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FLAMNET-RÉTRO: Lettre ouverte des détenus politiques négro-africains Flamistes de la prison civile de Nouakchott aux militaires du CMSN. (octobre 1987)
A Messieurs le président et les membres du comité militaire de salut national à Nouakchott.
Le 22 septembre 1987, des militants arabo-berbères du mouvement baath, d’obédience irakienne, ont été libérés à la faveur d’un verdict clément, rendu par la cour criminelle de Nouakchott. Les uns ont été condamnés à 6 mois de prison avec sursis, les autres purement et simplement relaxés.
Arrêtés en flagrant délit à la fin du mois d’août, ils ont été accusés «d’appartenir à une organisation de malfaiteurs», «d avoir participer à des réunions non autorisées, avec «séquestrations» et «détournement de mineurs».
On se rappelle qu’il y a un an nous avions été arrêtés et condamnés pour «appartenance à une organisation illégale», «participation à des réunions non autorisées»,«élaboration et distribution de tracts»,«propagande à caractère raciste».
Les peines maximales, allant de six(6) mois à cinq(5) ans de prison ferme nous furent alors infligées avec un cortège de dispositions toutes privatives de droits (bannissements, amendes lourdes, pertes de droits civiques) que confirmeront les cours d’appel et de cassation.
Si les militants du Baath ont pu bénéficier de conditions optimales pour leur défense, notre procès fut, quant à lui, une véritable parodie. En effet, leurs avocats ont pu régulièrement les rencontrer et accéder librement à leurs dossiers. Ce ne fut pas le cas des nôtres qui eurent toutes les difficultés à la fois pour nous rencontrer et pour prendre connaissance à temps, des rapports de police, lors de la première audience. Le tribunal s’étant opposé à leur demande de report de la dite audience, nos avocats se virent dans l’impossibilité » de remplir leur mission et quittèrent la salle.
Malgré ce vice de procédure, l’absence de nos avocats, et notre refus de parler, sans eux, le tribunal prononça tout de même, sa condamnation. Ajouté à tout cela, le parquet n’a pu justifier d’aucune preuve patente si ce ne sont les aveux obtenus dans les locaux de la police sous la torture la plus sauvage et les pressions psychologiques et morales. Comble de l’ignominie, une des détenues fut violée par un officier de police, à ce jour impuni.
Ni l’audition des accusés, ni le dépouillement des dossiers n’ont pu justifier cette condamnation, pas la moindre mention de flagrant délit.
Contrairement aux Baathistes trouvés en pleine réunion, nous avons été tous arrêtés à domicile, au bureau, au cours de voyage. Mieux, à l’appel le ministère public déclaré d’avoir rien à retenir contre certains d’enter nous dont les peines furent, tout de même confirmées. Que dire alors de ce verdict à l’endroit de ces militants arabo-berbères dont l’extrême clémence contraste avec le réquisitoire l’avocat général qui demandait contre eux la réclusion à perpétuité?
Ces procès révèlent, on le voit bien un traitement discriminatoire qui devaient se perpétuer jusque dans nos conditions de détentions; celles-ci, d’une extrême sévérité se traduisent pour nous depuis plus d’an par toutes sortes d’interdictions. Interdiction de communiquer avec nos familles, délogées depuis notre condamnations et dont certaines avaient été prises en otage par la police, interdiction à tout moment donné, de recevoir d’elles ou d’acheter du matériel nécessaire à la condition de vie quotidienne (vêtements, savons, bougies, sucre etc., nos familles nous prenant en charge totalement pour la nourriture et les médicaments), refus d’examens et de soins médicaux spécialisés(cf. diverses maladies oculaires, dentaires, accident au retour du procès ayant entrainé fractures et luxations etc. .,,,) , interdiction e nous mouvoir à l’intérieur de la prison, réclusion et surveillance permanente par un poste de garde en faction devant nos cellules verrouillées, sans compter la promiscuité due à l’exigüité et à l’insalubrité des locaux. Nous vous faisons grâce de la scène de la mitraille sur la nuque en nous rendant aux commodités et de la vindicte de certains agents de surveillance qui confondent leur prise de position politique ou affective avec la législation pénitentiaire.
Telles sont nos conditions de détention, conditions que reprouvent et l’esprit et la lettre de la déclaration universelle des droits de l’Homme (O.N.U), de la charte africaine des droits de l’Homme et des Peuples (OUA) dont notre pays est signataire et que par ailleurs, aucune disposition de la sentence qui nous frappe ne justifie.
Les neuf correspondances adressées par nous aux différentes autorités : régisseur, commandant du GR9 (l’officier de la garde chargé de la prison), gouverneur, procureur de la République, Délégué du gouvernement, Ministres de l’intérieur et de la justice(lettres des 17/11/86, 14/12/86, 14/2/87, 25/3/87, 29/3/87,19/5/87, 8/6/87 et 9/6/87) sont restées sans suite.
