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LE RAPPORT DES NATIONS UNIES SUR LA MAURITANIE

J’ai lu avec intérêt et profonde satisfaction le rapport du Comité des disparitions forcées ( Mme MESKEREN Geset Techane ), puis le Rapport du rapporteur Spécial sur les formes contemporaines de l’esclavage ( Tomoya Obokota). J’invite ceux qui ne les ont pas lus à le faire, au plus vite…
Pour la première fois, à mon avis, les missionnaires des Nations unies sont allés au fond des choses, sans complaisance aucune, et ont posé les bonnes questions avec perspicacité, démasquant ainsi la fourberie et l’hypocrisie des tenants du Système sur les questions fondamentales qui minent le vivre-ensemble. A Démasquer le faire–semblant, l’enfumage permanents de nos partenaires par ceux qui nous gouvernent; depuis toujours.
Personne ne pourra soupconner ces équipes de corruption, ce mal qui gangrène l’administration mauritanienne habituée à masquer les choses, à soudoyer toutes les missions d’enquêtes internationales. Je salue l’intégrité morale de ces derniers missionnaires en Mauritanie. Perspicacité , bonnes questions, bonnes solutions, sans langue de bois …
Maintenant les victimes du Système devront comprendre que les Nations Unies ont joué leur partition dans cette lutte pour l’éclairage de la Vérité sous toutes ses facettes ; comprendre que les Nations Unies peuvent accompagner les victimes, mais non se substituer à elles pour faire leur job…
Merci les Nations-Unies …
Samba Thiam Président des FPC.
le 15 Octobre 2023
DÉCLARATION DE PRESSE DES FPC

Les militants et sympathisants de l’IRA ont organisé un sit-in pacifique, le 27 septembre 2023 devant le ministère de la justice, pour protester contre l’arrestation arbitraire du militant abolitionniste Youba Siby et, aussi pour exprimer leur soutien au député Mohamed Bouya. Ils ont été réprimés dans le sang par le pouvoir militariste et policier de Nouakchott.
Notre parti, les Forces Progressistes du Changement ( FPC), trouve cette répression sauvage inacceptable et inadmissible dans un État qui se veut” démocratique “,
– Les FPC condamnent avec la plus grande fermeté la violence injustifiée exercée contre les manifestants, comme à son habitude, par les forces répressives du système;
– S´insurgent contre cette violation manifeste des libertés d’expression;
– Dénoncent l’attitude provocatrice et irresponsable des autorités mauritaniennes dans la gestion des manifestations pacifiques.
– Réaffirment leur soutien militant et fraternel à l’IRA et ses militants;
Enfin, les FPC appellent les forces patriotiques et démocratiques du pays à plus
d´unité et de mobilisation pour résister à la tyrannie rampante.
Nouakchott le 3 octobre 2023.
Le département de la communication des FPC
La lutte continue!
Conférence de Presse conjointe

Cette conférence de presse s’inscrit dans le sillage de la précédente et s’articule autour de deux points :
_ L’exigence de la reconnaissance légale des FPC et du RAG, victimes d’injustice,
_les difficultés des populations à s’enrôler avec les nouvelles Commissions techniques .
Nous avons choisi de mettre l’accent sur ces deux points , sans toutefois méconnaître tous ces autres problèmes , non moins importants, qui existent .
Il s’agit
– de cette pauvreté qui frappe les populations et qui évolue vers la misère ,
– du désespoir de cette jeunesse , sans perspectives , qui se jette dans l’aventure , jusqu’aux nouvelles recrues et fonctionnaires de l’Etat, sans plus d’illusions sur l’avenir du pays .
-de la destruction de la cohésion nationale au travers du racisme d’Etat érigé en mode de gouvernance et de l’esclavage qui perdure,
-du sabotage de l’Enseignement , par chauvinisme et imposition du monolinguisme ,qui traduit un déni de la diversité du pays,
– du recul démocratique et de l’impunité qui s’installent,
– de tous ces déportés de retour, laissés en rade,
-de cette Administration complètement par terre , gangrenée par la corruption ,l’ethnicisme et le népotisme , dans l’improvisation et l’anarchie à tous les niveaux .
