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FLAMNET-MÉMOIRE: Témoignage d´un journaliste négro-mauritanien sur les années de braise en Mauritanie
La diaspora commémore le 26 avril prochain à Paris les 25 ans de déportation des négro mauritaniens. A cette occasion voici mon témoignage sur les évènements de 89 que je voudrai bien partager avec vous.Témoignage déjà publié il ya quelques années.
Mauritanie :j’accuse Ould Taya
Journaliste, j’ai été engagé dans la fonction publique en tant que cadre. J’ai été détaché à l’office de Radio Mauritanie en 1977.J’y est travaillé sans interruption jusqu’au moment des graves évènements qui ont secoué le pays en 89 entre le Sénégal et la Mauritanie. Evènements qui ont été à l’origine de ma cessation d’activité et de mon exil en France.
Après les affrontements ethniques en avril 89 entre le Sénégal et la Mauritanie, j’accuse Ould Taya et son régime d’avoir engagé un vaste mouvement de déportations de citoyens noirs, en particulier contre une des composantes du pays, les Haalpulaar, une ethnie qui vit également du côté du Fleuve Sénégal. J’accuse le régime Ould Taya d’avoir prémédité et entrepris cette opération par l’établissement d’abord de listes par la direction générale de Sûreté. Parmi celles-ci figuraient notamment de hauts fonctionnaires, des universitaires, des journalistes, cadres moyens ainsi que du personnel subalterne, des militaires et de simples villageois paysans. Certains ont été conduits directement de leur lieu de travail à l’aéroport, d’autres ont comparu d’abord devant le directeur de la Sûreté ou un directeur régional de la police ou parfois même devant un simple commissaire de police de quartier avant de subir le même sort. Ce qui était encore la meilleure chose qui pouvait arriver à la personne. Car il arrivait que l’on soit gardé dans des “villas” réservées à cet effet pour on ne sait combien de temps et soumis à des tortures. C’est dans ce contexte que j’ai été à plusieurs reprises amené et convoqué à la police.
Ce jeudi 22 mai à 11h, deux policiers en civil sont venus me chercher à la Radio au moment où je m’apprêtais à effectuer un reportage. Avant de les suivre, j’ai informé mes collègues de cette convocation. A bord d’une R5 blanche de la police, nous sommes passés par la Télévision pour y prendre un collègue réalisateur Bâ Moussa Sidy avant d’être conduit au commissariat du quartier du Ksar. Arrivés à destination, les policiers nous ont introduits dans une grande salle d’attente bondée de monde, des négro-mauritaniens et essentiellement des haaalpulaar. Vers midi, le commissaire m’a tout simplement demandé de lui présenter mon certificat de nationalité. Après cette vérification d’identité, je suis reparti à la radio par taxi. J’ai appris par la suite que mon collègue de la Télévision avait été relâché . Ce jeudi 1er juin, j’étais encore à la radio. A 9 h, un policier en tenue, cette fois-ci est venu me chercher en présence de mes collègues. Il m’a emmené à pied au commissariat de la police qui se trouve en face de mon lieu de travail. A notre arrivée, il m’a immédiatement introduit dans la salle d’attente. Vu la longue file d’attente, je ne fus introduis dans le bureau du commissaire que vers 16h pour y subir un interrogatoire. J’ai décliné comme d’habitude mon identité. Mais à ma grande surprise, l’interrogatoire a porté sur mes “supposés relations” avec le mouvement FLAM( Front de Libération des Noirs en Mauritanie).Ne voulant pas et ne pouvant pas répondre à aucune des questions sans m’enferrer davantage j’ai préféré garder le silence. Le commissaire me renvoya à une autre audience le samedi 3 juin. Rentré chez moi, j’ai appris que Bâ Moussa Sidy a été déporté au Sénégal. J’apprendrais plus tard qu’il était question que je sois déporté en même temps que mon collègue de la Télévision, n’eût été l’intervention de ma tante Aïssata Kane, ex-ministre aux Affaires sociales sous le régime de Ould Daddah et à l’époque consultante d’une ONG et conseillère au Ministère de la Condition Féminine et actuellement à la retraite. Elle a joué un grand rôle de médiation dans cette affaire. C’est ainsi que je me suis présenté au commissariat central la date susmentionnée accompagné de ma tante Aïssata Kane muni de la copie du certificat de nationalité. Auparavant je lui avais confié tous mes originaux par mesure