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Le porte-parole des FLAM, invité de radio renndo.com
A l´occasion de la journée nationale de deuil le camarade Kaaw Touré Secrétaire national à la communication et porte-parole des Forces de liberation africaines de Mauritanie sera l´invité de Cherif Mamadou Dia de radio renndo.com ce lundi 28 novembre 2011 à partir de 23h, heure de Paris, 22h, heure de Nouakchott et 17h,heure de New York. Le camarade reviendra sur notre campagne internationale contre l´impunité et la commémoration de la journée par la communauté négro-mauritanienne de la diaspora et de l´intérieur.
Une émission à ne pas rater. La lutte continue!
Le Pèlerinage d´Inal: Birame interpellé par le Groupement de la sécurité routière et Cheikh Oumar Ba des FLAM interdit du voyage
La caravane d’Inal s’est ébranlée ce matin aux environs de six heures. Un convoi de trente voitures transportant plusieurs centaines de personnes dont certaines venues de la disaspora pour faire ce que L’organisation de l’IRA, initiatrice du programme appelle le pèlerinage d’Inal pour la commémoration du vingt nième anniversaire de l’assassinat de 28 soldats négro africains tués dans la nuit du 27 au 28 novembre 1990 dans la petite localité d’Inal aux environs de Nouadhibou. Mais à quelques vingt kilomètres de Nouakchott, au premier poste de gendarmerie, les tracasseries commencent. Le poste de contrôle fait descendre tout le monde et tous les bagages pour dit il procéder à un contrôle de routine. Plusieurs heures, car la fouille d’après le correspondant du Calame qui est du voyage a été minutieuse. Ensuite, plus d’une douzaine de personne ne disposant pas de pièces d’identité devront faire le chemin à l’envers pour retourner à Nouakchott. Visiblement, les consignes données aux autorités de la route sont claires pour rendre le voyage de Birame et ses amis le moins paisible qu’il soit.
Après le poste de gendarmerie qui a retenu très longtemps les caravaniers d’Inal pour prétexte de vérification d’état civil notamment de l’dentité des voyageurs, à peine à dix kilomètres plus loin, un poste du groupement de la sécurité routière s’interpose à la caravane et interpelle Birame Ould Dah Ould Abeid, organisateur du voyage et président de l’Initiative de résurgence abolitionniste ( IRA ). Parmi les personnes retournées à Nouakchott pour non présentation de pièce d’identité nationale figure l’un des quatre émissaires des FLAM, Bâ Cheikh Oumar. L’organisation de la libération des Africains de Mauritanie est l’un des principaux donateurs ayant contribué à l’organisation financière et logistique de ce voyage de recueillement d’Inal.
LE CALAME
Le Dialogue a accouché « d’un rat! » selon les Flam
L’accord du dialogue national récemment signé continue de faire l’objet de moult interprétations de la part des acteurs politiques. Après la satisfaction de l’Upr et de l’Ajd, c’est aujourd’hui, le mouvement interdit en exil les Flam qui livre son verdict, précisant qu’il « n’aura pas accouché d’une souris mais d’un rat! ». Le mouvement fait savoir que s’il faut saluer les vertus du dialogue et de la concertation, les dernières assises de la concertation paraissent à ses yeux « anachroniques au regard du contexte spécial, particulier » dans lequel elles se sont tenues. Un contexte marqué et par la répression de manifestations pacifiques, ayant conduit à la mort tragique du jeune martyr Lamine Mangane et t par la fissure sociale doublée d’une crise de confiance des populations négro-mauritanienne vis-à-vis de l’Etat et du pouvoir qui l’incarne souligne les Flam. Le mouvement parle d’avancées timides quand il aborde les résolutions des conciliabules du dialogue citant la création d’une Ceni, les nouvelles modalités de désignation des membres du Conseil constitutionnel, le choix des maires, l’interdiction du vagabondage politique, la lutte contre cette flopée de partis cartables, tous points qui œuvrent à l’instauration de la démocratie. Toutefois, il indique que « si ces points, mineurs, ont été abordés, l’on ne peut ne pas regretter, une fois de plus, que l’on soit passé à côté de l’essentiel; l’on a éludé les questions centrales! », précisant que la Mauritanie n´est pas comme les autres, que ce pays spécifique de par son caractère multiethnique et bi-racial, ne saurait emprunter les voies classiques, sans crever l´abcès. Allant dans sa démonstration de l’échec du dialogue, les Flam estiment que si le processus d’apaisement était sincère, il aurait associer à ce dialogue et la société civile et toute l´opposition interne et externe, qui sont parties prenantes pour toutes les questions d’intérêt national, concluant enfin qu’il aurait au contraire fallu, « face à un chef d’Etat qui s’est rendu expert dans l’art de manœuvrer ses partenaires politiques, nécessairement rassurer sur les garanties de respect et de l‘applicabilité des décisions qui sortiraient du dialogue ».
