraient enfin s’exprimer librement et pleinement dans une perspective de plein épanouissement, à travers les radios rurales , régionales ! C’était sans compter avec l’article 8 du projet de loi qui stipule que les opérateurs de communication audiovisuelle doivent respecter « la diversité culturelle et linguistique de notre société conformément aux quotas des langues définis dans le cahier des charges» ! En d’autres termes , la portion congrue réservée jusque là aux langues négro-africaine ne changera pas ; même dans nos terroirs ! L’arabe restera privilégié à Rosso , Bogée , Kaëdi et Sélibaby, au détriment du Pulaar Soninké et wolof, hier et aujourd’hui, comme toujours ! Avec le Général le Système reste vivant plus que jamais!
Comment est- ce- que les Flam comptent -elles s’y prendre afin que force reste à la loi et que le justice soit préservée?
Les Flam se battront pour qu’on change plutôt ces lois scélérates qui protègent des lobbies racistes et esclavagiste , et favorisent la suprématie d’un groupe ethnique sur les autres ; Elles se battront pour la suppression des lois, comme celle en gestation sur ce recensement , pour l’instauration d’un ordre plus juste et plus égalitaire entre tous les mauritaniens . Elles recommandent toutefois aux populations de rester vigilantes , de ne pas se laisser distraire par la tactique du pouvoir qui divise le groupe Haalpulaaren, en Pulaars et Peulhs ; c’est une diversion, destinée à les éloigner de l’essentiel qui , en réalité, est que ni les uns ni les ’autres ne seront correctement recensés ; ni les Wolofs , ni les Soninkés , ni les Hartani rebelles ! Elles appellent ces populations au pied du mur, acculées, à faire preuve de détermination à ne pas céder , car leur destin serait alors scellé, pour de bon! Les Flam, avec les forces progressistes, et les compatriotes arabes honnêtes et courageux qui ne se contentent pas de dénoncer du bout des lèvres cette opération , mais se rangent en ordre de bataille, les Flam, dis- je , vont harasser sans répit le Général jusqu’à ce qu’il mette un terme à cette opération grotesque ou en corrige les anomalies majeures!
Propos recueillis par Oumar DIARRA- LE PAYS DU 31 AOUT 2011- N0 035
Interview: Mamadou Abdoul SOH, Coordinateur du collectif des Forces patriotiques et démocratiques mauritaniennes en France
Pouvez- vous vous présenter pour nos lecteurs ?
Mamadou Abdoul SOH: Je m’appelle Mamadou Abdoul SOH alias Hamadi SOH, militant des FLAM (Forces de Libération Africaines de Mauritanie). Je participe activement à la vie politique de la section Europe de l’ouest entant que militant de base au sein des comités de base SY-BA-SARR et Abdoul Ghoudouss BA ; mais aussi comme responsable au sein du bureau exécutif local de 2002 à 2011 successivement comme secrétaire à la jeunesse et à la culture, secrétaire à l’organisation, secrétaire aux affaires sociales et humanitaires. C’est à ce titre que j’ai été mandaté par notre section d’entrer en contact avec des associations, partis politiques et diverses organisations mauritaniennes pour bâtir ensemble avec un cadre d’unité d’action. Dans la foulé des réunions préparatoires de la cérémonie de célébration des pendaisons de novembre dernier, j’ai eu l’honneur d’être choisi comme coordinateur du collectif renaissant. Depuis juillet dernier, je suis membre du bureau exécutif national des Forces de libération Africaines de Mauritanie comme le secrétaire national des relations extérieures.
Depuis le démarrage du recensement le 05 mai 2011 en Mauritanie, le collectif des associations manifeste presque régulièrement. Pouvez-vous dire pourquoi vous manifestez contre le recensement ?
