Les Forces Progressistes du Changement (FPC) Mauritanie

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FLAMNET-MÉMOIRE: Témoignage d´un journaliste négro-mauritanien sur les années de braise en Mauritanie

altLa diaspora commémore le 26 avril prochain à Paris les 25 ans de déportation des négro mauritaniens. A cette occasion voici mon témoignage sur les évènements de 89 que je voudrai bien partager avec vous.Témoignage déjà publié il ya quelques années.

Mauritanie :j’accuse Ould Taya 

Journaliste, j’ai été engagé dans la fonction publique en tant que cadre. J’ai été détaché à l’office de Radio Mauritanie en 1977.J’y est travaillé sans interruption jusqu’au moment des graves évènements qui ont secoué le pays en 89 entre le Sénégal et la Mauritanie. Evènements qui ont été à l’origine de ma cessation d’activité et de mon exil en France.

 

Après les affrontements ethniques en avril 89 entre le Sénégal et la Mauritanie, j’accuse Ould Taya et son régime d’avoir engagé un vaste mouvement de déportations de citoyens noirs, en particulier contre une des composantes du pays, les Haalpulaar, une ethnie qui vit également du côté du Fleuve Sénégal. J’accuse le régime Ould Taya d’avoir prémédité et entrepris cette opération par l’établissement d’abord de listes par la direction générale de Sûreté. Parmi celles-ci figuraient notamment de hauts fonctionnaires, des universitaires, des journalistes, cadres moyens ainsi que du personnel subalterne, des militaires et de simples villageois paysans. Certains ont été conduits directement de leur lieu de travail à l’aéroport, d’autres ont comparu d’abord devant le directeur de la Sûreté ou un directeur régional de la police ou parfois même devant un simple commissaire de police de quartier avant de subir le même sort. Ce qui était encore la meilleure chose qui pouvait arriver à la personne. Car il arrivait que l’on soit gardé dans des “villas” réservées à cet effet pour on ne sait combien de temps et soumis à des tortures. C’est dans ce contexte que j’ai été à plusieurs reprises amené et convoqué à la police.

 

Ce jeudi 22 mai à 11h, deux policiers en civil sont venus me chercher à la Radio au moment où je m’apprêtais à effectuer un reportage. Avant de les suivre, j’ai informé mes collègues de cette convocation. A bord d’une R5 blanche de la police, nous sommes passés par la Télévision pour y prendre un collègue réalisateur Bâ Moussa Sidy avant d’être conduit au commissariat du quartier du Ksar. Arrivés à destination, les policiers nous ont introduits dans une grande salle d’attente bondée de monde, des négro-mauritaniens et essentiellement des haaalpulaar. Vers midi, le commissaire m’a tout simplement demandé de lui présenter mon certificat de nationalité. Après cette vérification d’identité, je suis reparti à la radio par taxi. J’ai appris par la suite que mon collègue de la Télévision avait été relâché . Ce jeudi 1er juin, j’étais encore à la radio. A 9 h, un policier en tenue, cette fois-ci est venu me chercher en présence de mes collègues. Il m’a emmené à pied au commissariat de la police qui se trouve en face de mon lieu de travail. A notre arrivée, il m’a immédiatement introduit dans la salle d’attente. Vu la longue file d’attente, je ne fus introduis dans le bureau du commissaire que vers 16h pour y subir un interrogatoire. J’ai décliné comme d’habitude mon identité. Mais à ma grande surprise, l’interrogatoire a porté sur mes “supposés relations” avec le mouvement FLAM( Front de Libération des Noirs en Mauritanie).Ne voulant pas et ne pouvant pas répondre à aucune des questions sans m’enferrer davantage j’ai préféré garder le silence. Le commissaire me renvoya à une autre audience le samedi 3 juin. Rentré chez moi, j’ai appris que Bâ Moussa Sidy a été déporté au Sénégal. J’apprendrais plus tard qu’il était question que je sois déporté en même temps que mon collègue de la Télévision, n’eût été l’intervention de ma tante Aïssata Kane, ex-ministre aux Affaires sociales sous le régime de Ould Daddah et à l’époque consultante d’une ONG et conseillère au Ministère de la Condition Féminine et actuellement à la retraite. Elle a joué un grand rôle de médiation dans cette affaire. C’est ainsi que je me suis présenté au commissariat central la date susmentionnée accompagné de ma tante Aïssata Kane muni de la copie du certificat de nationalité. Auparavant je lui avais confié tous mes originaux par mesure de sécurité. En effet, je craignais qu’on me les confisquât après l’interrogatoire comme ce fut le cas de la plupart de ceux qui avaient été convoqués . L’interrogatoire cette fois-ci en présence de ma tante portait sur nos liens de parenté. Les autorités connaissaient bien ces liens de parentés avec elle et avec d’autres cousins comme Ibrahima Abou Sall et Kane Saidou et un collègue de travail Ibrahima Mocktar Sarr qui étaient à l’époque détenus à la prison d’Aioun, prisonniers d’opinion pour avoir publié le Manifeste du Négro-mauritanien, une diatribe contre le racisme des noirs en Mauritanie et soutenus par Amnesty International . Après cette introduction , le commissaire demanda à un policier de me faire sortir pour le laisser en tête à tête avec ma tante. Il me conduisit dans une cellule en me poussant violemment à l’intérieur puis m’enferma à clé. J’étais seul dans une cellule réservée généralement aux délinquants. J’y suis resté jusqu’au moment où le même policier est venu m’ouvrir pour me reconduire chez le commissaire. Il était 10h. Le commissaire m’a dit que j’étais libre et je suis reparti avec ma tante. J’ai voulu reprendre aussitôt service mais à ma grande surprise, le directeur de la radio m’a notifié verbalement que j’étais remis à la disposition du Ministère de tutelle. Ce que me confirma verbalement le directeur général à l’issue d’un entretien qu’il m’a accordé . Et c’est le début d’un camouflage qui ne dit pas son nom. Après d’interminables va et vient au Ministère de l’information, j’ai appris que j’avais été licencié pour abandon de poste. C’est le procédé utilisé pour donner une couverture légale aux nombreuses déportations ou licenciements abusifs. J’ai néanmoins procédé à un recours hiérarchique qui bien sûr est resté sans suite. Je pensais que mon licenciement était la finalité de toutes ces persécutions et que j’en avais fini avec les tracasseries policières. C’était lourdement me tromper.