LE RÉNOVATEUR QUOTIDIEN
Interview du président des FLAM Samba Thiam au magazine panafricain Intégration
Intégration: Votre Organisation, les FLAM ont tenu au cours du mois de mai dernier un congrès à Paris. Dites-nous monsieur Samba Thiam pourquoi le sol français au lieu de la Mauritanie d’où vous êtes originaire?
Samba Thiam: Essentiellement à cause de notre statut particulier d’exilés politiques, combiné aux conditions internes de la Mauritanie impropres à la tenue d’une telle rencontre. Par la force des choses, l’extérieur s’offrait donc comme seule alternative; et notre Section de France s’étant portée volontaire pour abriter nos assises, ce privilège lui fut donc accordé, qu’elle honora, du reste, de belle manière !
Intégration: Organiser un tel évènement regroupant des immigrés mauritaniens noirs arrivés aux quatre coins du monde n’a certainement pas été aisé. Peut-on savoir comment vous vous êtes organisés et combien de temps cela vous a t-il pris de vous préparer?
Samba Thiam: Je précise qu’il ne s’agit pas d’immigrés, mais de militants politiques qui furent contraints à l’exil par un régime arabo-berbère despotique, voilà 25 ans. Cela dit, préparer un congrès n’est pas une chose compliquée, lorsqu’on a acquis une certaine expérience comme dans notre cas. Paris fut donc choisi, où les délégués de Sections convergèrent. Concernant notre distribution géographique, je dirai que nous sommes représentés en Amérique du nord ( USA, Canada ), en Europe de l’ouest et du Nord, en Afrique .
Intégration: Comment était l’ambiance au cours des travaux de ce congrès entre des gens qui, pour la plupart, ne se connaissaient pas ou s’étaient perdu de vu dépuis de très longues années?
Samba Thiam: Ambiance amicale, chaleureuse de retrouvailles tant souhaitées, naturellement, par des camarades qui s’étaient perdu de vue depuis l’exode. La présence des ces nombreux camarades avait quelque chose d’apaisant et de vivifiant, qui rappelait à chacun qu’il n’était pas seul, en première ligne, dans ce noble combat, et qu’il pouvait compter sur des alliés sûrs! Bref chacun se sentait regonflé à bloc !
Intégration: Des hommes politiques français sont-ils venus assister à votre congrès? Et c’est aussi l’occasion de vous demander les rapports de votre Organisation avec le gouvernement français actuel.
Samba Thiam: Non , personne n’avait été invité, bien que nous comptons de grands amis parmi les partis politiques français; mais là, nous avions souhaité rester entre nous pendant ce congrès qui devrait traiter de questions sensibles et décisives. Nous n’avons pas de rapport particulier avec le Gouvernement Français; ni avec celui-là, ni avec les précédents.
Il faut signaler quand même, pour leur rendre un hommage mérité, que des amis, des sympathisants et des partenaires politiques mauritaniens, africains et français ont eu l’élégance de nous honorer de leur solidarité par leur présence effective à la cérémonie d’ouverture de nos assises.
Intégration: De nombreux négro-mauritaniens accusent depuis toujours les différents gouvernements français de défendre exclusivement les intérêts des arabo-berbères mauritaniens. Croyez-vous qu’ils ont raison?
Samba Thiam: Je ne dirai pas que ces gens ont tort sur toute la ligne dans leurs griefs à l’endroit des gouvernements français respectifs. Mais je ne puis, non plus, apprécier la position des gouvernement Français en terme de « défendre les intérêts des Arabo-berbères ». Je note toutefois cette politique de deux poids et deux mesures de la France, initiée et appliquée depuis la colonisation du territoire à travers des Administrateurs coloniaux, comme Coppolani, Mesmer, Faidherbe, dans leur pratique et leur positionnement. Cette espèce de parti pris, manifeste, ou de « faiblesse sentimentale » des représentants de la France coloniale pour la Mauritanie blanche ou Bidhaan était à mettre, je crois, sur le compte d’une sorte de « mythe du désert », par association d’idées ; mythe de « l’homme-bleu », profondément imprimé dans l’inconscient collectif de bien des Européens, colporté et enjolivé par les explorateurs et voyageurs du continent. Mais il n’y avait pas que du « romantisme », car des preuves existent – archives coloniales – qui attestent que la France, avant de se retirer, avait fermement décidé que la Mauritanie devait être contrôlée et dirigée par la communauté arabo-Berbère. Depuis, rien ne semble avoir varié, dans le fond .