Mamadou Abdoul SOH: Le recensement à vocation d’état civil présenté comme un instrument permettant de doter notre pays d’un fichier moderne et fiable se révèle être un instrument épuratoire identitaire contre la communauté Noire de Mauritanie notamment les Bambara, Fulbe, Haratin, Soninko et wolof. Selon plusieurs témoignages, beaucoup de nos compatriotes Négro- mauritaniens et Haratine n’ont pas pu se faire recenser à cause de la fausse présomption d’étrangers qui pèse sur eux aux yeux des agents de l’état raciste. Nous dénonçons ces discriminations avérées, tout comme nous protestons vigoureusement contre la composition arbitraire et injustifiée de la commission nationale de recensement. Elle est composée de dix-neuf membres dont dix- huit sont des Beydanes et un seul est noir. L’opération de ce recensement, telle qu’elle se déroule, laisse en rade plusieurs franges de la population noire sans aucun recours ne soit possible.
Il y a une forte mobilisation contre le recensement, est –elle une mobilisation qui vous satisfait ?
Mamadou Abdoul SOH: Certes, il est encourageant et motivant si nos appels à manifester connaissent de succès d’un point de vue démographique (nombre de manifestants), car il est incontestable que nos concitoyens viennent de plus en plus massivement à ces rassemblements. Le plus important pour notre collectif n’est pas seulement le nombre de personnes que nous drainons à chaque manifestation, mais aussi et surtout, c’est la prise de conscience des manifestants que leur avenir et celui de leurs enfants est menacés. Le mérite revient à notre collectif composé à la base de 7 partenaires et aujourd’hui nous comptons 15 signataires de la déclaration et le dernier appel à manifester pour le 27/08/2011. Nous avons su mettre de côté nos petites divergences souvent personnelles pour nous consacrer à l’essentiel donc l’unité d’action. Raison pour laquelle, notre coordination s’est agrandie et elle a gagné la confiance de nos compatriotes. Nous travaillons dans de bonnes conditions, à part égale, dans le respect mutuel. J’avoue que l’état d’esprit de tous les partenaires est saint et exemplaire; ceci n’est pas naturellement étranger à la cohésion du collectif et aux déroulements des différentes actions que nous avons eu à organiser. De plus en plus nous mobilisons de monde qui vient de partout en France, car beaucoup de nos compatriotes ont sérieusement bien compris le danger qui les guette à travers ce recensement.
A chaque manifestation, nous enregistrons davantage de manifestants très mécontents et décidés à en découdre avec le régime en place à Nouakchott. Nous avons été aidés aussi par la sortie télévisée de chef de l’Etat le général Mohamed Ould Abdel Aziz sur le plateau sa télévision propagandiste qui en dit long sur le mépris qu’il éprouve en général à l’égard de la communauté noire mauritanienne qui subit des interrogatoires humiliants et irrespectueux et en particulier pour la diaspora mauritanienne qu’il considère comme des Français et surtout non mauritanienne. Beaucoup d’entre nous qui ont suivi cette émission étaient sidérés et déçus par ces propos racistes et infondés de la part du chef de l’Etat
Ce recensement voulu par les autorités Mauritaniennes n’est t-il pas une continuité de la feuille de la route de Maouya Ould Sidi Mohamed Taya pour les même objectifs?
Mamadou Abdoul SOH: Le moins que l’on puisse dire est que ce recensement constitue une nouvelle forme d’épuration ethnique qui vise de nouveau les noirs mauritaniens est mise en branle par le système raciste et chauvin dirigé par le général Mohamed Ould Abdel Aziz. Nul doute, ce compagnon d’Ould Taya, et complice de la souffrance infligée par son mentor aux Négro-mauritaniens pendant les années de braise, continue à sa façon la dénigrification de la Mauritanie. Certes, les hommes changent, mais le système ignoble et de domination reste bien en place au sommet de l’état. C’est pourquoi, si nous voulons lutter efficacement contre toutes ces atteintes à notre dignité et notre citoyenneté, nous devons consacrer tous nos efforts contre les racines du mal, donc le « système ». La preuve si besoin est, Ould de TAYA est parti, Ely Ould Mohamed VALL est parti, Ould Abdel Aziz est arrivé, qu’est-ce qu’à changer concrètement pour les noirs de Mauritanie ? Les ténors du système changent au sommet de l’Etat, et le malheur de notre communauté s’accentue sous d’autres formes : humiliations et le déni de citoyenneté pour nous rendre des apatrides, donc des sans-droits à défaut de nous déporter de nouveau.