Cependant, dès l’arrivée des Baathistes qui furent emprisonnés dans les mêmes que nous, avant d’être jugés, les conditions s’améliorent, comme par miracle. Ainsi la porte qui demeurait toujours close est ouverte, la circulation à l’intérieur de la prison est autorisée. Mieux, on leur aménage les entrevues clandestines avec leurs familles, ce qui nous est toujours refusée.
Deux médecins sont réquisitionnés, sur la demande de leur avocats, pour les consulter permettant ainsi à certains d’entre nous d’en profiter.
Curieusement, dès leur relaxe, nous fûmes remis dans nos cellules de réclusions initiales
Il apparait clairement, clairement à travers ces procès et ces conditions de détention, une politique de deux poids deux mesures.
Nous tenons ici à lever toute équivoque : nous ne serons cautionner une justice qui, pour réparer des tords commis contre nous, condamnerait les Baathistes(ou tout autre) s’ils se révèlent innocents ; Bathistes avec lesquels, du reste, nous avons vécu en parfaite harmonie durant leur brève détention. En second lieu, nous sommes opposés à toute détention pour délit d’opinion. Car si nous sommes en prison, transformés arbitrairement en détenus de droit commun, c’est pour avoir ouvertement exprimé nos opinions politiques. Si le «Manifeste du négro-Mauritanien opprimé» publié en avril 1986 mettait à nu l’existence de l’oppression raciale dans notre pays, il dénonçait également le chauvinisme érigé en système de puis l’indépendance , plaçant le négro mauritanien dans une situation de dominé. Toute la situation décrite ci-dessus ne fait que confirmer la justesse de nos vues sur la question nationale.
Pour toutes réponses aux propositions avancées on a choisi la répression pour esquiver la question, au lieu de chercher des solutions de fond. En effet, tous ceux qui nous avaient soutenus matériellement ou moralement et ceux qui avaient refusé de cautionner notre arrestation furent soit demis de leur fonction, soit emprisonnés dans diverses localités du pays notamment à Nouakchott, Kaedi, Selibaly, Rosso, Diowol, Noudhibout, ou Zouerate. Les autres, pour échapper à la répression durent s’exiler. Une psychose est créée et entretenue pour décourager toute velléité de résistance.
Cette vaste répression a eu lieu durant la réimplantation syndicale et à la veille à la campagne pour les élections municipales , pour lesquelles du reste, le recensement de la populations noire n’a pas été correctement fait. Une telle attitude répressive qui n ‘est pas nouvelle ne fait que conduire, à terme, à l’impasse. Seule la solution correcte de la question nationale pourrait permettre à toutes nationalités de profiter de l’expérience démocratique amorcée et du programme d’alphabétisation en cours.
Nous tenons à réaffirmer ici notre attachement à la construction et à l’unité nationale qui présuppose l’égalité de toutes nos composantes nationales. Nous sommes convaincus que…*ne peuvent résoudre à eux seuls ce grave et délicat problème.
Ils pourraient, tout au plus créer les conditions favorables à un débat national ou le peuple, tout entier, débarrassé de ses complexes, se prononcera sur la question afin de la régler définitivement.
Nous osons espérer que instance saisira l’opportunité qui lui est offerte pour écrire positivement son mon dans l’histoire nationale.
Prison civile de Nouakchott
le 03 octobre 1987
Les signataires :
Fara BA Professeur
Idrisa Ba Agent d’élevage Syndicaliste.
Ibrahima Kassoum BA, Contrôleur des douanes.
Mamadou Bocar BA, Professeur, inspecteur enseignement secondaire.
Mamadou Sidi BA Professeur, adjt technique de santé.
Oumar Moussa BA Professeur, conseiller pédagogique.
Abdoulaye BARRY Conseiller des affaires étrangères.
El Hadj DIA Électricien.
Amadou Tidiane DIA Étudiant.
Aboubacry DIALLO Inspecteur sanitaire
Tafsirou DJIGO Ingénieur agronome.
Oumar Mamadou GUEYE Agent de banque – syndicaliste
Mamadou Yero KANE Ingénieur – économiste
Abdoul Aziz KANE, Ingénieur – Météorologue.
Saidou KANE (Sr) Professeur chercheur, Inspecteur du secondaire.
Saidou KANE (Jr) Étudiant.
Chouaibou LY Réalisateur TV
Djibril Hamet LY Inspecteur enseignement fondamental.
Ibrahima Abou SALL Professeur d’Histoire.
Ibrahima SARR Écrivain – Journaliste.
Amadou Moctar SOW Ingénieur Génie Civil.
Mamadou Oumar SY Homme d’affaires.
Mamadou youssouf SY Inspecteur du trésor.
Samba THIAM Inspecteur enseignement fondamental.
Portrait de Sy Abdoulaye dit Saké, rescapé des purges de 1988
Le Terroir – C’est un membre actif du Collectif des Victimes et Rescapés des évènements de 1986 à 1991, une association formée pour défendre les droits des négro-Mauritaniens victimes de la répression aveugle du régime du dictateur Maouiya Sid’Ahmed Ould Taya.