Intégration: Au fait SambaThiam, que se passe t-il en Mauritanie entre les populations noires et les populations arabo-berbères?
Samba Thiam: Entre les populations arabo-berbères et négro africaines elles –mêmes, il ne se passe vraiment rien de particulier; il n’y a pas plus de problèmes entre ces populations qu’entre Sonraïs et Touaregs au Mali, qu’entre Joolas et Wolofs au Sénégal, qu’entre Malinkés et Peulhs en Guinée Conakry. Les contradictions qui existent résultent des effets, naturels, de la « loi de proximité » entre groupes humains aux habitudes mentales et culturelles différentes, vivant côte à côte.
On ne peut nier, cependant, l’existence d’un problème de cohabitation; problème qui se traduit par une discrimination raciale, un racisme d’Etat que vit la composante négro-africaine du pays .
Ce problème résulte non pas d’un antagonisme entre ces populations, mais plutôt des politiques discriminatoires préconçues, mises en œuvre par les gouvernements arabo-berbères, qui veulent faire de la Mauritanie un pays exclusivement arabe, dans la négation totale de l’identité de la composante négro-africaine du pays. L’administration, la justice, l’armée, les forces de police, tout est contrôlé par les Arabo-berbères! L’école, la diplomatie, les médias, sont mis au service de la construction d’une Mauritanie exclusivement arabe !
Bien évidemment, consciemment ou inconciemment, ces populations arabo –berbères en général, la classe politique et intellectuelle arabo-berbère en particulier, bénéficient des retombées de ces politiques discriminatoires à caractère raciste !
L’esclavage, profondément enraciné dans certaines mœurs sociales du pays, continue de frapper une autre frange importante de la population noire du pays ( les Haratines ). Et lorsque des groupes anti-esclavagistes s’élèvaient contre cette tare inhumaine, ils étaient arrêtés, torturés et jetés en prison !
Intégration: Certaines sources indiquent que, tandis que les autorités de Nouakchott exproprient des citoyens mauritaniens noirs, elles accueillent une masse de populations arabes venues des pays asiatiques. Vous pouvez le confirmer? Et si oui, quel est votre sentiment?
Samba Thiam: Accueillir en masse, je ne sais, mais ce que je sais c’est que l’immigration en provenance du Maghreb arabe jouit de beaucoup plus de sympathie que celle issue des pays du Sud. On ne choisit pas ses voisins, disait quelqu’un ! Nos gouvernants et une bonne partie de la classe politique et intellectuelle arabo-berbère donnent l’impression d’étouffer de voir la Mauritanie coincée entre le Mali et le Sénégal !
Intégration: L’on a aussi souvent entendu des personnalités du gouvernement prévenir de la “soudanisation” de la Mauritanie. A votre avis cela est-il nécessaire et possible?
Samba Thiam: Le mot est lâché !
D’abord, il me semble peu probable que ce terme soit sorti de la bouche d’un Ministre du Gouvernement! Mais, si c’était le cas, ce serait heureux car cela traduirait un début de prise de conscience, de la part de ceux qui nous gouvernent, du danger qui nous guette : la soudanisation !
Intégration : Que recouvre ce terme ?
L’intolérance, rien que l’intolérance poussée! Le régime du Général Al Bashir, soutenu par le parti islamique de Sadek El Mahdi, tenta de convertir à l’Islam, de force, les Sud-soudanais Noirs et leur imposer, de surcroît, la charia islamique, au mépris de leur culture. Cette intolérance a conduit, hélas, à la partition du Soudan,
Intolérance également en Mauritanie où l’on cherche, obstinément, à assimiler les Négro-africains, à en faire des Arabes, de force ! Et là encore, au mépris de leur identité ! Ici et là donc, on a voulu niveler, unifier et non pas unir, en rejetant la diversité culturelle. Ici et là, un fort préjugé reposant sur une prétendue inégalité des races, leur hiérarchisation.