de sécurité. En effet, je craignais qu’on me les confisquât après l’interrogatoire comme ce fut le cas de la plupart de ceux qui avaient été convoqués . L’interrogatoire cette fois-ci en présence de ma tante portait sur nos liens de parenté. Les autorités connaissaient bien ces liens de parentés avec elle et avec d’autres cousins comme Ibrahima Abou Sall et Kane Saidou et un collègue de travail Ibrahima Mocktar Sarr qui étaient à l’époque détenus à la prison d’Aioun, prisonniers d’opinion pour avoir publié le Manifeste du Négro-mauritanien, une diatribe contre le racisme des noirs en Mauritanie et soutenus par Amnesty International . Après cette introduction , le commissaire demanda à un policier de me faire sortir pour le laisser en tête à tête avec ma tante. Il me conduisit dans une cellule en me poussant violemment à l’intérieur puis m’enferma à clé. J’étais seul dans une cellule réservée généralement aux délinquants. J’y suis resté jusqu’au moment où le même policier est venu m’ouvrir pour me reconduire chez le commissaire. Il était 10h. Le commissaire m’a dit que j’étais libre et je suis reparti avec ma tante. J’ai voulu reprendre aussitôt service mais à ma grande surprise, le directeur de la radio m’a notifié verbalement que j’étais remis à la disposition du Ministère de tutelle. Ce que me confirma verbalement le directeur général à l’issue d’un entretien qu’il m’a accordé . Et c’est le début d’un camouflage qui ne dit pas son nom. Après d’interminables va et vient au Ministère de l’information, j’ai appris que j’avais été licencié pour abandon de poste. C’est le procédé utilisé pour donner une couverture légale aux nombreuses déportations ou licenciements abusifs. J’ai néanmoins procédé à un recours hiérarchique qui bien sûr est resté sans suite. Je pensais que mon licenciement était la finalité de toutes ces persécutions et que j’en avais fini avec les tracasseries policières. C’était lourdement me tromper.
Ce jeudi 29 juin à 20h, deux policiers en tenue sont venus à la maison. Nous sommes montés dans une 404 camionnette noir blanc de la Police. Ils m’ont emmené au commissariat Toujounine, à 10 km environ de la capitale. Ils m’ont introduit dans le bureau du commissaire qui m’attendait. Ils sont ressortis me laissant seul avec lui. Le commissaire a commencé à parler en Hassanya, dialecte maure. Ne comprenant pas tout ce qu’il me disait j’ai gardé le silence. Puis il reprit son discours en français pour me dire que c’était une preuve que je n’étais pas mauritanien parce que ne parlant pas Hassanya. J’ai rétorqué que je parle le pulaar et le français. Cela l’a exacerbé et il m’a menacé de me faire retourner chez moi qui pour lui était le Sénégal. Il a commencé lui aussi à me parler du FLAM et a prétendu que j’en faisais parti. Puis le commissaire a appelé les deux policiers qui m’ont jeté par force dans une petite salle.Ils m’ont tabassé à coup de matraque avant de fermer la porte sur moi. J’ai passé la nuit dans cette salle minuscule jusqu’au petit matin. Au réveil je divaguais dans un esprit vague par manque de sommeil. Je tournais en rond dans cette cellule. A 7 h j’étais enfin libre. Vu l’état dans lequel j’étais, je suis parti chez ma tante. Celle-ci s’est plainte aux autorités qui ont prétendu que c’était une erreur. Craignant pour ma sécurité, j’ai décidé d’habiter chez un ami pour éviter l’isolement. Je suis resté ainsi sans emploi et sans ressources jusqu’au 23 août, date de mon embauche comme coordinateur et responsable de la mobilisation sociale à l’UNICEF dans le cadre des journées maghrébines de vaccination du 15 octobre au 18 décembre 1989.Ce contrat de travail me donnait en quelque sorte une protection internationale. Je ne me trompais pas puisque certains hauts responsables du Ministère de l’information sont effectivement venus, à plusieurs reprises, à l’UNICEF pour s’entretenir avec le représentant de ma présence au sein de cet organisme. Ce dernier qui envisageai de me mettre dans un autre projet à la fin de mon contrat, s’est vu, pour un problème de sécurité, obligé de me conseiller de quitter le territoire avec une proposition d’une mission à Paris. Cela devenait nécessaire car ma sécurité n’était plus assurée dans mon propre pays. J’ai quitté Nouakchott le 1er janvier 1990 à 00h 35 par un vol Air Afrique et depuis je vis en exil en France.