Ce jeudi 29 juin à 20h, deux policiers en tenue sont venus à la maison. Nous sommes montés dans une 404 camionnette noir blanc de la Police. Ils m’ont emmené au commissariat Toujounine, à 10 km environ de la capitale. Ils m’ont introduit dans le bureau du commissaire qui m’attendait. Ils sont ressortis me laissant seul avec lui. Le commissaire a commencé à parler en Hassanya, dialecte maure. Ne comprenant pas tout ce qu’il me disait j’ai gardé le silence. Puis il reprit son discours en français pour me dire que c’était une preuve que je n’étais pas mauritanien parce que ne parlant pas Hassanya. J’ai rétorqué que je parle le pulaar et le français. Cela l’a exacerbé et il m’a menacé de me faire retourner chez moi qui pour lui était le Sénégal. Il a commencé lui aussi à me parler du FLAM et a prétendu que j’en faisais parti. Puis le commissaire a appelé les deux policiers qui m’ont jeté par force dans une petite salle.Ils m’ont tabassé à coup de matraque avant de fermer la porte sur moi. J’ai passé la nuit dans cette salle minuscule jusqu’au petit matin. Au réveil je divaguais dans un esprit vague par manque de sommeil. Je tournais en rond dans cette cellule. A 7 h j’étais enfin libre. Vu l’état dans lequel j’étais, je suis parti chez ma tante. Celle-ci s’est plainte aux autorités qui ont prétendu que c’était une erreur. Craignant pour ma sécurité, j’ai décidé d’habiter chez un ami pour éviter l’isolement. Je suis resté ainsi sans emploi et sans ressources jusqu’au 23 août, date de mon embauche comme coordinateur et responsable de la mobilisation sociale à l’UNICEF dans le cadre des journées maghrébines de vaccination du 15 octobre au 18 décembre 1989.Ce contrat de travail me donnait en quelque sorte une protection internationale. Je ne me trompais pas puisque certains hauts responsables du Ministère de l’information sont effectivement venus, à plusieurs reprises, à l’UNICEF pour s’entretenir avec le représentant de ma présence au sein de cet organisme. Ce dernier qui envisageai de me mettre dans un autre projet à la fin de mon contrat, s’est vu, pour un problème de sécurité, obligé de me conseiller de quitter le territoire avec une proposition d’une mission à Paris. Cela devenait nécessaire car ma sécurité n’était plus assurée dans mon propre pays. J’ai quitté Nouakchott le 1er janvier 1990 à 00h 35 par un vol Air Afrique et depuis je vis en exil en France.

 

Yaya Chérif KANE-Journaliste

Rouen-France.

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FLAMNET-RÉTRO: TEMOIGNAGE SUR LES DEPORTATIONS EN MAURITANIE 1989; CAS DU TAGANT

altLa déportation est l’action  d’obliger quelqu’un, le plus souvent un groupe de  personnes, de quitter son  habitat, son territoire  ou son pays.

Dans le droit français, la déportation occupe la troisième place après la  peine de mort et  les travaux forcés à perpétuité pour sanctionner ceux qui ont commis des crimes  contre la sûreté de l’état ; dans certains cas, la déportation a pour objectif  la destruction physique  notamment  dans le génocide des Arméniens, des Juifs et des Tsiganes.

C’est cette destruction physique que visaient les déportations en Mauritanie dont les victimes ne sont coupables d’aucun crimes ; sinon d’être nés noirs et de vouloir le rester.

Le prétexte que prirent les autorités mauritaniennes fut un banal incident entre éleveurs mauritaniens et paysans sénégalais qui malheureusement dégénéra  occasionnant  des conséquences incalculables, dont   les journées macabres à Dakar puis à Nouakchott qui resteront  à jamais inoubliables :

Des massacres et pillages biens eurent lieu des deux côtés. Les  sénégalais en Mauritanie furent l’objet de rapatriement chez eux.

La communauté internationale découvrit avec surprise et stupeur que la Mauritanie, lors du rapatriement des rescapés sénégalais déportait en même temps plusieurs dizaines de milliers  de ses citoyens noirs au Sénégal et au Mali (Peuls, Wolofs, Bamana et Soninko)

 

Les différents  recensements du HCR  à leur sujet  avancent des chiffres  oscillant  entre  65 000 et 70  000 au altSénégal, et 10 000 et 15 000 au Mali.

 

Dans des villes comme Nouakchott Nouadhibou des fonctionnaires, des ouvriers furent arrêtés dans leur lieu de travail, certains furent détenus arbitrairement avant d’être déportés, d’autres le furent directement, laissant derrière eux leurs  familles entières (conjoint-e, enfants, pères, mères, etc.).

 

A l’intérieur du pays,  un autre mode opératoire minutieusement  planifié fut  exécuté par des gouverneurs qui rivalisèrent de zèle, de brutalité et de haine contre de paisibles citoyens.

Des militaires, des gendarmes et autres milices armées encerclent les  villages. Les hommes sont triés et conduits  très loin  hors du village, où ils seront  torturés et humiliés avant d’être conduits au fleuve (la frontière) pour se retrouver au Sénégal.

Les femmes et les enfants séquestrés un ou deux jours durant, à la merci de leurs bourreaux, subissent viols et violence avant de connaître le même sort que les hommes.