Intégration : Soudanisation de la Mauritanie ?
Oui, le risque existe bel et bien; si l’oppression et l’humiliation, au quotidien, se poursuivent, la Mauritanie risque de connaître le même sort que le Soudan. Lorsque des jeunes, sans peur, forgés dans l’acier, surgiront et se redresseront pour reconquérir leur dignité et changer l’ordre inique actuel des choses!
Intégration: Qui était Tène Youssouf Guèye?
Samba Thiam: Un diplomate et un homme de culture, fin connaisseur des hommes et des choses; un homme qui a servi honnêtement et loyalement son pays et que l’on a laissé mourir en détention comme un chien, et qui fut enterré à la sauvette dans les faubourgs de Néma ! Triste fin que celle de Tène qui avait été, simplement , soupçonné d’avoir participé à la rédaction d’un document qui dénonçait le racisme d’Etat en Mauritanie !
Intégration: Le drame des Noirs de Mauritanie ne bénéficie pas de l’attention et de la médiatisation qui sont accordés au Sud-Soudan et au Darfour qui sont pourtant des crises similaires et émergent bien après celui de Mauritanie. Frustrant?
Samba Thiam: Hélas oui ! Assez frustrant, c’est vrai, mais explicable !Cela tient, à mon avis, à trois raisons.
Au cours de mes pérégrinations diplomatiques, quand, pour expliquer les évènements internes, survenus entre 1986 et 1990, dans leurs excès, j’approchais certaines chancelleries africaines ou d’ailleurs, je m’entendais, invariablement, répondre ceci : « Si ce que vous dites là était vrai, le Sénégal et le Mali ne sauraient rester silencieux et inactifs devant la gravité de ces évènements que vous décrivez! »
Mes interlocuteurs ne comprenaient pas ou ne voulaient pas comprendre que ces deux pays avaient, eux aussi, chacun, un « linge sale » à laver. Le Gouvernement du Colonel Ould Taya les tenait en laisse par cela même !
La force du lobbying des Gouvernements mauritaniens, qui ne lésinent pas sur les moyens, matériels et humains, pour masquer ces problèmes, participe également de ce manque d’attention sur notre drame.
le Régime du Colonel Ould Taya, en plus d’investir massivement de l’argent pour étouffer notre voix, envoyait, systématiquement, dans les fora étrangers où nous tentions de plaider notre cause, des Noirs mauritaniens qui avaient pour mission de discréditer notre version des choses, de susciter doute et confusion dans l’esprit des participants, mal informés de notre situation interne !
Le régime du Président Abdoul Aziz est entrain de reconduire la même tactique, en s’appuyant, lui aussi, sur les mêmes personnes !
Je ne saurai bien sûr – troisième niveau d’explication – passer sous silence notre rôle, ou notre faiblesse, d’avoir manqué de nous hausser à la dimension des Sud Soudanais, même si les contextes et les conditions étaient sans commune mesure !
Intégration: Avez-vous jamais fait des démarches auprès des chefs d’Etat de l’Union Africaine pour plaider votre cause?
Samba Thiam: Je crois avoir déjà, incidemment, répondu, à cette question.
Intégration: Les FLAM n’est certainement pas le seul parti d’opposition formé par des négro- mauritaniens. Et à côté l’on note un foisonnement d’organismes humanitaires s’activant sur le terrain. Croyez-vous qu’il règne une harmonie entre toutes ces forces politiques et d’organismes non gouvernementaux?
Samba Thiam: Je dois, hélas, avouer que ça n’est pas la grande harmonie !
Lorsque chacun veut jouer au leader, forcément, il y a cacophonie !
Mais nous ne désespérons pas. Nous continuons de travailler, inlassablement, au rassemblement des forces démocratiques et progressistes.
Intégration: Et peut-on aussi craindre les méfaits du tribalisme, lorsque l’on tient en compte que parmi les Noirs de Mauritanie il y a des Bambara, des Soninké, des Peuls, des Haratines ? …
Samba Thiam : C’est vrai que, quelque part, ce sont là des facteurs qui pourraient s’avérer bloquant pour la lutte … Il est encourageant de constater cependant que la conscience de notre commune condition d’opprimés est en train de prévaloir!