Yaya Chérif KANE-Journaliste
Rouen-France.
FLAMNET-RÉTRO: TEMOIGNAGE SUR LES DEPORTATIONS EN MAURITANIE 1989; CAS DU TAGANT
La déportation est l’action d’obliger quelqu’un, le plus souvent un groupe de personnes, de quitter son habitat, son territoire ou son pays.
Dans le droit français, la déportation occupe la troisième place après la peine de mort et les travaux forcés à perpétuité pour sanctionner ceux qui ont commis des crimes contre la sûreté de l’état ; dans certains cas, la déportation a pour objectif la destruction physique notamment dans le génocide des Arméniens, des Juifs et des Tsiganes.
C’est cette destruction physique que visaient les déportations en Mauritanie dont les victimes ne sont coupables d’aucun crimes ; sinon d’être nés noirs et de vouloir le rester.
Le prétexte que prirent les autorités mauritaniennes fut un banal incident entre éleveurs mauritaniens et paysans sénégalais qui malheureusement dégénéra occasionnant des conséquences incalculables, dont les journées macabres à Dakar puis à Nouakchott qui resteront à jamais inoubliables :
Des massacres et pillages biens eurent lieu des deux côtés. Les sénégalais en Mauritanie furent l’objet de rapatriement chez eux.
La communauté internationale découvrit avec surprise et stupeur que la Mauritanie, lors du rapatriement des rescapés sénégalais déportait en même temps plusieurs dizaines de milliers de ses citoyens noirs au Sénégal et au Mali (Peuls, Wolofs, Bamana et Soninko)
Les différents recensements du HCR à leur sujet avancent des chiffres oscillant entre 65 000 et 70 000 au
Sénégal, et 10 000 et 15 000 au Mali.
Dans des villes comme Nouakchott Nouadhibou des fonctionnaires, des ouvriers furent arrêtés dans leur lieu de travail, certains furent détenus arbitrairement avant d’être déportés, d’autres le furent directement, laissant derrière eux leurs familles entières (conjoint-e, enfants, pères, mères, etc.).
A l’intérieur du pays, un autre mode opératoire minutieusement planifié fut exécuté par des gouverneurs qui rivalisèrent de zèle, de brutalité et de haine contre de paisibles citoyens.
Des militaires, des gendarmes et autres milices armées encerclent les villages. Les hommes sont triés et conduits très loin hors du village, où ils seront torturés et humiliés avant d’être conduits au fleuve (la frontière) pour se retrouver au Sénégal.
Les femmes et les enfants séquestrés un ou deux jours durant, à la merci de leurs bourreaux, subissent viols et violence avant de connaître le même sort que les hommes.
Dans un article écrit par feu Sennen ANDRIAMIRADO paru dans Jeune Afrique n° 1487, juillet 1989 on peut lire : « un vieillard montrer sa carte d’identité nationale mauritanienne et raconte. Des soldats haratines commandés par des Beydanes sont venus nous réveiller à 2 heures du matin. Ils ont rassemblé tous les habitants à la maison communautaire. Les bijoux des femmes et des jeunes filles ont été arrachés ; on nous a demandé nos papiers pour vérification d’identité, puis ils les ont déchirés. Tous les hommes ont été déshabillés complètement .A 4heures du matin on nous a embarqués dans des camions jusqu’à environ 70 km de notre village. Là on nous a fait monter dans des pirogues pour nous faire traverser le fleuve, à un endroit où il n’y avait pas, de l’autre côté des villages sénégalais. Les jeunes ont voulu résister, ils ont été tabassés. »
Il écrit plus loin , « tous les soirs des centaines de nouveaux arrivants , cette fois exclusivement des Négro-mauritaniens « déportés » débarquent dans les villages sénégalais des départements de Dagana, Podor, Matam et Bakel ;certains ont franchi le fleuve en pirogues, d’autres à gué ou à la nage. ».
Dans la région de Tagant, le gouverneur a procédé autrement, ce que nous expliquerons à travers notre témoignage qui est aussi celui de nos compagnons d’infortune.
Tous les fonctionnaires noirs qui servaient au Tagant en 1989 furent déportés au Sénégal.