Dans un article écrit par feu Sennen  ANDRIAMIRADO  paru dans Jeune Afrique n° 1487, juillet 1989  on  peut lire : « un vieillard montrer sa carte d’identité  nationale  mauritanienne  et raconte. Des soldats haratines  commandés par des Beydanes  sont venus nous réveiller à 2 heures du matin. Ils ont rassemblé tous les habitants  à la maison communautaire. Les bijoux des femmes et des jeunes filles  ont été arrachés ; on nous a demandé nos papiers pour vérification d’identité, puis ils les ont déchirés. Tous les hommes ont été déshabillés complètement .A 4heures du  matin  on nous a embarqués dans des camions jusqu’à environ 70 km de notre village. Là on nous a fait  monter dans des pirogues  pour nous faire traverser le fleuve, à un endroit où il n’y avait pas, de l’autre côté  des villages sénégalais. Les jeunes ont voulu résister, ils ont été tabassés. »

Il écrit plus loin , «  tous les soirs  des centaines de nouveaux arrivants , cette  fois exclusivement des Négro-mauritaniens « déportés » débarquent  dans les villages sénégalais  des départements de  Dagana, Podor, Matam et Bakel ;certains ont franchi le fleuve en pirogues, d’autres  à gué ou à la nage. ».

Dans la région de Tagant, le gouverneur a procédé autrement, ce que  nous expliquerons  à travers notre  témoignage qui  est aussi celui de nos  compagnons  d’infortune.

 Tous  les fonctionnaires noirs qui servaient au Tagant  en 1989 furent déportés au Sénégal.

Après l’expulsion des  sénégalais,  nous,   noirs  non haratines fûmes convoqués et  parqués deux jours durant  à l’escadron de la garde nationale à Tidjikja pour  vérifier notre nationalité par une commission  composée :

 

  • du gouverneur de la région
  • du directeur de  sûreté régionale
  • du  commandant de la région militaire
  • du  chef de brigade de la gendarmerie
  • du chef de  brigade de la garde régionale.

Devant cette commission, il fallait   présenter tous nos papiers d’état civil :

  • Acte de naissance
  • Carte d’identité nationale
  • Certificat de nationalité
  • Diplômes

Ensuite  répondre à une série de questions dont :

 

Quelle est votre position par rapport au conflit qui oppose la Mauritanie au Sénégal ?

Est-ce que vous avez de la famille au Sénégal ?

Est-ce que dans le passé vous avez eu à faire des séjours au Sénégal ?

Qu’est ce que vous connaissez des FLAM,

Connaissez-vous les officiers putschistes de 1987 ?

 

Nous fûmes tous  libérés  mais  nos papiers  confisqués. Notre répit fut de  très courte durée.

Le directeur régional  de la sureté et son adjoint tous noirs (peuls) furent arrêtés et  envoyés  à Nouakchott.

Alors,  les arrestations  et  détentions  de tous les fonctionnaires  noirs  reprirent.

A la date du 25 mai 1989,  tous les négro-mauritaniens étaient détenus et ramenés à Tidjikja au commissariat de police et en prison où nous sommes restés pendant 4 jours avant le grand rassemblement des familles qui annonçait la déportation.

 

Dans la nuit  du 28 mai  1989, des camions bennes furent envoyés à nos domiciles pour embarquer nos familles, ne leur laissant  rien  prendre (comme les hommes), sauf les vêtements qu’elles portaient.

Au petit matin, lorsqu’on  nous sortit  de nos cellules c’est pour les rejoindre  pour une destination inconnue.

 

Au sortir de Tidjikja,  notre convoi fit une halte dans une cuvette où nous attendaient  toutes les autorités de la région,  le gouverneur  à  leur  tête.

Avec une brutalité bestiale, les gardes nous firent descendre pour une fouille systématique et humiliante ; ils nous reprirent tout, jusqu’à  nos bagues.

Lorsque  notre convoi  reprit la route,  les militaires, gendarmes  et gardes lourdement armés pour nous escorter  étaient plus nombreux que nous.

 

Entassés comme du bétail, nous  endurâmes les difficultés du voyage ( on était des cibles des villages que nous traversions ; insultes, jets de pierres) jusqu’au lendemain à midi, pour arriver à Boghé où nous fûmes accueillis par des gardes et des policiers, plus hargneux, plus zélés.

Furieux et déçus  de n’avoir rien trouvé sur  nous  à reprendre après une dernière fouille, ils  obligèrent certains   à  échanger leurs habits encore en bon état  contre  des haillons repris de ceux qui nous ont précédés..

Des armes braquées  sur nous, sans chaussures alors que la  température dépassait  les  50 degrés   à l’ombre  nous fûmes conduits comme du bétail  au fleuve.

De la rive sénégalaise, des piroguiers nous voyant arriver, nous apportèrent  des pirogues  pour nous faire traverser le fleuve. Nous avons marché les pieds nus sur le sable chaud d’un soleil de mai de la rive au village de Demeth.

Les habitants du village sénégalais nous accueillirent spontanément  et chaleureusement, nous faisant oublier le calvaire que venions de vivre.

C’était le 30 mai 1989 à 13heures.

Ce sera pour certains  d’entre nous un aller sans retour .Ils seront  nombreux  à succomber  aux  maladies, à la misère, au chagrin de cet exil forcé, emportant dans leur tombe l’espoir d’un retour dans leur patrie parce que c’était à l’espoir que caressaient tous  les déportés

Au vu de ce qui s’est passé, nous exigeons aux autorités mauritaniennes que ceux qui sont rentrés au pays soient indemnisés à la hauteur du préjudice subi( moral et matériel) et qu’ils retrouvent leur travail en tenant compte des réalités en place. Ce n’est point 2 millions d’ouguiyas qui effaceront la souffrance subie.

Nous voudrions   terminer  en vous  invitant  ici ,  maintenant et pour  toujours,  d’ avoir pour eux une pensée pieuse,  une prière pour que reposent en paix leurs  âmes en   terres  étrangères.

 

 NIANG Amadou Boubou et DIA Ibrahima Aly dit Yaaya Maabel

Anciens enseignants et déportés Mauritaniens au Sénégal.

Membres de la section des FLAM-Europe de l´ouest.