Intégration: Croyez-vous que les Résolutions que vous avez arrêtées au dernier congrès de Paris sont dans l’intérêt de tout le peuple mauritanien? Pouvez-vous d’ailleurs nous présenter les plus importantes de ces résolutions?
Samba Thiam: Bien entendu! si nos résolutions n’allaient pas dans le sens de l’intérêt du peuple, nous n’en produirions pas !
Je vous en citerai certaines, qui sont de sérieuses contributions à la résolution des problèmes qui minent notre unité nationale, comme la Charte des Flam, publiée récemment, ou le projet d’Autonomie, comme moyen de gestion des spécificités ethniques et tribales dans un cadre unitaire ( pour justement prévenir le scénario soudanais ) ; ou encore notre décision de rentrer en Mauritanie, pour appuyer et encadrer notre peuple dans sa lutte pour la reconnaissance de sa citoyenneté pleine et entière .
Intégration: Sérieusement pouvez-vous mettre en marche ces résolutions alors que vous vivez hors des frontières de la Mauritanie?
Samba Thiam: Pourquo pas ? J’ai dejà dit que nous comptons mettre fin à un exil que nous n’avons pas choisi. Concernant maintenant la Charte, elle concentre de grands principes qui pourraient bien servir de guide à la résolution de nos problèmes internes , en particulier celui de la cohabitation de nos communatés nationales, si la raison prévalait un jour , bien entendu ! Ce qui n’a rien à voir avec « être à l’intérieur ou à l’extérieur du pays » !
Intégration: Croyez-vous que c’est pour faire de la réplique à vos résolutions que le gouvernement de Noukchott vient de lancer cette opération de recensement des populations qui a poussé dans la rue des Mauritaniens noirs pour dénoncer racisme, exclusion etc?
Samba Thiam: Non ! honnêtement je ne le crois pas, pour la bonne et simple raison que cette opération d’enrôlement des populations a été conçue bien avant la tenue de notre Congrès.
Comme je l’ai dit dans une autre interview, le poids démographique ( croissant ) des Négro-mauritaniens, a toujours constitué une obsession pour les régimes arabo-berbères : comment agir dessus, comment réduire ou contenir le nombre a toujours été une préoccupation centrale, permanente, de ces régimes. Le recensement actuel est à replacer dans ce contexte, à situer dans le même sillage !,
Moctar ould Daddah- premier président de la Mauritanie-, avait institué, arbitrairement, la régle du quart pour le contenir; Ould Taya lui emboitera le pas, mais en assassinant, et en déportant massivement des populations noires authentiquement mauritaniennes au Sénégal et au Mali..
Avec le régime actuel, l’objectif n’a pas changé, mais la méthode va changer ! il va recourir à une méthode soupoudrée, plus originale, plus sophistiquée, en posant les fondements légaux qui limiterait la citoyenneté des Noirsmauritaniens.
Pour être assuré de ne pas manquer cet objectif, toutes les commissions chargées de l’opération de recensement, à quelque niveau que ça soit, seront mono-colores, constituées à 99% d’Arabo-berbères ( Maures blancs ).
Voilà pourquoi nous disons que cette opération a un soubassement raciste.
Voilà pourquoi nous pensons que ce recensement est dirigé contre les Noirs mauritaniens. S’il se poursuit, des milliers de Mauritaniens noirs se verront, à moyen et long terme, apatrides dans leur propre pays ! Il n’y a plus aucun doute là- dessus !
C’est pourquoi j’appelle la jeunesse du mouvement de protestation interne à continuer de se battre, et j’invite la Diaspora mauritanienne à relayer ce mouvement et à soutenir ces jeunes dans leur lutte légitime.
Septembre 2011
SAMBA THIAM, PRÉSIDENT DES FLAM AUX ETATS UNIS : «Le recensement en Mauritanie pourrait engendrer de graves troubles»
Samba Thiam, un des leaders du Mouvement des Forces de Libération Africaines de la Mauritanie, Flam par acronyme, depuis les Etats Unis, est très inquiet du recensement qui est entrain de s’opérer en Mauritanie et qui met en marge les populations souvent noires, dont les Wolofs, les Peuls, les Soninkés, les Bambaras, les Harratines….au profit des Bhidans ou maures blancs qui constituent à 99% les commissions de contrôles et de recensement. Selon lui, « au regard des événements de 1989 qui avaient fini de semer une véritable psychose chez certaines populations, nées en Mauritanie et ne connaissant que la Mauritanie, et pourtant déportées, les risques sont encore là de créer des troubles pouvant secouer même le Sénégal».