– de Nouakchott, -cette capitale sale et nauséabonde par endroits- où règne une insécurité permanente ,etc,etc,etc .
Les FPC et le RAG, tout en reconnaissant ces problèmes , ont choisi cependant de se focaliser et sur la nécéssité de leur reconnaissance légale qui participe du renforcement du jeu démocratique, et sur les difficultés actuelles à s’enrôler que rencontrent les populations des villages, des adwaba et des periphéries des villes .
Selon nos informations , dans certaines localités du Brakna ,du Gorgol ,du Guidimakha, du Trarza et à l’Est du pays, l’enrôlement se fait au rythme de trois personnes par jour, alors que les centres ne désemplissent pas . Partout des blocages , de l’obstruction, comme pour décourager et amener les populations à baisser les bras .
Le Président Ghazouani avait , lors de son discours d’investiture , promis de ‘’résoudre les déséquilbres et toutes les manifestations d’injustice, de consolider l’unité nationale, d’œuvrer au respect des droits de l’homme, de mettre fin au calvaire des populations dans leur enrôlement ’’ .
A propos de l’injustice, le cas des FPC et du RAG, victimes de l’arbitraire, en constitue l’illustration, concernant l’unité nationale, elle a été mise à mal pour ne pas dire démolie , quant au respect des droits de l’homme, il a dérapé en intimidation et menaces, en assassinats dans les commissariats de police ; enfin, pour l’enrôlement , les populations continuent de pâtir de blocages en tous genres . Pour la seconde fois , des commissions techniques ont été diligentées à cet effet par le Président, mais sans résultats , les blocages persistent. Dysfonctionnement manifeste dans l’application . Soit ces consignes avaient été données du bout des lèvres , sans volonté politique réelle, soit les agents de l’Etat civil ,à la base, se moquent des instructions du Président de la république .
En ce qui concerne la reconnaissance des partis politiques ,le RAG et les FPC souhaitent, afin d’éliminer des choix arbitraires et partisans , d’adopter le régime déclaratif qui permet ,le mieux, d’ouvrir le jeu démocratique, et partant l’expression de tous les projets . La démocratie véritable constitue une soupape de sécurité , un gage de l’apaisement social .
Il demeure, en conclusion, trop de problèmes irrésolus , trop de défis non relevés .
Tous ces défis , aggravés , tous ces nombreux échecs posent, naturellement, la question légitime de l’alternative pour 2024 .
Appel ,
LES FPC et le RAG
_Appellent à leur reconnaissance légale et à plus de compassion et de solidarité nationale ,
_ Souhaitent la simplification de l’enrôlement des populations et des sanctions pour les obstructions constatées ,
_ Estiment , nécéssaire et impérieuse au vu de la situation préocupante du moment , la mise en place d’une vaste Mouvance pour le changement (MPC) , en vue bâtir une Mauritanie reconciliée et refondée sur des bases justes , égalitaires et démocratiques . La ‘’nation’’ mauritanienne , le vivre-ensemble harmonieux ne saurait s’édifier sur l’hégémonie suprématiste des uns . Cette situation conduit à l’impasse et reste porteuse de danger .
Il nous faut nous ressaisir …
FPC –RAG
Nouakchott Août -20 -2023
https://www.facebook.com/federationnouakchott/videos/1532208597523363/?mibextid=JgRRn7n7jRVACbyL
Mauritanie : Interview exclusive de Samba THIAM à KASSATAYA
« L’accord UFP-RFD- ressemble à du déjà vu, un fourre-tout où s’enchevêtrent questions de fond, questions superficielles et techniques qui relèvent d’axes programmatiques de parti ou de ministère »

kassataya – Le président des FPC réagit sur l’accord tripartite UFP-RFD et INSAF, un document politique qui ne fait pas l’unanimité des Mauritaniens. Pour Samba Thiam il ne parle plus de crise politique mais juste de contentieux électoral à régler. Le chef historique du premier mouvement de libération africaine de Mauritanie s’est confié exclusivement à Kassataya pour revenir aux leçons des élections 2023 qu’il qualifie de mascarade électorale où un opposant homme politique et non politicien ne peut gagner sans faire allégeance au système. Samba Thiam est revenu sur son engagement dans des alliances sans calcul mesquin encore moins d’agenda caché avant de considérer la tolérance zéro édictée par Ould Ghazouani au gouvernement comme un simple slogan. Le leader charismatique de l’opposition n’est pas également indifférent au coup d’Etat du Niger.