Il a été engagé dans l’armée nationale en 1977 comme soldat de 2ème classe dans l’unité 510 de l’artillerie militaire. Aussitôt après son recrutement dans l’armée, il est envoyé au front en pleine guerre de la Mauritanie contre le Sahara occidental sous les ordres du capitaine Ould Minih qui commandait la 5ème région militaire.
Le soldat de 2ème classe Sy Abdoulaye dit avoir participé sous le drapeau national à trois accrochages militaires contre les forces ennemies.
A la fin de la guerre du Sahara, lui et un groupe de soldats fichés par le commandement militaire comme soldats indisciplinés sont réaffectés au groupement des méharistes commandés à l’époque par un certain sous lieutenant du nom de Modié avec comme adjoint l’adjudant Elati.
De 5 Heures du matin jusqu’à 6 heures de l’après-midi, Sy Abdoulaye et ses compagnons d’arme marchaient à pied conduisant des chameaux. C’était la pire souffrance, déclare t-il et à chaque fois qu’on trouvait à manger, ça coïncidait avec l’immolation d’un chameau, a ajouté Saké. La viande était partagée entre les 50 personnes et chacun conservait sa viande car les éléments de l’équipe se perdaient dans cette interminable marche dans le désert.
Le soldat et ses compagnons se sont égarés plusieurs fois à la frontière de l’Algérie et de la Mauritanie. La faim, la soif et la saleté nous rongeait les corps, le lieutenant Modié est là vivant et il peut en témoigner.
« Nous étions des nomades et nous partions à la recherche d’autres populations nomades dans des endroits perdus dans le désert et qui n’avaient pas accès à la santé et à l’eau ou qui traversaient des problèmes.
Une fois en plein désert parti à la recherche du bois de chauffe je me suis égaré et je ne dois mon salut qu’aux tirs nourris de mes compagnons d’armes qui m’ont orienté Tout ça nous l’avons accepté par patriotisme.
Un jour un serpent a mordu mon chameau qui a rendu l’âme par la suite. On m’a affecté à Oualata en qualité d’ordonnancier pour me punir, puis dans l’unité des supplétifs. Les injustices au sein de l’armée Mauritanienne sont très anciennes et font légion. Nous avons été commandés par Breîka à Néma qui nous a fait cultiver des champs et nous avions une ration individuelle, des boites de sardines et c’est le colonel Ould Lekhal qui a interdit cette pratique. Si on nous prive aujourd’hui de nos droits et on nous traite de la sorte, c’est le comble de l’ingratitude d’un état vis-à-vis de ses propre fils.
Malgré tout ça, nous continuons de courir derrière nos droits, la régularisation de nos pensions de retraite, moi et d’autres compagnons d’arme. Les sacrifices que nous avons déployés pour ce pays, méritent au moins qu’on prêtent attention sur nous et nos problèmes ».
«Notre rôle était de signaler ces cas aux pouvoirs publics. Nous étions équipés de RAC et accompagnés d’un infirmier. Nous avons visité de nombreuses localités telles, Néma, Oulata, Boumdeîd, Tidjikja, Tichitt où une forte pluie nous a surpris un jour sous des palmiers dattiers. Sans compter les risques énormes auxquels nous étions exposés avec la présence des reptiles. Nous avons sillonnés le Maroc et le Sahara. Nous avons été révoqués sans droit pour la seule raison que la couleur de notre peau est noire sur ordre du colonel Arby O Jdeîne, tortionnaire notoirement connu des Mauritaniens » a pesté Saké Sy.
« Et plus pire encore, nous ne parvenons pas à recouvrer nos droits alors que nous sommes des citoyens Mauritaniens qui avons sacrifié nos vies pour défendre ce pays » a martelé l’ex-artilleur de l’armée nationale.
« L’Etat Mauritanien n’a aucune considération pour nous, il n’a que du mépris pour nous. Dans ce pays, les gouvernants n’ont que du mépris pour les négro-africains ».
Toutefois, l’ex-soldat de 2ème classe Sy Abdoulaye ne tarit pas d’éloges à l’endroit de Mohamed Jemil Mansour, président du parti Tawassoul qui selon lui a une grande considération pour la communauté négro-africaine et ne rate aucune occasion de le faire savoir. Ce militant actif de COVIRE ne tarit pas également de critiques à l’égard de l’ancien président Eli O Mohamed Vall qui, dit-il, manifeste tous les jours son rejet de la communauté négro-africaine.
« Ely O Mohamed Vall s’exprime librement tous les jours dans les chaines de radio et de télévision sans être inquiétés par qui que ce soit. Et pourquoi alors s’acharner sur les Flam et son président Samba Thiam. Il faut laisser Samba Thiam tranquille, ce grand patriote qui n’a fait qu’émettre librement son point de vue sur la gestion de la Mauritanie et pas plus. Je remercie Birame Dah O Abeîd pour son combat contre l’injustice et l’arbitraire et je l’encourage à persévérer dans son combat noble pour les défendre les opprimés dans notre pays ».