Decembre 2013

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FLAMNET-RÉTRO : OUALATA: LA CASSETTE AUDIO DE ALASAN UMAR BAH Par Ibraahiima Abuu Sal -Historien-chercheur-rescapé de la prison de Oualata

altLe jeudi 26 août 1988 à 15h 05 mn est décédé le Maréchal de Logis chef de la Gendarmerie Alasan Umar Bah dans la grande salle de la prison mouroir de Wâlata où étaient parqués des FulBe et des Wolof de la mouvance nationaliste qui lutte contre l’hégémonie Arabe et le racisme en Mauritanie. «Laa i laaha illallaah, AlasanUmar yehiii» («Laa ilaaha illallaah , Alasan Umar est parti») a crié une voix. Tout le monde s’est précipité, certains en récitant des versets du Qoran, près du corps qui venait de rendre son dernier souffle après avoir protesté de sa dernière plainte.
 

Depuis que nous étions arrivés à Wâlata le 11 décembre 1987, la plupart avait remarqué la discrétion et le stoïcisme de Alasan Umar. Il était arrivé dans cette prison avec un traumatisme physique encore visible causé par les tortures qu’il avait subies. Le mal s’était installé dans son corps depuis Nouakchott et Jreïda où ses bourreaux lui avaient réglé son compte. «Il est extraordinaire ce bonhomme; tu ne l’entends jamais se plaindre, malgré les souffrances» me disait un jour Sammba Caam. Quelques heures avant sa mort, on l’entendit se plaindre. «Depuis ce matin Alasan se plaint, ce n’est pas habituel chez lui» m’avait dit Paate Bah.

Ses plaintes ne surprenaient guère. La faim faisait réellement ses effets sur nous tous sauf évidemment l’ex-commissaire de police Lih Mammadu, son cousin feu Lih Muusa et l’ex-capitaine Joop Jibril. Au mois de juillet j’avais noté 41 cas de béribéri, sans parler d’autres carences alimentaires qui donnaient à certains d’entre nous l’apparence de squelettes.
 

Il est impressionnant, d’entendre un adulte gémir, pleurer à chaudes larmes parce qu’il ne supporte plus la souffrance causée par la faim. «woy heegam neenam, mbede heyDi». Pendant ces moments nocturnes, tout le monde fait semblant de dormir. La première fois que j’entendis ce genre de lamentations c’était à la prison civile de Nouakchott en décembre 1986. Un jeune Camerounais qui pleurait comme un enfant dans le pavillon des droits communs qui nous était interdit comme le nôtre leur était interdit. Le lendemain matin, mon voisin Abuubakri Kaaliidu Bah prit le risque et alla lui remettre du lait et des arachides. Le brigadier dont je ne retiens pas le nom, désapprouva le geste en disant que ce Camerounais ne méritait pas une telle générosité parce qu’il était chrétien. Il décéda deux jours après. Cette affaire suscita encore une fois un débat sur l’islam, les Arabes et l’humanisme. Pour en revenir à Alasan Umar, je racontais à Paate la promesse que j’avais faite à celui-ci dans la semaine de notre transfert à Wâlata et qu’il me rappelait souvent. En décembre 1977, lorsque je préparais mon mémoire de maîtrise en Histoire intitulé Les relations entre les Haal pulareeve et les Brakna (1850-1903), j’avais interviewé à Bogge dow son grand-père maternel sur les relations entre les HalayBe et leurs voisins Bîdân et Hrâtîn immédiats, particulièrement leurs éternels ennemis, les Awlâd Seyyid.
J’avais gardé la cassette audio dans ma bibliothèque, à la maison. J’avais promis qu’une fois hors de prison, je lui donnerai une copie.
 

Dans la salle où les prisonniers politiques étaient parqués comme du bétail (nos geôliers nous appelaient hayawân, parce qu’ils avaient décrété dès notre embarquement dans les camions remorques à bétail que nous étions des animaux, pas des être humains), la place de Alasan Umar se trouvait non loin de la porte qui donnait accès aux latrines. Il me rappelait bien souvent ma promesse lorsque que je passais devant lui. Du 11 décembre 1987 au 26 août 1988, son corps était resté la presque totalité de ce temps qu’il fit à Wâlata, le plus souvent allongé qu’en position debout. Les rares moments où il sortit de la salle, c’était au mois de février. Il avait même tenté de partager avec la quasi-totalité des prisonniers les corvées d’eau qui nous avait été imposées par l’administration de la prison, mais cela ne dura pas longtemps. Physiquement, il était devenu trop faible.  Ma promesse avait fini par établir entre nous une relation bien particulière que je ne saurai définir.Pendant que les camarades défilaient devant son corps, je suis resté allongé pendant quelques minutes à ma place située à l’autre bout de la salle. Il fallait que je me prépare psychologiquement à regarder Alasan Umar Bah mort, que mon corps vivant assimile le sien qui est désormais sans vie. A mon tour, je me suis présenté devant LUI. Je me suis recueilli pendant quelques minutes en regardant longuement et profondément ce corps allongé. En ce moment précis, j’étais incapable de dire ce que je ressentais réellement. C’est bien plus tard, devant le corps de Tafsiiru Jiggo que je trouverai la réponse. Mais face à ce corps désormais sans vie, je sais tout simplement que j’étais frustré. Je n’aurai donc plus jamais l’occasion de lui remettre une copie de la cassette pour écouter parler son défunt grand-père. Alors j’ai murmuré pour que les autres ne m’entendent pas : «Je n’oublierai pas la cassette. Je l’enterrerai un jour dans ta tombe lorsque nous ramènerons tes restes au pays, au Fuuta Tooro», puis, je rejoignis ma place, plongé dans mes réflexions. Vers 14h 45 mn, le commandement du fort envoya des gardes pour prendre le corps et l’enterrer. Où ? Nous ne savons pas. La violence et les humiliations que les Noirs, particulièrement les FulBe subissaient depuis septembre 1986 avaient contribué à nourrir de la haine entre nous et les Bîdân et leurs Hrâtîn qui faisaient preuve d’une brutalité bestiale insoupçonnable. Dans cet environnement nourri de haine, de souffrances, d’humiliations, tout ce qui émanait du Bîdân et du Hrâtîn était symbole de négation, d’impureté. Dans cet état d’esprit, comment pouvions-nous concevoir leur laisser le corps de notre camarade ?. D’autant que nous les soupçonnions de vouloir s’en débarrasser dans une fosse peu profonde et sans aucune cérémonie rituelle traditionnelle. Aussitôt partis, les fauves viendraient déterrer le corps. C’est Umar Gey qui exprima brutalement tout haut ce que la plupart d’entre nous étaient en train de penser. L’ex-sergent Jibi Duwaa Kamara ne s’empêcha pas d’exprimer ses ressentiments avec ses injures bien salées, spontanées dont lui seul avait le secret. Une injure sortie de la bouche pleine de salives de Jibi Duwaa Kamara, c’était différent : «hay Capaato Bii (… ) memataa Doo maayDo amen» (traduction littérale, «aucun Bîdân, fils de (…) ne touchera ici notre mort»).
Spontanément, un groupe fit alors un barrage humain devant la porte pour empêcher les gardes d’entrer. Un autre alla encercler le corps de Alasan Umar, toujours allongé à la même place. Spontanément, et sans en mesurer les conséquences, nous avions décidé, ensemble, que jamais le corps de notre camarade ne sera souillé par nos tortionnaires. Certes, nos corps à nous étaient souillés par les tortures et autres sortes d’humiliations. Mais Alasan Umar mort, son corps avait retrouvé toute sa pureté de naissance, car il fallait qu’il rejoigne le monde de nos Ancêtres avec un corps et une âme purifiée. Sinon, il n’y serait jamais accueilli. Nous décidâmes par conviction que c’est nous-mêmes qui allions l’enterrer. Comprenant que face à cette nouvelle situation, la plupart des prisonniers politiques étaient décidés à tout pour sauvegarder l’honneur du corps, la direction carcérale accepta, sans trop hésiter, notre proposition.
 