« Je trouve la démarche inadéquate, quelque peu inélégante, à la limite de la maladresse. En effet, comment compter rallier à cette initiative d’autres fractions de l’opposition, mises devant le fait accompli – qualifiées de surcroît comme elles l’ont été- en plus d’un droit de propriété assumé avec discourtois… »
kassataya : quelle lecture faites-vous de l’accord tripartite entre UFP et RFD et INSAF ?
Samba THIAM : je m’interdis, en général, par principe, d’intervenir sur des questions ou des situations pour lesquelles je n’ai pas d’informations précises, vérifiées. J’ai lu ces derniers temps, comme tout le monde, un texte repris dans les réseaux sociaux sujet à polémique…Si je devais donc m’avancer à son propos ce ne serait qu’au conditionnel. Est-ce qu’il existe ce texte ? et son contenu est-il endossé par les présumés auteurs ? Si oui, alors mon commentaire porterait d’abord sur son objet, c’est -a- dire la reprise d’un dialogue -concertations qui, dit-on, aurait été suspendu pour des raisons de calendrier électoral.
En vérité, il fut abandonné, de façon unilatérale et péremptoire par la Présidence de la République, bien avant toute échéance électorale et sans que l’Opposition et même la majorité ne fussent consultées ; opposition qui, du reste, manifesta alors, diversement, son mécontentement. Le risque encouru ici, c’est justement de retomber dans les travers du dialogue précédent qui avait été arraché, presque forcé …toute chose qui explique son échec.
Maintenant pour en venir au contenu, il ressemble à du déjà vu ; un fourre- tout où s’enchevêtrent questions de fond, questions superficielles et techniques qui relèvent d’axes programmatiques de parti ou de ministère. Le document ne parle plus de crise politique, notons-le, mais juste de contentieux électoral à régler… Il y a à dire également sur l’attitude courroucée post-électorale adoptée (Manif et déclaration cinglante) en raison du scrutin décrié et, tout d’un coup, cette volte-face soudaine, surprenante, comme par ramollissement, qui sonne comme un flop !
Certains parmi nous de l’opposition donnent l’impression, parfois, d’avoir tellement subi et souffert sous ‘’la décennie ’’passée…que chat échaudé craint l’eau froide. Composer à tout prix et non pas s’opposer, quelle que soit la politique chauvine et pernicieuse menée par le Pouvoir, est devenu une option … N’empêche, nous nous devons, malgré tout, de respecter la ligne et les choix de chaque formation politique, lui reconnaître la liberté, le droit et la latitude de porter des initiatives propres, qu’ils jugent opportunes, avec la précaution toutefois de ne pas le passer au nom de toute l’Opposition.
Enfin pour la forme, je trouve la démarche inadéquate, quelque peu inélégante, à la limite de la maladresse. En effet, comment compter rallier à cette initiative d’autres fractions de l’opposition, mises devant le fait accompli – qualifiées de surcroît comme elles l’ont été- en plus d’un droit de propriété assumé avec discourtoisie ? Au juste, qui ‘’cherchent à entraîner le pays dans l’instabilité voire dans le chaos’’ ? Les tenants du Système avec leur politique chauvine, raciste et funeste ou les victimes de l’oppression en tous genres ? Non content de brimer les victimes, il faut encore chercher à les culpabiliser ! Cela étant, pour conclure, un dialogue politique sincère, sous-tendu par une volonté politique réelle est à prendre, toujours. Depuis 1986 nous le demandons, en vain. Toutes les guerres, même les plus féroces, finissent, généralement, sur la table de négociation…
« C’est toute la pyramide de l’administration qui s’est écroulée avec l’avènement des militaires…. »
kassataya : que vous inspire la tolérance zéro édictée par Ould Ghazouani pour les manquements du gouvernement aux programmes prioritaires ?