Vous êtes le coordinateur des associations, dans ce cadre avez- vous rencontré les autorités consulaires, si oui qu’est-ce que vous vous êtes dit au juste ?
Mamadou Abdoul SOH: Non, nous n’avons pas rencontré les autoritaires consulaires en tant que collectif. Mais certains de nos partenaires en tant que partis politiques constitués légalement au pays, dans une démarche toute légitime et normale ont rencontré les autorités consulaires pour leur donner leur point de vue, c’est-à-dire exiger l’arrêt pur et simple de cet enrôlement pour des raisons évoquées ci-dessus.
Le Président Mohamed Ould Adel Aziz disait dans sa sortie télévisée que les mauritaniens qui ont la double nationalité perdent leur nationalité mauritanienne ; pensez-vous que cette mesure concerne tous les mauritaniens dans son ensemble ou simplement à la communauté noire de Mauritanie ?
Mamadou Abdoul SOH: Avant cette sortie télévisée, d’aucuns pensaient que cette loi vise tous les mauritaniens sans distinction de race. Mais, les propos qu’il a tenus dans le contexte lève le doute chez ceux qui étaient encore dubitatifs. Il a dit clairement avec toute l’autorité qu’il incarne et le seau de l’Etat au nom duquel il donne l’esprit de ce recensement que ceux qui manifestaient en France, la diaspora mauritanienne, sont des français. Il affirme cela sans hésitation. Ainsi donc, il ne tient pas en compte toutes les irrégularités humiliantes et irrespectueuses dont les noirs en sont les véritables victimes. Le général président reste sourd et inflexible et droit dans ses bottes dans cette entreprise qui vise à nous rendre des étrangers dans notre propre pays.
Beaucoup d’organisations de défense des droits de l’homme mauritaniennes et internationales notamment la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH) et l’Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT), dénoncent les propos du chef de l’Etat lors de son entretien télévisé qui continue de nier l’existence de l’esclavage en Mauritanie.
Que pouvez- vous dire sur la question de l’esclave en Mauritanie ?
Mamadou Abdoul SOH: L’esclavage est un fléau, un crime contre l’humanité qui continue à nos jours de faire de ravage en Mauritanie avec la complicité avérée de l’Etat et son administration. Selon les estimations récentes, entre six cent mille et huit cent mille mauritaniens et mauritaniennes vivent en état d’esclaves. Le général Mohamed Ould Abdel Aziz, en niant ostensiblement et publiquement l’existence de l’esclavage en Mauritanie, s’est montré indifférent à la souffrance de ces milliers esclaves qui vivent sous le déni total de leur humanité. Pour toutes les personnes éprises de justice, de liberté et d’égalité des races et des hommes et surtout des militants des droits de l’homme l’intervention du chef de l’état est un déni d’extrême gravité inacceptable. La question de l’esclavage est intrinsèquement liée au racisme, là où il y a l’esclavage, le racisme y prospère et inversement. Certains formations politiques et organisations de défense des droits de l’homme membres du collectif prennent au sérieux la question et la combattent et dénoncent dans toutes ses formes. IRA et son président, monsieur BIRAM ABEID OULD DAH sont aujourd’hui à la pointe de l’attaque pour la dénonciation de l’esclavage. Nous saluions, soutenons et encourageons au passage leur courage et détermination dont ils font preuve à Nouakchott. Le combat qu’ IRA mène tous les jours à Nouakchott et les procès qui en découlent témoignent au grand jour que l’esclavage existe en Mauritanie contraire aux propos malveillants et mensongers du chef de l’état.
Quel appel lancez-vous aux autorités Mauritaniennes ?