Après l’expulsion des sénégalais, nous, noirs non haratines fûmes convoqués et parqués deux jours durant à l’escadron de la garde nationale à Tidjikja pour vérifier notre nationalité par une commission composée :
- du gouverneur de la région
- du directeur de sûreté régionale
- du commandant de la région militaire
- du chef de brigade de la gendarmerie
- du chef de brigade de la garde régionale.
Devant cette commission, il fallait présenter tous nos papiers d’état civil :
- Acte de naissance
- Carte d’identité nationale
- Certificat de nationalité
- Diplômes
Ensuite répondre à une série de questions dont :
Quelle est votre position par rapport au conflit qui oppose la Mauritanie au Sénégal ?
Est-ce que vous avez de la famille au Sénégal ?
Est-ce que dans le passé vous avez eu à faire des séjours au Sénégal ?
Qu’est ce que vous connaissez des FLAM,
Connaissez-vous les officiers putschistes de 1987 ?
Nous fûmes tous libérés mais nos papiers confisqués. Notre répit fut de très courte durée.
Le directeur régional de la sureté et son adjoint tous noirs (peuls) furent arrêtés et envoyés à Nouakchott.
Alors, les arrestations et détentions de tous les fonctionnaires noirs reprirent.
A la date du 25 mai 1989, tous les négro-mauritaniens étaient détenus et ramenés à Tidjikja au commissariat de police et en prison où nous sommes restés pendant 4 jours avant le grand rassemblement des familles qui annonçait la déportation.
Dans la nuit du 28 mai 1989, des camions bennes furent envoyés à nos domiciles pour embarquer nos familles, ne leur laissant rien prendre (comme les hommes), sauf les vêtements qu’elles portaient.
Au petit matin, lorsqu’on nous sortit de nos cellules c’est pour les rejoindre pour une destination inconnue.
Au sortir de Tidjikja, notre convoi fit une halte dans une cuvette où nous attendaient toutes les autorités de la région, le gouverneur à leur tête.
Avec une brutalité bestiale, les gardes nous firent descendre pour une fouille systématique et humiliante ; ils nous reprirent tout, jusqu’à nos bagues.
Lorsque notre convoi reprit la route, les militaires, gendarmes et gardes lourdement armés pour nous escorter étaient plus nombreux que nous.
Entassés comme du bétail, nous endurâmes les difficultés du voyage ( on était des cibles des villages que nous traversions ; insultes, jets de pierres) jusqu’au lendemain à midi, pour arriver à Boghé où nous fûmes accueillis par des gardes et des policiers, plus hargneux, plus zélés.
Furieux et déçus de n’avoir rien trouvé sur nous à reprendre après une dernière fouille, ils obligèrent certains à échanger leurs habits encore en bon état contre des haillons repris de ceux qui nous ont précédés..
Des armes braquées sur nous, sans chaussures alors que la température dépassait les 50 degrés à l’ombre nous fûmes conduits comme du bétail au fleuve.
De la rive sénégalaise, des piroguiers nous voyant arriver, nous apportèrent des pirogues pour nous faire traverser le fleuve. Nous avons marché les pieds nus sur le sable chaud d’un soleil de mai de la rive au village de Demeth.
Les habitants du village sénégalais nous accueillirent spontanément et chaleureusement, nous faisant oublier le calvaire que venions de vivre.
C’était le 30 mai 1989 à 13heures.
Ce sera pour certains d’entre nous un aller sans retour .Ils seront nombreux à succomber aux maladies, à la misère, au chagrin de cet exil forcé, emportant dans leur tombe l’espoir d’un retour dans leur patrie parce que c’était à l’espoir que caressaient tous les déportés
Au vu de ce qui s’est passé, nous exigeons aux autorités mauritaniennes que ceux qui sont rentrés au pays soient indemnisés à la hauteur du préjudice subi( moral et matériel) et qu’ils retrouvent leur travail en tenant compte des réalités en place. Ce n’est point 2 millions d’ouguiyas qui effaceront la souffrance subie.
Nous voudrions terminer en vous invitant ici , maintenant et pour toujours, d’ avoir pour eux une pensée pieuse, une prière pour que reposent en paix leurs âmes en terres étrangères.
NIANG Amadou Boubou et DIA Ibrahima Aly dit Yaaya Maabel
Anciens enseignants et déportés Mauritaniens au Sénégal.
Membres de la section des FLAM-Europe de l´ouest.