Samba THIAM : c’est juste un slogan, rien de plus, parce qu’il n’en a pas les moyens, à moins de relever tous les agents de l’Etat. Il ne comprend pas que c’est toute la pyramide de l’administration qui s’est écroulée avec l’avènement des militaires. Abdallah Sidya Ebnou l’a bien expliqué dans ses mémoires. C’est le désordre partout ; chacun fait comme bon lui semble, embauche rien que sa parentèle et sert sa tribu. Relevé aujourd’hui pour être nommé le lendemain, avec de surcroît, une promotion ! Il n’y a ni suivi, ni contrôle, ni sanctions, d’où l’anarchie générale qui règne. Cette administration, pour se redresser, aurait besoin d’une tutelle de longue durée d’anciens commis de l’Etat modèles.
Notre Raïs n’a pas les moyens de sa politique pour manquer de vision, de connaissance des hommes, de perception claire sur les véritables maux du pays et l’ordre de priorité des choses. D’où l’instabilité du gouvernement constatée au vu des changements multiples à la tête de certains départements, par trois à quatre fois, en l’espace de quelques mois ! Enfin ce Président n’échappe pas, comme beaucoup parmi nous, à l’emprise de son milieu ; comme pour la plupart, il demeure produit et prisonnier de son environnement, prototype de ‘’ l’homo-mauritanicus’’. Le désert façonne à sa façon, tout comme la savane …Pour se distancier de cette entrave, Souleymane B Diagne -philosophe- rapporte deux idées importantes qui y participent : ‘’savoir penser contre soi’’ ; ‘’se déprendre des significations immédiates dans lesquelles nous retiennent la culture et les religions’’.
kassataya : Pour revenir aux élections de 2023. Quelles leçons tirez-vous de l’échec aux législatives ?
Samba THIAM : C’était un test, sans grande attente en réalité, mais qu’il fallait passer. Je ne le perçois pas comme un échec comme vous semblez le poser. Quelle leçon ? Si ‘l’on devait comparer les pays africains dans leur résistance à enclencher la démocratie , au regard de l’opacité des élections , des pesanteur et des insuffisances notoires à ce sujet, la Mauritanie serait classée dernière …Ici on assiste, comme nulle part ailleurs, à l’achat massif des consciences, ouvertement encouragé par l’Etat et le parti au pouvoir, aux ’intimidations et menaces , à la chape tribale ,au carcan ethnique, au contrôle exclusif du ministère de l’intérieur en amont et en aval du processus électoral qui s’arroge le droit et la force de priver les opposants jusqu’aux PV des dépouillements du vote ! On ne peut pas parler d’élection mais de mascarade en Mauritanie ; un opposant ne peut pas gagner avec ce type d’élections à moins de faire allégeance au Système.
Quand les véritables conditions pour un jeu démocratique transparent seront un jour instaurées, alors nous gagnerons…S’y ajoute que le parti FPC reste particulièrement ciblé ; la peste en un mot ,au vu de ses déboires : un récépissé de reconnaissance arbitrairement refusé ,un contentieux juridique bloqué voilà 9 ans, six candidatures aux municipales et législatives dont certaines étaient nettement favorites ,toutes recalées , un chef de parti ,enfin ,ancien fonctionnaire de l’Etat, privé jusqu’à ses droits naturels à pension ; le seul des anciens détenus politiques de Walata à voir sa situation administrative irrésolue .Et dire que ce Président avait promis de solder les injustices … Pas même les plus flagrantes ! Reconnaissez-nous donc cet environnement particulièrement hostile.