Mamadou Abdoul SOH: Les objectifs et les visées de ces opérations, avec leur lot d’humiliations en direction des Négros mauritaniens et les harratines dans les centres d’accueil par les agents « dénégrificateurs » de l’état, ont été démasqués. Forts de cela, nous demandons aux autorités mauritaniennes d’arrêter purement et simplement ce honteux projet qui n’a pas sa raison d’être. Notre communauté a trop souffert de racisme d’état, d’exécutions extrajudiciaires, d’assassinats politiques, de déportation, d’exclusion, d’esclavage, expropriation des terres sans parler de l’injustice sociale pour qu’on en rajoute !
Votre dernier mot ?
Mamadou Abdoul SOH: Notre grand frère et camarde Cheikh Ouamr BA aime dire en Pulaar : « aucun malaika ne viendrait mener ce combat à notre place, mais c’est à nous de prendre nos responsabilités individuelles et collectives pour le mener ». Ainsi, nous invitons nos compatriotes qui vivent en Mauritanie et à l’étranger de se mobiliser et rester alertes jusqu’à l’arrêt définitif de cette opération d’enrôlement. C’est à nous de mener ce combat avant de compter sur les soutiens éventuels extérieurs. Au vu de ce qui se manifeste dans nos actions, en Europe, au Canada, aux USA et surtout à l’intérieur de la Mauritanie, la prise de conscience est en marche, donc l’espoir est permis. Nous sommes par ailleurs très gênés en tant que mauritaniens opprimés de constater que nos compatriotes Beydanes en Europe ne viennent pas nous soutenir dans cette difficile épreuve qui frappe de nouveau notre communauté. Nous continuons de penser que le seul et principal responsable de cette politique raciste et esclavagiste est l’Etat mauritanien et son régime. En Afrique du sud, à l’apogée de l’apartheid, beaucoup de citoyens sud-africains blancs et afrikaners se sont levés publiquement pour marquer leur opposition contre l’apartheid imposé par l’Etat. Ils ont soutenu physiquement, financièrement, politiquement l’ANC et les Noirs dans leur combat contre le fléau d’apartheid et ce malgré leur position de privilégiés. Certains d’entre eux par leur conscience morale pour ne pas dire devoir moral ont perdu la vie, d’autres ont séjourné en prison en aidant les activistes de l’ANC dans leur combat difficile contre le régime sud-africain, d’aucuns ont élevé et éduqué des enfants orphelins noirs qui sont devenus le symbole de la réconciliation nationale. Nous aimerions sentir le soutien de nos compatriotes Beydanes qui ne se reconnaissent pas à travers ce projet odieux, raciste dont le seul objectif non avoué est de rendre les Noirs apatrides dans leur propre patrie. Devant cette injustice aux conséquences néfastes vis à vis des Noirs de Mauritanie, nous appelons à la conscience citoyenne beydane libre à nous épauler et venir partager nos angoisses et nos inquiétudes nés de ce fameux recensement.
Merci de nous avoir fait un grand honneur de nous exprimer sur votre site !
Propos recueillis par Abou SARR
Source: boolumbal.org
Le Calame: Trois questions à Kaaw Touré Porte-parole des Forces de Libération Africaines de Mauritanie(FLAM).
« Nous ne partageons pas avec Ould Abdel Aziz la même approche sur la manière de régler les problèmes qui compromettent l’unité nationale»
Le Calame : Que reste-t-il aujourd’hui des FLAM ? Des communiqués de presse, des congrès, dans des salons feutrés, aux recommandations presque jamais appliquées. Pour beaucoup de négro mauritaniens, ce qui reste des FLAM à l’étranger est en déphasage total avec la réalité que vivent les négro-mauritaniens qu’ils sont censés défendre ? Etes-vous d’accord ?