Age 56 ans, l’ancien combattant de la guerre du Sahara, père de 3 enfants se bat sur tous les fronts de la défense des droits humains et contre tous les fossoyeurs des droits des victimes de la répression aveugle de Ould Taya et tous ceux qui veulent faire obstacle au règlement définitif, juste et équitable du passif humanitaire.
Daouda Abdoul Kader Diop
Source: cridem
De Niabina à Dabbé, Voyage chez les Yirlaabe, au pays du non droit
La vallée du fleuve Sénégal continue à être une zone de non droit. Les violations des droits de l’homme y sont en effet quotidiennes et l’administration et les forces de sécurité, incarnation du système raciste et esclavagiste qui régit la vie nationale, s’y comportent en territoire conquis, si non comment expliquer que deux tribus viennent faire leur loi à Niabina, avec la complicité de l’administration, au prétexte qu’un des leurs aurait disparu dans les environs. Comment expliquer qu’un policier agresse un jeune devant témoins à Dabbé mais que c’est ce dernier qui se retrouve déféré à Aleg dans l’attente d’un jugement hypothétique, après avoir subi toutes sortes d’humiliations pendant la période de garde à vue. Il s’agit là de provocations ordinaires qui en disent long sur le déni de citoyenneté des Noirs de Mauritanie et le caractère démagogique, pour ne pas dire hypocrite, du discours des thuriféraires du régime quant à l’unité nationale. De telles pratiques si l’on n’y prend garde, iront jusqu’à remettre en cause l’existence même du pays.
Une délégation de Touche pas à ma nationalité, conduite par son Président M. Alassane DIA, accompagné de M. Hachim DIACKO, chargé des droits de l’homme et de Souleymane KIDE, ressortissant de Niabina, est allée à la rencontre des populations de ces localités. Voici le récit qu’elle en rapporte.
Retour sur le siège de Niabina
Samedi 02 août 2014, des centaines de voitures convergent à Niabina, village du Yirlaabe (région du Fouta) poumon de la commune rurale de Niabina – Garlol, situé dans le département de M’Bagne. Les voitures déversent une horde de passagers civils, pour la plupart, mais armés jusqu’aux dents qui installent un campement à l’entrée nord-ouest du village, à côté du collège. Pendant les deux jours qui vont suivre, le campement ira grossissant et finira par s’installer dans l’enceinte même du collège. Tout cela sans que les nouveaux arrivants aient pris la peine d’aller à la rencontre des habitants du village pour leur expliquer le motif de leur présence.
Au bout du deuxième jour, les habitants de Niabina n’en pouvant plus de voir parader dans les rues et ruelles du village des civils armés prêts à en découdre, envoient leurs notables s’enquérir de raisons de cette invasion qui ne dit pas son nom. C’est alors qu’on leur fit comprendre que ce branlebas de combat faisait suite à la disparition d’un jeune homme de la tribu des Oualad Ahmed du nom de Mohamed Ould Cheikh Ould Nezil. Le jeune homme a disparu à Niabina où il a très certainement été assassiné et enfoui. Pour les assiégeants, c’est une certitude.
Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, les villageois leur proposent de les aider dans leur recherche. Rendez-vous est pris pour le lendemain matin à 9 heures. La recherche se déroulera dans Niabina et ses environs mais ne donnera évidemment rien. Les assiégeants, renforcés par leurs cousins des Oualad Biri et épaulés cette fois par les autorités administratives et sécuritaires régionales qui brillaient jusque là par leur silence s’en prennent alors aux ressortissants du villag. Les brigades de Bababé, de Boghé et même de Kaédi sont mobilisées pour suppléer celle de M’Bagne, réticente à être embarquée dans cette histoire pour le moins sordide. Un colonel de l’armée commandant une base militaire du côté de Boghé aurait aussi participé, en compagnie de ses hommes, au siège de Niabina, selon ce que rapportent les notables Yirlaabe
Les assiégeants, dont les plus zélés sont un député de Boutilimit et le premier adjoint au maire de Chegar, se mettent à sillonner les rues, à visiter les maisons dont ils tentent d’intimider les occupants, et vont même jusqu’à troubler le repos des morts qu’ils menacent de déterrer dans les cimetières, non seulement de Niabina mais de toutes les localités voisines (M’Botto, Haymedaat, etc…). Le wali et le procureur leur viennent en appoint : le premier avançant pour justifier l’invasion, selon les dires des notables de Niabina qui s’étaient réunis avec lui, que le disparu aurait été assassiné à 200 m du village ; quant au second, il multiplie les arrestations arbitraires, ainsi entre le jeudi 07 et le samedi 09 seront arrêtés :
Alhajji Ba et ses deux frères Mamoudou et Ablaye Ba
Moussa Sow
Thiamma Ba (déficient mental)
Demaani Dia
Demba Sitty
Sy Amadou Samba
Mamoudou Amadou Ba
Salif Ibrahima Gueye
Baboye Kebe
Amadou Aw
C’est seulement le vendredi 08 août, s’étant rendu compte de l’exaspération des populations locales et de leur volonté d’en découdre, que le wali somme les assiégeants d’évacuer les lieux. Mais les arrestations se poursuivront jusqu’au matin du samedi 09, jour de la réapparition miraculeuse du disparu de Niabina, dont une certaine presse avit annoncé avec force détails l’odieux assassinat.