Même enchaînés et menottes aux poignets, les gardes redoutaient encore nos militaires, car ils avaient vu la plupart d’entre eux à l’œuvre pendant la guerre du Sahara occidental. Certains des officiers et sous-officiers les avaient même commandés, d’où les relations ambiguës qu’ils continuèrent à entretenir avec leurs anciens chefs hier redoutés, aujourd’hui leurs prisonniers. L’attitude des gardes bîdân était unanime : haine, mépris, agressivité. Avec eux, nous savions comment nous comporter. Un seul fera exception, le lieutenant Mohamed Lemine. Chez les Hrâtîn, les relations avec la plupart étaient plutôt complexes et irrationnelles, car avec eux, celles-ci allaient d’une extrême à l’autre. Ils étaient très versatiles. Un garde hrâtîn pouvait glisser à un prisonnier politique, nuitamment, quelques morceaux de sucre, du tabac, quelques grains d’arachides, et le torturer quelques jours après sans que cela ne semble perturber sa conscience. Cependant, quelques rares comprenaient l’enjeu politique et pensaient à l’avenir. J’avais remarqué deux parmi eux qui se débrouillaient toujours pour ne jamais participer aux séances de tortures. Je rencontrerai l’un d’eux à ma libération, à Bogge. En tout cas l’expérience avait fini par nous enseigner qu’il fallait se méfier d’eux.

Bah Mammadu Siidi, qui est infirmier d’Etat, accompagna Cheikh (l’infirmier hrâtîn qui indiquait, à l’occasion des séances de tortures les parties sensibles du corps où il fallait frapper pour faire mal) pour constater le décès. Pendant que nous creusions la tombe, la cérémonie pour la toilette mortuaire était dirigée par Tafsiiru Jiggo qui faisait fonction d’Imâm du groupe des prisonniers politiques et par Abuubakiri Jallo son adjoint.
 

Dans la salle, le lendemain après l’enterrement, je restais impressionné, je dirai même choqué par l’insouciance apparente ou réelle affichée avec les rires, les farces de certains comme si nous n’étions pas en deuil. Cette insouciance affichée avait toujours intrigué nos gêoliers, depuis notre arrivée à Wâlata.
Elle effrayait même certains qui nous prenaient pour des êtres anormaux. Comment vivre cette situation carcérale et se comporter comme si nous étions dans une situation normale. En nous regroupant tous ensemble, le régime n’avait pas compris combien il nous rendait un grand service. Une analyse sur laquelle je reviendrai aussi. J’avais souhaité donc que l’on affichât une atmosphère de deuil dans la salle, mais l’ex-adjudant Woon Sammba Yero, l’ex-adjudant-chef Pape Gey et le maréchal des logis Mammadu Habii Bah issus tous du corps de la gendarmerie étaient en train de jouer au cokki. Ils criaient, chahutaient, injuriaient comme ils savaient si bien le faire eux aussi. Comme si nous n’étions pas en deuil. Je fis la remarque à Abdullay Bari qui tenta de rappeler à certains plus de retenue pour la circonstance : «njiiDDaa ko yimBe ngoya. Maayde ko maayde tan. So ari ari. Hay gooto waawaa heen» rétorqua le plus naturellement Woon Sammba. Puis ils continuèrent leur jeu. Et dire que c’est Woon Sammba yero qui était pressenti par la plupart comme celui qui allait mourir le premier.
Il était très atteint par le béribéri. Malgré tout, il avait gardé le moral très haut.
 

Nous ne voulions plus en parler publiquement depuis quelque temps, mais la mort s’était annoncée paradoxalement par plusieurs signes métaphysiques, à travers les rêves. Une analyse sociologique qui demandera encore quelques pages d’écriture. Nous semblions presque tous préparés psychologiquement à mourir.
Nous attendions sa venue comme une chose normale dans le contexte où nous vivions, tout en espérant au fond de nous-mêmes que Alasan Umar Bah soit ledernier. Une semaine après Alasan Umar, le vendredi 2 septembre, c’était le tour de Teen Yuusuf Gey de partir. Puis l’ex-lieutenant du génie Abdul Qudduus Bah le mercredi 13, puis Tafsiiru Jiggo le samedi 28 septembre La série blanche allait continuer pendant un mois. A Wâlata, les mois d’août et de septembre 1988 ont été des mois blancs pour notre combat. Nous y reviendrons.