Kaaw Touré : D´abord les FLAM c´est l´histoire d’une résistance patriotique des plus opiniâtres, celle qui n´a jamais plié, ni dévié, celle qui n’a jamais été récupérée, en dépit des manœuvres et agressions de toutes sortes. Les FLAM. constituent sans conteste, dans l’histoire de notre pays, la force politique qui a fait montre de la résistance la plus longue et la plus constante. Je ne crois pas aussi que notre discours sur le racisme, l´esclavage, les réfugiés, l´identité du pays et l´impunité soit en déphasage avec la réalité du pays. Au contraire il devient de plus en plus audible et plus frappant à l´intérieur comme à l´extérieur. L´actualité du pays avec cet enrôlement discriminatoire vient encore d´une manière éclatante nous conforter dans nos analyses et dans nos positions. Nous continuons à dénoncer l’injustice dont la communauté négro-mauritanienne est victime et tous les exclus du Système en Mauritanie. Ils se reconnaissent tous dans notre combat. L´histoire retiendra aussi que les FLAM ont fait l´histoire de ce pays. Nous avons été les premiers à nous insurger contre le dictateur Ould Taya et le système discriminatoire qu’il a solidement bâti et conforté. Cela nous a valu la répression la plus sanglante, la plus cinglante et la plus haineuse jamais enregistrée dans ce pays.
Depuis leur création, les FLAM s´étaient fixées entre autres objectifs : la résolution de la question nationale, la lutte contre l´esclavage et les pratiques féodales, l´instauration d´une véritable démocratie en Mauritanie où le fait d´être arabe, noir, haratine, znaga ne serait ipso-facto une condition rédhibitoire. C´est ce paradigme que nous avons rappelé et voulu concrétiser en Mauritanie qui nous a valu la dénonciation, la répression jusqu’à l’élimination physique de ceux que nous comptions de plus chers dans notre mouvement.
A l’époque, cependant il ne s’était pas trouvé suffisamment de bonnes volontés dans les formations politiques concurrentes pour formuler, avec autant d’exigence que nous, la revendication d’une réelle égalité entre tous les citoyens mauritaniens. Mais tel le roseau de la fable qui ploie sous la poussée de la bourrasque sans pour autant casser, les FLAM ont survécu à toutes les tempêtes de sable du régime de Taya. Nous avons payé cher notre droit à l´expression.
Aujourd´hui il est facile de se réclamer de l´opposition et de bomber le torse ! Nous n´avons pas attendu la « démocratisation » du pays, la libération de la parole ou l´avènement de l´internet pour dire non à cette gestion discriminatoire, à caractère raciste, instaurée dans ce pays. C´est grâce aux FLAM que l´opinion internationale a découvert le vrai visage du régime mauritanien et l´apartheid méconnu de notre pays.
C´est grâce aux FLAM que le monde occidental et africain a découvert aussi le sort des déportés mauritaniens et des esclaves en Mauritanie.
C´est grâce aux FLAM que le génocide planifié par des franges intolérantes de nationalistes arabes a échoué. C´est grâce aux FLAM que les tortionnaires et autres génocidaires sont pourchassés et interdits de séjour dans des pays respectueux des droits de l´homme. C´est aussi grâce à l’impact de notre discours clair, cohérent et suivi, que les masses négro-africaines allaient prendre, pour la plupart, conscience de leur oppression. C´est encore grâce à notre encadrement que les déportés ont résisté pendant ces 20 ans aux chants des sirènes de Nouakchott, et maintenu intacte la tension du retour, jusqu´à la reconnaissance officielle de leur déportation par les nouveaux régimes.
On ne le dira jamais assez, un de nos acquis le plus essentiel, demeure celui d’avoir réussi, surtout, à rompre le mur du silence qui entourait cette politique ignominieuse de discrimination à caractère raciste et ces pratiques esclavagistes dont sont victimes les populations noires mauritaniennes.
La Mauritanie est un pays secret; nos dirigeants politiques se sont toujours évertués à soustraire à la curiosité internationale les problèmes de fond du pays, par la dissimulation et les diverses manœuvres mensongères !
Nous avons ainsi, à travers le « Manifeste du Négro-Mauritanien opprimé » diffusé à l’extérieur, notamment au sommet de l’Union Africaine tenu à Hararé (Zimbabwe) en 1986 montré le vrai visage de la Mauritanie; chose que Ould Taya n’a jamais réussi à digérer !