« J’ai toujours dit que j’étais un homme politique et non un politicien »…
kassataya : des compatriotes vous reprochent votre stratégie de consentement aux différentes coalitions auxquelles les FPC ont consenti pour aller vers des élections. Quelle analyse faites –vous de ces critiques ?
Samba THIAM : pour ma part, je me suis toujours engagé dans des alliances sans calcul personnel mesquin, sans agenda caché, mu essentiellement par la grande cause, l’intérêt général … Et comme je reste fidèle à cette posture ou manière d’être, on peut craindre que les désillusions ne soient pas près de s’arrêter pour nous. J’ai toujours dit que j’étais un homme politique et non un politicien…
kassataya : que vous inspire la situation au Niger ?
Samba THIAM : elle me préoccupe au plus haut point comme tout progressiste et bon panafricaniste . Pour l’instant elle est dans l’impasse. Laisser passer ce coup d’Etat, c’est encourager d’autres coups d’Etat qui consacrent un recul démocratique en Afrique de l’Ouest, voire dans tout le continent. Ne pas intervenir, pour la CEDEAO, c’est perdre la face ; intervenir comme elle le voudrait c’est faire courir à la sous-région entière un risque élevé de déstabilisation. Je pense, par ailleurs, qu’il faut distinguer les coups d’Etat ; il y en qui sont légitimes comme celui du Gabon intervenu récemment, celui de Guinée où hélas, le putschiste commence à suivre les pas de Condé…Rien ne justifie à mon avis celui du Niger qui tombe comme un tonnerre sous un ciel serein.
Des chefs d’Etat qui oppriment leurs peuples, mettent à mal l’unité nationale, ne veulent pas de l’alternance au sommet de l’Etat doivent partir… Ma petite idée est qu’on devrait tenter, pour sortir de la crise au Niger, ce schéma : Libérer le Président Bazoum, procéder dans un délai de 3mois au retour de l’ordre constitutionnel, par l’organisation d’une compétition électorale supervisée par un gouvernement d’union nationale civil et un CENI consensuel, ; une compétition électorale ouverte à tous les partis et acteurs politiques, y compris le général putschiste, devant démissionner de l’armée.
En tout état de cause, quelle que soit l’issue de ce scrutin, le retrait de la France, à défaut d’une remise en cause rapide et profonde de ses relations avec l’Afrique noire, sera inévitable, au regard de la pression populaire que personne ne pourra plus esquiver. Je n’ai pas de problème avec ces généraux dans leur posture vis-à-vis de la France, mais ce que je stigmatise c’est leur politique d’épuration ethnique, ouverte et manifeste, les violations massives des droits humains, le musellement de toute voix discordante. Enfin il ne faudra pas que nous chassions un maître pour un autre maître …qui ne dit pas son nom… Ce que les peuples demandent aux généraux c’est de remettre les choses à l’endroit et de s’en aller, exactement à la belle manière de Rawlings, et non pas s’incruster.
Propos recueillis par Chérif Kane, journaliste à Rouen (France)
M. Samba Thiam président des FPC et candidat à la députation de la coalition CVE-CVE/VR à Nouakchott ouest: ‘’Que peut-on espérer d’une opposition incapable de s’entendre sur le principe élémentaire d’une CENI indépendante ?’’

Le Calame : Commençons si vous le voulez bien par cette question d’actualité tragique : –Apres avoir été arrêté et conduit au commissariat de Sebkha Oumar H Diop y décède, dans la nuit du 29 mai, suite semble-t-il à des tortures. Ce meurtre intervient quatre mois après celui de SOUVI Cheibany .. Que vous inspirent ces meurtres ?