Decembre 2013
FLAMNET-RÉTRO : OUALATA: LA CASSETTE AUDIO DE ALASAN UMAR BAH Par Ibraahiima Abuu Sal -Historien-chercheur-rescapé de la prison de Oualata
Le jeudi 26 août 1988 à 15h 05 mn est décédé le Maréchal de Logis chef de la Gendarmerie Alasan Umar Bah dans la grande salle de la prison mouroir de Wâlata où étaient parqués des FulBe et des Wolof de la mouvance nationaliste qui lutte contre l’hégémonie Arabe et le racisme en Mauritanie. «Laa i laaha illallaah, AlasanUmar yehiii» («Laa ilaaha illallaah , Alasan Umar est parti») a crié une voix. Tout le monde s’est précipité, certains en récitant des versets du Qoran, près du corps qui venait de rendre son dernier souffle après avoir protesté de sa dernière plainte.J’avais gardé la cassette audio dans ma bibliothèque, à la maison. J’avais promis qu’une fois hors de prison, je lui donnerai une copie.
Elle effrayait même certains qui nous prenaient pour des êtres anormaux. Comment vivre cette situation carcérale et se comporter comme si nous étions dans une situation normale. En nous regroupant tous ensemble, le régime n’avait pas compris combien il nous rendait un grand service. Une analyse sur laquelle je reviendrai aussi. J’avais souhaité donc que l’on affichât une atmosphère de deuil dans la salle, mais l’ex-adjudant Woon Sammba Yero, l’ex-adjudant-chef Pape Gey et le maréchal des logis Mammadu Habii Bah issus tous du corps de la gendarmerie étaient en train de jouer au cokki. Ils criaient, chahutaient, injuriaient comme ils savaient si bien le faire eux aussi. Comme si nous n’étions pas en deuil. Je fis la remarque à Abdullay Bari qui tenta de rappeler à certains plus de retenue pour la circonstance : «njiiDDaa ko yimBe ngoya. Maayde ko maayde tan. So ari ari. Hay gooto waawaa heen» rétorqua le plus naturellement Woon Sammba. Puis ils continuèrent leur jeu. Et dire que c’est Woon Sammba yero qui était pressenti par la plupart comme celui qui allait mourir le premier. Il était très atteint par le béribéri. Malgré tout, il avait gardé le moral très haut.
Nous attendions sa venue comme une chose normale dans le contexte où nous vivions, tout en espérant au fond de nous-mêmes que Alasan Umar Bah soit ledernier. Une semaine après Alasan Umar, le vendredi 2 septembre, c’était le tour de Teen Yuusuf Gey de partir. Puis l’ex-lieutenant du génie Abdul Qudduus Bah le mercredi 13, puis Tafsiiru Jiggo le samedi 28 septembre La série blanche allait continuer pendant un mois. A Wâlata, les mois d’août et de septembre 1988 ont été des mois blancs pour notre combat. Nous y reviendrons.
TÉMOIGNAGE SUR LES ANNÉES DE BRAISE: BALAS: “Ma ‘seconde religion’ est la cohabitation
Arc-en-ciel, le parti mauritanien du concret, a eu l’honneur, ce mercredi 08/01/2014, d’être invité à l’émission: “1h avec un livre”, sur la chaîne Chinguit TV animée par Mr Brahim Bakar ould Sneiba , ex officier supérieur de l’armée mauritanienne , aujourd’hui, devenu écrivain journaliste. Initialement, l’émission devait être littéraire, culturelle et débattre du livre intitulé : ” Ou va la Mauritanie ? “, écrit par Mr Isselmou ould Abdel Khadre, ancien Wali, ancien ministre, sous le magistère de Maouya ould Sid’Ahmed Taya.
Le point d’orgue de l’émission a été atteint quand cet ancien ministre, sans réfuter sa part de responsabilité dans la solidarité gouvernementale, a volé au secours de Maouya ould Sid’Ahmed Taya, pour démontrer que celui-ci n’était pas raciste. Comme première preuve, précise t-il, c’est avec la complicité de ses amis officiers Négro-mauritaniens: feu Colonel Yall Amadou, Colonel Anne Amadou Babaly, Colonel Siliman Soumare, Commandant Diop Mamoudou, qu’il avait pris le pouvoir. Selon lui, Maouya, était devenu otage du système mis en place méthodiquement par les mouvements extrémistes arabo-berbères, bassistes, nasseriens, qui avaient savamment infiltré tous les rouages du pouvoir et principalement, les services de renseignement, de tous les corps et du Bed. Ces mouvements, puissamment installés, partout, l’avaient dressé contre la communauté noire, en lui faisant croire, photos, documents et montages à l’appui, que celle -ci, au niveau de l’armée, s’apprêtait à le destituer et à broyer tous les arabo-berbères.