Si cette réapparition a mis fin à un calvaire qui aura duré huit jours, aucune démarche n’a été entreprise depuis ni par les tribus impliquées, ni par l’Etat pour réparer les torts causés aux paisibles citoyens du département. Pire, aucune enquête n’a été diligentée pour faire la lumière sur ces évènements qui ressemblent fort à un montage dont on peut s’interroger sur les véritables motivations.
L’agression de Dabbé
Le siège de Niabina n’ayant pas fini de hanter les esprits, voici qu’éclate une autre affaire, toujours dans le même département mais à Dabbé, cette fois-ci, confirmant le caractère de citoyens de seconde zone des ressortissants du Fouta. A la faveur d’un tournoi de football départemental organisé à Dabbé, les jeunes du village sollicitent, contre une somme de cinquante mille ouguiyas, l’appui du commissariat de police de M’Bagne pour les aider à assurer la sécurité des équipes participantes et du public. Mal leur en a pris. En effet, le match d’ouverture opposant Dabbé à Dawalel occasionna une bagarre entre supporters que les policiers, habitués à la brutalité, tentèrent d’arrêter par la violence. Un jeune homme du nom de Samba Amadou Datt, appartenant au comité d’organisation, et qui cherchait à éloigner son petit frère de la zone de bagarre, s’est vu stopper par un policier dénommé Mohamed Lemine. Ce dernier ne se contentant pas de refuser d’écouter les explications de Samba, s’est acharné sur lui, lui assenant des coups de pied, rapportent les témoins de la scène.
Le policier se serait fracturé la jambe (le conditionnel est de mise, la fracture n’étant pas vérifiée) dans cet exercice et en a fait porter le chapeau au jeune Samba Datt. De fait, celui-ci a été arrêté, le 28 août, gardé à vue d’abord à Mbagne dans les toilettes du commissariat, puis transféré menotté à Bababé, où il subira le même sort, avant d’être déféré à la prison d’Aleg, où il attend un hypothétique jugement. Le policier demande une compensation financière d’un million d’ouguiyas pour retirer sa plainte, ce que la famille du jeune homme refuse, sûre d’être dans son bon droit. Mais là encore les intimidations ne manquent pas puisque, selon le témoignage de la famille, le procureur en charge de l’affaire leur aurait fait comprendre que leur fils avait nécessairement tort à partir du moment où il est confronté à un policier en service au moment des faits.
Dr Alassane DIA
FLAMNET-MÉMOIRE: Témoignage d´un journaliste négro-mauritanien sur les années de braise en Mauritanie
La diaspora commémore le 26 avril prochain à Paris les 25 ans de déportation des négro mauritaniens. A cette occasion voici mon témoignage sur les évènements de 89 que je voudrai bien partager avec vous.Témoignage déjà publié il ya quelques années.
Mauritanie :j’accuse Ould Taya
Journaliste, j’ai été engagé dans la fonction publique en tant que cadre. J’ai été détaché à l’office de Radio Mauritanie en 1977.J’y est travaillé sans interruption jusqu’au moment des graves évènements qui ont secoué le pays en 89 entre le Sénégal et la Mauritanie. Evènements qui ont été à l’origine de ma cessation d’activité et de mon exil en France.
Après les affrontements ethniques en avril 89 entre le Sénégal et la Mauritanie, j’accuse Ould Taya et son régime d’avoir engagé un vaste mouvement de déportations de citoyens noirs, en particulier contre une des composantes du pays, les Haalpulaar, une ethnie qui vit également du côté du Fleuve Sénégal. J’accuse le régime Ould Taya d’avoir prémédité et entrepris cette opération par l’établissement d’abord de listes par la direction générale de Sûreté. Parmi celles-ci figuraient notamment de hauts fonctionnaires, des universitaires, des journalistes, cadres moyens ainsi que du personnel subalterne, des militaires et de simples villageois paysans. Certains ont été conduits directement de leur lieu de travail à l’aéroport, d’autres ont comparu d’abord devant le directeur de la Sûreté ou un directeur régional de la police ou parfois même devant un simple commissaire de police de quartier avant de subir le même sort. Ce qui était encore la meilleure chose qui pouvait arriver à la personne. Car il arrivait que l’on soit gardé dans des “villas” réservées à cet effet pour on ne sait combien de temps et soumis à des tortures. C’est dans ce contexte que j’ai été à plusieurs reprises amené et convoqué à la police.