LE PAYS – En quoi serait discriminatoire le recensement actuel à l’encontre des Mauritaniens noirs?
Samba Thiam : Il l’est par sa conception et dans son exécution ! Dans tous les pays du monde, ce genre d’operation, aussi importante que l’enrôlement en vue de la refonte d’un’Etat civil, s’accompagne généralement, d’une vaste sensibilisation, d’une large médiatisation en vue d’informer les populations, pour en maximiser, justement, le succès. Ce ne fut pas le cas de ce recensement qui a été concocté dans l‘ombre et l’opacité totale, et se mène presque en sourdine, comme si l’on cherchait à cacher quelque chose. Au ministere de l’interieur , on constitua un comité chargé de la supervision de l’operation, dont le premier responsable recevrait ses consignes non pas du ministre de l’interieur , mais de la Présidence de la République. Qu’est-ce qu’un président de la République vient chercher dans une ‘’ banale ‘’ histoire d’ opération de recensement« ordinaire » de population ? Ensuite , provocation ultime, alors que ce recensement est censé concerner toute la population mauritanienne, dans sa diversité ( Bidhaans , Wolofs , Pulaars, Soninkes , bambaras, Haratines), on crée un comité chargée de la supervision de l’opération, composé à 99% de Bidhaans, ou maures blancs, et des commissions régionales- à son image – toutes mono-ethniques ! Des commissions mono-ethniques chargées de recenser une population pluri-ethnique !
N’y a-t-il pas là quelque chose de suspect, à tout le moins de troublant ?!
Voilà qui explique, en partie , les inquiétudes grandissantes de la population négro-africaine, et cela dès le depart; dans la manière dont ce projet a été conçu; dans son éxecution qui s’accompagne d’humiliation, de provocation ; j’y reviendrai !Inquiétudes légitimes au regard de notre passé récent, marqué par des déportation et des exécutions sommaires; souvenirs douloureux ravivés par les propos d’un Ministre qui parle « d’épurer » le fichier; inquiétudes qui s’expliquent et se justifient par l’environnement d’une idéologie ambiante d’une « Mauritanie arabe » qui distille l’illusion que les Mauritaniens noirs seraient des étrangers venus du Sénégal ! Or l’histoire du peuplement, ici, prouve que les tard-venus dans ce pays ce sont bien les Berbères arrivés au 6e siecle et la fraction arabe – dont celle du président- venue seulement au 16e siecle , qui trouverent sur place les Gangaris et les Tekruurs ! En second lieu , ce recensement est apparu, par la suite, carrément discriminatoire dans son exécution, suscitant une levée de boucliers, un tollé général d’indignation , de la part des populations noires mauritaniennes! D’abord par les pratiques et comportements vexatoires des agents recenseurs qui n’affichent aucun égard pour les personnes âgées, sommées de justifier leur « mauritanité » en présentant les pièces d’état civils de leurs ascendants. Vous avez 45 ans et on vous demande de présenter l’acte de naisance ou de dècès de votre père âgé de 65 ans , dans une Mauritanie « officielle » vieille à peine de 51 ans ! Et ces agents du Gouvernement ne sont pourtant pas sans savoir que dans l ’Afrique, rurale, en général et en Mauritanie, en particulier, le recours aux « pratiques » d’actes d’état civil – déclaration de naissance, de décès – , n’est pas entré dans les mœurs ! Comme pour en rajouter , lorsque vous êtes né au Sénégal ou à l’étranger, vous êtes d’office rejeté, comme si on choisissait son lieu de naissance ! Rejeté aussi lorsque vous portez un nom qui sonne « étranger » , comme Ouedraogo par exemple; Ou encore parce que votre nom a été écorché ou déformé ! quelque fois à dessein, quelque fois involontairement par l’agent recenseur par déformation culturelle . Le paroxysme est atteint enfin, lorsque que le premier ministre des Finances de la Mauritanie indépendante et un des premiers colonels de l’Armée mauritanienne –tous négro-africains –se voient rejetés par ces commissions. Les populations négro-africaines ont de quoi être inquiètes, légitimement. Dernier élément, pour le moins insolite : des commissions de recensement de populations qui s’entourent de policiers et gendarmes, c’est du jamais vu ! qu’est-ce à dire sinon que le Gouvernement cherche à intimider , menacer, voire réprimer ces populations ? Pour rassurer tout le monde , le général , dans une communication récent , répond aux critiques pour dire « que jusqu’ici le plus grand nombre enregistré concerne certaines localités du Sud ! » ; c’est donc la preuve qu’il n’y avait pas de discrimination, laisse –t-il implicitement entendre ! Argument superficiel , et pas du tout convaincant ! Parce que cette assertion ne prouve strictement rien dans son fond , car rien ne dit que le taux des rejets n’est pas proportionnel au nombre d’inscrits ! Si on a inscrit autant , on a aussi peut –être rejeté presque autant , car on assisterait pas à une telle tempête de protestations , à une telle colère montante , partout dans le sud et à Nouakchott, si les rejets avaient été négligeables ou insignifiants ! Sûrement pas ! Des laudateurs , pour soutenir le Général et défendre son projet décrié, s’égosillent à affirmer qu’il n’y aurait rien à craindre ! que cette opération est sans rapport avec la nationalité, et ne saurait donc priver quelqu’un de sa nationalité ! Ces tristes laudateurs , comme toujours, trompent le peuple.