Lors de la crise de 1989, notre maison n’échappa aux pillages organisés par le régime de Wul Taya qui avait fait lâcher des hordes de Hrâtîn transportés dans des camions remorques et débarqués dans des villes comme Nouakchott, Nouadhibou. Des maisons habitées par des Africains furent des cibles de massacres et de pillages qui nous rappelèrent une réalité historique traumatisante et dont nous pensions naïvement que cela relevait désormais du passé. Mais on dit, chassez le naturel, il revient toujours au galop. Ma bibliothèque n’a pas échappé au pillage. Constituée depuis 1970 elle renfermait près de 600 ouvrages, mémoires, etc, la Bible, le Qoran, la Thora, une collection de journaux dont certains datant de 1966, des dizaines d‘enregistrements audio sur mes enquêtes orales sur l’histoire du Waalo Barak, sur l’Emirat du Brakna, sur le Fuuta Tooro. Dans ces cassettes, il y avait des interviews de personnes aujourd’hui disparues et qui ont emporté avec elles notre histoire commune à nous Haal pulreeve, Sooninko, Wolof, Bîdân.
 

A Aioun el Atrouss où les prisonniers civils furent transférés du 31 octobre au 1er novembre 1988, lorsqu’une personne vint m’annoncer le 11 juillet que notre maison avait été pillée après la déportation de mon épouse le 29 avril vers le Sénégal, ma première réaction fut de demander à la personne qui venait de me donner la nouvelle : «Et ma bibliothèque ?». Une question que la personne a trouvée mal placée. «Au lieu de me demander ce que sont devenus ta maison, tes meubles, etc, tu ne penses qu’à une bibliothèque. La prison t’a rendu un peu anormal !». Je lui répondis avec un ton grave, calme, mais triste «On peut reconstruire une maison, acheter de nouveaux meubles, mais on ne reconstruit pas une bibliothèque. Ce ne sont pas des papiers qui ont disparu, mais une accumulation de capital de savoir. Je ne peux pas faire ressusciter Sammba Naawwel Caam pour avoir une nouvelle interview avec lui». Elle me regarda d’un air incrédule. Elle n’avait pas compris ce que je ressentais depuis que j’avais appris la nouvelle sur ma bibliothèque.
 

Toujours à Aïoun, le 2 septembre 1988, à l’occasion du 1er anniversaire du décès de Teen Yuusuf Gey, j’ai écrit ce passage dans mes notes de prison : «Anniversaire: premier anniversaire de Teen Youssouf Guèye à Néma (?). Comme pour le cas de Alassan Oumar, on n’en parle pas. Du moins, rares sont ceux qui en parlent. Comme si on avait tout oublié ou on n’ose rien faire pour commémorer ces journées, de peur de la répression. Le régime veut nous imposer une amnésie». En écrivant ces mots, la promesse que j’avais faite à Alasan Umar me revint à l’esprit. Je pensais à la bibliothèque pillée dont la plupart des ouvrages étaient en train d’être vendus dans des boutiques de Bîdân, informations que m’avait données une épouse venue rendre visite à son mari. Je concluais avec amertume que je ne pourrai plus tenir alors ma promesse. Et pourtant, il faut que je la tienne. Alors j’ai décidé, que le jour de la cérémonie de restitution des corps de nos Martyrs à la patrie et aux familles, cérémonies que nous ferons avec grande solennité, j’enterrerai la copie de ma thèse entière, celle que j’ai utilisée lors de ma soutenance, avec les restes de Alassan Umar. Si je disparaissais de ce monde avant ce jour, ma famille sera chargée de le faire.

Hare koko jokki.
 

Ibraahiima Abuu Sal-Rescapé de Oualata.

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TÉMOIGNAGE SUR LES ANNÉES DE BRAISE: BALAS: “Ma ‘seconde religion’ est la cohabitation

Ma 'seconde religion' est la cohabitation - [Vidéo] Arc-en-ciel, le parti mauritanien du concret, a eu l’honneur, ce mercredi 08/01/2014, d’être invité à l’émission: “1h avec un livre”, sur la chaîne Chinguit TV animée par Mr Brahim Bakar ould Sneiba , ex officier supérieur de l’armée mauritanienne , aujourd’hui, devenu écrivain journaliste. Initialement, l’émission devait être littéraire, culturelle et débattre du livre intitulé : ” Ou va la Mauritanie ? “, écrit par Mr Isselmou ould Abdel Khadre, ancien Wali, ancien ministre, sous le magistère de Maouya ould Sid’Ahmed Taya.

Le point d’orgue de l’émission a été atteint quand cet ancien ministre, sans réfuter sa part de responsabilité dans la solidarité gouvernementale, a volé au secours de Maouya ould Sid’Ahmed Taya, pour démontrer que celui-ci n’était pas raciste. Comme première preuve, précise t-il, c’est avec la complicité de ses amis officiers Négro-mauritaniens: feu Colonel Yall Amadou, Colonel Anne Amadou Babaly, Colonel Siliman Soumare, Commandant Diop Mamoudou, qu’il avait pris le pouvoir. Selon lui, Maouya, était devenu otage du système mis en place méthodiquement par les mouvements extrémistes arabo-berbères, bassistes, nasseriens, qui avaient savamment infiltré tous les rouages du pouvoir et principalement, les services de renseignement, de tous les corps et du Bed. Ces mouvements, puissamment installés, partout, l’avaient dressé contre la communauté noire, en lui faisant croire, photos, documents et montages à l’appui, que celle -ci, au niveau de l’armée, s’apprêtait à le destituer et à broyer tous les arabo-berbères.