Ce jeudi 22 mai à 11h, deux policiers en civil sont venus me chercher à la Radio au moment où je m’apprêtais à effectuer un reportage. Avant de les suivre, j’ai informé mes collègues de cette convocation. A bord d’une R5 blanche de la police, nous sommes passés par la Télévision pour y prendre un collègue réalisateur Bâ Moussa Sidy avant d’être conduit au commissariat du quartier du Ksar. Arrivés à destination, les policiers nous ont introduits dans une grande salle d’attente bondée de monde, des négro-mauritaniens et essentiellement des haaalpulaar. Vers midi, le commissaire m’a tout simplement demandé de lui présenter mon certificat de nationalité. Après cette vérification d’identité, je suis reparti à la radio par taxi. J’ai appris par la suite que mon collègue de la Télévision avait été relâché . Ce jeudi 1er juin, j’étais encore à la radio. A 9 h, un policier en tenue, cette fois-ci est venu me chercher en présence de mes collègues. Il m’a emmené à pied au commissariat de la police qui se trouve en face de mon lieu de travail. A notre arrivée, il m’a immédiatement introduit dans la salle d’attente. Vu la longue file d’attente, je ne fus introduis dans le bureau du commissaire que vers 16h pour y subir un interrogatoire. J’ai décliné comme d’habitude mon identité. Mais à ma grande surprise, l’interrogatoire a porté sur mes “supposés relations” avec le mouvement FLAM( Front de Libération des Noirs en Mauritanie).Ne voulant pas et ne pouvant pas répondre à aucune des questions sans m’enferrer davantage j’ai préféré garder le silence. Le commissaire me renvoya à une autre audience le samedi 3 juin. Rentré chez moi, j’ai appris que Bâ Moussa Sidy a été déporté au Sénégal. J’apprendrais plus tard qu’il était question que je sois déporté en même temps que mon collègue de la Télévision, n’eût été l’intervention de ma tante Aïssata Kane, ex-ministre aux Affaires sociales sous le régime de Ould Daddah et à l’époque consultante d’une ONG et conseillère au Ministère de la Condition Féminine et actuellement à la retraite. Elle a joué un grand rôle de médiation dans cette affaire. C’est ainsi que je me suis présenté au commissariat central la date susmentionnée accompagné de ma tante Aïssata Kane muni de la copie du certificat de nationalité. Auparavant je lui avais confié tous mes originaux par mesure de sécurité. En effet, je craignais qu’on me les confisquât après l’interrogatoire comme ce fut le cas de la plupart de ceux qui avaient été convoqués . L’interrogatoire cette fois-ci en présence de ma tante portait sur nos liens de parenté. Les autorités connaissaient bien ces liens de parentés avec elle et avec d’autres cousins comme Ibrahima Abou Sall et Kane Saidou et un collègue de travail Ibrahima Mocktar Sarr qui étaient à l’époque détenus à la prison d’Aioun, prisonniers d’opinion pour avoir publié le Manifeste du Négro-mauritanien, une diatribe contre le racisme des noirs en Mauritanie et soutenus par Amnesty International . Après cette introduction , le commissaire demanda à un policier de me faire sortir pour le laisser en tête à tête avec ma tante. Il me conduisit dans une cellule en me poussant violemment à l’intérieur puis m’enferma à clé. J’étais seul dans une cellule réservée généralement aux délinquants. J’y suis resté jusqu’au moment où le même policier est venu m’ouvrir pour me reconduire chez le commissaire. Il était 10h. Le commissaire m’a dit que j’étais libre et je suis reparti avec ma tante. J’ai voulu reprendre aussitôt service mais à ma grande surprise, le directeur de la radio m’a notifié verbalement que j’étais remis à la disposition du Ministère de tutelle. Ce que me confirma verbalement le directeur général à l’issue d’un entretien qu’il m’a accordé . Et c’est le début d’un camouflage qui ne dit pas son nom. Après d’interminables va et vient au Ministère de l’information, j’ai appris que j’avais été licencié pour abandon de poste. C’est le procédé utilisé pour donner une couverture légale aux nombreuses déportations ou licenciements abusifs. J’ai néanmoins procédé à un recours hiérarchique qui bien sûr est resté sans suite. Je pensais que mon licenciement était la finalité de toutes ces persécutions et que j’en avais fini avec les tracasseries policières. C’était lourdement me tromper.