Comment ?
En effet , tout est lié ou relié . Nous sommes face à une chaîne où tous les maillons sont reliés : sans recensement , pas d’état civil , et sans état civil pas de nationalité ! Sans numéro d’enrôlement , pas de carte d’identité , sans identité pas de carte d’électeur et sans carte d’électeur pas de vote ! Il ne faut pas se leurrer , ces registres d’enrôlement seront la base de toutes les pièces administratives : acte de naissance , carte d’identité , permis de conduire , certificat de nationalité . Lorsque l’enrôlement sera achevé , le Gouvernement, sans aucun doute , mettra immédiatement fin à la validité de toute pièce antérieure . Suite logique, et il n’y a que les naïfs pour croire le contraire ! Enfin si les mauritaniens Noirs affluent , massivement, vers ces centres d’enrôlement , c’est parce qu’ils se sentent inquiets ; ils se sentent menacés par ce projet qui vise à remettre en cause leur mauritanité ! Au nord et au Centre du Pays on n’observe pas cette ruée vers les centres ; les populations arabo-berbères s’y rendent au pas du promeneur, sans inquiétude … rassurés dans leur « mauritanité » qui saute aux yeux ! Le Mauritanien blanc (Arabe) est perçu comme « naturellement mauritanien» , là où la mauritanité du Noir est perçue comme douteuse , suspecte ! C’est cela du reste qu’illustrent , au quotidien , les pratiques du contrôle au faciès des postes de garde routiers internes , installés au sud, où seuls les passagers négro- africains sont, généralement , soumis au contrôle d’identité !
Quel sont les risques d’un recensement national en Mauritanie ?
Je dirais non pas « risques »mais menaces et danger ! Nous sommes menacés par le Syndrome de « l’ivoirité » en germe, dans toutes ses conséquences ! L’on est entrain de fonder dangereusement le concept de « mauritanité ». Notre « unité nationale », déjà mise à rude épreuve avec les évènements de 1989, est de nouveau en danger ! Cet enrôlement, en réalité, a pour soubassement ce problème sur l’identité de la Mauritanie : une Mauritanie arabe, exclusivement, comme le veut et le prône une certaine idéologie ? ou une Mauritanie appartenant à la fois à l’Afrique noire et à l’Afrique blanche ou arabe? c’est toute la question ou toute la querelle ! Puisque ces négro-africains résistaient à leur assimilation, et génaient par conséquent l’arabité du pays, à la différence des 5 millions d’algériens noirs relégués à la culture de l’olive dans le sud , il fallait agir, par tous les moyens, sur leur poids démographique. Ce poids démographique des négro-africains, obsession permanente des régimes arabo-berbères-est l’enjeu, secret, de cette opération d’enrôlement . Moctar Oud Daddah s’y attaqua en inventant la théorie du quart ( ¼), sans fondement aucun . Ould Taya le suivit mais usa de méthodes grotesques et barbares pour y faire face, comme la déportation et l’élimination physique massive ; Aziz, à son tour, ne semble pas y avoir renoncé ; seulement, lui, s’y prend autrement; de manière plus fine, plus subtile, en posant les fondements légaux, juridiques du déni de « mauritanité » ou de nationalité des Négro-africains ! L’inquiétude de nos populations est donc toute légitime, car c’est dans cette trajectoire que s’inscrit ce recensement, qui vise à poser les fondements de leur exclusion , et à les rendre ainsi apatrides dans leur propre pays . Apatrides , tous ces réfugiés dépourvus de pièces d’état civil détruits par l’armée, en 1989! apatrides tous ces immigrés et exilés politiques , aux papiers périmés !