Mr Isselmou ould Abdel Khadre, était quant à lui , pendant ces années de braise , Wali du Brakna (Aleg). Pour ce qui le concerne, il a suivi sa conscience et refusa de verser dans la vindicte, la chasse aux Pulaars. Mieux, il a été l’un des très rares, pour ne pas dire le seul, à oser libérer tous les prisonniers noirs à Bouhadida, entre Aleg et Boghe. Ces détenus qui attendaient dans les cellules de la mort , venaient exclusivement de Aéré Golere, Aéré Mbar, Djoudé Djery et Bababé. Après l’émission, certains militants d’Arc-en-ciel , m’ont téléphoné pour confirmer les propos de Mr Isselmou qui les a effectivement sauvés de la mort. Ces miraculés, précisent, à son corps défendant, qu’ils étaient au nombre de 27 dont 7 femmes allaitantes, avec leurs bébés. Hélas ! Les détenus de Rosso, n’avaient pas bénéficié de cette aubaine pour échapper aux griffes du directeur régional de la sûreté, le tristement célèbre Cheikh ould Mohamed Salem. La dernière goutte qui a fait déferler son vase , fut , lorsqu’il a abattu, en tirant à bout portant , entre Rosso et Boghe , sur un jeune berger peulh , qui avait, à juste titre, refusé de lui céder deux de ses moutons pour qu’il en fasse son festin de weekend . Cette bavure, lui valut, la radiation du corps de la police et il vit actuellement, en toute quiétude, dans son campement de Lejouad dans la commune de Aéré Mbar, département de Bababé.
Hélas également ! Pour les multiples et très nombreux exécutés à ” kadiel bossori ” qui veut dire en pulaar, la petite colline boucherie, située entre Sélibaby et Woul Yenzé du temps de Dah ould Abdel jelil, Wali du guidimaka , où un nombre inimaginable de peulhs, ont été égorgés comme des moutons et ensevelis comme des scélérats. Mr Dah ould Abdel Jelil, en sa qualité de Wali, confisquait systématiquement, les armes détenus par les peulhs et au même moment, il les remettait à ses sbires, qui ne tardaient pas à leur tour, à faire les sales besognes.
J’interpelle solennellement l’ancien Wali ,Dah ould Abdel Jelil, pour lui demander, où sont passés les 13 habitants du village de Mouta, qui ont disparus depuis ce temps à nos jours? Il y’avait parmi eux des femmes en état de grossesse et des enfants en très bas âge. Le chef de village, Goumbo Diawo, ( ami à mon feu père Hamady Soma ), charlatan, de son état, revenait de Nouakchott, avec le fruit de son travail de connaisseur traditionnel: un peu d’argent, quelques objets de valeur ( postes radios , magnétophones, couvertures de premier choix…. ) qui avaient aiguisé l’appétit vorace des gardes ou militaires qui l’avaient vu débarquer de “Noua”. Tout ce petit village d’éleveurs, d’innocents petits enfants, de femmes et de pauvres vieillards a été exterminé et effacé de la terre. Cette cruauté n’a d’égale que celle des nazis d’Adolphe Hitler, qui avaient agi de la sorte à Oradour sur Glane ( France ) le 10 juin 1944. Hélas ! Qu’il n’y eut pas eu, plusieurs Isselmou ould Abdel Khadre ! NB: A Arc-en-ciel, le Pmc , notre devise est : Unité , Égalité , Transparence ; nous sommes alors tenus, à ne jamais utiliser la langue de bois; nous enseignons aux générations montantes, à notre jeunesse, la culture de la vérité et non celle de la réussite effrénée, de la connivence, de la couardise et de la mascarade.