Aujourd´hui toute la classe politique parle dans son ensemble de l´unité nationale, du retour des déportés, du passif humanitaire, chose fort heureuse, alors qu´hier ces sujets étaient tabous et considérés comme “fond de commerce des nationalistes étroits, des ennemis du monde arabe à la solde du sionisme”. L´histoire vient encore une fois de démontrer que seule la vérité est révolutionnaire; nous n´avons jamais failli dans notre mission de combattants de la liberté, de sentinelle du pays, de garde-fous de la démocratie et d´objecteurs de conscience.
Le régime de Taya et les tenants du Système ont cherché, en vain, par tous les moyens à nous casser, à nous marginaliser, à nous diaboliser. Ils ont essayé par la répression, la corruption, la diffamation mais le socle dur est resté ferme et déterminé, loin de tout opportunisme et amateurisme; voilà ce qui reste des FLAM et ce que retiendra des FLAM tout patriote honnête et sincère et surtout ce que retiendront de nous les annales de l´Histoire. Enfin ce qui reste des FLAM ce sont ces milliers d´hommes de foi, ces femmes de conviction profonde, incorruptibles et imperturbables toujours prêts à relever d´autres défis. C´est pour ainsi dire que le discours des FLAM est toujours dans l´air du temps et que les revendications qui ont été à la base de la création de ce mouvement se posent toujours avec plus d´acuité.
Le Calame : Qu’est-ce qui empêche ce qui reste de ce mouvement de rentrer au pays, constituer un parti politique ou intégrer d’autres, afin de défendre, de manière démocratique, ses idées sur l’arène politique nationale? Le président Mohamed Ould Abdel Aziz ne vous a-t-il jamais tendu la main comme à Ibrahima Sarr, de l’AJD/MR? Si oui, pourquoi vous n’avez pas accepté de composer avec lui ?
Le mouvement reste plus que jamais vivant et mobilisé malgré toutes les épreuves subies. Quant à notre retour, si vous suiviez l´actualité en bons journalistes, vous auriez su que notre mouvement a pris lors de notre dernier congrès, tenu en France, la résolution de se redéployer à l´intérieur et de reprendre notre place auprès de notre base et de notre peuple. Le retour se prépare activement et sereinement aussi bien à l´intérieur qu´à l´extérieur du pays et vous verrez bientôt les FLAM, inchaallah, en Mauritanie avec toute leur force et dans toute leur splendeur.
Nous n’avons pas de contact avec le Général Ould Abdel Aziz. Nous n’avons rien demandé, lui n’a rien entrepris non plus. Nous ne partageons pas la même approche sur la manière de régler les problèmes qui compromettent l’unité nationale. Notre impression est qu’il s’est plus employé à déplacer les problèmes qu’à leur apporter des solutions de fond. Il compte certainement sur la lassitude des victimes et sur la stratégie “du diviser pour mieux régner” et espérer ainsi voir s’imposer ses réformettes qui occultent l’essentiel. Il a tort !
Le Calame : Ce que d’aucuns qualifient de « fonds de commerce » de votre organisation est largement aujourd’hui repris en charge par certains partis politiques, des organisations de défense des droits humains, de la société civile, particulièrement l’IRA de Biram Ould Dah Ould Abeid. Que reste-il de vos idéaux pour la Mauritanie ? Biram serait-il plus téméraire ou plus convaincu de la justesse de son combat que les FLAM ?
A votre avis, doit-on reprocher aux FLAM le fait que la classe politique et les activistes des droits de l’homme de l’intérieur se soient ralliés à leurs discours et idéaux, ou au contraire n’est-il pas plus honnête de féliciter leur clairvoyance? Nous avions peut-être eu tort d’avoir raison avant tout le monde, c’est à dire d’avoir osé défier seuls les périls à l’époque où la vaillance n’était pas la denrée la plus commune. Nous, on est plutôt honorés d’avoir suscité des vocations dans la défense de la justice et de l’égalité, mais aussi d’avoir crée des émules? J’espère seulement que la concurrence autour de ce “fonds de commerce” ne poussera pas certains négociants à brader l´affaire!!! Plus sérieusement, si, pour certains, la politique est une affaire d´intérêt et de marchandage, Dieu merci, de notre côté, nous ne sommes pas bercés à l’école de la fourberie des marchands d´illusion car pour les FLAM, la politique est avant tout une question de principes et d´éthique.