Quelles sont les menaces par rapport à la stabilité de la Mauritanie?
Vous l’avez dit vous-mêmes : menaces d’instabilité interne . Notre unité nationale , bien fragile , risque d’éclater ; or la Mauritanie dans la turbulence c’est le Sénégal et le Mali qui aussi seraient affectés , au regard des liens multiples partagés avec ces pays limitrophes .
Pourquoi le Président Aziz opterait-il pour un recensement sans les noirs Mauritaniens dont les beydanes, wolofs, Peulhs…?
Il faudrait peut-être aller le lui demander vous-même, si vous voulez être édifié ! Mais une chose est sûre , le Général Aziz, depuis son arrivée au pouvoir, ne rassure pas les Noirs mauritaniens . Il ne rassure pas les Haratines qu’il emprisonne à la moindre protestation contre la pratique enracinée de l’esclavage; il ne rassure pas non plus les négro-africains lorsqu’on le voit nouer, en priorité , des relations avec le Gouvernement Soudanais auteur de 2 millions de morts au sud-Soudan ! ou lorsqu’on le voit brader à ces mêmes soudanais leurs terres de culture ! Lorsqu’ils le voient porter ses efforts à renforcer les barrières à la frontière sud , érigeant des fortins et postes frontières tous les cent mètres , alors que la menace réelle, sérieuse , vient du Nord et de l’Est avec Al Qaida ! Lorsqu’enfin ils constatent, perplexes, que l’approche de ce fameux recensement, coïncide bizarrement , avec l’ordre de fermer les consulats mauritaniens à Paris et à Dakar; et l’on sait que la France et le Sénégal concentrent le plus grand nombre d’immigrés Noirs mauritaniens !. Les négro-africains avaient espéré qu’avec la libéralisation de l’audio visuel , leurs langues et culture pourraient enfin s’exprimer librement et pleinement dans une perspective de plein épanouissement, à travers les radios rurales , régionales ! C’était sans compter avec l’article 8 du projet de loi qui stipule que les opérateurs de communication audiovisuelle doivent respecter « la diversité culturelle et linguistique de notre société conformément aux quotas des langues définis dans le cahier des charges» ! En d’autres termes , la portion congrue réservée jusque là aux langues négro-africaine ne changera pas ; même dans nos terroirs ! L’arabe restera privilégié à Rosso , Bogée , Kaëdi et Sélibaby, au détriment du Pulaar Soninké et wolof, hier et aujourd’hui, comme toujours ! Avec le Général le Système reste vivant plus que jamais!
Comment est- ce- que les Flam comptent -elles s’y prendre afin que force reste à la loi et que le justice soit préservée?
Les Flam se battront pour qu’on change plutôt ces lois scélérates qui protègent des lobbies racistes et esclavagiste , et favorisent la suprématie d’un groupe ethnique sur les autres ; Elles se battront pour la suppression des lois, comme celle en gestation sur ce recensement , pour l’instauration d’un ordre plus juste et plus égalitaire entre tous les mauritaniens . Elles recommandent toutefois aux populations de rester vigilantes , de ne pas se laisser distraire par la tactique du pouvoir qui divise le groupe Haalpulaaren, en Pulaars et Peulhs ; c’est une diversion, destinée à les éloigner de l’essentiel qui , en réalité, est que ni les uns ni les ’autres ne seront correctement recensés ; ni les Wolofs , ni les Soninkés , ni les Hartani rebelles ! Elles appellent ces populations au pied du mur, acculées, à faire preuve de détermination à ne pas céder , car leur destin serait alors scellé, pour de bon! Les Flam, avec les forces progressistes, et les compatriotes arabes honnêtes et courageux qui ne se contentent pas de dénoncer du bout des lèvres cette opération , mais se rangent en ordre de bataille, les Flam, dis- je , vont harasser sans répit le Général jusqu’à ce qu’il mette un terme à cette opération grotesque ou en corrige les anomalies majeures!
Propos recueillis par Oumar DIARRA- LE PAYS DU 31 AOUT 2011- N0 035