Mr Isselmou ould Abdel Khadre, était quant à lui , pendant ces années de braise , Wali du Brakna (Aleg). Pour ce qui le concerne, il a suivi sa conscience et refusa de verser dans la vindicte, la chasse aux Pulaars. Mieux, il a été l’un des très rares, pour ne pas dire le seul, à oser libérer tous les prisonniers noirs à Bouhadida, entre Aleg et Boghe. Ces détenus qui attendaient dans les cellules de la mort , venaient exclusivement de Aéré Golere, Aéré Mbar, Djoudé Djery et Bababé. Après l’émission, certains militants d’Arc-en-ciel , m’ont téléphoné pour confirmer les propos de Mr Isselmou qui les a effectivement sauvés de la mort. Ces miraculés, précisent, à son corps défendant, qu’ils étaient au nombre de 27 dont 7 femmes allaitantes, avec leurs bébés. Hélas ! Les détenus de Rosso, n’avaient pas bénéficié de cette aubaine pour échapper aux griffes du directeur régional de la sûreté, le tristement célèbre Cheikh ould Mohamed Salem. La dernière goutte qui a fait déferler son vase , fut , lorsqu’il a abattu, en tirant à bout portant , entre Rosso et Boghe , sur un jeune berger peulh , qui avait, à juste titre, refusé de lui céder deux de ses moutons pour qu’il en fasse son festin de weekend . Cette bavure, lui valut, la radiation du corps de la police et il vit actuellement, en toute quiétude, dans son campement de Lejouad dans la commune de Aéré Mbar, département de Bababé.

 

Hélas également ! Pour les multiples et très nombreux exécutés à ” kadiel bossori ” qui veut dire en pulaar, la petite colline boucherie, située entre Sélibaby et Woul Yenzé du temps de Dah ould Abdel jelil, Wali du guidimaka , où un nombre inimaginable de peulhs, ont été égorgés comme des moutons et ensevelis comme des scélérats. Mr Dah ould Abdel Jelil, en sa qualité de Wali, confisquait systématiquement, les armes détenus par les peulhs et au même moment, il les remettait à ses sbires, qui ne tardaient pas à leur tour, à faire les sales besognes.

J’interpelle solennellement l’ancien Wali ,Dah ould Abdel Jelil, pour lui demander, où sont passés les 13 habitants du village de Mouta, qui ont disparus depuis ce temps à nos jours? Il y’avait parmi eux des femmes en état de grossesse et des enfants en très bas âge. Le chef de village, Goumbo Diawo, ( ami à mon feu père Hamady Soma ), charlatan, de son état, revenait de Nouakchott, avec le fruit de son travail de connaisseur traditionnel: un peu d’argent, quelques objets de valeur ( postes radios , magnétophones, couvertures de premier choix…. ) qui avaient aiguisé l’appétit vorace des gardes ou militaires qui l’avaient vu débarquer de “Noua”. Tout ce petit village d’éleveurs, d’innocents petits enfants, de femmes et de pauvres vieillards a été exterminé et effacé de la terre. Cette cruauté n’a d’égale que celle des nazis d’Adolphe Hitler, qui avaient agi de la sorte à Oradour sur Glane ( France ) le 10 juin 1944. Hélas ! Qu’il n’y eut pas eu, plusieurs Isselmou ould Abdel Khadre ! NB: A Arc-en-ciel, le Pmc , notre devise est : Unité , Égalité , Transparence ; nous sommes alors tenus, à ne jamais utiliser la langue de bois; nous enseignons aux générations montantes, à notre jeunesse, la culture de la vérité et non celle de la réussite effrénée, de la connivence, de la couardise et de la mascarade.

Comment accepter, que notre colonel président Maouya n’avait rien vu de tout cela ? Sauf que, dit-on : qu’il n’y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. D’autres, seraient tenté de croire, que la cécité de Maouya, est due, alors, à la distance qui le sépare, de ses Walis et de leurs sbires. Non ! Un chef d’état, a, son œil et son oreille, au moins, partout, sur l’ensemble de son territoire. Si les Walis et autres responsables de la république qui écumaient sur le reste du territoire, échappaient à son contrôle, du fait de la distance; le président Maouya, son directeur général de la sûreté, ELy ould Mohamed Fall ( Vall ) et ses trois chefs d’état major ( Armée, Gendarmerie, Garde nationale), par contre, ces derniers, alors qu’ils étaient tous dans la ville de Nouakchott, fermaient les yeux sur les saccages de tous les biens des opérateurs économiques noirs.

Pourquoi, ELy ould Mohamed Fall, rétorquait t-il, à feu Hamdi Samba Diop, ministre du commerce et Baro Abdoulaye, secrétaire général de la présidence, qui lui demandaient, avec insistance, de voler au secours du Supermarché Balas. qu’il n’avait aucun élément disponible, alors que des policiers en tenue, étaient parmi la foule de vandales ? Il n’avait pas été le seul à répondre ainsi, les trois chefs d’état major avaient répondu de la même manière aux multiples S O S, lancés par feu Hamdi Samba Diop ( Qu’Allah aie pitié de son âme ) et Baro Abdoulaye à qui je manifeste ici ma reconnaissance éternelle. Cette identique réponse des plus hautes autorités chargées de la sécurité de l’ensemble du peuple mauritanien, m’a contraint à prendre mon arme et à m’auto- défendre. Tenez-vous bien ! Aussitôt que le premier coup de feu retentit dans la clameur, autour du Supermarché Balas, le colonel ELy ould Mohamed Fall, directeur Général de la sûreté, éleva son toupet, jusqu’à m’appeler au téléphone, pour m’intimer, l’ordre de remettre mon arme, et de me rendre, au commissaire Samba Diallo, accompagné de deux inspecteurs de police. Faute de quoi, il bombardera l’immeuble, dans le quel ma famille et moi étions pris en otage. Par pudeur, je vous dispenserai de la réponse, que je lui ai adressée.

Un jour les enregistrements de Mauritanie, restitueront. Quoi de plus normal, légal et légitime d’exercer, devant la lâche démission, de son état, d’exercer son auto-défense et son devoir de protection des 17 membres de sa famille, encerclés par des milliers de malfrats? Poussés par mes concurrents ( SM DIPAL ) appartenant à Abdou ould Maham et soutenus par le système étatique ; ces drogués, comme des zombies, avaient pour mission d’effrayer tout autre pulaar qui aurait l’audace de se hisser à leur niveau . Il faut le reconnaître, Le Supermarché Balas, était la fierté de tous ces nombreux pulaar, qui étaient désormais convaincus, qu’il n’est pas impossible à un des leurs de réussir dans le business. C’est ce démenti qui constitue, le grand péché, commis par Mr Balas, contre le système qui veut faire croire que, les noirs de Mauritanie en général et les pulaar en particulier, ne peuvent réussir le commerce du fait de leur folie dépensière, de leur incapacité de s’astreindre au fast pendant la période primaire d’accumulation du capital.