Comment accepter, que notre colonel président Maouya n’avait rien vu de tout cela ? Sauf que, dit-on : qu’il n’y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. D’autres, seraient tenté de croire, que la cécité de Maouya, est due, alors, à la distance qui le sépare, de ses Walis et de leurs sbires. Non ! Un chef d’état, a, son œil et son oreille, au moins, partout, sur l’ensemble de son territoire. Si les Walis et autres responsables de la république qui écumaient sur le reste du territoire, échappaient à son contrôle, du fait de la distance; le président Maouya, son directeur général de la sûreté, ELy ould Mohamed Fall ( Vall ) et ses trois chefs d’état major ( Armée, Gendarmerie, Garde nationale), par contre, ces derniers, alors qu’ils étaient tous dans la ville de Nouakchott, fermaient les yeux sur les saccages de tous les biens des opérateurs économiques noirs.
Pourquoi, ELy ould Mohamed Fall, rétorquait t-il, à feu Hamdi Samba Diop, ministre du commerce et Baro Abdoulaye, secrétaire général de la présidence, qui lui demandaient, avec insistance, de voler au secours du Supermarché Balas. qu’il n’avait aucun élément disponible, alors que des policiers en tenue, étaient parmi la foule de vandales ? Il n’avait pas été le seul à répondre ainsi, les trois chefs d’état major avaient répondu de la même manière aux multiples S O S, lancés par feu Hamdi Samba Diop ( Qu’Allah aie pitié de son âme ) et Baro Abdoulaye à qui je manifeste ici ma reconnaissance éternelle. Cette identique réponse des plus hautes autorités chargées de la sécurité de l’ensemble du peuple mauritanien, m’a contraint à prendre mon arme et à m’auto- défendre. Tenez-vous bien ! Aussitôt que le premier coup de feu retentit dans la clameur, autour du Supermarché Balas, le colonel ELy ould Mohamed Fall, directeur Général de la sûreté, éleva son toupet, jusqu’à m’appeler au téléphone, pour m’intimer, l’ordre de remettre mon arme, et de me rendre, au commissaire Samba Diallo, accompagné de deux inspecteurs de police. Faute de quoi, il bombardera l’immeuble, dans le quel ma famille et moi étions pris en otage. Par pudeur, je vous dispenserai de la réponse, que je lui ai adressée.
Un jour les enregistrements de Mauritanie, restitueront. Quoi de plus normal, légal et légitime d’exercer, devant la lâche démission, de son état, d’exercer son auto-défense et son devoir de protection des 17 membres de sa famille, encerclés par des milliers de malfrats? Poussés par mes concurrents ( SM DIPAL ) appartenant à Abdou ould Maham et soutenus par le système étatique ; ces drogués, comme des zombies, avaient pour mission d’effrayer tout autre pulaar qui aurait l’audace de se hisser à leur niveau . Il faut le reconnaître, Le Supermarché Balas, était la fierté de tous ces nombreux pulaar, qui étaient désormais convaincus, qu’il n’est pas impossible à un des leurs de réussir dans le business. C’est ce démenti qui constitue, le grand péché, commis par Mr Balas, contre le système qui veut faire croire que, les noirs de Mauritanie en général et les pulaar en particulier, ne peuvent réussir le commerce du fait de leur folie dépensière, de leur incapacité de s’astreindre au fast pendant la période primaire d’accumulation du capital.
Ce que mon ami, Mohamed ould Hacen, professeur d’économie, à l’université de Nouakchott, appelle, ” le jeûne “, “l’abstinence” du début commercial. Toutefois, Arc-en-ciel , le Pmc , croit dur comme fer, que l’argument avancé, à savoir que Maouya ould Sid’Ahmed Taya n’avait pas ordonné bon nombre de ces aberrations et qu’il n’était même pas au courant de plusieurs autres , ne le dédouane nullement. Il était le commandant en chef, celui qui a délégué une portion de ses pouvoirs aux Walis , Hakems , commandants de bases militaires , commandant de brigades de gendarmerie , commissaires de police , chefs de détachements de la garde nationale , jusqu’aux larcins et petits agents administratifs véreux , qui sévissaient et écumaient sans pitié. Un de ces larcins, officier supérieur, directeur de l’école de gendarmerie de Rosso, l’ex-capitaine Leytou ould Said, avait chargé plusieurs vaches de peulhs du trarza, pour les “déporter” à Aleg; la remorque de vaches fut arrêtée à Boutilimitt. Cela est un secret de polichinelle, parce que connue de tout les Mauritaniens Maouya ould Sid’Ahmed Taya doit assumer la responsabilité de tout, et de tous. Arc-en-ciel , le Pmc , le considère comme étant le principal responsable et tous les autres assassins , voleurs , violeurs sont solidairement responsable avec lui. Tous doivent répondre, ici bas, devant les tribunaux nationaux ou internationaux, de leurs actes ignominieux, des atrocités qu’ils ont fait subir à leurs compatriotes, avant, irrémédiablement, de le faire devant l’infaillible jugement dernier.