M. Samba Thiam: Je suis tout simplement sidéré. Comme si nous voulions copier la police des USA ! Deux meurtres déjà sous le Président Ghazouani, en quelques mois ! Quelle différence entre ce que nous vivons et ce qu’Israël fait subir aux Palestiniens ? Politique d’occupation, exécutions régulières, limitation dans les déplacements en zones Sud, exclusion …Et Lorsqu’on parle d’Apartheid, certains hommes politiques hypocrites s’offusquent ! Le développement séparé –sens de l’Apartheid -est encore mieux pour nous aujourd’hui , car lui au moins a l’avantage d’être institué ou déclaré ! Mais le plus écœurant
dans tout ça c’est l’indignité d’une partie de notre peuple. On tue vos enfants et vous votez INSAF …en majorité ! Un fils de M’bagne tombe mais M’bagne, vote quand même pour Insaf,.. Comme avec Abass !
Je termine en exprimant ma profonde compassion à la famille éplorée souhaite que la mort de jeune ne soit pas vaine. Il est mort, mais le combat continue.
-Les partis de l’opposition démocratique ont dénoncé, à travers un grand meeting, les résultats du 1er tour des élections locales du 13 mai dernier. Dans la foulée, ils réclament la reprise des élections. Pensez-vous que ce meeting a été un succès ?
–Je n’ai pas été à ce meeting pour n’y avoir pas été invité. Je ne puis donc en juger, pour vous dire s’il a été un succès ou un échec dans son organisation ou dans ses objectifs ; j’ai oui dire qu’une rencontre se tenait à la CENI de laquelle rien n’est encore sorti que je sache, du moins pour l’instant …Visiblement la CENI semble continuer son chemin … Quant au contenu des dénonciations rapportées du meeting, j’y souscris entièrement ; même si je remarque, curieusement, que cette Opposition passe sous silence, et toujours, le caractère mono-ethnique, frappant, de l’encadrement des bureaux de vote à Nouakchott, et peut-être ailleurs. Ce manquement est aussi grave, sinon plus grave que tous les autres manquements pour faire fi de notre diversité. Ould Maouloud souligne quantité d’insuffisances et de manquements liés à ces élections sauf celui-là ; et il n’est pas le seul ! Comme pour valider, implicitement, un ordre ou cette politique funeste de discrimination ethnique, disons de négation des uns, du président Ghazouani. Ces meetings et conférences de presse, tenus récemment, qui ne s’adressaient qu’aux hassanophones, au mépris de notre diversité culturelle et linguistique, ne font pas mieux…
–Face à ce que l’opposition considère comme le début d’une crise électorale, laquelle pourrait générer une crise politique, une rencontre a réuni les partis de l’opposition, la CENI et le ministère de l’intérieur. L’objectif est de trouver un compromis autour du différend électoral. Y croyez-vous ? La coalition CVE-CVE/VR dont vous êtes membre pense-t-elle que le pouvoir et la CENI accepteraient l’annulation des résultats, ne serait-ce qu’à Nouakchott et à Boutilimit, comme réclamé par l’opposition ? En cas de refus, que doit-elle faire ?
– Si je crois que cette rencontre aboutira à un compromis, me demandez –vous ? j’ose l’espérer sans trop y croire toutefois, au vu d’un constat amer qui est celui-là : le président Ghazouani, depuis son installation, comme par magie, tient doucement par la main un pan entier de l’opposition. Groupe qui se sent, semble- t-il, un peu trahi dans son allégeance, tacite, avec ces élections. Si ce groupe se reprenait et que l’opposition se ressaisisse et décide, résolument, de jouer pleinement son rôle, alors on pourrait y croire. Mais une Opposition qui n’a pas été capable de s’entendre sur le principe élémentaire d’une CENI indépendante, que peut-on en espérer ? Restons malgré tout optimiste et ne remuons pas trop le couteau dans la plaie. Si donc cette opposition revenait à la raison et faisait bloc tout devient possible. La difficulté de la chose – et cela le Pouvoir ne le comprend que très bien- réside, hélas, dans cette confiance, érodée, sans compter des intérêts qui divergent. Comment, sous la pression du temps et des humeurs, colmater tout ça en perspective de la présidentielle toute proche ? C’est toute la question !
-Quelques 48 heures avant la tenue du meeting de l’opposition, le député Biram Dah Abeid a été arrêté par la police puis libéré, le lendemain. On l’accuse d’avoir incité à la violence, au cours d’une conférence de presse. Qu’avez-vous pensé de cette arrestation ?