Ce jeudi 29 juin à 20h, deux policiers en tenue sont venus à la maison. Nous sommes montés dans une 404 camionnette noir blanc de la Police. Ils m’ont emmené au commissariat Toujounine, à 10 km environ de la capitale. Ils m’ont introduit dans le bureau du commissaire qui m’attendait. Ils sont ressortis me laissant seul avec lui. Le commissaire a commencé à parler en Hassanya, dialecte maure. Ne comprenant pas tout ce qu’il me disait j’ai gardé le silence. Puis il reprit son discours en français pour me dire que c’était une preuve que je n’étais pas mauritanien parce que ne parlant pas Hassanya. J’ai rétorqué que je parle le pulaar et le français. Cela l’a exacerbé et il m’a menacé de me faire retourner chez moi qui pour lui était le Sénégal. Il a commencé lui aussi à me parler du FLAM et a prétendu que j’en faisais parti. Puis le commissaire a appelé les deux policiers qui m’ont jeté par force dans une petite salle.Ils m’ont tabassé à coup de matraque avant de fermer la porte sur moi. J’ai passé la nuit dans cette salle minuscule jusqu’au petit matin. Au réveil je divaguais dans un esprit vague par manque de sommeil. Je tournais en rond dans cette cellule. A 7 h j’étais enfin libre. Vu l’état dans lequel j’étais, je suis parti chez ma tante. Celle-ci s’est plainte aux autorités qui ont prétendu que c’était une erreur. Craignant pour ma sécurité, j’ai décidé d’habiter chez un ami pour éviter l’isolement. Je suis resté ainsi sans emploi et sans ressources jusqu’au 23 août, date de mon embauche comme coordinateur et responsable de la mobilisation sociale à l’UNICEF dans le cadre des journées maghrébines de vaccination du 15 octobre au 18 décembre 1989.Ce contrat de travail me donnait en quelque sorte une protection internationale. Je ne me trompais pas puisque certains hauts responsables du Ministère de l’information sont effectivement venus, à plusieurs reprises, à l’UNICEF pour s’entretenir avec le représentant de ma présence au sein de cet organisme. Ce dernier qui envisageai de me mettre dans un autre projet à la fin de mon contrat, s’est vu, pour un problème de sécurité, obligé de me conseiller de quitter le territoire avec une proposition d’une mission à Paris. Cela devenait nécessaire car ma sécurité n’était plus assurée dans mon propre pays. J’ai quitté Nouakchott le 1er janvier 1990 à 00h 35 par un vol Air Afrique et depuis je vis en exil en France.
Yaya Chérif KANE-Journaliste
Rouen-France.
FLAMNET-RÉTRO: TEMOIGNAGE SUR LES DEPORTATIONS EN MAURITANIE 1989; CAS DU TAGANT
La déportation est l’action d’obliger quelqu’un, le plus souvent un groupe de personnes, de quitter son habitat, son territoire ou son pays.
Dans le droit français, la déportation occupe la troisième place après la peine de mort et les travaux forcés à perpétuité pour sanctionner ceux qui ont commis des crimes contre la sûreté de l’état ; dans certains cas, la déportation a pour objectif la destruction physique notamment dans le génocide des Arméniens, des Juifs et des Tsiganes.
C’est cette destruction physique que visaient les déportations en Mauritanie dont les victimes ne sont coupables d’aucun crimes ; sinon d’être nés noirs et de vouloir le rester.
Le prétexte que prirent les autorités mauritaniennes fut un banal incident entre éleveurs mauritaniens et paysans sénégalais qui malheureusement dégénéra occasionnant des conséquences incalculables, dont les journées macabres à Dakar puis à Nouakchott qui resteront à jamais inoubliables :
Des massacres et pillages biens eurent lieu des deux côtés. Les sénégalais en Mauritanie furent l’objet de rapatriement chez eux.
La communauté internationale découvrit avec surprise et stupeur que la Mauritanie, lors du rapatriement des rescapés sénégalais déportait en même temps plusieurs dizaines de milliers de ses citoyens noirs au Sénégal et au Mali (Peuls, Wolofs, Bamana et Soninko)
Les différents recensements du HCR à leur sujet avancent des chiffres oscillant entre 65 000 et 70 000 au Sénégal, et 10 000 et 15 000 au Mali.
Dans des villes comme Nouakchott Nouadhibou des fonctionnaires, des ouvriers furent arrêtés dans leur lieu de travail, certains furent détenus arbitrairement avant d’être déportés, d’autres le furent directement, laissant derrière eux leurs familles entières (conjoint-e, enfants, pères, mères, etc.).
A l’intérieur du pays, un autre mode opératoire minutieusement planifié fut exécuté par des gouverneurs qui rivalisèrent de zèle, de brutalité et de haine contre de paisibles citoyens.
Des militaires, des gendarmes et autres milices armées encerclent les villages. Les hommes sont triés et conduits très loin hors du village, où ils seront torturés et humiliés avant d’être conduits au fleuve (la frontière) pour se retrouver au Sénégal.
Les femmes et les enfants séquestrés un ou deux jours durant, à la merci de leurs bourreaux, subissent viols et violence avant de connaître le même sort que les hommes.
Dans un article écrit par feu Sennen ANDRIAMIRADO paru dans Jeune Afrique n° 1487, juillet 1989 on peut lire : « un vieillard montrer sa carte d’identité nationale mauritanienne et raconte. Des soldats haratines commandés par des Beydanes sont venus nous réveiller à 2 heures du matin. Ils ont rassemblé tous les habitants à la maison communautaire. Les bijoux des femmes et des jeunes filles ont été arrachés ; on nous a demandé nos papiers pour vérification d’identité, puis ils les ont déchirés. Tous les hommes ont été déshabillés complètement .A 4heures du matin on nous a embarqués dans des camions jusqu’à environ 70 km de notre village. Là on nous a fait monter dans des pirogues pour nous faire traverser le fleuve, à un endroit où il n’y avait pas, de l’autre côté des villages sénégalais. Les jeunes ont voulu résister, ils ont été tabassés. »
Il écrit plus loin , « tous les soirs des centaines de nouveaux arrivants , cette fois exclusivement des Négro-mauritaniens « déportés » débarquent dans les villages sénégalais des départements de Dagana, Podor, Matam et Bakel ;certains ont franchi le fleuve en pirogues, d’autres à gué ou à la nage. ».