Vous l’aurez alors constaté, l’aspect politique et principalement la question de la problématique de la cohabitation entre la communauté arabo-berbère et negro-mauritanienne a pris le dessus sur la littérature, la culture, qui devaient être le plat de résistance de l’émission de mon désormais, frère et ami Brahim Bakar ould Sneiba. Nonobstant tout ce qui précède, le peuple mauritanien, doit se surpasser, il aura plus à gagner, à faire son mea-culpa et rebâtir la bonne cohabitation en organisant un véritable débat national, comme celui tenu en Afrique du Sud sous la volonté de Mandela.
Il est maintenant évident que, chez nous en Mauritanie, au lieux que: tous les chemins mènent à Rome , c’est tous les débats , toutes les discussions et / ou causeries qui mènent à la problématique de la cohabitation entre les “Kowri” et les ( “thiapato , “naar”,”sourake ” ) . J’utilise volontiers, ces vocables, pour susciter les plaisanteries amicales du cousinage Germain. Cette trouvaille, purement africaine, huile les relations entre les peulhs et leurs “captifs” “sérères”, entre le ” naar gannar ” de Mauritanie et les ” Wolofs ” du Sénégal , etc, etc… La plaisanterie, du cousinage à germain, dilue les rancœurs et lubrifie les relations humaines. Alors , de Grâce , qu’il n’y ait plus de questions qui fâchent; bannissons la langue de bois et prenons le taureau par les cornes, le mal à sa racine, pour nous débarrasser de cette patate chaude qui nous brûle les mains. Cette responsabilité revient de prime à bord, à l’Etat mauritanien, et à son premier chef, Mohamed ould Abdel Aziz, ainsi qu’à l’ensemble du peuple mauritanien, c.a.d , à chacun de nous. Arc-en-ciel, le Pmc, pour sa part, s’y attellera. Vaille que vaille.
Notons également, au passage, que le simulacre de règlement du passif humanitaire concocté par Mohamed ould Abdel Aziz, n’a été qu’un coup d’épée dans l’eau, qui n’a permis qu’à une certaine mafia dirigée par de grosses pointures de se sucrer au dépens des véritables victimes militaires, paramilitaires, civils et d’operateurs économiques. Pour sauver notre prometteuse Mauritanie et lui éviter les affres qu’ont enduré beaucoup de pays africains, et que vivent actuellement les peuples du sud, sud soudan et de la république centrafricaine, ayons le courage, de crever les abcès et vivement que nous nous disions haut et fort, ce que nous nous marmonnons en longueur de journée, dans les bureaux, salons, véhicules de transport, etc , etc . Ainsi , nous prouverons, à la face du monde, notre maturité politique et notre stoïcisme, de pouvoir aller directement à la table de négociations sans passer forcément par la désastreuse case de la confrontation . Mes chers compatriotes , je me veux lanceur d’alertes, et, Arc-en-ciel, le Pmc , notre rampe de lancement, le cap Canaveral de la Mauritanie. Désormais, avec Arc-en-ciel , le Pmc , le soleil brillera pour tous les mauritaniens. In Cha’Allah ! ! !
http://www.youtube.com/watch?v=Xcg1WftOC7c
Balas
Président, Arc-en-ciel, Le Pmc .
Un juste de moins: le doyen Aboubackry Kane n´est plus!
Nous venons encore d´apprendre avec une grande tristesse le décès du doyen Aboubakry Kane, ancien conseiller territorial avant l’indépendance, ancien député, qui fut aussi vice-président de l´Asemblée nationale du Sénégal et membre du Conseil des sages du parti socialiste sénégalais. Nous venons de perdre un de nos parrains et soutiens pendant nos premières années d´exil au Sénégal, qui nous a ouvert ses portes et ses réseaux pour soutenir notre lutte contre le régime dictatorial du colonel Ould Taya pendant les années de braise.
Le BEN des FLAM et à travers lui tous nos militants et sympathisants présente ses condoléances les plus attristées à la famille du défunt, à ses camarades du parti socialiste et au peuple sénégalais dans son ensemble. Qu´Allah l´accueille en son Saint paradis et que la terre lui soit légère. AMINE