Ce que mon ami, Mohamed ould Hacen, professeur d’économie, à l’université de Nouakchott, appelle, ” le jeûne “, “l’abstinence” du début commercial. Toutefois, Arc-en-ciel , le Pmc , croit dur comme fer, que l’argument avancé, à savoir que Maouya ould Sid’Ahmed Taya n’avait pas ordonné bon nombre de ces aberrations et qu’il n’était même pas au courant de plusieurs autres , ne le dédouane nullement. Il était le commandant en chef, celui qui a délégué une portion de ses pouvoirs aux Walis , Hakems , commandants de bases militaires , commandant de brigades de gendarmerie , commissaires de police , chefs de détachements de la garde nationale , jusqu’aux larcins et petits agents administratifs véreux , qui sévissaient et écumaient sans pitié. Un de ces larcins, officier supérieur, directeur de l’école de gendarmerie de Rosso, l’ex-capitaine Leytou ould Said, avait chargé plusieurs vaches de peulhs du trarza, pour les “déporter” à Aleg; la remorque de vaches fut arrêtée à Boutilimitt. Cela est un secret de polichinelle, parce que connue de tout les Mauritaniens Maouya ould Sid’Ahmed Taya doit assumer la responsabilité de tout, et de tous. Arc-en-ciel , le Pmc , le considère comme étant le principal responsable et tous les autres assassins , voleurs , violeurs sont solidairement responsable avec lui. Tous doivent répondre, ici bas, devant les tribunaux nationaux ou internationaux, de leurs actes ignominieux, des atrocités qu’ils ont fait subir à leurs compatriotes, avant, irrémédiablement, de le faire devant l’infaillible jugement dernier.

Vous l’aurez alors constaté, l’aspect politique et principalement la question de la problématique de la cohabitation entre la communauté arabo-berbère et negro-mauritanienne a pris le dessus sur la littérature, la culture, qui devaient être le plat de résistance de l’émission de mon désormais, frère et ami Brahim Bakar ould Sneiba. Nonobstant tout ce qui précède, le peuple mauritanien, doit se surpasser, il aura plus à gagner, à faire son mea-culpa et rebâtir la bonne cohabitation en organisant un véritable débat national, comme celui tenu en Afrique du Sud sous la volonté de Mandela.

Il est maintenant évident que, chez nous en Mauritanie, au lieux que: tous les chemins mènent à Rome , c’est tous les débats , toutes les discussions et / ou causeries qui mènent à la problématique de la cohabitation entre les “Kowri” et les ( “thiapato , “naar”,”sourake ” ) . J’utilise volontiers, ces vocables, pour susciter les plaisanteries amicales du cousinage Germain. Cette trouvaille, purement africaine, huile les relations entre les peulhs et leurs “captifs” “sérères”, entre le ” naar gannar ” de Mauritanie et les ” Wolofs ” du Sénégal , etc, etc… La plaisanterie, du cousinage à germain, dilue les rancœurs et lubrifie les relations humaines. Alors , de Grâce , qu’il n’y ait plus de questions qui fâchent; bannissons la langue de bois et prenons le taureau par les cornes, le mal à sa racine, pour nous débarrasser de cette patate chaude qui nous brûle les mains. Cette responsabilité revient de prime à bord, à l’Etat mauritanien, et à son premier chef, Mohamed ould Abdel Aziz, ainsi qu’à l’ensemble du peuple mauritanien, c.a.d , à chacun de nous. Arc-en-ciel, le Pmc, pour sa part, s’y attellera. Vaille que vaille.

Notons également, au passage, que le simulacre de règlement du passif humanitaire concocté par Mohamed ould Abdel Aziz, n’a été qu’un coup d’épée dans l’eau, qui n’a permis qu’à une certaine mafia dirigée par de grosses pointures de se sucrer au dépens des véritables victimes militaires, paramilitaires, civils et d’operateurs économiques. Pour sauver notre prometteuse Mauritanie et lui éviter les affres qu’ont enduré beaucoup de pays africains, et que vivent actuellement les peuples du sud, sud soudan et de la république centrafricaine, ayons le courage, de crever les abcès et vivement que nous nous disions haut et fort, ce que nous nous marmonnons en longueur de journée, dans les bureaux, salons, véhicules de transport, etc , etc . Ainsi , nous prouverons, à la face du monde, notre maturité politique et notre stoïcisme, de pouvoir aller directement à la table de négociations sans passer forcément par la désastreuse case de la confrontation . Mes chers compatriotes , je me veux lanceur d’alertes, et, Arc-en-ciel, le Pmc , notre rampe de lancement, le cap Canaveral de la Mauritanie. Désormais, avec Arc-en-ciel , le Pmc , le soleil brillera pour tous les mauritaniens. In Cha’Allah ! ! !

 

           http://www.youtube.com/watch?v=Xcg1WftOC7c

 

Balas

Président, Arc-en-ciel, Le Pmc .

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Un juste de moins: le doyen Aboubackry Kane n´est plus!

alt Nous venons encore d´apprendre avec une grande tristesse le décès du doyen Aboubakry Kane, ancien conseiller territorial avant l’indépendance, ancien député, qui fut aussi vice-président de l´Asemblée nationale du Sénégal et membre du Conseil des sages du parti socialiste sénégalais. Nous venons de perdre un de nos parrains et soutiens pendant nos premières années d´exil au Sénégal, qui nous a ouvert ses portes et ses réseaux pour soutenir notre lutte contre le régime dictatorial du colonel Ould Taya pendant les années de braise.
Le BEN des FLAM et à travers lui tous nos militants et sympathisants présente ses condoléances les plus attristées à la famille du défunt, à ses camarades du parti socialiste et au peuple sénégalais dans son ensemble. Qu´Allah l´accueille en son Saint paradis et que la terre lui soit légère. AMINE

 

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