Par rapport aux autres, le moment venu, le peuple pour lequel nous nous battons saura faire la différence entre la copie et l’originale, car personne ne pourra défendre nos idéaux mieux que nous-mêmes ! Je salue au passage le combat que mène notre ami et frère Biram pour qui nous avons beaucoup de respect et de considération. Nous sommes convergents sur beaucoup de points. J´en profite pour lui apporter tout notre soutien, qu´il sait être sincère, tout en exigeant avec lui la libération de militants arrêtés arbitrairement.
Quant à la témérité et au courage, je crois que les FLAM n´ont plus rien à prouver. Nous avons fait nos preuves en affrontant le régime militaire le plus sanguinaire, au moment où tout le monde rasait les murs, si l´on ne le trouvait plutôt fréquentable. Nous avons fait nos preuves sur le terrain avant notre exil forcé et avant tout le monde mais aussi à l´extérieur. Que faites-vous de nos martyrs de Oualata, Djreïda, N´beyka, Azlat, Inal et de la vallée ? Il faut savoir que nous revenons de loin et que la lutte n´a pas commencé aujourd´hui. Le chemin vers la liberté est encore long mais la victoire est inéluctable. La lutte continue !
Propos recueillis par Ahmed Ould Cheikh -Le Calame numéro 799 du mardi 23 août 2011.
Parfum d’apartheid en Mauritanie
Après quelques années d’accalmie, un recensement est en train de réveiller les démons du passé en Mauritanie, un pays où la minorité constituée de maures blancs a la haute main sur la gestion des affaires publiques. Ils sont accusés de dérouler un agenda caché à travers le comptage de la population du pays : exclure le maximum de noirs pour asseoir la domination des maures blancs.
A l’université de Dakar, les étudiants mauritaniens ne décolèrent toujours pas. Ces futurs cadres noirs se sentent humiliés. Leur fibre patriotique a été touchée par le projet de recensement théorisé par le président Abdel Aziz. Tous membres du Mouvement Touche pas à ma nationalité, ces étudiants dénoncent l’ostracisme dont les noirs sont victimes en Mauritanie, qu’ils soient haratine (esclave), Soninké, Bambara, Wolof ou Pular.
Le projet du président Abdel Aziz consiste pour les populations à se déplacer chez les agents recenseurs et leur prouver qu’elles sont bien des mauritaniens. Ces agents peuvent, selon leur bon vouloir, déchoir un individu de sa nationalité et il devient du coup apatride sans aucun moyen de recours. Une situation déplorable et illégale au regard de la loi mauritanienne qui stipule que seul un décret peut déchoir un individu de sa nationalité. Abdourahmane, un des étudiants, soutient que son grand-père de 69 ans a été humilié par les préposés au recensement qui lui ont demandé de justifier sa nationalité en amenant les papiers de ses parents décédés il y a plusieurs décennies.
Outre le caractère humiliant du recensement, il s’y ajoute que les Mauritaniens de la diaspora ne peuvent le faire qu’à une condition : retourner au pays.
Après l’ivoirité », place à la « mauritanité »
Baba, jeune ingénieur mauritanien, considère qu’il est clair qu’Aziz et son régime veulent procéder à une épuration ethnique. « Des 19 membres de la commission nationale de recensement, 18 sont des Beydanes (maures blancs). Dans les centres de recensement, les noirs sont soumis à un interrogatoire difficile alors que pour les maures c’est une formalité. Dans ces conditions, il est clair que c’est une politique d’apartheid qui est mise en œuvre », dénonce-t-il.
En effet, l’Agence nationale du registre des populations et des titres sécurisés (ANRPTS) dont la mission est de gérer ce recensement a été porté sur les fonts baptismaux le 06 juillet 2010. Et tous ses membres sont de la minorité Beydane à l’exception d’un seul.