Dans la région de Tagant, le gouverneur a procédé autrement, ce que nous expliquerons à travers notre témoignage qui est aussi celui de nos compagnons d’infortune.
Tous les fonctionnaires noirs qui servaient au Tagant en 1989 furent déportés au Sénégal.
Après l’expulsion des sénégalais, nous, noirs non haratines fûmes convoqués et parqués deux jours durant à l’escadron de la garde nationale à Tidjikja pour vérifier notre nationalité par une commission composée :
- du gouverneur de la région
- du directeur de sûreté régionale
- du commandant de la région militaire
- du chef de brigade de la gendarmerie
- du chef de brigade de la garde régionale.
Devant cette commission, il fallait présenter tous nos papiers d’état civil :
- Acte de naissance
- Carte d’identité nationale
- Certificat de nationalité
- Diplômes
Ensuite répondre à une série de questions dont :
Quelle est votre position par rapport au conflit qui oppose la Mauritanie au Sénégal ?
Est-ce que vous avez de la famille au Sénégal ?
Est-ce que dans le passé vous avez eu à faire des séjours au Sénégal ?
Qu’est ce que vous connaissez des FLAM,
Connaissez-vous les officiers putschistes de 1987 ?
Nous fûmes tous libérés mais nos papiers confisqués. Notre répit fut de très courte durée.
Le directeur régional de la sureté et son adjoint tous noirs (peuls) furent arrêtés et envoyés à Nouakchott.
Alors, les arrestations et détentions de tous les fonctionnaires noirs reprirent.
A la date du 25 mai 1989, tous les négro-mauritaniens étaient détenus et ramenés à Tidjikja au commissariat de police et en prison où nous sommes restés pendant 4 jours avant le grand rassemblement des familles qui annonçait la déportation.
Dans la nuit du 28 mai 1989, des camions bennes furent envoyés à nos domiciles pour embarquer nos familles, ne leur laissant rien prendre (comme les hommes), sauf les vêtements qu’elles portaient.
Au petit matin, lorsqu’on nous sortit de nos cellules c’est pour les rejoindre pour une destination inconnue.
Au sortir de Tidjikja, notre convoi fit une halte dans une cuvette où nous attendaient toutes les autorités de la région, le gouverneur à leur tête.
Avec une brutalité bestiale, les gardes nous firent descendre pour une fouille systématique et humiliante ; ils nous reprirent tout, jusqu’à nos bagues.
Lorsque notre convoi reprit la route, les militaires, gendarmes et gardes lourdement armés pour nous escorter étaient plus nombreux que nous.
Entassés comme du bétail, nous endurâmes les difficultés du voyage ( on était des cibles des villages que nous traversions ; insultes, jets de pierres) jusqu’au lendemain à midi, pour arriver à Boghé où nous fûmes accueillis par des gardes et des policiers, plus hargneux, plus zélés.
Furieux et déçus de n’avoir rien trouvé sur nous à reprendre après une dernière fouille, ils obligèrent certains à échanger leurs habits encore en bon état contre des haillons repris de ceux qui nous ont précédés..
Des armes braquées sur nous, sans chaussures alors que la température dépassait les 50 degrés à l’ombre nous fûmes conduits comme du bétail au fleuve.
De la rive sénégalaise, des piroguiers nous voyant arriver, nous apportèrent des pirogues pour nous faire traverser le fleuve. Nous avons marché les pieds nus sur le sable chaud d’un soleil de mai de la rive au village de Demeth.
Les habitants du village sénégalais nous accueillirent spontanément et chaleureusement, nous faisant oublier le calvaire que venions de vivre.
C’était le 30 mai 1989 à 13heures.
Ce sera pour certains d’entre nous un aller sans retour .Ils seront nombreux à succomber aux maladies, à la misère, au chagrin de cet exil forcé, emportant dans leur tombe l’espoir d’un retour dans leur patrie parce que c’était à l’espoir que caressaient tous les déportés
Au vu de ce qui s’est passé, nous exigeons aux autorités mauritaniennes que ceux qui sont rentrés au pays soient indemnisés à la hauteur du préjudice subi( moral et matériel) et qu’ils retrouvent leur travail en tenant compte des réalités en place. Ce n’est point 2 millions d’ouguiyas qui effaceront la souffrance subie.
Nous voudrions terminer en vous invitant ici , maintenant et pour toujours, d’ avoir pour eux une pensée pieuse, une prière pour que reposent en paix leurs âmes en terres étrangères.
NIANG Amadou Boubou et DIA Ibrahima Aly dit Yaaya Maabel
Anciens enseignants et déportés Mauritaniens au Sénégal.
Membres de la section des FLAM-Europe de l´ouest.
Decembre 2013