–Biram est un opposant politique que je respecte et pour lequel j’ai beaucoup de considération .Et il le sait. C’est une lapalissade que de dire que nous appartenons, tous deux, au camp des opprimés …Je ne puis donc, ne serait-ce qu’à ce titre, ne pas m’ériger contre son arrestation ; même si la forme du propos prêtait à réserve. La colère, disait un psychologue, est un moment de folie. En effet, on sentait sourdre dans sa sortie beaucoup de colère, légitime disons-le, de la révolte, engendrée, je crois, par des attentes déçues, de la frustration, signant la fin d’un amour de circonstance fabriqué et savamment calculé. Par ailleurs, vous le savez, je suis opposé à tout arbitraire, d’où qu’il vienne ; or cette arrestation relève de l’arbitraire. Tout comme celle de Mohamed Delhahi qui, pour l’heure, est injustement soumis au contrôle judiciaire.
-Vous n’avez donc pas été élu député, comme vous et vos soutiens espériez. Dans l’un des audios que vous avez fait circuler au lendemain du scrutin, vous avez déclaré que vous ne vous faisiez pas d’illusions. Pouvez-vous nous dire pourquoi ?
Je dois d’abord vous faire remarquer que je n’ai pu, à la fois, espérer et être sans illusions, comme vous semblez le poser .. Soit j’espérais être élu , soit je ne me faisais pas d’illusions. La vérité, comme je l’ai exprimé dans l’audio en question, est que je ne me faisais, effectivement, pas d’illusions sur l’issue du scrutin ; pour différentes raisons. Mais avant d’entrer dans leur énumération, j’aimerais redire que j’ai été candidat par la force des choses ; ça dit ce que ça dit ,décodez …
l’Ajd, que je remercie au passage, nous a donné l’opportunité de participer à ces élections. Il allait se saisir de cette opportunité, malgré toutes ses limites.
Le choix de la voie politique, à la différence de l’autre voie, implique, pour un parti politique, d’aller aux élections, de compétir pour la conquête du pouvoir ou d’une parcelle de pouvoir. Même si les conditions optimales ne sont pas réunies. Et elles le sont rarement en Afrique. Approche discutable, dira-t-on ; je le reconnais. Boycott ou participation, ce sont là des options sujettes à controverse, avec chacune des partisans, avec chacune sa vérité, insaisissable, à l’image des kérygmes.
Maintenant pour revenir aux raisons que je ramasserai, je nommerai en premier l’hostilité marquée du pouvoir à l’endroit des FPC et de leur Président, que traduit une peur bleue à nous offrir cette reconnaissance légale qui nous permettrait d’approcher librement des populations, intoxiquées par des années de campagne de diabolisation qui ne nous lâche pas. Le contentieux qui oppose les FPC au gouvernement, oublié par la cour Suprême voilà huit longues années, puis mon dossier administratif personnel, le seul à rester pendant pour les anciens prisonniers politiques de Walata -, sont là pour le prouver. S’y ajoute l’espace réduit de Nouakchott-Ouest, doublé d’un électorat ayant subi des ponctions pour les besoins de soutien à nos candidats de l’intérieur. Je crois, sans trop ‘’surfer’’ sur l’égo, que je pèse quand même un peu plus que le poids des chiffres que l’on m’octroie. Sans fausse modestie. Vous allez sûrement objecter que cette contrainte ou ces conditions frappaient aussi les autres candidats pour Nouakchott – Ouest ! J’en conviens. Autre raison – pour vous aider – qui s’imposa à tous, l’Administration qui mobilisa ses ressources humaines, matérielles et financières au profit du parti au pouvoir. Je n’ai pas cité les intimidations, le trafic d’influence, l’achat des consciences maintenant banalisé et le bourrage des urnes, bien entendu !