Aliou, un doctorant mauritanien, Aziz est en train de marcher sur les pas de Henry Konan Bédié et Laurent Gbagbo en créant le concept de « mauritanité ». Pour ce brillant étudiant, la Mauritanie est plurilingue et pluriethnique.
« Abdel Aziz a dit à la face de tous les Mauritaniens que ce recensement permettait d’établir la « Mauritanité » de tous ceux et de toutes celles qui prétendent être mauritaniens. Au lieu de rassembler ses compatriotes autour d’idéaux communs et fondamentaux, Mohamed Ould Abdel Aziz a préféré prendre partie pour ses frères beydanes en voulant exclure une partie de la Mauritanie avec ses billevesées puisées dans les enseignements acquis dans les camps militaires », explique le doctorant.
Pour Ibrahima Diallo, responsable de FLAM-Europe de l’Est, le but du recensement est d’exclure les noirs.
« A Nouakchott et dans certaines villes de l’intérieur de notre pays, de plus en plus de personnes qui ont souvent un passé d’anciens ministres, d’anciens hauts responsables de l’Etat, n’ont pas pu se faire recenser parce que des agents leur posaient des questions sur leur identité. On leur demande, par exemple, pourquoi ils sont nés au Sénégal avant 1930 ? Pourquoi ils sont nés au Mali avant 1945 ? Ce sont des questions comme ça qu’on pose à des personnalités qui ont exercé de hautes fonctions dans l’Etat. Ne parlons pas du peuple qui est renvoyé purement et simplement pour des compléments d’information, de renseignements pour des papiers douteux ; alors que, généralement, ce sont des papiers qui ont été établis par l’Etat mauritanien », déplore Diallo dans un entretien avec Walfadjri.
Internet, outil de la dénonciation
Sur Internet, les figures de proue des Forces de libération africaine de la Mauritanie (FLAM) organisent la résistance. Des marches et des sit-in ont été organisés à Nouakchott, Dakar et Bruxelles par le Collectif ne Touche pas à ma nationalité.
Des activistes comme Mouhamed Kaaw Touré ont fait de ce combat leur cheval de bataille. Ils multiplient les buzz sur Internet et tentent d’expliquer les tenants et aboutissants de ce recensement.
Sur Youtube et Dailymotion, les vidéos des manifestations contre le recensement sont postées. Et sur les réseaux sociaux, c’est le déluge des profils dénonciateurs de ce qui est assimilé à une épuration ethnique.
Le site www.flamonline.com regorge d’articles et de contributions qui appellent à la lutte contre ce recensement « liberticide ». Une pétition Touche pas à ma nationalité y est disponible.
Les Haratine (esclaves) théorisent le boycott
En Mauritanie Birame Ould Abeid est l’homme à abattre. Il a échappé à plusieurs tentatives d’assassinat sans compter les nombreuses arrestations. Il a récemment appelé au boycott du recensement. «Le recensement en cours est une forme de génocide et d’exclusion que des segments racistes autour de Mohamed Ould Abdel Aziz essaient d’exécuter au détriment des Harratines et des Negro-mauritaniens. Il n’est pas seulement contre les communautés bambaras, peuls, soninkés et wolofs, ce recensement est aussi très dangereux pour la communauté haratine, et ça personne ne le dit. Il y a 600 000 esclaves domestiques qui n’ont pas de papiers et l’Etat mauritanien refuse de leur en donner », a expliqué le leader du mouvement IRA.
Pour Biram Ould Abeid, le fait que, par un décret politique, la communauté haratine soit cataloguée arabe, est un déni extrêmement grave, une oppression extrêmement grave contre laquelle l’IRA lutte». A ses yeux, les Beydanes ont intérêt à considérer les Harratines comme des maures blancs. Et ce dans le but de se construire une majorité arithmétique face aux négro-mauritanien.
Ndèye Khady Lo- SLATES-Afrique
NB : Ndèye Khady Lo est une journaliste sénégalaise spécialiste des questions politiques et sociales. Elle a travaillé pour le quotidien national sénégalais Le Soleil et pour la Télévision Futurs Médias (TFM).