Enfin, – et c’est le plus important- ne perdez surtout pas de vue que la CENI – prolongement du ministère de l’intérieur – ayant emporté les procès verbaux refusés aux représentants des partis comme le prévoit la loi, avait procédé, toute seule, au dépouillement, comme bon lui semblait …L’on devine alors aisément sur qui se porterait son choix dans le lot des candidats en lice. Qui parmi nous à Nouakchott -Ouest, pensez-vous, constitue pour ces gens-là le mouton noir du groupe ? Il n’est pas besoin d’être devin pour le savoir. C’est donc tout cela qui m’amena à dire que je ne me faisais pas d’illusions. Mais demain il fera jour, inexorablement.
-Quels enseignements vous tirez de ces élections locales ? Partagez-vous le sentiment de ceux qui disent que les élections ne règlent pas les problèmes pour lesquels vous vous battez ?
–Ces élections enseignent que nous sommes toujours dans une république bananière. Aujourd’hui plus qu’avant. Que ces régimes militaires, masqués, ne nous feront jamais entrer dans l’ère démocratique, sans résistance, âpre, de notre part. Oui, je partage ce point de vue ; tant que ce sont des militaires, déguisés, qui sont au pouvoir le changement n’est pas pour demain. Telle est ma conviction intime. Dire donc, comme le prétendent certains, que des élections sous des régimes militaires n’apporteront pas le changement escompté n’est pas faux…
Au titre d’une évaluation globale, je puis dire, sans exagération aucune, que les candidats de l’opposition en général et des FPC en particulier n’ont pas démérité…Malgré la force d’une machine de guerre rôdée à la fraude, massive, qui nous était opposée. Nous avons tenu bon, à l’intérieur comme à l’extérieur, en dépit d’un rapport de force inégal. Nous avons été, ici ou là, toujours face au parti au pouvoir ou à son autre versant … Experts en duperie, les tenants du Système tentent, à nouveau, de mystifier, l’opinion nationale et internationale par l’organisation d’un second tour avec un semblant de transparence … De qui se moque-t-on ?
-Lors d’un point de presse que vous avez tenu au lendemain du scrutin du 13 mai, on a noté la présence du président de IRA, M. BiramDahAbeid. Comment avez-vous accueilli cette présence ? Les victimes du «système » pourraient-elles se retrouver sous peu ?
Mais toujours avec plaisir, naturellement. Il dit venir nous témoigner sa solidarité et sa compassion ; ça ne se refuse pas. Nous ne pouvions que nous en réjouir…Que les victimes du Système se retrouvent, dites-vous, c’est souhaitable et même urgent et vital pour ces victimes-là. Mais cette alliance, si elle devait renaître, devra éviter les embûches du passé, se bâtir sur la franchise, la confiance sincère entre partenaires, la constance dans la résistance aux chants des sirènes et aux appâts de toutes sortes. Elle devra, enfin, reposer sur une plateforme minimale, requise. Pour ma part, j’ai toujours milité et souscris à ce que disait cet homme politique : ‘’ la lutte en ordre dispersé n’a pas d’autre effet que la défaite pour tous ’’.
– Quelles sont les perspectives d’avenir de la coalition CVE-CVE/VR ? Pourrait-elle s’allier avec le reste de l’opposition démocratique pour une candidature unique à la prochaine présidentielle ?
– Il faut espérer que cette Coalition se poursuive, pour la raison (citation) que j’évoquais plus haut. Raison de bon sens. Concernant la question de candidature unique de l’opposition, elle n’a pas été encore discutée en notre sein …Mais, personnellement, je pense que les enjeux du moment le demandent, même si…
Je ne sais si, à travers vos colonnes, je puis exprimer toute ma reconnaissance à tous ceux-là qui se sont investis, à leur manière, dans cette campagne, en notre faveur .. A mes amis et parentèle, à tous ces sympathisants du parti, j’exprime toute ma gratitude. Aux militants des FPC, enfin, que je félicite vivement, je dis merci, au nom de tous nos candidats du parti qui n’ont pas démérité.
Demain il fera jour. Il faut y croire.
Propos recueillis par Dalay Lam